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Crabère et Serre Haute

Survie — Article écrit par le 21 janvier 2013 à 16 h 46 min

Je traverse des villages ariégeois bien encombrés par les fêtes du 15 août, les stands débordent de gadgets, je vois des bouddhas sur un stand new-age et des colifichets africains sur un autre plus loin. Dans toute la France sur les marchés de fête on vend la même camelote. Après quelques déviations erratiques, zigzaguant entre barrières, voiture garées dans les rues étroites et camionnettes de gendarmerie, je suis ma route jusqu’au parking de Frechendech.

La balade commence à l’ombre des arbres sur un chemin à la pente relativement douce où s’enchaîne les épingles à cheveux.

Les arbres se font plus rares, on approche de la ligne de limite des arbres. Elle est déterminée par l’altitude ; le froid, les vents et la neige empêche la pousse des arbres. Une herbe dure, résistante et piquante, ainsi que des massifs de rhododendrons, prennent généralement la place de la forêt.

J’approche de la cabane d’Illau. Son toit apparaît derrière le rocher sur la gauche de la photo.

Le mur massif du barrage-poids de l’étang d’Arraing. Le barrage du XVIIIème siècle qui servait à entrainer les coupes de bois dans la vallée, en relâchant violemment les eaux, a été remplacé par un barrage à vocation hydro-électrique reconstruit entre 1939 et 1942. La centrale hydro-électrique se situe à Eylie.

Une vue de l’étang et de la Serre d’Arraing en arrière-plan, que je franchirai en fin d’après-midi.

Je passe sur la rive droite de l’étang à côté du refuge Jacques Husson avant de poursuivre en direction du pic de Crabère (2630 m).

L’ascension sera un peu difficile jusqu’à ce que le vent se mette à souffler parce qu’il fait très chaud. Au sommet un mur de pierres sèches a été construit pour protéger les bivouacs des vents violents.

Je redescends du Crabère, je repasse près de l’étang où se repose un âne, et j’entame l’ascension de la Serre d’Arraing. J’y trouve nombre d’artefacts rouillés témoignant de l’ancienne activité industrielle des lieux.

Une dernière vue sur l’étang éponyme à partir de la Serre d’Arraing.

Vue sur la station Narbonne à partir de la Serre d’Arraing. Ces bâtiments servaient à l’exploitation minière, abandonnée depuis bien longtemps. J’y passerai le lendemain en descendant vers Eylie.

Ayant l’intention de faire l’ascension de Serre Haute (2713 m) le lendemain matin, je bivouaque près de l’étang de Floret, juste derrière la butte. Le temps est parfait, mais brusquement le vent se lève. Il se met à souffler par bourrasques et mon abri de toile n’est pas vraiment adapté à ces violences. La nuit sera courte et quelque peu agitée.

La grotte des Corneilles surplombe mon bivouac. Avec un peu d’imagination ces paysages sauvages peuvent prendre les allures d’un conte fantastique.

Au petit matin je manque de tomber sous l’effet d’une bourrasque alors que je me redresse sans prêter assez attention au vent. Je remonte sur les crêtes avec l’intention de finaliser l’ascension de Serre Haute, mais je manque de tituber à chaque pas sous l’effet du vent. Sur un sentier de chèvre le jeu devient trop dangereux et je me décide à rebrousser chemin ; la montagne sait se faire désirer. J’emprunte à nouveau les crêtes par lesquelles je suis arrivé la veille. Je découvre une nouvelle sensation, c’est comme de boire la tasse mais sans avoir la tête dans l’eau. Le vent est si violent qu’il encombre les voies respiratoires. J’abaisse mon centre de gravité pour continuer ma progression. La photo ne rend pas justice au vent, mais on voit que les herbes sont courbées par sa force.

J’engage ma descente vers Eylie et croise un troupeau de moutons gardé par trois patous. Ces chiens sont rares dans les Pyrénées.

J’approche des ruines de la nation Narbonne, et j’en croiserai encore beaucoup d’autres jusqu’à Eylie.

Le Biros, un pays minier

D’anciennes mines de plomb argentifère à Sentein, antérieures à 1600, témoignent du long passé minier du Biros. À partir de 1850, l’implantation de mines de zinc et de plomb font sa richesse. Les bâtiments sont construits en haute altitude : la mine de Bentaillou est située à 1 900 mètres, la « mangeuse d’hommes » de la Mail de Bulard a ses murs plantés sur une crête à 2 400 mètres. Cette activité modifie radicalement le mode de vie du Biros ainsi que ses paysages : en 1907, la mine de Bentaillou emploie plus de 500 mineurs ; deux écoles sont nécessaires pour abriter les 200 élèves de la commune de Sentein ; l’exploitation du minerai, quant à elle, requiert l’aménagement de téléphériques et de centres de traitement dans les vallées.

Cependant, dès la fin de la Première Guerre mondiale, le déclin s’annonce. L’épuisement du minerai, le fort coût d’exploitation dû à l’altitude des gisements, l’exode rural vont avoir raison des industries. En 1926, l’effondrement des cours du minerai de zinc signe la fin proche de l’activité minière. S’instaure alors une gigantesque grève. L’extraction cesse et la mine ferme. Par chance à cette époque, le chantier du barrage d’Arraing a besoin de main d’oeuvre et beaucoup d’ouvriers y retrouvent du travail. Jusqu’en 1942, année ou la mine est rouverte. Après l’arrêt des mines en 1955, l’exode s’accélère encore : la population de la vallée chute de 1 100 habitants en 1954 à 300 en 1990. Deux tentatives de réouverture des mines en 1963 et 1973 se soldent par des échecs.

De ces mines, il reste aujourd’hui encore d’imposants vestiges dans la montagne, bâtiments en ruines, galeries abandonnées, chemins vertigineux taillés dans la roche, rails et vieux wagonnets Decauville, qui évoquent les villes fantômes de la Ruée vers l’or de l’Ouest américain.

Wikipedia : Le Biros
Randos-balades.net : Etang d’Araing

Le joli petit village d’Eylie où se situe un gite d’étape.

Ayant l’intention de faire une boucle jusqu’au parking d’arrivée, j’emprunte un chemin forestier où je croise nombre de granges et de maisons abandonnées. Parfois la végétation a repris ses droits, les murs s’effondrent sous les coups des racines, ainsi que ceux des glissements de terrain.

Ma carte ainsi qu’un panneau annonce bien la présence proche d’un mégalithe, mais je ne le verrai pas.

Le hameau du Mourtis me semble quasiment abandonné, seuls quelques randonneurs et surtout des chasseurs doivent encore y monter.

Après le chemin forestier, la route gravillonnée, puis je retrouve la trace d’une route forestière adjacente. Son entrée est dissimulée par la végétation et son tracé est saturé d’orties, de champignons, de fougères, de plantes variées et de troncs pourrissants. Le sol est tissé d’humus là où le ravinement ne fait pas disparaître l’ancienne route. Elle se fait plus mince par endroit, réapparaît, puis rétrécie jusqu’à disparaître complètement. Je décide alors de descendre dans la pente en m’aidant des arbres et de ma montre altimètre. Je finis par déboucher sur des estives. Je les enchaîne tout en perdant de l’altitude en espérant qu’une paroi vertigineuse ne bloquera pas ma progression. Arrivé au plus bas des estives, je m’engage à nouveau dans un taillis d’arbres sur quelques centaines de mètres, avant de poindre au-dessus de la route à quelques enjambées du parking. Je pratique quelques pas d’escalade pour descendre sur le bitume, je croise quelques personnes se reposant près de la rivière que je franchis sur un petit pont, et me voilà de retour à la voiture, bien fatigué.

J’aurai accumulé une trentaine de kilomètres et près de 3400 mètres de dénivelé positif en un peu plus d’un jour et demi. Outre les beautés minérales, végétales, et les quelques animaux croisés, j’aurai aussi un peu découvert l’histoire de ce coin des Pyrénées en parcourant ces chemins.

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L’ascension du Montcalm

Survie — Article écrit par le 3 janvier 2013 à 8 h 41 min

Pour atteindre le sommet du Montcalm, j’avais dans l’idée de faire une boucle en montant par l’ancienne voie normale, appelées « les Tables du Montcalm », puis de redescendre par l’actuelle voie normale. Au programme environ 2200 mètres de dénivelé positif.

Le parcours débute par des chemins forestiers à travers le bois de Fontana, puis nous débouchons sur les estives et sur une vallée où s’échelonnent les orris de Pujol le Haut et de Pla Subra. Les orris sont les pâturages où paissent les bêtes, mais tendent aujourd’hui à désigner les cabanes de pierres sèches, de forme arrondie, autrefois utilisées par les bergers.

Le chemin par les Tables n’était plus balisé, mais l’orientation fut bien menée jusqu’à un petit étang juste sous le Montcalm. Nous étions à 350 mètres de dénivelé positif du sommet. Nous avons décidé de déjeuner à l’étang sous le soleil, le paysage était très beau. Puis nous avons entamé l’ascension dans un couloir d’éboulis de plus en plus instable. Au début nous nous appuyions sur de gros blocs moyennement stables, puis sur des blocs de taille moyenne en équilibre précaire, puis en nous aidant des parois aux roches coupantes et en prenant appuis sur de la pierraille ne demandant qu’à dévaler la pente. Il s’agissait d’équilibrer les appuis puisque aucune prise ne permettait plus de supporter totalement notre poids. Ayant montés environs 150 mètres dans ces conditions, n’étant pas sûrs d’être dans le bon couloir, nous avons préférés faire demi tour ; la sagesse l’imposant. La descente fut assez longue et délicate. Ayant dû rebrousser chemin par le chemin de l’aller, il nous fallu nous orienter sur les cimes dans une purée de pois donnant une visibilité de 15 mètres. De grands moments. Effectivement le couloir n’était pas le bon. Le cadre et les conditions ont tout de même fait que ce fut une belle journée, malgré l’échec.

Seconde tentative le week-end suivant, cette fois par la voie normale. Le temps est maussade. En vérité nous ferons les 2/3 de l’ascension dans le brouillard, passant même tout près de deux étangs sans les voir, et en imaginant que la masse à peu plus sombre est bien le refuge de Pinet (ou un groupe d’arbres, des rochers, ou quelque chose d’avoisinant). Nous croisons successivement deux trailers, un homme et une femme très entrainés, qui font l’ascension en courant. Je verrai plus tard qu’il existe un marathon du Montcalm.

Le temps se découvre à l’approche de l’étang du Montcalm.

Les premiers névés font leur apparition. Les névés sont des accumulations de neige perdurant pendant tout ou partie de l’été en-deçà de la limite des neiges éternelles. A coté d’un lieu de bivouac, ils font d’excellents réfrigérateurs.

Nous avons la chance de traverser quelques champs de neige.

Le temps se dévoile à quelques centaines de mètres du sommet pour nous faire admirer une mer de nuage, le côté espagnol est plus dégagé.

Vue de la pique d’Estat (au milieu de la photo sur la gauche du chemin) et du Pic Verdaguer (juste à sa droite) prise à partir du Montcalm. Nous déjeunons à son sommet (3077 mètres d’altitude), puis nous redescendons un peu pour l’ascension de la pique d’Estats (3143 m), point culminant de la partie orientale des Pyrénées. La pique d’Estat se situe sur la frontière franco-espagnole, elle est aussi le point culminant de la Catalogne.

Le dernier raidillon avant le sommet de la pique est un peu embouteillé, il s’y accumule des groupes de Catalans d’un certain âge. Un refuge ne doit pas être loin puisqu’on voit surgir de nombreux Espagnols, pas toujours très affûtés, qui doivent faire la randonnée sur 2 ou 3 jours.

Vue du Montcalm prise à partir de la pique d’Estat.

Le chauvinisme catalan s’exprime en chargeant cette malheureuse croix de drapeaux de la Catalogne et du Barça.

Nous trottinons à la descente, sautant de pierres en pierres et de touffes d’herbe en touffes d’herbe. Le brouillard s’est un peu levé et nous permet de mieux voir le paysage sous la mer de nuages. Nous ferons une pause au refuge de Pinet, désormais visible, descendant deux bières allemandes à la frontière franco-espagnole, fêtant ainsi la mondialisation. Ces montagnes auront été mes deux premiers 3000 mètres.

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Aux lectrices : 13 objets usuels pouvant servir d’arme de défense

Survie — Article écrit par le 30 décembre 2012 à 19 h 00 min

Pendant que Valls parle comme Sarkozy, moi je m’équipe avec des armes. Il y a la télé puis il y a la rue.

Xyr

De nouvelles prohibitions des armes et restrictions ne feront que retirer les armes des mains des gens honnêtes. Les criminels n’obéissent pas aux lois.

Ici

Pour vivre en paix, il faut mener contre soi-même la plus implacable des guerres.

Dantec, TDO1

 

 

Nous vivons dans un monde rude. Violent. Dangereux. Une jungle où même les sangliers défient les planifications socialistes et se multiplient comme des petits pains au lieu de proliférer en nombre exact de leur nécessité! Un monde où les bons deviennent belges et les mauvais, des français solidaires.
Vous avez décidé de survivre contre les forces judéo-maçoniques socialos-bolchéviques, bref, les forces du Malfrat, mais vous n’êtes qu’une petite femme d’élite voire d’ilys, dominée intellectuellement et non décidée à passer à la casserole!* Que faire? Rassurez-vous, pas de nouvelles résolutions intenables, simplement considérer d’un autre oeil certains usages; j’ai choisi pour vous, l’élite, la voie de la facilité trop souvent méconnue et méprisée. En cette période de Noël, je vous propose de retrouver votre âme d’enfant… Qui n’a pas été touché par la vive imagination de nos chers petits, qui voient, par exemple, dans un bout de bois, le fusil **de leurs rêves? Je vous donne un aperçu de 13 objets usuels pouvant servir à votre projet dément, rester en vie tout au long de cette nouvelle année… Attention, en 5 secondes ce message opérera en vous une véritable révolution mentale destinée à vous redonner votre instinct de survie et ce message ne s’autodétruira pas de sitôt de votre mémoire.

 

Car ce projet s’inscrit  dans le temps : en effet, à force de déterminer des usages différents avec certains objets, vous en viendrez à assimiler le fait que vous défendre toute seule comme une grande peut certes avoir des côtés franchement désagréables voire répugnants mais cela vous donnera dans certains cas l’immense satisfaction d’avoir… la vie sauve (ou de sauver la vie de proches). Il n’est jamais agréable de taper sur quelqu’un un à coups de parapluie voire de crever la glotte d’autrui avec un bic (quoique…). Votre conscience risque de vous turlupiner un bon moment et c’est normal.
A l’heure où le port d’armes aux EU est plus que jamais remis en question, je pense personnellement que nous sommes tombées bien bas chez nous depuis nos talons aiguilles pour en être réduites à avoir des problèmes de conscience avec la légitime défense. Mais ceci n’est que le début d’une reconquête! Soyons de pugnaces pionnières! Car comme le dit Bidou, notre Maître à toutes et qui touitte plus vite que son ombre : « être pro-arme en France, c’est comme être incroyant au XVIème. Mais on nous donnera raison un jour ». Amen.

 

1/ Le dictionnaire, truc de l’érudit

Il y a deux-trois ans de cela, en rentrant de l’école, j’ai assisté à une rixe entre un énorme escogriffe et un tout petit papy qui avait grillé la priorité à Hulk l’escogriffe. Ce dernier, furieux avait poussé la petite voiture de Papy à s’arrêter sur le bord de la route, et il était en train d’étrangler le petit vieux par sa fenêtre baissée lorsque je me garai derrière et intervins. (Sisi, moi la crevette j’interviens, comme cela hip hop boum) .Je demandai à mon fils, fébrile et inspirée, avant de sortir affronter le monstre, son sac de cours pour pouvoir assommer la bête. Mais à l’heure où l’on fait un foin dans les écoles sur le poids des cartables, il faut bien évidemment veiller pour ce type d’attaque à faire faire au moins du latin à l’un de vos enfants pour qu’il trimbale un bon dico des familles dans son sac! Un peu démunie en dicos bien pesants, je dois l’avouer, je me lançais néanmoins vaillamment à l’assaut du fou-furieux en lui criant  d’une voix (presque pas) tremblante : « j’appelle la poulisse!! » mais comme je n’avais pas de portable, cela semblait un peu hasardeux. D’autant que la « poulisse » s’occupe désormais de percevoir des taxes diverses mais ne se préoccupe plus trop de votre sécurité.
Je fis mine de revenir vers mon véhicule pour prendre le tel inexistant et cela suffit malgré tout à stopper Hulk dans ses élans meurtriers.
Donc, retenir la leçon : le dico!  Mettre dans les sacs de gros ouvrages qui serviront à en mettre plein la tête non pas de vos enfants mais de ceux qui débarquent comme au jour du D-Day.
Moyen plus réaliste : enrouler votre journal (Métro, 20minutes, Valeurs Actuelles, l’Huma, Biba, que sais-je!) qui deviendra alors comme un solide bâton et porter des coups avec cette matraque improvisée en hurlant.

 

 

2/ Le galet, technique dite de « la pierre taillée »

Succès garanti et usage idéal si vous voulez jouer à David contre Goliath.

Vous allez me dire que justement, les maîtresses opèrent une surveillance drastique des cartables et Wiki a remplacé avantageusement n’importe quel dictionnaire ou encyclopédie; qu’à cela ne tienne :
Un  galet peut aussi occuper une place non négligeable dans le cartable de votre chéri pas doué scolairement donc sans dico de latin mais qui aime bien récupérer de beaux coquillages et des cailloux au bord de l’eau pendant les classes de mer. C’est très bien vu par les maîtresses, le ramassage sur les plages. ça fait passer votre Pasdoué pour un original rêveur et écolo, bref, pour quelqu’un dans l’air du temps. Le latiniste, lui, est plutôt mal vu dans les cours de récré, soyons honnête.
Un beau galet ramassé sur les plages bretonnes : le mettre dans la boite à gant, montrer que vous êtes une maman « concernée » comme on dit, parce que vous avez un objet datant du paléolithique, « l’âge de la pierre taillée »: votre galet n’est pas encore tranchant des deux côtés (biface), mais cela peut se faire, ceci pour concrétiser la leçon d’histoire  de vos chères têtes blondes!
Le galet peut aussi (et c’est son avantage subtil) se transférer dans le sac à main et surtout tenir dans votre jolie petite main de femme distinguée. Vous pouvez l’envoyer dans la tronche des zombis. Il pourra peut-être faire la « une » du journal de Pernault dans la rubrique « artisanat franchouille, savoirs faire d’antan oubliés ». Là effectivement, ils datent de loin. De très loin même et quand on y réfléchit cinq secondes, c’est tout de même malheureux d’appliquer les recettes de la Préhistoire alors qu’il existe des tas de gadgets très modernes auxquels on n’a pas droit sous le prétexte saugrenu qu’ils peuvent blesser.

 

3/ Les clés, l’objet fétiche des « Chances pour la France »


Il y a un an environ, mon fils aîné rentrant à une heure tardive dans les ruelles sombres d’une localité bourgeoise, se retrouvait entouré avec un ami de « Chances pour la France » désireux de montrer à leurs copines combien ils étaient forts et beaux à dix contre deux. Les filles excitées et ricanantes s’étaient aussi investies dans le « jeu » et avaient placé entre leurs doigts de bêtes clés de maison. L’ami de mon fils en fit les frais et fût balafré au bras comme il se doit par une de ces harpies. A retenir donc, ça peut marcher si vous avez comme moi un trousseau de clés pointues conséquent. Mais je suppose qu’il faut avoir des doigts boudinés ou costauds ce qui n’est pas forcément le cas d’une ilysienne d’élite aux mains raffinées et doigts délicats!

 

4/ Le stylo-bic, en usage à Hollywood


Toujours dans le même style, il y a bien évidemment le stylo-bic, objet éminemment usuel et dont quelques films célèbres ont dévoilé des usages insoupçonnés : je pense tout d’abord à un thriller américain Red eye « Sous haute pression » dont je ne me souviens plus trop de l’intrigue un peu compliquée mais dont la scène d’anthologie dans l’avion où l’héroïne plante son style dans la glotte de son affreux ravisseur vaut son pesant de cacahuètes!. A dire vrai, je ne me souviens que de cette scène.
Dans le même style mais en plus « pro » vous avez le combat au bic dans le premier volet des Jason Bourne, « La vengeance dans la peau ». Au final, le stylo est planté à un moment donné entre les doigts du méchant et je frissonne encore devant cette horrible scène.

5/ Le ciseau d’école, la touch maternelle


Un sac à main peut receler d’autres petits bijoux d’objets « usuels » : la paire de ciseaux d’école, par exemple, et ne vous moquez pas : c’est important non seulement pour crever un oeil ou accessoirement faire de belles guirlandes de Noël avec vos chères têtes blondes (toujours le côté « maman concernée » auquel je tiens) mais aussi pour libérer une gamine coincée dans des toilettes (ça m’est arrivé). Avec des ciseaux, vous pouvez facilement crocheter une serrure. Ben voui. N’est pas une maman accomplie qui veut : le sac à main sans ciseaux d’enfant n’est pas au top de la maternitude. Je ne parle pas de ciseaux à ongles, trop petits, mais bien de ciseaux pour enfants (gaucher ou droitier on s’en fout) qui ont des lames de longueur honnête et « légalement » acceptable.

 

6/ Le rouge à lèvre, les ongles, les dents : la touch féminine


Bien évidemment vous pouvez toujours utiliser le rouge à lèvre avec lequel vous indiquerez dans un ultime effort « Torton m’a tuer » mais c’est tout de même un peu tardif en matière de défense d’autant que la Justice n’en a rien à cirer de ce genre de preuve et libérera sans complexe et pour cause imparable de faute d’orthographe l’auteur du crime. Plus t’as été négligé socialement, moins tu es coupable dans le présent, dicton actuel bien rentré dans le crâne de tous nos délinquants qui feront pleurer dans les chaumières de leurs juges à propos de leur enfance malheureuse. Leurs victimes étant bien sûr d’horribles capitalistes pleines aux as qui méritent bien de mourir au plus vite.
Bon, donc mieux que le rouge utilisez vos ongles et griffez et crevez des yeux et arrachez des oreilles et mordez si nécessaire avec vos dentelettes… Tout cela n’est pas de l’ordre de l’objet usuel mais s’en rapproche grandement. Ce sont vos objets usuels intimes si l’on veut.

 

7/ Le parapluie : l’objet usuel par excellence

 

 Vous aurez soin de le prendre de couleur vive voire fluo pour le choper vite fait dans votre énorme sac à main. Deuxio, et je laisse ici parler les « pros » : « Le maintenir, non pas par son milieu, mais par son extrémité (toujours par souci de prolongement du bras). Si vous vous trouvez dans une zone à risque, et que le parapluie est automatique, enlevez sa protection de sorte à pouvoir l’ouvrir soudainement dans le visage d’un adversaire éventuel. »
J’aime beaucoup le terme de « zone à risque » qui me rappelle mon Coyote pour la circulation et ici qui veut évoquer en termes édulcorés le petit canaillou qui s’en prend à vous, voire à votre intégrité ou même à votre vie. Huhu : « j’ai une « zone à risque » qui m’a tabassée et qui en a profité pour me piquer dix euros. »

 

 

8/ La carte bleue : l’arme du riche


Vous pouvez aussi ajouter la carte bleue qui tranche la gorge avec une relative efficacité et le geste s’accomplit plus vite que la numérotation du code. Vous allez me dire que vous ne l’avez pas sous la main au moment fatidique : ben si justement, un malfrat vous la réclame, vous vous empressez de satisfaire sa demande, vous sortez la carte et, en la tenant fermement, vous glissez la carte d’un coup décidé en imitant le geste menaçant des poursuivants de Louis de Funès dans « Les aventures de Rabbi Jacob ». Couic.
(Une carte de Famille Nombreuse, plus large et plus fine et tranchante fait l’affaire encore mieux me semble t-il qu’une carte bleue… mais tout le monde n’en bénéficie pas. Conclusion évidente  : vite! Faites des gosses!)

 

 

9/ Le compte en Suisse : l’efficacité helvétique


Autre possibilité à placer en corollaire de la carte bleue : ouvrir préalablement un compte en Suisse et, le jour où vous vous faites braquer pour vos sous, brailler : « Je n’ai rien sur ce compte là! C’est en Suisse que se trouve le magot!! » Et vous verrez : si la police ne débarque pas pour un vulgaire braquage à mains armées ou un petit viol de rien du tout, pour des histoires de comptes obscurs là vous aurez non seulement quelques escadrons de gendarmes mais peut-être même un préfet à votre rescousse!!
Bon évidemment ce sauvetage étatique vous coûtera vos sous-sous  mais vous aurez la satisfaction qu’ils ne le soient pas par un pauvre Rom ahuri mais par l’état himself et sous le feu des journalistes au lieu que tout se passe dans une sombre ruelle.

(Remarque : ne pas confondre compte en Suisse et couteau Suisse mais les deux fonctionnent bien pour le cas ci-dessus.)

Examinons maintenant, si vous le voulez bien, les possibilités d’objets transportables légalement dans votre voiture. Nous avons pensé au galet dans la boite à gants. Discret, antique, facile à trouver (ce n’est pas comme les alcootests!).

 

 

10/ La bombe anti-crevaison : pour contrer la crevure de service

 


Vous avez bien évidemment la bombe anti crevaison. Mon mari a compris rapidement que changer un pneu de bétaillère n’était pas une mince affaire pour sa bobonne empotée, mais il a surtout intégré que bobonne était susceptible (au vu de sa conduite parfaite) d’attirer la rancoeur et la jalousie  (que dis-je! l’ire!!) de certains conducteurs, et il a équipé la voiture d’une petite bombe qui regonfle un pneu endommagé pour vous permettre de rouler jusqu’au garage le plus proche.Ceci accessoirement. Cette bombe peut surtout servir de gaz lacrymo en cas de pépin et d’importuns mais elle nécessite un peu de préparatifs et vous ferez attention de ne pas prendre un conduit souple mais bien raide pour viser au mieux.

Suggestion technique d’un avocat de mes connaissances qui s’y connait un peu-beaucoup en sports de combat : une fois le jet de gaz lancé, retenir sa respiration, s’avancer vers le malfrat et lui asséner énergiquement quelques coups avec la bombe sur la tronche et en particulier le nez : ça coupe l’envie au furieux de revenir à la charge.

11/ La batte de base ball (qui fera de vous une sportive accomplie)

Mon mari, homme soucieux de faire plaisir à sa chérie, m’a rapporté un joli cadeau il y a deux ans de cela, des Etats-Unis : une jolie et légère et solide batte de base-ball en fer, taille enfant.(chez Toysrus) Elle me convient parfaitement et se glisse sous le siège avant avec beaucoup de facilité. Je l’ai donc à portée de main. Si un flicaillon pointilleux l’aperçoit et fait mine de se gratter le haut du crâne, vous pouvez arguer sans trop de difficulté qu’il s’agit de la dernière marotte sportive de vos rejetons aux regards et sourires angéliques à l’arrière. Je ne m’en sépare jamais, elle agit sur moi comme un « doudou ». Elle me rassure. Légalement, il faut la placer dans le coffre.Mais il y a un tel foutoir dans cette bétaillère! Parfois j’oublie de la ranger à sa place, monsieur l’Agent…

 

 

12/ La pelle à neige : qui fera de vous une femme de la campagne aguerrie


De même, la pelle à neige, petite, légère aux bords bien tranchants pour gratter la glace sur nos routes hivernales. Le plat de la pelle peut aussi renvoyer à une hibernation méritée quelques zanimaux réveillés par l’appât d’un gain facilement gagné ou bien envahis d’une démence soudaine et intempestive!
Seul bémol, vous pourrez difficilement justifier son placement à l’avant, même sous un siège. Elle sera donc dans le coffre. Mais d’un autre côté, il n’est pas idiot de placer tous ses petits trucs à différents endroits!

Résumons à nouveau pour votre voiture : le galet, la bombe anti crevaison, la batte et la pelle à neige.
Je terminerai avec votre home, sweet home où certaines d’entre vous aimez à passer du temps, en working girl modérée que vous êtes :

13/ Le couteau de cuisine, le must à la maison

Le placer de façon accessible dans votre cuisine, le vrai, le bon couteau de cuisine qui sert à couper le poulet du dimanche et qui est bien aiguisé par Monsieur. C’est le couteau que vous manipulez tout le temps donc que vous tenez bien en main, dont vous avez l’habitude.
Pour prévenir quelques hauts le coeur intempestifs qui pourraient vous surprendre en cas d’utilisation inopinée contre une chair qui s’égosille encore et qui s’échine à vous réclamer vos biens, je vous conseille d’apprendre à utiliser votre couteau sur des bestioles style lapin ou gibier de chasse : au début ça répugne, par la suite vous vous habituez à tout et serez fin prête le jour J lors de l’attaque des zombis. Et puis vous aurez le bonheur de mitonner de bons petits plats roboratifs à Monsieur et ça c’est tout de même très important. Ça n’est pas parce qu’on apprend à diversifier certains usages qu’il ne faut pas respecter certaines Traditions!
Les petits plus  pour la maison :

N’importe quel verre, bouteille, couvert (couteau, fourchette) peuvent servir de dépannage en cas d’attaque fortuite. La boite de conserve restant l’un de mes objets préférés d’autant que vous pouvez l’avoir dans votre cabas de ménagère!
Bien évidemment si vous avez une cheminée, vous avec certainement des chenets bien lourds, des pinces, un tisonnier. Avec cela vous avez tout ce qu’il vous faut comme accessoires de défense dans votre salon.
Dans la chambre à coucher on oublie bien souvent le geste quasi mécanique en cas d’attaque fortuite et nocturne : la lampe de chevet!
Dans le jardin, n’oubliez jamais d’avoir à portée de main une bonne pioche ou râteau (placés dans un coin de votre terrasse par exemple et pas forcément remisés).

 

 

Généralités
Le cri est l’arme de défense à utiliser en lien avec tout ce qui est présenté ici : quoique vous fassiez, braillez comme la Castafiore à qui on a volé ses bijoux!! C’est un excellent repoussoir à racailles en tous genres, à utiliser en toutes circonstances : lâchez-vous pour une fois qu’il vous est permis d’hurler sur un homme !!

Bien évidemment tous ces objets usuels se déclinent à l’infini avec un peu d’imagination. Mais il y a une chose qu’il vous faut intégrer avant de vous lancer : n’oubliez jamais de suivre votre instinct personnel, la meilleure alarme d’embrouilles s’il en est. Rappelez-vous le cas de cette joggeuse au bois de Vincennes qui, en courant, passe devant un type dont la tronche ne lui revient pas, d’instinct. Elle fait taire à tort ses scrupules, son instinct, et continue de courir toute seule, sans attendre sa mère. Elle se fera rattraper et violer durant deux heures et survivra par miracle. Si elle avait suivi son instinct, elle aurait prudemment fait demi-tour…
Soyez féminine jusqu’au bout des ongles : suivez votre instinct, développez ce dernier et fuyez au premier signe de danger. Fuyez, fuyez, fuyez. Faites comme Depardieu, le panache, le vrai est dans la fuite!! Bref appliquez à la lettre le proverbe : « Courage, fuyons! »

 

Si vous devez attaquer : soyez inventive, rapide, déterminée à partir du moment où vous avez pris la décision de vous défendre. Il faudra que vous soyez la gagnante à ce petit jeu et vous n’aurez pas de deuxième chance. C’est pourquoi j’insistais, à propos de la détermination, sur le fait d’être préparée psychologiquement : en vidant des lapins ? me direz-vous sceptiques : la détermination est une affaire de tous les instants, elle doit être ancrée dans votre cerveau à l’heure où l’on vous martèle que protéger votre vie ou celle de vos proches est le pire mal que vous puissiez faire en ce bas-monde. Lutter contre cette pulsion de mort doit être comme une seconde nature chez vous, en permanence : en épluchant des carottes, en jouant avec vos gosses, en travaillant, en profitant de la vie avec l’assurance de ceux qui croient en cette dernière et qui l’aiment plus que tout et non en culpabilisant d’être vivant.

N’oubliez pas de contracter d’ors et déjà une assurance judiciaire (voir avec votre assureur lambda).Sachez qu’en cas de réussite  avec un ou plusieurs de ces objets vous aurez la vie sauve certes, ce qui est un détail insignifiant aux yeux du monde, mais que vous irez en taule immédiatement. Pour cette ultime problématique, la crevette in chief que je suis aura à coeur de vous orienter sur d’excellents avocats qui pourront vous tirer d’affaire mais c’est bien parce que c’est vous et que je suis moi. Sisi.

Bonne Année à toutes et haut les coeurs!

 

 

Notes :
* Allusion à un commentaire tout en finesse et en distinction du Sorpasso qui m’a fait rire sur ilys dans l’article « Littérature féminine ».
** Sur le site de Jean Pierre Fusil, d’excellentes armes de défense.

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L’Ariège en raquettes

Survie — Article écrit par le 21 décembre 2012 à 14 h 41 min

Randonner en raquettes permet de découvrir la montagne d’une autre façon, peut-être plus ludique ; la neige agit comme un énorme tapis de jeu où l’on fait ses traces.

Le ciel était dégagé, le soleil brillait, il faisait un peu froid mais sans excès. Les conditions idéales pour randonner.

Nous marchons sur une route forestière avant d’attaquer la pente.

Les traces au sol qui nous précèdent sont celles des skis de randonnée. Nous croiserons quelques skieurs et randonneurs.

Je suis équipé de TSL 325 Explore Easy. TSL est l’une des marques les plus recommandées pour des raquettes à neige. Ce modèle est équipé de 6 crampons en acier, de dents à l’avant, il est possible d’y ajouter des « couteaux » pour accroître encore son accroche. Les chaussures peuvent être surélevées par un système de butée pour marcher dans les pentes ; l’assiette des chaussures est ainsi plus proche de l’horizontal tandis que le profil des raquettes suit la pente. Comme l’auteur du test, je suis satisfait de ces raquettes, mais c’est ma première sortie.

Je randonne en chaussures de trails et avec un jean pour l’occasion. Mais au final ce n’est pas si mal, le jean englobant les trails et gelant autour, il a remplacé les guêtres. J’avais pris un pyjama ninja chez Décathlon, le haut et bas Simple Warm, soit moins de 18 €, qui m’a semblé très bien sur cette sortie, à la fois chaud et respirant, même si on sent assez vite l’homme des bois, comme à l’époque des trappeurs. Au moins ce côté reste authentique.

Pour protéger les chaussures de trails des infiltrations de neige fondue pour le dessus des chaussures, de simples sacs poubelle m’ont ravis. C’est le système VBL pour Vapor Barrier Liner. Il consiste à se glisser dans un matériau étanche pour conserver sa chaleur sous forme de transpiration. Dans le cas présent, une paire de chaussettes relativement fines et synthétiques est entourée par un sac poubelle résistant, ces chaussettes vont retenir la transpiration, tandis que les sac poubelle vont éviter que la couche suivante ne soit mouillée. L’humidité retenue dans les chaussette va rester chaude pendant l’effort au contact de la peau. La seconde couche est composée de chaussettes isolantes, par exemple en laine, qui resteront sèches et pleinement effectives. Sur cette seconde paires de chaussettes je glisse de nouveaux sacs poubelle, qui assurent l’étanchéité extérieure vu que les trails ne sont pas du tout étanches. Un autre avantage du VBL est que la première paire de chaussettes, celle au contact de la peau, peut être changée sans avoir besoin de remplacer celles en laine.
Plutôt que l’association chaussettes fines et sacs poubelles, on peut utiliser des chaussettes étanches, telles que les Sealskinz. On pourra de même les glisser dans des chaussettes isolantes destinées à rester sèches, et utiliser directement des chaussures/bottes étanches prévues pour la neige.
Le VBL est une adaptation du système d’habillement à trois couches, seulement la première couche au lieu d’avoir vocation à laisser passer la transpiration a pour objectif de la retenir en climat froid.

Nous approchons du sommet. Le cap de Bouirex.

Sur le chemin du retour, nous déjeunons salades, pain et saucisson, sur des rochers secs avec vue sur le nord de l’Ariège.

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Des Iles Usions

Survie — Article écrit par le 20 mai 2012 à 21 h 39 min

Il y a beaucoup de projets qui restent dans le domaine du rêve, sans même un début de concrétisation, parfois les balbutiements s’échouent sur les premiers obstacles. Et puis il y a des gens têtus, des Bretons par exemple, qui décident d’aller jusqu’au bout de leur rêve ; même s’il est un peu naïf. C’est le cas de ces trois jeunes Bretons qui ont voulu surfer sur une île déserte, à l’autre bout du monde. Un désir d’absolu, de solitude, un égoïsme, un rêve de carte postale.

Après avoir évalué leur chance de trouver à la fois de belles vagues et un véritable isolement, ils se retrouvent dans l’Océan indien, en Indonésie. Ils ont quelques pistes, mais difficile d’avoir des certitudes quand on cherche une terre quasi vierge dont les récits de surfeurs ne parlent pas. C’est ainsi que s’amorce leur recherche d’un spot, avec des mots d’anglais et un dictionnaire anglais/indonésien, à questionner les pêcheurs et les locaux sur l’île de leurs rêves. Après des galères automobiles, avoir percutés une vache, avoir sillonnés quelques îles, avoir essuyés quelques déconvenues, ils s’embarquent enfin avec un pêcheur sur une pirogue, avec de la mauvaise essence qui fait inlassablement caler le moteur, tout en écopant l’esquif qui prend l’eau. Direction une île corallienne, posée à quelques mètres au-dessus des eaux, où les vagues s’écrasent sont forme de rouleaux. Le voyage est déjà une épopée homérique.

Si nos Bretons sont pleins d’énergie et débrouillards, ils ne sont pas très prévoyants, et ne semblent pas avoir une grande habitude de la vie sauvage. Ainsi ils se retrouvent sur une île déserte, sans moyen de transport, avec la promesse d’un pêcheur local qu’il reviendra les chercher un mois plus tard. Le pari me semble assez risqué.
Ils sous-estiment aussi gravement leurs besoins alimentaires en emmenant seulement 10 kg de riz. Cent grammes de riz équivalant à 350 kCal, le total représente 35 000 kCal, à se partager à trois pendant un mois. Sachant qu’un homme exerçant une activité physique soutenue a besoin de 3000 kCal par jour, ils peuvent seulement compter sur le riz pour combler 1/3 de leurs besoins énergétiques. Si l’île est bien pourvue en crabes et en noix de coco, ces ressources ne sont pas très nourrissantes. Pour survivre ils en viennent vite à passer la majeure partie de la journée à chasser des poissons dans le lagon, ainsi qu’un faire de l’eau, la filtrer, entretenir le camp, etc… La vie de chasseurs cueilleurs est épuisante.
Le climat, loin d’être paradisiaque, est très humide. Il pleut des cordes, surtout la nuit, où cachés sous des bâches suspendus au-dessus de leur hamacs, ils passent des moments difficiles. Une tempête emporte même quelques-uns de leurs effets. La météo a des conséquences sur leur capacité à faire du feu. Les pluies étant abondantes, le bois non protégé se gorge d’eau. Pour éviter de passer la matinée à allumer un feu, ils finissent par essayer de le conserver toujours allumé, comme dans La guerre du feu.
Le climat a d’autres conséquences, les blessures s’infectent, surtout dans ces conditions de vie rudimentaires. D’autant plus qu’ils surfent au-dessus des coraux, et qu’ils ont vite fait de se faire de nombreuses plaies.

Décidés à surfer un mois sur l’île, l’aventure durera moins longtemps que prévu. Ils seront ramenés à la civilisation par des pêcheurs en échange de quelques matériels. La tempête aura conduit les pêcheurs au lagon de l’île, où ils protègent leurs pirogues des vagues. Les trois Bretons seront restés sur l’île 23 jours. Ils en sortent physiquement bien affaiblis, surtout que l’un d’entre eux va déclarer le chikungunya.

C’est une belle aventure, périlleuse, avec comme il se doit des tas de souvenirs épiques à raconter. Les trois Bretons en ont fait une mini série web : Des Iles Usions. C’est un beau reportage et c’est vraiment intéressant à regarder. On passe de l’égoïsme originel au partage.

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Le pdf d’après

Survie — Article écrit par le 12 mai 2012 à 15 h 34 min

Nouveau fascicule totalement indispensable de Laurent Belkacem, en pdf :

Se préparer aux
situations d’urgence

 

Imprimez pendant que vous le pouvez encore.

NB : une antique version

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Pandorum

Cinéma, Littérature, Survie — Article écrit par le 7 novembre 2011 à 14 h 30 min

De nombreux films de science-fiction nous ont déjà donné à voir des hommes perdus dans l’espace. Ce genre est émaillé de codes récurrents qui pour la plupart exploitent nos peurs. Ainsi l’univers est gigantesque, froid et sombre ; un lieu sans vie, hostile et fascinant. Le vaisseau est le pendant artificiel de l’univers avec ses couloirs sombres et étroits et ses volumes sans fin. Cette coquille de métal, seule protection contre le vide, provoque à la fois une sensation de claustrophobie et de peur de l’immensité. Les êtres humains isolés au milieu de nul part, coupés des leurs, soumis à une peur latente, déstabilisés par les défaillances qui transforment un bijou de technologie en piège mortel, contraints de cohabiter dans une nouvelle société étriquée, deviennent fous et s’entretuent. Et pour couronner le tout les espèces de vie découvertes se trouvent un goût prononcé pour la viande humaine.

Pandorum

Pandorum réexploite tous ces codes du film de science-fiction horrifique, mais dans un scénario original et intéressant, qui se démarque suffisamment des productions précédentes pour créer son propre imaginaire. Ce film introduit habilement un nouveau facteur d’angoisse qui avait été jusque là délaissé ; celui de la disparition des repères temporels.

Nous sommes habitués à des cycles de vie réguliers amenés par la succession de jours et de nuits dont notre soleil est le chef d’orchestre. Plongés dans l’obscurité spatiale, ces cycles naturels pour être maintenus sont dépendants de technologies qui simulent par la luminosité leur perpétuation. De ces cycles de 24 heures dépendent notre perception du temps, notre capacité à nous repérer temporairement, mais aussi d’autres capacités dont nous imaginons mal les dépendances.

Lorsque Michel Siffre nait en 1939 les grandes puissances se disputent un monde déjà exploré et cartographié de fond en comble. Il n’existe plus de continents à découvrir. Dans les prochaines décennies la nouvelle frontière à repousser est l’espace. Michel Siffre doté d’un esprit aventureux contribua à sa façon à la conquête spatiale, par un sujet d’étude qui se veut explorer une nouvelle dimension : le temps. Pour ce faire, il reste claustré au fond du gouffre de Scarasson, privé de repères temporels, à partir du 17 juillet 1962 et pour une durée de deux mois. Après 3 heures de descente, il s’installe sur un glacier à presque 100 mètres sous terre. Il fait environ 13 degrés et l’hydrométrie atteint 98%. A travers cette expérience Michel Siffre se donne pour mission d’étudier les cycles de vie, les cycles de sommeil, les changements observés par l’absence de soleil, la capacité du corps à maintenir ces cycles ou à les modifier.

En pleine conquête spatiale, alors qu’on prépare des voyages habités vers de nouvelles planètes, ces expérience intéresseront beaucoup les responsables américains et soviétiques. Chacun des blocs développera des programmes d’expérimentation dans des conditions relativement analogues, où les grottes profondes seront remplacées par des lieux confinés, et la solitude du pionnier par des équipes pour étudier en outre la sociologie de groupe. Michel Siffre nomme ces nouveaux explorateurs les spéléonautes. En 1972 la NASA financera au Texas une nouvelle immersion coupée du monde de 205 jours au fond de Midnight Cave pour compléter l’expérience de toutes une série de constantes biologiques. A nouveau en 1999 Michel Siffre mettra à l’épreuve son horloge de chair, mais cette fois dans le but d’étudier les effets du vieillissement sur ses cycles circadiens (veille/sommeil).

Les passagers de Pandorum sont dans une situation analogue à celle de Michel Siffre. Enfermés dans des capsules en hyper-sommeil ils ne savent pas combien de temps s’est écoulé depuis leur endormissement. Ils tentent d’évaluer ce temps passé, mais leurs réponses sont nécessairement inexactes.

Sur le calendrier évalué par Michel Siffre, lors de sa première retraite volontaire de 57 jours, il avait 25 jours de décalage par rapport à la réalité. Il était sorti le 17 septembre en se croyant le 20 août. Ces résultats étaient inattendus parce qu’on pensait auparavant que le temps au fond de la grotte, coupé du monde lui paraitrait plus long, puisqu’il s’y ennuierait. Mais coupé de tout révérenciel, plongé dans un monde sombre presque totalement immobile, le temps passe beaucoup plus rapidement, et ce qui lui semble quelques heures constitue en réalité des journées entières. Mais ses cycles circadiens loin d’être anarchiques sont administrés assez précisément par son horloge biologique. Ses journées au lieu de 24 heures durent en moyenne 24H30 ; la sieste que Michel Siffre s’octroie étant à son insu une nuit de sommeil. Ce qui conduit rapidement à ce que sa perception du temps soit totalement faussée. Les expériences postérieures sur des individus informés du sujet, en ayant lus des retours d’expérience, conduiront à restreindre ce décalage par les corrections qu’ils apporteront à leur perception. Les femmes se serviront de leurs cycles menstruels pour corriger leur mauvaise appréhension du temps.

Le 7 janvier 1965 (temps évalué par Josie Laurès). Réveil : 8 heure. A ma grande stupéfaction, je viens de m’apercevoir que, pour la deuxième fois, j’ai mes règles. Vraiment, c’est une surprise. Je ne m’y attendais pas du tout. Il se peut que le cycle soit perturbé, mais quand même, je le sens, j’ai la preuve que mon retard est presque d’un mois. Mes journées coupées par une sieste sont-elles des journées de quarante-huit heures ?

Josie Laurès, 3 mois d’isolement entre le 15 décembre 1963 et le 13 mars 1964. A la date de sa sortie elle se croyait le 5 mars.

Je ne sais toujours pas à quelle date je suis réellement. Il est d’ailleurs curieux de constater que cela me laisse indifférent. C’est pour l’instant le dernier de mes soucis. Je me lève, mange, me couche, cela forme un tout et le temps n’a pas de valeur. J’ai l’impression que mes journées sont courtes.

Siffre, 1962

Je pense à un problème qui m’assaille : celui de la durée d’un disque de 33 tours… Chaque fois, je me demande s’il faut réellement une demie-heure pour écouter une face. Cela me parait très rapide.

Siffre, 1962

Si la réalité du temps qui passe échappe à la conscience des spéléonautes, la suppression de l’alternance jour/nuit a d’autres conséquences. La mémoire immédiate est atteinte :

Nous avons en effet constaté que l’homme isolé en dehors du temps présente des troubles de mémoire. Tous mes camarades ont ressenti ce phénomène, les cosmonautes soviétiques aussi. Je l’éprouve aujourd’hui intensément. Ce que j’ai fait hier, je ne m’en souviens pas. Avant hier ou il y a un mois ? C’est pareil, c’est le néant. Tout ce qui n’est pas immédiatement noté est oublié, irrémédiablement perdu dans l’espace temporel de la nuit souterraine.

Siffre, 1972

Les CRS, qui l’écoutent parfois à son insu (et qui assurent le suivi de l’expérience), lui diront qu’il a remis jusqu’à dix fois de suite le même disque de Luis Mariano. Il pensait, chaque fois, qu’il venait de le poser sur le pick-up… L’apathie accompagne cette perte de mémoire :

J’ai brusquement pris conscience de cette fantastique apathie qui s’est emparée de tout mon être. C’est inconcevable. C’est ça l’effet du confinement : l’inactivité forcée conduit à l’inactivité naturelle. Moins on en fait, moins on en a envie d’en faire.

Siffre, 1972

Il se demande aussi : « Est-ce la durée perçue qui conditionne le vieillissement ? » Des expériences postérieures montreront que la durée de vie de certains animaux peuvent être déterminée par leur cycle circadien. En multipliant artificiellement sa fréquence par deux, on divisait de même l’espérance de vie de ces animaux par deux. Alors que le contraire n’était pas vrai. Aujourd’hui on estime toujours que ces cycles jouent un rôle important dans le processus de vieillissement.

Les naufragés du Pandorum se retrouvent dans une situation semblable. Privés de repères géographiques immédiats, puisqu’ils sont enfermés dans la coque d’un vaisseau, incapables de déterminer leur position, incapables d’appréhender le temps même, ainsi que l’enchainement d’événements qui les a conduit à cette situation, ils doivent reconstruire l’antériorité, et sont contraints de se baser sur leurs cycles naturels. Ils sont tout à la fois, menacés par un environnement hostile plongé dans les ténèbres et dans une succession de couloirs et de salles sans fin, menacés par des créatures qui apprécient leur chair et dont l’origine est incertaine, et par cette disparition du temps qui les laissent pantois.

Pandorum, par ses apports au genre, sa maitrise du suspense et de l’angoisse, et ses scènes d’action bien tournées, est certainement le meilleur film de science-fiction horrifique depuis Alien.

Une autre œuvre s’est probablement beaucoup inspirée des expériences hors du temps de Michel Siffre et de ses successeurs. En 1967 Michel Tournier publie Vendredi ou les Limbes du Pacifique qui est une variante plus adulte du roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Différents nouveaux thèmes s’ajoutent aux thèmes exploités dans le roman original, dont une analyse très fine de la perte du temps que l’auteur assimile à la perte du monde civilisé.

Combien de jours, de semaines, de mois, d’années s’étaient-ils écoulés depuis le naufrage de la Virginie ? Robinson était pris de vertige quand il se posait cette question. Il semblait alors jeter une pierre dans un puits et attendre vainement que retentisse le bruit de la chute dans le fond. Il se jura de marquer sur un arbre de l’île chaque jour une encoche, et une croix tous les 30 jours.

Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Folio p.34

L’évasion était terminée, mais la longue histoire de sa construction demeurait écrite à jamais dans la chair de Robinson. Coupures, brulures, estafilades, callosités, tavelures indélébiles et bourrelets cicatriciels racontaient la lutte opiniâtre qu’il avait mené si longtemps pour en arriver à ce petit bâtiment trapu et ailé. A défait de journal de bord il regarderait son corps quand il voudrait se souvenir.

Ibid., p.36 – 37

Une nouvelle ère débutait pour lui – ou plus précisément, c’était sa vraie vie dans l’île qui commençait après des défaillances dont il avait honte et qu’il s’efforçait d’oublier. C’est pourquoi se décidant enfin à inaugurer un calendrier, il lui importait peu de se trouver dans l’impossibilité d’évaluer le temps qui s’était écouler depuis le naufrage de la Virginie. Celui-ci avait eu lieu le 30 septembre 1759 vers deux heures de la nuit. Entre cette date et le premier jour qu’il marqua sur un fût de pin mort s’insérait une durée indéterminée, indéfinissable, plein de ténèbres et de sanglots, de telle sorte que Robinson se trouvait coupé du calendrier des hommes, comme il était séparé d’eux par les eaux, et réduit à vivre sur un îlot de temps, comme sur une île dans l’espace.

Ibid., p.48

Il s’avisa plus tard que le soleil n’était visible de l’intérieur de la villa qu’à certaines heures du jour et qu’il serait judicieux d’y installer une horloge ou une machine propre à mesurer le temps à tout moment. Après quelques tâtonnements, il choisit de confectionner une manière de clepsydre assez primitive. C’était simplement une bonbonne de verre transparente dont il avait percé le cul d’un petit trou par où l’eau fuyait goutte à goutte dans un bac de cuivre posé sur le sol. La bonbonne mettait exactement vingt-quatre heures à se vider dans le bac, et Robinson avait strié ses flancs de vingt-quatre cercles parallèles marqués chacun d’un chiffre romain. Ainsi le niveau du liquide donnait l’heure à tout moment. Cette clepsydre fut pour Robinson le source d’un immense réconfort. Lorsqu’il entendait – le jour ou la nuit – le bruit régulier des gouttes tombant dans le bassin, il avait le sentiment orgueilleux que le temps ne glissait plus malgré lui dans un abîme obscur, mais qu’il se trouvait désormais régularisé, maîtrisé, bref domestiqué lui aussi, comme toute l’île allait le devenir, peu à peu, par la force d’âme d’un seul homme.

Ibid., p.70 – 71

Robinson s’étendit voluptueusement sur sa couche. C’était la première fois depuis des mois que le rythme obsédant des gouttes s’écrasant une à une dans le bac cessait de commander ses moindres mouvements avec une rigueur de métronome Les temps était suspendu Robinson était en vacances. Il s’assit au bord de sa couche. [...] Ainsi donc la toute-puissance de Robinson sur l’île – fruit de son absolue solitude – allait jusqu’à une maitrise du temps ! Il supputait avec ravissement qu’il ne tenait qu’à lui désormais de boucher la clepsydre, et ainsi de suspendre le vol des heures…

Ibid., p.98 – 99

Puis il se leva et sans hésitation ni peur, mais pénétré de la gravité solennelle de son entreprise, il se dirigea vers le fond du boyau. Il n’eut pas à errer longtemps pour trouver ce qu’il cherchait : l’orifice d’une cheminée verticale et fort étroite. Il fit aussitôt quelques tentatives sans succès pour s’y glisser. Les parois étaient polies comme de la chair, mais l’orifice était si resserré qu’il y demeurait prisonnier jusqu’à mi-corps. Il se dévêtit tout à fait, puis il se frotta le corps avec le lait qu’il restait. Alors il plongea, tête la première, dans le goulot et cette fois il y glissa lentement mais régulièrement, comme le bol alimentaire dans l’œsophage. Après une chute très douce qui dura quelques instants ou quelques siècles, il se reçut à bout de bras dans une manière de crypte exigüe où il ne pouvait tenir debout qu’à condition de laisser sa tête dans l’arrivée du boyau. [...] Mais ce qui retint Robinson plus que tout autre chose, ce fut un alvéole profonde de cinq pieds environ qu’il découvrit dans le coin le plus reculé de la crypte. L’intérieur en était parfaitement poli, mais curieusement tourmenté, comme le fond d’un monde destiné à informer une chose fort complexe. Cette chose, Robinson s’en doutait, c’était son propre corps, et après de nombreux essais, il finit par trouver en effet la position – recroquevillé sur lui-même, les genoux remontés au menton, les mollets croisés, les mains posées sur les pieds – qui lui assurait une insertion si exacte dans l’alvéole qu’il oublia les limites de son corps aussitôt qu’il l’eut adoptée.
Il était suspendu dans une éternité heureuse.

Ibid., p.111 – 112

Robinson après une longue période d’apathie est happé par la perspective du temps qui s’est écoulé depuis son naufrage et son arrivée sur l’île. Le temps qu’il est incapable de reconstituer s’est enfuit sans qu’il ne puisse avoir aucune prise sur lui. Il entreprend alors de le domestiquer par un calendrier, puis en concevant une clepsydre. Mais il finit par s’ennuyer de l’extrême rigueur administrative qu’il s’inculque pour singer la civilisation qu’il a quitté, et pour se discipliner lui-même et ainsi éviter de retomber dans l’apathie. L’arrêt surprise de la clepsydre sonne comme des vacances et une forme de rechute. Il s’enfonce dans les profondeurs de la roche, dans l’obscurité totale de la grotte, où il se glisse après un rituel païen. La roche devient le sein maternel avec lequel il entretient une relation physique incestueuse. Le temps s’efface dans l’obscurité, et il y demeure pendant l’arrêt de la clepsydre un temps indéterminé, prostré dans le noir et comme enivré ; échappant ainsi au cycle du temps, à l’alternance des jours et des nuits.


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Fondre ses balles

Survie — Article écrit par le 17 juillet 2011 à 12 h 11 min

Un être humain devrait savoir changer une couche-culotte, planifier une invasion, égorger un cochon, manœuvrer un navire, concevoir un bâtiment, écrire un sonnet, faire un bilan comptable, monter un mur, réduire une fracture, soutenir un mourant, prendre des ordres, donner des ordres, coopérer, agir seul, résoudre des équations, analyser un nouveau problème, répandre de l’engrais, programmer un ordinateur, cuisiner un bon repas, se battre efficacement, et mourir bravement. La spécialisation, c’est bon pour les insectes. – Robert Anson Heinlein

Jünger pensait de même qu’un homme devait s’apparenter à un navire de haut bord ; avoir en lui tout le nécessaire pour une longue traversée. C’est le but que nous allons poursuivre en apprenant à fondre des balles.

La source de chaleur est fournie par un simple réchaud à gaz. On pourrait aussi bien utiliser un feu de bois. Bien qu’une plaque électrique soit mieux adaptée car au ras du sol elle serait plus stable. Ce petit réchaud a comme autre inconvénient de manquer de puissance, ce qui allonge le temps de chauffe. En l’hiver atteindre la bonne température peut s’avérer difficile. Mais il est suffisant pour fondre quelques balles les beaux jours venus.

Le récipient est constitué d’une casserole dont la taille est adaptée à celle du réchaud. Tout récipient dont la température de fusion est supérieure à celle du plomb peut convenir. Les faitouts de fonte seraient particulièrement adaptés. La louche était originellement destinée à la cuisine, avec son bec verseur et sa contenance relativement élevée elle est parfaite pour cet usage.

Le plomb peut être coupé en morceaux de façon à ce qu’il rentre dans le récipient et pour faciliter sa montée en température. On peut acheter des plombs de plongée. Ou récupérer du plomb chez des couvreurs ou des plombiers, en ce cas il contiendra divers adjuvants qu’il conviendra d’écumer à sa surface une fois fondu. On peut aussi récupérer de précédents projectiles.

Le point de fusion du plomb se situe autour de 327° C. Il convient donc d’éviter de prendre des risques. Premièrement en veillant à ce que le réchaud et le récipient soient bien stables. Ensuite en se protégeant la peau, avec des gants épais pour saisir la louche, et avec des vêtements couvrants en matières non synthétiques pour les bras et les jambes en cas d’éclaboussures. Pendant toute l’opération la concentration est de mise, il faut éviter les mouvements brusques et agir avec précision. Il est également conseillé de respirer le moins possible les émanations de plomb et de le fondre en extérieur.

Voici un moule Lee. Il en existe en une multitude de calibres reprenant la même structure, avec une ou deux cavités selon le calibre. Ces moules sont constitués de formes en acier, d’un coupe-jeu en acier qui sert aussi d’entonnoir et de soies emboitées dans des manches en bois.

Le plomb en fusion est versé en un seul geste lent dans les entonnoirs du coupe-jet à l’entrée des chambres du moule. On arrête le geste quand les entonnoirs sont remplis et que le plomb les recouvre. Le plomb se solidifie alors dans le moule. Quand le plomb s’est solidifié à la surface du coupe-jet on frappe celui-ci d’un coup de gourdin sec. Son excroissance est prévue à cet effet, ce qui a comme conséquence de débarrasser la balle du trop plein versé. On donne alors un ou plusieurs petits coups de gourdins sur le corps du moule pour détacher la ou les balles, puis on ouvre le moule dont les balles encore chaudes iront rejoindre leurs consœurs. Le mieux est sans doute de les recevoir sur du sable.

A chaque coulée, on rabat le coupe-jet vers soi. On verse le plomb. On attend qu’il se solidifie. On frappe le coupe-jet vers l’extérieur. Puis le moule. Et l’on libère la balle.

Pour que l’opération se déroule convenablement il faut que le moule soit chaud. Pour cela on peut chauffer le moule à la flamme du réchaud. Ou alors accomplir quelques coulées, le plomb réchauffera le moule au fur et à mesure.

On peut voir ici trois types de balles. Les premières sont incomplètes, les secondes ont une surface parcourues de vagues, les troisièmes sont correctes. On pourrait ajouter une quatrième sorte, aussi irrégulière pour des raisons inverses.

Si la balle est incomplète ou si elle présente des irrégularités c’est que le plomb et/ou le moule n’étaient pas assez chaud. Le plomb s’est solidifié avant qu’il n’emplisse toute la chambre. Les balles présentes alors des irrégularités en forme de vagues ou sont incomplètes.

Ces balles sont correctes. Mais il peut arriver qu’il se greffe aux balles des excroissances. Le plomb aura continué son chemin dans les interstices du moule. Cela signifie qu’il est trop chaud.

Une bonne coulée dépend de la température du plomb et de celle du moule. Une fois le coup de main pris et les températures optimales atteintes les coulées s’enchaînent.

Lors de la montée en température du plomb pour la coulée d’un autre calibre, j’ai dû changer de bombonne de gaz, je propose un court article à ce sujet : Monter un réchaud Bleuet.

A noter qu’il existe des fours électriques, dotés d’un creuset et d’un robinet, spécialement conçus pour cet usage, mais pour les rentabiliser il faut tirer très régulièrement.


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Monter un réchaud Bleuet

Survie — Article écrit par le 17 juillet 2011 à 12 h 00 min

Je vous fais un petit point parce que ce n’est pas toujours intuitif de changer la bombonne quand on récupère un vieux réchaud Bleuet. Surtout quand on a le repas qui chauffe dans la casserole, que les flammes viennent de s’éteindre, et qu’on aimerait tout de même manger chaud.

En randonnée la plage d’utilisation optimale des réchauds à gaz correspond aux escapades de moyenne durée. En deçà de quelques jours les réchauds à alcool sont beaucoup plus légers et bien moins encombrants, même si leur puissance de chauffe est inférieure. Pour le long cours, à moins de se réapprovisionner sur le parcours, le volume occupé par les bombonnes de rechange est trop important.
Le gaz utilisé dans ces bombonnes Campingaz est le butane. Le butane est gazeux à la pression atmosphérique jusqu’à 0°C, au-delà il se liquéfie, rendant son utilisation impossible. Le propane en revanche reste gazeux jusqu’à des températures de – 44°C, mais il offre des qualités énergétiques moindres, et doit être stocké sous fortes pressions rendant le contenant lourd et malcommode. C’est pourquoi il existe des cartouches dites « 4 saisons », souvent de marques américaines, qui pour tenter de conjurer ces différents inconvénients utilisent un mélange de butane, d’isobutane et de propane. L’isobutane pour sa part reste gazeux jusque vers -12°C. Par contre il doit lui aussi être stocké sous une pression plus élevée que le butane, et nécessite donc une cartouche plus solide et plus lourde. Mais même ces cartouches ne constituent pas une solution miracle, puisqu’à faible température c’est alors l’isobutane et le propane qui sont brûlés, et comme généralement ils ne constituent qu’autour de 30% du gaz présent… Ces cartouches « 4 saisons » doivent être utilisées avec des réchauds adaptés et ne sont pas compatibles avec le Bleuet.
Il convient donc de choisir le carburant d’une randonnée selon sa durée et les possibilités de réapprovisionnement. Puis si on plébiscite le gaz, le réchaud selon les températures qu’on devrait trouver sur son parcours, en pensant aussi que les cartouches spéciales sont moins faciles à trouver que les classiques Campingaz.

Un réchaud Bleuet est constitué de trois blocs : la bombonne de gaz C206, le brûleur, et entre les deux le corps du réchaud qui solidarise la bombonne au brûleur.

Pour changer la bombonne, on enfonce la nouvelle dans le corps du réchaud en appuyant sur les lames en acier qui servent de ressort, et qui permettent d’assurer la solidarité de l’ensemble.

On rabat les jambes en acier au-dessus du cul de la bombonne.

On enfiche le brûleur dans le corps du réchaud et l’on commence à serrer. Le brûleur va percer la bombonne rendant le contact entre les deux hermétique. Il ne sera plus donc possible de retirer la bombonne sans la vider de son gaz, ce qui peut compliquer le rangement.

Lorsque le pas fileté du brûleur est complètement enfoncé dans le pas de vis du corps, on peut utiliser le réchaud.

A l’inverse pour démonter le réchaud, on dévisse le brûleur, on retire les jambes de la bombonne, et on enlève cette dernière.


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Faire son charbon de bois

Survie — Article écrit par le 12 juin 2011 à 21 h 18 min

Si l’on a besoin de charbon de bonne qualité issu d’essences de bois particulières pour travailler l’acier à la forge, ou produire de grandes quantités de charbon gratuitement, ou que l’on désire tout simplement maitriser un processus de fabrication de bout en bout, on peut être amené à confectionner soi-même son charbon de bois.

Il existe de nombreuses façons de fabriquer du charbon de bois. Les méthodes traditionnelles mettent en œuvre des meules constituées de rondins et recouvertes de terre. La méthode présentée ici utilise un récipient clos au contact du feu. Elle est pratiquée lorsqu’on cherche à produire de petites quantités de charbon. Pour plus de précisions se reporter aux sites en fin d’article.

Réalisation :

On commence par récupérer un récipient hermétique résistant au feu ; ici un pot de peinture métallique, dont on ménage plusieurs trous dans le couvercle. Ce qui permettra aux gaz de s’échapper lors de la montée en température du bois, et d’alimenter la combustion à l’intérieur de la boite, tout en contrôlant le débit d’air pour qu’il soit modéré, sous peine sinon de ne récolter que de la cendre.

Les tronçons de bois que l’on souhaite réduire en charbon sont coupés à la longueur du récipient et calibrés de façon à ce que la chauffe soit homogène. J’ai utilisé une branche de frêne et fendu les rondins avec mon Bushman en les bâtonnant. C’est-à-dire en frappant le dos du couteau avec un gourdin. Le bois est placé verticalement dans le récipient de façon à ce que la chaleur se répande dans tout le volume sans être entravée. Le bois est très sec, je l’ai posé plusieurs semaines sur le ballon d’eau chaude.

J’utilise un barbecue comme âtre pour faire mon feu, et sa grille pour poser le récipient, mais on pourrait aussi bien utiliser un réchaud à gaz.

Les premières fumées apparaissent, elles sont composées en bonne partie de vapeur d’eau, ainsi que « de méthanol, d’acide acétique et d’autres composés chimiques plus complexes, principalement sous forme de goudrons et de gaz non condensables formés surtout d’hydrogène, monoxyde de carbone et dioxyde de carbone ». (Fao)

Avec la chaleur le débit de fumée blanche augmente.

J’utilise le Bushman pour couper le bois servant à alimenter le feu. Je donne des coups en biais par rapport aux branches et je tape tout autour de la pièce de bois, comme le ferait un castor avec un rondin.

Une fois que la fumée cesse de s’extraire des trous je laisse encore cuire le charbon pendant une petite heure. Puis les trous du couvercle sont recouverts de terre pour arrêter la cuisson. Le pot ne doit pas être ouvert avant le refroidissement du charbon sinon il se consumerait à l’air libre.

On remarque que le haut du pot et le couvercle sont recouverts de goudron issues de la condensation des vapeurs. Avant que ne se développe la pétrochimie après guerre, on utilisait les distillats de charbon pour obtenir des produits de synthèse comme l’acétone, le charbon était alors considéré comme un résidu de l’opération faiblement valorisable. (Principaux aspects du développement de la pétrochimie en France )

De cette expérience je tire plusieurs conclusions :

- Le bois en haut du pot n’est que partiellement carbonisé. Il aurait fallu placer un certain temps le pot sur le côté, au contact des flammes, à la fin de l’opération pour que la cuisson soit plus homogène.
- Le barbecue n’est pas très pratique. Sa taille limitée oblige à ne pas exploiter de grosses pièces de bois. L’espace pour alimenter le feu sous la grille est aussi réduit.
- Un autre problème apparaît, il est astreignant de maintenir une chaleur élevée dans un espace ouvert et sans arrivée d’air réglable pour maitriser le degré de chaleur.

Pour améliorer le modus operandi je pense utiliser un fût avec peut-être une grille dans sa partie basse pour évacuer les cendres, et des entrées d’air pour attiser les flammes. La chaleur sera certainement plus concentrée, avec comme avantage une moindre consommation de bois de chauffage, et un maintien plus aisé d’une température élevée.

Divers sites intéressants pour approfondir le sujet :

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