Il y a ce film, Je suis une légende, une obsession survivaliste. Il y a La route de Cormac Mc Carthy. Il y a Into the Wild, une autre obsession. Des œuvres de vagabonds. Un truc de blanc, en fin de parcours, avant la catastrophe, avant la fin d’un monde. Il y a toujours ce désir de renaissance ; le retour des espaces sauvages, hostiles, fatales. Comme les premières images de Je suis une légende : New-York en ruine, les buildings couverts de lierre, les animaux sauvages, les grandes avenues comme des savanes exotiques. Quelle savoureuse vengeance, quel soulagement ce grand nettoyage ! La renaissance, la fondation d’une communauté d’hommes neufs, comme ce petit garçon qu’une femme croyante protège farouchement, y est entravée par des morts-vivants, des vampires, sorte de réminiscences corrompues d’un monde ancien vérolé par la multitude, le désordre, le scientisme, le trop-plein ; un monde ancien plein de maladies. La pureté exigera des sacrifices, et un anéantissement radical.
Nul ne s’inquièterait de la disparition des déserts. Bien au contraire, c’est une idée qui progresse, celle des déserts. Il en va autrement pour les forêts. Nous sommes convaincus que l’on abat chaque jour un peu plus nos forêts. C’est une idée fausse : les espaces boisés n’ont jamais été aussi étendus. Cela doit être autre chose, alors. Un espace intérieur et secret. En relation étroite avec le monde, tel que nous nous le représentons. Et comme ce monde nous déplait, comme ce monde nous semble gagné par une entêtante pourriture, nous rêvons de le ravager complètement. Nous rêvons d’herbes folles, d’ipomoéas et de clématites, nous rêvons de cette sauvagerie comme le phénix d’une nature plus conforme, plus idéale. Nous rêvons d’orties.
très beau post as usual. Vous devenez lyrique SK. Je n’ose y ajouter qu’une citation que je dédie aux trolls cuistres et grossiers.
375 - “Ma philosophie apporte la grande pensée victorieuse qui finit par faire sombrer toute autre méthode. C’est la grande pensée sélectrice: les races qui ne la supportent pas sont condamnées; celles qui la considèrent comme le plus grand des bienfaits sont choisies pour la domination.”
La volonté de puissance - trad Henry Albert - ed. du Trident (je choisis aussi mes éditeurs !) - p303
Il ne s’agit plus réellement de forêts mais de bosquets. De petites parcelles de végétation enserrées dans un lacis de voies de communication, de lignes électriques, de zones pavillonnaires en pleine expansion.
Pas seulement VV, pas seulement. Par exemple, on a replanté des arbres en Normandie, en Bretagne. Mais je vous accorde que c’est entre les zones, comme des parenthèses.
Dia> la volonté de puissance, oui. De nos aînés, hein.
>SK
je dois relire ça en ce moment : “le désert croît”, la philosophie aux orties… ça résonnait drôlement avec votre post. La citation parlait de “race” en plus alors… idéal pour agacer le bétail orange. Le goût des forêts est un critère… rêve d’ortie.
Oui, Dia. Tout ça…
Il y a un truc qui me gêne quand dans la vision d’un “survivalisme” dans “i am Legend”. Que l’on retrouve ailleurs. Le héros, j’ai l’impression, ne fait que réaliser un fantasme 100% consommation : accumuler gratos un max d’objets de base ou hyper-techniques ou branchouilles (bouffe, armes, hig-tech, grosse bagnoles, DVD de shrek etc..) avec lesquels il lui arrive de niquer sa race aux zombies 100% “naturals”. En plus il reste en ville. Dans LA ville, SA ville. On est loin du trip trappeur. Nature, chien, chauffage au bois, chasse dépecages et lavage à l’eau froide. En fait le survivalism version US (en existe t il d’autres ?), on est encore dans la logique de la technique qui nique bien la nature, sentiment de puissance. Donc dépendant au monde moderne. Le vis-à-vis par rapport à la nature est foireux. Retrouver le sentiment de puissance que la société nous promet et ne nous donne jamais, on le prend sur la nature, mais avec les armes et le confort moderne. A l’opposé le trip trappeur est plutot là pour rappeler le côté impuissant de l’homme, le travail fastidieux, le combat en face à face avec la nature, avec respect donc..
Je préfère, et de très loin, 28 jours plus tard.
Ça me fait aussi marrer quand je lis des critiques officielles qui parlent de “message religieux insupportable”. Comme si ils prenaient ce charabia sectaire pour ados US très très au sérieux.
Oui aussi, sur le film, le militaire de carrière altruiste avec sa morale à la bob antiraciste, ça m’a vraiment fait rire pour de vrai. Limite si on le voit pas défiler avec une pancarte “non ! ” et le béret Black Panters dans le New York vide.
Je n’ai pas vu le film, mais cette note me semble pertinente. L’évolution de l’Homme est un jeu dans lequel la modernité est le dernier niveau, celui où on a le plus d’armes, de vie, le plus de moyens, où le scénario est le plus complexe et le plus tordu, où la fin se fait attendre.
Alors parfois, on hâte de le game over. On enclenche le reset, on redémarre au level 1, sans équipements si ce n’est sa bite et son coûteau, et on retourne à la survie primaire, dans un environnement primaire.
Nous avons créé un monde qui nous donne vertige nous-mêmes, puisqu’il n’est plus du tout à l’échelle humaine. Nous avons besoin de quelque chose de primaire.
Ce film est mauvais, mais révélateur de certaines obsessions, malgré des concessions ridicules. C’est tout ce que je note, en corrélation avec d’autres films ou livres. Dans La Route de McCarthy, les survivants sont cannibales. Nous suivons le voyage d’un père avec son petit garçon. Il n’y a pas besoin d’être trop bavard.
@ Dia : la trad d’Henri Albert pour La volonté de (vers la) puissance est basée sur la version allemande de 1901. Elle est considérée comme dépassée depuis… au moins 70 ans. Vous faites cequi vous amuse,mais les 500 aphorismes traduit par Albert ne représentent qu’un extrait de la Volonté -et n’oublions pas le rôle de la soeur encore vivante à cette époque ( un de mes amis est docteur es Nietzsche et cul de plomb en fac, et cette trad est celle qu’il déconseille par dessus tout). Gallimard en TEL a sorti une Volonté correcte.
Restif> Mais sortirons-nous un jour de la polémique avec cet ouvrage? Ou en sont les débats au fait?
@ Sk, vous avez amplement raison sur cette infini polémique. Au fond, c’est assez simple : c’est un manuscrit incomplet, magouillé par sister la moustache, ave plein d’aphorismesà réintégrer.
Ce que je sais,c’est qu’Albert (ce n’est pas sa faute) a du se contenter d’un très mauvais texte. Aujourd’hui on utilise à Paris IV la trad de Geneviève blanquis, trad bien plus complète. Ce n’est certes pas le texte Allemand de 1901 qui sert de référence dans tous livres de… référence, ni bien sûr la trad d’Albert. Si vous en avez le courage - ou si vous aimez Nietzsche - je donne une adresse qui s’arrête longuement sur les problèmes d’éditions-traductions et aussi sur les notions élaborées par Nietzsche et qui devaient trouver leur aboutissement dans “La volonté…” -car d’autr’es livres auraient du en partie s’intégrer,être repris.
Le problème est -par ex. - qu’Elisabeth Forster Nietzsche refuse d’accepter dans le bouquin des textes qui en font partie se lon les germanistes et érudits en Saint Nietzsche. En tous cas, l’édition qu’elle avait préparée la sister n’est plus prise au sérieux. Je vais tenter de joindre un camarade mais ça peut prendre 2-3 jours… (sur le net - une éternité…)
http://www.lyber-eclat.net/lyber/montinari/2critique.html (avec avis des traducteurs. Intéressant).
Autre adresse : Deuxième paragraphe sur les problèmes de trad chez Gallimard -
books.google.com/books?isbn=2841620123… (adresse complète :)
http://books.google.com/books?id=E2iprW0UbB4C&pg=PA138&lpg=PA138&dq=la+volont%C3%A9+de+puissance+pol%C3%
c’est tout pour l’instant…
merci Restif, je vais m’armer de courage pour me replonger dans tout cela…
Heidegger se plaignait déjà de l’état non scientifique des éditions de Nitche. mais enfin ce n’est pas aussi simple…
je voudrais citer un auteur marxiste (donc exact) dont je recommande la lecture. l’on y apprend par exemple que la gauche “morale” à initié il y a bien longtemps (avec Charles Andler) une “révision” de Nitche. Le comité de dénazification de l’université démocratique et populaire afabriqué un Nitche politiquement correct lui permettant entre autre de se passer de Marx (la seule bonne chose à gauche) et de promouvoir en échange son couvert de Nietzschéisme branché son idéologie humaniste du désir petit bourgeois .
L’entreprise fut rendue possible d’abord en rendant les textes illisibles, à tout le moins en déclarant cryptés donc intimidant les textes trop clairs. Nitche c’est comme le Coran… réservé aux philologuex et arabophones. Je passe sur les interprétations tactiques voire bouffonnes qui nous ont été données par les zozos deleuziens. Il n’est pas lieu ici de développer. Je cite Monville :
“Il faut maintenant tordre le coup à l’un des arguments les plus éculés des révisionnistes : la soeur aurait falsifié ses textes et en particulier la “volonté de puissance” au profit de ses propres convictions.
(…)
“toutes les falsifications des textes dont elle se fit l’auxilliaire seraient longues à détailler” (M. onfray la sagesse tragique , du bon usage de nitche p.87)
heureusement pour Onfray qu’il ne détaille pas parce qu’il aurait du mal à en trouver. (…) la thès de la soeur faussaire seule responsable de la nazification (…) ne tient pas. Les plus nietzschéolâtres ne l’acceptaient déjà pas il y a plus de trente ans. (…) Ce qui n’a pas empeché la constitution d’une véritable légende philosophique. Aujourd’hui un chercheur italien, Domenico Losurdo a montré textes à l’appui que l’action de la soeur de Nietzsche a consisté entre autres à atténuer ses propos.
Bien entendu rien n’est encoer traduit. Nous devons nous contenter de ce que dit l’université française.”
A. Monville - Misère du Nietzschéisme de gauche - éd Aden - p 43
Coli et Montinari les éditeurs italiens dont les articles vous linkez, sont deux gauchistes notoires. Leur travail (concédons que s’en est un) a été l’occasion de relancer la thèse de la soeur faussaire.
Ceci n’est pas un commentaire polémique à votre propos très pertinent Restif et je ne doute pas qu’on puisse faire confiance au travail de Bianquis (non parce que c’était une militante communiste et féministe mais parce qu’elle était protestante et ancienne de MacGill). Je vais y re-chercher mon extrait.
(Enfin et pour satisfaire aux exigence du comité de dénazification je rappelle que le contexte de la citation - le post de SK sur la solitude et les grands espaces - excluait toute intrepretation raciste, de toutes façons inopportune : “race” comme toujours au 19eme siècle est métaphore d’élection, de rang.)
[…] suis en train de lire cette ancienne note d’Ilys. Une chose en mouvement attire mon regard vers ma fenêtre sur la droite, pourtant inaccessible de […]