Étiquetté ‘Homère’
La colère d’Achille
Citations, Littérature — Article écrit par Vae Victis le 3 août 2011 à 19 h 00 minEt les luttes ayant pris fin, les peuples se dispersèrent, rentrant dans les nefs, afin de prendre leur repas et de jouir du doux sommeil. Mais Akhilleus pleurait, se souvenant de son cher compagnon; et le sommeil qui dompte tout ne le saisissait pas. Et il se tournait çà et là, regrettant la force de Patroklos et son coeur héroïque. Et il se souvenait des choses accomplies et des maux soufferts ensembles, et de tous leurs combats en traversant la mer dangereuse. Et, à ce souvenir, il versait des larmes, tantôt couché sur le côté, tantôt sur le dos, tantôt le visage contre terre. Puis il se leva brusquement, et plein de tristesse, il erra sur le rivage de la mer. Et les premières lueurs d’Eôs s’étant répandues sur les flots et sur les plages, il attela ses chevaux rapides, et, liant Hektôr derrière son char, il le traîna trois fois autour du tombeau du Ménoitiade. Puis il rentra de nouveau dans sa tente pour s’y reposer, et il laissa Hektôr étendu, la face dans la poussière.
Homère, Iliade, Chant XXIV (extrait), trad. Leconte de Lisle.
Étiquetté : Achille, Hector, Homère, Iliade, TroieLe Bleu dans l’Antiquité
Histoire — Article écrit par Vae Victis le 20 juin 2011 à 22 h 11 minEn complément de ce post : La mer couleur de vin, une intéressante réflexion sur la perception des couleurs dans l’histoire et la symbolique qu’on leur attribue.
Étiquetté : Antiquité, bleu, couleur, HomèreEnvisagée dans la longue durée, l’histoire de la couleur bleue au sein des sociétés occidentales est celle d’un complet renversement des valeurs. Pour les peuples de l’Antiquité classique, en effet, cette couleur compte peu. Or aujourd’hui le bleu est de loin la couleur préférée de tous les Européens, quel que soit leur pays d’origine. (…)
Ce qui est certain, (…) c’est que ce goût immodéré des Européens pour le bleu ne remonte nullement à « une lointaine Antiquité ». Il date du Moyen Age central, et plus précisément des XIIe -XIIIe, siècles. On peut même parler pour cette époque d’une véritable « révolution bleue ».
Dans l’Antiquité gréco-romaine, le bleu est une couleur généralement peu appréciée et dont on fait un usage modéré. Pour les Romains, par exemple, le bleu est la couleur des Barbares, notamment des Celtes et des Germains. Non seulement parce que ceux-ci ont souvent les yeux bleus – ce qui à Rome est dévalorisant – mais aussi parce que, chez plusieurs peuples de Gaule, de Bretagne et de Germanie, certains guerriers ont coutume de se peindre le corps en bleu avant de partir au combat. Pour ce faire, ils emploient de la guède, plante dont ils tirent une matière colorante leur servant à se peindre le corps et à teindre leurs vêtements. À Rome, personne ne s’habille de bleu ; ce serait extravagant. Aux dires de César et de Tacite, ce bleu un peu grisé donne à ces guerriers barbares un aspect « fantomatique » qui effraie leurs adversaires.
Le vocabulaire lui-même souligne cette méfiance ou ce désintérêt des Romains pour la couleur bleue. Dire « bleu » en latin classique n’est pas un exercice facile. Il existe certes un grand nombre de mots, mais aucun ne s’impose vraiment. Tous sont en outre polysémiques et expriment des nuances imprécises. Ainsi le mot cæruleus, le plus fréquent pour dire bleu à l’époque impériale, désigne à l’origine la couleur de la cire. Les frontières entre bleu et noir, bleu et vert, bleu et gris, bleu et violet et même bleu et jaune restent floues et perméables. Il manque au latin un ou deux termes de base qui permettraient d’asseoir solidement le champ lexical, chromatique et symbolique du bleu, comme cela se fait sans difficulté aucune pour le rouge, le vert, le blanc et le noir. Cette imprécision du lexique latin des bleus explique du reste pourquoi, quelques siècles plus tard, toutes les langues romanes seront obligées de solliciter deux mots étrangers au latin pour construire leur vocabulaire dans la gamme de cette couleur : d’un côté un mot germanique (blau), de l’autre un mot arabe (azur)…

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