Étiquetté ‘Mélenchon’
Grand-mère la mort et sa descendance
Politique — Article écrit par Vittorio le 3 avril 2012 à 19 h 22 minA en croire Margot Honecker la révolution à encore un avenir en Allemagne. Au temps de l’Allemagne communiste, cette idéologue intransigeante était surnommée la « sorcière violette » à cause de sa teinture de cheveux. Exilée au Chili et âgée de 82 ans, la veuve d’Erich Honecker, l’ancien patron de la RDA, a renoncé au violet et se souvient du « bon temps » de la RDA. Entourée de « camarades » chiliens, Margot Honecker explique dans une vidéo postée sur You Tube qu’une campagne visant à « discréditer la RDA » a lieu en ce moment en Allemagne.
« Il n’y a pas une émission de débat, un seul film ou un seul programme d’information qui n’essaie pas de discréditer la RDA », dit-elle. Avant de réjouir : « mais cela ne marche pas ». « 50% des Allemands de l’Est disent que leur vie est pire sous le capitalisme, qu’ils avaient une belle vie en RDA, affirme-t-elle. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais les gens pensent de plus en plus à ce qu’ils avaient en République Démocratique ».
Margot Honecker s’était enfuie à Moscou avec son mari en 1991 pour éviter des poursuites, avant de se réfugier à Santiago, où Erich Honecker est mort d’un cancer du foie en 1994. « Il y a des forces de gauche » en Allemagne, dit-elle en se référant au score du parti de la gauche radicale, Die Linke, qui a recueilli 11.9% des voix aux élections législatives du 27 septembre. Ces forces « sont toujours actives et reçoivent de plus en plus de votes ». Elle prévient que la coalition de centre droit d’Angela Merkel provoquera une montée du chômage et des coupes dans les budgets sociaux. « Les gens ne le tolèreront pas. Les signes sont mauvais. Je suis optimiste », conclut-elle.
C’est bien connu : avec le temps les mauvais souvenirs s’effacent. Certains cultivent une sorte de nostalgie kitch et se souviennent avec regrets des acquis sociaux de la RDA, de la solidarité entre les gens, des Trabants et des cornichons du Spreewald. Alors pour tous ceux qui ont l’Ostalgie, la nostalgie de l’Allemagne communiste, de son mur, de ses paysages gris et pollués, de son interdiction de voyager, de ses ordres de tirer sur les fugitifs, de ses élections truquées, de sa police secrète, des appartements truffés de micros et des queues interminables devant les magasins aux étals vides, voici un petit clip. Réalisé début octobre, à l’occasion du soixantième anniversaire de la RDA, qui avait déjà disparu officiellement depuis 19 ans, vous y découvrirez quelques souvenirs de ce « monde merveilleux » perdu pour les Allemands de l’Est.
Je ne vois pas pourquoi Margot minimise le travail de la Stasi ou nie le fait que les enfants d’opposants étaient réquisitionnés par les familles du Parti. Au fond, on sait tous qu’ils s’en réjouissent, et qu’ils n’ont rien à craindre à s’en réjouir, de ce passé. Ils n’ont aucun remord. Ils ne craignent aucune poursuite. Beaucoup d’entre eux occupent d’ailleurs toujours des hauts postes dans les institutions allemandes. Lorsqu’elle affirme que les opposants étaient des criminels, et que la torture et l’exécution sommaire étaient donc tout à fait acceptables, elle le fait au premier degré. Pour ces gens, toute opposition est criminelle, tellement leur but est juste. Ce sont des fous, fanatiques morbides jusqu’au bout. Comme tous les fous fanatiques, il leur a manqué du temps pour atteindre le paradis, encore 20 ans, Monsieur le Réel, on y est presque.
Tout cela est tellement convenu que c’en est touchant.
Non, ce qu’il faut retenir, c’est qu’une majorité d’allemands de l’est regrettent la RDA. Il ne faut pas contester ces chiffres, ils sont d’ailleurs probablement en-dessous du vrai. Oui, une majorité des gens qui vivent sous un régime totalitaire aiment ce régime. La solidarité née de la paranoïa de l’ennemi extérieur, le contentement de la chasse effective et de la mise à mort de l’ennemi intérieur, la joie de tirer dans le dos des jeunes qui fuient le régime, tout cela est malheureusement une réalité humaine. On peut bouffer des cornichons immondes, faire la queue des heures devant les magasins pour acheter trois patates, rouler dans des poubelles, fliquer et être fliqué du soir au matin, tout cela est un plaisir à la masse si elle a la certitude que personne ne jouit plus que son voisin. La privation de liberté est un plaisir tout à fait accepté si la masse sait que personne ne peut y échapper.
Ce qu’il faut retenir, de l’ex-RDA comme de tout autre régime, c’est que seule une minorité d’individus est prête à payer le prix de la liberté, de la pensée critique, et du plaisir de vivre sans nuire à autrui, c’est à dire à accepter l’inégalité. La majorité, ou la société, pour aller plus vite, peut même se définir comme cela : la recherche permanente de nuisance à son prochain, pour peu qu’il se distingue par un avantage, fut-il supposé.
NB : il faut regarder la vidéo sur le lien, même si on ne comprend pas l’allemand, quelle meilleure illustration, quelle meilleure incarnation du ressentiment, que ce visage et ce regard ? Zombie maintenu en vie par la haine (si ce mot n’était pas suranné), en quête de persécution, infatigable, électrisé par l’ultime courant de l’affamée jalousie, si égalitaire, si justicier.
Étiquetté : communisme, MélenchonLe gambit des pions
Economie — Article écrit par Georges Kaplan le 24 septembre 2011 à 12 h 10 minAux échecs, le gambit est une manœuvre qui consiste à sacrifier une pièce – en général un pion jugé sans importance – dans le but d’obtenir un avantage stratégique sur son adversaire. Appliquée à la chose politique, les pions étant de gentils électeurs suffisamment naïfs pour croire qu’on leur veut du bien, cette stratégie peut s’avérer particulièrement machiavélique et démontrer l’absence totale de scrupules de celui ou celle qui la met en œuvre. Dernière illustration en date par Jean-Luc Mélenchon :
La dernière grande idée de Monsieur Mélenchon consiste donc à augmenter le Smic à 1 700 bruts par mois et à financer cette mesure, notamment, en limitant la rémunération mensuelle maximale des français à 30 000 euros par mois. S’il est une chose absolument certaine c’est que, d’un point de vue purement politique, la manœuvre est tout ce qu’il y a de plus rationnelle : ni vous ni moi ne connaissons beaucoup de gens payés au Smic qui refuseraient une augmentation de 350 euros bruts par mois (259 nets). Par ailleurs, ces derniers étant beaucoup plus nombreux que les quelques péquins qui gagent 360 000 euros par an, dans les urnes ça ne fera pas un pli.
Pour ce qui est de l’autofinancement du dispositif, je suis déjà plus circonspect. A vue de nez et toutes choses égales par ailleurs, si on taxait l’intégralité des salaires supérieurs à 10 381 euros par mois, le produit de cet impôt atteindrait péniblement 12,1 milliards par an à répartir entre les 3,37 millions de nos compatriotes qui sont payés au Smic : soit même pas 300 euros par tête et par mois. Je n’ai pas l’intégralité de la distribution mais cet exemple suffit à démontrer que taxer au-delà de 30 000 bruts par mois n’a absolument aucune chance de financer le Smic à 1 700 euros : on est loin du compte, il va donc falloir compléter et là, de toute évidence, il n’y a pas que les « super-riches » qui vont y passer. Accessoirement, on voit difficilement pourquoi un employeur continuerait à payer un de ses salariés plus de 30k si ce dernier se fait confisquer l’excédent ; quand le filon des avantages en nature aura été usé jusqu’à la corde, je vous fiche mon billet que des salariés payés plus de 360k par an il n’y en aura plus un seul. Et donc, qui va payer ?
D’autant plus qu’à 1 700 euros bruts par mois, un salarié payé au Smic coûtera environ 2 636 euros à son employeur sauf bien sûr si Monsieur Mélenchon décide d’augmenter les charges « patronales » [2] ; auquel cas se sera encore plus cher. Pour mémoire, l’Insee estime qu’une augmentation de 10% du Smic détruit 290 000 emplois ; le plan de Monsieur Mélenchon c’est une augmentation de 26%. Autant vous dire qu’à ce prix là il va aussi falloir sérieusement songer à un moyen de financer l’assurance chômage et ce, sans compter sur les boîtes qui auront mis la clé sous le paillasson, réduit leurs activités ou délocalisé.
Parallèlement à ça nos riches désormais bien taxés auront une solide incitation (de plus) à aller exploiter le vulgum pécus ailleurs. Si j’en crois les velléités gouvernementales d’instaurer une « exit tax » dans notre beau pays il semble qu’avant même que Monsieur Mélenchon ne soit élu, les riches ont déjà fortement tendance à aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. « Qu’ils s’en aillent tous ! » disait-il. Outre un petit problème de recettes fiscales qui va se rajouter à celui déjà évoqué plus haut, il faut aussi considérer que le riche est souvent aussi un patron – c’est-à-dire un employeur ; ai-je pensé à évoquer le financement de l’assurance chômage ?
Un autre effet amusant des chasses aux riches en général c’est que ça vous bousille toute l’industrie du luxe de manière assez radicale. C’est idiot mais les types qui font vivre les grands hôtels, l’industrie automobile haut de gamme, la haute couture, les grands restaurants, les domaines viticoles prestigieux, les gestionnaires de fortune (etc…) ce sont justement les riches. Contrairement à ce que croient beaucoup de gens, il y a encore une industrie de l’habillement en Europe ; mais entre la disparition de ses seuls clients solvables et la remontée du Smic à 1 700 euros, il est à peu près certain qu’elle ne va pas faire long feu. Vraiment, il va y avoir un vrai sujet du côté de l’assurance chômage.
Je passe rapidement sur quelques aspects purement sentimentaux : qui restaurera les châteaux de nos campagnes ? Comment nos grands crus vont-ils survivre ? Quid de la haute couture parisienne ? De nos beaux hôtels et de nos chefs étoilés ? Quand on soviétise un pays, on récupère avec l’architecture, la mode et la gastronomie soviétique. C’est un choix…
Enfin, après que cette taxe sur les super-riches se soit transformée en taxe sur les très-riches, puis sur les riches et enfin sur les moins pauvres, Monsieur Mélenchon aura définitivement réglé ce problème d’inégalité : tous au chômage ou au Smic (payé en monnaie de singe) pour les plus chanceux.
Et voilà le gambit : Jean-Luc Mélenchon n’est certainement pas bête à ce point. Quand on sait qu’on ne sera pas élu, il est beaucoup plus malin de coller une pression malsaine sur le prochain occupant de l’Elysée, de le pousser à augmenter le Smic et à plafonner les salaires et de récolter le résultat cinq ans plus tard en accusant les effets catastrophiques de la « mondialisation ultralibérale ». En substance, Monsieur Mélenchon est en train de chercher à sacrifier quelques centaines de milliers de ses pions pour gagner un avantage stratégique lors des prochaines échéances électorales … à moins que ce ne soit Marine le Pen qui rafle finalement la mise.
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[1] C’est-à-dire les 1% de nos compatriotes les mieux payés selon l’Insee (2007), une population de 133 000 personnes qui gagnent plus de 124 573 euros bruts par an.
[2] Environ 788 euros par mois (partant du principe que la réduction Fillon a sauté).

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