Étiquetté ‘homosexualité’


(…) l’arbre baroque qui cache la prison.

Citations — Article écrit par le 13 janvier 2013 à 22 h 21 min

Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer ce texte de Muray qui date de 2004, et dont il faut relire 15  fois l’introduction et la conclusion si on n’a pas bien compris où tout cela mène et quel en est l’enjeu. Pour ceux qui en doutent, cet article de D. Theillier et les exemples qu’il donne concernant l’actualité de ce sujet aux USA (paragraphe La police de la pensée homosexuelle).

 

 

Le mariage transformé par ses célibataires mêmes

Par-delà le néo-mariage, et quelques autres revendications divertissantes, c’est la réduction au silence du moindre propos hétérodoxe qui se profile, c’est l’écrasement légal des derniers vestiges de la liberté d’expression, c’est la mise en examen automatique pour délit de lucidité.

Le mariage est une invention qui remonte à la plus haute antiquité. Je parle du mariage à l’ancienne, cette institution conformiste, vermoulue et petite-bourgeoise qui véhicule depuis la nuit des temps « les valeurs hétéro-patriarcales et familialistes » pour m’exprimer comme Christophe Girard et Clémentine Autain. Sauf erreur de ma part, cette mémorable conquête n’a pas été arrachée, l’arme à la main, de nuit, dans la précipitation et sous la menace des pires représailles, par une petite bande de fanatiques de la nuptialité bien décidés à se servir de la lâcheté des uns, de l’ambition des autres, de la démagogie tremblotante de tous, pour faire triompher leur cause. Nulle part ce type de mariage ne paraît avoir été imposé par la force. Ni en jetant à l’opinion publique un fatras précipité de raisonnements contradictoires afin d’extorquer d’elle, par sondage, une approbation apeurée. Il n’est pas davantage le fruit d’une volonté claironnée de mettre à genoux le pouvoir politique. Aucun gouvernement, à ma connaissance, n’a cédé aux partisans de la conjugalité dans la crainte de se voir accusé de gamophobie (du grec gamos, mariage).

Y a-t-il même eu « débat », à propos de cette importante « question de société », chez les Égyptiens pharaoniques, à Babylone, en Inde, à Lascaux, entre psychanalystes lacustres, sociologues troglodytes, militants de l’un ou l’autre bord ? En a-t-on discuté, dans le désert de Chaldée, à la lueur de la Grande Ourse ? A-t-on menacé de ringardisation les adversaires de cette nouveauté ? Les a-t-on accusés de ne rien comprendre à l’évolution des mœurs, de s’accrocher à des modèles désuets, d’alimenter la nostalgie d’un ordre soi-disant naturel qui ne relève que de la culture ? La Guerre des Games (de gamos, mariage, je ne le répéterai plus) a-t-elle eu lieu ?

Il semble bien que non. La chose, c’est horrible à dire, s’est faite toute seule, suivant la pente de l’espèce, laquelle sait si bien jouer sur les deux tableaux pour protéger ses intérêts, manier en même temps la carotte et le bâton, l’appât et l’hameçon, le désir de satisfaction sexuelle des individus et ses propres nécessités vitales de perpétuation, et emballer cela dans les mirages vaporeux de la pastorale romantique.

On a tout essayé, par la suite, avec le mariage. On l’a plié dans tous les sens. On a tâté de la polygamie, de la bigamie, de la monogamie, de l’adultère, du divorce à répétition, du mariage forcé, du mariage civil, du mariage religieux, du mariage d’argent, du mariage raté. On a même vu des mariages heureux. On a vu des mariages stériles et d’autres féconds, des unions dramatiques et des noces de sang. On en a fait des vaudevilles et des tragédies. Avec des placards pleins d’amants, des cocus en caleçon, des maîtresses acariâtres. Le mariage, en résumé, n’a été inventé que pour fournir des sujets de romans et pour assurer la chaîne sans fin des générations ainsi que le veut l’espèce.

Il n’en va pas exactement de même du futur mariage homosexuel, dont la genèse aura laissé tant de traces, à l’inverse de l’autre, qu’il sera aisé de la reconstituer. C’est que cette nouveauté ne va pas de soi, comme d’ailleurs la plupart des opérations expérimentales de notre temps. L’époque moderne, dont l’essence même est le soupçon dans tous les domaines, explose en cette affaire dans une sorte d’opéra-bouffe stupéfiant où la mauvaise foi et le chantage se donnent la réplique inlassablement. C’est d’abord le code civil qui a été instrumenté. On a prétendu qu’il n’y était stipulé nulle part que le mariage était réservé aux personnes de sexe opposé. Les homosexuels militants se sont engouffrés dans cet « oubli » pour exiger, au nom de l’égalité des droits, « l’accès des gays et des lesbiennes au mariage et à l’adoption ». L’exigence d’égalité est la grosse artillerie qui renverse toutes les murailles de Chine. La marche sans fin vers l’égalité absolue remplace, chez les minorités dominantes et furibondes, le défunt sens de l’Histoire. Pour ce qui est du code civil, d’abord paré de toutes les vertus, il n’a plus été qu’une sorte d’opuscule diffamatoire sitôt qu’on découvrit l’article 75, qui détermine que le mariage consiste à « se prendre pour mari et femme ». Peu soucieux de logique, les militants de la nouvelle union conclurent aussitôt à l’urgence d’une refonte de ce code que, l’instant d’avant, ils portaient aux nues. Et, en somme, puisque la loi est contre les homos, il faut dissoudre la loi.

Dans le même temps Noël Mamère, bonimenteur de Bègles, agitait son barnum ; et les notables socialistes se bousculaient au portillon de l’avenir qui a de l’avenir dans l’espoir de décrocher le titre de premier garçon d’honneur aux nouvelles épousailles. Le terrorisme et la démagogie se donnaient le bras sur le devant de la scène. On « déconstruisait » en hâte le mariage à l’ancienne. On affirmait qu’il est aujourd’hui « en crise » quand la vérité est qu’il l’a toujours été, par définition, puisqu’il unit deux personnes de sexe opposé, ce qui est déjà source de crise, et que, par-dessus le marché, il les soumet à des postulations contradictoires, le mensonge romantique et la vérité procréatrice. On rappela, contre les réactionnaires qui lient mariage et reproduction, qu’il n’en allait plus ainsi depuis la révolution contraceptive (ce qui ne pouvait manquer, ajoutait-on, de rapprocher les comportements homos et hétéros), quand c’est en fait depuis toujours, et dans toutes les civilisations, que l’on a cherché, certes avec moins d’efficacité technique qu’aujourd’hui, à réguler la fécondité, c’est-à-dire à autonomiser la sexualité par rapport à la « reproduction biologique ».

En quelques jours apparurent les étonnantes notions de « mariage fermé » (antipathique, hétéro) et de « mariage ouvert » (sympathique) puis « universel » (supersympa). On publia des sondages dans lesquels la société française déclarait qu’elle était d’accord pour applaudir aux évolutions de la société française, mais de grâce, qu’on arrête de lui brailler dans les oreilles. Les partisans du néo-mariage expliquèrent à la fois qu’il ne fallait pas interpréter leur demande comme une volonté de normalisation ou comme un désir d’imitation mais qu’il y avait de ça quand même, et que d’ailleurs ils se moquaient des institutions dont ils étaient exclus, sauf que le seul fait d’en être exclus leur apparaissait comme un outrage. Réclamant en même temps le droit à la différence et à la similitude, exigeant de pouvoir se marier par conformisme subversif et pour faire « un pied de nez à la conception traditionnelle du mariage » (comme l’écrivent encore les impayables Christophe Girard et Clémentine Autain), ils affirmaient aussi que ce même mariage, à la fois convoité et moqué, revendiqué pour être rejeté, et de toute façon transformé s’ils y accédaient jusqu’à en être méconnaissable, serait un remède souverain contre « l’alarmant taux de suicide » qui sévit chez les jeunes homosexuels, ce qui laisse supposer que ces derniers se suicident tous par désespoir de ne pouvoir convoler officiellement. On aurait pu imaginer d’autres motifs.

Mais ces réflexions tomberont très bientôt sous le coup des lois anti-homophobie qu’un gouvernement vassalisé par les associations se prépare en toute sottise à faire voter. Mieux vaut donc se taire. Par-delà le néo-mariage, en effet, et quelques autres revendications divertissantes (suppression de la mention relative au sexe sur les papiers d’identité afin d’en terminer avec les « problèmes kafkaïens rencontrés par les individus de sexe mixte, hermaphrodites, transsexuels, transgenres », ou encore « dépsychiatrisation des opérations de changement de sexe »), c’est la réduction au silence du moindre propos hétérodoxe qui se profile, c’est l’écrasement légal des derniers vestiges de la liberté d’expression, c’est la mise en examen automatique pour délit de lucidité. Il est urgent que personne ne l’ouvre pendant que se dérouleront les grandes métamorphoses qui s’annoncent, dont ce petit débat sur l’effacement de la différence sexuelle est l’avant-propos. Le néo-mariage, dans cette affaire, n’est que l’arbre baroque qui cache la prison.

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Barbarin, tu sais que c’est un putain de rouge, mec

Actu, Politique — Article écrit par le 19 septembre 2012 à 15 h 55 min

C’en est trop, un courageux évêque a dressé ses petits poings contre la marche du siècle, pour s’opposer au terrifiant mariage gay. Il n’aura pas manquer pour faire ressentir toute la gravité de la situation d’associer dans la même phrase l’homosexualité à la « polygamie », « l’inceste », la « zoophilie » et « l’alienophilie ». Tout plein de pratiques horribles, décrites avec un luxe de détails dans les versions non expurgées de la Bible, qui auront conduites la cité de Sodome à la destruction, comme chacun le sait.

Le mariage gay conduirait à une grave « rupture de civilisation »… Tout cela parce que quelques milliers d’homosexuels vont s’épousailler sur du Lady Gaga suite à un effet d’aubaine. Au bout de quelques temps sans doute que beaucoup moins d’entre-eux franchiront le pas. Premièrement parce que le mariage c’est chiant. Et deuxièmement parce que les homosexuels n’auront plus l’impression de s’affranchir d’un interdit. Ce qui reste la principale motivation de leur démarche avec la quête d’égalité telle que décrite par Tocqueville.

Barbarin veut nous faire croire que quelques unions maritales marginales constitue une rupture de civilisation, mais que la présence de millions d’immigrés sur notre sol n’en constitue pas. Deux personnes de sexe identique devant un maire c’est la porte ouverte à la barbarie. Mais l’immigration de masse de populations aux mœurs très éloignées des nôtres c’est juste de l’accueil chrétien de l’Autre. Merveilleux. L’Eglise a d’étranges priorités…

Si on suit en fil rouge la ligne temporel/spirituel, le mariage ne devrait pas être plus du ressort de l’Eglise que ne l’est l’immigration. Le mariage est entré tardivement dans le périmètre de l’Eglise. Longtemps elle a eu une répulsion à s’occuper des affaires maritales. Les prêtres se contentaient alors de bénir l’union, comme des prêtres bénissaient des maisons, des troupeaux, des navires, ou que sais-je. Le sacrement du mariage avec sa cérémonie est apparu dans la seconde partie du Moyen-Age. Et encore c’est le seul sacrement où les époux sont les ministres du culte, tandis que le prêtre agit comme une sorte de grand témoin. C’est pourquoi le mariage religieux n’existe pas. Il s’agit d’une union, avec échanges d’engagements et de serments, comme on le fait dans les contrats, en prenant à témoin Dieu. Un mariage même à l’église est une affaire juridique, contractuelle, comme la vente d’une vache. C’est pourquoi les témoins sont nécessaires, ils permettent d’apporter la preuve que l’accord a bien eu lieu.
Le mariage est la reconnaissance par une communauté de l’union de personnes. C’est une affaire laïque, profane. Au mieux les prêtres peuvent dire que leur dieu ne veut pas de l’union de deux personnes du même sexe, et qu’elle ne peut donc pas être bénie par lui, ni donc logiquement avoir lieu dans une église. Mais rien de plus.
L’Eglise, si on suit ce fil rouge, aurait plus de raisons d’être hostile à l’immigration, parce que cela finit par des églises en flamme. Si cela n’est pas le cas c’est qu’elle est infiltrée par des communistes et des crypto-musulmans, comme ce Barbarin.

Au-delà de cela, la délégitimation du mariage étatique est une excellente chose. Chacun peut remettre en cause le rôle de l’Etat en tant qu’autorité morale.

Plus largement le mariage est devenu la manière qu’ont les femmes de profiter financièrement des hommes par l’attribution d’une rente à vie. La conception ancienne du mariage est très nuisible aux hommes dans une société qui n’a plus rien à voir avec celle de nos grand-parents, parce que les obligations masculines se sont accrues, tandis que les obligations féminines ont quasi disparues. La délégitimation du mariage va dans le sens d’unions non officielles dont les hommes sortent gagnants. Il leur reste juste à comprendre que vivre en concubinage n’est pas non plus une bonne idée, parce que les obligations du mariage sont petit à petit en train de se reporter sur les concubins.

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