Étiquetté ‘alcool’


12 cocktails pour parer au pire en 2012

Alcool & repassage — Article écrit par le 23 décembre 2011 à 9 h 14 min

1. – Licenciement

Ne mettez pas le feu à votre bureau, à vos dossiers en attente, ni à l’entreprise ou à l’automobile à pétrole du patron. Mais mettez le feu quand même, ça vous soulagera : le coffee diablo. Quand vous versez le liquide encore enflammé dans le café, ne manquez pas de vouer aux dieux infernaux toute l’entreprise ainsi que son gros ou petit personnel. (Cas graves : remplacez le café par du Kamok.)

2. – Rupture

Qu’est-ce qu’elles font, elles, quand ça leur arrive ? elles s’empiffrent de chocolat. Rendez-lui la pareille avec un Death by chocolate. (Cas graves : prenez des copeaux de chocolat blanc et doublez la dose de vodka.)

3. – Contrôle fiscal

Il n’y a pas grand chose à faire alors restez cool, servez-vous un Cuba Libre et sirotez-le ostensiblement, ça emmerde toujours ces enf*** de fonctionnaires socialisants qui portent un sous-pull rouge et une barbe en collier (moralement du moins). C’est qu’ils ne savent pas s’ils doivent le prendre ironiquement ou pas ; ils détestent ressentir ça. En cas de contrôle URSSAF : servez-en deux, offrez-en un cordialement au contrôleur, non sans avoir remplacé sa tranche de citron par une tranche de navet.

4. – Remords de la nuit précédente avec votre ex ?

Vous commencez à avoir des remords de la nuit précédente passée cyniquement avec votre ex qui, la pauvre, doit s’imaginer un retour de flamme romantique alors que vous vouliez juste retâter de son intimité chaude ? Punaisez sa photo au mur, lancez des fléchettes dessus en vous remémorant ce qui vous a fait rompre et servez-vous un French 75 — nommé d’après le canon — qui balaiera tous ces états d’âme.

5. – Présentation Powerpoint

Selon l’incompréhensible mode en vogue dans le merveilleux monde de l’entreprise, on vous oblige à faire des trucs ridicules digne d’un exposé de CM2 en ZEP pour présenter au projecteur un résumé qu’il suffirait d’expliquer en quelques phrases à n’importe qui d’à peu près équipé d’un cerveau et qui connait son métier ? en plus non, vous ne pourrez pas le faire sur votre mac avec Keynotes. Prenez quand même votre Macbook, ouvrez Emacs, commencez à taper \documentclass{slides} et commandez-vous un Kamikaze. À la fin, excusez-vous poliment de l’austérité de votre prestation en prétextant que les présentations Powerpoint sont contraires à vos convictions philosophiques parce qu’il faudrait les tester sur des animaux afin d’être sûr que ça ne liquéfie pas le cerveau. Invoquez le principe de précaution, interrogez-vous tout haut sur l’empreinte carbone de la police MS-Comics. Tout cela vous évitera peut-être d’aller au n°1 ci-dessus.

6. – Malade

Vous êtes malade, sans voix, avec un mal de gorge qui vous rend tout grognon et le nez qui coule ? Faites-vous prescrire et faire par une infirmière accorte autant que diplômée un Blueberry Tea. (En cas de cancer en phase terminale : remplacez le thé par une solution de chlorure de potassium, ça vous donne un Kevorkian Tea.)

7. – Réunion à la con

Une réunion inutile de 15 à 19 heures, insupportable, un truc où on se réunit pour se réunir ce qui permet de prendre en commun des décisions diluées si insignifiantes que personne sauf un syndicaliste de SUD n’aurait de toute façon l’idée de demander qui en est responsable ou comment elles ont été prises ? N’y allez pas sans vous préparer une Mort dans l’après-midi. Fonctionne aussi pour les conseils de classe si par malheur vous êtes prof. Quand on ne trouve pas d’absinthe, on met du Pernod, mais c’est moins bien.

8. – Vous n’auriez pas dû dire ça

Vous avez parlé de ce dont il ne fallait pas parler ? Que ce soit sa mère, sa poitrine, son nez, son chat, sa manie de bouffer n’importe quoi sur le pouce, de son troupeau d’amis envahissant ou de ses multiples activités – tri sélectif compris — pour sauver le monde ? Une seule solution, le Short fuse. Faites-en deux, ça aide à la réconciliation.

9. – Mauvaise nuit ?

Elle avait l’air mignon, mais elle s’est révélée aussi frigide et coincée qu’une planche esquimaude à découper le saumon ? Préparez deux Between the sheets, si le sien ne la décoince pas, le vôtre vous consolera. (Si elle est rousse, essayez avec des Slutty Redhead, si elle est blonde avec deux Blow me blondie.)

10. – Envie de taper ?

Envie de taper ? Ca peut-être, comme moi en écrivant ces lignes, parce que vous venez de voir par hasard Christine Boutin sur BFM-tv expliquer que l’inflation c’est très bien, la preuve ça lui a permis de payer sa maison. Décrispez la main et servez-vous autant de Planter’s punch qu’il le faut pour vous foutre complètement des affligeantes idioties que vous venez d’entendre.

11. – Défaite et calamité

Marine a perdu en 2012 ? Tsonga l’a emporté sur Federer ? L’équipe de France black-black-black l’a emporté sur les scandinaves ? Ne vous couvrez pas la tête de cendres, diluez vos larmes dans quelque chose d’encore plus salé, d’un peu amer et qui vous sera fidèle dans la défaite : un Salty Dog.

12. – Gueule de bois

Ça devait arriver. Le Red eye vous remettra peut-être d’aplomb.

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Les 10 pires 31 décembre de ma vie

Récit — Article écrit par le 29 décembre 2010 à 9 h 21 min

Parce que le réveillon de la saint Sylvestre est immanquablement le pire moment attendu de l’année, juste après le pot de noël de l’entreprise, sans alcool, ou votre anniversaire si vous avez plus de 30 ans et que vous êtes un homme, 22 pour une femme, en trouver dix lamentables n’est pas si compliqué. Non, ce qui l’est, c’est d’une part de s’en rappeler avec précision au travers les brumes  de spiritueux et les méandres du refoulement honteux, ensuite et surtout de hiérarchiser le pire. En saisir véritablement les nuances, ce qui ne va pas forcément de soi. Ne pas se laisser envahir par ce sombre sentiment de répétition n’est d’ailleurs possible qu’en augmentant à chaque coup la dose de pathétique. C’est un exercice d’esthète.

Le monde est finalement bien fait.

31 décembre de l’an 1997.
Un ami me convainc de monter à Paris, pour voir ce qu’est un 31 à Paris in the streets. Pour un jeune plouc de province, le plan semble aussi foireux qu’obligatoire. Les restos sont bondés, chers et mauvais. Les rues impraticables pleines de racailles et demi-putes avinées. Les douze coups sonnent alors que nous sommes près des Champs-Elysées. Devant moi une jolie blonde vomit et derrière un type ivre se fait bolosser. J’ai froid. Je suis fatigué. Il n’y a plus de taxis. Le métro est plein à craquer avec les odeurs correspondantes. Les trains aussi le lendemain matin. Je dors assis par terre près des toilettes dans le Paris-Nevers.

An 1983. Mon premier 31. J’ai quatre ans. A 23h36 je descends dans le salon, avec mon doudou, parce que je ne dors pas à cause de la musique. Ce sont mes parents qui font une soirée à la maison. Ils sont trop saouls pour s’apercevoir ou s’émouvoir du fait que je sois levé à heure pareille. Eux et leurs amis gesticulent dans tous les sens, parlent et rient fort, sont rouges et luisants.  Je découvre ce qu’est le monde adulte lorsque les enfants sont totalement oubliés. C’est effrayant. Je fais la connaissance de ce sentiment d’abjection que provoque la claire vision de l’inéluctable déclin de l’âge, une espèce de weltanschauung précoce. Impuissant à changer le monde, j’entame une légère régression en suçant mon pouce, puis remonte me coucher et relis d’un œil moins critique mon album d’images concernant l’amitié entre un ourson et une abeille .

An 2001. Après un court passage chez mémé, je redescends dans cette charmante ville de province dans laquelle je fais mes études. Réveillon dans le milieu étudiant, donc. Il y a des filles, l’alcool coule à flot, l’appartement-une colocation où je n’habite pas et dont je n’ai pas à me soucier de la propreté- est grand, chaleureux et confortable. Même la musique est bonne. Des joints tournent. J’abuse de tout et, vers 2h 33, juste avant que je ne m’ apprête à proposer de raccompagner la fille qui m’a roulé un patin 15 minutes plus tôt, je fais un tour aux toilettes. J’ai ensuite ce qu’on appelle un trou noir. Je me réveillerai dans la baignoire de mes hôtes festifs le lendemain matin, avec une légère angoisse et des effluves diverses émanant de mes propres vêtements.

An 2002. Je suis grand. Je suis clean. J’ai une copine, A, depuis plus de quatre mois. Une copine présentable. Le 31 on ne se retourne plus la tête. On fait du ski la journée, on rentre tôt et on prépare un vrai dîner pour une douzaine de personnes matures et habillées pour l’occasion. Ensuite on fait une after chez des amis dans la même situation. Vers deux heures du mat, au sommet de cette lucidité alcoolique et euphorique lorsque tout va au mieux, alors que je tiens mon amie dans mes bras et que Sunday Bloody Sunday passe à fond dans la chaine, B, une jolie brune, me fait de l’œil. Je constate que je suis trop jeune pour mourir et décide de larguer A. Ce que je fis la nuit même. Le lendemain, j’étais seul, avec tout de même une gueule de bois. Un état qui ne m’a quasiment pas quitté de l’année entamée.

An 1995. J’ai 16 ans. Soirée dans une salle municipale louée par deux filles qui fêtent leur anniversaire en même temps que la nouvelle année. Je suis très amoureux de l’une d’elle : S. S a mis une robe et s’est maquillée et est sublime. Je bois trop pour la première fois de ma vie. Je me sens mal et m’assieds sur une de ces chaises alignées le long du mur. S vient me voir, s’accroupit devant moi et me demande si je vais bien en posant sa main sur la mienne. Il fait sombre mais ses longs cheveux châtains reflètent les spots rouges et bleus, alors qu’elle me répète sa question pour couvrir  Time of my life - dansé à cette époque comme un slow-je suis hypnotisé par ses lèvres. Je réponds oui et souris bêtement. Un garçon plus âgé arrive et lui propose de danser. Elle accepte. Je n’arrive pas à les quitter des yeux et la chanson semble être aussi interminable que leur baiser.

An 2003. Boutchiboutchiboutchi-bibibibi-boutchiboutchiboutchibou… Il est minuit vingt-cinq. Je suis célibataire. Dans une boite. Je veux pécho. Je bois. Je pécho. Je roule des pelles. Je suis vénère. Je branche toutes les filles. Un type n’apprécie pas. Je finis explosé dans la rue par les videurs racistes qui manifestement ne comprennent ni le deuxième ni le premier degré.

En fait, pas si mal. Je devrais le retirer de la liste.

An 2000. Avec trois amis mâles dont certains sont en couple, nous décidons de faire une soirée orgiaque entre couilles. Ce qui signifie très vulgairement : alcool, herbe de qualité, ligne de coke, boite branchée parisienne. Tout est parfait. Même, à l’aller, cet ami qui ressort de la rame de métro à l’arrêt, du début de la ligne, bondée, pour aller vomir sur le quai sous les cris de deux cents touristes italiens hilares et chauffés à blanc. La boite est idéale. Un mélange de vulgaire et de branchouille de l’époque Pigalle-90′s. On a une table. A cette époque, on peut fumer. Les filles sont superbes. La musique idéalement merdique. Je baigne dans le beat comme un connard. Le succès est au rendez-vous. Je galoche une superbe brésilienne en robe très très courte qui accompagne des types louches qui parlent russe, sans avoir échangé un mot avec elle. Elle joue avec ça et semble provoquer son ami mafieux dont je me demande s’il a une arme sur lui, qui la cherche des yeux, affalé derrière sa table pleine de bouteilles de Roederer à moitié vides et de restes de coke prise devant tout le monde dans l’indifférence générale. Le lendemain, un ami m’assurera que la fille était un travelo et son mec un mac.

An 2004. Maison de campagne, un manoir pour être exact, en Normandie. A part moi, tout le monde est venu en couple. Certains avec enfants. On passe la première partie de la soirée à me plaindre à demi-mot puis la seconde à se plaindre de la charge que constitue le fait d’avoir des enfants, avec moult détails, comme le problème des places en crèche, que l’absorption d’alcool ne semble nullement relativiser. Mais je parviens à sombrer dans une agréable torpeur, au moins on ne parle pas de politique. Certaines personnes ont été croisées les années précédentes, c’est dingue comme elles ont vieilli. J’ai mal pour elles. Une mère, de deux enfants de trois hommes différents, si j’ai bien compris, éclate en sanglots lorsque je lui demande si elle est heureuse, sans arrière-pensées. Son dernier compagnon en date me fusille des yeux tout en la réconfortant.  A minuit j’ai envie de dormir. A une heure, je suis couché et un type ronfle très fort dans la pièce d’à côté. Je me dis qu’il faut que je change quelque chose dans ma vie. Au petit matin, lorsque les ronflements cessent, je n’ai toujours pas trouvé quoi.

An 2009. Chez moi avec des amis. Je suis avec M, une fille jolie, enjouée, docile. En un mot : parfaite. Je gagne bien ma vie sans être dégouté du travail. C’est simple, mon quotidien ressemble à une publicité, une publicité pour des assurances. C’est à ça que je pense. Je pourrai tout perdre. Je n’ai aucune garantie. Je commence à être odieux : j’humilie ma compagne, je dis à mes amis ce que je pense d’eux. Je tente l’expérience. Je teste leurs limites. Qui étaient bien minces. J’en étais  sûr.

An 2010. Parce que ce qui n’a pas encore eu lieu me stresse déjà. Cette liste, loin de me confirmer que je ne risque plus rien, me prouve bien au contraire que je suis un petit joueur pataugeant dans des marécages de banalité. Pour remédier enfin à cette pénible fatalité du 31, je décide cette fois de tout faire foirer de manière minutieusement préméditée. J’envisage déjà de me déguiser en clown et lis les modes de fabrication de bombes artisanales sur le net.

A moins que.

A moins que je n’opte pour la méthode dure, l’ultima ratio : être heureux. Et le faire savoir. Bruyamment. Ostensiblement. Preuves à l’appui. Oui je sais, c’est dégueulasse, je vais peut-être un peu loin, je ne devrais pas écrire ça sur le net, des personnes fragiles et influençables nous lisent, bla, bla, bla… Mais on n’a pas trouvé mieux pour foutre définitivement en l’air le 31 des autres. Même les plus optimisto-festifs. Alors, la masse, vous pensez. Ouaip. Moi je vous le dis : je vais en pousser plus d’un au vodka-valium. Ça va être un carnage. J’espère pour vous qu’on ne va pas se croiser.

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