Étiquetté ‘libdems’
Les petits pieds de Robespierre
Citations — Article écrit par Nicolas le 22 décembre 2012 à 19 h 59 minJ’aurais dû, il y a quelques semaines, parler du Parti Libéral Démocrate. J’avais reçu un de leurs mails qui était plutôt intelligent et habile.
Je m’étais dit, du fond de ma malveillance noire : « Ah, pour une fois… on dirait qu’ils s’améliorent. »
Las.
Gérard Depardieu porte bien son nom. « Depardieu » désignait, au Moyen-Âge, le lieu où l’on payait la dîme, impôt inique aboli en 1789.
Bon, alors, par où prendre le buisson de contre-sens pénibles qui constituent cette phrase en une sorte de petit record ?
D’abord un « depardieu » n’est pas un endroit où on s’en allait payer la dîme, la dîme se payait en général dans des lieux qu’on appelait des celliers (à dîme), d’où les toponymes dérivés un peu partout avec leurs variantes régionales. Si j’ai bonne mémoire, depardieu, ça désignait dans certaines campagnes une terre ecclésiastique qui payait la dîme. La dîme étant l’impôt ecclésiastique — même si dans la pratique il a été de plus en plus perçu par l’Etat pour des raisons pratiques. C’était donc plutôt vertueux : l’Église, dans ces cas, s’appliquait à elle-même ou à des terres qui auraient pu en être dispensées par privilège ecclésiastique récent ou lointain, le paiement de la taxe qu’elle percevait. C’est pas nos inspecteurs des finances qui se mettraient à faire payer des impôts à leurs putains d’administrations à la con qui nous pourrissent la vie. Quand ils ne dirigent pas des entreprises pseudo-capitalistes peuplées de leurs semblables X-ena où ils fraudent l’impôt, car on n’est jamais si bien servi que par soi-même.
Ensuite il faut rappeler que la dîme s’appelle la dîme parce qu’elle représentait 10% des revenus. Vous je ne sais pas, mais moi, je paierais bien la dîme à la place de quelques impôts divers, cotisations variés, ou TVA en hausse : on y gagnerait incontestablement.
Enfin, la dîme n’était pas « inique ». La plupart des études sur la fiscalité de l’ancien régime montrent que c’était un impôt plutôt bien accepté : il était simple, payable souvent en nature, aussi égalitaire que possible sous un régime lui-même essentiellement inégalitaire et fouillis. Surtout les populations avaient conscience de son utilité malgré les abus inévitables : écoles, hôpitaux, secours aux pauvres, autant de choses qui étaient en grande partie financées par la dîme puisqu’elles étaient à la charge de l’Église.
Enfin l’argument sous jacent — le régime républicain serait en train de devenir aussi fiscalement injuste que l’ancien régime est réputé l’avoir été —, est bien entendu complètement faux : avec des situations très contrastées et inégales, mais globalement on payait évidemment bien moins d’impôts sous l’ancien régime que dans notre république française sociale-démocrate de 2012, qui est bien pire de ce point de vue. Le poids de la fiscalité ancienne devenait parfois insupportable parce qu’arrivaient dans une économie souvent de très petite subsistance d’autres événements : disettes, guerres, troubles civils paralysant localement le commerce et l’artisanat… le moindre choc rendait problématique un impôt bien mois lourd que le nôtre, et le rendait d’autant plus insupportable qu’il était payable en monnaie – ce que la dîme n’était pas pour une fraction importante des gens qui la payaient.
Sans parler des possibilités de fraude ou de dissimulation, évidemment bien plus grandes à l’époque que de nos jours, où nous avons eu à subir l’achèvement de la centralisation administrative, les différentes normalisations, la généralisation de la comptabilité même pour des entreprises familiales, la bancarisation obligatoire et quantité d’autres mesures qui ont eu pour moteur essentiel de leur imposition par l’État la plus grande facilité à recouvrer l’impôt.
Pour finir, la simple idée de « solidarité nationale », socle de toutes les spoliations, aurait été incompréhensible pour la bonne raison qu’existaient tout un tas de corps intermédiaires parfois lourds et handicapants, mais aussi protecteurs, qui furent détruits en même temps que ladite dîme abolie en 1789.
Et rappelons que lorsque Vauban imagine la réforme la plus intelligente de l’impôt qui sera proposée sous l’ancien régime — et en partie reprise dans l’esprit par Machault d’Arnouville — il l’appelle « projet de la dîme royale », ce qui dans son langage veut la faire comprendre comme un impôt juste entre tous. Tellement juste que les privilégiés feront capoter les deux projets de même inspiration générale à plusieurs décennies de distance.
Bref nos amis libéraux-démocrates s’affublent déjà d’un vocable assez pénible puisque somme toute cette démocratie est le principal obstacle aujourd’hui en France à une société plus libérale : démocratie veut dire élection, élection veut dire clientélisme, clientélisme veut dire impôt et redistribution aux clients du parti au pouvoir. Si nos amis libéraux pouvaient ne pas essayer piteusement de se faire en plus républicains, fidèles en cela à leur volonté de se dédouaner en baissant la tête devant les accusations d’être de droite donc réputés fâchisses, ce serait une bonne idée : ils écriraient moins de bêtises. Ce qui serait un commencement.
« Je suis un être libre », écrit Depardieu dans sa lettre : c’est ce qu’ils vous reprochent. Résistons à nos Robespierre aux petits pieds.
Au petit pied, évidemment. On parle ici de l’unité de mesure, pas de la pointure des souliers de Robespierre.
Étiquetté : Borlooscepticisme, droite courbe, libdems, UDI
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