Étiquetté ‘monnaie’
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Economie — Article écrit par Nicolas le 18 janvier 2012 à 15 h 17 minJ’aimais bien les gens de chez Moneyweek, qui se retrouvent maintenant pour l’essentiel chez Agora. Ils ont plutôt souvent raison, ce qui est tout ce qu’on leur demande. Cela vient sans doute du fait qu’ils ont plus recours au simple raisonnement logique que les abrutis béats de certaines lettres dites confidentielles liées à de grand magazines économiques. Leur pensée est plus « autrichienne », plus philosophique. Avec cette particularité de la pensée philosophique qu’il est toujours amusant et instructif de la pousser jusqu’à son terme pour éclairer la question.
Aussi j’aime bien prendre Simone en défaut de timidité, ce qui n’arrive pas très souvent. Surtout si ça permet de revenir sur cette histoire de rendement négatif de la dette allemande.
« Comment expliquer que des investisseurs acceptent de prêter de l’argent avec un rendement réel négatif, en d’autres termes qu’ils acceptent de payer pour qu’on garde leur argent ? Parce qu’ils ont peur d’en perdre partout ailleurs ! »
J’étais prêt à m’arrêter fermement à la même conclusion voilà deux jours. Puis XP et l’un de nos estimés commentateurs m’ont fait réfléchir un peu au delà de ma formulation volontairement simpliste par souci didactique.
D’abord on peut toujours investir ailleurs sans perdre d’argent, avec la quasi-certitude de gratter quelque chose en intérêt. Les coupes de bois, la vente d’eau potable, les matières premières bien suivies, certains services informatiques maintenant incontournables… Puis nous parlons de qui ? pas de Madame Michu. Madame Michu elle a un livret A et deux Napoléons qui lui viennent de ses parents dans la petite boîte qu’elle cache sous la cheminée. Nous parlons de grandes institutions financières, qui savent toujours gagner un minimum d’argent, quel que soit le marché. Elles peuvent certes en perdre, parfois beaucoup, mais en gros, si vous leur confiez cent millions et que vous voulez en toute certitude les revoir dans six mois ou un an avec un petit intérêt, elles sauront faire. Pour une telle somme, elles sauront même isoler ça pour vous d’autres risques qu’elles sauraient courir. Les risques de change elles savent faire et neutraliser aussi. A fortiori savent-elles faire tout ça pour elles-mêmes. Pourquoi donc vont elles mettre de l’argent – le bon cash qui est king devient somme toute rare – dans la dette allemande à un rendement négatif ?
Il me semble que ça s’éclaire si on va un pas plus loin. Elles n’ont pas peur de perdre de l’argent, ces institutions qui ont acheté de la dette allemande plus cher que cela ne leur sera remboursé. Elles savent qu’elles en gagneront. Ou plutôt qu’elles pourraient en gagner et dans les stratégies compliquées qu’elles mettent plus que jamais en place pour couvrir chaque investissement par d’autres, ça a joué.
Sur quoi comptent-elles donc ? pas de manière certaine, mais comme une possibilité qu’elles ne peuvent négliger et qu’elles n’ont pas négligé ? Il y a une seule réponse. Elles pensent qu’elles pourraient être remboursées en néo-Deutsche-Marks de ce qu’elles ont prêté en euros (en fait, de ce qu’elles ont payé en euros, c’est pour ça que les rendements négatifs sont possibles sur le marché primaire : récemment l’Allemagne a décidé de ne plus adjuger ses obligations en taux, mais en prix, si on paye plus de 100 euros pour 100 euros qu’on se fera rembourser au terme, ça fait bien un rendement négatif). Ou encore elles imaginent qu’elles pourraient être remboursées en super-Euro réapprécié, ce qui revient au même si les pays à problèmes sortaient de l’union monétaire et si l’Euro devenait la monnaie de l’Allemagne, de ses arrière-cours et de l’Europe du Nord.
Autrement dit, elles croient que dans six mois ou un an, ou un an et demi (elles peuvent refaire le coup plusieurs fois tant que ça n’écorne pas trop le gain espéré) l’Euro tel qu’il existe pourrait avoir disparu.
Ce n’est sans doute ni certain ni évident. Mais c’est assez probable pour que des gens compétents l’aient calculé et aient misé là dessus, ensemble, plusieurs milliards d’euros.
Et là, ce qui prend un certain relief, c’est une information que j’ai fugitivement vue il y a quelques jours, sans y apporter beaucoup d’attention sur le moment. Le gouvernement Allemand (c’était une déclaration d’Angela Merkel elle-même si je ne m’abuse) envisagerait d’interdire aux banques et assurances qui ont souscrit des emprunts d’État allemands de les revendre. Elles devraient les garder jusqu’à se faire rembourser comme prévu.
Imaginez que vous déteniez une créance en euros sur l’État allemand. Une créance ancienne. Vous pourriez faire le coup de la revendre comme l’État allemand a placé ses obligations à rendement négatif récemment : en vendant un prix supérieur à la valeur où l’obligation devra être remboursée. Vous vendez par exemple 101 euros une créance sur l’État allemand qui sera remboursée 100 à son terme. Vous feriez une bonne affaire, certes. Mais peut-être pas aussi bonne que celui qui vous l’achètera 101 euros pour être remboursé 100 néo-Deutsche-Marks.
Le but de l’interdiction serait pour le gouvernement allemand d’empêcher certaines banques de se gaver trop ouvertement, ce qui ferait désordre en ce moment. La crainte de voir surtout des banques étrangères profiter de ce mécanisme alors que certaines banques allemandes sont un peu courtes et seraient tentées de brader pourrait sans doute jouer aussi. Enfin préparer une sortie un minimum en ordre de l’euro actuel ne pourrait se faire qu’assez discrètement, donc sans que ces histoires de rendements négatif ne se généralisent sur le marché secondaire, pour éviter une panique bancaire générale en Europe (comme le craint ouvertement le Foreign Office d’après le Daily Telegraph).
Mais stop, considérons un instant les choses. Car là nous ne parlerions plus du pari de quelques institutions financières, certes compétentes, mais qui ne représentent qu’elles-mêmes, et de leurs stratégies compliquées où ce ne serait qu’un élément pris en compte pour sa probabilité au milieu d’autres. Nous parlerions de ce que le gouvernement allemand considérerait possible un tel scénario. Suffisamment pour imaginer des mesures politiques préventives et pour y préparer les marchés, le ballon d’essai de Merkel ayant été sans publicité particulière, mais ouvertement lancé.
Certes je mets tout cela au conditionnel pour ne pas trop passer pour un con si cela se révèle une simple spéculation sans début de réalisation. Mais quand les choses s’emboîtent, elles s’emboîtent.
Enfin on peut remarquer au passage que les gens qui n’avaient pas compris en quoi les monnaies fiduciaires sont en fait ni plus ni moins que de la dette sur les États, essentiellement différente d’une monnaie métallique ou garantie par du métal, ont là une application grandeur nature qui devrait les éclairer.
(Et les pauvres banquiers direz-vous ? ainsi brimés ? Rassurez-vous, l’Allemagne, pour être un peu moins mal gérée et un peu moins destructrice de richesse que la France, est aussi une démocratie d’opinion où l’argent détermine l’élection. Je suis prêt à parier que les banquiers rachèteront le droit de se gaver en finançant généreusement les trois grands partis politiques allemands…)
Étiquetté : banksters, dette, euro, monnaie
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