Étiquetté ‘Génétique’
Marine entre deux tours
Présidentielle — Article écrit par Nicolas le 24 avril 2012 à 14 h 09 minAu delà des interrogations sur son programme national-jacobin-républicain, on ne peut que se réjouir du bon résultat fait par Marine Le Pen. Comme toutes les évidences, celle-là va mieux en la proférant clairement.
Mais s’il y a une chose désespérante dans la droite dite « nationale » c’est sa capacité à s’auto-intoxiquer sur le mode de la congratulation. « Ça y est, cette fois bon sang de bois, on va casser la baraque. Faisons perde Sarkozy et tout va se recomposer autour de nous. » D’autant que la pensée éditorialisée y va de son antienne habituelle sur la menace que représente une percée du Front national. Combien de fois nous ont-ils fait le coup, ces vieux matois appointés qui squattent les rédactions assis sur leurs couilles taries depuis 1983 ? à peu près autant qu’il y a eu d’élections.
Essayons d’y voir plus clair, en quantifiant d’abord les choses.
Combien ?
Marine le Pen pèse donc, non 20% mais 17,9%.
Combien cela représente-t-il de voix ? 6,4 millions.
Autrement dit, Marine Le Pen retrouve un peu plus en voix que la mouvance nationale des élections de 1995, où le total Le Pen + Villiers faisait 6,1 millions de voix.
En pourcentage, c’est même moins que le total Mégret + Le Pen en 2002 (19,2%).
Où est le succès ?
Succès donc. Progrès considérable non. Pourquoi succès ?
Je vois trois raisons d’applaudir Marine Le Pen.
- D’abord la dédiabolisation semble fonctionner. Un bon marqueur de cela : les résultats du FN en outre-mer qui restent modestes mais en progression considérable par rapport à ceux de Jean-Marie Le Pen.
- Ensuite, à peu près stable en nombre comme en pourcentage, l’électorat du FN semble avoir évolué : il ne peut être que bon pour l’avenir de troquer des nostalgiques de l’Algérie française pour des jeunes qui mesurent chaque jour combien la coexistence entre Français et musulmans rêvée par les nostalgiques sur le forum d’Alger un soir de mai était une sale blague.
- Enfin, le principal succès est de faire le plein des voix de son camp : les dissidents sont réduits à rien, et il ne semble pas y avoir de rancœurs dans l’électorat, ce qui n’était pas gagné vu l’histoire récente du FN.
La nature du changement ?
Le Front national nouvelle mouture semble donc plutôt bien fonctionner. Jusqu’à une esquisse de changement de nom pour les législatives, qui permettrait enfin de se défaire du haine qu’on y entend depuis 30 ans. Et qui aurait aussi l’avantage de forcer les représentations graphiques à adopter le bleu marine plutôt que le noir-SS ou le brun-SA. Toutes choses qui ne sont pas si anecdotiques qu’on croit.
Les limites de ce changement ? On les voit bien, sans savoir encore si elles sont le fait de la nouvelle direction ou du calendrier : la volonté persiste-t-elle ou non au FN de tout axer sur les élections présidentielles, sur une personne et son résultat personnel ?
Car ce qui continue à manquer cruellement ce sont les mairies, les collectivités locales, voire les alliances de circonstance pour obtenir des fiefs locaux, ces endroits où un parti se replie pour repartir en avant quand il lui arrive un mauvais coup. Ces bases aussi qui permettent à tous les partis de faire suivre l’intendance en confondant quelques emplois administratifs avec des emplois partisans, en ayant des imprimeurs amis bien disposés, etc. Qui permettent aussi l’accès plus large aux financements politiques publics, véritable verrou du système partisan français.
Un pari risqué
Beaucoup mettent pour cela un espoir démesuré dans les législatives. Mais on ne gagne pas une circonscription législative en arrivant premier au premier tour, qui plus est au premier tour d’une autre élection… Il ne faut pas se faire d’illusions : s’il pourra y avoir des triangulaires gagnées, le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours fera en grande partie son effet habituel, empêchant et de loin le FN d’avoir autant de députés que son poids électoral lui permettrait d’en avoir dans un système proportionnel ou dans un scrutin à l’anglaise.
Ces mêmes optimistes éternels ne nient pas la difficulté. Ils promettent qu’elle disparaîtra par magie, la défaite de Sarkozy devant recomposer la droite autour du FN. Il y a à cela trois difficultés principales je crois :
- D’abord l’UMP a bien vu le péril. Même si Juppé a été publiquement un peu tancé par Sarkozy, que le maire de Bordeaux (et repris de justice, condamné pour prise illégale d’intérêt) monte au créneau pour resserrer les rangs veut dire quelque chose pour qui se souvient de ses méthodes et fonctions réelles au sein du RPR de la grande époque : en clair, Juppé vient de dire que le premier qui fera mine d’avoir un demi-regard pour le FN perdra son étiquette UMP, tout soutien du parti, et que tout sera fait pour le faire battre, y compris faire voter pour la gauche dans sa circonscription. Si quelqu’un sait tenir ses troupes à la schlague, c’est Juppé.
- Ensuite c’est reproduire presque à l’identique le calcul de Chirac contre Gicard en 1981. On sait ce que cela nous a valu sous les gouvernements socialistes.
- Enfin ce n’est pas vrai, la vie politique ne se recomposera pas autour d’un parti qui n’a pour élus que quelques députés européens et une poignée de conseillers régionaux. Là aussi il lui faudrait une force réelle, positive, des villes, des communautés de communes, un poids réel dans les agglomérations, et la capacité à peser sur des majorités régionales ou départementales. Sans cela, espérer une telle recomposition et imaginer qu’elle serait autre chose qu’un nombre anecdotique de ralliements personnels équivaut à attendre un miracle.
Après la dédiabolisation la normalisation ?
Le FN sera autre chose qu’un parti qui fait un coup dont on se félicite tous les 5 ans quand il aura conquis des bases locales, en partie par lui-même en partie en faisant des alliances régionales, chose que Jean-Marie Le Pen a toujours sans doute désiré, mais a semblé aussi regarder avec une certaine défiance, sans doute par peur de voir des barons bien assis le contester jusque dans le parti — il faut dire à sa décharge qu’il avait raison de se méfier, l’histoire du FN l’a prouvé.
La suite nous dira si c’est un malheureux calendrier qui a contraint Marine Le Pen a aborder les choses dans le pire ordre possible, présidentielles d’abord, ou si elle a une volonté claire de transformer le FN pour le mieux en allant au bout du processus, en en faisant une vraie machine de guerre politique et plus ce que certains ont appelé « une PME familiale ». L’existence d’une vraie campagne entre elle et Gollnish semblait aller dans ce sens, nos lecteurs attentifs se souviendront sans doute qu’on l’avait saluée ici.
Étiquetté : FN, Génétique, Hollande, Marine, SarkozyPour qui voter quand on est un traître ?
Présidentielle — Article écrit par Bidou le 18 avril 2012 à 18 h 57 minFigurez-vous, chers lecteurs, que même dans l’élite il y a des moutons noirs.
Moralement du moins, car génétiquement le troupeau a été bien tenu.
Or donc certains se refusent à la discipline bidolienne et refusent mordicus de voter pour Jacques Cheminade.
Les coups de polochons sur ces tristes traîtres contestataires déviants droitiers ou gauchistes n’ayant été d’aucun secours — un seul à promis de voter Cheminade, qui était allergique au duvet d’oie — nous en sommes fort marris. Et personnellement mon cœur de kapok se serre à l’idée de tels égarements contraires et au fourrure-prinzip et au centralisme doucement démocratique, je ne vais pas y revenir.
Néanmoins, la douceur n’étant pas douce en vain, nous allons quand même leur donner quelques conseils tant il est vrai que : « Sans la douceur, l’homme s’étiole et la femme encore plus. » (Petit Livre doux, 15, 54)
Sur quoi donc vous décider, si vous êtes malfaisant au point de ne pas voter d’enthousiasme pour Jacques Cheminade ?
D’abord, chers adeptes du peluchisme, ne vous décidez pas sur les programmes économiques des uns et des autres. Deux raisons à cela. D’une part tous les candidats ne rêvent que d’une chose sous des formes à peine déguisées : une monnaie faible qu’ils pourront dévaluer tous les trois ou cinq ans, ruinant les épargants, petits et gros. Or la douceur est amie de l’épargne, comme l’affirme le Bidou-tö-King, chapitre 3 (traduction Duyvendak) : « Sois Picsou, pas Rapetou. » D’autre part, aucun ne pourra tenir ses promesses économiques au delà de quelques mesures symboliques tant nous sommes dans la mouise et tant ça ne va pas s’arranger.
Ensuite, mes chers cajolines qui bien à tort pensez ne pas mériter que J.-C. fasse ascension sur Mars pour votre édification, justification & salvation, ne prêtez pas l’oreille aux cathos durs et à leurs points non négociables. Pour ne pas négocier, il faut être en position de force. Ils rêvent de se retirer sur l’Aventin et ils ne feront que donner l’impression d’enfants qui boudent. Et comme chacun sait les peluches n’aiment que les bons enfants, les turbulents, les joyeux, ceux qui tuent tout ce qui bouge dans les RPG dès 8 ans, et qui à l’occasion boutent le feu aux tas de foin ou aux roulottes de romanichels. Les peluches n’aiment pas les enfants chouineurs, chougneurs ou boudeurs.
Enfin ne vous laissez pas prendre aux arguments du vote utile. Les petits candidats sont plus rigolos que les autres, et au moins à ce titre ils méritent bien qu’on vote pour eux.
Il sera temps de se demander entre les deux tours si un vote est utile ou pas.
Bref, si vous vous refusez à voter Cheminade, votez au premier tour pour celui qui vous plaît, en donnant une prime à ceux qui emmernuient le plus les grands partis (sauf Bayrou, parce qu’il ne faut pas déconner quand même).
Bien doucement à tous, en attendant les résultats que nous vous invitons à disséminer au mépris de la loi dès qu’ils seront connus, pour faire enrager d’impuissance les petits énarques en costume gris.
Étiquetté : bidolisme, Cheminade, Génétique, voteInformation-émotion
Actu — Article écrit par Nicolas le 20 mars 2012 à 15 h 24 minHier soir, dans un journal télévisé quelconque :
« Vous Machin qui êtes sur place à Toulouse, quelles sont les dernières informations ?
– L’information, ici, c’est l’émotion… »
Cette phrase prodigieuse n’a semble-t-il été relevée par personne.
Elle résume cependant le verrouillage du système médiatico-politique français et son excellence en tant que machine de propagande depuis deux jours.
Soit une campagne électorale. Où une candidate d’extrême droite, du moins étiquetée telle, sort dans les données brutes des sondages avec des intentions de vote supérieures au président-candidat sortant. Au point que les sondeurs ont dû inventer la double-correction inverse : on corrige dans un sens pour tenir compte du fait que le sondé a du mal à avouer qu’il va voter FN, mais on corrige dans l’autre sens parce qu’il serait tout aussi inavouable de voter Sarkozy. Cela permet de sortir des données corrigées, seules publiées dans les grands médias, où la candidate dite d’extrême droite est remise à sa place correcte : troisième ou quatrième. Ce petit jeu dure depuis plusieurs semaines. Et précisions-le, malgré la diffusion répétée sur toutes les chaînes de télévision publiques de fictions et documentaires qui flétrissent le nazisme, l’intolérance ou le racisme — donc en visant implicitement la candidate d’extrême droite, puisque dans la représentation médiatique elle est assimilable, et même réductible, à cela.
Arrive une opportune tuerie, qui permet de rassembler à l’Élysée juifs et musulmans, de faire des déclarations contre on ne sait quelle intolérance non précisée, de transformer des minutes de silence dans les écoles en leçons compassionnelle sur l’antiracisme faites par des professeurs syndiqués, qui permet à toute la classe politique d’utiliser cette tuerie pour conforter le statu-quo politique et médiatique par lequel cette classe se maintient au pouvoir malgré les alternances de façade – on appelle ça d’un acronyme qui le résume : l’UMPS. Et, cerise sur le gâteau de la mésinformation émotionnelle, tout cela est fait alors qu’on entonne qu’il ne faut surtout pas « récupérer » politiquement ce drame.
Qu’est-ce qui empêche alors un esprit un peu critique de se dire qu’un tel drame est curieux. Qu’il est étrangement opportun de le voir se produire pile à ce moment là, en pleine campagne électorale qui allait tourner sans doute à l’effondrement du système d’alternance entre droite et gauche parlementaires ? Qu’est-ce qui empêche de parler, au moins à titre d’hypothèse, d’une opportune manipulation ?
Quoi sinon, précisément l’émotion, qui disqualifie par avance toute réflexion, qui paralyse tout esprit critique, qui interdit de ne pas se vautrer dans une unanimisme niais, qui n’analyse rien, qui oblige par la pression sociale issue de la pression médiatique à se livrer à l’émotion, laquelle coïncide donc avec l’information.
Faites l’expérience : prenez un sujet, essayez de lui expliquer que tout cela cinq semaines avant une élection c’est un peu gros. Qu’alors que tout le monde, hier, appelait à ne pas « récupérer » partait déjà d’une officine aussi abjectement politique que Sos-Racisme un communiqué mettant en cause un supposé « racisme » qui inspirerait le tueur de Montauban et Toulouse. Rajoutez pour faire bonne mesure que c’est assez opportunément dans un régiment où de prétendus néo-nazis ont été trouvés dans le passé que se manifeste un individu qui dit posséder des informations qu’il souhaite livrer à la police. On vous répond aussitôt que « quand même » tuer des enfants, ça ne peut pas être une manipulation. Ni même une récupération. L’émotion permet de venir au secours de l’idéologie qui flanche et de balayer la réalité pour manipuler l’opinion de l’électeur qui va voter dans quelque semaines. Vu avec un peu de cette froideur qui semble un péché ou un crime depuis hier, on ne peut pas en douter. Mais quiconque en parlerait se ferait écharper au moins médiatiquement. Et peut-être physiquement.
Non, l’émotion n’est pas légitime : elle empêche de penser. C’est même pour cela qu’elle est ainsi planifiée, utilisée, mise en scène. À des fins politiques. Par une classe politico-médiatique qui passe son temps à demander qu’on ne fasse pas ce à quoi elle se livre sous nos yeux mêmes.
Nous avions jusque là une campagne où personne ne racontait d’histoire. Nous voilà servis en termes de gros story tellling auquel la mère de famille qui dépose ses enfants à l’école va pouvoir accéder par une identification sommaire mais efficace. De même cette campagne n’était pas orientée comme doit l’être toute campagne du concret vers l’abstrait, du quotidien vers les grandes aspirations. D’un coup voilà mobilisées la conscience universelle, les valeurs de la république et du vivrensemble™ et toutes ces sortes de choses qui ont balayé le prix de l’essence, le coût de la vie, les impôts augmentés ou la viande halal.
Un événement aussi opportun et qui correspond ainsi aux principes les plus généraux de la communication politique ne peut être une manipulation. Pensez-vous. Mais l’émotion a aussi le don de rendre insupportable l’ironie ou la raillerie, ce que je dis là me disqualifie donc sans doute…
Étiquetté : émotion, Génétique
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