Étiquetté ‘Série’
Spartacus, Blood and Sand
Télévision — Article écrit par Vae Victis le 5 juin 2011 à 10 h 28 minLa révolte servile auquel pris part Spartacus entre -73 et -71 dans le sud de l’Italie a inspiré de nombreux auteurs. Le plus souvent ils décrivent Spartacus à la façon d’un résistant de la seconde guerre mondiale, ou d’un Harriet Beecher Stowe (La case de l’oncle Tom). Un homme épris de liberté, qui aurait lutté contre un ordre esclavagiste et impérialiste, immoral et décadent. Rome comme la Sodome et Gomorrhe de la basse antiquité. Spartacus l’honnête guerrier pré-chrétien luttant contre la bête pré-fasciste.
Cette opposition entre les justes et les Romains cruels, alanguis sur des sofas en dévorant du raisin tout en déflorant de jeunes esclaves, constitue le ressort du péplum. Les auteurs et réalisateurs se sont de tout temps servis de la Rome antique pour exorciser nos pulsions. Rome devenant le réceptacle de tous nos fantasmes et de nos vices. Le péplum permet sous le voile d’une condamnation de ces mœurs, de se laisser aller à un spectacle violent, cruel, exotique, lubrique et sensuel. Les historiens de cours, puis les apologistes chrétiens, avaient dès l’antiquité donné le ton par des descriptions hautes en couleur. A leur suite les réalisateurs Italiens et Américains ont compris quel potentiel possédait la mise en scène de cette époque reculée.
Le spectacle de la nudité de prime abord. Les personnages de péplum sont pour ainsi dire presque toujours à demis nus. Les femmes sont lascives, drapées de robes vaporeuses laissant place à leurs charmes. Les hommes posent les muscles bandés et huilés, simplement vêtus d’un pan de tissus. Hercule et les héros mythologiques offriront d’innombrables scénarios pour bodybuilders court vêtus. La nudité appelle les désirs charnels. La sexualité de l’antiquité, perçue comme libérée, permet de mettre en image des scènes plus osées qu’à l’habituel. Ainsi le péplum a toujours été un espace de permissivité homosexuelle, où les sous-entendus et les ambiguïtés sont légion. On peut citer le Spartacus de Kubrick et son célèbre « Etes-vous plutôt huître ou escargot ? » ou plus récemment Alexandre, voire 300.

Aimes-tu les films de gladiateurs ?
La violence ensuite. Les jeux du cirque, les excentricités de tyrans, permettent de mettre en scène des raffinements de cruauté et des hectolitres d’hémoglobine. Course de chars, naumachies (reconstitution batailles navales), pancrace, combats contre des bêtes, exécutions publiques, combats de gladiateurs, le quota d’action dans une production est aisé à atteindre et sa variété accueille les suffrages du public. On atteint même le morbide et quasi-pornographique avec le Caligula de Tinto Brass. Seule l’ère nazie donne autant de libertés visuelles sous le fard de la condamnation : Salò ou les 120 Journées de Sodome, Salon Kitty. Et puis imaginer des hommes s’affrontant dans des arènes gigantesques, devant une foule de spectateurs déchaînés tel des hooligans, éveille en nous Occidentaux pantouflards quelques appétits enfouis. La violence peut être bonne à voir.
Mal connue, lointaine, condamnée par le christianisme, parfois baroque, propre à exalter l’imagination, l’Antiquité a donné le cadre idéal à un spectacle manichéen, c’est-à-dire moral, tout en permettant sous les abords de la condamnation de se laisser aller à des débauches visuelles inédites, avec l’approbation tacite des ligues de vertu. La grandeur passée, la monumentalité des ruines, a permis de rendre pensable une Antiquité emplie de figurants, de danseuses, de chorégraphies moites et de spectacles saisissants.
Gladiator en dépeignant la lutte entre une république fantasmée et un tyran vicieux reprend ces schémas, mais marque une évolution, puisqu’à rebours du discours religieux classique, ici le héros est un païen vertueux, pratiquant le culte des ancêtres. La série Spartacus, Blood and Sand marque une autre évolution en s’exonérant du manichéisme du genre. Les gladiateurs ne sont plus des idéalistes prisonniers d’un peuple cruel, ils deviennent des êtres à part entières ; un négatif du monde des hommes libres. Même si dans la série le héros garde sa dimension manichéenne, ses compagnons sont animés des motivations les plus diverses. Certains luttent pour la gloire, d’autres pour rembourser des dettes, d’autres parce qu’ils ont été capturés et qu’ils n’ont pas eu le choix. Ce ne sont pas des révolutionnaires voulant abolir l’esclavage, mais des êtres défendant leurs intérêts qui ont seulement été victimes d’un coup du sort. Plus de grandes envolées lyriques sur la liberté, ces hommes sont des guerriers d’élite souhaitant prendre la place du maître.

Spartacus, Blood and Sand est – disons le d’entrée – un excellent péplum. C’est-à-dire un divertissement très plaisant. Le scénario se lovant dans l’Histoire parvient à donner du corps à la révolte qui agita le sud de l’Italie, et qui partie d’une révolte de gladiateurs embrasa les campagnes, rassemblant esclaves des latifundias et citoyens pauvres dans une vaste entreprise de pillage. Avant de se finir le long de la voie Appia, les corps des révoltés crucifiés sur 200 kilomètres.
Les relations entre les gladiateurs du ludus, entre les esclaves et les maîtres, et entre les maîtres et l’extérieur créent une tension permanente se distillant en diverses intrigues. Les histoires s’entremêlent pour créer une toile de fond baroque et une galerie de personnages intéressante. Le destin des maîtres conditionnent celui des esclaves. L’ambition de Batiatus est de s’extraire de sa condition de laniste pour embrasser la politique, d’abord à Capoue puis à Rome même. John Hannah lui donne une dimension assez exceptionnelle ; un homme tout en jeux d’ombre, à la fois entreprenant, dur, perfide, courageux et grandiose. Romain. Nous sommes loin de la caricature qui veut que le méchant soit veule et lâche. Lucy Lawless (Xena la guerrière dans notre adolescence) interprète sa femme Lucretia, plus perfide encore, voluptueuse, amoureuse, impitoyable, et souvent dévêtue, elle resplendit dans la série. Chez les gladiateurs on retiendra Peter Mensah en Doctore et Manu Bennett jouant l’impétueux gaulois Crixus.

Les combats sont outranciers, une pluie de sang inonde l’arène et ses gradins. Les corps sont beaux, magnifiés par l’image, les décors sont assez réussis même si leur étendue est plus modeste que ceux de Rome. L’image est belle, magnifique parfois, très travaillée elle surpasse dans Gods of Arena la toile Pollice Verso de Gérome dans un mélange de rouge, d’ocres et de tons crépusculaires. La sensualité est au rendez-vous dans une succession de scènes d’orgie et un érotisme latent. La postérité des peintres dit pompiers est à chercher à Hollywood. Leurs œuvres ont inspirées des générations de cinéastes créant un art populaire riche à mille lieux des excentricités puériles de l’art officiel.

La série comporte pour l’instant une saison de 13 épisodes. Le tournage de la seconde n’a pas pu encore avoir lieu à cause d’un cancer qu’a déclaré Andy Whitfield jouant le rôle de Spartacus. Il sera décalé jusqu’au rétablissement de l’acteur, ou à défaut sa mort. Pour combler l’attente des fans une préquelle de 6 épisodes Gods of Arena a vu le jour. Elle raconte l’histoire du ludus familial, l’héritage de Batiatius.
Une série fortement conseillée.
Étiquetté : Gladiateur, Lucy Lawless, Péplum, Rome, Série, Spartacus, StarzGame of Thrones
Télévision — Article écrit par Vae Victis le 30 mai 2011 à 9 h 05 minL’Heroic Fantasy est un genre peu représenté parmi les séries. Game of Thrones vient combler ce manque en adaptant à l’écran une grande référence de la littérature, Le trône de fer. Série de sept romans dont quatre ont été publiés, et dont le cinquième devrait l’être en juillet. La série est diffusée sur HBO depuis avril et devrait comprendre dix épisodes pour sa première saison. La production semble vouloir adapter un tome par saison, ce qui devrait nous permettre de profiter de cinq saisons si l’audience suit.
Je ne m’attarderai pas sur les romans n’ayant pas osé m’aventurer dans cette longue histoire.

La série est magnifique, les environnements sont très travaillés, et offrent une grande diversité de situation. C’est visuellement bluffant. Un vrai effort a été fournis pour les costumes, le choix des sites, le détail des décors. Il est rare de découvrir un monde imaginaire si cohérent et vivant. Les images de synthèse sans être au meilleur de ce qu’il est possible de faire sont très satisfaisantes pour une série. On pourrait reprocher à la réalisation de parfois manquer un peu d’entrain, mais la série n’en est pas moins addictive. Les acteurs ne sont pas en reste puisqu’on retrouve des valeurs sûres comme Eddard Stark (Boromir dans Le seigneur des anneaux) et Lena Headey (Les chroniques de Sarah Connor) ; beaucoup d’inconnus aussi qui se montrent à la hauteur.
L’histoire prend place dans le royaume des Sept Couronnes, qui offre une géographie aussi complexe que celle de la terre du milieu. Il s’agit d’un royaume féodal, pendant de notre Moyen-Age. Il est régi de la même façon par des liens de vassalité. La politique qui anime la capitale et les fiefs provinciaux, les jeux de pouvoir, les alliances et les trahisons, les retournements de situation, sont un des atouts de cette série, qui offre au spectateur une scène complexe où les intérêts s’opposent avec maestria dans un défoulement de violence et de plans retors. La variété des personnages qui rend compte de la variété des territoires et des modes de vie, ainsi que des diverses psychologies, donne une forte crédibilité à ces intrigues politiques.
Cette première saison fait la part belle à un affrontement entre les Stark, commandant les lointaines frontières du nord, et les Lannister qui sont de riches seigneurs. Le roi Robert Baratheon rend visite à son ami Eddard Stark pour lui proposer de devenir la main du roi, soit le premier ministre, après la mort de son prédécesseur certainement empoisonné. Les Lannister s’opposent rapidement à cette famille dont la présence près du souverain bloque les visées. Outre cette confrontation qui s’apprête à ensanglanter le royaume, plusieurs catastrophes s’annoncent. Au nord, au-delà du mur séparant les terres civilisées de la barbarie, des signes semblent présager le retour des Marcheurs ; des êtres redoutables dont nous savons encore peu de choses. Une nouvelle période glaciaire pourrait faciliter leurs invasions. Tout à l’opposé, sur le continent Est, derrière un bras de mer, les survivants de la maison Targaryen dont le père fut tué par l’actuel roi prépare leur vengeance en s’alliant à Drogo, chef d’une puissante horde de cavaliers nomades qui ne sont pas sans rappeler les Huns ou les Mongols.
Game of Thrones est la série à suivre en ce moment.
Étiquetté : Eddard Stark, Fantasy, HBO, Lena Headey, Série, Trone de ferThe Wire
Télévision — Article écrit par Vae Victis le 26 mai 2011 à 0 h 46 minThe Wire est une série constituée de cinq saisons réalisées entre 2002 à 2008. Son créateur est David Simon, connu pour cette autre excellente série qu’est Generation Kill, racontant la chevauchée d’une unité de Marines aux avant-postes de l’armée américaine lors de l’invasion de l’Irak. Loin des sables du désert, The wire prend place sur la côté Est et nous raconte Baltimore.

Production atypique, elle s’extrait des codes d’un genre pour devenir une œuvre complète, bien au-delà de la série policière qu’on pourrait imaginer découvrir. L’intrigue organisée autour d’une brigade luttant contre la drogue, prend le temps de développer chacun des aspects qui touchent à l’enquête. Sous des jours différents, comme des scènes distinctes qui ne cessent de s’entremêler pour former une histoire complexe et vivante qui peint la réalité brute. On suit tour à tour l’enquête de police, l’organisation du trafic de drogue, les coulisses politiques, policières, sociales, éducatives, intimes des personnages. Là où d’habitude une enquête dure un épisode, dans The Wire elle dure le temps d’une saison de 12 – 13 heures, où l’on découvre aussi tout un pan de la vie à Baltimore. Il faut s’habituer à une narration différente, où l’on s’intéresse autant aux malfrats, à la police, qu’aux habitants. A l’opposé du style pétaradant de 24 ou des Experts, l’ambiance tranche complètement avec le déferlement d’action à l’œuvre dans d’autres séries. The Wire élimine tout manichéisme et amène une histoire fouillée, réaliste, avec des personnages qu’on pourrait croire réels, et des dialogues criants de vérité.

Chaque saison explore un nouveau pan de Baltimore en lien avec l’enquête. La première saison voit la formation d’une équipe d’enquêteurs chargée de démanteler le trafic de drogue dans un quartier noir. La seconde saison nous amène sur les docks propices à tous les trafics et structurés par le syndicalisme. La troisième marque le retour aux rues de Baltimore, théâtre de la première saison, et s’attache à développer une intrigue politique en prélude aux élections municipales de la saison suivante. La quatrième saison montre sous un jour très cru l’échec de la politique d’éducation américaine. Enfin la dernière se concentre sur le traitement de l’information et les médias dans la ville de Baltimore.
Au fil des épisodes la lassitude est très bien retranscrite, et surtout la force du marché. Un coup de filet policier est à peine lancé, que les gangs rivaux prennent pied dans la cité dont les dealers ont été arrêtés. Les restes du gang peinent à reconquérir le territoire à grand renfort de battes. La relève est assurée, car les plus jeunes prennent la place de ceux qui sont tombés dans un éternel recommencement. Un subalterne prend la place du chef, et tient le même discours à un jeune que son prédécesseur lui avait tenu. Il y a une transmission du savoir. La demande de drogue fait le reste. Des mois d’enquête policière n’ont servis à rien d’autre qu’à renouveler les truands. A en mettre certains au trou, et à en faire émerger de nouveaux. Un processus de sélection naturelle draconien.
On pourrait spéculer sur les raisons qui font que cette œuvre reste si méconnue, alors que c’est une des meilleures série que j’ai pu voir. Ce qui la rend unique et si intéressante, c’est qu’elle est sociologique comme l’est l’œuvre de Tocqueville, et sans qu’on s’ennuie un instant.
Quelques citations pour un avant-goût :
- Un bus qui descend l’avenue centrale commence par prendre huit passagers. A l’arrêt suivant, quatre autres montent, puis deux de plus, et un passager descend. A l’avant-dernier arrêt, trois passagers descendent du bus et deux autres montent. Combien de passagers restent-ils au dernier arrêt ?
- Sept ? Huit ?
- Putain, Sarah, écoute. Ferme les yeux. Tu vends du matos. 20 capsules roses. Deux camés prennent deux capsules chacun, un autre en prend trois. Puis Bodie t’en refile dix, mais un blanc se pointe en bagnole, te fait signe et en prend huit. Il te reste combien de capsules ?
- Quinze.
- Comment tu fais pour calculer ça et pas résoudre le problème de maths ?
- Si tu te plantes, tu te fais casser la gueule.
Episode 8, Saison I
- Sais-tu qu’elle est la chose la plus dangereuse en Amérique ?
- Un nègre avec une carte de bibliothèque.
Episode 10, Saison II
Baker, je vais te dire un secret. Un agent en patrouille est un vrai dictateur en Amérique. On peut emprisonner un type pour une broutille. On peut l’emprisonner pour de bon. Ou on peut dire : « On s’en fout« , et aller se saouler sur l’autoroute. Et nos coéquipiers nous couvriront. Alors personne, vraiment personne, ne peut nous dire ce que l’on doit faire.
Episode 10, Saison II
- Hé, mon pote on a besoin de tester négatif.
- Yeah
- 5 $
- Putain, c’était seulement 2 $ !
- La pisse propre c’est rare à Baltimore. 5 $ pièce.
- Qu’est-ce qui me dit qu’elle est propre ?
- Elle vient d’une garderie.
Episode 5, Saison III
Étiquetté : Baltimore, Drogue, HBO, Série
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