Étiquetté ‘Richelieu’
La guerre de trente ans
Histoire — Article écrit par Vae Victis le 7 mai 2011 à 11 h 03 minLa guerre de Trente Ans 1618 – 1648 de Henry Bogdan

Henry Bogdan nous livre une très honnête synthèse sur la Guerre de trente ans. Une période très méconnue en France, qui n’a fait l’objet que de peu d’études, et le plus souvent à travers la politique de Richelieu. Alors qu’elle est toujours une référence importante dans la pensée politique américaine, qui se réfère constamment au traité de Westphalie (1648) pour désigner l’ordre européen.
D’un point de vue politique, c’est une période majeure, parce qu’elle voit l’émergence de l’Etat moderne, qui se substitue aux monarchies féodales et aux libertés locales. La Guerre de trente ans voit dans tous les pays européens, la cristallisation d’un conflit latent entre la centralisation du pouvoir, et la préservation de l’autonomie des aristocraties locales. En France, c’est la Fronde qui se matérialise à la mort de Richelieu, qui avait déjà essuyé nombre de complots de son vivant. En Grande-Bretagne c’est la dictature de Cromwell qui conduit à la décapitation de Charles Ier. En Espagne, la révolte du Portugal et de la Catalogne. La guerre demandant d’importantes ressources financières la paysannerie est pressurée. En France cette période voit l’émergence des grands financiers, ces fermiers généraux, qui prennent la collecte de l’impôt à ferme en échange d’une avance sur recette pour la monarchie, à charge pour eux de se payer sur la bête. De nombreuses révoltes paysannes éclatent en Europe, qui s’ajoutent à l’agitation religieuse, qui se superposent elles-mêmes à cette première opposition entre monarchie et aristocratie. La Suède très engagée dans cette guerre, subit le même genre de dissensions, avec les troubles paysans inhérents. La France entière et surtout les campagnes fêteront la mort de Richelieu par de grands feux de joie. Mais l’exemple le plus intéressant, c’est celui du Saint-Empire, dont Ferdinand II avait essayé de raffermir l’unité en renforçant la fonction impériale. Ce qui échouera totalement, puisqu’à la fin de la guerre, l’Empire a éclaté, et est tiraillé entre deux pôles. Au Sud les Hasbourg qui se sont retranchés dans leurs possessions patrimoniales, de ce qui deviendra l’Empire Austro-Hongrois. Au Nord, les Hohenzollen, dont les territoires deviendront le royaume de Prusse, qui réalisera l’unification allemande.
Ce conflit marque d’une part, la centralisation du pouvoir. Les États vainqueurs sont des États centralisés, dominés par une solide administration. D’autre part l’apparition d’armées permanentes, en France, mais surtout en Prusse, alors que les armées de mercenaires temporaires étaient prédominantes jusqu’alors. Et l’apparition d’une forme de nationalisme qui va se substituer à une vision simplement patrimoniale.
On estime les pertes démographiques de la guerre de Trente ans à environ 20 ou 30% en moyenne dans les zones de guerre, avec des régions où plus de la moitié de la population a disparu. Bogdan cite 7 millions de morts sur des États de 21 millions d’habitants. Le massacre de Magdebourg où périssent 25 000 personnes sur les 30 000 qui peuplaient la ville marque la sauvagerie du conflit. Il faudra un siècle pour que les terres laissées à l’abandon soient réoccupées. En comparaison la Pologne, pays le plus touché, n’a perdu « que » 15% de sa population pendant la 2nd guerre mondiale.
Même si le livre ne fait que survoler, on est interpellé par la stratégie de l’époque, qui se concentre sur la prise des villes et places fortes, en évitant le plus souvent le corps de bataille ennemi. Ce qui donne aux guerres une allure de piétinement, prenant et reprenant les mêmes places d’année en année, ravageant les mêmes régions, avec toujours des résultats relativement maigres. Cent-cinquante ans plus tard Napoléon révolutionnera l’art de la guerre en menant à l’inverse des guerres mobiles, avec pour objectif la destruction du corps de bataille ennemi et non plus la prise des places.
L’Europe prenant conscience qu’elle court à sa perte si de telles guerres devaient se reproduire crée un ordre politique nouveau. On tente de limiter les effets de la guerre. L’Europe devient un ensemble d’États, disposant de frontières précises et reconnues par les autres pays, et sur lesquels le prince ou le monarque exerce sa pleine et entière souveraineté. Le concept d’équilibre des forces se substitue progressivement au rêve d’une monarchie universelle, ce qui conduit à des guerres limitées aux objectifs limités. Les Anglais en donneront la parfaite mesure sur le continent en œuvrant toujours à affaiblir l’État le plus fort qui menacerait un équilibre des forces qui leur serait négatif. Sur le plan religieux, le modèle germanique de la paix d’Augsbourg de 1555, qui avait rétabli la paix en Allemagne en donnant aux princes et aux cités libres le droit de choisir leur religion ; chaque territoire adoptant la foi de son souverain, selon la formule cujus regio, ejus religio ; est complété et élargi par l’admission des calvinistes. A une époque dominée par la ferveur religieuse et le fanatisme idéologique le droit d’exercer librement sa religion et la tolérance se trouvent renforcés.
A l’inverse des États-Unis qui ont toujours jouis d’une sécurité géostratégique exceptionnelle, et qui par voie de conséquence n’ont jamais connus la guerre étrangère sur leur sol, l’Europe ravagée par la guerre de trente ans adopte les prémices d’un droit international qui entend restreindre la portée des conflits. Différence qui explique encore aujourd’hui que les Européens et les Américains entretiennent une vision différente sur les affaires du monde. Le traité de Westphalie qui clôt cette guerre de trente ans reste un marqueur important pour comprendre les relations internationales.
Étiquetté : Bogdan, guerre, Richelieu, trente ans, Wallenstein
Tweeter ça
Facebook
Delicious


