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Le Pen contre le Front national

Citations, Politique — Article écrit par le 20 mai 2012 à 18 h 36 min

Titillant ma curiosité, suite à un commentaire de Sweeney Todd, je me suis laissé tenter par par la lecture de Le Pen contre le Front national. Publié en 2005, le livre suivit l’éviction de Jacques Bompard du Front National, qu’il avait co-fondé en 1972. Livre témoignage sur la trentaine d’année de compagnonnage qu’il a passé au sein du FN, justification en direction des camarades, mais aussi analyse politique, cet ouvrage constitue une histoire intéressante du parti. Je n’ai pas l’habitude des lectures militantes, mais je dois dire que les anecdotes contées sont tellement amusantes, en même temps que désolantes, que j’ai lu d’un trait ces 90 pages ; sautant de-ci delà les passages relatifs à la défense personnelle de Bompard.

Le cas Bompard est profondément original au Front National, puisque ce fut l’un des seuls à remporter un mandat électif au suffrage majoritaire ; et mieux encore l’un des quelques rares à être régulièrement réélus. Outre Orange où il fut élu 3 fois maire, sa femme prit la ville de Bollène en 2008. Loin de gagner une reconnaissance dans le parti, cet enracinement lui a plutôt été reproché. Il y a un passage savoureux où les cadres du FN gloussent du contenu de son journal municipal. Les articles sur la voirie, le système d’épuration des eaux, les écoles, l’éclairage public, etc… s’éloignent trop de la haute politique pour ne pas être méprisés. On lui reproche de se comporter en élu local. Vu que le parti se veut diriger la France sans avoir ni une mairie ni un député, forcément ça choque.

Toute la politique du parti étant dirigée par la figure de Le Pen, on en arrive donc rapidement à un réquisitoire contre le Líder Máximo. Le FN c’est la PME Le Pen, dont il est le chef incontesté, au point d’inscrire un peu partout que le « FN est le parti de Jean-Marie Le Pen ». Toute remarque ou critique contre la stratégie du parti devient de fait un crime de lèse majesté, qui conduit naturellement aux charrettes de félons qui sont régulièrement purgées. Toute autorité incontestée s’accompagne naturellement d’un culte de la personnalité, dont la stigmate la plus visible est la stratégie uniquement basée sur les présidentielles. Le FN est le Zébulon qu’on voit surgir du paysage politique tous les 5 ans. Les rapports au sein du parti sont régis par les rapports personnels que ses membres entretiennent avec le chef, sans autre jugement, et bien que cela conduise régulièrement à des désastres. Loin de se renforcer, le FN s’est en fait beaucoup affaibli sur le terrain depuis le début des années 90, suite à la destruction de son réseau militant. Les chiffres cités sont accablants, et sont confirmés par les témoignages que j’ai recueillis à l’occasion.

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas bien le FN vu de l’intérieur, ce livre est éclairant sur les mécanismes qui régissent le parti, sur ses dynamiques, ainsi que sur les stratégies adoptées par celui-ci, qui se veulent en fait la mise à disposition du parti au service du chef. La continuelle chasse aux sorcières contre « les félons » rend bien compte de la paranoïa qui règne au sein du parti. Le jeu de cour semble encore beaucoup plus accentué que dans les autres partis, sans même évoquer son fonctionnement qui ferait passer celui du PS pour démocratique. La volonté d’éliminer toute personne réussissant, par peur des rivalités, des velléités d’indépendance, et de la remise en cause du chef, conduit à cette absence de fiefs électoraux. Après Lutte Ouvrière le FN doit être le parti le plus centralisé et le plus jacobin de France.

Même si Bompard a des qualités qui pourraient donner envie de l’avoir pour maire, cela ne fait pas de lui une alternative très souhaitable au plan national. A la lecture de ce livre on sent bien les limites du personnage. Comme l’entend vlad tepes : « on sent au final les mêmes relents dans son discours que ceux de JMLP et de l’extrême-droite de manière générale. Cette opposition ridicule quand on gratte un peu au « mondialisme », aux « puissances de l’argent », etc… qui démontre bien que la tournure prise par la scène politique française, l’opposition nationale, et le pays de manière général, ne se limite pas aux problèmes d’égos des Le Pen mais trouve sa source dans des racines beaucoup plus profondes. »

Je ne résiste pas à l’envie de reproduire cette anecdote hallucinante, qui montre que le FN entend juste faire semblant, et que la plupart de ses cadres aimeraient se revêtir des symboles et parures barbares pour mimer le jeu du pouvoir.

ALORS que dans ces années qui précèdent la scission mégrétiste certains s’occupent de leur commune et d’y faire progresser nos idées grâce à une gestion crédible, les instances dirigeantes du Front national s’amusent à faire semblant. Les enfants jouent à la dînette ou à papa-maman. Au Front national, on jouera à « si j’étais président et si tu étais ministre ». Ce sera la mise en place du pré gouvernement du Front national,
appelé également sans rire : shadow-cabinet. Sans doute car, dit en anglais par des patriotes français, l’affaire gagne en sérieux. La presse du système a voulu, à l’époque, y voir la constitution d’un contre-pouvoir à la prise en main du Front national par Bruno Mégret. Peut-être… Mais qu’importe ! Huit ans plus tard, l’important est ailleurs, c’est-à-dire dans le fait que le mouvement a consacré des sommes considérables pour un jeu de rôles où tout était faux, presque tout inutile, et dont il ne reste rien. Un jeu de rôles où j’ai tenu ma place de figurant et que, curieusement, les militants et adhérents du Front national connaissent très peu. Il est vrai qu’annoncé en fanfare dans Français d’Abord et National Hebdo, le pré gouvernement du Front national a glissé par la suite en bas de page intérieure avant de disparaître à peu près complètement. La faute à la crise mégrétiste ? Pas vraiment ou pas seulement. Le jouet avait cessé d’être neuf…

Pourtant, en soi, l’idée de mise en place de commissions travaillant sur les grands dossiers du gouvernement, à la fois capables de rédiger des notes argumentaires et des propositions alternatives n’était pas sotte et même nécessaire. Mais le contre gouvernement Front national n’était pas cela. Il s’agissait moins de travailler sérieusement et régulièrement que de jouer. La preuve en est d’ailleurs que chaque « ministre » s’était vu recommander de nommer un « chef de cabinet », comprendre quelqu’un qui travaillerait à sa place… Cela commençait bien !

Pour la première manifestation publique du pré gouvernement de Jean-Marie Le Pen, on choisit bien évidemment un lieu digne des fastes de la République. Tant qu’à jouer, autant que ce soit confortablement, n’est-ce pas… Le « gouvernement » Front national se réunit donc toute une matinée dans une salle de l’hôtel Crillon, place de la Concorde. J’ignore combien nous coûta la salle, mais n’importe qui peut vérifier qu’une chambre, dans ce prestigieux établissement estampillé Relais et Châteaux, vaut environ 700 euros (4 500 francs) par nuit, qu’une suite peut monter à 6.800 euros (45.000 francs) et que le petit-déjeuner n’étant pas compris, il dépasse les 30 euros (200 francs). Bref, un hôtel très représentatif de la droite sociale et populaire que le Front national incarne dans ses documents de présentation.
La salle où prirent place messieurs les pré-ministres était donc magnifique, grande table de bois, nappe épaisse, lambris au mur, dorures au plafond. Une vraie pièce de gouvernement, un vrai décor pour y jouer une pièce. Pour que l’illusion soit parfaite, un permanent du Front national, incarnant le rôle d’un huissier élyséen, annonça d’une voix grave et compassée l’arrivée de Jean-Marie Le Pen : « Monsieur le Président ! ».
Puis l’on passa à l’ordre du jour. L’étude des affaires de la France prit deux bonnes heures, passées lesquelles on en vint aux choses sérieuses, un cocktail et une conférence de presse. La comédie du Crillon se renouvela à plusieurs reprises. Pour varier les plaisirs, le gouvernement Front national partit tout un week-end en Alsace, pour un séminaire de réflexion, dans un hôtel de luxe à 1.000 francs la chambre. Ce fut, à ma connaissance la dernière séance de travail collectif de messieurs les ministres. Invité à m’y rendre au titre de Secrétaire d’Etat, je dois avouer que je n’en sortis pas épuisé, mais pas davantage rassuré sur cette étrange conception du combat politique.

A ma connaissance, le bilan de ce contre gouvernement est mince : un livre que personne n’a lu et qui parfois donne également l’impression de ne pas avoir été écrit, une demi-douzaine de « Lettre du contre gouvernement » à la distribution groupusculaire, la répartition de luxueux cartables en cuir noir marqués « pré-gouvernement Front national» entre messieurs les « ministres ». Et puis c’est tout !

J’ai entendu dire début 2005 que les plus hautes instances du Front national envisageaient une « réactivation du pré gouvernement » en vue de la Présidentielle 2007. Je trouve dommage de s’arrêter en aussi bon chemin. Pourquoi pas un Pré-Parlement pour jouer au député ? Sans oublier des Pré-Préfectures pour les secrétaires départementaux, des Pré-ambassades pour nos militants vivant à l’étranger qui pourraient s’y rendre pour se faire apposer des visas Front national sur les passeports délivrés par la République de Saint-Cloud. Tant qu’à vivre dans le virtuel, autant que ce soit drôle !

Le Pen contre le Front national, chapitre 3, page 15

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Marine entre deux tours

Présidentielle — Article écrit par le 24 avril 2012 à 14 h 09 min

Au delà des interrogations sur son programme national-jacobin-républicain, on ne peut que se réjouir du bon résultat fait par Marine Le Pen. Comme toutes les évidences, celle-là va mieux en la proférant clairement.

Mais s’il y a une chose désespérante dans la droite dite « nationale » c’est sa capacité à s’auto-intoxiquer sur le mode de la congratulation. « Ça y est, cette fois bon sang de bois, on va casser la baraque. Faisons perde Sarkozy et tout va se recomposer autour de nous. » D’autant que la pensée éditorialisée y va de son antienne habituelle sur la menace que représente une percée du Front national. Combien de fois nous ont-ils fait le coup, ces vieux matois appointés qui squattent les rédactions assis sur leurs couilles taries depuis 1983 ? à peu près autant qu’il y a eu d’élections.

Essayons d’y voir plus clair, en quantifiant d’abord les choses.

Combien ?

Marine le Pen pèse donc, non 20% mais 17,9%.

Combien cela représente-t-il de voix ? 6,4 millions.

Autrement dit, Marine Le Pen retrouve un peu plus en voix que la mouvance nationale des élections de 1995, où le total Le Pen + Villiers faisait 6,1 millions de voix.

En pourcentage, c’est même moins que le total Mégret + Le Pen en 2002 (19,2%).

Où est le succès ?

Succès donc. Progrès considérable non. Pourquoi succès ?

Je vois trois raisons d’applaudir Marine Le Pen.

  1. D’abord la dédiabolisation semble fonctionner. Un bon marqueur de cela : les résultats du FN en outre-mer qui restent modestes mais en progression considérable par rapport à ceux de Jean-Marie Le Pen.
  2. Ensuite, à peu près stable en nombre comme en pourcentage, l’électorat du FN semble avoir évolué : il ne peut être que bon pour l’avenir de troquer des nostalgiques de l’Algérie française pour des jeunes qui mesurent chaque jour combien la coexistence entre Français et musulmans rêvée par les nostalgiques sur le forum d’Alger un soir de mai était une sale blague.
  3. Enfin, le principal succès est de faire le plein des voix de son camp : les dissidents sont réduits à rien, et il ne semble pas y avoir de rancœurs dans l’électorat, ce qui n’était pas gagné vu l’histoire récente du FN.

La nature du changement ?

Le Front national nouvelle mouture semble donc plutôt bien fonctionner. Jusqu’à une esquisse de changement de nom pour les législatives, qui permettrait enfin de se défaire du haine qu’on y entend depuis 30 ans. Et qui aurait aussi l’avantage de forcer les représentations graphiques à adopter le bleu marine plutôt que le noir-SS ou le brun-SA. Toutes choses qui ne sont pas si anecdotiques qu’on croit.

Les limites de ce changement ? On les voit bien, sans savoir encore si elles sont le fait de la nouvelle direction ou du calendrier : la volonté persiste-t-elle ou non au FN de tout axer sur les élections présidentielles, sur une personne et son résultat personnel ?

Car ce qui continue à manquer cruellement ce sont les mairies, les collectivités locales, voire les alliances de circonstance pour obtenir des fiefs locaux, ces endroits où un parti se replie pour repartir en avant quand il lui arrive un mauvais coup. Ces bases aussi qui permettent à tous les partis de faire suivre l’intendance en confondant quelques emplois administratifs avec des emplois partisans, en ayant des imprimeurs amis bien disposés, etc. Qui permettent aussi l’accès plus large aux financements politiques publics, véritable verrou du système partisan français.

Un pari risqué

Beaucoup mettent pour cela un espoir démesuré dans les législatives. Mais on ne gagne pas une circonscription législative en arrivant premier au premier tour, qui plus est au premier tour d’une autre élection… Il ne faut pas se faire d’illusions : s’il pourra y avoir des triangulaires gagnées, le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours fera en grande partie son effet habituel, empêchant et de loin le FN d’avoir autant de députés que son poids électoral lui permettrait d’en avoir dans un système proportionnel ou dans un scrutin à l’anglaise.

Ces mêmes optimistes éternels ne nient pas la difficulté. Ils promettent qu’elle disparaîtra par magie, la défaite de Sarkozy devant recomposer la droite autour du FN. Il y a à cela trois difficultés principales je crois :

  1. D’abord l’UMP a bien vu le péril. Même si Juppé a été publiquement un peu tancé par Sarkozy, que le maire de Bordeaux (et repris de justice, condamné pour prise illégale d’intérêt) monte au créneau pour resserrer les rangs veut dire quelque chose pour qui se souvient de ses méthodes et fonctions réelles au sein du RPR de la grande époque : en clair, Juppé vient de dire que le premier qui fera mine d’avoir un demi-regard pour le FN perdra son étiquette UMP, tout soutien du parti, et que tout sera fait pour le faire battre, y compris faire voter pour la gauche dans sa circonscription. Si quelqu’un sait tenir ses troupes à la schlague, c’est Juppé.
  2. Ensuite c’est reproduire presque à l’identique le calcul de Chirac contre Gicard en 1981. On sait ce que cela nous a valu sous les gouvernements socialistes.
  3. Enfin ce n’est pas vrai, la vie politique ne se recomposera pas autour d’un parti qui n’a pour élus que quelques députés européens et une poignée de conseillers régionaux. Là aussi il lui faudrait une force réelle, positive, des villes, des communautés de communes, un poids réel dans les agglomérations, et la capacité à peser sur des majorités régionales ou départementales. Sans cela, espérer une telle recomposition et imaginer qu’elle serait autre chose qu’un nombre anecdotique de ralliements personnels équivaut à attendre un miracle.

Après la dédiabolisation la normalisation ?

Le FN sera autre chose qu’un parti qui fait un coup dont on se félicite tous les 5 ans quand il aura conquis des bases locales, en partie par lui-même en partie en faisant des alliances régionales, chose que Jean-Marie Le Pen a toujours sans doute désiré, mais a semblé aussi regarder avec une certaine défiance, sans doute par peur de voir des barons bien assis le contester jusque dans le parti — il faut dire à sa décharge qu’il avait raison de se méfier, l’histoire du FN l’a prouvé.

La suite nous dira si c’est un malheureux calendrier qui a contraint Marine Le Pen a aborder les choses dans le pire ordre possible, présidentielles d’abord, ou si elle a une volonté claire de transformer le FN pour le mieux en allant au bout du processus, en en faisant une vraie machine de guerre politique et plus ce que certains ont appelé « une PME familiale ». L’existence d’une vraie campagne entre elle et Gollnish semblait aller dans ce sens, nos lecteurs attentifs se souviendront sans doute qu’on l’avait saluée ici.

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And the winneuse is…

Politique — Article écrit par le 15 janvier 2011 à 2 h 32 min

C’est une jeune femme de sa génération. Enfant de la télé, Marine Le Pen connaît par cœur plusieurs répliques des Bronzés. L’enfant inattendue de 68 – elle est née quelques semaines après la fin des barricades du Quartier latin – est incollable sur les lauréats de la Star Academy.

Guillaume Perrot, Le Figamonde du matin.

Elle s’agrandit démesurément et devint un EGM, un ONNI. Un être généré médiatiquement, un objet numérique non identifié. (…) Elle secouait les pluies étoilées et les fumants blackholes, elle célébrait le vide, nuit de l’esprit.

N. Bonnal, Les Territoires protocolaires, p. 31.

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Vous avez dit Cotelec ?

Politique — Article écrit par le 11 décembre 2010 à 19 h 12 min

Le président du Front national restera à la tête d’un microparti indispensable à la survie du parti.

Jean-Marie Le Pen n’a pas dit son dernier mot. Même s’il ne sera plus président du Front national le 16 janvier, l’ancien candidat à l’Élysée vient de se réserver les moyens de peser lourdement sur les épaules de son successeur. Dans un courrier à ses donateurs en date du 1er décembre, que révèle Le Figaro, Le Pen, au détour d’une phrase et sur le ton de l’évidence, annonce son intention de rester «bien sûr» président du microparti qu’il a fondé en marge du FN voilà plus de vingt ans.

Or, ce microparti totalement inconnu du grand public, appelé Cotelec, collecte tous les prêts et les dons que des sympathisants accordent à Le Pen. Selon la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) pour la seule année 2008 – annus horribilis pour le FN -, ces sympathisants ont accordé à Cotelec des prêts d’un montant de 2.238.897 € et des dons s’élevant à 235.481 €. Ce microparti a aussi perçu 42.208 € de revenus financiers dus à des placements judicieux. Un procédé légal, puisque plus de 250 micropartis sont actuellement déclarés auprès de la CNCCFP.

Mais Cotelec, que ses statuts présentent comme «un parti politique chargé de promouvoir l’image et l’action de Jean-Marie Le Pen» et dont le siège se trouve à son domicile de Saint-Cloud, est indispensable à la survie du FN, financièrement exsangue. (…)

Le Figaro en parle, Ilys vous montre la lettre, reçue par l’un de nos aimables correspondants.

Notez que M. Le Pen n’explique nulle part dans cette lettre ce qu’est la COTELEC, pourquoi il faudrait donner de l’argent à cette structure plutôt qu’au FN directement, ni même ce à quoi elle sert. Or cette lettre a été envoyée à un nombre considérable de gens qui n’ont jamais eu de rapports qu’avec le FN, et ne savent pour la plupart même pas que la COTELEC existe.

On imagine ce qui arriverait à Bruno Gollnisch s’il lui prenait la fantaisie de signer des lettres pour demander à ses soutiens de financer une structure personnelle et opaque en marge du Front national, qui plus est évidemment destinée à faire pression sur son adversaire s’il n’était pas, lui, élu…

Et comme nous sommes bons, nous allons orienter les journalistes du Figaro afin qu’il tirent un peu le fil, pour peu qu’ils le veuillent : qu’en est-il des fichiers d’adhérents et de prospects du Front ? la COTELEC y a-t-elle accès ? en aurait-elle des copies ? ou pire : seraient-ils, de fait ou de droit, en sa possession exclusive ?

Le Pen lettre COTELEC décembre 2010

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L’Euro, le FN et Don Juan

Economie, Mutation — Article écrit par le 6 juin 2010 à 19 h 28 min

L’Euro est mort.

Disons qu’il râle. Ce n’est certes pas moi qui vais pleurer sur la probable disparition à horizon devenu visible (cinq ans, peut-être) de la monnaie unique, engloutée dans le trou des dettes dont gouvernement comme opposition nous promettent en vain qu’en France elles n’auront pas de fin et qu’on pourra les supporter en modifiant deux ans de retraite ici et trois pour-cent de dépenses là ; je n’ai jamais aimé ce rouble Deloriste qui a pu faire croire pendant quelques années qu’il avait réussi, cette monnaie improbable dont le destin était tout tracé et je ne verserai même pas une petite larme sur cette idée européenne qui était sans doute la bonne idée du siècle avant-dernier. D’ailleurs elle y avait foiré aussi, sous les traits de l’Union latine, dont l’agonie très lente préfigure peut-être le seul avenir possible de l’Euro sous forme de monnaie commune que nous traînerions comme un boulet inutile pendant encore plusieurs décennies.

Ayons au passage une pensée contrite pour tous ceux qui ont longtemps cru que la monnaie unique serait vraiment et durablement indépendante des hommes de l’État ou que la construction européenne nous sauverait malgré nous de nos démons dirigistes et particularistes français : l’alliance de Sarkozy voulant sauver la BNP de ses dettes pourries grecques et de Geithner — qui sait que le répit dont jouit le dollar ne repose que sur la déconfiture d’autres monnaies avant lui — aura été fatale à leurs espoirs en faisant céder en partie le chancelier d’Allemagne.

Or un ami me fait remarquer ces temps-ci l’assourdissant silence — comme on dit — du Front national sur la question monétaire.

Est-ce si étonnant ?

Car, à la croisée des chemins, quelles sont les deux directions possibles ?

La première consisterait à revenir à une monnaie nationale « souverainiste », porte ouverte à tous les tripatouillages monétaires qui permettraient non plus de demander quelques minutes de sursis au bourreau-spéculateur, mais de faire en sorte que le bourreau soit national, ait les alibis de l’État — alibis auxquels les Français-gogos désinformés depuis l’enfance par l’Éducation nationale et la télévision publique sont si sensibles habituellement — et qu’il ne tranche qu’un peu de chair à la fois, avec des instruments divers : petits coups de la lame rouillée de la dévalutation, autres coups d’un canif plus acéré appelé fiscalité, un grand coup de la scie à viande des prélèvements sociaux, après qu’elle ait joué l’air de la solidarité avec ce son nasillard qui caractérise cet instrument guère symphonique. Bref il s’agirait de rendre son influence à la nation sur la monnaie, et la nation se réduisant à ses élus, à ses fonctionaires, à ses syndicalistes, bref à ceux qui ont intérêt à pressurer le peuple de manière plus indolore pour sauvegarder leurs avantages personnels et ainsi se faire indéfiniment élire ou nommer, on imagine que les choses ne s’amélioreront guère : tout au plus la ruine sera-t-elle mieux acceptée avec une résignation faite de bons sentiments généreux et beaucoup de cette supériorité morale supposée dont nous sommes si peu avares. Monsieur Attali expliquera tout ça très bien chez Guillaume Durand, à moins que ce ne soit M. Minc chez Marie Drucker, ils sont tous payés précisément pour ça.

La deuxième voie consisterait à profiter de la capilotade européenne non pour retourner en arrière, mais pour aller de l’avant, pour décidément couper radicalement et définitivement la monnaie de l’intervention publique. L’étalon-or ? pas même, car les hommes de l’État savent très bien organiser le « manque d’or » plutôt que le manque de monnaie de papier, ce qui rend les crises de liquidités à peine plus rares et moins dévastatrices. Il s’agirait d’aller vers l’or monétaire, vers le paiement exprimé en grammes d’or.

Techniquement rien ne s’y oppose : on sait très bien garder des barres de bonne livraison qui ne sortent jamais du système bancaire, les auditer, les identifier, et en exprimer la propriété en grammes attribués à tout instant à monsieur X ou madame Y. Cela sans aucune intervention autre que celle nécessaire à faire respecter les contrats devant l’autorité judiciaire, qui pourrait d’ailleurs être arbitrale. Ni ministre, ni parlementaire, ni inspecteur du Trésor, ni syndicaliste co-gérant ne sont nécessaires pour cela. Que vous ayez un certain nombre de grammes d’or à votre disposition sur votre carte bancaire plutôt qu’un certain montant en monnaie monopolistique émise par la banque centrale ne présente pas de problèmes techniques insurmontables. Et l’or a un avantage énorme : l’Etat ne peut pas, même s’il le voulait, même s’il le décrétait, même après un vote solennel des deux assemblées, même au nom de la conscience universelle, des Droits de l’Homme et de toutes les autres conneries du même ordre, l’État ne peut pas imprimer d’or pour financer ses dépenses sur le dos des autres. Ni se livrer à des opérations complexes qui reviendraient au même.

Notons que cela permettrait en outre de se passer de toute banque centrale et de mettre un certain nombre de fonctionnaires inutiles et fort coûteux au chômage, car il n’y a pas de petites économies.

Le Front national, qui a pour lui d’avoir toujours été contre l’Euro je crois, même si ce n’était pas toujours pour de bonnes raisons, peut-il prôner la première solution ? évidemment non, puisqu’il se retrouverait à la prôner, d’ici quelques temps, avec tout le reste de la classe politique. Et en attendant se retrouverait, là comme ailleurs, à peu de choses près sur les mêmes positions économiques que l’inénarrable Robespierre de banlieue qu’est Mélenchon ou dans les mêmes manifestations que le petit facteur. Ce qui je crois ne le dérangerait pas trop. Mais il suffirait d’une volte-face, et elle paraît inévitable, du gouvernement et de l’UMP pour que Copé, Sarkozy et autres Fillon se retrouvent sur la même position et autrement plus crédibles — si l’on ose employer le mot, disons moins fantaisistes d’apparence — que le clown Martinez.

Le Front national peut-il pour autant prôner la deuxième voie ? Il faudrait pour cela que le FN retrouve des accents qu’il a perdus depuis longtemps, quand il réclamait la suppression de l’impôt sur le revenu par exemple. Toute une rhétorique qu’il s’est laissée imposer par la gauche est entre temps passée par là, et un certain nombre d’opérations de communication aussi, pas malhabiles d’ailleurs, mais dont le vice était de conquérir pour électorat une classe ouvrière qui n’existe simplement plus. Surtout il lui faudrait renoncer à une vision dirigiste de l’économie, à cette idée que si on organise les choses d’en haut, elles seront mieux faites que si on les laisse faire par ceux qui ont intérêt à les faire. Enfin, et ce serait peut-être le plus difficile, il lui faudrait battre en brêche les conceptions aberrantes et quasi religieuses, dévotes dira-t-on, de certains militants, pas les plus nombreux, mais incontestablement les plus remuants et visibles, qui sont persuadés que quelque part de méchants spéculateurs apatrides parient contre la Grèce en attendant de parier contre la France. Alors que la vérité est bien plus simple : si la Grèce en est là, ce n’est pas parce que de méchants spéculateurs ont décidé de la mettre à genoux, mais bien parce qu’elle ne peut pas rembourser ses dettes. Comme ce sera demain le cas de la France, de manière inéluctable, à moins que deux et ceux ne cessent de faire quatre.

Or,

Je crois que deux et deux sont quatre Sganarelle…

vérité que les dévôts ont toujours du mal à admettre, tant ils sont prompts à croire que leur supériorité morale supposée peut tenir lieu d’arithmétique.

Il est des partis dévôts plus ou moins évidents, celui, économique, qui va de Mélenchon à Le Pen n’est pas celui auquel on pense en premier mais il est assurément l’un des plus désastreux et par les absurdes illusions qu’il entretient comme un fond de commerce inlassablement fécond fondé sur l’ignorance, et par les alliances avec d’autres dévôts qu’il ambitionne plus ou moins ouvertement et auxquelles il sera conduit plus ou moins consciemment.

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