Étiquetté ‘Expérience sociale’


Winona et moi (I/II)

Récit — Article écrit par le 26 novembre 2010 à 2 h 17 min

Bzz…Bzz…Bzz fait le gros insecte qui s’illumine à côté de moi sur le bureau alors que je surfe gentiment sur internet.

Numéro en 06 inconnu. Allo ? Il Sorpasssooooo ?! me hurle une femme manifestement hystérique à travers mon Motorola vintage, comme si une vieille connaissance estudiantine refoulée me croisait par hasard dans une rue bondée et me faisait sursauter rien qu’aux souvenirs liés aux tonalités de sa voix.

C’est la panique. J’écarte rapidement mon oreille de l’appareil, le dirige le plus loin possible en tendant le bras, j’entends encore des minuscules « allo ? allo ! » grésillants et hargneux. Ça ne me dit rien de bon. Je réfléchis à toutes vitesses. Je retiens ma respiration. Dois-je, encore une fois, interrompre le flux tendu de mon existence en répondant aux appels de l’inconnu et de l’aventure ? Résumons à une vitesse quantique : ça ne peut pas être la folle numéro 1, j’ai enregistré son numéro sous le doux nom « nepasrépondre », la givrée numéro 2 elle-celle dont je vous ai déjà parlé-, n’a heureusement jamais eu mon numéro et la cinglée numéro 3 a dû depuis longtemps se trouver une autre victime sur laquelle projeter l’image obsédante de son père qui l’ignorait avec une constance jamais démentie même et surtout lorsqu’elle ramenait ses dessins de l’école primaire au bas desquels elle avait maladroitement écrit « pour mon papa que j’aime à la folie ». OK, ça ce sont les vieux dossiers.

Dans le rayon frais, ce n’est pas non plus la voix de la serveuse masochiste croisée pendant mes vacances en Bretagne, qui mériterait un texte à elle seule, ni de la folle du cul bourrée qui faisait de l’humanitaire rencontrée à l’une des soirées d’anniversaire des trente de la copine de ….qui, déjà ? Pfouuu, on s’en fout. Ça ne peut pas être non plus une des rares filles normales de mon maigre répertoire qui aurait changé de numéro, elle n’aurait pas ce ton allumé de la fille-qui-appelle-pour-prendre-des-news-depuis-la-dernière-fois-etsinont’esmarié ? En tout cas, je ne peux pas prendre le risque. J’entends le décompte crescendo de la série 24h. Je raccroche fébrilement en manquant trois fois de rater le bon petit bouton avec mon gros pouce, comme si je désamorçais une bombe dans un film à la con. J’ai le cœur qui bat, mais j’ai au moins eut le réflexe de ne pas émettre le moindre son. Je m’améliore. Je laisse enfin l’air pénétrer mes poumons qui en ont bien besoin.

Tout cela a duré quatre secondes.

Reprenons les investigations mémorielles, parce qu’on ne va pas se laisser emmerder par des conneries pareilles, hein ?  La voix me rappelle vaguement quelqu’un. Mais c’est vieux. Dix ans au moins. Une main sur la bouche, je tapote nerveusement le coin de mon ordi de l’autre, devant google qui semble me narguer : vas-y mec ! mais tu sais ce que c’est de fouiller le passé ! et tu risques de laisser des traces, ou te t’embrouiller si jamais il t’arriveras de lui répondre ! Comment parviendras-tu à expliquer le fait que tu saches plus ou moins où elle habites, ce qu’elle fait désormais, et, et là ce sera au son de ta voix qu’elle flairera ton intérêt, si tu as intercepté une photo récente d’elle où elle apparaît sous un jour qui te laissera sur le cul devant l’énormité de la bombe sexuelle qu’elle est devenue, ou qu’elle est restée, soyons honnête à défaut d’être modeste.

Oui parce que c’est forcément une fille avec laquelle tu as couché. Le faux détachement étonné et néanmoins imperceptiblement langoureux avec lequel elle a prononcé ton prénom ne trompe pas. C’est même une fille avec laquelle tu as dû couché sur une période assez longue, le genre de période qui laisse suffisamment de souvenirs pour lui laisser imaginer qu’elle est en droit de me rappeler sans passer pour une désespérée. C’est cela aussi cette intonation de fausse surprise, comme si c’était moi qui rappelait, hein, au fond. Mais oui tout à fait c’est un hasard ! Une coïncidence presque ! Elle aurait prétexté qu’elle avait retrouvé des photos en rangeant son studio, ou qu’elle a croisé une vieille connaissance commune et puis voilà, de fait, comme ça elle téléphone, allons-y ! Soyons fous ! On n’est plus des gosses, ah ah ah, on peut s’autoriser à se donner des nouvelles réciproques sans pour autant se remémorer de manière quasi-automatique et silencieuse les acrobaties au pieu, ou ailleurs, non non non, il faudrait avoir vraiment l’esprit dérangé pour laisser des vieux stimuli pornographiques poussiéreux recouvrir cette tendre maturation de l’adulte trentenaire qui s’enquiert de ce qui a été oui, une relation certes, mais, comme toutes les relations interrompues, au fond, une amitié avant tout.

Il faut vraiment trainer une ridicule obsession masculine, touchante oui pourquoi pas, mais tellement dépassée, pour voir resurgir avec une étonnante précision la douceur de sa bouche avalante, l’odeur poivrée de son entrejambe moite, ou l’impressionnante torsion de son visage au sommet du plaisir alors qu’elle, baigne, bien que branchée sur l’immédiat présent, dans un océan d’altruisme pré-fêtes de Noël dont les limpides courants l’entrainent sur les douces côtes de la bienveillante réminiscence de ton être quasi-asexué par l’érosion des ans.

Voilà le tableau. Il n’est pas très original mais il possède l’ironie de la répétition. La bonne vieille grosse pièce, montée, le gâteau de mariage de la bouffonnerie romantique et du flicage internet, la tarte à la crème des relations périmées à payer avec intérêts. Acte deux, scène trois. Oui. Voilà. Entre l’ancien amant par l’entrée dite du monde 2.0. Il n’a rien demandé, on l’a sonné, sifflé, bipé, emailé, poké, éssemessé, il se demande un peu ce qu’il fout là au milieu de la scène, les projecteurs dans les yeux, avec son téléphone portable, ce bracelet électronique à usage des ex-maitresses en mal de rajeunissement narcissique à peu de frais, mais à ceci près qu’il veille lui à ce que le pauvre mâle forcément paumé ne s’éloigne pas trop des souvenirs envapés de ces dames plus très jeunes et pas encore mûres. On l’observe, on attend qu’il se décoince, on sait déjà qu’on va rire un peu, c’est entendu, c’est même pour ça qu’on a payé son ticket, pour ne pas être pris au dépourvu. Chacun à sa place et le monde en ressortira meilleur. Il a bien un peu l’air niais, comme ça, l’ancien petit copain,  pris au dépourvu. Il bafouille mais surtout il croit comprendre, il se hisse ! Le fou ! On le corrige, il se trompe, c’est une méprise ! Il croit qu’il tient là un rôle important, flatteur ? Quiproquo ! Gêne ! Rebuffade féminine ! Ricanements dans la salle ! On lui explique avec tendresse, c’est un petit garçon, un cousin, un frère même, l’idiot de la famille presque. Il regarde à droite à gauche, il comprend enfin ! On s’esclaffe ! Hilarité maximum ! La partie en jupons sourit tendrement. Ça jouit un peu, mais pas assez, jamais assez. On le sent tiraillé, attisé par la curiosité, sonné,  maintenant complètement hypnotisé par cette apparente sublime maitresse langoureusement étendue sur une méridienne Empire. Bien plus âgée que lui, petit bonhomme désormais. Était-ce la même qui partageait sa couche mais oui ! Et lui ? Il n’a pas grandi évidemment. Régressé même. Complètement inoffensif, s’il se voyait. Il essaye dans un sursaut de fierté de faire l’étalage de son parcours, il cherche des médailles, des titres, des batailles, des cicatrices. Un harem, pourquoi pas ? On n’entend qu’émouvantes banalités, gentilles bravades, parades puériles. Démonstration laborieuse. Liste pathétique. Il a épuisé son texte et ses recours, il s’est fait avoir comme prévu, il rend les armes, honteux, on le congédie d’un clic, d’un bip, d’un slouch, d’un plurp, d’un floung, d’un bzz. Applaudissements approbateurs, enthousiastes mais concernés, clôturant le passage obligé ; on peut s’en retourner aux tourments combien plus sérieux de la future génitrice en errance.

…à suivre…

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Pour un socialisme consolateur

Mutation — Article écrit par le 26 juillet 2010 à 17 h 28 min

Les événements de Saint-Aignan comme de Grenoble nous aurons montrés que les Français prennent toute la mesure des évolutions du pays. J’ai pu lire des centaines de commentaires pointant tous dans la même direction ; une colère contenue, mais claire quant à la fermeté du traitement à réserver aux coupables.

Cette nouvelle prise de conscience pourrait à-priori nous redonner un peu d’espoir. Après tout n’était-ce pas l’objectif de la réinformation ? Mettre les Français face à la vérité.

Maintenant les Français savent.

Mais savoir ne suffit pas à stopper ou d’inverser les flux migratoires. Il ne suffit pas d’y être opposé pour que les immigrés cessent par magie de venir. Ils se moquent naturellement de nos avis. Ils continueront donc de s’installer dans nos pays, et nous de dépenser des dizaines de milliers d’euros par expulsion. Même si le FN venait au pouvoir, rien ne changerait, ce ne sont pas quelques moulinets avec les bras, un peu plus d’expulsions, plus de tracasseries qui empêchera la misère de s’acclimater à nos cieux. Il faudrait une froide cruauté que plus personne n’est prêt à assumer.

Des immigrés plus nombreux signifie qu’ils gagneront en poids électoral, qu’ils gagneront donc en influence sur les politiciens, qui seront plus incités encore à assister aux événements passivement. Dans l’espoir de glaner des voix comme d’éviter d’attiser les braises.

On espère encore en la police, on invoque l’Etat de droit, la République, les institutions et les grands principes, justement parce que nous ne formons plus de communauté. Nous ne sommes que des individus isolés, membres atomisés d’un peuple qui se nie lui-même. Et nous savons que la civilisation impose que nous fassions appel à l’Etat et à ses services impersonnels. Face à des hordes déchainées on peut douter que les appels à une politique de civilisation fassent le poids.

Surtout nous faisons peu d’enfants. Travail féminin, individualisme, familles éclatées, déculturation, « projet » d’enfant servent de toile de fond à la liquéfaction de l’Occident. Quand on détruit la base de la société, la famille, on détruit par là-même la société. C’est ce à quoi nous assistés ces dernières décennies.

Pour enfoncer le clou la lucidité bute sur les habitudes et cette tendance au pillage qu’exacerbe la démocratie. Personne ne remet en cause le principe d’aides sociales qui sponsorise l’invasion. Avec le déclin économique de nos pays, acheter la paix sociale va coûter proportionnellement de plus en plus cher. Et si nous n’envoyons plus les rejetons de Seine-Saint-Denis passer quelques vacances en Croatie les choses se déliteront d’autant plus vite.

Le Mondial aura marqué la fin des illusions qu’entretenaient les Français sur l’immigration, et au début de la gueule de bois. Tout le monde se rend compte du problème, mais les solutions ne nous sont plus accessibles, parce que nos structures mentales actuelles sont à l’exact opposé de celles qui ont donné toute sa grandeur à l’Occident. Un redressement signifierait remettre en cause l’ensemble de notre mode de vie. Tâche bien au-delà de nos forces et même de notre champ de perception.

Nous regretterons cette époque où l’on pouvait croire au métissage, à la France black-blanc-beur, à l’intégration, aux chances pour la France, aux pépites de la nation. A ce socialisme consolateur qui nous laissait l’espoir d’un monde coloré, ouvert et apaisé. Nous ne gagnons rien à connaître la vérité. Les gens assisteront impuissants aux changements. Sans même la consolation des illusions qui les accompagnaient jusqu’ici.

La France va se voir mourir.

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La liquéfaction de l’Occident

Mutation — Article écrit par le 26 juillet 2010 à 3 h 03 min

Une anecdote tellement cruelle qu’elle en devient amusante.

Le type a la cinquantaine, il a trouvé un autre job sur Nantes, il quitte la boite, et il organise à la va vite un petit pot à base de mousseux à température ambiante. Une quinzaine de personnes réunies. Sur ce site nous sommes peu nombreux. Un couloir d’une trentaine de mètres, deux rangées de bureaux de chaque côté.

Il a pris quelques minutes pour faire la tournée des bureaux, pour motiver les récalcitrants à en sortir. Il est midi. Direction la salle de repos. En fait quelques sièges, des machines à café et à confiserie, une fontaine à eau. Mobilier sommaire, moquette douteuse.

Il improvise quelques mots. Il est triste de nous quitter, il aurait aimé rester plus longtemps parmi nous. Il part pourtant volontairement. Mais comme pour tout le reste l’essentiel est de donner le change.

Peu de discussions, ou guère plus que de la pluie et du beau temps. Deux types derrière moi ont pourtant un échange différent, ils discutent de son prénom probable. En fait ils ne doivent pas être nombreux à le connaître. Lui même se tient pour l’essentiel devant des inconnus.

Ils sont pour la plupart là depuis des années mais les gens ne se connaissent pas. D’un bureau à l’autre, ils s’ignorent presque totalement, si on passe outre le « bonjour » de rigueur. Tu dois pouvoir y rester 10 ans sans que le type du bureau d’à-côté ne connaisse ton prénom si t’as pas à bosser avec lui. Comme les immeubles où personne ne connait ses voisins. C’en est la transposition dans le monde professionnel. Pour les inter-contrats c’est pire, même ceux qui les connaissent les ignorent, comme s’ils avaient une maladie contagieuse.

15 minutes plus tard c’est fini. Des années à travailler expédiées en quelques moments gênés et dans le désintérêt le plus total. La chaleur humaine des sociétés de service.

C’est la maladie qui ronge l’Occident, l’anomie qui l’envahit et qui fait de chacun de nous des étrangers, presque des ennemis. Les gens savent avoir définitivement perdus quelque chose, sans vraiment pouvoir mettre les mots dessus. Ce sentiment d’appartenance, cette camaraderie, ce sentiment qui fait qu’on se sent bien avec les siens. C’est ce qu’ils disent quand ils plébiscitent dans les urnes la thématique du « lien social », qui est si omniprésente, alors qu’ils pratiquent le contraire dans leurs vies. Le lien social ne devient une thématique politique seulement quand on l’a perdu, et qu’on attend de l’Etat qu’il en tresse un nouveau.

Je sais avoir assisté à l’une de ses millions de batailles perdues chaque jour. De ces innombrables batailles qui distendent les liens, qui instaurent la défiance entre voisins, qui fragmentent les familles, qui poussent à l’ignorance des collègues. Chaque jour l’Occident se dissout un peu plus devant nos yeux. Pas de manière spectaculaire, mais par une accumulation d’histoires individuelles où le collectif existe de plus en plus difficilement. Une destruction de tout cadre collectif qui étaient autrefois naturels, et qui constituaient le squelette de notre civilisation, son espace de vie. Cet espace collectif où l’on existait en tant que communauté, en tant que peuple.

Il n’en reste à peu près rien. L’immigration a la tâche aisée.

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