Étiquetté ‘libertarés’
Harry Potter a lu Bastiat
Citations — Article écrit par Vittorio le 20 avril 2013 à 16 h 03 minEt c’est là que « la manif pour tous » a un jeu particulièrement trouble. Car, contre toute attente, elle soutient les dispositifs coercitifs légaux qui limitent la liberté d’opinion dans ce domaine. Ainsi, les organisateurs de la manif pour tous expliquent que « le code pénal interdit toute discrimination sur le motif de l’orientation sexuelle. C’est la fierté et l’honneur de notre République que de proclamer ce principe. » Il est toujours amusant de voir les soutiens de la manif pour tous crier à la fin de la liberté d’expression lorsqu’on évoque par le verbe et l’argumentaire leur possible homophobie (c’est à dire lorsqu’on utilise des « moyens privés » à la Ayn Rand) alors que leur organisation soutient les lois « anti-discrimination » qui restreignent, elles, bien réellement la liberté d’expression comme on l’a vu plus haut.
Libéral, nouvelle définition : celui qui s’opposera avec arrogance et mépris à toute opposition de l’étatisme si elle ne correspond pas parfaitement à sa vision immaculée du libéralisme – plutôt que de la soutenir et de l’orienter et, en prime, traitera cette opposition d’idiote utile, oui oui, sans rougir. Parce que lui, tu vois, il pourrait mobiliser en masse sur les vrais sujets et les vraies solutions si on le laissait faire. Un jour. Un grand soir même peut-être. Mais attention, chacun de ses gestes, paroles et surtout méthodes seront libellés (c)Origine Libérale Contrôlée. Sinon il se taira à jamais. Promis. On attend donc de le voir faire le tour des plateaux télé expliquer pourquoi et comment en finir avec la loi Gayssot -avant toute chose- et claquer le beignet à tous les journalistes rien qu’en citant Ayn Rand pour de vrai le doigt en l’air. Parce qu’il est évident que personne n’y a jamais pensé avant lui.
L’Etat tremble d’avance devant tant de pureté. N’en doutons pas.
Mais détaillons pour des soucis de cohérence, puisque c’est le grand mot.
En théorie la rhétorique est juste. Et vice-versa. Mais d’une théorie qui exclue d’emblée toute pratique concrète de la politique, ce qui est ennuyeux. Alors ben sûr on peut choisir de rester dans la théorie pure, ou la chronique, ou la satire. Le problème est que l’auteur se demande s’il doit on non soutenir cette opposition au mariage gay, pire : s’il doit ou non y participer. Ainsi il nous dit par la bande qu’il ne se mobilisera – personne ne le lui demande hein- qu’à une manif libéralement pure. Qui doit bien exister de temps à autre. Dans son appart lorsqu’il reçoit deux amis libéraux pour l’apéro par exemple. Et encore.
Deuxièmement, l’auteur semble souhaiter un certain didactisme, osons-le : une pédagogie libérale, à moins que son article n’ait pour but que de se convaincre lui-même qu’il a bien raison de penser ce qu’il pense, or il parait tout de même un brin impoli de qualifier de troupeau les manifs pour tous (et ce avant même de savoir s’il doit les rejoindre, hein) alors qu’il pourrait trouver là un terreau plus que fertile à de nouveaux adhérents à la cause, ou du moins à la connaissance, libérale. C’est mal parti. Oh, on peut insulter les gens, mais il ne faut pas venir chouiner ensuite que l’opinion est détournée des vrais sujets vrais. Mais voyez-vous, il est cohérent. Il doit se le répéter devant la glace assez souvent.
Troisièmement, et c’est la seule chose qui m’a fait rire, et j’aime rire, c’est le « contre toute attente » dans le paragraphe cité. Contre toute attente, en effet, Frigide Barjot ne demande pas avant toute chose l’abrogation de la loi Gayssot qui réprime les paroles et actes homophobes, racistes et antisémites mon cul sur la commode. Sérieusement. Le libertaré lui est cohérent encore une fois. Et sa cohérence pure aura raison de tous les opinions, arguments, lobbys contraires. Serioulsy, il est dans le sérieux. On ne la lui fait pas. Mes solutions pures maintenant et tout de suite sinon je retiens ma respiration. Il connait bien les gens et le système.
Enfin, et c’est de très loin le point le plus important, d’autant que l’auteur lui-même met le sujet de la loi Gayssot sur la table, il ne semble pas comprendre – mais à sa décharge il est très loin d’être le seul- une seule seconde que ledit mariage gay (et ses suites concrètes dans tous les petits alinéas et jurisprudences à venir) n’est rien d’autre qu’une aggravation et une amplification délirante de la déjà mortifère loi Gayssot qui ne dit pas son nom. Et fondamentalement rien d’autre que ça (pour peu que l’on sache déjà ce qu’était la loi Gayssot dans son essence et ses buts). Donc pour des soucis de cohérence d’une naïveté infinie et malgré le fait qu’il affleure la vérité de toute cette affaire, le clampin en déduit qu’il ne fera rien contre cette loi Gayssot au cube qu’il ne voit même pas comme telle, parce qu’avant tout il faut en finir avec la loi Gayssot.
Mais déjà l’époque à laquelle cette saloperie a été votée, 1990, il devait se trouver un libertaré pour dire qu’il était inutile d’être contre la loi Gayssot, et que le vrai problème c’était la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Mais en 1881, il devait aussi se trouver un libertaré pour dire que le vrai problème c’était l’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789…On voit donc l’efficacité ébouffirante du libertaré à traiter tout autre opposant que lui à ces délires liberticides d’idiot utile. Et en conclure qu’il ne s’aveugle sur rien.
Encore un peu et il écrirait que l’Histoire lui donnera raison.
Étiquetté : libertarésLes climato-sceptiques, idiots utiles de l’écologie
Science — Article écrit par Blueberry le 21 mars 2013 à 9 h 38 minCes dernières semaines on s’agite du côté de ceux qui se nomment « climato-sceptiques » et s’imaginent lutter contre des « réchauffistes ». Est-ce la perspective d’un prochain rapport du GIEC ? C’est à dire le seul moment où ils font mine de s’intéresser à la littérature scientifique sur le sujet mais principalement en lisant en diagonale le résumé pour les décideurs issu de ces mêmes rapports ?
Dans la série des articles écrits par nos libéraux cosmiques préférés et publiés sur Contrepoints, de H16 à un éminent membre de l’UDC, on trouve un certain de l’Université catholique de Louvain.
Certes, il ne s’agit pas de l’Université la plus réputée pour l’Europe en climatologie, mais ils ont au moins un département s’y rapportant. Dont ne fait pas partie István E. Markó néanmoins. Ils sont terribles ces climato-sceptiques, généralement ils ne sont jamais là où on les attend. C’est à dire étudier la climatologie la semaine. Non, eux, ces grands fous, ces bourreaux de travail, ces machines ne se reposant jamais, préfèrent s’y adonner le week-end.
La climatologie en hobby.
Pourquoi pas.
Remarquez, dans le cas d’István E. Markó, c’est quand même dommage qu’il ne se rapproche pas de ses collègues climatologues de la même Université que lui. D’autant qu’ils ont conçu un site internet pour répondre à lui et à tous ses amis dits « climato-sceptiques ». Voilà sans nul doute un manque flagrant de communication dans le monde universitaire.
Quoiqu’il en soit, pour ma part, n’étant pas climatologue ou paléoclimatologue du dimanche, je serais bien en mal d’utiliser le jargon scientifique relatif à ces questions.
Toutefois, alors que je ne suis pas plus ingénieur en structure des bâtiments qu’architecte, je dois avouer que, malgré cette lacune, je n’ai jamais acheté les théories du complot concernant le onze septembre. Pourquoi ? Premièrement parce que ces théories se révèlent insatisfaisantes intellectuellement (quand elles existent). Or, malheureusement pour eux, les climato-sceptiques ne font pas mieux de ce point de vue que le premier conseiller du Hezbollah venu.
Deuxièmement parce que les climato-sceptiques sont des guignols de la démarche scientifique.
Et quand je dis guignol je suis néanmoins en dessous de la vérité. Ainsi, dans le cas du sieur István E. Markó, il suffit d’avoir une connexion internet en état de marche pour observer que les références qu’il fait sont tout simplement fausses, incomprises ou introuvables.
A ce propos, on serait bien en mal de savoir où et quand tel scientifique ou telle institution aurait déclaré publiquement telle ou telle chose que lui fait dire István E. Markó… Il n’y a tout bonnement aucune source indiquée dans son texte. Rien. Nada. Alors même que l’auteur montre par ailleurs sa capacité (un autre de ses hobbies ?) à introduire des liens hypertextes dans son article. Heureusement, d’autres font les liens qui vont bien.
Et là, c’est le drame.
Ainsi, étrangement, quand on se rapporte au matériel originel (ce que István E. Markó suggère comiquement de faire au début de son papier) on ne retrouve rien de ce que ce dernier prétend avoir lu ou compris. On s’aperçoit donc qu’il n’y a eu aucune « fuite » du rapport AR5 du GIEC, ce qui serait d’ailleurs tout aussi comique étant donné la nature des rapports du GIEC (de la littérature la plupart du temps déjà publiée). Ou on constate que le MET office ne dit rien de ce que István E. Markó veut lui faire dire en son nom. Etc.
C’est embarrassant tout de même.
Encore une fois, il ne s’agissait même pas de rentrer dans un débat scientifique autour d’une merguez de barbecue un beau dimanche de printemps et de deux ou trois litres de pastis. Non, il s’agissait juste de se contenter de vérifier si István E. Markó faisait dire aux différentes institutions ou personnes ce qu’elles ont réellement déclaré.
Et il s’avère simplement que non.
Ce qui augure mal, vous le reconnaîtrez avec moi, de l’ensemble de son oeuvre.
C’est terrible, terrible, de ne pas pouvoir mettre en lien ou reproduire fidèlement quelques études faites par des climatologistes ou des paléo-climatologistes et publiée par une revue scientifique avec une évaluation par les pairs. C’est qu’on se retrouve ensuite réduit à ne pas traduire fidèlement leurs propos ou conclusions. Ou à sélectionner un seul mot, une phrase ou un graphique afin de lui donner un sens tout à fait autre puisque utilisé isolément.
Tout cela n’est guère satisfaisant donc.
En attendant d’observer de nouvelles prouesses d’István E. Markó et des amis climato-sceptiques, je rejoindrais néanmoins un autre professeur interviewé en même temps que lui, Edwin Zaccai, déclarant
Il y a toutes sortes d’incertitudes liées aux sciences du climat, mais les grands éléments que j’ai cités [réchauffement climatique, et réchauffement climatique anthropique] sont établis de façon cohérente. Cela dit, il y a beaucoup de débats tout à fait légitimes sur le fait de savoir ce qu’il convient de faire. Faut-il tout de suite, de façon coûteuse, couper les émissions de CO2 ? Est-ce que, d’autre part, le réchauffement va avoir des effets positifs et/ou négatifs sur les sociétés ? Ces questions, pour moi, sont légitimes. Mais lorsque l’on remet en doute le fait d’avoir un phénomène de réchauffement climatique, alors cela ne tient plus.
Et c’est là qu’on se dit qu’il est tout de même atterrant que tous ces débats passionnants soient réduits à leur plus simple expression citoyenne par l’action de climato-sceptiques s’arque-boutant sur le réchauffement climatique et son caractère anthropique.
Le champ des Merles climato-sceptiques.
Ce qui n’empêche pas, par ailleurs, de formuler des critiques aux scientifiques des sciences du climat, de repérer des biais, des conflits d’intérêt ou que-sais-je-encore. Mais voilà, sauf à penser que les américains ne se sont jamais rendus sur la lune, l’immense majorité des climatologues ne font pas partie d’un complot écologiste scientifique. Certes, ils peuvent subir, là encore disons-le, des pressions, biais, conflits d’intérêts, influences, etc. Il n’est pas très compliqué, même si les climato-sceptiques ne se concentrent que rarement dessus, d’imaginer lesquels. Mais comme tout chercheur quelque soit sa spécialité. Et comme tout professionnel ou homme au-delà. Rien de bien neuf. Pour répondre à tout cela des mécanismes existent. Ils ne concernent pas seulement les climatologues d’ailleurs. Ces mécanismes ne sont pas parfaits et la recherche scientifique elle-même ne se réalise pas hors sol et hors époque. Mais voilà. Sous le regard des climato-sceptiques névrosés, de lobbys écologistes ou provenant d’industriels, il faut constater que les climatologues sont parmi les chercheurs les plus surveillés. Ce qui n’est pas anormal.
Mais de cela, il n’en est guère question in fine. Et ce malgré le climategate. Qui, loin d’être une critique méthodologique, n’a finalement représenté qu’une tentative de dévoiler un prétendu complot. Autant dire que, encore une fois, on est très loin de la science et très proche du politique.
Eh, ce n’est pas parce qu’un article halluciné de wikilibéral prend un scientifique en point de mire, l’accusant d’être un militant écologiste forcené et membre du complot planétaire, que ce dernier n’a pas vu ses travaux validés pour la publication par ses pairs, repris, testés ou critiqués, etc.
Ainsi va la science.
Elle.
Avec les climato-sceptiques, on peut constater que les journalistes tombent dans le catastrophisme, que toutes les parties d’un rapport du GIEC ne se valent pas, que les politiques utilisent ce levier et que les écologistes en font leur commerce. De même peut-on aller sans trembler jusqu’à l’idée que l’état actuel de la science du climat n’est pas totalement satisfaisant, que les modèles climatiques ne sont pas parfaits, que certaines variables sont encore mal prises en compte, etc.
Ainsi, autant je vois peu d’intérêt et de réalisme pour le citoyen de dénier tout sérieux à l’état actuel de la science sur le climat, autant je ne comprends pas qu’il puisse être exclu de la question sur les bénéfices ou les inconvénients qu’il pourrait retirer de ce réchauffement climatique et, encore plus, de ce qu’il convient de faire devant lui aujourd’hui. Et, sauf dans les délires climato-sceptiques, la plupart des scientifiques (qui ne se confondent pas avec les écologistes…) ne voient aucun inconvénient à ce que cela soit discuté largement et librement.
Mais de ce sujet les climato-sceptiques s’en sont-ils emparés ? Pas vraiment. C’est que ces derniers considérent qu’il ne faut rien faire et rien changer puisque le réchauffement climatique n’existe pas. Vous ne les verrez donc pas s’étendre sur le sujet. C’est à peine si je ne suspecte pas certains d’entre eux de juger le réchauffement climatique comme quelque chose de fondamentalement mauvais s’il devait survenir. Comme le premier écologiste venu en quelque sorte.
Les libéraux ont pourtant matière à être présents sur ces questions. Ce n’est pas parce que le réchauffement climatique anthropique existe que le libéralisme serait voué à fermer sa gueule. Sauf si, bien sûr, les libéraux se commettent dans leurs errements actuels et persistent à se montrer inaudibles. Au contraire, il serait bon d’avoir des libéraux qui promouvraient des solutions autres que la décroissance comme seul horizon au changement climatique. Ce serait agréable.
Mais ils ne veulent pas nous faire plaisir.
Moi, à mon échelle, au moins, je fais ma part en laissant tourner le moteur de mon diesel dans mon jardin pendant la nuit.
C’est peu, mais c’est déjà ça.
Étiquetté : libertarés(…) l’arbre baroque qui cache la prison.
Citations — Article écrit par Vittorio le 13 janvier 2013 à 22 h 21 minJe ne résiste pas à l’envie de vous proposer ce texte de Muray qui date de 2004, et dont il faut relire 15 fois l’introduction et la conclusion si on n’a pas bien compris où tout cela mène et quel en est l’enjeu. Pour ceux qui en doutent, cet article de D. Theillier et les exemples qu’il donne concernant l’actualité de ce sujet aux USA (paragraphe La police de la pensée homosexuelle).
Le mariage transformé par ses célibataires mêmes
Par-delà le néo-mariage, et quelques autres revendications divertissantes, c’est la réduction au silence du moindre propos hétérodoxe qui se profile, c’est l’écrasement légal des derniers vestiges de la liberté d’expression, c’est la mise en examen automatique pour délit de lucidité.
Le mariage est une invention qui remonte à la plus haute antiquité. Je parle du mariage à l’ancienne, cette institution conformiste, vermoulue et petite-bourgeoise qui véhicule depuis la nuit des temps « les valeurs hétéro-patriarcales et familialistes » pour m’exprimer comme Christophe Girard et Clémentine Autain. Sauf erreur de ma part, cette mémorable conquête n’a pas été arrachée, l’arme à la main, de nuit, dans la précipitation et sous la menace des pires représailles, par une petite bande de fanatiques de la nuptialité bien décidés à se servir de la lâcheté des uns, de l’ambition des autres, de la démagogie tremblotante de tous, pour faire triompher leur cause. Nulle part ce type de mariage ne paraît avoir été imposé par la force. Ni en jetant à l’opinion publique un fatras précipité de raisonnements contradictoires afin d’extorquer d’elle, par sondage, une approbation apeurée. Il n’est pas davantage le fruit d’une volonté claironnée de mettre à genoux le pouvoir politique. Aucun gouvernement, à ma connaissance, n’a cédé aux partisans de la conjugalité dans la crainte de se voir accusé de gamophobie (du grec gamos, mariage).
Y a-t-il même eu « débat », à propos de cette importante « question de société », chez les Égyptiens pharaoniques, à Babylone, en Inde, à Lascaux, entre psychanalystes lacustres, sociologues troglodytes, militants de l’un ou l’autre bord ? En a-t-on discuté, dans le désert de Chaldée, à la lueur de la Grande Ourse ? A-t-on menacé de ringardisation les adversaires de cette nouveauté ? Les a-t-on accusés de ne rien comprendre à l’évolution des mœurs, de s’accrocher à des modèles désuets, d’alimenter la nostalgie d’un ordre soi-disant naturel qui ne relève que de la culture ? La Guerre des Games (de gamos, mariage, je ne le répéterai plus) a-t-elle eu lieu ?
Il semble bien que non. La chose, c’est horrible à dire, s’est faite toute seule, suivant la pente de l’espèce, laquelle sait si bien jouer sur les deux tableaux pour protéger ses intérêts, manier en même temps la carotte et le bâton, l’appât et l’hameçon, le désir de satisfaction sexuelle des individus et ses propres nécessités vitales de perpétuation, et emballer cela dans les mirages vaporeux de la pastorale romantique.
On a tout essayé, par la suite, avec le mariage. On l’a plié dans tous les sens. On a tâté de la polygamie, de la bigamie, de la monogamie, de l’adultère, du divorce à répétition, du mariage forcé, du mariage civil, du mariage religieux, du mariage d’argent, du mariage raté. On a même vu des mariages heureux. On a vu des mariages stériles et d’autres féconds, des unions dramatiques et des noces de sang. On en a fait des vaudevilles et des tragédies. Avec des placards pleins d’amants, des cocus en caleçon, des maîtresses acariâtres. Le mariage, en résumé, n’a été inventé que pour fournir des sujets de romans et pour assurer la chaîne sans fin des générations ainsi que le veut l’espèce.
Il n’en va pas exactement de même du futur mariage homosexuel, dont la genèse aura laissé tant de traces, à l’inverse de l’autre, qu’il sera aisé de la reconstituer. C’est que cette nouveauté ne va pas de soi, comme d’ailleurs la plupart des opérations expérimentales de notre temps. L’époque moderne, dont l’essence même est le soupçon dans tous les domaines, explose en cette affaire dans une sorte d’opéra-bouffe stupéfiant où la mauvaise foi et le chantage se donnent la réplique inlassablement. C’est d’abord le code civil qui a été instrumenté. On a prétendu qu’il n’y était stipulé nulle part que le mariage était réservé aux personnes de sexe opposé. Les homosexuels militants se sont engouffrés dans cet « oubli » pour exiger, au nom de l’égalité des droits, « l’accès des gays et des lesbiennes au mariage et à l’adoption ». L’exigence d’égalité est la grosse artillerie qui renverse toutes les murailles de Chine. La marche sans fin vers l’égalité absolue remplace, chez les minorités dominantes et furibondes, le défunt sens de l’Histoire. Pour ce qui est du code civil, d’abord paré de toutes les vertus, il n’a plus été qu’une sorte d’opuscule diffamatoire sitôt qu’on découvrit l’article 75, qui détermine que le mariage consiste à « se prendre pour mari et femme ». Peu soucieux de logique, les militants de la nouvelle union conclurent aussitôt à l’urgence d’une refonte de ce code que, l’instant d’avant, ils portaient aux nues. Et, en somme, puisque la loi est contre les homos, il faut dissoudre la loi.
Dans le même temps Noël Mamère, bonimenteur de Bègles, agitait son barnum ; et les notables socialistes se bousculaient au portillon de l’avenir qui a de l’avenir dans l’espoir de décrocher le titre de premier garçon d’honneur aux nouvelles épousailles. Le terrorisme et la démagogie se donnaient le bras sur le devant de la scène. On « déconstruisait » en hâte le mariage à l’ancienne. On affirmait qu’il est aujourd’hui « en crise » quand la vérité est qu’il l’a toujours été, par définition, puisqu’il unit deux personnes de sexe opposé, ce qui est déjà source de crise, et que, par-dessus le marché, il les soumet à des postulations contradictoires, le mensonge romantique et la vérité procréatrice. On rappela, contre les réactionnaires qui lient mariage et reproduction, qu’il n’en allait plus ainsi depuis la révolution contraceptive (ce qui ne pouvait manquer, ajoutait-on, de rapprocher les comportements homos et hétéros), quand c’est en fait depuis toujours, et dans toutes les civilisations, que l’on a cherché, certes avec moins d’efficacité technique qu’aujourd’hui, à réguler la fécondité, c’est-à-dire à autonomiser la sexualité par rapport à la « reproduction biologique ».
En quelques jours apparurent les étonnantes notions de « mariage fermé » (antipathique, hétéro) et de « mariage ouvert » (sympathique) puis « universel » (supersympa). On publia des sondages dans lesquels la société française déclarait qu’elle était d’accord pour applaudir aux évolutions de la société française, mais de grâce, qu’on arrête de lui brailler dans les oreilles. Les partisans du néo-mariage expliquèrent à la fois qu’il ne fallait pas interpréter leur demande comme une volonté de normalisation ou comme un désir d’imitation mais qu’il y avait de ça quand même, et que d’ailleurs ils se moquaient des institutions dont ils étaient exclus, sauf que le seul fait d’en être exclus leur apparaissait comme un outrage. Réclamant en même temps le droit à la différence et à la similitude, exigeant de pouvoir se marier par conformisme subversif et pour faire « un pied de nez à la conception traditionnelle du mariage » (comme l’écrivent encore les impayables Christophe Girard et Clémentine Autain), ils affirmaient aussi que ce même mariage, à la fois convoité et moqué, revendiqué pour être rejeté, et de toute façon transformé s’ils y accédaient jusqu’à en être méconnaissable, serait un remède souverain contre « l’alarmant taux de suicide » qui sévit chez les jeunes homosexuels, ce qui laisse supposer que ces derniers se suicident tous par désespoir de ne pouvoir convoler officiellement. On aurait pu imaginer d’autres motifs.
Mais ces réflexions tomberont très bientôt sous le coup des lois anti-homophobie qu’un gouvernement vassalisé par les associations se prépare en toute sottise à faire voter. Mieux vaut donc se taire. Par-delà le néo-mariage, en effet, et quelques autres revendications divertissantes (suppression de la mention relative au sexe sur les papiers d’identité afin d’en terminer avec les « problèmes kafkaïens rencontrés par les individus de sexe mixte, hermaphrodites, transsexuels, transgenres », ou encore « dépsychiatrisation des opérations de changement de sexe »), c’est la réduction au silence du moindre propos hétérodoxe qui se profile, c’est l’écrasement légal des derniers vestiges de la liberté d’expression, c’est la mise en examen automatique pour délit de lucidité. Il est urgent que personne ne l’ouvre pendant que se dérouleront les grandes métamorphoses qui s’annoncent, dont ce petit débat sur l’effacement de la différence sexuelle est l’avant-propos. Le néo-mariage, dans cette affaire, n’est que l’arbre baroque qui cache la prison.
Étiquetté : homosexualité, libertarés, murayAvant de reprivatiser, évitons de nationaliser d’abord
Sozial — Article écrit par Blueberry le 20 septembre 2012 à 8 h 00 minIl me semble que Georges Kaplan a posté quelques fois sur ILYS. Peut-être même qu’il le peut encore. Il faudrait que je vérifie pour ça s’il a encore un compte. Mais je suis feignant de nature. Quoiqu’il en soit, Georges Kaplan publie aussi -surtout- sur Causeur.
Eh oui.
Sur ILYS on poste.
Sur Causeur on publie.
J’aurais bien envie de partir en digression sur le sujet mais l’article de Georges Kaplan publié par Causeur ne saurait attendre. C’est qu’il y a un libéralisme qui me désespère. J’en avais déjà un peu parlé ici. Et Georges Kaplan semble être de l’école qui, face à un sujet de société, va d’abord, en premier lieu, se demander ce qui est libéralement correct d’en penser. Fichtre, à force de publications, il va bientôt pouvoir éditer un Être un bon libéral pour les nuls. Sorte de petit livre rouge bleu du libéral sans doute.
Reprivatiser nos vies.
Voilà l’objectif.
Or, quoi de mieux pour le remplir que de passer d’abord par la légalisation par l’État ?
Il n’y a rien de tel.
Certes, nous dit notre libéral pur sucre de canne, l’homosexualité est un fait. Mieux encore, un fait depuis toujours. Un peu comme la prostitution quoi, ce plus vieux métier du monde. Mais, malgré cette ancienneté remarquable, cet état de fait depuis toujours n’est pas encore reconnu. Or, c’est important la reconnaissance. Il ne faudrait quand même pas qu’une de nos pratiques, notamment les plus anciennes, échappe à la puissance publique. Ce serait… Hmmm… Je ne sais pas… Heu…
Je ne sais vraiment pas.
Ah si.
C’est une question de logique et de cohérence.
Dans ce cas.
Georges Kaplan estime que face à la question du mariage homosexuel (et par là de l’adoption par un couple homosexuel), il y a trois attitudes à avoir. Le statu quo. La pénalisation. La légalisation.
Moi, bêtement, probablement parce que je ne suis pas un vrai libéral, j’ai le réflexe de me dire que si l’État ne reconnait pas et n’interdit pas plus, c’est quand même la solution libérale idéale. Ne serais-ce que parce que cela signifie que l’État ne s’en mêle pas. Et puis d’un côté on évite le ridicule de la fable du deux papas ou deux mamans et de l’autre rien n’empêche des couples homosexuels d’adopter (certes pas comme tels). Quant aux menues difficultés liées à la séparation, on pourrait passer alors par la case du tribunal qui décidera selon l’intérêt de l’enfant. Il y a sans nul doute des aménagements à opérer dans le droit pour cela, mais le principe est déjà là. A la limite, je me demande d’ailleurs si une évolution de la jurisprudence ne suffirait pas. Évolution qui se fera de surcroit naturellement, ainsi va la jurisprudence ou les coutumes, sans besoin de brusquer les choses par une loi -il me semble qu’on en a déjà assez.
Mais le 100% libéral est-il favorable à la coutume ? Je n’en ai pas toujours l’impression.
Il faudrait que je demande à un libéral pur jus.
Remarquez, quand j’observe certains libéraux applaudir à l’idée de légaliser les drogues ou la prostitution, je ne comprends déjà pas très bien ce qui les anime. A la limite, encore une fois, la pénalisation me semble une meilleure chose. Ce n’est pas que la société du contrat m’ennuie mais, avant son avènement prochain, quitte à avoir un État transitoire, autant qu’il laisse la possibilité d’avoir un comportement en dehors de son contrôle et de son approbation. Moi ça me réconforte. A cette aune là, je ne regrette d’ailleurs pas vraiment que notre liberté d’expression soit limitée par la loi en France, parce que c’est quand même vachement plus rigolo de s’exprimer comme ça.
Mais, à la limite, la question n’est pas là. Parce que le mariage gay ce n’est rien du tout. Son interdiction actuelle comme sa légalisation future. La mariage gay c’est votre conseiller municipal adjoint en charge des sports plutôt que votre notaire pour tamponner votre union. Moi je préfèrerais le notaire pour vous dire la vérité. Et la rupture de contrat facilité du PACS. Quant à l’adoption, encore une fois, le mariage gay vise juste à établir la grosse blague du deux papas et deux mamans pour résoudre des problèmes qui pourraient très bien être résolus autrement avec un petit peu d’imagination.
Maintenant, qu’on valide la fable du deux papas ou deux mamans, c’est comme si on reconnaissait les unions zoophiles ou pédophiles, qu’est-ce que ça peut me foutre ? Je comprends que Barbarin fasse la gueule, mais moi ? Attendez, je ne compare pas l’homosexualité à la zoophilie ou à la pédophilie. Je dis juste que ça ne me concerne pas.
Et que cela fait un petit moment que j’ai tiré un trait sur l’ambition de ne me retrouver qu’entre blancs hétérosexuels à la gare RER du Châtelet.
Ce qui ne m’empêche pas d’être dubitatif quand je vois un libéral écrire ça sans sourire,
Étiquetté : libertarésAlors, comme moi, vous demanderez à l’État de reconnaître ces mariages et ces familles et nous aurons fait ensemble un premier pas sur la longue route qui nous reste à parcourir pour reprivatiser nos vies.
Qui sont les libertarés ?
Sportivité — Article écrit par Blueberry le 6 août 2012 à 7 h 47 minVoilà bien longtemps que je ne m’étais pas aventuré chez ceux qui sont parfois surnommés les libertarés.
Qu’est-ce que le libertaré ?
Non. Il ne s’agit pas seulement d’un libéral.
Le libertaré est un stalinien se revendiquant du libéralisme plus pur que pur. D’ailleurs, en hommage au petit père des peuples, il purge parmi ses membres a minima tous les ans. Et, tel un administrateur de fdesouche, il passe sa journée à rentrer les faits d’actualités dans des cases et à se demander ce qu’il est libéralement juste d’en penser.
Parfois il y apporte des solutions estampillées libérales.
Qui se révèlent généralement compliquées à faire comprendre aux profanes.
Ainsi le libertaré peut-il se demander un beau matin quelle est la position libérale vis-à-vis du foulard islamique à l’école publique, statuer que selon la grille de lecture libérale l’interdiction n’est pas correcte, constater donc qu’il n’y a pas de problème lié au foulard islamique à l’école publique, assurer que ceux qui y voient un problème sont des racistes et finir par conclure que de toute façon l’unique vrai problème c’est l’école publique.
Tout cela représente un travail de chaque instant.
Mais, assidu à ses cours d’économie au lycée, il sait que le libéralisme est bien souvent chose contre-intuitive.
Et d’ailleurs, spontanément, le libertaré se retrouve parfois à ne pas penser comme ces camarades. Parfois, même s’il ne l’avouera que sous la torture, il arrive au libertaré de rater d’emblée la réponse parfaitement libérale à une question. Il estime donc tout à fait normal de se surveiller étroitement afin de bien rester dans la ligne du parti libéralisme.
D’ailleurs, régulièrement, des libéraux jusqu’ici tout à fait respectables finissent par dévier. Généralement vers la droite.
D’où la purge quasi-perpétuelle.
Pour mieux se surveiller, le libertaré a bien entendu ses références libéral-compatibles dans lesquelles il peut se plonger en cas d’égarement. Voire psalmodier dans les moments de doute intense. C’est que parfois surviennent de menues difficultés théoriques. Par exemple lors d’un animé dîner de famille avec Tata Fabienne -qui a voté François Hollande dès le premier tour.
Sans même mentionner Tonton Jules qu’il soupçonne de ne pas être tout à fait insensible à Marine Le Pen…
Il a également ses amis du forum liberaux.org vers qui se tourner lorsque il ne trouve pas la réponse en lui ou dans ses livres.
Là-bas le libertaré rejoint une chapelle dont il porte sur son blason rhétorique les armoiries.
Le libertaré peut donc être anarcho-capitaliste, minarchiste, libéral-conservateur, etc. Et changer d’appartenance au gré de ses lectures ou de ses alliances. Les différentes tendances s’étripant régulièrement entre elles et cherchant sans cesse à devenir les plus puissantes sur leur petit monde et à y régner sans partage.
La moindre incohérence dans l’anarcho-capitalisme étant immédiatement traquée et éliminée par des théoriciens de très très haut niveau, ces derniers considèrent donc leur forme de libéralisme comme la plus parfaite qui soit sur terre.
Les anarcho-capitalistes étant aussi purs en libéralisme que les wahhabites en islam, ils sont également les plus féroces.
Dans la pratique, plus que des incohérences théoriques dans leur puissante construction intellectuelle, les anarcho-capitalistes se concentrent sur les fautes de leurs petits camarades.
Tels des militants de trente ans de Sos-Racisme, il luttent sans pitié -et par exemple- contre le racisme. Faut comprendre, l’extrême-droite tenterait régulièrement de gangrener le libéralisme -afin de le décrédibiliser encore plus dans l’opinion. Les paroles racistes font ainsi l’objet d’une dénonciation morale, d’un blâme administratif, voire d’une exclusion en cas de récidive.
Parvenu ici, certains assureront que le libertaré est en réalité une sorte de musulman modéré ou un ancien militant du NPA doté d’un néocortex. C’est à dire un mythe visant à masquer le fait qu’aucun libéral n’est sain d’esprit, heureux dans la vie et un hétérosexuel ayant accompli son devoir au moins une fois.
Moi, je ne le crois pas.
Le libertaré n’est qu’un gauchiste qui n’a pas adopté les mêmes postulats de départ que ce dernier. Mais d’une part le monde réel le dégoûte tout autant et d’autre part il s’y sent très seul. Vraiment très seul.
Bon.
Moi aussi je me sens seul.
Très seul.
Mais, même si je méprise moi aussi mes semblables, je ne les hais pas au point de vouloir changer le monde.
Et aucune envie de décerner des brevets en libéralisme ou en arctophilie.
Étiquetté : libertarés
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