Étiquetté ‘guerre’
L’Occident et les guerres médiques
Citations, Histoire — Article écrit par Vae Victis le 30 septembre 2012 à 13 h 57 minDavid avait marché contre Goliath et l’avait vaincu, contre toute attente. En fin de compte, cette masse écrasante qu’était la machine de guerre perse – rien d’aussi redoutable n’était paru au Proche-Orient, depuis la fin de l’empire assyrien – n’était pas invincible : la leçon portait ses fruits. Dix ans après Marathon, lorsque la Grèce fit face à une invasion dont l’échelle faisait de l’expédition de Darius une simple razzia côtière, le souvenir encore intact de la victoire fit combattre Athènes, Sparte et leurs alliés. Si l’on s’en était tenu à un calcul rationnel, c’était une pure folie. Ceux qui se considéraient comme des réalistes à long terme – dont les prêtres du temple oraculaire de Delphes et les chefs de presque toutes les cités-Etats de Grèce septentrionale et des îles de l’Egée – jugèrent, comme les politiciens français de Vichy en 1940, que toute résistance était inutile et que la «collaboration» était la seule réponse possible à la menace perse. Logiquement, ils avaient raison. Mais les grandes victoires de l’esprit humain contre les malheurs ne se remportent pas par le simple jeu de la logique, comme Thémistocle et Churchill l’ont bien vu. La seule raison ne suffit pas.
Vers le milieu du VIe siècle, juste avant que le conquérant perse Cyrus n’envahît l’Ionie, le poète Phocylide de Milet écrivait : « Une polis sur un promontoire, si elle est bien gardée, vaut mieux, si petite qu’elle soit, que Ninive frappée de folie. » Bien que l’lonie succomba et Milet – seule parmi les cités ioniennes – conclut un traité avec l’envahisseur, Phocylide avait absolument raison sur le long terme. Ceci est une vérité centrale que l’on ne devrait jamais oublier, lorsqu’on étudie les guerres médiques . Ces dernières années, grâce au travail spectaculaire des archéologues et des savants orientalistes, notre connaissance de la Perse achéménide s’est considérablement accrue. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’évaluer Darius, Xerxès et leur civilisation avec une meilleure compréhension et moins d’à-priori qu’un « enquêteur » comme Hérodote ne pouvait le faire, quelle que fût par ailleurs son ouverture d’esprit. Notre vision n’est plus la calomnie xénophobe produite par les témoignages biaisés des Grecs : nous devrions plutôt nous défendre aujourd’hui des excès d’enthousiasme sans discernement.
Ceux dont l’esprit penche naturellement vers l’autorité tendent à être fascinés par l’empire achéménide, précisément pour les raisons qui ont poussé les Grecs à lui tenir tête : une administration centrale monolithique (à défaut d’être toujours efficace), l’absolutisme théocratique, l’absence d’opposition politique (sauf à l’occasion des intrigues de palais, souvent sanglantes) et une administration provinciale confiée à des satrapes débonnaires (aussi longtemps, du moins, que leurs administrés ne faisaient pas d’embarras et payaient régulièrement leurs impôts). Arnold Toynbee est allé jusqu’à suggérer que tout aurait été bien mieux pour les Grecs s’ils avaient perdu les guerres médiques : l’unité et la paix imposées auraient pu les empêcher de gaspiller leurs énergies en guerres intérieures absurdes (et en causes locales désespérées), jusqu’à leur absorption par la bienveillante pax romana d’Auguste. Ce que ces théories refusent de comprendre, c’est que l’ensemble des concepts de liberté politique et intellectuelle, et de l’Etat constitutionnel (si inefficace et corrompu qu’il puisse être par ailleurs), a dépendu d’une chose : du fait que les Grecs, quels qu’aient été leurs motifs, ont décidé de s’opposer au système de l’absolutisme palatial propre à l’Orient, et qu’ils l’ont fait avec un succès remarquable. L’Europe moderne ne doit rien aux Achéménides. Nous pouvons bien admirer son architecture imposante (mais écrasante) et contempler avec une sorte de respect craintif la grande Apadana de Persépolis, avec ses merveilleux bas-reliefs. Reste que la civilisation qui pouvait produire de telles choses nous est presque aussi étrangère que celle des Aztèques, et pour des raisons assez semblables. La Perse achéménide ne nous a laissé ni grande littérature ni grande philosophie : son unique contribution à l’humanité a été, de façon assez caractéristique, le zoroastrisme. A l’instar de Carthage, elle perpétuait une culture fondamentalement statique, axée sur le statu quo théocratique et opposée (sinon carrément hostile) à toute forme de créativité originale.
Peter Green, Les guerres médiques ; Editions Tallandier ; p. 34 à 36
Étiquetté : Grèce, guerre, Occident, Perse, Peter GreenJeux du cirque et autres notes
Actu — Article écrit par Vittorio le 26 mars 2012 à 18 h 37 minDans le monde indifférencié, il est prévisible que l’Islam rentre dans une lente agonie, et cette agonie passe par une radicalisation d’une minorité, soutenue par une partie. Cette agonie sera douloureuse. Comme le disait Malek Chebel répondant au constat de Zemmour sur l’islamisation des révoltes du printemps arabe, il faut leur « laisser le temps », de se moderniser, donc de s’indifférencier. Inconsciemment Chebel prend acte de cette disparition programmée, sa jouissance étant contenue dans ce « temps » signifiant le temps de la radicalisation.
Comme Baudrillard le disait, le seul acte de résistance collectif au monde zéro mort » est non pas tant le meurtre que l’ »auto-sacrifice » médiatisé du djihadiste (à ne pas confondre avec le sacrifice chrétien qui n’entraine que lui dans la mort, j’y reviendrai). Le système ne peut répondre à cet auto-sacrifice, car il est le système -apparent- du non sacrifice. Ainsi le seul acte de résistance individuel serait, christiquement, de se déclarer de son propre gré, en tant que chrétien, comme victime à tout terroriste, le prendre à son propre piège, lui ainsi que le système.
Mais n’est pas Christ qui veut.
Tout comme n’est pas djihadiste qui veut.
Les soutiens à Merah de la part de musulmans de France, à visages Facebookiens découverts, est donc également le symptôme de cette indifférenciation insoluble avancée des musulmans, c’est à dire en phase d’entrée dans le monde et la vie « zéro mort » qui est de fait une non-vie. ils saluent l’ « autosacrifice » (bien plus que sa tuerie, qui n’était que le préambule nécessaire à ce sacrifice musulman), tout comme ils ne se risqueront jamais à imiter leur « martyre ».
Néanmoins, et contrairement au 11/09, finalement aucune image violente, contribuant à l’absence de cette jouissance de la vision de la destruction, et donc à son irréalité. De même, aucune guerre d’Irak n‘est programmée (à moins que), donc le contrecoup de la jouissance est lui aussi absent, situation d’équilibriste tout à fait dangereuse, intenable. D’autant que toute guerre occidentale filtre médiatiquement sa violence.
La déception des médias à l’annonce de l’identité du tueur est perceptible : un tueur néonazi étant le seul permettant une décharge émotionnelle totale, c’est à dire vers une cible (fascisme, extrême-droite, racisme de blancs) autorisée, à l’inverse, déception-prévisible- des dénonciateurs de l’islamisation. La tension indifférenciatrice augmente donc d’un cran, et le discours déréalisant de même afin de couvrir cette tension (et diffusant ainsi un véritable parfum de folie douce).
Dans le monde indifférencié, mimétique, le peuple juif a ce rôle double : victime potentielle en occident « goy » afin de prévenir toute tentative de différenciation occidentale toujours potentiellement antisémite (entre autres), mais coupable lorsqu’il se différencie en Israël par sa volonté farouche de conserver son identité, par la culture, la religion, les armes, la démographie, le territoire et bien sûr l’histoire (bien que la radicalisation des juifs orthodoxes en Israël est là aussi le symptôme d’une indifférenciation à l’œuvre). Cette double vision entretenue par les médias de gauche occidentaux est ainsi cohérente.
Mimétisme des musulmans d’occident avec la Palestine, non-pays, non-peuple, sans identité, et dont l’identité se résume alors à ces non-identités, mais avec un « ennemi » fantasmé sensé être responsable de cette non identité. Échecs volontaires et répétés des palestiniens de respecter tout processus de paix. Pourraient-ils un jour se passer de cette victimisation ? Que resterait-il à une nation palestinienne fantoche ? Que resterait-il aux musulmans vivant en occident ? Des détails. Des détails à n’en plus finir (voile, hallal, prière, congé religieux, etc..).
Voir le grand Rabbin de France Gilles Bernheim, main dans la main avec Dalil Boubaker, pour enfoncer le français de souche et lui faire comprendre par cette alliance : tu n’auras pas de sursaut identitaire, tout sursaut identitaire (global, chrétien) est un appel au meurtre (alors qu’il est foncièrement le contraire à long terme). L’absence notable de représentants religieux catholiques (pourtant seuls légitimes à toute représentation, structurellement parlant) lors des « manifestations de soutien » aux victimes. Intuition de l’évidence de la solution chrétienne, inavouable ?
La présence de la religion chrétienne n’étant, donc, que dans le discours symbolique : ainsi ces affichettes « coexist » faites des signes religieux mis sur un même plan, comme un appel à un néo-syncrétisme.
Les paroles de Delanoë, dénonçant la « haine de la tolérance et du vivre ensemble » : discours d’une naïveté déréalisante dogmatique absolument sidérante. Ou de deux manifestantes : l’une soulignant la présence de toutes les communautés, l’autre disant qu’il n’y a pas de communautés, schizophrénie latente de l’indifférenciation.
De fait, l’union sacrée Bernheim-Boubaker propage l’indifférenciation de leurs communautés respectives, amplifiant ainsi la possibilité de futures tueries du même genre ( d’ailleurs probablement dans un avenir proche); à l’inverse une haine affichée aurait permis un déchargement de jouissance symbolique. De fait, la victime juive perdra en potentialité de jouissance pour le terroriste (notons que le choix de Merah de tuer des juifs a été plus ou moins improvisé suite à l’échec du meurtre d’un autre militaire, et que c’étaient des fonctionnaires de police qui étaient « programmés » pour la suite).
De la même manière, le français de souche est une victime de second choix pour le djihadiste, le français étant déjà mort-indifférencié. Bien qu’il arrive à la racaille de quartier, stade premier du djihadiste, de voler, violer, lyncher, menacer, rouler avec sa voiture sur ce dernier, mais finalement sans passion, d’où : surenchère de la violence quotidienne.
Fantasme de guerre civile. La guerre civile impliquant le français indifférencié suppose un sursaut identitaire préalablement rendu impossible par le système (de précaution ?). Les « représentants » des « communautés » font l’union sacrée, elles sauvent leur boulot, le sursaut identitaire supposant la fin de leurs activités représentatives. En fait la possibilité de guerre s’annule d’elle –même : c’est lorsqu’elle devient possible qu’elle n’est de fait plus nécessaire par le travail effectué en amont. Ou alors guerre civile purement mimétique (qui ne mérite donc plus le terme de guerre civile, ou alors penser que chaque guerre civile est d’ordre mimétique), basée sur des détails religieux, voire tout autre (guerre de quartier ? de rue ? d’immeuble ? d’étage ?). Ou : terrorisme « généralisé ». Jusqu’à ce que le système trouve une faille à ce terrorisme, une solution, c’est à dire, contrairement à la solution de l’auto-sacrifice chrétien choisi : l’offrande de victimes (non consentantes, tout est là) aux terroristes. Chrétiens, donc. Jeux du cirque.
Recours de l’Islam au terrorisme plus que tout autre religion : elle seule promet le paradis à ses tueurs, elle seule sacralise le meurtre, elle seule offre la solution meurtre + autosacrifice comme provocation totale au système zéro mort désincarné (paraphrase totale de Baudrillard).
Un sursaut identitaire, donc la fin du communautarisme et des violences racailleuses et terroristes, ne pourra se faire (s’en est presque la définition) sans le « retour » des vices mentaux typiques de tout peuple à identité : un peu de racisme, d’antisémitisme, de sexisme, d’homophobie, de xénophobie..etc.. C’est le lot de la liberté et de la paix réelle, de ce qu’on peut espérer de mieux. Ça vaut toujours mieux que de vivre dans un mouroir avec des vrais morts.
Encore une fois, la politique qui ne se base pas sur des principes intangibles mais sur un soi-disant « pragmatisme » variant en fonction des circonstances et des origines des protagonistes montre son hypocrisie, son incohérence et au final sa nullité.
Car lorsque l’on fait du drame de Toulouse le symbole ou la « preuve » d’une islamisation radicale de la France et de la nature « intrinsèquement dangereuse » de l’Islam, on se baigne dans les mêmes eaux crapoteuses qu’un Montebourg faisant de Breivik le révélateur de la nature criminogène de tout nationalisme ou du gouvernement Monti s’emparant de la tuerie de Florence pour dénoncer un fantasmatique renouveau de la « terreur fasciste ». En instrumentalisant un fait divers, en refusant de l’analyser froidement et de le mettre en perspective, en jouant sur le sensationnalisme et le spectaculaire, on exacerbe les peurs et les ressentiments inter-communautaires et on endosse le rôle misérable de vautours et de croquemitaines au seul et unique bénéfice du système et de son appareil de contrôle et de répression.
A Moy Que Chault continue de creuser sa voie politiquement correcte version réactionnaire.
C’est la doctrine iadéconpartou. Padamalgam et fopagénéraliser.
Vu que Breivik existe, il ne faut pas tirer de conclusions concernant Merah. Rien à voir avec l’islam. C’est un simple « fait-divers ». Texto.
« C’est la doctrine iadéconpartou. »
Excellent!
Il y a des variantes: Merah serait un fou, un raté et un bon à rien. Circulez, il y a rien à voir.
L’ennui, c’est que Merah n’était ni un raté ni un bon à rien, ce qui aurait été une très bonne chose. Il n’aurait pas eu des qualités exceptionnelles (dynamisme, intelligence, vélocité, courage), Il aurait survécu dans un coin avec son RSA.
C’est aussi pervers de dire ca que de dire qu’Hitler était un type insignifiant, sans charisme, sans magnétisme et sans intelligence pour en conclure que si Hitler ce n’était pas grand chose, ce n’est pas la peine de s’attarder sur le nazisme. Le nazisme? Hitler était un con, et comme chacun sait, iadéconpartou.
Je ne serais pas aussi direct dans la critique de ce texte maladroit : il y a en effet, paradoxalement, un saut hors du système à dire qu’il ne s’est rien passé, c’est à dire en se posant exactement dans la posture -hypocrite, certes, mais justement- du système, en le prenant au pied de la lettre sans être hypocrite. Refuser la radicalité de l’évènement, c’est révéler la radicalité du système qui l’a engendré (précisément le système, ou la civilisation, du non-évènement).
Étiquetté : Baudrillard, communautarisme, guerre, islam, terrorismeLa férocité de la guerre
Citations — Article écrit par Vae Victis le 13 octobre 2011 à 11 h 05 minBielorentchenskaïa, 11 décembre 1942
[...]Les adversaires n’attendent pas de quartier l’un de l’autre, et cette opinion, la propagande la renforce encore. C’est ainsi que, l’hiver dernier, un traîneau chargé d’officiers russes passa par erreur dans les lignes allemandes. A l’instant même où ils s’en aperçurent, ils firent éclater au milieu d’eux des grenades à main. Quoi qu’il en soit, on fait toujours des prisonniers, aussi bien pour se procurer de la main-d’oeuvre que pour attirer des déserteurs. Mais les partisans restent complètement à l’écart des lois de la guerre – dans la mesure où il est encore permis d’en parler. Semblables à des hordes de loups, ils sont traqués dans leurs forêts pour y être exterminés jusqu’au dernier. J’ai appris ici des choses qui relèvent purement et simplement de la zoologie.
Sur le chemin du retour, j’y réfléchissais encore. Dans ces régions s’avère une pensée que j’avais déjà examinée sous différents aspects : là où tout est permis s’implante tout d’abord l’anarchie, puis un ordre plus sévère. Celui qui tue son adversaire selon son bon plaisir ne peut pas, non plus, attendre de pardon ; ainsi se forment de nouvelles règles de combat, beaucoup plus dures.
Théoriquement, cela semble tentant, mais en pratique, on ne peut éluder le moment où il faut lever la main sur des hommes sans défense. Une telle chose n’est possible, de sang-froid, que dans un combat avec des bêtes, ou dans des guerres menées entre athées. Dans ce cas, la Croix Rouge n’est plus qu’un objectif spécialement visible.
Ernst Jünger, Notes du Caucase, in. Premier journal parisien, Paris, Livre de poche, 1980, p. 257.
Cet extrait relate l’attaque d’un commando allemand sur des partisans russes :
Les partisans avaient été surpris au réveil. Chaque guetteur avait subi le sort du premier, tapi dans un arbre, dans une série de corps à corps silencieux. Lorsque les Russes virent surgir de la brume ces hommes vociférants dont toutes les armes crachaient le feu, il était trop tard. En quelques secondes des dizaines de cadavres jonchèrent la clairière. Les survivants se défendirent avec l’énergie du désespoir. Les salves ne détonnaient plus. C’était une lutte à l’arme blanche, homme contre homme, homme contre femme, un règlement de compte au couteau, à la baïonnette, au poignard. Les pelles affûtées comme des rasoirs fauchaient tout ce qui tenait debout, tranchant les membres et défonçant les crânes, accompagnées de ahans de bûcheron et de cris d’agonie. Une femme à moitié décapitée s’abattait sur son bourreau en lui labourant le visage et ce corps sans tête, encore vivant, lui arrachait des hurlements de terreur. Des hommes fuyaient le ventre ouvert en traînant leurs boyaux comme des serpentins sanguinolents. D’autres transformés en torches vivantes par les lance-flammes couraient dans tous les sens, tombaient, se relevaient en hurlant avant de se recroqueviller sur le sol.
Paul Bonnecarrere, Une victoire perdue, p 253, Fayard, Le livre de poche, 1978.
Lâchées comme des meutes en lutte, les troupes d’élite des nations se ruaient par la pénombre, assaillants intrépides dressés à se jeter vers la mort au coup de sifflet, à l’ordre bref. Si deux équipes de cette trempe se heurtaient dans les corridors étroits du désert de flammes, alors entraient en collision des corps où s’incarnait la volonté de deux peuples, au comble de sa brutalité. C’était l’apogée de la guerre, un apogée surpassant encore toutes les horreurs qui venaient d’écorcher les nerfs. Venait d’abord une paralysante seconde de silence, lorsque les yeux se rencontraient. Puis un cri fusait vers la nue, abrupt, sauvage, rouge sang, qui se gravait dans les cerveaux comme un indélébile marquage au fer rouge. Ce cri arrachait les voiles des mondes émotionnels ténébreux et insoupçonnés, il contraignait tous ceux qui entendaient à bondir en avant pour tuer ou être tués.
Ernst Jünger – La guerre comme expérience intérieure, Christian Bourgeois éditeur, trad. de François Poncet,1997 (1980), pages 65 & 66.
Étiquetté : Bonnecarrere, guerre, JüngerTripoli reconnaît les émeutiers londoniens
Actu — Article écrit par Nicolas le 9 août 2011 à 1 h 15 minTripoli AP – Le gouvernement libyen reconnaît les émeutiers londoniens
Alors que les émeutes semblent s’étendre dans les banlieues londoniennes et gagner Birmingham, Le gouvernement de Tripoli vient de reconnaître le Conseil insurrectionnel des émeutiers comme le gouvernement légal du Royaume-Uni.
Dans la soirée, l’agence officielle libyenne se faisait l’écho de la position du gouvernement du colonel Kadhafi, transmise par le fils du guide, Saif-el-Islam, à des journalistes occidentaux réunis dans un hôtel de Tripoli.
« Ils sont pleinement légitimes dans leur désir d’émancipation et de liberté qui correspond aux principes qui guident le gouvernement de la Libye », a-t-il déclaré, assurant que le colonel Kadhafi enregistrerait sitôt que possible une allocution pour soutenir les combattants « inspirés à Londres et dans toute l’Angleterre par Dieu et les combats passés comme présents de la jamahiriya ».
Interrogé sur ce développement inattendu, le gouvernement français a fait part de sa volonté d’envoyer M. Bernard-Henri Lévy en mission à Finsbury Park afin de prendre contact avec les insurgés, tout en assurant que la France ne manquerait pas de porter haut ses valeurs, à Picadilly comme à Tripoli.
Étiquetté : Angleterre, guerre, Khadafi, SarkozyLa guerre de trente ans
Histoire — Article écrit par Vae Victis le 7 mai 2011 à 11 h 03 minLa guerre de Trente Ans 1618 – 1648 de Henry Bogdan

Henry Bogdan nous livre une très honnête synthèse sur la Guerre de trente ans. Une période très méconnue en France, qui n’a fait l’objet que de peu d’études, et le plus souvent à travers la politique de Richelieu. Alors qu’elle est toujours une référence importante dans la pensée politique américaine, qui se réfère constamment au traité de Westphalie (1648) pour désigner l’ordre européen.
D’un point de vue politique, c’est une période majeure, parce qu’elle voit l’émergence de l’Etat moderne, qui se substitue aux monarchies féodales et aux libertés locales. La Guerre de trente ans voit dans tous les pays européens, la cristallisation d’un conflit latent entre la centralisation du pouvoir, et la préservation de l’autonomie des aristocraties locales. En France, c’est la Fronde qui se matérialise à la mort de Richelieu, qui avait déjà essuyé nombre de complots de son vivant. En Grande-Bretagne c’est la dictature de Cromwell qui conduit à la décapitation de Charles Ier. En Espagne, la révolte du Portugal et de la Catalogne. La guerre demandant d’importantes ressources financières la paysannerie est pressurée. En France cette période voit l’émergence des grands financiers, ces fermiers généraux, qui prennent la collecte de l’impôt à ferme en échange d’une avance sur recette pour la monarchie, à charge pour eux de se payer sur la bête. De nombreuses révoltes paysannes éclatent en Europe, qui s’ajoutent à l’agitation religieuse, qui se superposent elles-mêmes à cette première opposition entre monarchie et aristocratie. La Suède très engagée dans cette guerre, subit le même genre de dissensions, avec les troubles paysans inhérents. La France entière et surtout les campagnes fêteront la mort de Richelieu par de grands feux de joie. Mais l’exemple le plus intéressant, c’est celui du Saint-Empire, dont Ferdinand II avait essayé de raffermir l’unité en renforçant la fonction impériale. Ce qui échouera totalement, puisqu’à la fin de la guerre, l’Empire a éclaté, et est tiraillé entre deux pôles. Au Sud les Hasbourg qui se sont retranchés dans leurs possessions patrimoniales, de ce qui deviendra l’Empire Austro-Hongrois. Au Nord, les Hohenzollen, dont les territoires deviendront le royaume de Prusse, qui réalisera l’unification allemande.
Ce conflit marque d’une part, la centralisation du pouvoir. Les États vainqueurs sont des États centralisés, dominés par une solide administration. D’autre part l’apparition d’armées permanentes, en France, mais surtout en Prusse, alors que les armées de mercenaires temporaires étaient prédominantes jusqu’alors. Et l’apparition d’une forme de nationalisme qui va se substituer à une vision simplement patrimoniale.
On estime les pertes démographiques de la guerre de Trente ans à environ 20 ou 30% en moyenne dans les zones de guerre, avec des régions où plus de la moitié de la population a disparu. Bogdan cite 7 millions de morts sur des États de 21 millions d’habitants. Le massacre de Magdebourg où périssent 25 000 personnes sur les 30 000 qui peuplaient la ville marque la sauvagerie du conflit. Il faudra un siècle pour que les terres laissées à l’abandon soient réoccupées. En comparaison la Pologne, pays le plus touché, n’a perdu « que » 15% de sa population pendant la 2nd guerre mondiale.
Même si le livre ne fait que survoler, on est interpellé par la stratégie de l’époque, qui se concentre sur la prise des villes et places fortes, en évitant le plus souvent le corps de bataille ennemi. Ce qui donne aux guerres une allure de piétinement, prenant et reprenant les mêmes places d’année en année, ravageant les mêmes régions, avec toujours des résultats relativement maigres. Cent-cinquante ans plus tard Napoléon révolutionnera l’art de la guerre en menant à l’inverse des guerres mobiles, avec pour objectif la destruction du corps de bataille ennemi et non plus la prise des places.
L’Europe prenant conscience qu’elle court à sa perte si de telles guerres devaient se reproduire crée un ordre politique nouveau. On tente de limiter les effets de la guerre. L’Europe devient un ensemble d’États, disposant de frontières précises et reconnues par les autres pays, et sur lesquels le prince ou le monarque exerce sa pleine et entière souveraineté. Le concept d’équilibre des forces se substitue progressivement au rêve d’une monarchie universelle, ce qui conduit à des guerres limitées aux objectifs limités. Les Anglais en donneront la parfaite mesure sur le continent en œuvrant toujours à affaiblir l’État le plus fort qui menacerait un équilibre des forces qui leur serait négatif. Sur le plan religieux, le modèle germanique de la paix d’Augsbourg de 1555, qui avait rétabli la paix en Allemagne en donnant aux princes et aux cités libres le droit de choisir leur religion ; chaque territoire adoptant la foi de son souverain, selon la formule cujus regio, ejus religio ; est complété et élargi par l’admission des calvinistes. A une époque dominée par la ferveur religieuse et le fanatisme idéologique le droit d’exercer librement sa religion et la tolérance se trouvent renforcés.
A l’inverse des États-Unis qui ont toujours jouis d’une sécurité géostratégique exceptionnelle, et qui par voie de conséquence n’ont jamais connus la guerre étrangère sur leur sol, l’Europe ravagée par la guerre de trente ans adopte les prémices d’un droit international qui entend restreindre la portée des conflits. Différence qui explique encore aujourd’hui que les Européens et les Américains entretiennent une vision différente sur les affaires du monde. Le traité de Westphalie qui clôt cette guerre de trente ans reste un marqueur important pour comprendre les relations internationales.
Étiquetté : Bogdan, guerre, Richelieu, trente ans, WallensteinAbandon en Indochine
Culture — Article écrit par Vae Victis le 5 juin 2010 à 22 h 06 min« Mon cher Roger,
Cette lettre est la dernière que je t’enverrai. Je sais que je vais te porter un coup terrible, mais… »Et cela continue sur quatre pages, quatre grandes pages terribles, inhumaines de froideur, parce que s’adressant à un homme pour qui le mot « Femme » ne s’écrivait qu’avec une majuscule. Pierre sait parfaitement (car on se confie à un ami dans ce pays lointain), que ce deuxième séjour en Indochine a été encouragé par l’auteur de cette lettre, « pour ta carrière, et pour le petit… je suis si fière de toi… la grandeur de ton sacrifice… toutes ces années que nous rattraperons au centuple… ect., ect. »
« …ne t’aimant plus, ne t’ayant, je crois, jamais aimé, j’estime qu’il est préférable que nous vivions notre vie chacun de notre côté. J’ai rencontré pour ma part un homme qui j’en suis sûre… »
Quatre pages de lâcheté féroce, de trahison raisonnée, de dissection cruelle, voulue.
« Le gosse restera avec moi en attendant la décision du Tribunal. Ne t’inquiète pas, il sera très correctement élevé et… »
Tonkin, Guerre d’Indochine : 1950-1954, Journal d’un soldat inconnu ; Editions Bordessoules, p.19
Étiquetté : amitié, femmes, guerre, IndochineSon avant-guerre
Culture — Article écrit par Nicolas le 31 mai 2010 à 0 h 27 minOr, j’étais encore si très exténué de ma maladie, et le froid étant grand et âpre, j’étais contraint d’aller si enveloppé le corps et la tête de fourrures que, quand l’on me voyait aller par la Ville, nul ne pouvait avoir espérance de ma santé, ayant opinion que j’étais gâté dans le corps, et que je me mourais à vue d’œil. « Que ferons-nous, disaient les dames et les peureux (car en une ville il y a d’uns et d’autres), que ferons-nous si notre gouverneur meurt ? Nous sommes perdus. toute notre fiance, après Dieu, est en lui. Il n’est possible qu’il en échappe. » Je crois fermement que les bonnes prières de ces honnêtes femmes me tirèrent de l’extrémité et langueur où j’étais, j’entends du corps car, quant à l’esprit et entendement, je ne les sentis jamais affaiblir. Ayant donc accoutumé auparavant d’être ainsi embéguiné, et voyant le regret que le peuple avait de me voir ainsi malade, je me fis donner des chausses de velours cramoisi que j’avais apportées d’Albe, couvertes de passements d’or, et fort découpées et bien faites ; car au temps que je les avais faites faire, j’étais amoureux. Nous étions lors de loisir en notre garnison, et n’ayant rien à faire, il faut le donner au Dames. Je pris le pourpoint tout de même, une chemise ouvragée de soie cramoisie et de filet d’or bien riche (en ce temps-là on portait les collets des chemises un peu avalés). puis pris un collet de buffle, et me fis mettre le hausse-col de mes armes, qui étaient bien dorées. En ce temps-là je portais gris et blanc, pour l’amour d’une Dame de qui j’étais serviteur, lorsque j’avais le loisir. Et avais encore un chapeau de soie grise, fait à l’allemande, avec un grand cordon d’argent et des plumes d’aigrette bien argentées. Les chapeaux en ce temps-là ne couvraient pas grand, comme font à cette heure. Puis me vêtis un casaquin de couleur gris, garni de petites tresses d’argent, à deux petits doigts l’une de l’autre, et doublé de toile d’argent, tout découpé entre les tresses, lequel je portais en Piémont sur les armes.
Or avais-je encore deux petits flacons de vin grec, de ceux que monsieur le cardinal d’Armagnac m’avait envoyés ; je m’en frottai un peu les mains, puis m’en lavai fort le visage, jusqu’à ce qu’il eut pris un peu de couleur rouge, et en bus, avec un petit morceau de pain, trois doigts, puis me regardai au miroir. Je vous jure que je ne me connaissais pas moi-même, et me semblait que j’étais encore en Piémont, amoureux comme j’avais été : je ne pus me contenir de rire, me semblant que tout à coup Dieu m’avait donné un tout autre visage.
— Monluc, La Défense de Sienne.
Étiquetté : guerre, pourpoint
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