Étiquetté ‘Céline’
Gandon
Citations — Article écrit par Lounès le 23 février 2013 à 18 h 30 minJe me souviens, à ce propos, d’une petite série d’articles qui m’ont semblé fort marrants… dans les « Nouvelles Littéraires » (quand je veux me crisper je les achète)… Yves Gandon, soi-disant critique, armé d’une forte brosse à reluire, passait en revue, avec quel soin ! pour l’admiration des lecteurs, quelques textes les mieux choisis, de quelques grands contemporains… L’astuce du commentateur, sa prouesse en tout admirable, consistait à souligner tout le Charme, les fins artifices, les pertinentes subtilités, tout le sortilège de ces Maîtres, leurs indicibles magies, par l’analyse intuitive, très « proustageuse », de quelques textes particulièrement chargés de génie. Labeur, entreprise, dévotion d’une extrême audace ! d’une périlleuse délicatesse ! Le commentateur frissonnant se risquait encore plus oultre… mais alors, perlant d’angoisse ! jusqu’au Saint des Saints ! jusqu’au Trésor même ! jusqu’au style ! au reflet de Dieu ! jusqu’aux frémissements de la Forme chez ces Messies de la Beauté ! Après quelles pieuses approches ! Quel luxe inouï de préambules !… Que de fragiles pâmoisons !… Ah ! Si l’on me traitait de la sorte, comme je deviendrais impossible ! Regardons-le travailler… Bientôt chancelant… tout ébloui… notre guide se reprend encore… défaille. Les mots viennent à lui manquer… Haletant, il nous demande si nous pouvons encore le suivre… endurer tant de splendeurs… Sommes-nous dignes ?… Sommes-nous dignes ? Lui-même qui croyait tout connaître… il se trouble à perdre les sens… Il se faisait une idée… quelque imagination confuse de l’étendue, de la profondeur, des gouffres de ces styles !… Présomptueux !… Il ne connaissait rien !… Les Prémices à peine !… Dans ce manoir aux mille et une merveilles, tout succombant d’admiration… Gandon titube !… tout chancelant… Grelotte !… Tragédie !… La Tragédie ! Ah ! I’Intrépide !… d’ornements indicibles en cascades exquises… de passages sublimes en plus sublimes encore… en chutes vertigineuses… ces textes de maîtrise… littéralement magiques se révèlent ruisselants d’apports infinis esthétiques… de bouleversants Messages… d’inappréciables gemmes spirituelles… On ne sait plus ou se prosterner davantage… Ah ! vraiment c’en est trop !… Gandon, lui-même transposé cependant par la foi qui l’embrase, n’en peut plus… Il se rend !… Il se donne !… Il nous adjure à son secours. Ah ! vite ! Agissons, assistons ! Soutenons Gandon !… Prévenons le pire ! Devançons quelque atroce dénouement… Pitié ! Détaillons ! Partageons son extase ! L’humanité le commande ! Courage ! Vaillance ! Pour lui tout seul, c’est bien simple s’il insiste, s’il s’obstine ! C’est la mort ! Dans les phrases ! par les phrases ! Trépassé de beauté !… de Beauté phrasuleuse ! Gandon ! Ah ! C’est trop ! Tant de perfection verbatile… pour un seul adulateur… C’est la damnation !… nous suffoquons pour lui !… O délices littéraires assassines ! O les encrières meurtrières délectations phrasiformes ! A quels paroxysmes atroces ! épargnés aux vulgaires, n’entraînez-vous point Purismologie ! vos meilleurs enfants ! Bienheureux frustes crottés ! Brutes béates !… accroupies clans les consonances !… De cuirs en velours vous monterez au ciel !…
Mais lui Gandon n’appartient pas à la race des officiants à peu-près-istes… qui montent des textes en abat-jour… C’est un janséniste, Mordieu ! foutrement impeccable… la tiédeur le pousserait au meurtre… Il ne veut notre salut que par l’extase… et pas une extase roupilleuse… Une extase palpitante !… transfigurante !… Ah ! de grâce, il nous exhorte… recueillez-moi là… cette nuance… ci !… au déduit de cette tournure instable… Ah ! devant qu’un horrible zéphyr en disperse à jamais… l’onde irisée… l’avez-vous saisie ?… Je n’y survivrai pas !… Ah ! Tenez-moi, je succombe… Ah ! J’en défaille cher lecteur, à ravir… Ah ! la force de cette « épiphore »… à peine après cette « synthote » ah ! ah !… Je m’affole… je blêmis… l’audace impayable… Ah ! comme le Maître nous transfixe ! Ah ! quel virtuose miraculant… Ah ! malheur à qui ne soupire ! Et la violence ! Imaginez ! de cette simple virgule ! Mais c’est le génie ! C’est le génie !… Et la faiblesse irrésistible de cette chute différée ? Ah ! mordez ce trait singulier… ces deux conjonctions… qui s’affrontent… Ah ! l’est-il caractéristique !… Il refait Pascal en trois mots… Racine en douze !… Ah ! comme il nous prend par l’adverbe ! Ah ! le monstre ! Ah ! le divin !… Ah ! Ce Gide enfin! … Ce Maurras ! Ah ! ce Maurois ! Qu’en dirait Proust ?… Ah ! les vertiges de ce Claudel ! Ah ! l’infini Giraudoux ! Ah ! Gandon ! Pourquoi ne chanterais-tu pas ?… Ce serait encore, je l’assure, bien plus meilleur, bien plus merveilleux !… plus amoureux !…
Louis-Ferdinand Céline
Le grand public connaît de Céline un texte intitulé « A l’agité du bocal », réponse cinglante à Jean-Paul Sartre au sujet des positions de l’un et de l’autre pendant la guerre de 39-45. Il s’agit là d’un exercice dans lequel excelle le petit parigot: la satire, la caricature, le pamphlet lyrique. Et en fait tout « célinien » sincère, s’il cherche un peu trouvera des dizaines et des dizaines de textes dans ce registre, tous plus drôles, plus riches et plus brillants les uns que les autres. Céline a systématiquement attaqué les idoles réputées intouchables de son époque, ne craignant ni l’isolement social, ni la misère financière, ni la prison qui sont les punitions systématiques pour tout vrai rebelle qui s’attaque au vrai pouvoir. Ces 3 martyrs, le petit loufiat du passage Choiseul les subira comme il l’avait prévu et prédit.
Dans l’extrait ci-dessus, Céline évoque un critique littéraire qui tenait le haut du pavé : Yves Gandon, sorte de d’Ormesson, à une époque ou le niveau général était tombé si bas que l’on voyait poindre (déjà) les premiers escrocs détournant une tradition portée jusqu’ici par des érudits véritables du genre de Léon Daudet. Après ce dernier, le métier de critique littéraire se galvaude, la France cesse de porter en elle l’avant-garde culturelle du monde, et très naturellement les élites nationales rabâchent une langue de plus en plus pauvre, tendance dont le dernier cran a atteint récemment l’illetrisme pur et simple.
Quel écart abyssal entre la médiocrité actuelle et l’explosion de ce texte extraordinairement riche pour lequel le seul prétexte « Gandon » a servi d’étincelle. On trouve là tout l’univers de Céline: lyrisme gratuit, haine du style journalistique et scolaire, virtuosité dans la caricature et pudeur absolue sur tout ce qui a trait aux sentiments (pour Céline c’est une chose horrible et indécente d’évoquer « l’amour » ou le « coeur », tellement il tient ces données en haute estime), instinct infaillible pour débusquer les arnaqueurs, les escrocs et les imposteurs.
Étiquetté : Bagatelles, Céline, corruption, GandonPlus raffinés en rien que de la gueule
Télévision — Article écrit par Vittorio le 11 avril 2012 à 17 h 48 minCyril, Norbert et Jean : rétrospectivement, il semble qu’ils ont toujours été les stars de cette saison de Top Chef. Et pour cause : les trois finalistes de l’émission culinaire représentent chacun à leur manière la société française.
(…)
Ce sont des vrais personnages de Balzac, ces trois-là. La Comédie humaine aux fourneaux avec la ville, la campagne, les ambitieux, les héritiers, les malins et les artistes. Mais ce qui est rigolo, c’est que cette différence de classe, je ne sais pas vous, mais moi, je ne l’ai pas vu dans les assiettes. Quand on voit ces trois enfants de France cuisiner, c’est comme s’ils avaient laissé leur classe sociale au manteau. C’est tout technique : amour du produit, précision des cuissons et des assaisonnements. On s’est beaucoup demandé, ces dernières années, pourquoi la France était si entichée de cuisine. La façon dont elle réunit ces horizons si distincts me paraît déjà une raison suffisante.
-Ici on est raffiné de la gueule n’est ce pas…raffiné de la gueule ça…les français ils sont plus raffinés en rien que de la gueule…ça, ça de ce côté là, promis
- C’est le propre des vieilles civilisations d’ailleurs
-La gueule oui
- (inaudible).. la France … et les chinois en réalité ?
- Oui…mais mais mais ils sont bouddha oui… la gueule… ils ont un triple cul un triple bide puis ils ont inventé l’auto… magnifique pour promener les bouddhas…si Bouddha avait eu l’auto-oh-oh rendez compte qu’est-ce qu’il aurait fait ? alors, vous avez Krou-kroutchev il a un gros cul n’est-ce pas il parle tout..heuu héé..raconter des histoires tout..hééé..mais..il se tient il se tient mal n’est ce pas..gaudrioles de commis voyageur..s’trouve très fort n’est-ce pas… qui ferait rougir que les (?)..stupide n’est ce pas..BAH CA MARCHE ! AAAH MOI JE SUIS..haaan..l’autre gros cul d’en face.. qui répond à l’autre gros cul..c’est très vul-GAIRE ..n’est-ce pas..tout finira par la canaille disait Nietzsche…. nous y sommes..n’est-ce pas..n’est-ce pas..évidemment..la canaille..n’est-ce pas..la canaille..
Céline-Interview radio avec Jean Guénot et Jacques D’Arribehaude (6 fevrier 1960)
Comment voir autre chose que la concrétisation définitive du tous artistes dans cette explosion de popularité des émissions de concours culinaires, où l’on voit des brochettes de crétins et crétines couper des oignons comme des internés de Saint-Anne dans un montage stroboscopique frappé d’une hystérique musique de film d’action, sous l’égide de néo-profs-jury de certif’ sévères-mais-justes, mélange de régression d’Epinal et de saturation digne d’un blockbuster, convergeant en une attaque directe et en règle du système nerveux ? Depuis des années, on prépare la recette. La cuisine érigée comme art, tout d’abord. Arnaque absolue et parfaite, parce que d’essence inattaquable : qui n’aime pas bien manger ? S’ensuit les cuisiniers artistes et médiatisés comme tels (et entrepreneurs avisés : le restaurant est désormais le seul type d’entreprise dont la réussite est saluée sans la moindre retenue). Les critiques officiels (tel ou tel ridicule guide). Les marchands-consommateurs éclairés (riches touristes, cadres en repas d’affaire). Oh ? Et mais ? Mais tout le monde sait faire à manger ? Arranger les nouilles ? Inviter à dîner ? Dauber le dessert de son hôte ? Femmes en tête ? Hommes au foyer en renfort ? Partage des tâches sublimé ? Épices de tous les horizons au superU du coin ? Enseigne du métissage (la cuisine est l’argument imparable et incontournable des métissolâtres) . Tourisme en kit. Bingo !…Menu pour les masses cuites à point… d’où l’accumulation fébrile et automatique de critiques de tel ou tel plat, sans la moindre gêne..trop cuit pas assez salé..j’aurais mis du safran me dit ma voisine..tous artistes..tous critiques..tous ensembles..critique obligatoire, seul domaine résiduel où la critique n’est pas seulement permise mais exigée. Il faut admettre qu’ils ont réussi avec la cuisine là où ils ont échoué avec l’Art. Ou plutôt : parce que leur projet était foncièrement impossible avec l’art, déjà épuisé, ne pouvant conduire qu’à son achèvement dans le musée, cela s’est naturellement transposé dans la tambouille. Réconciliation de cantine de luxe : qui n’admire ces appétissants plats ? Qui ne se réjouit de ces attentions à faire pâlir les tables d’Ancien Régime ? Qui ne s’émeut de ces jeunes et dynamiques chefs ? Qui se risquerait à dire que la finesse, la passion, le travail acharné, l’amour du risque, l’enthousiasme, le respect de la hiérarchie méritoire, l’esprit critique et la gloire même n’existent autant là que parce qu’on les a fait disparaître- parce qu’on les a interdits- partout ailleurs ? Ces émissions ne sont en rien les métaphores de je ne sais quelles épopées néo-balzaciennes, elles sont leur ridicule épitaphe, la mise en spectacle transcendée du quotidien aseptisé (névrose obsessionnelle du traçage de la nourriture, campagne d’hygiénisme, conseils d’alimentation – l’alcool et les vins sont d’ailleurs les grands absents de ces émissions, si ce n’est le gras, en tout cas l’idée de la quantité). Il y a de la pornographie là-dedans, et tout comme la pornographie (et ses éventuels censeurs) cache la réalité de la mort du sexe, ces mises en scène camouflent la coexistence logique de la junk-food-kébab généralisée, des régimes amaigrissants, du prix sidérant de la qualité et de la peur délirante de maladies diverses. Masturbation de l’estomac. Et ces attendus thèmes : menus végétariens, menus pour enfants. Et la célébration du terroir et des bons produits bien de chez nous : ils sont où les gauchistes ? On les entend pas et ce n’est pas un hasard, on ne touche pas au gigot ici. On peut vous piétiner la gueule dans le réel, du moment qu’on ne touche pas au gigot. Le gigot c’est l’enterrement de la hache de guerre. Réconciliation par la bâffre. Sport collectif. Et puis l’élimination programmée et progressive des candidats, alors que le moindre licenciement est présenté comme un crime contre l’humanité partout ailleurs. Et puis tout et puis rien.
Étiquetté : CélineCéline et son Art
Actu — Article écrit par XP le 19 février 2012 à 21 h 22 min» Parler d’un livre, c’est toujours l’impuissance… »
» Je suis un styliste, si je peux dire, un maniaque du style, c’est-à-dire que je m’amuse à faire des petites choses. On demande énormément à un homme, or il ne peut pas beaucoup. La grosse illusion du monde moderne, c’est de demander à l’homme d’être à chaque fois un Lavoisier ou un Pasteur, de tout faire basculer d’un coup. Il ne peut pas ! »
» L’histoire, mon Dieu, elle est très accessoire. C’est le style qui est intéressant. Les peintres se sont débarassés du sujet, une cruche, ou un pot, ou une pomme, ou n’importe quoi, c’est la façon de le rendre qui compte. La vie a voulu que je me place dans des circonstances, dans des situations délicates. Alors j’ai tenté de les rendre de la façon la plus amusante possible, j’ai dû me faire mémorialiste, pour ne pas embêter si possible le lecteur. Et ceci dans un ton que j’ai cru différent des autres, puisque je ne peux pas faire tout à fait comme les autres. »
» Dans le Voyage, je fais encore certains sacrifices à la littérature, la « bonne littérature ». On trouve encore de la phrase bien filée… A mon sens, au point de vue technique, c’est un peu attardé. »Interview avec Madeleine Chapsal, L’Express, 1957.
» Je représente quelque chose, moi, le génie français, gloire littéraire, patrimoine spirituel de la France et le reste… invention, j’ai inventé un style, ça vaut bien cent mille par mois… et je pourrais me passer de Gallimard, prendre ma retraite… j’ai tout de même soixante-trois ans. Je la mérite bien la rente, la rente et le prix Nobel… L’invention du style émotif parlé, comme le chas de l’aiguille, je l’ai dit, ça vaut le Nobel, je veux… Surtout quand on voit ceux qui l’ont eu, qui le méritaient pas, qui avaient rien inventé : Gidouille la crotte… Mauriac qui pète de fric… Hemingway et son vieux naturalisme éculé chromo… »
Interview avec Jean Callandreau, Artaban, 1957.
» Il est difficile de changer de style, c’est même impossible. Les peintres paraît-il changent de style, mais enfin… les écrivains aussi… moi je ne crois pas que ça me soit arrivé. L’affaire du style, si j’ose dire, m’intéresse plus spécialement, parce que je suis un styliste. J’ai cette faiblesse, et je crois que c’est une faiblesse peu répandue, mais il faut dire que c’est ce qu’il y a de plus difficile, le style. Envoyer des messages ou des pensées profondes, je n’ai qu’à ouvrir un ouvrage spécialisé, j’en ai plein, je n’ai qu’à regarder dans la médecine, j’en ai plein, je vais facilement briller, étinceler, n’est-ce pas… Non. Je suis un coloriste de certains faits. Je me suis trouvé en des circonstances où par hasard la matière à décrire était intéressante. Proust s’occupait des gens du monde, je me suis occupé des gens qui venaient à ma vue et à mon observation. J’ai décrit des petites histoires, avec un style qui, paraît-il, est le mien. »
» Pour dire la vérité, 400 pages imprimées font 80000 pages à la main. Le lecteur n’est pas forcé de le savoir. Il ne doit même pas le savoir. C’est l’affaire de l’auteur à effacer le travail. Vous mettez le lecteur dans un paquebot. Tout doit être délicieux. Ce qui se passe dans les soutes, ça ne le regarde pas. Il doit jouir des payasages, de la mer, du cocktail, de la valse, de la fraîcheur des vents. Tout ce qui est mécanique, ou servitude, ou service, ne le regarde pas du tout. »Interview avec Louis-Albert Zbinden, Radio-Lausanne, 1957.
» C’est dégoûtant d’écrire sur soi-même, moi, moi, moi ; et se faire sympathique ce serait plus dégoûtant encore, il vaut mieux se présenter au public sous un jour ignoble. Il faut que le caractère soit plus vrai que lui-même. »
Interview avec Olga Obry, Le Phare-Dimanche, 1957.
» Dans les Ecritures, il est écrit : « Au commencement était le Verbe. » Non ! Au commencement était l’émotion. Le Verbe est venu ensuite pour remplacer l’émotion, comme le trot remplace le galop, alors que la loi naturelle du cheval est le galop ; on lui fait avoir le trot. On a sorti l’homme de la poésie émotive pour le faire entrer dans la dialectique, c’est-à-dire le bafouillage, n’est-ce pas ? »
» Si vous prenez un bâton et si vous voulez le faire paraître droit dans l’eau, vous allez le courber d’abord, parce que la réfraction fait que si je mets ma canne dans l’eau, elle a l’air d’être cassée. Il faut la casser avant de la plonger dans l’eau. C’est un vrai travail. C’est le travail du styliste. »
» Souvent les gens viennent me voir et me disent : « Vous avez l’air d’écrire facilement. » Mais non ! Je n’écris pas facilement ! Qu’avec beaucoup de peine ! Et ça m’assomme d’écrire, en plus. Il faut que ça soit fait très très finement, très délicatement. Ça fait du 80000 pages pour arriver à faire 800 pages de manuscrit, où le travail est effacé. On ne le voit pas. Le lecteur n’est pas supposé voir le travail. »Louis-Ferdinand Céline vous parle, 1957.
» J’ai cessé d’être écrivain, n’est-ce pas, pour devenir un chroniqueur. Alors j’ai mis ma peau sur la table, parce que, n’oubliez pas une chose, c’est que la grande inspiratrice, c’est la mort. Si vous ne mettez pas votre peau sur la table, vous n’avez rien. Il faut payer ! »
Interview avec Louis Pauwels et André Brissaud, Radio-Télévision Française, 1959.
» J’ai eu dans ma vie le même vice que Rabelais. J’ai passé moi aussi mon temps à me mettre dans des situations désespérées. Comme lui, je n’ai donc rien à attendre des autres. Comme lui, je ne regrette rien. »
Propos sur Rabelais recueillis par Le Meilleur Livre du mois, 1959.
» Le public, je l’emmerde ! J’écris par nécessité matérielle, pas pour autre chose ! Voyez-vous, le style, c’est une affaire qui ne pardonne pas ! Moi, on me hait ! »
Interview avec Jacques Izoard, Lettres, 1959.
» Les jouisseurs n’ont pas besoin d’écrire. Poser une semblable question à un écrivain ! On écrit parce qu’on est malheureux. Votre monde dévore tout le reste. Vous êtes seul. Et soutenu par le style. Les poètes n’ont pas de vie intérieure. Les écrivains sont en général des bafouilleurs. »
Réponse à une enquête de Tel Quel, « Pensez-vous avoir un don d’écrivain ? », 1960.
» – Moi j’ai fait passer le langage parlé à travers l’écrit. D’un seul coup.
– Ce passage est ce que vous appelez votre « petite musique », n’est-ce pas ?
– Je l’appelle « petite musique » parce que je suis modeste, mais c’est une transposition très dure à faire, c’est du travail. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais c’est calé. Pour faire un roman comme les miens, il faut écrire 80000 pages à la main pour en tirer 800. Les gens disent en parlant de moi : « Il a l’éloquence naturelle… il écrit comme il parle… c’est les mots de tous les jours… ils sont presque en ordre… on les reconnaît. » Seulement voilà ! c’est « transposé ». C’est juste pas le mot qu’on attendait, pas la situation qu’on attendait. C’est transposé dans le domaine de la rêverie entre le vrai et le pas vrai, et le mot ainsi employé devient en même temps plus intime et plus exact que le mot tel qu’on l’emploie habituellement. On se fait son style. Il faut bien. Le métier c’est facile, ça s’apprend. Les outils tout faits ne tiennent pas dans les bonnes mains. Le style c’est pareil. Ça sert seulement à sortir de soi ce qu’on a envie de montrer. »Interview avec Claude Sarraute, Le Monde, juin 1960.
» Tout un livre sur la manière dont une fille embrasse, les différentes façon qu’elle a d’embrasser et ce que cela signifie… est-ce que c’est écrire ? Ça n’est pas écrire, ça n’est rien, du gâchis. Je n’ai jamais mis ça dans mes livres, mes livres sont du style, rien d’autre, juste du style. C’est la seule chose qu’il faut chercher en écrivant. Qui sait combien ont essayé de copier mon style… mais ils ne peuvent pas. Ils ne peuvent pas tenir pendant quatre cents pages, essayer, ils ne peuvent pas… c’est tout ce que j’ai, le style, rien d’autre. Il n’y a pas de messages dans mes livres, c’est l’affaire de l’Église. «
Interview avec Robert Stromberg, Evergreen Review, été 1960.» Le truc, c’est que moi je fais le boulot pour les lecteurs, vous comprenez… En somme, le bonhomme, quand il lit un livre, il est forcé de faire un effort de représentation. Moi, je le fais pour lui, l’effort. Je lui raconte. Je fais passer le langage écrit à travers le langage parlé. Il se produit alors un peu ce qui s’est produit pour les impressionnistes. Avant on ne voyait jamais, par exemple, la fleur, l’écrevisse ou la jolie femme sur l’herbe. On montrait un magnifique bouquet de fleurs, des scènes de chasse, de naufrage, mais tout ça en jour d’atelier. Alors il fallait faire un effort, pas un effort gros, mais tout de même un petit effort pour sentir la bataille ou sentir le naufrage. Tandis qu’avec les impressionnistes, là, avec Manet, Monet et la suite, là on les a vues sur l’herbe les écrevisses et les jolies femmes avec Le Déjeuner sur l’herbe et le Bonheur à Bougival. »
Propos recueillis par Léon Darcyl, Paris-Match, 1960.
» – Est-ce que dans vos romans l’amour tient une grande place ?
– Aucune. Il ne doit pas en tenir. Il faut avoir de la pudeur quand on est romancier : article 2 ! »Interview avec André Parinaud, Arts, 1960.
» Pourquoi j’écris ? Je vais vous le dire : pour rendre les autres illisibles… »
Interview avec Pierre Audinet, Les nouvelles littéraires, 1960.
» Écrire ?… Qu’est-ce que ça veut dire ?… ça m’horripile !… C’est bien écrit… il écrit bien, elle écrit bien… Regardez comme c’est filé, comme c’est charmant !… Je ne peux pas supporter ça… Ils font des phrases, c’est facile… La création, la vraie, ça demande une grosse concentration intellectuelle, anormale, pas naturelle… J’en parle en médecin… C’est presque un suicide… «
Interview avec Claude Bonnefoy, Arts, 1961.
» C’est un peu comme l’architecture… Il faut bâtir une maison, la porte, les fenêtres, les marches, les escaliers… Puis vous entrez dans la maison et vous tâtez… Là, le plancher gondole, là vous n’êtes pas à l’aise… Vous redressez à petits coups, puis vous ressortez… Et ça, ce travail qui fait que votre maison ce n’est pas tout à fait ça, c’est un petit peu autre chose, c’est le style… Mais il n’y en a pas un sur un millier, un sur un million, c’est très dur, styliste… »
Interview avec Stéphane Jourat, La Meuse, 1961.
Merci à F.
Étiquetté : CélineLes beaux draps
Citations, Littérature — Article écrit par Vae Victis le 14 janvier 2012 à 17 h 19 minCéline, c’est Tocqueville en argot. La gauche culturelle ne retient que sa forme vaguement laxiste, le dynamitage de la forme classique. Les Belles Lettres volent en éclat sous ses coups de boutoir. Mais au-delà de la littérature, Céline c’est aussi le plus grand sociologue de son époque. Il aura perçu les aspirations profondes de tout un peuple, de tout un continent même. C’est la sociale-démocratie post seconde guerre mondiale qu’il nous peint sous ses saillies. Le communisme pour petits-bourgeois rêvant de fonctionnariat. C’est le programme De Gaulle, Mitterrand, Sarkozy qui s’étale sous les yeux dès 1941.
Pays femelle vénère raclée…
Céline, Les beaux draps ; p. 17
Tous les Français sont de gaulistes [sic] à de rares loustiques exceptions. De Gaulle ! ils se pâment. Y a six mois ils entraient en crise quand on leur parlait des Anglais. Ils voulaient tous les refoutre à l’eau. Y en avait plus que pour Ferdonnet. À présent c’est tout pour Albion, par Albion, sous Albion… Qu’est-ce qu’on risque ? Au fond c’est plus qu’une bande de singes, des velléitaires jacassiers, des revendicateurs gâteux. Ils savent plus ce qu’ils veulent sauf se plaindre. Gueuler ! Et c’est marre ! Ça finit par tomber du ciel ! Revendiquez ! Nom de Dieu ! C’est la loi ! Le plus grand condé du monde ! La bonne jérémiade hébraïque comment qu’ils l’ont adoptée ! Vous voulez plus des Anglais ? Râlez !…
Vous voulez plus des patrons ? Râlez !
Vous voulez refaire la Pologne ? Râlez !
La Palestine ? Le Kamtchatka ? Le Bois de Boulogne et la Perse ?
Râlez de plus en plus fort !
En voulez-vous des Pommes de Terre ? de la Lune et du Patchouli ? du triporteur ? de la langouste ? Vous cassez pas la tête… Râlez !
Pour finir la révolution faudrait qu’on leur offre le moulin, la petite crécelle à prières, et que c’est tout écrit dessus, les doléances en noir sur blanc, les espoirs, les exigences… comme au Congrès du Lama… Ils tourneraient ça tout en marchant, en processionnant pour que ça tombe… Chacun son petit moulin d’éternelle revendication… ça ferait un barouf effroyable, on pourrait plus penser qu’à eux…
« Je suis l’Homme conscient !… j’ai des droits !… j’ai des droits !… » Rrrrrrrr ! Rrrrrr ! Rrrrr !… « Je suis opprimé !… Je veux tout !… » Rrooouuuu !… RrOOOUUUU !… Ça serait définitif tel quel… On serait apaisé dans un sens. On pourrait plus placer un mot. Le Rroooouuuu… éteindrait tout.
Ibid, p. 22
Je connais le plus honnête homme de France. Il se donne un mal ! Il se dépense ! Il est maître d’école à Surcy, à Surcy-sur-Loing. Il est heureux qu’au sacrifice, inépuisable en charité. C’est un saint laïque on peut le dire, même pour sa famille il regarde, pourvu que l’étranger soit secouru, les victimes des oppressions, les persécutés politiques, les martyrs de la Lumière. Il se donne un mal ! Il se dépense ! Pour les paysans qui l’entourent c’est un modèle d’abnégation, d’effort sans cesse vers le bien, vers le mieux de la communauté. Secrétaire à la Mairie, il ne connaît ni dimanche ni fête. Toujours sur la brèche. Et un libre d’esprit s’il en fut, pas haineux pour le curé, respectueux des ferveurs sincères. Faut le voir à la tâche ! Finie l’école… à la Mairie !… en bicyclette et sous la pluie… été comme hiver !… vingt-cinq, trente lettres à répondre !… L’État civil à mettre à jour… Tenir encore trois gros registres… Les examens à faire passer… et les réponses aux Inspecteurs… C’est lui qui fait tout pour le Maire… toutes les réceptions… la paperasse… Et tout ça on peut dire à l’œil… C’est l’abnégation en personne… Excellent tout dévoué papa, pourtant il prive presque ses enfants pour jamais refuser aux collectes… Secours de ci… au Secours de là… que ça n’en finit vraiment pas… À chaque collecte [45] on le tape… Il est bonnard à tous les coups… Tout son petit argent de poche y passe… Il fume plus depuis quinze ans… Il attend pas que les autres se fendent… Ah ! pardon ! pas lui !… Au sacrifice toujours premier !… C’est pour les héros de la mer Jaune… pour les bridés du Kamtchatka… les bouleversés de la Louisiane… les encampés de la Calédonie… les mutins mormons d’Hanoï… les arménites radicaux de Smyrne… les empalés coptes de Boston… les Polichinels caves d’Ostende… n’importe où pourvu que ça souffre ! Y a toujours des persécutés qui se font sacrifier quelque part sur cette Boue ronde, il attend que ça pour saigner mon brave ami dans son cœur d’or… Il peut plus donner ? Il se démanche ! Il emmerde le Ciel et la Terre pour qu’on extraye son prisonnier, un coolie vert dynamiteur qu’est le bas martyr des nippons… Il peut plus dormir il décolle… Il est partout pour ce petit-là… Il saute à la Préfecture… Il va réveiller sa Loge… Il sort du lit son Vénérable… Il prive sa famille de 35 francs… on peut bien le dire du nécessaire… pour faire qu’un saut à Paris… le temps de relancer un autre preux… qu’est là-bas au fond des bureaux… qu’est tout aussi embrasé que lui question la tyrannie nippone… Ils vont entreprendre une action… Il faudra encore 500 balles… Il faut des tracts !… Il faut ce qu’il faut !… On prendra sur la nourriture… il compte plus ses kilos perdus… Il rentre au bercail… il repasse à l’action… prélude par une série de causeries… qui le font très mal voir des notables… Il va se faire révoquer un jour… Il court à la paille… En classe il souffre pour ne rien dire… Tout de même il est plein d’allusions surtout pendant l’Histoire de France… Il leur fait voir que c’est pas rose aux mômes de la ferme à Bouchut d’être comme ça là, d’ânonner sur les preuves de 4 et 4, 8… et les turpitudes de Louis XVI pendant que peut-être là-bas au Siam y a un innocent qui expire dans les culs de basses fosses à nippons !… que c’est la pitié de notre époque… la jemenfouterie du cœur humain… Il en pousse des sacrés soupirs, que toute la classe est malheureuse… Il se relance dans les démarches… Il demande audience au préfet… lui plutôt timide de nature… Il l’engueule presque à propos de son petit coolie… qu’est là-bas tout seul et qui souffre dessous 400 millions de chinois… Il sort tout en ébullition… excédé… hurlant aux couloirs… ça lui fait un drôle de scandale. Je l’ai rencontré, c’était en Mai, au coin de la rue de Lille et de Grenelle, il ressortait encore d’une démarche auprès de l’Ambassade des Soviets, toujours à propos de son nippon… Il avait tapé pour venir, pour faire les soixante pélos, deux commerçants de son village. Savoir comment ça finirait ! où l’emporterait sa passion !… On peut pas dire qu’il est juif, Bergougnot Jules il s’appelle, sa mère Marie Mercadier. Je les connais depuis toujours. Il est en confiance avec moi. Je peux en avoir avec lui. C’est un honnête homme.
— Dis donc, que je lui dis, un peu Jules… Tu veux pas me rendre un service ?…
— Ça dépend qu’il me fait… Je me méfie !… Avec les gens que tu fréquentes !… Enfin ça va, dis toujours…
— C’est pour Trémoussel qu’est mouillé… Tu sais ? “la Glotte” ? Il s’est fait faire… Il est pas bien avec les flics… Il a manifesté à Stains… Il a cassé un réverbère…
— Tant pis pour lui, c’est un salaud !…
— Pourquoi tu dis ça ?
— Je le connais !… On a été grives ensemble… On a fait trois ans au 22… J’ai jamais pu l’encaisser… Il est pas parti à la guerre ?
— Non il est trépané de l’autre…
— Y en a des trépanés qui retournent…
— Oui mais pas lui, il se trouve mal, il a des crises…
— Il se trouve pas mal pour faire le con !…
— Mais c’est pour les juifs qu’il milite !… C’est pour eux qui s’est fait poirer, c’est pour l’assassin de l’ambassade…
— Ça fait rien c’est une vache quand même !…
— Pourquoi que tu lui en veux comme ça ?… C’est bien la première fois, dis, Jules que je te vois haineux pareillement… et quelqu’un qu’est dans tes idées… qui souffre aussi pour la cause…
— C’est vrai dis donc t’as raison… Je peux pas le blairer le Trémoussel !… On était camarades de lit… C’est pas un méchant garçon… mais il a quelque chose d’impossible…Jules il est foncièrement honnête et consciencieux et tout scrupules… ça le chiffonnait ma remarque… Il fit encore un effort.
— Eh bien tu vois au fond je vais te dire… Trémoussel je le connais bien !… ça doit être ça qui m’empêche… J’ai vécu trois ans côte à côte… les autres je les ai jamais regardés… je les connais pas pour ainsi dire… Et puis, tiens, je vais te dire toi grande gueule ! maintenant que je te regarde un petit peu… T’es pas beau ma saloperie ! T’es encore plus infect que l’autre… Ah ! Dis donc taille que je te revoie plus !… J’ai des relations moi tu sais !… Je te la ferai remuer, moi, ta sale fraise !…
Je voulais pas envenimer les choses… Je voulais pas d’esclandres dans la rue… surtout à ce moment-là… Je suis parti par la rue du Bac… Il a pris le faubourg Saint-Germain… Je l’ai jamais revu Jules… C’était un parfait honnête homme, il se dépensait sans compter. Il se donnait un mal, un souci ! Jamais vu pareil apôtre pour les choses qui le regardaient pas. C’était pas la gloire des honneurs, ça l’avait pas intoxiqué, même pas officier de la rosette.
Ibid, p. 33 – 34
L’ouvrier il s’en fout d’être aryen pur ! métis ou bistre ! de descendre de Goths ou d’Arthur ! pourvu que son ventre ne fasse pas de plis ! Et précisément ça se dessine… Il a d’autres chats à fouetter ! Qu’est-ce que ça peut bien lui faire d’être de sang pur ou de mélange ? Pourquoi pas marquis de Priola ? duchesse des Gonesses ? [...]
Le Peuple autrefois il avait, pour patienter, la perspective du Paradis. Ça facilitait bien les choses. Il faisait des placements en prières. Le monde tout entier reposait sur la résignation des pauvres “dixit Lamennais”. Maintenant il se résigne plus le pauvre. La religion chrétienne est morte, avec l’espérance et la foi. « Tout en ce monde et tout de suite ! ». Paradis ou pas !… Comme le bourgeois, comme le juif. Allez gouverner un petit peu dans des conditions pareilles !… Ah ! C’est infernal ! Une horreur ! Je veux bien l’admettre. La preuve c’est que personne y arrive plus. [...]
Les damnés de la Terre d’un côté, les bourgeois de l’autre, ils ont, au fond, qu’une seule idée, devenir riches et le demeurer, c’est pareil au même, l’envers vaut l’endroit, la même monnaie, la même pièce, dans les cœurs aucune différence. C’est tout tripe et compagnie. Tout pour le buffet. Seulement y en a des plus avides, des plus agiles, des plus coriaces, des plus fainéants, des plus sots, ceux qu’ont la veine, ceux qui l’ont pas. Question de hasard, de naissance. Mais c’est tout le même sentiment, la même maladie, même horreur. [...]
Le peuple il a pas d’idéal, il a que des besoins. C’est quoi des besoins ? C’est que ses prisonniers reviennent, qui aye plus de chômage, qu’on trouve des boulots soisois, qu’on aye la sécurité, qu’on se trouve assuré contre tout, le froid, la faim, l’incendie, qu’on aye les vacances payées, la retraite, la considération, la belote et le pousse-café, plus le cinéma et le bois de rose, un vache smoking tempérament et la pétrolette d’occasion pour les virées en famille. C’est un programme tout en matière, en bonne boustiffe et moindre effort. C’est de la bourgeoisie embryonne qu’a pas encore trouvé son blot.
Ibid, p. 38 à 47
Ça suffit pas la misère pour soulever le peuple, les exactions des tyrans, les grandes catastrophes militaires, le peuple il se soulève jamais, il supporte tout, même la faim, jamais de révolte spontanée, il faut qu’on le soulève, avec quoi ? Avec du pognon. Pas d’or pas de révolution. Les damnés pour devenir conscients de leur état abominable il leur faut une littérature, des grands apôtres, des hautes consciences, des pamphlétaires vitrioleux, des meneurs dodus francs hurleurs, des ténors versés dans la chose, une presse hystérique, une radio du tonnerre de Dieu, autrement ils se douteraient de rien, ils roupilleraient dans leur belote. Tout ça se paye, c’est pas gratuit, c’est des budgets hyperboliques, des tombereaux de pognon qui déversent sur le trèpe pour le faire fumer. Il faut étaler les factures, qui c’est qui dèche ? C’est à voir. Pas de pognon, pas de fifres, pas de grosses caisses, pas d’émeutes par conséquent. Pas d’or, pas de révolution ! [...]
C’est hors de prix la Police qui prépare une Révolution, la pullulation d’émissaires, asticoteurs de griefs, des mille rancœurs à la traîne, retourneurs de fiels.
Ibid, p.48
C’est là le hic, le point sensible, le “ne-pas-se-mouiller” paysan, c’est là qu’il faut pousser au crime ! à plein orchestre ! que l’or entre en transe et comment ! La vieille Bastille et ses neuf tours, serait toujours au poste, altière, hautaine, formidable, et ne gênerait vraiment personne, pas plus que Fresnes ou l’île de Ré, si les Banques, les démons de Londres, n’avaient pas fait le nécessaire, enflammé la viande saoule à temps, déchaîné l’émeute, le carnage, soulevé l’ouragan des ragots, les torrents de bave conventionnels, l’ébullition de la frime du sang. L’arrière-petit-fils de Louis XIV serait encore à l’Élysée, Marie-Antoinette révérée par tous les enfants des écoles, patronne de l’élevage des agneaux, si Pitt avait pas insurgé les petits scribouilleux de l’époque, pourri la noblesse à gaga, versé les ronds à pleines hottes, soudoyé la cour et les champs, les mères abbesses et les bourreaux… Sans or les idées ne sont rien.
Ibid, p. 49
Pour le peuple le Communisme c’est le moyen, l’astuce d’accéder bourgeois illico, à la foire d’empoigne. Sauter dans les privilèges, tranquille, Baptiste une fois pour toutes. La Cité future pour Popu c’est son pavillon personnel avec 500 mètres de terrain, clos soigneusement sur quatre faces, canalisé si possible, et que personne vienne l’emmerder. Tout ça enregistré devant notaire. C’est un rêve de ménagère, un rêve de peuple décadent, un rêve de femme. Quand les femmes dominent à ce point, que tous les hommes rêvent comme elles, on peut dire que les jeux sont faits, que grandeur est morte, que ce pays tourné gonzesse, dans la guerre comme dans la paix, peut plus se défendre qu’en petites manières, que les mâles ont plus qu’à entrer faire leur office de casseurs, saillir toutes ces mièvreries, abolir toutes ces prévoyances. Ça sera-t-y des jaunes ? des blancs ? des noirs ? des purs ? des compliqués ? Est-ce qu’on périra dans la noce ? C’est bien possible, c’est même probable. Toujours est-il que ça sera des hommes et des butors, des dominants qu’iront pas demander aux grand’mères comment faut rêver dans la vie, qui seront disposés comme des ours.
Ibid, p.59
Faut pas du grand communisme, ils comprendraient rien, il faut du communisme Labiche, du communisme petit bourgeois, avec le pavillon permis, héréditaire et bien de famille, insaisissable dans tous les cas, et le jardin de cinq cents mètres, et l’assurance contre tout. Tout le monde petit propriétaire. [...] Votons mesquin, voyons médiocre, nous serons sûrs de pas nous tromper. Voyons le malade tel qu’il se trouve, point comme les apôtres l’imaginent, avide de grandes transformations. Il est avide de petit confort.
Ibid, p.66
Quel est l’autre grand rêve du Français ? 99 Français sur 100 ? C’est d’être et de mourir fonctionnaire, avec une retraite assurée, quelque chose de modeste mais de certain, la dignité dans la vie. Et pourquoi pas leur faire plaisir ? Moi j’y vois pas d’inconvénient. C’est un idéal communiste, l’indépendance assurée par la dépendance de tout le monde.
Ibid, p.67
Martine Aubry, lectrice assidue de Céline, la preuve :
Bien sûr on peut pas supprimer, l’usine dès lors étant admise, combien d’heures faut-il y passer dans votre baratin tourbillant pour que le boulot soye accompli ? toutes les goupilles dans leurs trous, que vous emmerdiez plus personne ? et que le tâcheron pourtant crève pas, que ça tourne pas à sa torture, au broye-homme, au vide-moelle ?… Ah ! C’est la question si ardue… toute délicate au possible. S’il m’est permis de risquer un mot d’expérience, sur le tas, et puis comme médecin, des années, un peu partout sous les latitudes, il me semble à tout bien peser que 35 heures c’est maximum par bonhomme et par semaine au tarabustage des usines, sans tourner complètement bourrique.
Ibid, p.70
Étiquetté : argot, Beaux draps, Céline, sociale-démocratie, TocquevilleDénominateur commun
Sozial — Article écrit par Vittorio le 12 octobre 2011 à 20 h 13 minQuand j’étais gosse et que je feuilletais l’Ancien Testament raconté aux enfants et illustré de gravures de Gustave Doré, j’y voyais le Bon Dieu sur un nuage. C’était un vieux monsieur, il avait des yeux, un nez, une longue barbe et je me disais qu’ayant une bouche il devait aussi manger. Et s’il mangeait, il fallait aussi qu’il eût des intestins. Mais cette idée m’effrayait aussitôt, car j’avais beau être d’une famille plutôt athée, je sentais que l’idée des intestins de Dieu était blasphématoire. Sans la moindre préparation théologique, spontanément, l’enfant que j’étais alors comprenait donc déjà qu’il y a incompatibilité entre la merde et Dieu et, par conséquent, la fragilité de la thèse fondamentale de l’anthropologie chrétienne selon laquelle l’homme a été créé à l’image de Dieu et alors Dieu a des intestins, ou bien Dieu n’a pas d’intestins et l’homme ne lui ressemble pas.Les anciens gnostiques le sentaient aussi clairement que moi dans cinquième année. Pour trancher ce problème maudit, Valentin, Grand Maître de la Gnose du IIe siècle , affirmait que Jésus « mangeait, buvait, mais ne déféquait point ».La merde est un problème théologique plus ardu que le mal. Dieu a donné la liberté à l’homme et on peut donc admettre qu’il n’est pas responsable des crimes de l’humanité. Mais la responsabilité de la merde incombe entièrement à celui qui a créé l’homme, et à lui seul.
Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être
Encore ? Encore… Le corps de Jésus, à l’évidence, ingère des symboles, mais ne digère pas, on n’excrète pas du concept… Chair extravagante, insoumise aux caprices de tout un chacun : le Messie n’a pas faim ni soif, il ne dort jamais, ne défèque pas, ne copule pas, ne rit pas.
Onfray, Traité d’athéologie.
Dans un de ses ouvrages, Claude Lévi-Strauss raconte un épisode classique qui arrive à tout explorateur du début du 19eme siècle lorsqu’il parvient jusqu’à une tribu primitive. Immanquablement, il se voit proposer une ou plusieurs femmes pour la nuit. Offrande ? Cadeau ? Coutume d’hospitalité ? Rien de tout cela. Si le primitif offre une femme à cet être inquiétant, venu d’ailleurs, de peau blanche et paré d’étrange atours et outils, c’est parce qu’il a peur : peur de se retrouver face à un Dieu ou un quelconque esprit maléfique. Or si cet être couche avec une femme de la tribu, c’est qu’il fait comme n’importe quel homme de la tribu, connait les mêmes désirs, possède les même organes, etc..Bref qu’il est humain. Parfois le primitif demande d’emblée à l’étranger de montrer ses parties génitales, ou encore il le scrute en secret pour s’assurer qu’il est soumis aux mêmes besoins naturels inhérents à la digestion.
Bite, couilles, baise, pipi, caca. Les plus petits dénominateurs communs qui obsèdent et dont la preuve rassure les insatisfaits de l’insatisfaction.
C’est au fond la même question qui a hanté les primitifs de l’esprit lorsqu’ils se demandaient si Jésus faisait caca. Même Céline tombe dedans, dans ses pamphlets, entre autres obsessions de sodomie, chair molle contre muscle, etc…
Nous en sommes régulièrement témoins ici. Il arrive en effet que nos contradicteurs en viennent à utiliser le vocabulaire salace lorsqu’ils n’ont plus rien à objecter, comme XP l’a relevé. Et encore, lorsqu’ils font l’effort d’objecter en préambule. C’est aussi une coutume de langage propre aux souverainistes, on pensera à son incarnation moderne, Dominique Vilpin, lui qui voulait prendre la France parce que ça la démangeait des hanches.
Le salace c’est le langage du collectiviste qui tente de ramener l’individualiste dans le groupe, dans la société comme groupe et groupe comme société. Le collectivisme, mouvement puritain et asexué, a toujours été pris d’une défiance d’ordre sexuelle envers l’individualisme, et il n’a pas tort. Séparation claire et nette du privé et du public, importance de la vie privée, du libre arbitre, de la responsabilité, de la liberté, acceptation de l’inégalité innée (à commencer par les rôles sexués), l’individualisme donne vraiment le bâton pour se faire battre. A l’érotisme symbolique de l’individualisme conséquent de toutes ses séparations, le collectivisme ne trouve comme moyen de défense que le salace. Bite, couille, pipi, caca. Il veut rétrograder l’individualiste à ces plus petits dénominateurs communs.
Lorsqu’un collectiviste vous insulte ou parle de sa bite, ce qui arrive souvent, il ne cherche pas le désaccord, mais l’accord. Il veut vous faire tomber dans le groupe, par sa voie la plus commune. Il veut que vous lui répondiez sur le même mode. L’über-collectiviste, c’est à dire le chef de meute, ou celui qui l’imite, lui se doit d’incarner le phallus comme tout bon chef à plume-seule exception logique à la règle- il se met à bramer et à sortir son engin en vous mettant au défi de faire de même. Ses serviteurs eux vous suivent dans la brousse, avec leurs peintures de camouflage, pour voir si vous faites caca.
Tout ce langage codifié, par définition, ne se résume pas à un retour à l’animalité, en effet, le retournement du langage contre lui-même par son asservissement au biologique et au commun, bref à la chair-comprendre ici au sens de viande- est bien la négation de l’incarnation, son opposition non dans le silence, mais dans la viande qui parle. Incarnement disait d’ailleurs Céline*. Obsession du biologique comme origine voulant contredire le Verbe premier.
NB1 : à la question légitime de Kundera, pour ne pas dire l’intuition, j’ai trouvé logique de donner également les mensonges factuels d’Onfray en exemple, qui, pour son traité d’athéologie ne s’est donné la peine de lire ni les évangiles (où il est écrit que Jésus a faim, qu’il mange et qu’il dort) ni la théologie de base (St Thomas d’Aquin) et qui en conclut l’inverse de ce qui est dit…Ça s’appelle un philosophe rationnel et rigoureux, parait-il.
NB2 : Jean Clair, critique d’Art, a aussi souligné dans ses ouvrages la place grandissante donnée aux thèmes du fécale, de la putridité et des sécrétions dans l’art contemporain, c’est à dire que ces artistes plastiques n’ont plus que ces plus petits dénominateurs comme outils conceptuels, sans évidemment comprendre une seconde ce qu’ils révèlent malgré eux et évidemment sans le moindre talent.
*D’un château l’autre. Jeu : saurez-vous retrouver tout les thèmes souverainistes ? : )
Étiquetté : catholicisme, Céline, collectivisme, Vivre ensemblePrenez n’importe quel bigorneau, dites-lui dans les yeux qu’il incarne!…vous le voyez fol!…vous l’avez à l’âme! il se sent plus!…Pétain qu’il incarnait la France, il a godé à plus savoir si c’était du lard ou cochon, gibet Paradis ou Haute-Cour, Douaumont, l’Enfer, ou Thorez…il incarnait!…le seul vrai bonheur de bonheur l’incarnement!…la tête serait partie toute seule, bien contente, aux anges!…mettez que demain ils se remettent à nous rationner…qu’on arrive à manquer de tout…vous grattez pas!…le truc d’incarner vous sauvera!…vous prenez n’importe quel bizut, n’importe quel auteur provincial, et vous y allez! vous l’empoignez, vous le pétrissez là, devant vous… »Oh, Dieu de Dieu, mais il y a que vous!…y a que vous pour incarner le Poitou! » Vous lui hurlez! « Vos chères 32 pages ? Tout le Poitou! » Ca y est!…vous manquez plus de rien! à vous les colis agricoles!…vous recommencez en Normandie!…puis les Deux-Sèvres! et le Finistère! vous êtes paré pour cinq, six guerres et douze famines!…vous savez plus où les mettre vos dix! douze tonnes de colis! les Incarnateurs donnent, renchérissent, se lassent jamais!
L’Obermachinchose Serge Klarsfeld
Littérature — Article écrit par Nicolas le 21 janvier 2011 à 23 h 09 minIl est vilain, il n’ira pas au paradis,
celui qui décède sans avoir réglé tous ses comptes
— Almanach des Bons-Enfants (et épigraphe à Bagatelles)
M. Serge Klarsfeld est un homme qui, voilà quelques décennies, a décidé de faire une carrière originale et semble-t-il flatteuse : chasseur de vieillards. Il les traque, les attrape, les dénonce, les fait mettre en procès puis en prison, généralement la mort suit assez vite ce traitement qui n’est inhumain et féroce qu’en trompeuse apparence.
Car il le fait au nom de la morale. Et il serait condamnable (ce n’est pas une formule au sens figuré) de mettre en cause les fondement historiques des agissements de M. Serge Klarsfeld. Plusieurs personnes sont en prison pour ça, ce qui les rend sympathiques même quand on trouve leur maniaquerie déplorable, ce qui est mon cas.
Ce combat d’une noblesse extrême, cette sorte d’apothéose de la vengeance administrative, scientifique, documentée aux meilleures archives, froide comme le regard d’un SS qui aurait viré de bord et entrepris de venger le ghetto de Varsovie dans un roman uchronique d’un Robert Merle talentueux, tout cela donne à monsieur Serge Klarsfeld une sorte de légitimité qui repose donc sur le véritable tabou religieux de la république française depuis 1945. Du moins qui repose dessus rétrospectivement, car dans l’immédiate après-guerre, si l’on plaignait beaucoup le sort des déportés de manière générale, on ne faisait pas un cas très particulier des déportés juifs. Encore moins venait-on nous emmerder avec les romanichels et les invertis qui avaient tenu à se singulariser d’un petit triangle rose. La véritable religion holocaustique qu’on nous impose, qui se déverse dans tous les domaines culturels à pleins robinets au point que des juifs un peu plus clairvoyants que les autres s’inquiètent régulièrement de ce que cela pourrait alimenter un antisémitisme renouvelé, elle est en grande partie une construction, dont on pourrait dire les grandes étapes de sa constitution à partir des faits de la Seconde Guerre mondiale — faits que je n’entends pas ici contester, que ce soit bien clair : je parle de leur exploitation, de leur incessant rappel ad nauseam (et la nausée est depuis longtemps dépassée), de la magistrature morale qu’ils donnent à des ord… comme Serge Klarsfeld en leur permettant de se livrer soixante ans après à une vengeance maniaque qui semblerait peut-être, pour un observateur de Sirius, tenir d’une sorte de racisme, d’une exhaltation raciale exactement symétrique, dans ses inspirations, de celle du nazisme.
Mais si ce n’était que cela… on pourrait y voir je ne sais quelle grandeur. Problématique évidemment quand les promoteurs de cette chasse aux vieillards sont les mêmes — et je ne vise pas ici tous les juifs, mais une partie d’entre eux : « les mêmes », précisément — qui interdisent toute mise en cause de l’immigration-invasion ou qui prônent idéologiquement le métissage des populations européennes.
Mais somme toute, Klarsfeld serait un féroce zélote, se serait donné le rôle d’un champion pour son peuple (il est vrai que le champion serait bedonnant, aussi le fils a pris le relais à rollers).
Ainsi Serge Klarsfeld aurait obtenu, parce que c’est à ça que se dévouent les Klarsfeld, qu’on ne célèbre pas Céline. Sans doute on se demanderait alors un peu ce que pouvaient bien faire les Klarsfled avant d’être contrôleurs-vérificateurs-en-chef de la conformité de l’opinion des goys avec les préceptes de la religion holocaustique… tailleurs ? fourreurs ? dentistes peut-être ? Mais somme toute on ne s’étonnerait pas plus que cela.
Mais voilà : est-ce bien tout ce qui est en cause ?
Car l’impression est, cette fois, plus gênante : il a visiblement suffi d’un ordre donné par M. Klarsfeld pour que M. Mitterrand, ministre du gouvernement français, s’exécute. Je dis bien un ordre. « Céline raus ! Schnell ! Los ! los ! » et en bon kapo, en bon gardien-chef du lager français, en ministre de ce pays qui ressemble de plus en plus à un camp de concentration mental, M. Mitterrand d’exécuter l’ordre donné par M. Klarsfeld.
On espère d’ailleurs que M. Mitterrand aura double ration de soupe claire en récompense pour son dévouement au kommandant Klarsfeld.
« Mais qui donc gouverne en France ? » s’interroge ce soir, sur le site d’un quotidien, dans les commentaires de cette étonnante nouvelle, un commentateur incrédule.
— Mais qui donc gouverne en France ?
— M. Klarsfeld et le CRIF, de toute évidence.
Quant à Céline qu’on se rassure, il vend encore. Et il est lu sans avoir bien besoin du secours de la médiocre culture officielle et célébratoire. On lui laissera la conclusion, dans L’École :
Étiquetté : antisémitisme, Céline, Klarsfeld, MitterrandNous sommes, Français de souche, asservis, brimés, opprimés, cocufiés, dépouillés, minimisés, ridiculisés, à chaud, à vif, autant qu’il se peut, admirablement, implacablement, frénétiquement, trahis il faut ajouter, minutieusement, perpétuellement, inlassablement, par nos frères de race arrivistes, les francs-maçons, chiens volontaires des Juifs, goinfreurs, en toutes poubelles, en tous déchets juifs, meute à la curée, à la ripaille de toutes les gangrènes d’agonie, éperdus au sifflet des juifs. Les loges détiennent tous les pouvoirs. Les Youtres n’ont qu’à se servir. Aucune résistance. Ils s’installent, exploitent, rançonnent en définitive où ils veulent, comme ils veulent, où leur caprice les chatouille. Ils nous enculent, si telle fredaine les anime, publiquement, très impunément. Auriez-vous rêvé d’un négrite Maître de l’Instruction Publique ? Vous l’avez. En voulez-vous un autre, maître de nos Colonies ? Vous l’avez ! Juste retour des choses ! Demain Président du Conseil, ordonnateur de nos abattoirs (Il le fut déjà). La Haute Juiverie s’amuse de savoir à quel point l’on peut nous avilir, nous faire ramper, avaler des couleuvres, des hontes, des glaviots.







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