Étiquetté ‘communisme’


L’inspecteur Moustache et son public

Journalisme — Article écrit par le 9 mars 2013 à 5 h 24 min

Aujourd’hui, conf’ universitaire avec l’inspecteur Moustache en guise de guest star. Le bonhomme n’a pas moins l’air de ce qu’il est en vrai qu’à la télévision. Ses centres d’intérêt, ses amis et ses ennemis sont les mêmes ; les merveilleux Arabes musulmans (surtout les Algériens), les méchants patrons, particulièrement ceux qui possèdent la presse (mais les autres aussi), les sales Blancs colonialistes, les gentils Arabes musulmans (surtout les Algériens), Bernard Tapie, Nicolas Sarkozy, les abonnés à son canard en ligne pour retraités de l’éducation nationale, les gentils Arabes musulmans (surtout les Algériens), les Américains, les frontistes, et les gentils Arabes musulmans (surtout les Algériens). Malheureusement,  Zemmour n’est pas là pour le faire sortir de ses gonds, l’interrompre dans ses monologues, lui faire cracher ses menaces et jeter son regard venimeux de tchékiste impuissant pesant 42 kilos.

Les autres sujets ne l’intéressent vraisemblablement pas des masses. Deux heures de discours sans contradiction aucune ; c’est la loi du genre. Il est affligé d’un sien camarade né à peu près au même endroit à la même époque et pensant à peu près exactement la même chose.  Un type moins inintéressant cependant, qui s’est tout de même presque excusé d’avoir prononcé une phrase qui aurait pu laisser à penser qu’Albert Camus ne haïssait pas intégralement la droite…

Au menu, mélo de communiste islamocompatible, larmes de crocodile sur le compte de Papy Indignez-mou, auto-promotion commerciale et vitupération anticapitaliste. Sous les applaudissements. Y compris les miens, du moins les deux ou trois premières fois, parce que je suis un garçon bien élevé.

Seul « temps fort » de l’évènement, une étudiante vraisemblablement musulmane l’interpelle avec un reste d’accent blédard pour lui signifier que son laïcisme  gauchiste est une idéologie morte et enterrée, qu’elle restera pour sa part islamic for life, qu’importent ses sermons d’obsolète idéologue. La moustache bégaye et s’empourpre ; il comprend… Il ne voudrait pas passer pour… Il respecte… Froid sur la salle.

Et pour cause, en dépit des dizaines d’affiches placardées dans toute l’école, le public est composé à 90% de vieillards à chandail des deux sexes, costumés, poudrés et permanentés pour l’occasion. Mon voisin – un mediaprout fanboy ! – raille son héros qui nous sert du « vous qui êtes jeunes » et autres  « votre génération de révoltés », la majorité des auditeurs étant plus âgée que lui. Renseignement pris, nous sommes seulement trois sur les quarante gus de ma promo à savoir qui est ce type et ce qu’il a fait. Rassurant, quelque part.

À l’issue d’un énième laïus humaniste – Ô combien original et courageux on s’en doute -, je me suis souvenu d’un mot d’XP qui disait en somme qu’il était heureux que la presse et la télévision soient aux mains des marchands d’armes plutôt qu’entre celles des sectateurs de France Inter ; parce qu’on aurait, dans le cas contraire, à supporter la bobine de l’inspecteur Moustache ou celle d’Albert Jacquard chaque soir sur toutes les chaînes à l’heure de l’apéro. XP a probablement tous les défauts du monde, mais c’était pour ainsi dire assez finement observé ; la Moustache et son pote ont bien passé 45 minutes à accabler tout à la fois et dans le désordre : le « divertissement qui éloigne les gens des vrais sujets » au détriment de « l’information sérieuse », dont on sentait bien qu’ils étaient convaincus d’être les seuls fournisseurs agréés ou pas loin, les « consommateurs abrutis » et les mauvais jeunes rétifs à la « vraie culture », dont on sentait bien qu’ils étaient convaincus d’être les seuls dépositaires ou pas loin, les autres journalistes, les salauds qui ont du succès et plaisent à l’opinion, et surtout les « riches » qui mettent leur pognon dans les « paradis fiscaux » plutôt que de subventionner via l’impôt la presse d’extrême-gauche et les MJC de la Courneuve.

La conférence s’est largement structurée autour du thème « Camus, le porte-parole du peuple », dont l’ami Moustache a bien entendu repris seul le flambeau, du moins était-on obligeamment invités à le comprendre. Camus la plume des pauvres, Camus la plume des opprimés, Camus l’écrivain des petits et surtout, comme cela nous a été amplement répété, « Camus, celui qui prête ses mots à ceux qui n’en ont pas » ; applaudissements nourris de la part des gosses de notables locaux et des retraités. À la toute fin, un petit vieux qui se trouve faire partie de ces humbles qui n’ont pas les mots s’empare inconsidérément de la parole pour s’en prendre de manière brouillonne et décousue aux conférenciers. Huées du public, rires méprisants, commentaires désobligeants lâchés suffisamment forts pour être entendus, le tout de la part des mêmes qui applaudissaient extatiquement moins d’une minute plus tôt les envolées populistes du Ayrton Senna de la philosophie. « C’est sûrement un gars du FN », dit mon voisin. Auquel on coupe finalement la parole pour mieux l’achever en lui citant de nouveau une tirade interminable sur la nécessité de l’expression libre, des bienfaits de la démocratie et que sais-je encore, je n’écoutais plus. Rideau.

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Grand-mère la mort et sa descendance

Politique — Article écrit par le 3 avril 2012 à 19 h 22 min

A en croire Margot Honecker la révolution à encore un avenir en Allemagne. Au temps de l’Allemagne communiste, cette idéologue intransigeante était surnommée la « sorcière violette » à cause de sa teinture de cheveux. Exilée au Chili et âgée de 82 ans, la veuve d’Erich Honecker, l’ancien patron de la RDA, a renoncé au violet et se souvient du « bon temps » de la RDA. Entourée de « camarades » chiliens, Margot Honecker explique dans une vidéo postée sur You Tube qu’une campagne visant à « discréditer la RDA » a lieu en ce moment en Allemagne.

« Il n’y a pas une émission de débat, un seul film ou un seul programme d’information qui n’essaie pas de discréditer la RDA », dit-elle. Avant de réjouir : « mais cela ne marche pas ». « 50% des Allemands de l’Est disent que leur vie est pire sous le capitalisme, qu’ils avaient une belle vie en RDA, affirme-t-elle. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, mais les gens pensent de plus en plus à ce qu’ils avaient en République Démocratique ».

Margot Honecker s’était enfuie à Moscou avec son mari en 1991 pour éviter des poursuites, avant de se réfugier à Santiago, où Erich Honecker est mort d’un cancer du foie en 1994. « Il y a des forces de gauche » en Allemagne, dit-elle en se référant au score du parti de la gauche radicale, Die Linke, qui a recueilli 11.9% des voix aux élections législatives du 27 septembre. Ces forces « sont toujours actives et reçoivent de plus en plus de votes ». Elle prévient que la coalition de centre droit d’Angela Merkel provoquera une montée du chômage et des coupes dans les budgets sociaux. « Les gens ne le tolèreront pas. Les signes sont mauvais. Je suis optimiste », conclut-elle.
C’est bien connu : avec le temps les mauvais souvenirs s’effacent. Certains cultivent une sorte de nostalgie kitch et se souviennent avec regrets des acquis sociaux de la RDA, de la solidarité entre les gens, des Trabants et des cornichons du Spreewald. Alors pour tous ceux qui ont l’Ostalgie, la nostalgie de l’Allemagne communiste, de son mur, de ses paysages gris et pollués, de son interdiction de voyager, de ses ordres de tirer sur les fugitifs, de ses élections truquées, de sa police secrète, des appartements truffés de micros et des queues interminables devant les magasins aux étals vides, voici un petit clip. Réalisé début octobre, à l’occasion du soixantième anniversaire de la RDA, qui avait déjà disparu officiellement depuis 19 ans, vous y découvrirez quelques souvenirs de ce « monde merveilleux » perdu pour les Allemands de l’Est.

Source

Je ne vois pas pourquoi Margot minimise le travail de la Stasi ou nie le fait que les enfants d’opposants étaient réquisitionnés par les familles du Parti. Au fond, on sait tous qu’ils s’en réjouissent, et qu’ils n’ont rien à craindre à s’en réjouir, de ce passé. Ils n’ont aucun remord. Ils ne craignent aucune poursuite. Beaucoup d’entre eux occupent d’ailleurs toujours des hauts postes dans les institutions allemandes. Lorsqu’elle affirme que les opposants étaient des criminels, et que la torture et l’exécution sommaire étaient donc tout à fait acceptables, elle le fait au premier degré. Pour ces gens, toute opposition est criminelle, tellement leur but est juste. Ce sont des fous, fanatiques morbides jusqu’au bout. Comme tous les fous fanatiques, il leur a manqué du temps pour atteindre le paradis, encore 20 ans, Monsieur le Réel, on y est presque.

Tout cela est tellement convenu que c’en est touchant.

Non, ce qu’il faut retenir, c’est qu’une majorité d’allemands de l’est regrettent la RDA. Il ne faut pas contester ces chiffres, ils sont d’ailleurs probablement en-dessous du vrai. Oui, une majorité des gens qui vivent sous un régime totalitaire aiment ce régime. La solidarité née de la paranoïa de l’ennemi extérieur, le contentement de la chasse effective et de la mise à mort de l’ennemi intérieur, la joie de tirer dans le dos des jeunes qui fuient le régime, tout cela est malheureusement une réalité humaine. On peut bouffer des cornichons immondes, faire la queue des heures devant les magasins pour acheter trois patates, rouler dans des poubelles, fliquer et être fliqué du soir au matin, tout cela est un plaisir à la masse si elle a la certitude que personne ne jouit plus que son voisin. La privation de liberté est un plaisir tout à fait accepté si la masse sait que personne ne peut y échapper.

Ce qu’il faut retenir, de l’ex-RDA comme de tout autre régime, c’est que seule une minorité d’individus est prête à payer le prix de la liberté, de la pensée critique, et du plaisir de vivre sans nuire à autrui, c’est à dire à accepter l’inégalité. La majorité, ou la société, pour aller plus vite, peut même se définir comme cela : la recherche permanente de nuisance à son prochain, pour peu qu’il se distingue par un avantage, fut-il supposé.

NB : il faut regarder la vidéo sur le lien, même si on ne comprend pas l’allemand, quelle meilleure illustration, quelle meilleure incarnation du ressentiment, que ce visage et ce regard ? Zombie maintenu en vie par la haine (si ce mot n’était pas suranné), en quête de persécution, infatigable, électrisé par l’ultime courant de l’affamée jalousie, si égalitaire, si justicier.

céline-figaro

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Képi de poète

Citations — Article écrit par le 5 août 2011 à 14 h 14 min

« Si les sentiments de fierté qui sont au cœur de tout prolétaire…

- Mon œil, coupa brusquement M. Lepage. Les prolétaires se souciaient de manger. La résistance, incarnée dans la personne d’un général bourgeois, fit appel aux anciens sentiments bourgeois d’honnuer, d’orgueil patriotique et guerrier. Le rendement fut d’abord médiocre. Les prolétaires estimaient que ça ne les concernait pas.

-Excusez-moi , je crois qu’il est tard…

-De son côté, la pourgeoisie donnait peu. La littérature de l’entre-deux guerres, j’entends la bonne littérature, l’avancée, avait constamment stigmatisé, ridiculisé l’honneur militaire, la fièvre patriotique et le jusqu’au boutisme. Aussi les gens bien n’étaient -ils pas très chauds. Tout bougea lorsque, Hitler s’étant retourné contre ses alliés communistes, la Résistance se trouva brusquement nimbée de poésie révolutionnaire. Les prolétaires continuaient à s’en foutre, mais aux yeux des bourgeois cultivés, le général de gaulle, grandi de tous les prestige de la littérature, apparaissait coiffé d’un képi de poète et même de poète tartare, ce qui ne gâtait rien…

- Oh ! Oh ! C’est qu’il est vraiment très tard !  »

Je pris congé précipitamment. Interloqué, M. Lepage m’acompagna jusqu’au seuil de sa maison et j’étais déjà dans la rue lorsqu’il me jeta dans le dos :

« Tout ça pour vous expliquer comment la résistance bourgeoise allait forcément en arriver à égorger ses frêres en bourgeoisie sur les autels de la révolution prolétarienne et à se dévouer elle-même à la tâche de proclamer la gloire de la vermine communiste !  »

Non content, il me souhaita le bonsoir en criant mon nom. J’en tremble encore.

Marcel Aymé, Le confort intellectuel, 1949

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Les Rebels sont des bolchéviques

Cinéma, Citations — Article écrit par le 25 juillet 2011 à 22 h 33 min

– C’est l’Empire qui a la meilleure fin, déjà Luke se fait couper la main, il découvre que Vador est son père, et Han qui se fait congeler et garder par Boba fett. Tout cela se finit de façon si glauque, mais c’est comme ça la vie, c’est une suite de situations glauques, alors que le Jedi c’était vraiment le Muppet Show.
– Non il n’y avait pas que ça dans le Jedi. Ils construisent une autre étoile noire. Ok ? La première était terminée et tout à fait opérationnelle avant que les rebelles ne la détruise. Et la deuxième était en construction quand ils l’ont fait sauter. Il y a avait un truc la deuxième fois, j’ai toujours trouvé ça zarbi, et j’arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais il y avait un truc qui clochait.
– Et t’as trouvé alors ?
– La première étoile noire était occupée par l’armée impériale, à bord il n’y avait que des soldats. Les sections d’assaut, les dignitaires, les gens de l’Empire. Quand elle saute aucun problème les méchants sont punis.
– Et la deuxième fois ?
– Le deuxième fois elle était même pas terminée, elle était encore en construction.
– Et alors ?
– Alors ! Un chantier comme ça, aussi gigantesque nécessite vachement plus de main d’œuvre que ne pouvait en fournir l’armée impériale. Je paris qu’ils ont fait appel à des entrepreneurs indépendants, des plombiers, des métallos, des couvreurs.
– Ouais, il n’y avait pas que des gens de l’Empire on est d’accord.
– Ouais c’est ça, ils voulaient que ce soit construit vite et bien, et ils ont engagé tout ceux qui pourraient faire le travail. Tu crois que le soldat de base sait installer un conduit de cabinet ? Ils ne savent que tuer et mettre leur uniforme blanc.
– Bon ils ont fait bosser des entrepreneurs indépendants, pourquoi ça te fous les boules que l’Etoile saute ?
– Tous les entrepreneurs innocents qu’ils avaient engagés se sont fait tuer. Ils ont été victimes d’une guerre qui ne les concernait pas. Et oui écoute, disons que tu es couvreur, un jour il y a un contrat d’Etat très juteux qui se présente, t’as une femme, des gosses, un pavillon en proche banlieue. Et on t’offre un contrat d’Etat, ça veut dire qu’il y a pleins d’avantages, c’est là qu’une bande de gauchistes arrivent et fait tout exploser à 5 kilomètres à la ronde avec ses lasers. Toi t’as rien demander, t’as pas de convictions politiques, t’essayes juste de te démerder pour gagner ta vie.

Clerks, les employés modèles


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Le communisme à l’épreuve des faits

Citations, Littérature — Article écrit par le 15 juillet 2011 à 18 h 42 min

Les animaux s’attendaient au partage équitable qui leur semblait aller de soi. Un jour, néanmoins, ordre fut donné de ramasser les pommes pour les apporter à la sellerie, au bénéfice des porcs. On entendit bien murmurer certains animaux, mais ce fut en vain. Tous les cochons étaient, sur ce point, entièrement d’accord, y compris Napoléon et Boule de Neige. Et Brille-Babil fut chargé des explications nécessaires :

« Vous n’allez tout de même pas croire, camarades, que nous, les cochons, agissons par égoïsme, que nous nous attribuons des privilèges. En fait, beaucoup d’entre nous détestent le lait et les pommes. C’est mon propre cas. Si nous nous les approprions, c’est dans le souci de notre santé. Le lait et les pommes (ainsi, camarades, que la science le démontre) renferment des substances indispensables au régime alimentaire du cochon. Nous sommes, nous autres, des travailleurs intellectuels. La direction et l’organisation de cette ferme reposent entièrement sur nous. De jour et de nuit nous veillons à votre bien. Et c’est pour votre bien que nous buvons ce lait et mangeons ces pommes. Savez-vous ce qu’il adviendrait si nous, les cochons, devions faillir à notre devoir ? Jones* reviendrait ! Oui, Jones ! Assurément, camarades – s’exclama Brille-Babil, sur un ton presque suppliant, et il se balançait de côté et d’autre, fouettant l’air de sa queue -, assurément il n’y en- a pas un seul parmi vous qui désire le retour de Jones ? »

Orwell, La Ferme des animaux ; Folio, p. 42

* Jones est le fermier qui dans la fable est la métaphore du capitaliste.

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