Étiquetté ‘libéralisme’


Gave et Koenig sont dans une étable…

Economie — Article écrit par le 26 mai 2013 à 12 h 34 min

Certains d’entre eux, avec le recul du temps, se reprocheront d’avoir contribué à défendre un ordre qui n’était pas le leur. « Que Dieu nous pardonne, s’écriera Ernst von Salomon, ce fut notre péché contre l’esprit. Nous avons cru sauver le citoyen et nous avons sauvé le bourgeois. » (D. Venner, en conclusion aux Corps-francs allemands de la Baltique.)

Gave ou Keonig ? restructurer la dette ou tuer l’euro ?

Apparemment c’est un de ces débats dont les libéraux ont le secret.

Bien entendu l’idée d’une contrainte budgétaire qui empêcherait la croissance paraît assez curieuse : par quel mécanisme miraculeux jamais vu encore nulle part la dette publique créerait-elle de la croissance ? ou plus exactement de la richesse, le PIB étant un instrument de mesure très imparfait et trompeur. Me voilà d’accord avec les deux premières remarques de Charles Gave.

Pour ce qui est de tuer l’Euro, j’applaudis des deux mains.

Mais la question est alors : pour quoi faire ?

Personnellement je dirais : pour payer en métal. En grammes d’or et d’argent dont le paiement par carte bancaire transférerait la propriété du métal, gardé dans des banques et régulièrement contrôlé par des organismes privés et indépendants. C’est parfaitement faisable techniquement et juridiquement. Quitte à avoir en parallèle de la petite monnaie métallique pour les dépenses de peu de valeur.

Charles Gave préfère une autre voie : « Le problème n’est donc pas de restructurer la dette, ce qui ruinerait tous les épargnants Français, et aurait des conséquences secondaires inimaginables, mais d’en changer la dénomination en retournant aux monnaies nationales. »

On peut certes imaginer que dans un monde parfait où les hommes politiques seraient vertueux, les monnaies nationales soient réintroduites, que cette dévaluation – dont le taux serait imposé – fasse retrouver des taux de change plus proches de ceux qui seraient les bons (c’est à dire ceux d’un marché idéal où les monnaies seraient entièrement libres, marché impossible dans le cadre de monnaies nationales gérées par des banques centrales) et qu’ainsi tout aille mieux, pour le dire lapidairement.

Mais dans la réalité, on sait bien ce qui se passera : les hommes politiques ne veulent pas purger le passé ou apurer les dettes pour adopter une politique économique vertueuse et profitable à tous. Le voudraient-ils qu’ils ne le pourraient pas : il leur faudra toujours acheter des voix et alimenter la démagogie économique qui permet de se faire élire. Ce dont ils rêvent tous, sans exception de l’extrême droite à l’extrême gauche, c’est de retrouver une monnaie nationale qu’ils puissent dévaluer tous les 3 ou 5 ans pour échapper aux conséquences de leurs actes. Notons au passage qu’ainsi ils feraient non de l’inflation comme le croient naïvement bien des gens, mais de la hausse des prix sans la hausse des salaires qui sera empêchée par le chômage ; cela a un nom bien plus simple qu’inflation : c’est de l’appauvrissement.

Charles Gave répondrait peut-être que, l’idéal qui est l’échange métallique étant à peu près exclu dans l’état actuel des esprits, il vaut mieux le moins imparfait des systèmes imparfaits et donc mettre un peu d’huile dans les rouages bloqués, ce que le retour aux monnaies nationales reviendrait à faire.

La tentation est forte de le lui accorder. Techniquement c’est même hors de doute. Mais quant aux principes ?

Il est étonnant que les libéraux français, si prompts à agiter des principes philosophiques, voire religieux, pour justifier leurs positions, ne se tournent que si rarement vers des principes plus simples, moins sujets à caution, plus proches de la matière économique elle-même.

« Retourner aux monnaies nationales équivaudrait à un transfert de richesse massif des rentiers Français (fonctionnaires, retraités), ce qui serait en fait, mais non pas en Droit une restructuration, vers les entrepreneurs et la croissance repartirait d’elle même, puisque , comme l’a fort bien expliqué Schumpeter, la croissance ne vient que des entrepreneurs à l’origine du processus de la fameuse “création destructrice”. »

Tiens donc. Il y aurait des gens, qui, regardant l’économie d’en haut, forts de leur science, seraient à même de savoir comment allouer des ressources de manière à atteindre un optimum de croissance ? Là on déciderait de sacrifier les retraités et les fonctionnaires parce que l’argent serait mieux employé ailleurs ? Comment le sait-on, qu’il serait mieux employé ailleurs ? grâce à des calculs économétriques ? en faisant un joli tableau, lointain fils de celui de Fichte dans son État commercial fermé ? parce qu’on l’espère très fort ?

Soyons sérieux deux secondes : quoi de moins libéral que cela ? En quoi ce libéralisme est-il différent d’un dirigisme à coloration entrepreneuriale, et pour tout dire oligarchique et ploutocratique ?

Surtout : en quoi de telles propositions sont-elles de nature à faire changer les choses ? S’il faut moins de fonctionnaires ou s’il faut sortir du ruineux système de retraites par répartition, il faut alors licencier des fonctionnaires et organiser le changement du système de retraite, pas espérer qu’un tripatouillage monétaire fait par des politiciens corrompus jusqu’à l’os ait un peu les mêmes effets heureux.

Charles Gave doit d’ailleurs s’en rendre obscurément compte, qui ajoute :

« La France a, certes, le droit d’avoir 40 % de fonctionnaires de plus que l’Allemagne, mais cela veut dire qu’elle ne peut pas avoir la même monnaie… »

Je caricaturerais à peine le propos en disant que si l’on se fait violer avec une monnaie qui tient lieu de lubrifiant au lieu de tenir lieu de gravier, l’opération paraît moins désagréable. Mais est-ce bien là l’ambition d’un libéral ?

Si bien que malgré les arguments de Charles Gave, je me dis que la solution de Gaspar Koenig a peut-être le mérite paradoxal d’être moins douce au prétendu modèle français.

Au total, on a l’impression que le débat se tient entre deux libéraux réformistes : « comment la vache à lait française doit-elle être traite pour faire le plus de beurre possible dans les conditions actuelles de l’étable ? » L’un prétend que la traite par la restructuration de la dette est la meilleur solution. L’autre que la traite par le retour à la monnaie nationale sera plus profitable.

Aucun des deux ne semble demander : profitable à qui ? Ni ne semble se rendre compte que les hommes ne sont pas exactement des vaches.

Il n’y a aucune raison pour que les libéraux s’interdisent de penser hors de ces cadres vermoulus en posant la question qui semble de plus en plus actuelle  : celle du régime, de son oligarchie quasi-héréditaire illégitime, de ses abus contraires à toute liberté.

Étiquetté : , , ,

Le manifeste conservateur de 1950

Citations — Article écrit par le 12 mai 2012 à 9 h 32 min

Son [Atlee] gouvernement était vraiment réformateur, et aujourd’hui bien plus qu’à l’époque, on s’aperçoit que le Manifeste travailliste de 1945 était très à gauche. Juste après la guerre, les discours sur la planification et le contrôle d’État faisaient écho à la rhétorique de guerre, si bien qu’on n’en comprenait pas toutes les implications. En fait c’était un assaut global contre les affaires, le capitalisme et l’économie de marché. Il fondait son analyse sur l’idée suivante : « Sauf en temps de guerre, je doute que nous ayons jamais utilisé la totalité de nos capacités de production. Cela doit changer. » Seul l’État serait habilité à juger des ressources qui devaient ou non être utilisées dans l’intérêt national. Ce n’était pas seulement sur un terrain social qu’il parlait de nationalisation et de planification, mais également sur un terrain économique. Pour lui, les monopoles ne se créant que dans le secteur privé, la nationalisation du fer et de l’acier se justifiait par ce principe : « Ce n’était que si le contrôle d’État remplaçait les monopoles privés que l’industrie trouverait toute son efficacité. » L’attitude du parti travailliste se révélait surtout radicale vis-à-vis de la terre et il était clair que si les collectivités locales achetaient frénétiquement les terrains disponibles, c’était bien parce que le parti « croyait à la nationalisation des terres et œuvrerait en ce sens… »

Le gouvernement travailliste avait fait preuve d’audace pour appliquer les mesures annoncées dans le Manifeste. Personne n’avait rien à lui reprocher de ce côté-là, mais c’étaient les conséquences économiques du socialisme — dévaluation, retour de l’inflation qui donnaient prise aux attaques. Avec les énormes dépenses publiques, la part des prélèvements obligatoires était restée la même ou presque que pendant la guerre : 9 shillings par livre. Le contrôle étatique fut encore amplifié — le rationnement toucha le pain en 1946 et les pommes de terre un an plus tard. Lors de la campagne électorale de 1950, il devenait donc possible de se battre sur les thèmes les plus dangereux qui soient pour un gouvernement en place, mais sur lesquels je me sentais le plus à l’aise: un cocktail de principes idéologiques et de problèmes plus terre à terre du style « beurre dans les épinards ».

Le Manifeste conservateur de 1950 était un document très habile associant une critique des théories socialistes et une liste de mesures prudentes pour y mettre fin. Il insistait sur les dommages de l’inflation, sur la mauvaise gestion gouvernementale et le gâchis imposé par la bureaucratie. J’étais particulièrement satisfaite de cette déclaration sur les affaires étrangères : « Le socialisme a toujours été le rempart le plus fragile qui soit devant le communisme, et il s’est souvent effondré devant lui en Europe de l’Est.
Nous ne sommes pas prêts à considérer les États et les nations tombés sous le joug soviétique comme perdus à jamais. »

Les conservateurs prirent la précaution de ne pas promettre la fin immédiate du rationnement, ni de lancer des idées sujettes à controverse sur les prestations sociales et les services de santé. Il y avait également une allusion rassurante au mouvement syndical décrit comme « nécessaire au fonctionnement économique et à l’activité industrielle ». Nous connaissions tous notre vulnérabilité dans trois domaines : le chômage (les électeurs se souvenaient du taux élevé des années 30 mais avaient oublié qu’il avait commencé à monter sous un gouvernement travailliste et à baisser sous le gouvernement d’Union nationale) ; les régimes sociaux (qu’on nous soupçonnait de vouloir démanteler) ; et notre prétendu « esprit belliqueux » (la ligne dure du gouvernement travailliste risquait de faire passer la rhétorique de Churchill sur la guerre froide pour une idée extrémiste et non un pressentiment fondé). Je dus moi-même aborder toutes ces questions durant les campagnes de 1950 et 1951.

Margaret Thatcher, Les Chemin du pouvoir, Mémoires II, Albin-Michel, p. 72-73.

Étiquetté : , , ,

12 œuvres majeures de la tradition française d’économie politique, de 1786 à 1954

Economie — Article écrit par le 2 janvier 2012 à 8 h 53 min

 

Par Nicomaque.

Vous avez besoin d’un petit coaching en philosophie sociale, politique et économique ? Voici 12 œuvres majeures de la tradition française d’économie politique, de 1786 à 1954, rééditées en ebooks gratuits par l’Institut Coppet. Des bouquins introuvables dans les librairies. Des perles à lire sur Kindle (amazon), Sony Reader, Kobo (fnac), Cybook, ipad ou smartphone.

A propos des liseuses : Amazon a explosé ses ventes avec quatre millions, au moins, d’appareils vendus durant les fêtes. C’est peut-être le moment de vous lancer dans la lecture numérique. Une liseuse tient dans la poche, elle pèse en moyenne 160 grammes et peut contenir 1 500 ouvrages. Au rythme d’une demi-heure de lecture par jour, la batterie peut tenir un mois. Sachez que la liseuse n’est pas un écran d’ordinateur rétroéclairé dont la lumière fatigue les yeux : comme avec un livre, on peut lire en plein soleil.

Vous voulez d’autres raisons ? Primo, le relèvement de 5,5% à 7% de la TVA sur les livres. Secundo, la baisse de 19,6% à 7% de la TVA sur le livre numérique, à compter de ce 1er janvier ! Tertio, tous les classiques sont gratuits.

Bref, ne ratez pas cette révolution. En 2012, remettez-vous à la lecture !

 

Condorcet, Vie de Monsieur Turgot (1786)

Jean-Baptiste Say, Traité d’économie politique (1803)

Destutt de Tracy, Traité d’économie politique (1823)

Frédéric Bastiat, L’Etat (1848)

Molinari, Les soirées de la rue Saint-Lazare (1849)

Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

Molinari, La liberté de l’enseignement (1856)

Gustave Le Bon, Psychologie du socialisme, (1898)

Vilfredo Pareto, Le péril socialiste (1900)

10°  Yves Guyot, La démocratie individualiste (1907)

11° Louis Baudin, Précis d’Histoire des Doctrines Economiques (1942)

12° Daniel Villey, L’économie de marché devant la pensée catholique (1954)

 

 

 

 

Étiquetté : ,

Coming soon : Pulp Libéralisme !

Economie — Article écrit par le 17 décembre 2011 à 11 h 30 min

En janvier 2012, sortie de :

  Pulp Libéralisme,

la tradition libérale pour les débutants

par Daniel Tourre (celui qui avait déjà fait « Le libéralisme pour les débutants » ici), aux éditions Tulys.

Un livre destiné a présenter de manière familière les bases du libéralisme classique.

Pour des libéraux débutants qui n’ont pas le temps où l’envie de se plonger dans les textes classiques

Pour des passionnés de politique qui souhaitent avoir les grandes lignes de cette doctrine. (avec un accent sur le droit naturel et l’école autrichienne)

Pour les libéraux qui s’ignorent et qui découvrent qu’une partie de leurs intuitions font partie de la tradition libérale.

 

C’est un ouvrage de 230 pages en format A4 en couleurs, illustré par des BD américaines des années 50 (Monstres improbables, Gangsters durs à cuire, Extraterrestres hostiles, Tragédies romantiques) dont le contenu des bulles a été ré-écrit.

Il contient 440 citations des grands auteurs libéraux, 460 illustrations et environ 400 courts paragraphes traitant d’un concept ou d’un auteur. Environ 40% des textes sont extraits du site « le libéralisme pour les débutants » www.dantou.fr.

« La raison pour laquelle le socialisme et l’étatisme gagnent du terrain, c’est que le libéralisme a été falsifié par un certain nombre de contresens ou de mythes qui sont autant de préjugés enseignés comme des vérités dogmatiques de la maternelle à l’université. Daniel Tourre s’emploie à les réfuter tout au long de son livre, avec des illustrations pédagogiques, accompagnées d’une connaissance pointue des doctrines et des théories scientifiques en présence. Car son livre n’est pas seulement un plaidoyer pour la liberté, c’est un véritable manuel d’initiation à une authentique philosophie de la liberté et du marché. »

Extrait de la préface Par Damien Theillier, professeur de philosophie, président de l’Institut Coppet.

La suite de tout cela ici

Étiquetté :

Choix de société ?

Politique — Article écrit par le 17 octobre 2011 à 1 h 02 min

Par Diagoras
_____________________

A l’heure ou les convictions de nombreux français vacillent devant les implacables réalités politiques et économiques, le besoin de réforme se fait sentir. Le citoyen commence à voir que le pays va concrètement droit dans le mur. Chute des exportations, chômage irréductible, inflation, dette grandissante, système scolaire aux abois… les sujets de réforme ne manquent pas. Cet état de fait alarmant amène de très nombreuses discussions politico-économiques dont on peut constater régulièrement que la conclusion est « il s’agit d’un choix de société ». Apparemment notre avenir est suspendu à ces choix, et nous ferions bien de pas prendre la mauvaise solution.
Alors comme je suis bête et discipliné, j’ai commencé à étudier ces choix, à farfouiller…

L’impression générale que donnent toutes ces discussions, c’est qu’il faut faire le bon « choix de société » car l’état du pays en serait dépendant. Mais cette expression est vague.

  • Elle semble tantôt dire que les citoyens choisissent le type de société dans la quelle ils vivent.
  • Et tantôt que la société impose des choix aux gens qui vivent en elle.

On ne sait déjà pas si la société est l’acteur du choix ou l’objet du choix. Mais la confusion va au delà. On ne s’accorde pas nécessairement sur le terme « société. » En effet, les débats sur la santé sont souvent intégrés dans les choix de société. Les débats sur l’éducation, sur les contrats de travail, sur l’ouverture des frontières, les normes sanitaires, les lois vestimentaires, les lois environnementales, les lois conjugales, la prohibition de certains stupéfiants, les lois sur la laïcité, l’immigration… C’est fou tout ce qui se rapporte aux choix de société. J’ai donc chercher a savoir ce qui différenciait un choix de société d’un autre choix.

Et c’est la que ça se corse : j’ai du mal a trouver des questions polémiques qui ne soient pas référencées comme des « Choix de société » (on appellera dorénavant les choix de société « CDS » jusqu’à la fin de l’article.). A croire que si ce n’est pas un CDS, on n’en parle pas. Il semblerait pourtant que l’opposition CDS et choix personnel soit pertinente, ce qui pourrait nous aider dans ce travail de définition. Mais étant donné la quantité de CDS, on peut se demander dans quel domaine l’individu est réellement acteur, ou réellement objet du choix. Pourtant les choix personnels devraient être fondamentaux. Ce que chacun choisit pour lui même marque et influence le destin des individus. Ça devrait être ce qui dirige nos vies, ce qui traduit nos valeurs en actes. Discuter de choix personnels et de leur pertinence, devrait être la principale préoccupation des gens qui veulent prendre leur propre destin en main. On devrait se poser des questions en permanence sur les choix qui s’appliquent à nos vies. Pourtant il semble que les « grandes questions » , celles qui vont décider de notre avenir, ce sont des questions de CDS. Ce pour quoi les gens sont prêts à se battre, à militer, à argumenter, discuter, à étudier, ce sont des CDS.

La société a de nombreuses définitions, la somme des interactions humaines, l’organisation d’un groupe d’individus, le résultat des jeux de domination… Il y en a pléthore. Cependant elles ont toutes un point commun, elles traitent de l’environnement social. La société est donc déjà un environnement, une réalité dans laquelle on se trouve, (ou pas). Des lors, un CDS pourrait tout simplement devenir un choix d’environnement. Belle lapalissade me direz vous, et pourtant, choisit t-on réellement son environnement ?

Mon grand père, (paix à ses cendres) disait a qui voulait l’entendre et plus particulièrement a ses petits fils, que « tout choix est un renoncement ». C’est à la fois vrai et faux. Un choix c’est effectivement renoncer, mais c’est renoncer à tout sauf ce que l’on choisit. Ce n’est donc pas un renoncement mais souvent plusieurs et fréquemment même une infinité de renoncements. Finalement, faire un CDS c’est interdire à la société de devenir quoi que ce soit hormis ce qu’on a choisi pour elle, à moins que ce ne soit ce qu’elle a choisi pour nous. D’où ma question : malgré notre sérieux dans ces questions, est-il toujours bien sérieux que pour des choses aussi importantes que notre santé, l’éducation de nos enfants, ou encore notre retraite, nous nous en remettions a l’environnement social ? Ce que j’essaye de montrer ici c’est que lorsqu’on dit d’une question polémique qu’elle procède d’un CDS, on a déjà fait un choix. On a fait le choix de s’en remettre à la collectivité pour se décider sur cette question. On a déjà choisi de transférer notre responsabilité individuelle sur la société, on a déjà fait le choix de vouloir influencer plutôt l’environnement que soi même.

L’interprétation que j’ai tendance a faire de cette observation n’est pas très consensuelle. Certains la trouveront même insultante (tant mieux, si ça les fait réagir un peu). Les CDS sont là pour ordonner, organiser, et construire une société. C’est donc l’expression la plus parfaite du constructivisme politique dans tout ce qu’il a de plus méprisable. Le double sous entendu de l’expression CDS est d’ailleurs révélatrice : Tout le monde a dans l’idée qu’un CDS est une espèce d’action démocratique où chacun exprime ce qu’il veut que la société soit. Dans la réalité, un CDS est plutôt un choix imposé aux individus, par la société, à travers la loi. Quand on dit que la retraite par répartition est un choix de société, c’est faux. Quels individus ont choisi ce système en France a l’heure actuelle ? Ceux qui ont fait ce choix sont la plupart morts ou en passe de l’être. Les cotisants et même la majorité des bénéficiaires se sont contentés de subir un choix qui a été fait pour eux. Nombreux sont ceux qui ont accepté de bon cœur, encore plus nombreux sont ceux qui ont suivi le mouvement sans se poser de questions en croyant que ça avait toujours été comme ça… La société actuelle a-t-elle choisi la répartition ? On peut se le demander. Si elle en sort, ce sera un choix ou une obligation devant l’impossibilité de payer ? Quand on dit que c’est une choix de société, on prend le parti de décider que la retraite est une prérogative de l’Etat. Sinon c’est un choix personnel. Et c‘est cela que je trouve dangereux.

Quand on parle de CDS, on parle d’étatisme. Quand on dit que l’éducation est un CDS, c’est parce que l’éducation nationale est prépondérante, obligatoire et surtout obligatoirement financée par l’impôt. Quand on dit que le système de sante est un choix de société c’est surtout vrai parce que sortir de la sécurité sociale est encore illégal (ou pas d’ailleurs, on sait pas trop) et que donc tout choix personnel est effectivement impossible, à cause de la loi. Quand on dit que la durée du temps de travail est un choix de société c’est vrai également parce que la durée de travail est déterminée elle aussi par la loi et que transiger c’est se mettre en tort vis-à-vis de la loi.

J’en conclue donc que la plupart des CDS sont des escroqueries intellectuelles qui essayent de nous faire croire que l’étatisme nous laisse le choix alors qu’il limite nos choix au strict minimum : Tu es d’accord ou tu affrontes les fusils de la République qui veulent te mettre en taule. Un CDS c’est une négation des choix personnels, un CDS c’est un mensonge qui abrite le despotisme. Aussi quand on me parle de choix de société j’ai pris l’habitude d’entonner l’internationale (en chantant faux, je vous rassure…). La société est un résultat issu des interactions entre individus. Elle n’a donc ni à choisir ni à être l’objet d’un choix sauf a vouloir basculer dans le totalitarisme. En fait c’est un des signes qui ne trompe pas. Toute personne qui vous parle de CDS avec enthousiasme ou résignation est un despote dans l’âme qui pense que ces choix sont légitimes et justifiables. Ce qui est encore plus frappant, le plus effrayant, c’est a quel point cette expression est fédératrice. Quand deux débatteurs ne veulent pas franchir la limite du conflit, souvent ils désamorcent ça en disant que c’est un choix de société, sous entendu démocratique, sous entendu « peu importe la décision elle sera légitime puisque c’est celle de la société ». C’est fédérateur parce que c’est étatiste et donc très français.


Étiquetté : , ,

Qui est John Galt ?

Littérature — Article écrit par le 7 septembre 2011 à 15 h 08 min

Vous vous demandez ce qui ne va pas dans le monde ? C’est que vous assistez aujourd’hui à l’explosion de la croyance dans le non causé et l’immérité. Tous vos gangs de mystiques de l’esprit et de mystiques du muscle se disputent farouchement le pouvoir de vous gouverner, en grognant que l’amour est la solution à tous vos problèmes spirituels et que le fouet est la solution à tous vos problèmes matériels, vous qui avez renoncé à penser. »

« Quels que soient les points sur lesquels ils s’opposent par ailleurs, tous vos moralistes se sont retrouvés sous l’étendard de la lutte contre l’intelligence et la raison humaines. Ce sont elles que leurs systèmes cherchaient à détruire. Désormais vous avez le choix de mourir ou d’apprendre que ce qui va contre la raison va contre la vie

Vous en saurez plus le 22 septembre avec « La Grève », traduction d’Atlas Shrugged en français, aux Belles Lettres, et vous aurez des informations plus précises chez Nicomaque.



Étiquetté : , ,

Seul Allah peut fixer les prix

Citations — Article écrit par le 19 juin 2011 à 14 h 25 min

La vie commerciale florissante de l’époque se reflète dans sa pensée et sa littérature, où l’on voit le marchand honnête élevé à la hauteur d’un type éthique idéal. On attribue au prophète certains hadith telles que : « Au jour du Jugement le marchand musulman honnête et véridique prendra rang parmi les martyrs de la foi » ; « Le marchand honnête sera assis à l’ombre du trône de Dieu au jour du Jugement » ; « Les marchand sont les messagers du monde et les fidèles serviteurs de Dieu sur la terre. » Un autre hadith exprime même une théorie économique plutôt moderne : « Seul Dieu peut fixer les prix. »

Bernard Lewis, Les arabes dans l’histoire ; Flammarion, p. 116


Étiquetté : , ,

La crise du libéralisme

Mutation — Article écrit par le 1 juin 2010 à 2 h 30 min

On assiste à une pièce de théâtre. On vit une crise de la démocratie, mais le dire serait accuser directement les premiers responsables : les électeurs, qui sont aussi les consommateurs. On comprend que la vérité ne peut pas être dite, ne doit pas l’être, qu’elle serait trop insupportable. Alors on s’invente des bouc-émissaires. Les spéculateurs.

Entendre Fillon et toute la droite meanstream reprendre le discours d’Arlette c’est irrésistible, même s’ils y mettent moins de conviction ; les mots sortent, le ton se veut accusateur, mais la crédibilité reste tangente. Spéculateurs bien immatériels par ailleurs. Il y a quelques décennies, je crois bien qu’on les aurait assimilés aux Juifs. Mais aujourd’hui ça ferait mauvais genre, et légèrement antisémite. On en reste donc à la dénonciation impersonnelle. Les banquiers on peut pas trop leur taper dessus, nous sommes trop dépendants. Le spéculateur c’est l’ennemi invisible, le bouc-émissaire rhétorique, qui permet d’oublier opportunément que la crise est moins financière que démocratique.

Cette ochlocratie qui conduit à gouverner à crédit, à satisfaire les revendications corporatives, à promettre monts et merveilles pour s’acheter une clientèle. Des décennies de manifestations, de revalorisations, de plus « de moyens », d’acquis sociaux, de droits à. Des pays budgétés à crédit, une dette qui s’accroit exponentiellement.

Berlusconi nous le disait ces derniers jours. Il ne gouverne pas l’Italie. Pas plus que Sarkozy la France. C’est la rue, les syndicats, l’opinion publique, le système bien établi. Marge de manœuvres proche de zéro, trop d’intérêts en jeu.

Il y a bien une critique du libéralisme à faire, moins dans sa dimension économique que dans sa dimension politique. Comment peut-on se dire libéral et approuver le suffrage universel ? Comment peut-on se dire libéral et accepter l’immigration de populations sous-développées, et par nature socialistes, puisque incapables de subvenir à leurs besoins par elles-mêmes ?

Même le volet de la crise qui se voudrait économique ne l’est que superficiellement. Les subprimes sont le produit de la politique de prêts antiracistes imposés aux banques pour faire accéder des populations non solvables à la propriété. Le fruit de la démagogie, de la démocratie.

Tous coupables, tous responsables, donc nécessairement tous innocents. Et c’est pourquoi la Grèce s’en remettra difficilement, comme nos pays, puisque le refus d’analyser les causes est unanime. Comme est unanime la volonté de continuer de la même façon.

L’épouvantail du spéculateur a de beaux jours devant lui.

Étiquetté : , , ,
Titre :

Lien :

Description :

Fermer