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Le bon cochon (tirelire)

Economie — Article écrit par le 16 janvier 2012 à 12 h 46 min

Claire Chazal préférera vous parler en ânonnant son prompteur du Golden Globe de Jean Dujardin.

Mais l’événement de la semaine c’est… non, pas la perte du tripleuha, ça on s’y attendait. C’est le nouveau placement de sa dette par l’Allemagne à des rendements négatifs.

Bien sûr vous n’allez pas prendre votre cochon-tirelire et aller acheter des emprunts d’État allemands — à moins d’avoir un gros, très gros cochon-tirelire. Aussi ramenons cela à notre petit niveau : vous avez 1000 unités de la monnaie d’occupation européenne euros. Vous aimeriez bien que ces mille euros restassent mille euros et si possible quelques intérêts dans trois ou cinq ans. Or, curieusement, au lieu de les mettre sur votre livret Z comme Zorro, ou de les garder sur votre compte bancaire rémunéré, ou d’acheter avec des produits financiers de la Société Lyonnaise de Paris Agricole Indo-Panama garantie par l’UMPS-républicain-citoyen-éco-durable-antiraciste-droits-de-l’homme, vous allez les confier à l’État allemand contre la promesse qu’il vous en rendra légèrement MOINS dans trois ou cinq ans. Pourquoi donc feriez-vous cela ?

Il y a quatre possibilités pour l’expliquer :

  1. Vous êtes tellement enragé naziste que vous voulez à toute force donner de l’argent à l’Allemagne pour ne pas recommencer l’erreur du Maréchal qui gâcha par sa politique timide et ambiguë notre seule chance de faire vraiment l’Europe en 1941 par une collaboration loyale avec le chancelier d’Allemagne. C’est peu probable. Surtout ici, vous pensez bien. Oh là là, on n’a pas de lecteurs comme ça.
  2. Vous êtes complètement con et/ou vous ne savez pas compter. Notre public étant d’élite et peu composé d’énarques spécialistes de comptabilité publique, on peut aussi écarter cette double hypothèse par la bêtise et/ou la compétence technocratique.
  3. Vous n’avez aucune confiance dans vos banques et vous êtes prêt à payer un peu l’État allemand pour qu’il promette de vous rembourser dans trois ou cinq ans, vous préférez ça au risque de perdre plus dans une faillite bancaire. C’est déjà plus probable.
  4. Vous pensez que l’Allemagne vous remboursera en une monnaie dont l’appréciation relative compensera, et au delà, le rendement négatif de l’emprunt. Vous croyez donc au moins probable, d’une manière ou d’une autre, la fin de l’Euro tel qu’il existe actuellement avant trois ou cinq ans. Là ça devient carrément intéressant comme idée.

Sachant que ce n’est pas vous qui êtes en train de le faire mais que nous parlons ici d’institutions financières, il faut évoquer une autre hypothèse : les banques ne trouvent plus assez d’emprunts d’État bien notés et acceptent donc de payer pour en détenir, parce qu’elles y sont obligées par la réglementation ou par contrat. Ce serait une explication intéressante si ce n’était la troisième fois en moins d’un an que l’Allemagne arrive à placer ainsi de la dette publique à rendement négatif ; elle l’a donc déjà fait deux fois avant la dégradation récente de tout un tas de social-démocraties encore plus mal barrées qu’elle.

Concluons en ces temps de naufrage en rappelant que les banquiers quittent toujours le navire à temps, avant même les femmes et les petits enfants. Et laissons chacun penser à l’avenir de son cochon-tirelire — avenir qui, contre toute tradition, n’est pas rose.

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Prévisions d’hier

Culture — Article écrit par le 11 juin 2010 à 18 h 09 min

La guerre pouvait ne pas éclater en septembre 1939, mais il fallait nécessairement que l’Allemagne étendît l’aire de son système économique, système auquel elle ne pouvait renoncer puisqu’il lui avait permis de rappeler à la vie active des millions d’hommes auparavant condamnés à la dégradation du chômage. Cette extension la mettait nécessairement en conflit avec les puissances capitalistes, intéressées à ce que ne se resserrât point le secteur de l’économie capitaliste dans le monde. [...] Si l’on veut remonter aux sources du conflit, on en trouvera l’origine première dans le sauve-qui-peut de 1931, quand on vit les puissances riches uniquement, et d’ailleurs vainement, occupées, sous le choc de la crise, d’assurer leur salut propre, trahissant ainsi en fait le cosmopolitisme qu’elles affirmaient en doctrine.

— Bertrand de Jouvenel, Après la défaite, Paris, Plon, 1941.

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La crise du libéralisme

Mutation — Article écrit par le 1 juin 2010 à 2 h 30 min

On assiste à une pièce de théâtre. On vit une crise de la démocratie, mais le dire serait accuser directement les premiers responsables : les électeurs, qui sont aussi les consommateurs. On comprend que la vérité ne peut pas être dite, ne doit pas l’être, qu’elle serait trop insupportable. Alors on s’invente des bouc-émissaires. Les spéculateurs.

Entendre Fillon et toute la droite meanstream reprendre le discours d’Arlette c’est irrésistible, même s’ils y mettent moins de conviction ; les mots sortent, le ton se veut accusateur, mais la crédibilité reste tangente. Spéculateurs bien immatériels par ailleurs. Il y a quelques décennies, je crois bien qu’on les aurait assimilés aux Juifs. Mais aujourd’hui ça ferait mauvais genre, et légèrement antisémite. On en reste donc à la dénonciation impersonnelle. Les banquiers on peut pas trop leur taper dessus, nous sommes trop dépendants. Le spéculateur c’est l’ennemi invisible, le bouc-émissaire rhétorique, qui permet d’oublier opportunément que la crise est moins financière que démocratique.

Cette ochlocratie qui conduit à gouverner à crédit, à satisfaire les revendications corporatives, à promettre monts et merveilles pour s’acheter une clientèle. Des décennies de manifestations, de revalorisations, de plus « de moyens », d’acquis sociaux, de droits à. Des pays budgétés à crédit, une dette qui s’accroit exponentiellement.

Berlusconi nous le disait ces derniers jours. Il ne gouverne pas l’Italie. Pas plus que Sarkozy la France. C’est la rue, les syndicats, l’opinion publique, le système bien établi. Marge de manœuvres proche de zéro, trop d’intérêts en jeu.

Il y a bien une critique du libéralisme à faire, moins dans sa dimension économique que dans sa dimension politique. Comment peut-on se dire libéral et approuver le suffrage universel ? Comment peut-on se dire libéral et accepter l’immigration de populations sous-développées, et par nature socialistes, puisque incapables de subvenir à leurs besoins par elles-mêmes ?

Même le volet de la crise qui se voudrait économique ne l’est que superficiellement. Les subprimes sont le produit de la politique de prêts antiracistes imposés aux banques pour faire accéder des populations non solvables à la propriété. Le fruit de la démagogie, de la démocratie.

Tous coupables, tous responsables, donc nécessairement tous innocents. Et c’est pourquoi la Grèce s’en remettra difficilement, comme nos pays, puisque le refus d’analyser les causes est unanime. Comme est unanime la volonté de continuer de la même façon.

L’épouvantail du spéculateur a de beaux jours devant lui.

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