Étiquetté ‘dette’


Gave et Koenig sont dans une étable…

Economie — Article écrit par le 26 mai 2013 à 12 h 34 min

Certains d’entre eux, avec le recul du temps, se reprocheront d’avoir contribué à défendre un ordre qui n’était pas le leur. « Que Dieu nous pardonne, s’écriera Ernst von Salomon, ce fut notre péché contre l’esprit. Nous avons cru sauver le citoyen et nous avons sauvé le bourgeois. » (D. Venner, en conclusion aux Corps-francs allemands de la Baltique.)

Gave ou Keonig ? restructurer la dette ou tuer l’euro ?

Apparemment c’est un de ces débats dont les libéraux ont le secret.

Bien entendu l’idée d’une contrainte budgétaire qui empêcherait la croissance paraît assez curieuse : par quel mécanisme miraculeux jamais vu encore nulle part la dette publique créerait-elle de la croissance ? ou plus exactement de la richesse, le PIB étant un instrument de mesure très imparfait et trompeur. Me voilà d’accord avec les deux premières remarques de Charles Gave.

Pour ce qui est de tuer l’Euro, j’applaudis des deux mains.

Mais la question est alors : pour quoi faire ?

Personnellement je dirais : pour payer en métal. En grammes d’or et d’argent dont le paiement par carte bancaire transférerait la propriété du métal, gardé dans des banques et régulièrement contrôlé par des organismes privés et indépendants. C’est parfaitement faisable techniquement et juridiquement. Quitte à avoir en parallèle de la petite monnaie métallique pour les dépenses de peu de valeur.

Charles Gave préfère une autre voie : « Le problème n’est donc pas de restructurer la dette, ce qui ruinerait tous les épargnants Français, et aurait des conséquences secondaires inimaginables, mais d’en changer la dénomination en retournant aux monnaies nationales. »

On peut certes imaginer que dans un monde parfait où les hommes politiques seraient vertueux, les monnaies nationales soient réintroduites, que cette dévaluation – dont le taux serait imposé – fasse retrouver des taux de change plus proches de ceux qui seraient les bons (c’est à dire ceux d’un marché idéal où les monnaies seraient entièrement libres, marché impossible dans le cadre de monnaies nationales gérées par des banques centrales) et qu’ainsi tout aille mieux, pour le dire lapidairement.

Mais dans la réalité, on sait bien ce qui se passera : les hommes politiques ne veulent pas purger le passé ou apurer les dettes pour adopter une politique économique vertueuse et profitable à tous. Le voudraient-ils qu’ils ne le pourraient pas : il leur faudra toujours acheter des voix et alimenter la démagogie économique qui permet de se faire élire. Ce dont ils rêvent tous, sans exception de l’extrême droite à l’extrême gauche, c’est de retrouver une monnaie nationale qu’ils puissent dévaluer tous les 3 ou 5 ans pour échapper aux conséquences de leurs actes. Notons au passage qu’ainsi ils feraient non de l’inflation comme le croient naïvement bien des gens, mais de la hausse des prix sans la hausse des salaires qui sera empêchée par le chômage ; cela a un nom bien plus simple qu’inflation : c’est de l’appauvrissement.

Charles Gave répondrait peut-être que, l’idéal qui est l’échange métallique étant à peu près exclu dans l’état actuel des esprits, il vaut mieux le moins imparfait des systèmes imparfaits et donc mettre un peu d’huile dans les rouages bloqués, ce que le retour aux monnaies nationales reviendrait à faire.

La tentation est forte de le lui accorder. Techniquement c’est même hors de doute. Mais quant aux principes ?

Il est étonnant que les libéraux français, si prompts à agiter des principes philosophiques, voire religieux, pour justifier leurs positions, ne se tournent que si rarement vers des principes plus simples, moins sujets à caution, plus proches de la matière économique elle-même.

« Retourner aux monnaies nationales équivaudrait à un transfert de richesse massif des rentiers Français (fonctionnaires, retraités), ce qui serait en fait, mais non pas en Droit une restructuration, vers les entrepreneurs et la croissance repartirait d’elle même, puisque , comme l’a fort bien expliqué Schumpeter, la croissance ne vient que des entrepreneurs à l’origine du processus de la fameuse “création destructrice”. »

Tiens donc. Il y aurait des gens, qui, regardant l’économie d’en haut, forts de leur science, seraient à même de savoir comment allouer des ressources de manière à atteindre un optimum de croissance ? Là on déciderait de sacrifier les retraités et les fonctionnaires parce que l’argent serait mieux employé ailleurs ? Comment le sait-on, qu’il serait mieux employé ailleurs ? grâce à des calculs économétriques ? en faisant un joli tableau, lointain fils de celui de Fichte dans son État commercial fermé ? parce qu’on l’espère très fort ?

Soyons sérieux deux secondes : quoi de moins libéral que cela ? En quoi ce libéralisme est-il différent d’un dirigisme à coloration entrepreneuriale, et pour tout dire oligarchique et ploutocratique ?

Surtout : en quoi de telles propositions sont-elles de nature à faire changer les choses ? S’il faut moins de fonctionnaires ou s’il faut sortir du ruineux système de retraites par répartition, il faut alors licencier des fonctionnaires et organiser le changement du système de retraite, pas espérer qu’un tripatouillage monétaire fait par des politiciens corrompus jusqu’à l’os ait un peu les mêmes effets heureux.

Charles Gave doit d’ailleurs s’en rendre obscurément compte, qui ajoute :

« La France a, certes, le droit d’avoir 40 % de fonctionnaires de plus que l’Allemagne, mais cela veut dire qu’elle ne peut pas avoir la même monnaie… »

Je caricaturerais à peine le propos en disant que si l’on se fait violer avec une monnaie qui tient lieu de lubrifiant au lieu de tenir lieu de gravier, l’opération paraît moins désagréable. Mais est-ce bien là l’ambition d’un libéral ?

Si bien que malgré les arguments de Charles Gave, je me dis que la solution de Gaspar Koenig a peut-être le mérite paradoxal d’être moins douce au prétendu modèle français.

Au total, on a l’impression que le débat se tient entre deux libéraux réformistes : « comment la vache à lait française doit-elle être traite pour faire le plus de beurre possible dans les conditions actuelles de l’étable ? » L’un prétend que la traite par la restructuration de la dette est la meilleur solution. L’autre que la traite par le retour à la monnaie nationale sera plus profitable.

Aucun des deux ne semble demander : profitable à qui ? Ni ne semble se rendre compte que les hommes ne sont pas exactement des vaches.

Il n’y a aucune raison pour que les libéraux s’interdisent de penser hors de ces cadres vermoulus en posant la question qui semble de plus en plus actuelle  : celle du régime, de son oligarchie quasi-héréditaire illégitime, de ses abus contraires à toute liberté.

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Bis re-petit tas

Citations — Article écrit par le 23 février 2012 à 0 h 40 min

(…) On procéda à une nouvelle émission, et on réduisit le taux de l’intérêt pour accélérer la circulation des nouveaux assignats. Certains députés qui voyaient grand pensèrent qu’on pourrait éteindre toute la dette de l’Ancien Régime en vendant tous les biens de l’Église. (…) Le 20 septembre 1790, l’Assemblée décida de rembourser en assignats-monnaie la dette de l’État et du clergé. L’intérêt était supprimé. C’est en vain que des hommes clairvoyants montrèrent le danger de cette opération : Dupont de Nemours fit prévoir une rapide dépréciation et un renchérissement considérable du prix de la vie ; il montra la banqueroute fatale. Mais à ceux qui parlaient finances, les défenseurs des assignats répondaient politique. « Parlons-nous de la Constitution, disait Le Chapelier, l’émission des assignats ne peut être mise en question, c’est l’unique et infaillible moyen d’établir la Constitution. Parlons-nous de finances, il ne faut pas raisonner comme dans une situation ordinaire, nous pouvons supporter des pertes légères, mais nous ne pouvons pas supporter que la Constitution ne soit pas assise sur des bases stables et solides… » (…) La dépréciation ne se fit pas attendre : de 6% dès les premiers jours, elle atteignait 44% en janvier 1792. Entre temps, après les 1200 millions de septembre 1790, on avait augmenté la circulation de 1200 nouveaux millions. ainsi au printemps de 1792, dès avant la déclaration de guerre, on avait mis en circulation deux milliards et demi d’assignats. (…) Avec la guerre, la situation ne fait qu’empirer : le déficit mensuel varie entre 100 et 200 millions, la vie augmente dans des proportions considérables. C’est la misère et souvent la famine (…) La Convention fit de gros efforts pour défendre l’assignat. Au milieu de 1793, elle décréta un emprunt forcé d’un milliard sur les riches : c’était autant qu’on ne demanderait pas à la planche à billets. Surtout, on se préoccupa d’accroître le gage des assignats par des confiscations nouvelles (…) mais ces mesures n’arrêtèrent pas la dépréciation, de 50% en 1793 elle passa à 67% en juin 1794. (…) La défense des assignats avait échoué. Mais sous la Convention thermidorienne ce fut bien autre chose. En septembre on émit 900 millions ; en octobre un milliard, et ce fut une dégringolade vertigineuse. Le Louis d’or qui valait 75 livres-papier en 1794 en vaudra 2000 en octobre 1795. Le prix de la vie croît de jour en jour. (…) L’avènement du Directoire n’améliore pas la situation. Le Louis vaut, en décembre 1795, 4000 francs-papier. On ferme la Bourse et il passe à 6500. (…) Le gouvernement essaie d’emprunter : il voulait 600 millions-or : les caisses reçurent 13 milliards en papier et 8 millions en valeur réelle. Entre temps, l’assignat de 100 livres est tombé à 6 sous. On brûle la planche à assignats, puis au printemps 1796 on invente un nouveau papier-monnaie : les mandats territoriaux. On en émet pour 2 milliards et demi. À l’émission, ce franc-mandat vaut 2 sous et 30 francs-assignats. Bientôt la dépréciation sera de 60%, puis de 90, finalement les mandats territoriaux sont démonétisés et échangés à raison de 1% contre des sous qui n’ont pas valeur de monnaie. Il n’y a plus de guerre pour alimenter le trésor et Bonaparte s’en chargera. En attendant, l’État fait banqueroute : le 30 septembre 1797, on supprime les deux tiers de la dette.

Tel est donc le bilan financier de la Révolution : si l’Ancien Régime lui avait laissé 3 milliards de dettes, il lui avait légué une monnaie saine et une France prospère. En moins de dix ans cette France était ruinée, la monnaie tombée à zéro et la dette sacrifiée pour les deux tiers.

J. F. Henry in L’Étudiant français, 1939.

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L’Allemagne paiera ?

Economie — Article écrit par le 24 janvier 2012 à 22 h 29 min

L’Allemagne paiera ?

Non. L’Allemagne ne paye jamais autant qu’on croit, si nos abrutis de politiciens et d’inspecteurs des finances qui nous amènent dans le mur depuis quarante ans en s’en mettant plein les fouilles savaient apprendre quoi que ce soit, c’est bien ça que le vingtième siècle aurait dû leur apprendre.

Savez-vous à quel taux a emprunté le Portugal ces jours derniers ? Non ? Allez… 14% rien de moins.

Mettez-vous à la place des prêteurs : les États sociaux-européens, toujours prêts à faire payer les autres pour leurs idioties démocratiques et sozial-démagogiques, sont en train d’obliger les banques à abandonner volontairement une partie de la dette grecque. Pourquoi volontairement ? pour que ne s’activent pas les CDS sur cette même dette. Ces CDS sont des produits financiers, des sortes d’assurances prises pour se garantir du défaut d’un État pour le dire simplement. En l’occurence la Grèce. Ils s’activent en cas de défaut. Or le défaut n’est pas déclaré si l’abandon de créances par le créancier est volontaire.

D’ailleurs qui paierait ces CDS ? ils font partie de produits obscurs, vendus et renvendus, mis dans des pots communs opaques, et au final personne ne sait très bien ni qui paierait ces sortes d’assurances en cas de défaut grec ni même sans doute qui les encaisserait, les détenteurs actuels n’étant peut-être pas exactement ceux qui ont prêté à la Grèce, du moins en termes de proportions il n’y aurait peut-être pas de rapport entre la perte et son assurance. Dette et CDS sur celle-ci forment une sorte de jeu de la patate chaude très amusant, d’autant que personne ne sait quand la patate explosera. Mais on sait qu’elle explosera d’une manière ou d’une autre. Et il y en a pour un paquet de milliards rien que pour la Grèce. Et autant pour le Portugal, et plus pour l’Espagne, et encore plus pour l’Italie. Pour la France je ne vous raconte même pas. Faire bouffer pendant des années des ronds de carotte bio et décroissante à tous les Français — et des petits ronds — en leur volant tout le produit de leur travail — au lieu de la moitié actuellement — cela suffirait à peine à payer ces CDS. Autant dire que si vous attendez que l’État renfloue les banques sur ce coup là, vous êtes marrons. Non par manque d’envie des Hommes de l’État, de leurs copains de promo banquiers et de leurs parasites sociaux de tout voler en vous mettant au régime ronds de carotte, notez-le bien, mais simplement parce qu’il y a un point au-delà duquel ils se feront pendre.

Qui donc prêtera à un État européen en demi-faillite s’il est ainsi démontré avec la Grèce qu’on peut simplement perdre des milliards par un jeu de passe passe et de pressions entre États et gangs de prêteurs, aboutissant à un défaut « volontaire ». Ironiquement, ce qui est censé sauver la zone Euro, l’absence de défaut grec, est donc aussi ce qui pourrait la tuer le plus sûrement. D’ailleurs qui va etre désigné volontaire sinon les banques européennes principalement ? Banques qu’il faudra faire renflouer par le contribuable, via l’impôt, l’emprunt forcé ou l’inflation la hausse des prix ? tout ça n’a aucun sens sinon essayer de tenir encore un peu, jusqu’aux élections et le temps de voler les fonds de tiroir qui restent pour nos amis X-Ena de Bercy et d’autres ministères.

En admettant même qu’il y en ait quelques-uns sincères dans le tas, les Daubresse, Robien, Arthuis et tous ceux qui servent habituellement d’exemples de probité aux débats télévisés pour couvrir les turpitudes et les vols de leurs petits camarades, on ne peut guère conclure qu’à leur incompétence. Ou à leur compétence dans un ordre — comptabilité publique, passe-passe euro-bruxellois, droit public, notes de synthèse diverses, magouilles avec la BCE pour imprimer des billets — qui ne sert à rien devant ce simple fait que nous sommes arrivés au point ou pour s’en sortir il ne faudrait ni parlotter, ni voter des lois, ni faire des débats obscurs devant le Conseil d’État, ni faire des sommets européens qui n’aboutissent jamais à rien, mais mettre du cash sur la table pour rassurer. Or du cash, ils n’en ont plus. Fini. Rasibus. Et n’ont à peu près aucun espoir d’en récupérer un peu où que ce soit, du moins du cash de bon aloi. (1)

Vous prêteriez à M. Pereira si vous aviez pris une assurance contre le non-remboursement du prêt que vous avez accordé auparavant à M. Patropoulos et si cette assurance se révélait finalement inopérante ?… Oui, vous lui prêteriez peut-être. Mais à 14, 24 ou 34%, manière de compenser par le gain espéré le risque devenu hors de contrôle. Et vous ne lui prêteriez sans doute pas beaucoup de l’argent que vous avez de disponible. Sauf bien entendu si vous êtes une pétromonarchie et que l’argent ne vous coûte rien mais que vous espérez qu’en échange on vous autorisera à construire plus de mosquées, ou encore si vous êtes une mafia et qu’il s’agit de blanchir votre argent, même en n’en récupérant que moins de la moitié, ce qui est toujours mieux que des billets inutilisables entassés à pourrir ou geler sur des palettes au fond de la Russie, de la Thaïlande, de la Chine ou de la Colombie.

Et puis madame Lagarde nous le dit du haut de son FMI (qui entre parenthèses doit lui aussi être sauvé financièrement, sauver le sauveur, la bonne blague) : un défaut grec est « inenvisageable ». Et ça ça ne manque jamais avec Lagarde : ce qu’elle déclare inenvisageable ou impossible ou inacceptable, ça arrive dans les deux semaines ou dans le mois qui suit. Ça ne rate presque jamais. Je ne me souviens pas que ça ait raté en tout cas quand elle était ministre de l’Économie et des Finances à Paris, comme le Père Ubu.

Un autre clown c’est Bayrou, dont je viens de lire qu’il a déclaré qu’il fallait « faire comme en 1958 ». Il a sans doute voulu faire une formule, c’est tout, mais faisons un instant semblant que M. Bayrou pense et dise des choses qui ont un sens. Alors, s’il pense au plan Rueff, il est un peu tard pour ça. Et ça demanderait d’ailleurs de sortir de l’Euro, ce que Bayrou refuse. Et on connaît d’ailleurs assez nos politiques pour savoir qu’ils ne s’arrêteraient pas à une seule dévaluation : on y aurait droit tous les deux ans, ruinant toute épargne et donc toute richesse au profit de leur petite réélection dans cinq ans au plus. Eh oui, n’oubliez pas, République, démocratie, opinion, barrage au populisme, conscience universelle, toutes ces conneries désespérantes que répètent en boucle Sarkozy et Hollande chez les journalistes…

S’il pense à autre chose, notre inénarrable patron du Modem, il faut peut-être qu’il s’avise d’une chose, le candidat à l’élection présidentielle dont-j’ai-perdu-le-quantième de la 5e république : 1958, ça a été d’abord un changement de régime, pas un changement de clown sur la piste… On n’a pas seulement remplacé Pflimlin par De Gaulle en 1958.

Je le redis : quand ce qui est nécessaire est impossible et quand ce qui est possible est inutile, tout ira jusqu’à son terme naturel. Accrochez-vous à vos gencives.

 

(1) Quant à la variante qui consisterait à mettre ses couilles sur la table au lieu du cash, on peut rêver. Car les couilles politiques, c’est-à-dire quelques avions et quelques chars et aller casser la gueule aux arabes pour leur piquer leur pétrole et leurs réserves de pétro-dollars immoralement entassées, nous n’en avons ni les moyens financiers, ni les moyens moraux, embourbés que nous sommes à la fois dans la pensée de l’assistanat qui coûte cher et dans l’antiracisme collant qui paralyse. (Retour au texte.)

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Reprenons

Economie — Article écrit par le 18 janvier 2012 à 15 h 17 min

J’aimais bien les gens de chez Moneyweek, qui se retrouvent maintenant pour l’essentiel chez Agora. Ils ont plutôt souvent raison, ce qui est tout ce qu’on leur demande. Cela vient sans doute du fait qu’ils ont plus recours au simple raisonnement logique que les abrutis béats de certaines lettres dites confidentielles liées à de grand magazines économiques. Leur pensée est plus « autrichienne », plus philosophique. Avec cette particularité de la pensée philosophique qu’il est toujours amusant et instructif de la pousser jusqu’à son terme pour éclairer la question.

Aussi j’aime bien prendre Simone en défaut de timidité, ce qui n’arrive pas très souvent. Surtout si ça permet de revenir sur cette histoire de rendement négatif de la dette allemande.

« Comment expliquer que des investisseurs acceptent de prêter de l’argent avec un rendement réel négatif, en d’autres termes qu’ils acceptent de payer pour qu’on garde leur argent ? Parce qu’ils ont peur d’en perdre partout ailleurs ! »

J’étais prêt à m’arrêter fermement à la même conclusion voilà deux jours. Puis XP et l’un de nos estimés commentateurs m’ont fait réfléchir un peu au delà de ma formulation volontairement simpliste par souci didactique.

D’abord on peut toujours investir ailleurs sans perdre d’argent, avec la quasi-certitude de gratter quelque chose en intérêt. Les coupes de bois, la vente d’eau potable, les matières premières bien suivies, certains services informatiques maintenant incontournables… Puis nous parlons de qui ? pas de Madame Michu. Madame Michu elle a un livret A et deux Napoléons qui lui viennent de ses parents dans la petite boîte qu’elle cache sous la cheminée. Nous parlons de grandes institutions financières, qui savent toujours gagner un minimum d’argent, quel que soit le marché. Elles peuvent certes en perdre, parfois beaucoup, mais en gros, si vous leur confiez cent millions et que vous voulez en toute certitude les revoir dans six mois ou un an avec un petit intérêt, elles sauront faire. Pour une telle somme, elles sauront même isoler ça pour vous d’autres risques qu’elles sauraient courir. Les risques de change elles savent faire et neutraliser aussi. A fortiori savent-elles faire tout ça pour elles-mêmes. Pourquoi donc vont elles mettre de l’argent – le bon cash qui est king devient somme toute rare – dans la dette allemande à un rendement négatif ?

Il me semble que ça s’éclaire si on va un pas plus loin. Elles n’ont pas peur de perdre de l’argent, ces institutions qui ont acheté de la dette allemande plus cher que cela ne leur sera remboursé. Elles savent qu’elles en gagneront. Ou plutôt qu’elles pourraient en gagner et dans les stratégies compliquées qu’elles mettent plus que jamais en place pour couvrir chaque investissement par d’autres, ça a joué.

Sur quoi comptent-elles donc ? pas de manière certaine, mais comme une possibilité qu’elles ne peuvent négliger et qu’elles n’ont pas négligé ? Il y a une seule réponse. Elles pensent qu’elles pourraient être remboursées en néo-Deutsche-Marks de ce qu’elles ont prêté en euros (en fait, de ce qu’elles ont payé en euros, c’est pour ça que les rendements négatifs sont possibles sur le marché primaire : récemment l’Allemagne a décidé de ne plus adjuger ses obligations en taux, mais en prix, si on paye plus de 100 euros pour 100 euros qu’on se fera rembourser au terme, ça fait bien un rendement négatif). Ou encore elles imaginent qu’elles pourraient être remboursées en super-Euro réapprécié, ce qui revient au même si les pays à problèmes sortaient de l’union monétaire et si l’Euro devenait la monnaie de l’Allemagne, de ses arrière-cours et de l’Europe du Nord.

Autrement dit, elles croient que dans six mois ou un an, ou un an et demi (elles peuvent refaire le coup plusieurs fois tant que ça n’écorne pas trop le gain espéré) l’Euro tel qu’il existe pourrait avoir disparu.

Ce n’est sans doute ni certain ni évident. Mais c’est assez probable pour que des gens compétents l’aient calculé et aient misé là dessus, ensemble, plusieurs milliards d’euros.

Et là, ce qui prend un certain relief, c’est une information que j’ai fugitivement vue il y a quelques jours, sans y apporter beaucoup d’attention sur le moment. Le gouvernement Allemand (c’était une déclaration d’Angela Merkel elle-même si je ne m’abuse) envisagerait d’interdire aux banques et assurances qui ont souscrit des emprunts d’État allemands de les revendre. Elles devraient les garder jusqu’à se faire rembourser comme prévu.

Imaginez que vous déteniez une créance en euros sur l’État allemand. Une créance ancienne. Vous pourriez faire le coup de la revendre comme l’État allemand a placé ses obligations à rendement négatif récemment : en vendant un prix supérieur à la valeur où l’obligation devra être remboursée. Vous vendez par exemple 101 euros une créance sur l’État allemand qui sera remboursée 100 à son terme. Vous feriez une bonne affaire, certes. Mais peut-être pas aussi bonne que celui qui vous l’achètera 101 euros pour être remboursé 100 néo-Deutsche-Marks.

Le but de l’interdiction serait pour le gouvernement allemand d’empêcher certaines banques de se gaver trop ouvertement, ce qui ferait désordre en ce moment. La crainte de voir surtout des banques étrangères profiter de ce mécanisme alors que certaines banques allemandes sont un peu courtes et seraient tentées de brader pourrait sans doute jouer aussi. Enfin préparer une sortie un minimum en ordre de l’euro actuel ne pourrait se faire qu’assez discrètement, donc sans que ces histoires de rendements négatif ne se généralisent sur le marché secondaire, pour éviter une panique bancaire générale en Europe (comme le craint ouvertement le Foreign Office d’après le Daily Telegraph).

Mais stop, considérons un instant les choses. Car là nous ne parlerions plus du pari de quelques institutions financières, certes compétentes, mais qui ne représentent qu’elles-mêmes, et de leurs stratégies compliquées où ce ne serait qu’un élément pris en compte pour sa probabilité au milieu d’autres. Nous parlerions de ce que le gouvernement allemand considérerait possible un tel scénario. Suffisamment pour imaginer des mesures politiques préventives et pour y préparer les marchés, le ballon d’essai de Merkel ayant été sans publicité particulière, mais ouvertement lancé.

Certes je mets tout cela au conditionnel pour ne pas trop passer pour un con si cela se révèle une simple spéculation sans début de réalisation. Mais quand les choses s’emboîtent, elles s’emboîtent.

Enfin on peut remarquer au passage que les gens qui n’avaient pas compris en quoi les monnaies fiduciaires sont en fait ni plus ni moins que de la dette sur les États, essentiellement différente d’une monnaie métallique ou garantie par du métal, ont là une application grandeur nature qui devrait les éclairer.

(Et les pauvres banquiers direz-vous ? ainsi brimés ? Rassurez-vous, l’Allemagne, pour être un peu moins mal gérée et un peu moins destructrice de richesse que la France, est aussi une démocratie d’opinion où l’argent détermine l’élection. Je suis prêt à parier que les banquiers rachèteront le droit de se gaver en finançant généreusement les trois grands partis politiques allemands…)

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Le bon cochon (tirelire)

Economie — Article écrit par le 16 janvier 2012 à 12 h 46 min

Claire Chazal préférera vous parler en ânonnant son prompteur du Golden Globe de Jean Dujardin.

Mais l’événement de la semaine c’est… non, pas la perte du tripleuha, ça on s’y attendait. C’est le nouveau placement de sa dette par l’Allemagne à des rendements négatifs.

Bien sûr vous n’allez pas prendre votre cochon-tirelire et aller acheter des emprunts d’État allemands — à moins d’avoir un gros, très gros cochon-tirelire. Aussi ramenons cela à notre petit niveau : vous avez 1000 unités de la monnaie d’occupation européenne euros. Vous aimeriez bien que ces mille euros restassent mille euros et si possible quelques intérêts dans trois ou cinq ans. Or, curieusement, au lieu de les mettre sur votre livret Z comme Zorro, ou de les garder sur votre compte bancaire rémunéré, ou d’acheter avec des produits financiers de la Société Lyonnaise de Paris Agricole Indo-Panama garantie par l’UMPS-républicain-citoyen-éco-durable-antiraciste-droits-de-l’homme, vous allez les confier à l’État allemand contre la promesse qu’il vous en rendra légèrement MOINS dans trois ou cinq ans. Pourquoi donc feriez-vous cela ?

Il y a quatre possibilités pour l’expliquer :

  1. Vous êtes tellement enragé naziste que vous voulez à toute force donner de l’argent à l’Allemagne pour ne pas recommencer l’erreur du Maréchal qui gâcha par sa politique timide et ambiguë notre seule chance de faire vraiment l’Europe en 1941 par une collaboration loyale avec le chancelier d’Allemagne. C’est peu probable. Surtout ici, vous pensez bien. Oh là là, on n’a pas de lecteurs comme ça.
  2. Vous êtes complètement con et/ou vous ne savez pas compter. Notre public étant d’élite et peu composé d’énarques spécialistes de comptabilité publique, on peut aussi écarter cette double hypothèse par la bêtise et/ou la compétence technocratique.
  3. Vous n’avez aucune confiance dans vos banques et vous êtes prêt à payer un peu l’État allemand pour qu’il promette de vous rembourser dans trois ou cinq ans, vous préférez ça au risque de perdre plus dans une faillite bancaire. C’est déjà plus probable.
  4. Vous pensez que l’Allemagne vous remboursera en une monnaie dont l’appréciation relative compensera, et au delà, le rendement négatif de l’emprunt. Vous croyez donc au moins probable, d’une manière ou d’une autre, la fin de l’Euro tel qu’il existe actuellement avant trois ou cinq ans. Là ça devient carrément intéressant comme idée.

Sachant que ce n’est pas vous qui êtes en train de le faire mais que nous parlons ici d’institutions financières, il faut évoquer une autre hypothèse : les banques ne trouvent plus assez d’emprunts d’État bien notés et acceptent donc de payer pour en détenir, parce qu’elles y sont obligées par la réglementation ou par contrat. Ce serait une explication intéressante si ce n’était la troisième fois en moins d’un an que l’Allemagne arrive à placer ainsi de la dette publique à rendement négatif ; elle l’a donc déjà fait deux fois avant la dégradation récente de tout un tas de social-démocraties encore plus mal barrées qu’elle.

Concluons en ces temps de naufrage en rappelant que les banquiers quittent toujours le navire à temps, avant même les femmes et les petits enfants. Et laissons chacun penser à l’avenir de son cochon-tirelire — avenir qui, contre toute tradition, n’est pas rose.

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Alas ! (ter)

Economie — Article écrit par le 14 janvier 2012 à 12 h 44 min

Alas ! Alas ! Alas ! Notre mignon petit tripleuha n’est plus.

Rarement on aura entendu ces derniers mois une aussi bonne nouvelle.

Quelles vont-être les conséquences ?

D’abord le gouvernement, et même si on met à part le cas amusant de Baroin, passe pour des cons. Après nous avoir expliqué durant des mois que ce serait une calamité si cela arrivait, ils n’ont eu que quelques semaines pour nous dire que finalement ce n’était pas si grave que ça et qu’il ne fallait pas s’en faire. Passons : aidés de nos bons journalistes aux ordres, du moins ceux qui n’ont pas l’heureuse idée d’aller se faire bêtement flinguer en Syrie, ils s’en tireront. « Plus c’est gros, plus ça passe » comme disait Marcel Bleuchtein-Blanchet.

La conséquence la plus immédiate, c’est que quantité d’institutions financières à travers le monde vont se mettre à revendre des titre de la dette française, car elles sont obligées par contrat ou par la réglementation à ne détenir que des actifs notés triple A par les trois grandes agences de notation. Titres légèrement décotés qui vont être achetés à bon compte par des gens qui n’achèteront donc pas, ou moins, les nouvelles émissions — celles que nous allons émettre en 2012 pour payer les intérêts de celles émises avant et nos gros frais de fonctionnement. Ou bien il faudra leur servir un taux d’intérêt supérieur.

La réalité de ces mécanismes semble complètement opaque à la plupart des Français, qui, par la grâce de l’Éducation (sic) nationale (re-sic), n’ont jamais suivi le moindre cours de théorie monétaire et imaginent qu’on attribue une note et que cette note amène un taux d’intérêt, un peu comme notre gouvernement décide d’augmenter ou non le taux du livret A. Sorti de ce modèle étatiste où règne une réglementation effrénée légitimée par un harmonisme délirant — et faux — le Français ne conçoit plus rien.

L’important n’est donc pas tant la perte du triple A, qui était « déjà inscrite dans les cours » comme commentent sentencieusement les commentateurs, que la perspective négative. Cela signifie que malgré le baratin mis dans leur note pour ne pas trop fâcher le gouvernement français et l’autorité d’occupation européenne l’administration bruxelloise, S&P ne croit pas du tout à une amélioration probable de la situation française.

Nous devrions donc nous acheminer lentement vers la ligne magique, celle qui se situe entre 6 et 7% d’intérêt à payer sur l’argent qu’on emprunte, et dont on s’accorde à penser qu’elle est la limite au-delà de laquelle les gouvernements, même menés par des énarques incapables et des polytechniciens prétentieux, ne peuvent plus se désintéresser de la rentabilité des investissements réalisés avec l’argent emprunté. Autant dire que payer les fonctionnaires, les allocs et notre beau modèle-social-que-le-monde-nous-envie™ tout entier va devenir un exercice non seulement ruineux (ça ils s’en foutent, ils le font avec votre argent) mais périlleux pour le pouvoir en place. Voire pour le régime si l’on se souvient des déclarations de Jacques Chirac sur la sécurité sociale et la retraite par répartition faisant partie du « socle républicain » ou je ne sais plus quelle formule équivalente.

Ça va encore prendre un certain temps, mais la situation va donc s’améliorer avec un crédit plus difficile pour l’obèse, dépensier et clientéliste État français, qui va devoir convenir qu’on ne sort pas du surendettement en empruntant encore plus, même en habillant ça de conneries keynésiennes de centre-gauche. Bien sûr il n’est pas exclu que des abrutis à la Arthuis, le genre expert-comptable obsédé par l’équilibre des comptes obtenu à n’importe quel prix, nous fassent le coup d’une TVA à 25 ou 29%. Mais paradoxalement, ça ne durera pas, comme disait mon grand père, autant que les contributions. Et après tout la TVA est un impôt plutôt moins injuste que l’impôt sur le revenu ; quitte à ce qu’il y ait une fuite en avant temporaire de nos élites dépensières bunkérisées dans les absurdes théories de Bercy sur la capacité d’endettement indéfinie de l’État relayée par sa capacité infinie à lever l’impôt, autant que ce soit celle-là.

Reste que même un X-Ena inspecteur des finances élu parlementaire avec des plumes tricolores au derrière n’a pas encore trouvé comment on tond un mouton qui n’a plus de laine.

Quoiqu’il en soit, il suffit de voir l’inquiétude brouillonne et contradictoire qui s’empare de nos politiciens pour mesurer que la perte de ce triple A est une excellente nouvelle. Ils ont peur de ne plus pouvoir financer la démocratie d’opinion et son cortège de clients, de gens à qui on promet n’importe quoi en faisant de la dette. Il ne reste plus que le démantèlement de notre saleté d’État providence — avec les effets secondaires souhaitables comme l’arrêt des principales pompes migratoires — ou la fuite vers une spoliation des riches, sachant que quel que soit son patrimoine, on est toujours le riche de quelqu’un et que ça finit toujours assez mal. Dans les deux cas, c’est le régime tel qu’il est, issu du programme communiste du CNR et des réformes d’après-guerre, qui est mal parti. C’est celle-là la vraie bonne nouvelle sur le chemin de laquelle la perte du triple A est un panneau indicateur très clair : on va devoir, qu’ils le veuillent ou non, liquider la sociale voulue par les cocos vainqueurs entre 44 et 47. Peut-être même aura-t-on la peau de l’école de Jules Ferry, qui a rendu des services par le passé mais qui a depuis fait naufrage comme l’on sait. Que du bon vous dis-je !

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Non, les émeutes londoniennes ne sont pas raciales

Economie — Article écrit par le 10 août 2011 à 14 h 31 min

Il est évidemment tentant de transposer notre petite expérience de 2005 dans l’Angleterre d’aujourd’hui. D’autant que le point de départ semble similaire : un criminel coloré flingué avec raison, ce dont on ne peut que féliciter la police de Sa Majesté.

Mais à l’évidence ces émeutes ne sont pas raciales. Autant celles de 2005 en France étaient clairement des émeutes du Ramadan et avaient non une composante raciale mais un caractère racial essentiel, réunissant surtout des noirs et des musulmans, autant les émeutes de Londres n’ont qu’une — ou plutôt ont des composantes raciales indéniables, mais pas plus.

D’abord les émeutiers ne sont pas tous noirs ou « asiatiques » — ce qui en anglais poli veut dire pakistanais, indien, musulman et tout ce qui s’y ramène. Même en supposant que certains medias anglais trient les photos, il y a des pillards blanc, bien anglais, et qui ne se font pas bolosser pour leur butin par leurs compagnons d’émeute.

Ensuite, il y a des victimes qui ne sont pas blanches, en nombre important. Ainsi des Turcs se sont-ils mis à taper sur des noirs qui voulaient mettre à sac leur quartier plutôt que de se joindre aux émeutiers pour se diriger vers un quartier blanc, ce qui aurait été concevable dans une émeute raciale.

Sans doute les quartier multiethniques ont été les premiers à flamber. Sans doute une majorité d’émeutiers n’est pas composée de bons anglais bien blancs. C’est somme toute banal de le constater, pour de simples raisons sociologiques : on ne pille pas quand on habite le fond du Kent ou Chelsea. On ne met pas le feu aux immeubles quand on est arrivé péniblement à acheter un bien immobilier à Londres, même dans un quartier très banal. On pille et on met le feu quand on n’a pas tout cela à perdre. Un certain nombre d’autorités locales l’ont bien compris, qui ont d’ores et déjà déclaré vouloir expulser les émeutiers identifiés des logements sociaux qu’ils occuperaient. Peut-être y a-t-il des cris racistes anti-blancs ici et là, mais ils semblent bien rares.

Sans doute aussi la paralysie de la police anglaise est-elle en partie due à sa peur panique d’être accusée de racisme ou de violences contre des « communities ». On sait que depuis des décennies cette peur, issue d’un complexe de culpabilité coloniale, est commune aux deux partis qui alternent au pouvoir. Chez les conservateurs cette orientation dominante depuis l’éviction d’Enoch Powell a été un peu écornée par David Cameron, qui a récemment parlé de « britishness » pour flétrir le multiculturalisme. Que la police et les autorités londoniennes soient si sensibles au politiquement conforme n’a rien arrangé, c’est donc entendu aussi.

Reste que ce ne sont pas tant des émeutes d’immigrés contre les Anglais de souche que des émeutes de pauvres contre les riches, ou ceux qui sont perçus comme tels car ils sont du bon côté de la société de consommation capitaliste et technique. Avec le cortège de pillages de magasins de sport, de mode, de parfums, de hi-fi et autres stands de cigarettes que ces mots peuvent recouvrir dans les faits.

Les émeutes de Londres sont les premières émeutes importantes à l’échelle d’un pays à accompagner la mort des États providence européens, la faillite définitive dans la dette des ridicules ambitions sociales-démocrates qui pourrissent notre continent depuis plus de soixante ans. Appelez ça modèle républicain, modèle Rhénan, Welfare ou nouvelle société, c’est la même chose.

Car ces pauvres, malgré les apparences, sont des enfants gâtés. Et ils réagissent comme tous les enfants gâtés qu’on prive brusquement de leur jouet ou de leur quatre heures.

Je dis bien ces pauvres. Car en Angleterre comme chez nous il existe aussi une vraie grande pauvreté, mais celle là n’organise pas d’émeutes avec des Blackberry achetés grâce à l’argent redistribué par les politiciens à travers des allocations sociales. Car ces allocations arrivent rarement à ceux, vraiment en grande difficulté, qu’il serait légitime d’aider.

L’immigration excessive depuis des décennies accroît bien entendu ces données, mais ne fait que les accroître et les compliquer.

Cette révolte des allocataires et autres bénéficaires, de ceux qui on l’habitude de percevoir largement de l’argent volé aux autres par l’impôt ou volé à l’avenir par l’emprunt, touche le pays qui a été le plus socialisé d’Europe, qui est allé le plus loin dans l’État providence, jusqu’à son absurde système de santé actuel auquel même Margaret Thatcher n’a pu toucher significativement. On a oublié à quel point le collectivisme social forcené avait fait du Royaume-Uni l’homme malade de l’Europe des années 70.

Aujourd’hui la pression fiscale a diminué et il serait périlleux pour le gouvernement de David Cameron de la réhausser significativement, électoralement périlleux mais aussi en raison de la loi de Laffer. Quant à la dette, on sait ce qu’il en est. Si bien que peu à peu et malgré les abrutis comme Stiglitz, on voit céder devant le réel les ahurissantes stupidités keynésiennes qui reviennent in fine à prétendre qu’il suffit d’emprunter ou de créer de la fausse monnaie pour que tout aille toujours bien.

Ces gens habitués à recevoir de l’argent pour tout, sous tout prétexte, sans jamais être contraints de créer de richesse réelle en investissant cet argent, donc habitués à détruire de la richesse — c’est la seule chose que sache faire le socialisme —, continuent différemment à faire ce qu’ils ont toujours fait. La richesse détruite quand on met le feu à un magasin ou qui y est pillée est seulement plus spectaculaire à voir que celle détruite via les mécanismes de l’État-providence, dont les émeutiers ont bien compris qu’on allait les sevrer en grande partie, pour simple cause de faillite et d’impossibilité de rembourser les dettes contractés.

Il faut ajouter à cela l’âge des émeutiers, génération qui en raison même de la perpétuation de l’État-providence en faillite, de ses constructions sociales à base de redistribution plus que d’épargne individuelle, a le sentiment, souvent juste, de se retrouver condamnée à payer d’une manière ou d’une autre, pour l’imprévoyance et les doux rêves sociaux de leurs aînés.

L’alliance est alors naturelle entre ceux des immigrés qui ont l’impression éternelle que l’homme blanc leur doit quelque chose et ce demi-prolétariat, où les anglais de souche sont nombreux, qui croit lui qu’un magot est caché quelque part et que l’État pourrait le taxer à leur profit, ce qui leur permettrait de continuer à profiter d’aides sociales généreuses. Dans les deux cas, tout un discours idéologique en faillite où se mèlent socialisme, marxisme, communisme, tiers-mondiste, idéologie écologique ou encore christianisme dévoyé est à leur disposition pour légitimer cette évidence qu’ils ressentent : on ne leur enlèvera pas ce qu’on leur doit de leur point de vue et à quoi ils sont habitués. Du moins pas sans qu’ils cherchent à tout casser.

Dès lors, la rigueur financière anglaise, même annoncée plus que réelle encore, ne pouvait qu’aboutir à ces émeutes.

Dans les pays européens qui ont pris l’autre chemin avec l’euro, soit une réforme financière de façade accompagnée du laxisme de la BCE qui mènera à l’altération de la valeur de la monnaie, les émeutes dues à la même conjonction entre immigration et appauvrissement viendront aussi. Elles seront sans doute plus graves. En effet, le processus économique par lequel les alcooliques finaux de la dette se font confisquer leur bouteille sera encore moins qu’en Angleterre compréhensible au citoyen lambda sûr de ses droits soziaux, et d’autre part il ne manquera pas de bistrotiers politiques pour leur promettre un dernier verre en échange de leur vote (on peut d’ailleurs noter qu’en Angleterre Milliband a été plutôt responsable, l’éloignement des prochaines élections aidant sans doute). Or voter ne change rien à la réalité, qui est tragiquement simple : les modèles européens sont en faillite sous le poids de leurs dettes qui ont servi durant des décennies à financer des gabegies inconcevables et des dépenses de fonctionnement stériles plutôt que des investissements. Si bien que les seules économies significatives qui pourront être faites consisteront à couper à la hache dans les dépenses sociales et assimilées.

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Jean Arthuis et sa non-dégradation

Economie — Article écrit par le 26 novembre 2010 à 15 h 02 min

En dehors de ses fonctions d’élu depuis Mathusalem, Jean Arthuis est expert-comptable. Je ne vais pas dire ici trop de mal des experts-comptables, encore que ce genre de profession qui prospère sur l’existence de réglementations incompréhensibles à moins d’y consacrer plusieurs heures par jour m’ait l’air furieusement inutile dans ces conditions d’exercice et plus participer à l’entretien bien compris des problèmes qu’à leur résolution.

Donc, en forçant un peu le trait, on peut dire que du moment qu’on arrive à zéro après avoir fait les totaux des colonnes plus et moins, Jean Arthuis est content.

C’est peut-être ce qui le rend populaire dans certains milieux conservateurs au pire sens du terme. C’est certainement ce qui explique que régulièrement M. Arthuis réclame plus d’impôts. On ne peut pas dire que ce soit vraiment de la démagogie, mais cela participe à l’idée que l’on pourrait prendre aux gens autant qu’il faut pour financer toutes les conneries — sociales notamment, ce sont les plus coûteuses — qui passent par la tête de nos élus et qu’ils savent habilement vendre au bon peuple car c’est leur métier de les lui vendre.

Pourquoi parler de M. Arthuis ? parce que toute cette confusion entre des aspirations vertueuses — on pourrait presque dire vertuistes — et une réalité qui se résume à l’incapacité de l’État à reculer et à prélever moins sur ses esclaves-assujettis culmine aujourd’hui en la personne de M. Arthuis :

Un dérapage à presque un milliard. La commission des Finances du Sénat a approuvé jeudi une demande d’ouverture de crédits d’urgence de 930 millions d’euros pour pouvoir assurer les paies de décembre de certains fonctionnaires de huit ministères, dont l’Education nationale, la Défense, l’Intérieur et le Budget. S’inquiétant « du dérapage des dépenses de personnel de l’Etat », la commission, présidée par le centriste Jean Arthuis, a annoncé, dans un communiqué, avoir donné un avis favorable « assorti de fortes réserves » à un projet de décret d’avance de crédits qui lui a été transmis. Le décret « procède à l’ouverture en urgence de 1,39 milliard d’euros d’autorisations d’engagement et de 1,14 milliard d’euros en crédits de paiement, dont 930 millions d’euros seront destinés à couvrir des dépenses de personnel », a ajouté la commission.  

La somme, qui représente « un peu plus de 1% des frais de personnel de l’Etat », « est indispensable pour assurer la paie de décembre de ces milliers de fonctionnaires de ces huit ministère », a précisé M. Arthuis auprès de l’AFP. Il a dit que les ouvertures de crédit étaient « compensées par des annulations de crédit sur des investissements et des dépenses d’interventions » et que donc « le solde budgétaire n’était pas dégradé ».

« Le solde budgétaire n’est pas dégradé. » Vision de comptable à courte vue. Car la qualité des différentes dépenses, elle, n’est pas prise en compte par M. Arthuis armé de son boulier.

En clair, l’État est en train de supprimer des dépenses d’investissement — les seules qui rapportent, ou plus précisément qui peuvent rapporter quand elles sont bien faites — pour privilégier les dépenses de fonctionnement, et même le pire de sa mauvaise graisse : le nombre excessif de ses fonctionnaires, dépense triplement désastreuse puisque : 1° ils embêtent ceux qui créent vraiment de la richesse ; 2° ils coûtent sur le moment ; 3° ils coûteront quand ils seront en retraite.

Je sais ce qu’on va m’opposer. Il manque des infirmières, et les profs sont parfois admirables. Certes. Mais on a aujourd’hui plus de gens payés dans les hôpitaux à remplir des papiers de sécurité sociale qu’à soigner, et le ministère de l’Éducation nationale n’a toujours pas retrouvé plusieurs milliers d’agents qu’il paye sans qu’ils aient jamais vu un élève, et même sans que ce ministère sache au juste ce qu’ils font (détachements divers, permanents syndicaux, etc.)

Serons-nous sauvés un jour des comptables à boulier comme M. Arthuis, au profit de gens qui prendront en compte non le résultat des comptes fictifs ou conjecturaux des État et para-États* français, mais ce que ces dépenses rapportent ? Y aura-t-il un jour une autre solution que de proposer de voler plus d’argent aux Français pour financer le tonneau sans fond de l’Étatisme-providentialiste-cogéré ?

D’un côté il y a peu de chances. Les hommes politiques, parce qu’ils ont assis leur pouvoir sur l’État providence et parce qu’ils en profitent pour s’enrichir personnellement (vous connaissez beaucoup d’élus au RSA, vous ?) refusent de dire la vérité, qui s’énonce un peu comme ça : il n’y aura pas de sortie de crise et la vie à crédit en ne produisant plus une richesse suffisante c’est fini. Le monde d’avant ne reviendra pas, s’il pouvait revenir ce ne serait d’ailleurs pas dans nos pays.

D’un autre côté, cette autre solution, nous en avons peut-être l’acronyme. Vous vous souvenez des PIGS (Portugal-Ireland-Greece-Spain) ? Eh bien le prochain est prêt : FUSE (France-United-States-England). Des pays qui chacun avec ses particularités sont surendettés, à la population plutôt vieillissante, aux systèmes sociaux déraisonnables et générateurs de chômage, où l’immigration entretenue par un humanisme hors de propos entraîne des coûts financiers exorbitants, et qui n’ont plus les moyens financiers de leurs politiques sociales ou militaires. Mais aussi et surtout, pays qui seront too big to bail là où les autres étaient too big to fail. La frontière entre les deux groupes étant l’Espagne, dont le renflouement sera à la limite du possible, et ne se fera à marche forcée et à un coût exorbitant pour le contribuable que si les banques françaises et allemandes y sont trop exposées pour que les États les laissent tomber.

Retenez bien cet acronyme : FUSE. On ne sait pas si le premier coup viendra du dollar, de la crise des dettes locales américaines, de l’endettement français ou anglais ou encore de la situation de la livre anglaise ou de l’euro qui revient pour l’instant à ce que l’Allemagne paye beaucoup pour la France. Et retenez aussi ce pourcentage : 6%. C’est à peu près le taux à partir duquel il est impossible à un état d’emprunter sans se préoccuper de la rentabilité de ce qu’il fait avec cet argent, en empruntant toujours plus pour payer les intérêts de sa dette et en imposant toujours plus ses esclaves-assujettis. Quand la France empruntera aux alentours de 6% parce que les FUSE auront fusé, M. Arthuis aura quelques problèmes à tenir son joli petit raisonnement par compensations fondé sur le joli cliquetis que font les boules de son abaque en se trouvant bien égales d’un côté et de l’autre.

[* J'entends par « para-États » les diverses branches des systèmes sociaux monopolistiques, auxquels M.  Sarkozy veut rajouter la dépendance, et qui représentent plus d'argent annuel que le budget de l'État, hors de toute légitimité démocratique (vous savez, vous, qui dirige la CNAVTS ?) et hors de tout contrôle effectif par quiconque, leurs dirigeants y compris, sur leurs flux financiers.]

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