Étiquetté ‘France’


Gloubi-boulga citoyen

Education — Article écrit par le 31 octobre 2012 à 14 h 16 min

Recette du gloubi-boulga citoyen, selon l’original de Jean Casimir-Badoit :

Education civique

Education civique 2

Ça vient de L’Institution sainte Jeanne d’Arc (la pauvre) où c’est « l’année du vivre ensemble » (merci à J. F.).

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Pays réel

Sozial — Article écrit par le 4 juin 2012 à 23 h 44 min

 

Sa place est au tribunal, dans le box des accusés.

C’est en ces termes que l’un des jeunes de ma famille avec lequel je m’entends le moins mal – et auquel j’ai par ailleurs porté assistance en de nombreuses circonstances –  s’entretenait récemment de mon cas en petit comité. Si on se prépare aisément aux vomissures et aux menaces de l’ennemi, celles qui émanent des nôtres ont tendance à surprendre, particulièrement lorsqu’on s’illusionne au sujet du fameux « bon sens » supposé caractériser les petites gens.

C’est qu’il m’arrive encore, en dépit de la lassitude, de tenter d’avertir gentiment les moins lobotomisés parmi mes proches. Je constate que l’annonce d’évidences tranquilles telles que la future mise en minorité des Européens sur leur sol historique ne suscite le plus souvent aucune protestation, tant sur le fond que sur la forme. Chacun peut en faire l’expérience : la plupart des gens reconnaissent même volontiers que vous avez très probablement raison.

Puis ils réclament immanquablement, dans la foulée, que vous vous taisiez. Ou encore mieux, qu’ « on » vous fasse taire. Il leur est insupportable de pénétrer plus après dans la réflexion.

Je m’interrogeais au sujet de cette curiosité quand m’est revenue une autre anecdote du même tonneau. Un ami mien a occupé pendant plusieurs mois un poste de standardiste téléphonique au sein d’une  agence de voyage ; à raison de 50 ou 60 clients par jour, il était amené à traiter avec des gens du monde entier, s’exprimant autant en français qu’en anglais ou en italien. Cet ami – fils d’un ouvrier du bâtiment décédé, sans le sou, et qui travaillait ainsi pour payer ses études – a reçu un matin une convocation au commissariat du coin : SOS Baleines envisageait de porter plainte contre sa personne suite à un « testing » effectué dans le cadre d’un « partenariat avec la police » (ça ne s’invente pas). Il avait soit-disant « moins bien répondu » à un client « doté d’un accent maghrébin » par rapport à un client n’ayant aucun accent ; l’histoire ne dit pas s’il en était alors à son 38ème casse-pieds de la matinée (du genre qui loue une semaine à Rome et qui vous appelle pour vous insulter parce qu’il n’y a pas assez de chaînes sur la télévision dans la chambre de l’hôtel), si son chef venait de lui hurler dessus ou si sa pause clope avait été supprimée… Bref. À ce jour et à ma connaissance, l’affaire n’a pas été beaucoup plus loin, mais ça n’est pas ici mon problème.

Mon problème est que lorsque je me suis ouvert de cette anecdote à l’une de mes vieilles tantes, de celles qui votent très très à droite depuis 30ans, qui n’ont que mépris pour les politiques et les journalistes surtout s’ils s’affichent à gauche, qui vantent sans discontinuer les valeurs d’antan, la famille, la patrie et tout le bataclan, je me suis vu répondre ceci – sur un ton à la fois doucereux et désapprobateur, lourd d’ironie triomphante – :

« Ah, c’est sûrement parce qu’il tient un blog, comme toi ! »

J’ai tiré une grande leçon de cette petite expérience : la culpabilité réelle ou supposée de mon ami, la malhonnêteté foncière que constitue le « testing » (surtout dans ces circonstances), l’association entre l’exécutif et les milices idéologique, tout ça et le reste n’avait aucune importance ; en dépit de l’absence totale de lien logique entre cette histoire et mon vieux blog, dans l’esprit de cette dame, qui s’est pourtant forgé bien avant l’avènement du mitterandisme, mon ami était coupable parce qu’il était mon ami, parce que je tenais un blog « nauséabond » (dont elle avait vaguement entendu parler), que mon ami devait donc en tenir un aussi, et que c’était par conséquent bien fait pour lui, bien fait pour moi, bien fait pour nous. Il n’y a pas de fumée sans feu et nous l’avions bien cherché.

Car ce sont les mêmes qui sont supposés vous aimer et vous soutenir, ces gens qui sur le papier semblent partager 95% de vos opinions, qui finiront tôt ou tard par vous laisser tomber, par vous désavouer et même par vous balancer en toute bonne conscience dès lors que la police, l’État ou ses supplétifs se seront engagés à faire tomber votre tête pour cause de délit d’opinion.

Parce qu’aussi véridique que soit votre discours, aussi légitimes que soient vos indignations, les gens auxquels vous êtes prêts à tout donner préfèreront en fin de compte vous voir passer votre existence en prison plutôt que de vous laisser simplement exposer les contrecoups pourtant évidents de leurs propres observations. C’est ça, le pays réel. Le bon sens ne pousse pas le peuple à se rebeller contre la trahison des élites : il le pousse à vendre ses propres gosses contre un diminution des coups de fouet. Et ça lui convient très bien.

« Sa place est au tribunal, dans le box des accusés. »

Le môme qui sort ça le plus naturellement du monde dans la conversation a le profil typique de l’électeur FN tel que dépeint par le monde médiatique ; chômeur, bac -4, n’a jamais ouvert le moindre livre, a du offrir un berger allemand à sa compagne suite à sa cinquième agression diversitaire, n’a aucun goût, écoute de la musique de beauf et/ou de racaille.

Eh bien je ne serais pas étonné qu’il vote effectivement FN dans quelques années. Je crois qu’on peut très bien voter FN et trouver normal qu’un homme qui déclare croire davantage à la nature humaine, aux affrontements, aux rapports de force et aux conflits plutôt qu’au « vivre-ensemble » soit traîné en justice. Je crois qu’on peut voter FN en toute bonne conscience et trouver insupportable qu’un Blanc appelle les Blancs « les Blancs » et souhaite de préférence vivre dans un coin où ces derniers demeurent majoritaires. Je ne serais même pas étonné qu’un jour le FN (ou son successeur) s’en prenne à tous ceux qui refuseront de jouer « l’unité et la réconciliation nationale ». C’est même cousu de fil blanc. La République, la Nation, le Peuple…

Un flic m’a dit un jour qu’il était en accord total avec la gauche en termes de vision du monde, au sujet du métissage et de l’amitié entre les peuples, mais qu’il votait quand même Le Pen parce que le « vivre-ensemble », d’après lui, c’étaient les Arabes qui n’en voulaient pas. J’avais trouvé ça très éclairant, de même que je trouve très éclairants les gens qui accusent les Juifs de semer la discorde entre les communautés, comme si cette dernière n’existait pas sans eux, comme si la discorde n’était pas fort heureusement à la racine de l’humanité, source de sa vitalité guerrière, artistique et politique.

Tout ça prouve simplement que les visions du monde de ces gens-là se recoupent : ils s’agit de forcer l’unification du monde, de tout mêler dans l’indistinct, de fondre le divers dans l’unique, d’araser toute différence, de porter l’humain au stade définitif de son évolution ; en somme, de l’achever. Chacun se contente simplement d’imputer aux uns ou aux autres telle ou telle entrave au processus. Mais tous s’accordent sur la nécessité dudit processus.

La modernité ne pense pas contre les religions, les races ou les peuples sous prétexte qu’elle s’en prendrait plus spécifiquement aux uns plutôt qu’aux autres ; elle pense contre l’humanité entière car elle essaye à toute force de faire disparaître ce qui demeure en elle de spécifiquement humain : le conflit qui nait du principe de différence. Le plus amusant étant qu’elle procède à cette destruction au nom de l’humanité elle-même.

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Mélancolie historique

Citations, Littérature — Article écrit par le 8 janvier 2012 à 15 h 59 min

La mélancolie “historique” est bien la dernière dont j’eusse cru, enfant, que je puisse être un jour affecté. Eussé-je vécu dans un pays heureux, dans un pays vivant une phase heureuse de son histoire, je ne m’en fusse probablement même pas aperçu, je n’eusse pas songé à m’en réjouir. Je me serais dit que les destins individuels sont tout ce qui compte, que l’important est de faire sa vie en y mettant autant de talent et d’énergie qu’on le peut, que la tâche essentielle est de construire son bonheur individuel ou à tout le moins son destin. De même, je n’eusse probablement même pas songé à être français. Ce n’est pas ma pente naturelle. Je suis aussi peu chauvin qu’il est possible, j’aime autant ou plus les arts, les cultures et les paysages d’autres nations que ceux de la mienne et, si un choix objectif m’avait été offert, j’eusse sans douté préféré être anglais, ou écossais, les tempérament nationaux d’outre-Manche, si différents qu’ils soient l’un de l’autre, me semblant mieux accordés au mien que celui de cette rive-ci. N’empêche : qu’on prétende m’empêcher d’être français, ou qu’on veuille me forcer à l’être d’une façon aussi totalement déculturée, affadie, désolante que celle qui a cours aujourd’hui parmi nous, cela m’a donné le goût et la conscience de l’être vraiment, ne serait-ce que par dignité, ou par esprit de contradiction, ce qui est souvent la même chose. Et ce goût ne pouvait être qu’un goût mélancolique, cette conscience une conscience malheureuse. Comme l’amour des paysages et l’amour de la langue, l’amour de la France, aujourd’hui, ne saurait être qu’une longue tristesse. Être citoyen d’un pays qui meurt, et qui meurt aussi salement, aussi bêtement, aussi bassement, je ne sais pas comment on pourrait ne pas en souffrir.

Des deux catastrophes qui se sont abattues en même temps sur mon pays, l’effondrement de sa culture par l’effet de l’égalitarisme social, du prétendu “enseignement de masse” et de la dictature de la petite bourgeoisie, et d’autre part la dissolution d’un peuple au profit d’un autre ou de plusieurs autres, sur le territoire national, je ne sais pas laquelle m’affecte davantage. À la vérité elles ne sont guère séparables. L’une était la condition de l’autre. L’autre était seule à même de parachever l’une.

Renaud Camus, La Campagne de France


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Une principauté hors du droit

Citations — Article écrit par le 27 septembre 2011 à 17 h 08 min

Dans les annales de la République, son [Alexandre Djouhri] cas est exceptionnel, sinon unique : pourquoi et comment est-il devenu si puissant ? Avant de tenter de répondre à cette question, il est important de souligner que son cas s’inscrit dans une époque – grosso modo celle qui dure depuis le début des années 1990 – où, sous les effets conjugués de la mondialisation et de la conversion des élites françaises, de droite comme de gauche, au néolibéralisme, l’argent est plus que jamais devenu roi. « Dans le capitalisme de managers des Trente Glorieuses, la place du fric était relativement modeste, écrit un observateur avisé de la vie politique française. (…) Une grande partie de l’establishment qui, hier, servait l’État et avait, chevillé au corps, le sens du bien commun a basculé et n’a plus qu’une idée en tête : se servir. « Servir l’État est devenu ringard », dit Daniel Lebègue, ancien haut fonctionnaire du Trésor et président de Transparency International ; « l’éthique des grands commis de l’État de l’époque des Trente Glorieuses a volé en éclats », renchérit Jean-François Kesler, ancien directeur adjoint de l’ENA. On peut parler à juste titre d’effondrement de l’intérêt général. « Avant, on devait choisir entre le pouvoir et l’argent. Aujourd’hui, on prend les deux. Et vite, si possible », affirme Martin Hirsch, ancien commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté dans le premier gouvernement d’« ouverture » de Nicolas Sarkozy. Encore sur les bancs de l’école, la plupart des apprentis énarques pensent déjà au pantouflage dans le privé pour gagner le plus d’argent possible. De nombreux serviteurs de l’État n’ont pas résisté au mirage que leur fait miroiter le statut des patrons du CAC 40, avec leurs salaires, leurs stock-options, leurs retraites-chapeau. « Les revenus des patrons explosent de façon indécente au moment où la part du salaire ouvrier ne cesse de reculer. Le capitalisme a réinventé la lutte des classes à l’état nu, transformé les patrons en prédateurs de leur propre entreprise au profit de leur fortune individuelle. » Y a-t-il une grande différence entre le comportement des « oligos » – ces technocrates appartenant à la nouvelle oligarchie – qui se goinfrent, sinon immoralement, du moins légalement, parce qu’ils ont assez de poids pour que la loi soit taillée à leur mesure et leurs manips financières optimisées et validées, et le comportement des politiques et des fonctionnaires qui se servent illégalement grâce aux « coms » et aux « rétros » ? Les dirigeants aux appointements indécents se servent de la Liberté pour piétiner les deux autres fondements de la République, l’Égalité et la Fraternité, et se mettent de facto en dehors de la communauté nationale. Une oligarchie politico-financière affranchie des règles auxquelles se soumettent les citoyens « ordinaires » s’est constituée. Les gens qui la composent – hommes politiques, patrons du CAC 40, hauts fonctionnaires et certains intermédiaires – n’empruntent pas les transports en commun, mais voyagent en jet privé ou en ABS (avions utilisés par abus de biens sociaux). Une partie d’entre eux disposent de revenus qui proviennent directement de l’économie clandestine, constitués de rétrocommissions et/ou de financements occultes se traduisant en espèces sorties de valises ou en comptes installés dans des paradis fiscaux.Cette zone de non-droit – il faudrait plutôt parler d’une principauté de non-droit commun – dans laquelle ils vivent est protégée par le secret-défense. Le secret-défense constitue à la fois les douves, les remparts et les courtines de cette zone de non-droit, aux fins de résister aux coups de boutoir que cherchent à lui porter les juges, l’« ennemi ». Elle dispose d’une armée d’archers et d’arquebusiers, souvent regroupés dans des sociétés privées de renseignement – l’appellation officielle des officines – dirigées par d’anciens grands flics, des militaires retraités, d’ex-magistrats ou d’ex-agents secrets. Les ressortissants de cette principauté se méfient de plus en plus de Tracfin, la cellule française de lutte anti-blanchiment rattachée au ministère des Finances, qui dispose des hommes et des outils adaptés à la traque des nouvelles formes de criminalité financière. Comme dans les zones de non-droit de banlieue, ils ont leurs mœurs propres, leurs rites et leurs codes : ils aiment les restaurants et bars des grands hôtels, comme le Ritz et le Bristol, boivent volontiers du Pétrus ou du Château-Latour à plusieurs milliers d’euros la bouteille, paient en liquide avec de grosses coupures, n’ont aucune notion de l’argent. Ils évoluent sur une autre planète.

La puissance d’Alexandre Djouhri ne découlerait-elle pas de son rôle de « facilitateur » du système ? L’homme ne contribue-t-il pas à rendre possible son fonctionnement ? Et, à force de rendre service et de connaître les secrets de la nomenklatura française, du statut de serviteur n’est-il pas passé à celui de grand baron de cette principauté de non-droit 

Pierre Péan, La République des mallettes, p. 27-30.

NB : le cas d’Alexandre Djouhri est-il si exceptionnel que veut bien le dire Péan ? Des levantins nés en Afrique du Nord, au Liban ou en Transnistrie orientale et qui se retrouvent tout-puissants à Paris et dans la République — qui n’est jamais que l’institutionnalisation de la corruption — cela ne rappelle-t-il pas certains noms de la troisième république, bien peu auvergnats eux aussi et certes un peu oubliés du public, mais dont quelqu’un comme Pierre Péan devrait se souvenir ?

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Sénat : du latin senex, vieillard

Politique — Article écrit par le 27 septembre 2011 à 11 h 37 min

Séisme politique, imprévu, première fois… le basculement du sénat à gauche fait s’exclamer tout ce que le journalisme politique compte de garde-chiourme mis en place par la nomenklatura française, ceux-là mêmes qui n’ont pas tout à fait fini leur deuil après la perte de leur candidat DSK.

Les conséquences ne seront pas celles qu’ils disent. Mais ça on a l’habitude ; pour savoir ce qu’il ne faut pas penser il suffit, depuis plusieurs décennies maintenant, d’écouter ce crétin pontifiant de Duhamel. Instantanément vous savez quelle est cette pensée molle, pré-mâché, pré-digérée, ce brouet intellectuel, ce vieux fond de soupe refroidie que servent les médias au bon peuple qu’il s’agit d’éclairer. La pensée éditorialisée.

En gros Nicolas Sarkozy se trouve dans la position d’un François Mitterrand durant ses deux septennats ou d’un de Gaulle quand Gaston Monerville cherchait à le faire enrager. Quel changement cardinal dans la politique française ! quel affaiblissement extraordinaire et inédit pour le pouvoir !

Soyons sérieux deux minutes et faisons donc ici un travail minimal de compréhension pour éviter à nos lecteurs d’écouter Duhamel ou autres nuisibles de son espèce.

La majorité a perdu un Sénat déjà rétif — il y a peu d’assemblées autant composées de vieux notables conservateurs privilégiés hostile à tout changement un peu appuyé — c’est entendu. Soulignons d’ailleurs qu’on pourrait ici, après les catholiques à babouches, parler des jeunes à déambulateurs. Ça fonctionne de la même façon : un coréen écologiste pénétré de sa propre importance au point de prendre des airs de mandarin épanoui à double menton, c’est un vieillard qui s’ignore.

Est-ce un bien ou un mal pour la majorité ? Au chapitre des désagréments il faut mettre les commentaires des commentateurs qui commentent, qui glosent, qui nous expliquent que c’était le dernier grand test, etc. Rappelons tout de même que le corps électoral des sénatoriales est un peu particulier, composé de gens qui n’ont pas de problèmes à payer leurs impôts, qui vivent généralement dans les beaux quartiers des circonscriptions dont ils forment le corps électoral, dont le pouvoir d’achat est soutenu par des indemnités d’élus, dont la suffisance sociale est généralement bien replète et qui, pour certains, ne sont électeurs que parce qu’ils ont un beau-frère conseiller général ou parce qu’ils sont permanents politiques (cas des électeurs supplémentaires non élus dans les villes de plus de 30000 habitants). Rien à voir avec une vraie élection, donc, pour ces sénatoriales qui sont le pire reste d’un autre âge et sans doute le legs le plus pourri que nous ait fait la 3e République. Et la surprise dont ils se gargarisent ? voilà des mois qu’ils nous parlaient d’un basculement probable à gauche, sinon des années à la faveur d’élections locales, et maintenant ils nous présentent cela comme une surprise. Difficile de plus nous prendre pour des coings… bref un désagrément passager et une apparence de fragilité que l’ennemi monte en épingle. Est-ce si grave ?

Au chapitre des avantages pour l’UMP maintenant ?

D’abord l’agitation du bocal. L’UMP est mal partie, si tout continue dans l’état, elle va crever. Ce n’est pas le jacobin psychorigide Guaino qui va y changer grand chose en passant à la télé. Quand on se trouve dans cette situation, toute agitation du bocal où l’on meurt lentement est bonne à prendre : au pire le bocal sera assez remué pour qu’on y surnage peut-être, au mieux le bocal tombera par terre et éclatera. Avec une majorité inchangée de sénateurs UMP, d’où serait venue l’agitation ? Peut-être aurait-il fallu la créer en dramatisant je ne sais quoi. Mais retrouver une majorité de gauche dans une assemblée croupion est alors une bénédiction : on reclive la vie politique, on la bipolarise à nouveau — en trompe l’oeil naturellement — avec beaucoup plus de facilité : il suffit d’agiter devant ces sénateurs de gauche des propositions populaires ou simplement indispensables mais dont on sait qu’elles leur sont insupportables. La crise économique, l’immigration, l’insécurité, la justice, l’Europe, l’ours des Pyrénées, l’air en bouteille ou l’eau en boite, n’importe quoi en fonction de l’actualité peut faire l’affaire. Le tout est de jouer à fond la carte d’un Sénat conservateur alors qu’y prend la majorité le vrai parti conservateur de France, cette gauche française qui ne veut rien changer et pour qui, surtout privée de DSK, le monde s’est figé dans un État-providence bien gras vivant à crédit, quelque part entre 1981 et 1985.

Le gouvernment va donc pouvoir paraître à nouveau réformateur, audacieux, allant de l’avant et à peu de frais il va pouvoir rejeter sur les sénateurs ses impuissances. Le premier acte va sans doute être la fameuse règle d’or budgétaire, que le Sénat de gauche va devoir bloquer dans les formes, donc d’une manière politiquement exploitable par l’UMP.

Certes sept mois c’est peu pour enfoncer le clou d’une gauche archaïque, impuissante, conservatrice et qui ronchonne, rotant ses déjeuners de luxe dans les ors au goût quasi-libanais du Luxembourg. Mais sept mois c’est aussi très long face à un forcené de l’activité débordante, qui plus est pas malhabile politiquement, comme l’est Nicolas Sarkozy. Sans compter que les deux candidats qu’on nous présente gagnants au PS sont un ex-gros qui fait quatrième république de notables radicaux comme une caricature de Sennep ou une sectaire excitée qui, si elle gagne, devra sa victoire aux bataillons de Sud-éducation et aux permanents syndicaux qui avaient déjà truqué son élection comme premier secrétaire… dans le genre gauche conservatrice ils sont différents mais très bien tous les deux. Deux grands bourgeois d’ailleurs.

Dans ce dispositif, une pièce serait importante pour l’UMP : conserver la présidence du Sénat à Larcher. Tout est possible au Sénat, on peut très bien imaginer une assemblée faiblement de gauche avec un président franc-mac et qui a sans doute utilisé à bon escient les fonds dont il dispose… Une assemblée où la gauche est majoritaire et où l’ordre du jour reste dicté par l’UMP à travers le gouvernement et la présidence serait idéale pour Nicolas Sarkozy, alors qu’un président de gauche au Sénat pourrait dans une certaine mesure déminer la stratégie de l’UMP. La bataille en coulisse va être rude, et les sénateurs indécis vont pouvoir faire monter les enchères pour financer des tas de trucs utiles dans leur circonscription sans recevoir le moindre argent pour leurs campagnes politiques locales, et encore moins pour s’enrichir personnellement, vous pensez bien…

Comme il n’y a pas de petits profits, cela pourrait définitivement marginaliser les zozos centristes de Borloo en les faisant passer pour ce qu’ils sont : des gauchistes tombés à droite par malentendu, des ambitieux médiatiques sans électorat réel.

Enfin il va de soi que cette stratégie où l’UMP paraîtrait plus « droitière » et politiquement active — pure apparence encore une fois — fonctionnerait bien mieux le moment venu si Marine Le Pen n’avait pas ses 500 signatures.

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L’histoire de la corruption française

Citations — Article écrit par le 26 septembre 2011 à 16 h 55 min

Émergent des dizaines de milliers de pages que compte le dossier d’instruction de l’affaire Clearstream maintes questions tournant autour du financement occulte des campagnes électorales en vue de l’élection présidentielle. Les hommes politiques sont tous convaincus que l’argent est la condition sine qua non de la victoire, et que celui qui en possède davantage que les autres s’aménage toutes les chances de gagner. En résultent des batailles d’une extraordinaire férocité entre clans politiques, car non contents d’accumuler – légalement et illégalement – des trésors de guerre pour l’emporter, ils mettent tout en œuvre pour barrer à leurs adversaires les sources de financement. Tous les coups sont ici permis. La plupart des « affaires » qui arrivent devant la justice trouvent leur origine dans des dénonciations, et donc à proprement parler dans des instrumentalisations de la justice. Chaque affaire peut être lue comme une tentative de mettre à mal ou d’éliminer un concurrent. Cela est vrai de celle des HLM de la Ville de Paris et de l’affaire Elf, mais aussi de celle dite de l’Angolagate. Les affrontements entre balladuriens et chiraquiens autour du « trésor de guerre » des premiers n’en finissent pas d’apparaître au grand jour au fur et à mesure de l’avancement de l’instruction judiciaire sur l’attentat de Karachi, qui coûta la vie à dix Français en 2002. Il y a aussi des morts inexpliquées dans l’affaire des frégates et probablement dans un certain nombre d’autres…

L’histoire de la corruption française met en lumière la schizophrénie des hommes politiques de notre pays. Sous la pression de l’opinion, ils font adopter des lois et promulguent des décrets de plus en plus contraignants pour encadrer le financement de la vie politique et rendre les pratiques occultes théoriquement impossibles ; dans le même temps, ils sont toujours convaincus de l’importance, pour chacun, de disposer du trésor de campagne le plus gros possible. De ce fait, les hommes capables de les alimenter en fonds efficacement, discrètement et aux frontières de la légalité, sont de précieuses recrues, dont le rôle devient des plus cruciaux au sein de la République : ils mènent à bien ces missions financières, servent de coupe-feu et savent garder le secret.

Jusqu’au début des années 1990, il y a d’un côté les financements quasi institutionnels – ceux d’Elf, ou provenant d’Afrique, des pourcentages sur de grands contrats, notamment en matière d’armement ou de distribution d’eau –, de l’autre, des militants de tel ou tel parti n’hésitant pas à jouer les porteurs de valises. C’était le temps des Gérard Monate, président d’Urba, des Jean-Claude Méry, des Louise-Yvonne Casetta pour le RPR, des Gérard Peybernès, ex-président de l’association nationale de financement du PS, des René Trager, également pour le Parti socialiste, entre bien d’autres. Quand la justice décida de ne plus tolérer les pratiques occultes, ces militants-là, abandonnés par leurs chefs, ont laissé la place à des approvisionneurs d’un tout autre profil, plus professionnels, capables de monter des systèmes beaucoup plus sophistiqués et opaques pour acheminer l’argent noir…

Pierre Péan, La République des mallettes, p. 25-26. (image ici)

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Tristesse gauloise

Citations, Littérature — Article écrit par le 18 août 2011 à 23 h 53 min

Qui a bien pu accréditer cette idée que la France était le pays de la gaudriole et du libertinage ? La France était un pays sinistre, entièrement sinistre et administratif.

Houellebecq, Plateforme ; p.67

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Ne surtout pas vendre

Actu — Article écrit par le 15 juin 2011 à 14 h 53 min

Je suis toujours étonné de la rétivité des Français au commerce. Nos commerçants déploient des trésors d’imagination pour ne pas conquérir de nouvelles parts de marché, ne pas augmenter leur clientèle, et ne surtout pas s’enrichir. Le client peut bien faire preuve de détermination, se plier en quatre pour accéder au sésame – soit une proposition commerciale, le commerçant utilisera toute sa science pour se dérober.

Il y a une forme de fierté française à se bâtir contre les nations marchandes. Ces viles nations où les commerçants répondent aux mails que les clients leur envoient, où ils répondent même au téléphone. Où les commerçants proposent des articles à vendre avec les prix, tiennent des comptes exacts de leurs stocks, et comble de l’ignominie expédient les colis rapidement. En France les commerçants qui les égalisent sont la honte de la profession.

Internet permet à n’importe qu’elle PME du fin fond du Cantal d’avoir un étal sur le marché mondial, et plus facilement encore sur le marché européen. Mais cette possibilité n’est quasiment jamais exploitée. Même au niveau national. Pourtant avec un bon service web, une petite entreprise peut devenir leader sur un marché faiblement concurrentiel, comme il en existe beaucoup. Mais les conceptions mêmes qui président au commerce dans notre pays leur évitent toute chance de succès.

Les sites sont généralement mal construits, peu documentés, sans services d’e-commerce, les vendeurs sont peu réactifs. Approcher leurs disponibilités nécessitent une véritable gestion de projet. Les approvisionnements et les délais de livraison quand ces sites font de la vente par correspondance sont souvent erratiques. Tout est fait pour décourager l’acheteur potentiel qui préférera les multinationales anglo-saxonnes qui ont su prospérer par la qualité de leurs services.

Les Français aiment d’autant plus leur petit commerce qu’ils ne le fréquentent pas.

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Dolce Vita en Tunisie

Politique — Article écrit par le 5 février 2011 à 16 h 47 min

Je n’aime ni Michèle Alliot-Marie ni Dominique Strauss-Kahn. Mais la manière dont on leur tombe dessus à bras raccourcis pour reprocher à l’une un voyage et à l’autre des propos malheureux à l’emphase légèrement ridicule prend tout son relief quand on mesure l’extraordinaire hypocrisie de la classe politico-médiatique, où en croquer aux frais de la Tunisie était devenu, ces dernières années, une sorte de sport national-républicain payé en louanges du régime de Ben Ali.

Mention spéciale à ce gros enfoiré de Philippe Séguin, qui n’était pas le dernier à aller se faire masser les adiposités dans les hammams des grands hôtels tunisiens.

Le texte est extrait de La régente de Carthage — main basse sur la Tunisie par Nicolas Beau et Catherine Graciet.

Dolce vita en Tunisie

Il faut dire aussi que le Tout-Paris politique, médiatique et financier se presse en Tunisie pour y passer de douces vacances. Et pas chères, avec ça ! Certes, on est loin des fastes des Mille et Une Nuits déployés par le royaume du Maroc pour attirer les mêmes « élites » françaises – les généraux d’Alger, quant à eux rigoureusement nuls sur ce registre, sont experts dans bien d’autres, plus tordus, pour se les aliéner tout aussi efficacement. Mais la Tunisie possède tout de même quelques atouts… Comme par exemple le groupe hôtelier Sangho, dirigé par le riche homme d’affaires Hosni Djemmali. Lequel n’est pas n’importe qui : élément clé du lobbying tunisien en France, il est proche du puissant ministre des Affaires étrangères Abdelwaheb Abdallah, qui a pendant des années officié comme porte-parole de la présidence et, de facto, dirigé la communication du régime (voir supra, chapitre 3) – ce qu’il continue d’ailleurs à faire en sous-main, fort d’un impressionnant carnet d’adresses. À Paris, Hosni Djemmali tient table ouverte dans les meilleurs restaurants du quartier de la Bourse, en particulier pour les journalistes héritant du dossier Tunisie. Au dessert, cet homme hospitalier les invite à passer des vacances dans l’un de ses clubs. Avec leur famille et aux frais de la princesse… Alors, lorsque son groupe Sangho fête ses trente ans en novembre 2008, c’est tout naturellement qu’il reçoit ses nombreux « amis » français pour une mémorable soirée au Sangho Club Zarzis, « véritable petit village enfoui dans un jardin palmeraie de 14 hectares, [qui] étale ses bungalows blancs au bord de l’eau », comme le proclame son site Web. Que du beau linge ! Hervé Novelli, alors secrétaire d’État en charge du Commerce, de l’Artisanat, des PME, du Tourisme et des Services — qui en profitera pour épingler une Légion d’honneur sur le costume d’Hosni Djemmali. Mais aussi Jean Louis Debré, président du Conseil constitutionnel et, plus surprenant encore, Marie-Cécile Levitte, l’épouse du conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy. Sans surprise en revanche, le monde des médias est quant à lui représenté en force : Dominique de Montvallon, directeur adjoint de la rédaction du Parisien ; Michel Schifres, président du comité éditorial du Figaro ; Noël Couëdel, directeur éditorial du quotidien L’Équipe ; Etienne Mougeotte, ancien vice-président de TF1 et directeur des rédactions du Figaro ; Christian de Villeneuve, directeur de la rédaction du Journal du dimanche ; Nicolas Charbonneau, ex-Europe 1 parti à I-Télé ; et Valérie Expert, journaliste sur la chaîne d’information LCI.

Tout ce beau monde n’a pas hésité à prendre la pose et s’est retrouvé tout sourires dans les pages people de Tunisie Plus, le magazine du groupe Sangho, qui se pique aussi de faire dans la presse. À la gloire du régime de Ben Ali, il va de soi. Un détail qui ne semble guère gêner outre mesure certains plumitifs français. Ainsi, Nicolas Charbonneau et Michel Schifres appartiennent au comité éditorial de ce support de communication, tandis que Jérôme Béglé ancien de Paris-Match parti au Figaro Magazine, y interviewe le chanteur Dany Brillant, né à Tunis.

Hosni Djemmali et son magazine Tunisie Plus ne sont pas les seuls à permettre aux « pipoles » français de la politique et des médias de se la couler douce. Le bimensuel L’Économiste maghrébin, proche du président Ben Ali, s’est aussi lancé sur le créneau. Ce n’est pas Jean-Pierre Raffarin qui dira le contraire. Comme l’a révélé Le Canard enchaîné au printemps 2009, l’ancien Premier ministre devenu sénateur a bénéficié d’un joli cadeau : un week-end au Tamerza Palace de Tozeur, réputé pour « sa piscine avec vue saisissante sur le désert, son restaurant gastronomique », dans une suite « à plus de 700 euros ». En contrepartie, Jean-Pierre Raffarin a pris la parole lors d’un colloque organisé par l’aimable magazine, où il s’est livré à quelques raffarinades pro-Ben Ali : « D’une certaine manière, la Tunisie est mieux protégée [contre la crise] que d’autres pays », car Ben Ali cultive cette « valeur fondamentale » qui permet de fonder une « nouvelle conception de la vie » : la sécurité.

Plutôt que de célébrer béatement l’amitié franco-tunisienne, d’autres préfèrent la promouvoir activement. C’est le cas de Georges Fenech, natif de Sousse, un magistrat au curriculum foisonnant : mis en examen en juillet 2001 dans l’affaire de vente d’armes de l’Angolagate, ex-président de l’Association professionnelle des magistrats, ex-député UMP du Rhône — dont l’élection a été invalidée en mars 2008 par le Conseil constitutionnel en raison d’infractions au droit électoral liées à ses comptes de campagne — et grand patron depuis septembre 2008 (merci Sarkozy) de la Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Et enfin président de l’association Échanges franco-tunisiens (EFT). Déjà lorsqu’il siégeait au Palais-Bourbon et était le vice-président du groupe d’amitié France-Tunisie, ce dernier accouchait de communiqués prenant farouchement la défense du président Ben Ali. Ce fut par exemple le cas en novembre 2005, quand lesparlementaires amis de la Tunisie saluaient Ben Ali comme un « véritable homme d’État », louant les avancées d’une « Tunisie qui va dans le bon sens » et fustigeant les tentatives de « désinformation contre la Tunisie », qu’ils jugeaient « injustes » et « inamicales ». C’est donc tout naturellement que Fenech a créé deux ans plus tard, avec l’aide de son épouse Christine Goguet, journaliste, l’association Échanges franco-tunisiens. Monsieur en est le président et Madame la chargée de communication. La vocation d’EFT ? Favoriser le développement des relations économiques entre la France et la Tunisie. Comme par hasard, le siège de cette nouvelle association est sis à la même adresse — le 28 bis rue de Richelieu dans le Ier arrondissement parisien — que ceux du groupe hôtelier Sangho et des Éditions Sangho, qui publient le magazine Tunisie Plus.

Au fil des années et des opérations de relations publiques de MM. Abdallah et Djemmali, la tribu des amis de la Tunisie n’a cessé de s’élargir. Sans pour autant perdre ses piliers fondateurs. Le premier d’entre eux reste incontestablement Philippe Séguin, qui a grandi à Tunis et aime comparer Ben Ali à de Gaulle. À l’époque où Jacques Chirac était à l’Elysée, Séguin, aujourd’hui premier président de la Cour des comptes, ne rechignait pas à jouer les Messieurs bons offices entre Paris et Carthage. Tantôt pour raisonner Ben Ali qui, lors de la crise du Golfe de 1991, avait pris le parti de Saddam Hussein pour des raisons de politique intérieure. Tantôt pour apaiser la colère présidentielle lorsque le frère de Ben Ali fut condamné par contumace à dix ans de prison par la justice française dans l’affaire de la « couscous connection ».

Même si le régime tunisien penche nettement en faveur de la droite française, il peut compter aussi sur quelques solides soutiens « à gauche ». Comme par exemple le nouveau ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy depuis juin 2009, Frédéric Mitterrand. Un vrai compagnon de route ! Ce dernier possède une belle villa à Hammamet et n’a même pas tenu rigueur au pouvoir de lui avoir fait subir quelques mesquineries immobilières dans les années 1990 : les pouvoirs publics ayant autorisé le déversement de milliers de tonnes de gravats sur le site, le paysage autour de la villa de Frédéric Mitterrand a été défiguré, à sa grande fureur. Officiellement, il s’agissait de consolider les remblais tenant les plages de sable mais, en pratique, ces travaux permettaient à un industriel proche du pouvoir, propriétaire de grandes carrières, de liquider ses surplus de pierrailles. Autre fervent supporter de gauche : le maire de Paris, Bertrand Delanoë, qui, au motif d’une enfance émouvante passée à Bizerte, est plus prompt à dénoncer les crimes commis par les Chinois contre les Tibétains que ceux de Ben Ali contre les opposants politiques.

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Les CDS sur la dette française au plus haut

Economie — Article écrit par le 21 décembre 2010 à 16 h 05 min

CDS : un truc dont les États voulaient plus ou moins interdire la vente à découvert, et d’une manière générale dont ils auraient bien voulu limiter l’usage parce qu’il est la mesure de leurs turpitudes et de leur irresponsabilité organisée. Qu’est-ce que c’est ? ce sont des produits financiers qui permettent, dans le cas de ceux sur les dettes dites souveraines, de se prémunir contre un défaut de paiement du pays qui a émis cette dette. Plus on croit qu’il y a de risques que le pays émetteur de la dette ne la rembourse pas, pas entièrement ou soit contraint de la rééchelonner dans de mauvaises conditions pour les prêteurs, plus la valeur du CDS augmente, puisque plus de gens – en fait plus d’institutions financières – cherchent à se prémunir mieux contre ce risque.

Il existe aussi des CDS pour la dette des (grandes) entreprises. La comparaison entre les CDS regardant les États et ceux regardant ces entreprises donne une bonne idée de la confiance accordée à un État : aujourd’hui, les CDS sur la dette de l’État français sont passés au dessus de ceux sur la dette de France Télécom, de l’Air liquide ou de Carrefour. Les investisseurs, les marchés, les méchants spéculateurs, bref les gens qui ont prêté de l’argent à l’État français, estiment que ce qu’ils ont fait devient plus risqué que d’avoir prêté à Carrefour, Air liquide ou France Télécom, et sont donc prêts payer proportionnellement plus pour s’assurer contre un défaut de paiement de Marianne que pour s’assurer contre un défaut de paiement de l’Air liquide ou de Carrouf.

Ce n’est pas bon signe, sauf si, comme moi, la perspective de voir finir par assèchement les délires mentaux et financiers de Marianne vous réjouit un peu.

Si vous lisez la très bien pensante lettre de l’Agefi, sorte de référence, vous remarquerez une petite notation qui vise à rassurer son monde : l’écart entre les taux auxquels l’État français emprunte et ceux auxquels l’Allemagne, réputée le plus financièrement sérieux et orthodoxe des États européens, emprunte, cet écart reste faible.

Est-ce rassurant ? pas tant que cela. C’est là que l’euro et l’union européennes se révèlent des saletés sans nom : de fait, ils obligent pour des raisons politiques à une solidarité financière entre les pays européens. Et quand j’entends le mot solidarité, je rentre mon argent à l’abri, car c’est le signe certain que les hommes de l’État et autres collectivistes fous méditent de voler quelqu’un à leur profit sous un prétexte faussement moral.

Faisons un détour avant de poursuivre : imaginez que vous ayez un gros tas d’argent à placer. Vous voulez acheter des emprunts d’État (par exemple parce que vous voulez réemprunter en apportant cela comme garantie, les banquiers aiment les emprunts d’État émis par leurs copains politiques, cela pour des raisons inavouables et contestables mais c’est un autre sujet). Placez-vous votre gros tas d’argent sur des emprunts d’État allemands qui vont vous rapporter 2% ou sur des emprunts d’État irlandais de fait garantis par l’Allemagne via les fonds européens et la volonté purement idéologique de maintenir l’euro, mais qui eux vous rapporteront 6 ou 8% ?

Naturellement vous prêterez au gouvernement irlandais, pour avoir plus de revenus avec le même risque, quoi qu’on en dise.

On le voit, l’existence même de l’euro et de l’UE est une distorsion extrêmement grave qui fausse tout et empêche le marché de fonctionner comme il le devrait.

Tant que l’on peut croire que « l’Allemagne paiera » (vieux slogan, hein ?) il n’y a pas de raison que cela change.

L’Allemagne paiera-t-elle indéfiniment ? sans doute pas, les question sur sa solvabilité pour ce genre de sauvetages extraordinairement coûteux et purement euro-idéologiques — leur efficacité économique est nulle, peut-être même sont ils néfastes — se posent de plus en plus. Angela Merkel, qui navigue à vue en ce moment, à vue et à la godille (un coup à droite un coup à gauche), laisse de temps à autres entendre que ça pourrait finir. C’est ce que signifiait sa récente sortie sur le fait que les investisseurs devraient à l’avenir supporter une partie des risques qu’ils prennent sans s’en défausser sur les États via les sauvetages de banques en difficulté. Ce ne sont encore que des propos destinés à calmer l’opinion rétive qui aimerait le retour du bon vieux Mark et en a mare de payer pour les autres, mais de fait l’Allemagne ne pourra pas payer éternellement pour tout le monde.

Il y aurait bien un moyen : faire comme M. Bernanke, le banquier central de M. Obama, et ouvertement déverser à pleins camions du papier monnaie à la valeur de plus en plus problématique, pour que l’Allemagne continue à payer en monnaie de singe. La BCE le fait d’ailleurs, mais de manière hypocrite et détournée car l’opinion publique allemande a horreur de ces expédients qui ne peuvent in fine que conduire à l’inflation (et qui y conduisent : aux Etats-Unis, le taux d’inflation s’il était encore calculé de la manière dont il l’était dans les années 80, serait d’ores et déjà à près de 9% et pas à 1% car des indices on a enlevé énergie, nourriture et logement, autant dire qu’ils mesurent l’inflation pour des purs esprits désincarnés ; la situation de ces mesures de l’inflation purement et simplement fausses est la même en Europe, et singulièrement en fRance où le monopole de l’INSEE rend tout ela encore plus opaque et où même les gens qui font les indices avouent ne bien souvent plus savoir ce que ces indices mesurent.).

Ce moyen étant très risqué politiquement en Allemagne même et guère prisé des quelques banquiers centraux qui ont encore un peu de bon sens, il n’est encore employé que de manière détournée ; mais il a suffi à faire illusion pour la Grèce le Portugal ou l’Irlande : la BCE ne demandait pas autre chose.

Pourquoi ce détour ? parce qu’à votre avis, si les taux auquels emprunte la France ne s’écartent pas des taux auxquels empruntent l’Allemagne dans des proportions cohérentes avec ce que l’on constate quant aux CDS, cela signifie quoi ?

Simplement que les marchés, dans leur grande sagesse (le marché a toujours raison en ce qu’il traduit les intérêts des intervenants, pas des conneries idéologiques fumeuses en vue de la construction d’une Union des Républiques Social-démocrates Européennes ou autre utopie débile et administrative lointain produit des crânes d’œufs d’X-crise), dans leur grande sagesse disais-je les marchés considèrent que l’Allemagne peut sans doute, d’une manière ou d’une autre, économiquement comme politiquement, payer pour l’Irlande, la Grèce ou le Portugal. Peut-être même pour l’Espagne si on entend par là une aide transitoire.

En revanche, la France serait elle irrenflouable, par sa taille, avec sa débauche de dépenses, le populisme coûteux qu’on sent monter dans son électorat, sa classe politique clientéliste, ses systèmes sociaux monopolistiques hors de tout contrôle et chaque année plus dépensiers, ses problèmes migratoires au coût exorbitant et insolubles par sa classe politique engluée dans l’antiracisme officiel qui sert de dernière idéologie républicaine. C’est alors la France qui contaminerait l’Allemagne, qui tirerait les taux auxquels empruntent les deux pays vers le haut. L’imbrication des deux économies, les dettes et intérêts croisés de part et d’autre du Rhin, tout cela ferait qu’il serait vain de chercher une solution politique, du moins paisible et qui ne remette pas en cause l’euro ou la construction européenne elle-même.

Et cela ni les États, ni Bruxelles, ni la BCE ne l’ignorent. Si elle devait emprunter autour de 6% la France serait étranglée et l’Allemagne coulerait à pic avec ce boulet attaché aux pieds. L’Allemagne couperait-elle les cordes bruxelloise et francfortienne qui la relient au boulet français ? personne ne le sait : ce serait logique, sans doute même souhaitable pour tous, mais la culpabilisation de l’Allemagne pour la Seconde Guerre mondiale a aussi sa dimension de contrainte économique exercée sur l’État allemand.

Le rapport Allemagne-Irlande (on prête à l’Irlande pour avoir des taux d’intérêt élevés de fait garantis par l’Allemagne) s’inverserait (on exigerait plus d’intérêts pour prêter à l’Allemagne, en considérant que la France la plombe de telle manière qu’il ne serait plus possible pour l’Allemagne d’emprunter à des taux bas).

Il est donc probable que ce qui se passe ces jours-ci se résume à ce que l’UE et la BCE, ayant vu le danger, sont en train de faire des efforts immenses pour que la France garde la tête hors de l’eau. Si les taux auquels l’État français emprunte restent relativement bas et proches de ceux de l’Allemagne au regard de la situation des finances du pays (État + para-États sociaux) c’est parce que la BCE rachète en sous-main une partie notable de la dette française. Et la rachète avec de l’argent qu’elle crée à partir de rien, bien entendu, version moderne de la planche à billets. Ce qui nous ramène au caractère intenable de cette politique qui n’a plus de monétaire que le nom, il vaudrait mieux parler de photocopie de billets de banque.

Ajoutons incidemment pour être plus clair : caractère intenable précisément parce que le thermomètre de l’inflation étant cassé ou faussé, les promesses des banquiers centraux qu’ils arriveront à prendre les bonnes mesure pour, juste au bon moment, empêcher l’inflation, n’ont pas de sens.

Le signe qu’approche la fin de toute cette montagne de dettes absurdes entassées les unes sur les autres sera donné par des tensions sur la dette allemande elle-même, qui est comme la base de tout ce château de cartes. Souvenez-vous du refrain : « l’Allemagne paiera ». Et du dernier couplet : « parce qu’elle pourrait toujours emprunter à pas cher pour payer ». Couplet et refrain résument assez bien le fonctionnement de l’euro et même de l’UE depuis une dizaine d’années.

Récemment, pour la première fois depuis très longtemps, l’Allemagne n’a pas réussi à placer sur les marchés toute la dette qu’elle voulait, le Trésor allemand a dû repartir avec un (petit) paquet d’emprunts sous le bras après l’adjudication, car il aurait fallu qu’il consente des taux d’intérêt légèrement plus hauts pour placer son papier, ce qui aurait donné un signal désastreux. Il a donc préféré renoncer, en espérant que la prochaine adjudication se passe un peu mieux…

Vous verrez qu’on l’aura la peau de la monnaie d’occupation bruxelloise !

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