Étiquetté ‘triple A’


Alas ! (ter)

Economie — Article écrit par le 14 janvier 2012 à 12 h 44 min

Alas ! Alas ! Alas ! Notre mignon petit tripleuha n’est plus.

Rarement on aura entendu ces derniers mois une aussi bonne nouvelle.

Quelles vont-être les conséquences ?

D’abord le gouvernement, et même si on met à part le cas amusant de Baroin, passe pour des cons. Après nous avoir expliqué durant des mois que ce serait une calamité si cela arrivait, ils n’ont eu que quelques semaines pour nous dire que finalement ce n’était pas si grave que ça et qu’il ne fallait pas s’en faire. Passons : aidés de nos bons journalistes aux ordres, du moins ceux qui n’ont pas l’heureuse idée d’aller se faire bêtement flinguer en Syrie, ils s’en tireront. « Plus c’est gros, plus ça passe » comme disait Marcel Bleuchtein-Blanchet.

La conséquence la plus immédiate, c’est que quantité d’institutions financières à travers le monde vont se mettre à revendre des titre de la dette française, car elles sont obligées par contrat ou par la réglementation à ne détenir que des actifs notés triple A par les trois grandes agences de notation. Titres légèrement décotés qui vont être achetés à bon compte par des gens qui n’achèteront donc pas, ou moins, les nouvelles émissions — celles que nous allons émettre en 2012 pour payer les intérêts de celles émises avant et nos gros frais de fonctionnement. Ou bien il faudra leur servir un taux d’intérêt supérieur.

La réalité de ces mécanismes semble complètement opaque à la plupart des Français, qui, par la grâce de l’Éducation (sic) nationale (re-sic), n’ont jamais suivi le moindre cours de théorie monétaire et imaginent qu’on attribue une note et que cette note amène un taux d’intérêt, un peu comme notre gouvernement décide d’augmenter ou non le taux du livret A. Sorti de ce modèle étatiste où règne une réglementation effrénée légitimée par un harmonisme délirant — et faux — le Français ne conçoit plus rien.

L’important n’est donc pas tant la perte du triple A, qui était « déjà inscrite dans les cours » comme commentent sentencieusement les commentateurs, que la perspective négative. Cela signifie que malgré le baratin mis dans leur note pour ne pas trop fâcher le gouvernement français et l’autorité d’occupation européenne l’administration bruxelloise, S&P ne croit pas du tout à une amélioration probable de la situation française.

Nous devrions donc nous acheminer lentement vers la ligne magique, celle qui se situe entre 6 et 7% d’intérêt à payer sur l’argent qu’on emprunte, et dont on s’accorde à penser qu’elle est la limite au-delà de laquelle les gouvernements, même menés par des énarques incapables et des polytechniciens prétentieux, ne peuvent plus se désintéresser de la rentabilité des investissements réalisés avec l’argent emprunté. Autant dire que payer les fonctionnaires, les allocs et notre beau modèle-social-que-le-monde-nous-envie™ tout entier va devenir un exercice non seulement ruineux (ça ils s’en foutent, ils le font avec votre argent) mais périlleux pour le pouvoir en place. Voire pour le régime si l’on se souvient des déclarations de Jacques Chirac sur la sécurité sociale et la retraite par répartition faisant partie du « socle républicain » ou je ne sais plus quelle formule équivalente.

Ça va encore prendre un certain temps, mais la situation va donc s’améliorer avec un crédit plus difficile pour l’obèse, dépensier et clientéliste État français, qui va devoir convenir qu’on ne sort pas du surendettement en empruntant encore plus, même en habillant ça de conneries keynésiennes de centre-gauche. Bien sûr il n’est pas exclu que des abrutis à la Arthuis, le genre expert-comptable obsédé par l’équilibre des comptes obtenu à n’importe quel prix, nous fassent le coup d’une TVA à 25 ou 29%. Mais paradoxalement, ça ne durera pas, comme disait mon grand père, autant que les contributions. Et après tout la TVA est un impôt plutôt moins injuste que l’impôt sur le revenu ; quitte à ce qu’il y ait une fuite en avant temporaire de nos élites dépensières bunkérisées dans les absurdes théories de Bercy sur la capacité d’endettement indéfinie de l’État relayée par sa capacité infinie à lever l’impôt, autant que ce soit celle-là.

Reste que même un X-Ena inspecteur des finances élu parlementaire avec des plumes tricolores au derrière n’a pas encore trouvé comment on tond un mouton qui n’a plus de laine.

Quoiqu’il en soit, il suffit de voir l’inquiétude brouillonne et contradictoire qui s’empare de nos politiciens pour mesurer que la perte de ce triple A est une excellente nouvelle. Ils ont peur de ne plus pouvoir financer la démocratie d’opinion et son cortège de clients, de gens à qui on promet n’importe quoi en faisant de la dette. Il ne reste plus que le démantèlement de notre saleté d’État providence — avec les effets secondaires souhaitables comme l’arrêt des principales pompes migratoires — ou la fuite vers une spoliation des riches, sachant que quel que soit son patrimoine, on est toujours le riche de quelqu’un et que ça finit toujours assez mal. Dans les deux cas, c’est le régime tel qu’il est, issu du programme communiste du CNR et des réformes d’après-guerre, qui est mal parti. C’est celle-là la vraie bonne nouvelle sur le chemin de laquelle la perte du triple A est un panneau indicateur très clair : on va devoir, qu’ils le veuillent ou non, liquider la sociale voulue par les cocos vainqueurs entre 44 et 47. Peut-être même aura-t-on la peau de l’école de Jules Ferry, qui a rendu des services par le passé mais qui a depuis fait naufrage comme l’on sait. Que du bon vous dis-je !

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