Étiquetté ‘démocratie’
You make my day
Actu — Article écrit par Vittorio le 14 novembre 2012 à 20 h 35 minDes citoyens de la Louisiane, du Texas, du Montana, du Dakota du Nord, de l’Indiana, du Mississippi, du Kentucky, de la Caroline du Nord, de l’Alabama, de la Floride, de la Géorgie, du New Jersey, du Colorado, de l’Oregon, de New York, etc. demandent sur le site « We The People » mis en place par l’administration Obama qu’elle accorde à leur État un retrait pacifique des États-Unis d’Amérique. 40 États sont concernés par ce mouvement inédit qui commence à prendre de l’ampleur : ce mercredi à 18h, plus de 97 000 Texans demandaient la sécession (soit près de 4 fois le nombre minimum pour un examen de la part de la Maison blanche), comme 33 000 Louisianais, 29 000 Floridiens ou 26 600 Tennesséen ! En Caroline du Sud, l’indépendance est réclamée par 20 000 personnes sur une pétition et plus de 13 000 citoyens sur une autre… Pour l’instant, la Maison blanche n’a pas réagi.
La suite chez Nouvelles de France
Les Cyniques d’Alexandrie à Mai 68
Citations, Histoire — Article écrit par Vae Victis le 21 janvier 2012 à 18 h 10 minMichel Onfray dans Cynismes. Portrait du philosophe en chien nous offre sa vision de ce courant philosophique ayant mauvaise réputation. Les Cyniques s’opposent à la famille, à la cité, aux règles de vie de la civilisation, et promeuvent la libération de l’individu de toute entrave pour qu’il s’appartienne véritablement. Ils se veulent superbement transgressifs, un pied de nez aux institutions, aux usages et aux gens établis.
Diogène, le plus célèbre des Cyniques, fera penser au personnage d’Archimède le clochard, interprété par Gabin, qu’il a certainement inspiré. Un hurluberlu apostrophant son monde sur la place publique, un fort en gueule s’imposant par sa gouaille, et donnant des leçons de philosophie en faisant la manche. Sale, repoussant, mais se voulant porteur d’une certaine sagesse, qu’il se fait plaisir à prodiguer en jouant des tours, et en insultant les passants avec un sens de la formule qui fait mouche.
Les Cyniques comme Archimède n’entendent pas se laisser réduire en esclavage ni par le travail ni par leurs devoirs envers leur famille, leur patrie ou leurs dieux. Mais si Onfray perçoit que l’homme de loisir, dans l’Antiquité, ne peut atteindre ce statut supérieur, synonyme de liberté, qu’en exploitant le travail d’esclaves. Ce qu’il condamne aussi. Il ne propose pas de solution pour un droit à la paresse de masse, cohabitant avec ces nécessités triviales, qui sont : se nourrir, se vêtir, se loger. Un athée comme lui ne croit tout de même pas à la manne envoyée par Yahvé, la Providence, ou à un nouvel Eden ? Alors, si nous devions appliquer les recettes des Cyniques, qui donc pourvoirait à ces commodités ?
Il n’apporte pas de réponse, pas plus que les Cyniques. Se voulant autonomes, indépendants de la société, ils sont en fait les parasites qu’elle héberge en son sein. Comme les hippies, soixante-huitards, gauchistes, anarchistes, autonomes, alter et mouvements contre-culturels de toutes les époques, les Cyniques vivent de la générosité publique. De la société même qu’ils agonisent d’insultes.
A la question de la liberté, les Cyniques apportent une réponse infantile qui consiste à se laisser-aller à leurs désirs sans y apporter le moindre frein. L’anarque considère de même que la liberté est sa propriété, et comme eux il se défait des entraves qui la menace, mais contrairement aux Cyniques, il ne se veut pas la créature tolérée d’un monarque ou d’une société, le bouffon qui fait rire. En comparaison l’anarque entend défendre sa liberté en se jouant des rouages du système, tout en restant indépendant de lui, toujours prêt à recourir aux forêts pour s’éclipser si les choses se tendent par trop. L’anarque parait intégré mais il ne l’est pas, il le laisse paraître pour se dégager un espace de liberté. Tandis que le Cynique affecte le détachement alors qu’il est totalement intégré à la société, mendiant son attention et ses subsides.
Peter Green, dans son excellent ouvrage sur l’époque hellénistique D’Alexandre à Actium, s’étendant entre le règne d’Alexandre le Grand et la conquête romaine de l’Egypte, nous offre dans un chapitre thématique des remarques d’une remarquable lucidité sur ce courant intellectuel et sur tous ceux qui se sont établis sur les mêmes bases.
Il est facile d’énumérer les habitudes du cynique : pauvreté ostentatoire, licence sexuelle, mode de vie calqué sur celui des mendiants et des prédicateurs itinérants, mépris élémentaires pour toutes les normes et inhibitions sociales (ce qui autorisait, par exemple, à déféquer ou à se masturber en public), sans parler des responsabilités civiques. Il se vantait d’être un « citoyen du monde », revendiquant ainsi une protection universelle dans toutes les cités où il se rendait, et n’offrant que du vent en échange .[…] Dans ce contexte, on relève avec amusement que Diogène, le cynique par excellence, n’en considérait pas moins la loi comme essentielle à la vie de la cité et comme le fondement même de la civilisation : on soupçonne d’ailleurs que, en dépit d’un programme fort anarchique pour le reste, sa principale motivation en l’occurrence était de veiller à ce que la société qu’il attaquait continuât à lui assurer, à lui et à ses semblables, une protection suffisante.
Nous ne connaissons que trop bien, également, ce dont les cyniques avaient horreur : les formules de politesse, la superstition vulgaire, la propriété et le capital, le système de classes immuable, la censure, l’éducation aristocratique et la plupart des activités intellectuelles (par exemple, la musique, la géométrie et l’astronomie, rejetées comme « inutiles et superflues »). Quelque compréhension que l’on puisse éprouver pour certaines de ces haines, elles n’en laissent pas moins, dans leur ensemble, une impression terriblement négative. Les allégorisations cyniques elles-mêmes n’étaient pas dépourvues de ridicules[…]
Mais que défendaient , les cyniques ? Qu’envisageaient-ils au-delà de la pure protestation ? Quel était le but d’un tel mode de vie ? Le vrai bonheur, nous dit-on. Et comment atteindre ce bonheur ? En recourant toujours au moyen le moins onéreux et le plus simple pour satisfaire ses besoins naturels. Ce qui était naturel ne pouvait être ni honteux ni indécent ; on pouvait – on devait même- le pratiquer en public. Tout nomos qui prétendait le contraire était antinaturel et devait donc être rejeté. L’idéal était l’autosuffisance et l’indépendance (autarkeia) […]
Abstraction faite de l’utilisation de mots insidieux comme « naturel » et « antinaturel », qui tendent à noyer le poisson, on tourne en rond : le seul objectif de ce mode de vie est de faire sa propre réclame. On adoptait ce mode de vie pour être heureux, et le bonheur se définissait par ce mode de vie : la boucle est bouclée. Éludant les vrais problèmes, le recours aux concepts sociaux de « naturel » ou d’ « éhonté » donne simplement au cynique un prétexte pour faire un pied de nez à la société qu’il rejette. Là encore, l’acte de rejet n’a d’autre fin que lui-même ; il ne véhicule aucune proposition positive. Pis encore, la prétendue autosuffisance des cyniques est une imposture flagrante. En dernière analyse, ces hommes vivaient en parasites tolérés de la société qu’ils condamnaient. Même la célèbre expression de Diogène parlant de « falsifier la monnaie », métaphore de l’action sociale, est révélatrice à cet égard : à la différence de tous ceux qui esclaves rebelles siciliens compris, décidaient de frapper leur propre monnaie, la seule ambition de Diogène était de déprécier ce qui existait déjà.[…] les cyniques ne peuvent vivre et prêcher à la manière cynique que parce que l’ordre établi abhorré continue d’exister, et seulement grâce à l’attitude libérale des poleis grecques qu’ils exècrent. Ce comportement ne nous est pas étranger aujourd’hui.
[…]
Il ressort de toutes les anecdotes qui nous sont parvenues à propos de Diogène un goût pur et simple pour l’exhibitionnisme
[…]
Le vrai problème du cynisme était qu’il n’allait guère au-delà d’un flot de critiques morales à fondement incertain, dirigées contre un système social imparfait mais stable. Les cyniques ne proposaient aucune solution de rechange pour la bonne raison que leurs poses anarchistes dépendaient du maintien du système. Pis encore, ils étaient dépourvus de toute intelligence économique. Les cyniques n’accomplissaient par eux-mêmes aucun travail productif, et n’accordaient aucun éloge à ceux qui s’en chargeaient. Aussi l’aspect révolutionnaire du mouvement – comme de tant d’autres de l’époque- se réduit-il, après analyse, à des sornettes intellectuelles.
[…]
« Dans la vie et la littérature du IIIè siècle », écrit Dudley, « les cyniques jouèrent un rôle important, mais ils font étrangement peu parler d’eux après l’an 200 avant J-C. ». Pour quelle raison ?
[…]
Mais ce qui sonna véritablement le glas du cynisme en Grèce après 200, et mit fin à tous ces pieds de nez dissidents, anarchiques ou intellectuels, à l’ordre bourgeois, fut la perturbation de cet ordre même, et la prise du pouvoir par une puissance étrangère. Après Cynoscéphales (197), la plaisanterie commença sans doute à tomber à plat. Après Pydna (168), plus personne ne riait ; et après le sac de Corinthe (146), ces rebelles auraient dû, pour poursuivre leur lutte contre l’autorité, s’en prendre à la puissance monolithique de Rome, ce dont ils s’abstinrent soigneusement.
Lorsque le cynisme réapparaît à la fin du Ier siècle avant J-C., à Rome – et le lieu de cette résurrection n’est pas insignifiant – il a pris les traits d’un mouvement littéraire aseptisé, touchant de jeunes et riches puritains et des exhibitionnistes vertueux, qui aimaient à agacer leurs contemporains en affichant des vertus rustiques, un régime végétarien, et des vêtements d’une usure ostentatoire, des accessoires scéniques qui comprenaient la cape raide de crasse, la besace et le bâton de mendiant. « Allons, laisse cela », écrivait un critique irrité, « laisse des armes qui ne sont pas faites pour toi. L’œuvre des lions est une chose, celle des boucs barbus en est une autre ». L’ uniforme de la contestation , quelle que fut sa valeur, avait été ravalé au rang de costume pour l’amusement de quelques rentiers oisifs : comme toujours, seul le riche pouvait se permettre de jouer au pauvre.
Le cynisme , en fait, offre un excellent exemple de mouvement protestataire, de contre-culture, rattrapé par l’Histoire.
[…]
Au milieu de toutes les balles à blanc que les cyniques tirèrent contre la structure de leur société, on peut au moins mettre au crédit d’un des leurs d’avoir porté un coup réel à l’inégalité des sexes.
Peter Green, D’Alexandre à Actium, Robert Laffont Bouquins, p. 670-675
Étiquetté : Cynisme, démocratie, Empire romain, Grèce, Liberté, Onfray, Peter Green, subversionChoix de société ?
Politique — Article écrit par Vae Victis le 17 octobre 2011 à 1 h 02 minPar Diagoras
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A l’heure ou les convictions de nombreux français vacillent devant les implacables réalités politiques et économiques, le besoin de réforme se fait sentir. Le citoyen commence à voir que le pays va concrètement droit dans le mur. Chute des exportations, chômage irréductible, inflation, dette grandissante, système scolaire aux abois… les sujets de réforme ne manquent pas. Cet état de fait alarmant amène de très nombreuses discussions politico-économiques dont on peut constater régulièrement que la conclusion est « il s’agit d’un choix de société ». Apparemment notre avenir est suspendu à ces choix, et nous ferions bien de pas prendre la mauvaise solution.
Alors comme je suis bête et discipliné, j’ai commencé à étudier ces choix, à farfouiller…
L’impression générale que donnent toutes ces discussions, c’est qu’il faut faire le bon « choix de société » car l’état du pays en serait dépendant. Mais cette expression est vague.
- Elle semble tantôt dire que les citoyens choisissent le type de société dans la quelle ils vivent.
- Et tantôt que la société impose des choix aux gens qui vivent en elle.
On ne sait déjà pas si la société est l’acteur du choix ou l’objet du choix. Mais la confusion va au delà. On ne s’accorde pas nécessairement sur le terme « société. » En effet, les débats sur la santé sont souvent intégrés dans les choix de société. Les débats sur l’éducation, sur les contrats de travail, sur l’ouverture des frontières, les normes sanitaires, les lois vestimentaires, les lois environnementales, les lois conjugales, la prohibition de certains stupéfiants, les lois sur la laïcité, l’immigration… C’est fou tout ce qui se rapporte aux choix de société. J’ai donc chercher a savoir ce qui différenciait un choix de société d’un autre choix.
Et c’est la que ça se corse : j’ai du mal a trouver des questions polémiques qui ne soient pas référencées comme des « Choix de société » (on appellera dorénavant les choix de société « CDS » jusqu’à la fin de l’article.). A croire que si ce n’est pas un CDS, on n’en parle pas. Il semblerait pourtant que l’opposition CDS et choix personnel soit pertinente, ce qui pourrait nous aider dans ce travail de définition. Mais étant donné la quantité de CDS, on peut se demander dans quel domaine l’individu est réellement acteur, ou réellement objet du choix. Pourtant les choix personnels devraient être fondamentaux. Ce que chacun choisit pour lui même marque et influence le destin des individus. Ça devrait être ce qui dirige nos vies, ce qui traduit nos valeurs en actes. Discuter de choix personnels et de leur pertinence, devrait être la principale préoccupation des gens qui veulent prendre leur propre destin en main. On devrait se poser des questions en permanence sur les choix qui s’appliquent à nos vies. Pourtant il semble que les « grandes questions » , celles qui vont décider de notre avenir, ce sont des questions de CDS. Ce pour quoi les gens sont prêts à se battre, à militer, à argumenter, discuter, à étudier, ce sont des CDS.
La société a de nombreuses définitions, la somme des interactions humaines, l’organisation d’un groupe d’individus, le résultat des jeux de domination… Il y en a pléthore. Cependant elles ont toutes un point commun, elles traitent de l’environnement social. La société est donc déjà un environnement, une réalité dans laquelle on se trouve, (ou pas). Des lors, un CDS pourrait tout simplement devenir un choix d’environnement. Belle lapalissade me direz vous, et pourtant, choisit t-on réellement son environnement ?
Mon grand père, (paix à ses cendres) disait a qui voulait l’entendre et plus particulièrement a ses petits fils, que « tout choix est un renoncement ». C’est à la fois vrai et faux. Un choix c’est effectivement renoncer, mais c’est renoncer à tout sauf ce que l’on choisit. Ce n’est donc pas un renoncement mais souvent plusieurs et fréquemment même une infinité de renoncements. Finalement, faire un CDS c’est interdire à la société de devenir quoi que ce soit hormis ce qu’on a choisi pour elle, à moins que ce ne soit ce qu’elle a choisi pour nous. D’où ma question : malgré notre sérieux dans ces questions, est-il toujours bien sérieux que pour des choses aussi importantes que notre santé, l’éducation de nos enfants, ou encore notre retraite, nous nous en remettions a l’environnement social ? Ce que j’essaye de montrer ici c’est que lorsqu’on dit d’une question polémique qu’elle procède d’un CDS, on a déjà fait un choix. On a fait le choix de s’en remettre à la collectivité pour se décider sur cette question. On a déjà choisi de transférer notre responsabilité individuelle sur la société, on a déjà fait le choix de vouloir influencer plutôt l’environnement que soi même.
L’interprétation que j’ai tendance a faire de cette observation n’est pas très consensuelle. Certains la trouveront même insultante (tant mieux, si ça les fait réagir un peu). Les CDS sont là pour ordonner, organiser, et construire une société. C’est donc l’expression la plus parfaite du constructivisme politique dans tout ce qu’il a de plus méprisable. Le double sous entendu de l’expression CDS est d’ailleurs révélatrice : Tout le monde a dans l’idée qu’un CDS est une espèce d’action démocratique où chacun exprime ce qu’il veut que la société soit. Dans la réalité, un CDS est plutôt un choix imposé aux individus, par la société, à travers la loi. Quand on dit que la retraite par répartition est un choix de société, c’est faux. Quels individus ont choisi ce système en France a l’heure actuelle ? Ceux qui ont fait ce choix sont la plupart morts ou en passe de l’être. Les cotisants et même la majorité des bénéficiaires se sont contentés de subir un choix qui a été fait pour eux. Nombreux sont ceux qui ont accepté de bon cœur, encore plus nombreux sont ceux qui ont suivi le mouvement sans se poser de questions en croyant que ça avait toujours été comme ça… La société actuelle a-t-elle choisi la répartition ? On peut se le demander. Si elle en sort, ce sera un choix ou une obligation devant l’impossibilité de payer ? Quand on dit que c’est une choix de société, on prend le parti de décider que la retraite est une prérogative de l’Etat. Sinon c’est un choix personnel. Et c‘est cela que je trouve dangereux.
Quand on parle de CDS, on parle d’étatisme. Quand on dit que l’éducation est un CDS, c’est parce que l’éducation nationale est prépondérante, obligatoire et surtout obligatoirement financée par l’impôt. Quand on dit que le système de sante est un choix de société c’est surtout vrai parce que sortir de la sécurité sociale est encore illégal (ou pas d’ailleurs, on sait pas trop) et que donc tout choix personnel est effectivement impossible, à cause de la loi. Quand on dit que la durée du temps de travail est un choix de société c’est vrai également parce que la durée de travail est déterminée elle aussi par la loi et que transiger c’est se mettre en tort vis-à-vis de la loi.
J’en conclue donc que la plupart des CDS sont des escroqueries intellectuelles qui essayent de nous faire croire que l’étatisme nous laisse le choix alors qu’il limite nos choix au strict minimum : Tu es d’accord ou tu affrontes les fusils de la République qui veulent te mettre en taule. Un CDS c’est une négation des choix personnels, un CDS c’est un mensonge qui abrite le despotisme. Aussi quand on me parle de choix de société j’ai pris l’habitude d’entonner l’internationale (en chantant faux, je vous rassure…). La société est un résultat issu des interactions entre individus. Elle n’a donc ni à choisir ni à être l’objet d’un choix sauf a vouloir basculer dans le totalitarisme. En fait c’est un des signes qui ne trompe pas. Toute personne qui vous parle de CDS avec enthousiasme ou résignation est un despote dans l’âme qui pense que ces choix sont légitimes et justifiables. Ce qui est encore plus frappant, le plus effrayant, c’est a quel point cette expression est fédératrice. Quand deux débatteurs ne veulent pas franchir la limite du conflit, souvent ils désamorcent ça en disant que c’est un choix de société, sous entendu démocratique, sous entendu « peu importe la décision elle sera légitime puisque c’est celle de la société ». C’est fédérateur parce que c’est étatiste et donc très français.
Étiquetté : démocratie, despotisme, libéralismeLeo Strauss
Citations — Article écrit par Vae Victis le 1 octobre 2011 à 9 h 20 minLa cité peut et doit exiger de ses citoyens le sacrifice de leur vie ; toutefois, la cité elle-même ne peut pas se sacrifier elle-même ; une cité peut sans honte accepter, même sous la contrainte, la suzeraineté d’une cité beaucoup plus puissante ; cela bien sûr ne veut pas dire qu’il ne faille pas préférer la mort ou l’anéantissement à l’esclavage proprement dit. Il y a une certaine ressemblance entre la cité et l’individu ; tout comme l’individu, la cité ne peut agir noblement ou vertueusement si elle manque de l’équipement nécessaire, c’est-à-dire de puissance, ou, en d’autres termes, la vertu est inutile sans un bagage adéquat.
La Cité et l’Homme – Leo Strauss ; Livre de Poche, p.390
Au contraire, toute adhésion au progrès, sans parler d’une adhésion au communisme, implique le dogmatisme de celui qui prétend savoir (il « connaît » le sens de l’Histoire) et le fanatisme (cela est évidemment bon et ne peut être remis en question) : l’avenir sera nécessairement meilleur. Soumission au fait accompli, au décret de l’histoire et de destin.
Nihilisme et politique – Leo Strauss. Olivier Sedeyn ; Rivage Poche, p.21 en introduction
Qu’est-ce que la démocratie moderne ? On a dit une fois que la démocratie est un régime où tous les adultes ou la plupart d’entre eux sont des hommes de vertu, et, dans la mesure où la vertu semble impliquer la sagesse, un régime dans lequel tous les hommes ou la plupart d’entre eux sont vertueux et sages, ou encore la démocratie est la société dans laquelle tous les adultes ou la plupart d’entre eux ont développé à un niveau élevé leur raison, ou encore la démocratie est la société rationnelle par excellence. En un mot, la démocratie est censée être une aristocratie qui s’est élargie au point d’être une aristocratie universelle. Avant l’émergence de la démocratie moderne, quelques doutes furent émis sur la possibilité de la démocratie ainsi entendue. Comme l’a dit l’un des deux plus grands esprits parmi les théoriciens de la démocratie : « S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes. »
Léo Strauss – Le libéralisme antique et moderne ; PUF, p. 15
Étiquetté : démocratie, nihilisme, StraussLe prix de la citoyenneté
Citations, Histoire — Article écrit par Vae Victis le 27 août 2011 à 0 h 06 minDeux ou trois accès de colère en un siècle n’empêchaient pas le peuple lui-même d’étendre et d’avilir le droit de cité par le nombre toujours croissant des décrets honorifiques. Déjà dans les dernières années du Vème siècle, ce genre d’abus faisait rire ou crier [...] Bientôt les récriminations des orateurs se font aussi vives et aussi fréquentes contre la facilité des naturalisations que contre les inscriptions frauduleuses. Isocrate s’attriste de voir prostituer un titre de noblesse qui devrait inspirer tant de respect et d’orgueil.
Démosthène, dans une de ces tirades qu’il sait par cœur et qu’il fait passer d’un discours à un autre, oppose le temps où la plus belle récompense que pussent obtenir les souverains étrangers était une fictive exemption de taxe à ces tristes jours où le droit de cité n’est qu’une vile marchandise offerte à des esclaves fils d’esclaves. Ce n’est pas, dira-t-il à l’Assemblée, que vous soyez pas nature inférieurs à vos pères ; mais ils avaient, eux, la fierté de leur nom, et cette fierté, vous l’avez perdue.”
[...]
On ne voit pas encore au IVème siècle, comme à l’époque hellénistique, les banquiers cumuler autant de nationalités qu’ils ont de succursales et les cités vendre officiellement à prix fixes les lettres de naturalisation. Isocrate exagère évidemment, quand il en vient à dire que les étrangers remplacent les citoyens à la guerre. Pourtant dans ces exagérations, il y a beaucoup de vrai. Les exemples que nous fournissent les orateurs et les inscriptions donnent l’impression bien nette que les décrets conférant le droit de cité augmentent en nombre et diminuent en valeur.[...] Un fait curieux, bien propre à échauffer la bile de Démosthène, montre avec quelle légèreté se faisaient les nominations de ce genre: le droit de cité est successivement accordé au roi de Thrace Cotys et à ses meurtriers.
Gustave Glotz, La Cité Antique, 1928, pp.419-421
Étiquetté : Antiquité, Athènes, démocratieLe despotisme
Citations — Article écrit par Vae Victis le 9 août 2011 à 19 h 19 minL’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde : nos contemporains ne sauraient en trouver l’image dans leur souvenir. Je cherche en vain moi-même une expression qui reproduise exactement l’idée que je m’en forme et la renferme ; les anciens mots de despotisme et de tyrannie ne conviennent point. La chose est nouvelle, il faut donc tâcher de la définir puisque je ne peux la nommer. Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes, semblables et égaux, qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart et comme étranger à la destinée de tous les autres ; ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine ; quant au demeurant de ses concitoyens, il est à côté d’eux, mais il ne les voit pas : il les touche et ne les sent point ; il n’existe qu’en lui-même et pour lui seul et , s’il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu’il n’a plus de patrie. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir ; il travaille volontiers à leur bonheur, mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre.
Tocqueville, La Démocratie en Amérique, t.II, IVè p., chap. VI, p.324
Étiquetté : Amérique, démocratie, TocquevilleKissinger sur l’affaire Pinochet
Citations — Article écrit par Vae Victis le 9 juillet 2011 à 12 h 34 minIl n’est pas très bien vu, c’est le moins qu’on puisse dire, d’exprimer la moindre réserve sur la manière dont l’affaire Pinochet a été traitée. Pour la quasi-totalité de la gauche européenne, Augusto Pinochet est l’incarnation même des atteintes à la démocratie commises par la droite, parce qu’il était à la tête du coup d’Etat qui a renversé un dirigeant élu. À l’époque, d’autres personnes – dont les responsables des partis démocratiques chiliens – considéraient Salvador Allende, comme un idéologue marxiste extrémiste qui cherchait à imposer à son pays une dictature de type castriste à l’aide d’armes cubaines et de milices formées à Cuba. Voilà pourquoi les responsables des partis démocratiques chiliens ont accueilli avec joie – oui, avec joie – le renversement d’Allende. (Ils n’ont changé d’attitude qu’en constatant que la junte maintenait un régime autocratique bien plus longtemps que ne le justifiait une situation de crise.)
Henry Kissinger – La nouvelle puissance américaine ; le livre de poche p. 406
Étiquetté : Allende, démocratie, dictature, Kissinger, PinochetLa séparation des pouvoirs
Citations — Article écrit par Vae Victis le 29 mai 2011 à 10 h 44 minLa Stratégie du Guerrier – De l’éthique païenne dans l’art de gouverner de Robert Kaplan
Optimistes, les Américains peuvent se permettre de l’être car leurs institutions, et en particulier leur Constitution, ont été conçues par des hommes qui avaient de la vie la vision la plus désespérée. Ils avaient déjà concocté l’impeachment (destitution) avant même que le premier président n’eût prêté serment. James Madison écrivit dans le Federalist (n° 51) que les hommes sont tellement au-delà de la rédemption que la seule solution consiste à faire jouer l’ambition contre l’ambition, l’intérêt contre l’intérêt. «Si les hommes étaient des anges, on n’aurait pas besoin de gouvernement », concluait-il. Notre séparation des pouvoirs est fondée sur une vision très sombre du comportement humain. La Révolution française, par contre, a commencé par une foi illimitée dans le bon sens des masses, ainsi qu’en la faculté de ses intellectuels à en extraire le meilleur. Résultat la guillotine. Les Pères fondateurs de notre pays, des pessimistes constructifs, se demandaient en permanence quels autres accrocs seraient encore possibles dans les relations humaines.
p. 15
Cependant, même si les Pères fondateurs prisaient moins la monarchie que Hobbes, ils étaient polarisés sur le problème de la passion et de l’égoïsme qui entraînent les hommes à se faire du mal les uns aux autres. D’où la réflexion pleine d’espoir de Madison que la future « république des États-Unis » consisterait en une société « morcelée en tellement de parties, d’intérêts et de classes de citoyens que les droits des individus, ou de la minorité, encourraient peu de danger de la part des coalitions d’intérêts de la majorité ». Et Madison de conclure que la sécurité serait garantie par une « multiplicité d’intérêts » et une « multiplicité de groupes ».
p. 117
Étiquetté : démocratie, Hobbes, Kaplan, Madison, révolutionLes horreurs de la liberté
Actu — Article écrit par Nicolas le 29 janvier 2011 à 22 h 19 minCAIRO (AP)
Some ancient artifacts at Cairo’s famed Egyptian Museum were partly damaged but could be torched by the potential collapse of a neighboring building gutted by fire, the head of the country’s antiquities chief said Saturday.The ruling party headquarters building next door to the museum was still in flames and billowing black smoke into the sky on Saturday, a day after protesters torched it during mass anti-government demonstrations.
« What scares me is that if this building is destroyed, it will fall over the museum, » antiquities boss Zahi Hawass said as he watched fire trucks try to extinguish the blaze in the NDP headquarters.
Early Saturday morning, Egyptian army commandoes secured the museum and its grounds, located near some of the most intense of the mass anti-government protests sweeping across the capital.
Before the army arrived, young Egyptians – some armed with truncheons grabbed off the police – created a human chain at the museum’s front gate to prevent looters from making off with any of its priceless artifacts.
« They managed to stop them, » Hawass said. He added that the would-be looters only managed to vandalize two mummies, ripping their heads off. They also cleared out the museum gift shop.
He said the museum’s prized King Tutankhamun exhibit, which includes the boy pharaoh’s gold death mask, had not been damaged and was safe.
An Associated Press Television News crew that was allowed into the museum saw two vandalized mummies and at least 10 small artifacts that had been taken out of their glass cases and damaged.
Fears of looters have prompted authorities elsewhere to take precautions to secure antiquities at other sites.
Archaeologist Kent Weeks, who is in the southern temple town of Luxor, said that rumors that attacks were planned against monuments prompted authorities to erect barriers and guard Karnak Temple while tanks were positioned around Luxor’s museum.
(Via Al Arabiya.)
Comme on le voit la démocratie™ est en marche et on ne sait pas où s’arrêteront ses ravages sous les applaudissement niais de l’humanité connectée…
(J’ai la flemme de rechercher le vertigineux petit texte de Dominique de Roux sur les pharaons assiégés dans leurs tombeaux par la populace démocratique, mais les curieux trouveront ça dans Immédiatement.)
Étiquetté : Caire, démocratie, EgypteLa crise du libéralisme
Mutation — Article écrit par Vae Victis le 1 juin 2010 à 2 h 30 minOn assiste à une pièce de théâtre. On vit une crise de la démocratie, mais le dire serait accuser directement les premiers responsables : les électeurs, qui sont aussi les consommateurs. On comprend que la vérité ne peut pas être dite, ne doit pas l’être, qu’elle serait trop insupportable. Alors on s’invente des bouc-émissaires. Les spéculateurs.
Entendre Fillon et toute la droite meanstream reprendre le discours d’Arlette c’est irrésistible, même s’ils y mettent moins de conviction ; les mots sortent, le ton se veut accusateur, mais la crédibilité reste tangente. Spéculateurs bien immatériels par ailleurs. Il y a quelques décennies, je crois bien qu’on les aurait assimilés aux Juifs. Mais aujourd’hui ça ferait mauvais genre, et légèrement antisémite. On en reste donc à la dénonciation impersonnelle. Les banquiers on peut pas trop leur taper dessus, nous sommes trop dépendants. Le spéculateur c’est l’ennemi invisible, le bouc-émissaire rhétorique, qui permet d’oublier opportunément que la crise est moins financière que démocratique.
Cette ochlocratie qui conduit à gouverner à crédit, à satisfaire les revendications corporatives, à promettre monts et merveilles pour s’acheter une clientèle. Des décennies de manifestations, de revalorisations, de plus « de moyens », d’acquis sociaux, de droits à. Des pays budgétés à crédit, une dette qui s’accroit exponentiellement.
Berlusconi nous le disait ces derniers jours. Il ne gouverne pas l’Italie. Pas plus que Sarkozy la France. C’est la rue, les syndicats, l’opinion publique, le système bien établi. Marge de manœuvres proche de zéro, trop d’intérêts en jeu.
Il y a bien une critique du libéralisme à faire, moins dans sa dimension économique que dans sa dimension politique. Comment peut-on se dire libéral et approuver le suffrage universel ? Comment peut-on se dire libéral et accepter l’immigration de populations sous-développées, et par nature socialistes, puisque incapables de subvenir à leurs besoins par elles-mêmes ?
Même le volet de la crise qui se voudrait économique ne l’est que superficiellement. Les subprimes sont le produit de la politique de prêts antiracistes imposés aux banques pour faire accéder des populations non solvables à la propriété. Le fruit de la démagogie, de la démocratie.
Tous coupables, tous responsables, donc nécessairement tous innocents. Et c’est pourquoi la Grèce s’en remettra difficilement, comme nos pays, puisque le refus d’analyser les causes est unanime. Comme est unanime la volonté de continuer de la même façon.
L’épouvantail du spéculateur a de beaux jours devant lui.
Étiquetté : crise, démocratie, libéralisme, spéculation
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