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L’humanisme est un fétichisme nègre

Cinéma — Article écrit par le 8 janvier 2012 à 23 h 25 min

Je télécharge les quatre dvd d’un coffret des films de Jean Rouch. C’est amusant par certains côtés.

Si l’importance de Rouch dans l’évolution du cinéma n’est pas niable, j’ai décidément beaucoup de mal avec sa fascination pour une société africaine qui n’éveille en moi à peu près aucun intérêt. Déjà avec La chasse au lion à l’arc : je suis du côté du lion. Pas du côté des noirs qui psalmodient leurs bêtises superstitieuses ou font bouillir leur poison en récitant depuis des siècles les mêmes formules sans se rendre compte, semble-t-il, que le poison serait aussi efficace sans leurs criailleries et leurs simagrées précautionneuses. Somme toute la lionne est digne, qui meurt du poison en vomissant et en se raidissant, sans chercher à donner le change sur l’horreur de sa mort, de toute mort. Et ce sont ces noirs qui me semblent profaner le lion mort en lui mettant des écorces dans l’anus et en tapant sur sa tête trois fois pour en libérer l’âme, en criant des formules magiques stridentes, en lui attachant la tête pour que l’animal sauvage mort devienne symboliquement un animal domestiqué. Le symbolique m’emmerde facilement, je crois, et cette vie soumise aux rites et aux symboles a pour moi quelque chose d’invinciblement méprisable en face de la simple mort de la lionne. Il y a un point, quand on cherche à se sauvegarder un peu de lucidité au milieu de cette humanité désespérante, où c’est le matérialisme le plus sec — ici celui de l’animal mourant — qui devient consolateur, qui permet de respirer un peu plus haut que les consternantes stupidités de ces noirs nourris d’une religiosité faite de terreurs infantiles, aliénantes et imbéciles. Jean Rouch, lui, y voit de l’humanité si j’ai bien compris…

Même impression au début du Jaguar : ils s’en vont avec une simplifié souriante couper le cou d’un vautour parce qu’un vieux devin avide et menteur, pour gagner la rémunération de ses prédictions funestes mais conjurables, leur a raconté qu’il fallait le faire afin de se rendre propice on ne sait quelle force occulte aussi obscure que vague. Est-ce censé me rendre sympathique quelqu’un d’autre que le pauvre animal assommé à coups de bâtons puis égorgé sans raison ?

Je n’y peux rien : je suis du côté du lion et du vautour.

La Pyramide humaine donne une clef supplémentaire pour comprendre comment s’exprime cet humanisme niais, tiers-mondiste et à consistance molle de Rouch. Au tout début, sorte de rapide prologue, il explique à ses jeunes acteurs qu’il veut montrer les rapports entre noirs et blancs. Il ajoute qu’il va falloir que certains jouent les méchants. « Les méchants » c’est évidemment « les racistes ». Évidence inquestionnable, simple, d’un manichéisme complet, qui s’avoue elle-même en préface avec une parfaite bonne conscience. Pire : c’est une évidence telle que ce cinéma qui se voulait révolutionnaire ou contestataire la laisse paisiblement passer, se constituer, se pavaner sous sa caméra sans même penser à la questionner du bout de l’objectif qu’il met à son service. Le raciste c’est le méchant. Et inversement. Ainsi le monde de Jean Rouch tourne bien et sa caméra aussi. Dans ce monde-là les racistes sont des racistes, les méchants y sont des méchants, les nazis y sont probablement des nazis aussi. Tant de simplicité soulignée à gros traits laisse rêveur.

Et l’on se dit que du meurtre rituel des lions et des vautours, il n’y a peut-être pas loin à celui des racistes et autres « méchants » rejetés avec les animaux sauvages hors de l’humanité dont l’Africain de Rouch semble être une figure originaire — et donc (faussement) originale — en vertu même de sa pensée primitive et si symbolique que les cheminements en sont indiscernables, constituant par là-même des traits réputés proprement et spécialement humains, qu’on admirera vaguement avec Jean Rouch. Ou qu’on trouvera avec moi complètement cons et vaguement inquiétants. Au choix.

Personne ne s’est-il avisé de l’importance de Rouch et de son cinéma, ou au moins de son caractère exemplaire, dans la formation de l’antiracisme idéologique qui nous fait crever aujourd’hui ? Je ne sais pas, il faudrait chercher. Ça me semble pourtant évident, à regarder sa production.

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