Archives pour la catégorie ‘Récit’


Au public

Récit — Article écrit par le 6 octobre 2010 à 18 h 56 min

Je me suis souvent demandé pourquoi la fameuse réacosphère ça n’est jamais qu’Ilys avec deux ou trois machins autour, et je crois tenir pour le moins le début de l’explication.

Si vous avez envie de savoir ce que vaut l’artiste sans avoir à vous taper tous les tableaux du spectacle ou vous farcir la totalité du tour de chant, il suffit de regarder les tronches des gens qui sont dans le public…. Par exemple, si vous souhaitez vérifier par vous-même que le chanteur Jean Ferrat est ampoulé du grain de voix jusqu’à la rime et qu’il s’agit d’un apologiste des goulags dénué de toute sensibilité, nul n’est besoin de vous faire offrir l’intégral du chanteur soviétique, puisqu’il vous suffit de chercher une photo sur Internet et d’observer les cloches qui se trouvent au premier rang pour se faire une idée de ce qu’ils sont venus entendre….

La très grande qualité d’Ilys se reflète toute entière dans son lectorat…. Je sais parfaitement de quoi je parle, puisque je les vois, que je dois maintenant  connaître quelques dizaines de nos lecteurs et que c’est mon Dieu bien assez pour se faire une opinion fiable du tout dont ils sont des parties…. Pour moitié, notre public est composé de jeunes  personnes qui ne parlent pas très fort en public pour se mentir et se faire croire qu’il ont une personnalité, qui ont déjà des lettres sans avoir des tas de boutons sur le visage, qui ont souvent des jolies femmes à leurs bras, des traits de visages qui inspirent confiance et des manières qui inclinent à leur confier sans difficulté sa carte Golden et le numéro pour qu’ils fassent un retrait à votre place, les soirs où vous avez la flemme de lever votre cul de votre chaise.

Si vous voulez vérifiez ma thèse selon laquelle on a le public que l’on mérite, faites donc un effort d’imagination, essayez de deviner à quoi ressemblent les gens qui reprochent à Kid A ou  Lounès de ne pas assez écrire ou de ne pas publier leurs archives, et comparez cette petite foule sympathique avec les trois semi-clochards hystériques sortis d’un tableau de Bosch que l’ivrogne communiste Jérôme Leroy est arrivé à fédérer sur le net….  

A ce propos, je note que mon ami Kid A écrit  entre deux cours, en gagnant sa vie par ailleurs, mais qu’il se fait toutefois engueuler quand il reposte un billet vieux d’une année, alors que l’écrivain professionnel Leroy pourrait bien rééditer l’une de ses daubes vieilles de deux mois sans que sa cour des miracles ne remarque la supercherie.

Ceci étant posé, il reste à déterminer comment et pourquoi nous avons réussi à rassembler ce public respectable tout en laissant les verbeux, les punks à chien et les délateurs à l’ivrogne communiste Leroy Jérôme ou à Mandon Patrick…. Il me semble que notre secret, c’est d’avoir fait fait le choix de la liberté d’expression et de l’avoir fait vraiment, sans nous payer de mots… Concrètement, cela signifie qu’entre la liberté d’expression et la liberté du troll ou du gardien de vaches diplômé à transformer un espace de liberté en forum citoyen, nous avons tranché.

En conséquence, tout le monde peut s’exprimer ici sans qu’un abruti n’ayant pas compris ou voulant contredire sans avoir les moyens intellectuels de le faire puisse s’adonner à l’obstruction ou parler du niveau de grammaire de son contradicteur, en le psychologisant ou en évoquant implicitement sa bite via des réflexions selon lesquels ledit contradicteur « pense comme ceci ou comme cela parce qu’il a peur », ceci servant à sous-entendre qu’il est une fiotte, à l’inverse dudit abruti qui en aurait une grosse.

Mais d’ailleurs, qu’est-ce que c’est que la liberté d’expression? En vérité, il ne s’agit pas d’un droit, mais d’un exercice aristocratique et d’une ascèse… Dans les dialogues rapportés par Platon, Socrate plie invariablement les sophistes contre un mur parce que d’abord, il exige que les règles de la controverse soient scrupuleusement respectées…. Plusieurs fois dans l’œuvre de Platon, Socrate se lève et menace de rentrer chez lui parce que ses adversaires resservent un argument qu’il avait préalablement démonté… De cette manière, il défend la liberté d’expression contre l’obstruction et la magouille, l’Agora contre le forum citoyen, et je suis certain que Socrate aurait interdit l’accès de son blog aux gardiens de vaches diplômés, aux punks à chiens, aux sociologues, aux psychologisants et aux maniaques de leur bite, s’il en avait eu un, de blog.

On devrait avoir le droit de prendre la parole en public dans l’absolu, comme on a celui de défendre ses chances à Wimbledon dans l’absolu, sans pour autant pouvoir s’introduire sur le court central pour échanger des balles avec le champion du monde au nom du principe d’égalité.

 Ici, la liberté d’expression est totale précisément parce que la liberté de faire du bruit avec sa bouche y est proscrite.


Echange Facebook avec une cancéreuse

Récit — Article écrit par le 5 octobre 2010 à 12 h 27 min

L’échange suivant a lieu à la suite d’un long fil de discussion où, depuis quelques temps, différentes personnes se posent (en toute courtoisie) la question de savoir comment définir aujourd’hui ce qu’est la droite (et par extension ce qu’est la gauche). Certains ont tenté prudemment de remettre en cause la validité de tels concepts, mais comme nous sommes jusqu’ici essentiellement entre gens de bonne compagnie (comprendre des droitards bon teint), les amateurs de politique ont pris le dessus.

 

C’est alors que « Annabelle » fait son entrée en scène…


ANNABELLE  : ah ce besoin de repères comme enfants  » tu es dans quel camp » ? Hormis les camps pas de salut les betes solitaires n’auraient elles qu’un avenir utopique ?

MILLIE : Moi Je suis comme Bernard Henri Lévy. Je pense qu’il n’y a que deux camp. Celui du bien, et celui du mal.

Et même que celui qui l’y dit est celui qui l’y est.

Et comme j’ai du flair, je vais même vous dire que vous, vous n’y êtes pas du tout. Comme quoi ça va loin…

Ca vous en bouche un coin, non ?

ANNABELLE : simplement je sors du cercle de feu du cancer et je ne peux plus raisonner comme çà moi je lutte pour préserver la vie de tous c’est mon combat ; pour une vie démocratique je m’engage aussi je le dis c’est la vie et sa libre expression la liberté de pouvoir assurer à chacun ses besoins et ses droits fondamentaux ; pour la passion quand elle va dans ce sens

MILLIE : Vous savez, à votre place, moi je la défendrais pas autant, la vie.

La vie des fois c’est moche. Et franchement, comme disait Edith Piaf, des fois je me le demande un peu : « Pour qui elle se prend, la vie? »

Genre pour que la vie cesse de se foutre de notre gueule, faudrait être tout gentil tout plein, tout sucre tout miel, n’avoir aucune pensée mauvaise, sentir la rose partoutpartout, et faire des cure de tendages de l’autre joue pour se mettre bien avec Dieu… Geeennre… On souffre sa race DONC on est trop blanchis comme la neige… « On n’a pas mérité ça » – genre le bonheur était une question de mérite : suffisait juste de s’en rendre compte ! ..Ca va de soi. D’ailleurs c’est pour ça que les gens tombent malade ou ont une vie de merde : parce que c’est des méchants, c’est bien fait pour leur gueule : s’il s’amendaient davantage, ces cons, aussi, au lieu de vivre comme des salauds de bourgeois (qui aiment la cuisine au beurre, qui est un péché, et le pâté de campagne aux cornichons) !

Genre, pour se faire respecter de la vie, faudrait qu’on lui lèche les bottes..  Entre nous, si le léchebottine permettait de se faire respecter, suffirait d’être un Pékinois pour être da King of da World. Quand même… quoi qu’on en dise… à force, si c’était vrai, que pense que les gens auraient fini par s’en rendre compte. ‘Croyez pas ?

« Et que j’ai tellement mal aux dents que j’en prie d’autant plus fort et que ça efface tout, et que ça me récure l’âme encore plus mieux que le nouvel OMO Machine… » Mais bien sûr ! « Soyez pas vache, mondieumondieu, tenez, là, j’en reprends avec plaisir de la tarte dans ma gueule, c’est délicieux : ça c’est pour me faire pardonner d’avoir fait pleurer maman quand j’étais petite, vlan ! J’ai le droit à une ristourne maintenant, hein? Vrai? Que sinon ça serait une injustice indigne de votre immense grâce, très cher bon dieu !…Non? Ah bon. Autant pour moi. Désolée.. »

Demandez un jour sur les marchés, aux marchands de fripe juifs, comment faut y parler, au « Patron » (YHVH pour les intimes), comment faut la traiter, cette chienne de vie : à coups de triques, madame ! Mourir vaincu par elle (Eh, forcément, hein : on en est tous là, vous savez. Qui sait si demain, moi… on sait jamais, ‘faut pas croire. On est tous égaux devant ça : y’a même que devant ça qu’on est tous égaux, alors… Suffit d’une tuile, ou bien ça me prend de me foutre dans la Seine, ou bien j’ai déjà une maladie horrible et je le sais pas, je déconne pas… Des fois j’y ai pensé très sérieusement : je sais combien on transpire glacé, je sais comment on tremble, comment on flippe sa putain de race, que les genoux choquent le sol et que les mains se joignent. Je sais aussi qu’on serait prêt à n’importe quoi pour éviter ça. Le bien.. comme le mal.- Alors pour ce qui est de la sainteté supposée de ces très intense petits moments de réconciliation inopinée avec Dieu hein, ‘faudrait peut-être pas se faire trop d’illusions… Qui sait s’il ne va pas mourir ? – Personne, parce que tout le monde va mourir, en fait.), donc mourir vaincu par elle, oui forcément, mais drapé dans son orgueil de vivant ! Mourir debout, sans compromis avec l’ennemi. Lui cracher à la gueule.

Parce elle, oui elle, plus que quiconque, la vie, elle au moins pour le coup on en est sûr, elle ne mérite que ça.

***

Et je suis gentille, Annabelle. Je ne le vous dis même pas, que c’est un gros, gros péché, que de faire du chantage affectif aux gens avec votre maladie pour leur faire moucher leurs opinions dans un kleenex.

ANNABELLE : Désolée je ne partage pas vos propos
avez-vous vu la vie est belle ?

MILLIE : Ha ha ha ha

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1 DEMANDE D’AJOUT A LA LISTE D’AMIS  :

ANNABELLE


Moloch cherche Kether

Récit — Article écrit par le 1 octobre 2010 à 22 h 54 min

Oui, c’est moi, Véronique C. .Vous avez sûrement encore vu mon mari à la télévision, ou entendu à la radio, il vient d’écrire un livre, c’était prévisible. Je ne pouvais pas l’abandonner que ça s’appelle. Oh, comme tout le monde, vous comprenez que c’est là un constat moral, vous entendez l’antique écho de l’amour fidèle, de la fidélité à l’amour, du pardon, en somme. Je tiens, et pourtant ce n’est pas une habitude chez moi, à rectifier. S’il n’a pas pu m’abandonner, c’est bien plus par narcissisme que par compassion. Mais le narcissisme est une notion désuète, à combattre. Je parlerai donc, comme tout le monde, d’Innocence. La compassion, ou l’intimité, dans notre couple, ça n’a jamais été quelque chose d’évident. Il n’y a qu’ à revoir les vieilles photos : on ne se regardait même plus. On ne se souhaitait plus nos anniversaires et, évidemment, lorsque je rentrais de chez le coiffeur, il ne levait pas un sourcil. Pour notre mariage je portais une robe noire. C’était ma façon à moi d’annoncer la couleur. Mais, tous, ils n’ont rien voulu voir.

Ah, ça oui, j’étais bien l’épouse introvertie et timide qu’on a décrite. Mais tout le monde persiste à croire que ça contredit les faits, l’intention. C’est fou ce que les gens veulent croire. Non pas croire à la réalité, mais en leurs propres certitudes. C’est fou ce que les gens, voisins de village comme amis, ont soutenu mon mari pendant le procès. La solidarité que ça a suscité. Encore aujourd’hui, lorsqu’on me croise et qu’on me reconnait, les regards deviennent compréhensifs, chaleureux. Protecteurs. Ça n’est jamais très loin de la condescendance, on l’imagine. Ah, ça, la condescendance, on peut dire qu’on m’en a donné à plus savoir quoi en faire, et ce depuis l’enfance. Oui, timide, introvertie, gentille, répétons-le, c’est bien moi. Je met mal à l’aise, d’abord et puis, une fois qu’on a compris que je ne ferai pas de mal à ne mouche, ça sort tout seul, ça ce déverse. C’est dingue toute cette condescendance qu’ils ont à donner les gens. Allez pas croire qu’il n’y a que les diplômés, les cadres, les bourgeois prospères qui constituent ma famille qui s’y adonnent à cet automatisme, non, non : c’est un luxe dont tout le monde raffole, bien que n’ayant que rarement l’occasion de s’y adonner. Alors quand ça se présente, vous pensez bien. Et n’allez pas croire non plus que pendant le procès et après les aveux, on se tenait subitement à distance de moi, non ! Ça redoublait, ça fusait de partout. Je ne crachais pas dessus. De toutes façons je n’ai jamais pu fonctionner autrement.

Être prise en charge en une seconde nature chez moi, inhérente à la première, la timide. En prison j’étais bien, d’ailleurs; je lisais Shakespeare, il y avait des horaires fixes, des médecins, et puis des femmes, qui redoublaient de maternité. Oui. Les femmes m’aiment. Me soutiennent. La plupart des hommes aussi, même si ça étonne à priori. Toute cette histoire n’y a rien changé, bien au contraire. Ça fait beaucoup de monde en tout cas. Ça faisait déjà beaucoup trop à l’époque. Je suis condamnée à ça. Alors oui, j’ai pété les plombs. Mais lentement. Avec détermination. Je savais très bien où j’allais en venir, comme je l’avais répété lors du procès, sans trop y croire. C’est que je n’ai pas l’habitude. D’être méchante. De ressentir un « sentiment de toute-puissance » comme ont osé l’affirmer certains psy. Les mauvais. Les bons psys eux, ils se bousculaient pour soutenir leur thèse. Le fameux Déni. Ils ont été jusqu’à dire que je ne les avaient pas étouffés, que c’était en les sortant que je m’y était mal prise, j’ai eu beau répété qu’ils étaient sortis tous seuls. Ah ça, les bons psys et leur Thèse, ils ont connu leur moment de gloire, on les a retrouvés partout dans tous les magazines après, jusque dans le bouquin de mon mari. Lui aussi il n’aime pas les mauvais psy, ceux qui avaient glissé à son sujet  l’incompréhensible « reconstruction narcissique » et autres « charabias abscons des psys » comme l’écrit un journaliste, juste  avant de porter aux nues le grand, le fameux slogan de « déni de grossesse ». Le narcissisme, la toute-puissance, ça ne passe plus. Le déni de réel marche très bien. Ce n’est pas tous les jours que la société peut passer son grand examen de passage des temps modernes, lorsque ses deux icônes  sacrées se bouffent l’une l’autre : l’enfant et la mère.

Tout l’enjeu était de savoir si elles allaient s’annuler ou se renforcer. Ça c’est renforcé. La mère peut ne pas aimer, se servir de son enfant même comme défouloir, qu’on se rassure, dans ces cas-là, elle est dans le déni. Lorsque le trop-plein de réel et de frustrations ne peut se déverser, lorsque tous les atroces préjugés faisandés sur la mère innocente, forcément innocente, poussent celle là au crime, au crime parmi les crimes selon ces mêmes préjugés, et bien les préjugés s’en sortent haut la main. Mon avocat a pourtant bien mis de coté le déni pour préférer plaider les circonstances atténuantes, alors que j’ai bien été reconnue responsable, rien à faire, rien ne n’étouffera jamais ces psalmodies. Elles en sortent plus forts qu’avant. Ce qui ne les tuent pas les rend plus fortes. C’est qu’ils ont tout de même transpiré à l’annonce de mes aveux, comme mon mari, pendant un instant. Un concentré de préjugés satisfaits, celui-là. Lui et sa ribambelle de collègues cadres gris et ternes qui ne l’ont, évidemment, à aucun moment laissé tomber, comme lui ne m’a pas abandonnée. Les résultat ADN ? Il ne se les expliquaient pas. J’ai été enceinte ? Impossible, il l’aurait vu. J’ai avoué. Vous pensez que ça l’a fait revoir de fond en comble sa position ? Nullement. Au contraire. Plus proche et protecteur que jamais. C’est qu’il avait ses préjugés d’Innocence à défendre. Il fallait donc que je sois moi-même innocente. Malgré les faits, malgré mes dépositions, malgré ma condamnation. Malgré les trois cadavres. « Il y a de la joie à la maison » a-t-il même déclaré lorsqu’il apprit le verdict, les huit ans, transformés en quatre de préventive; j’allais bientôt rentrer.

Pour défricher un peu plus dans l’Innocence, on en a rajouté. Dans la confusion. Dans l’inversion des responsabilités. Innocents vous-dis-je. On a, l’idée était de lui, évidemment, après que nous ayons décidé de donner une sépulture aux deux cadavres encore existants, proposé à nos deux grands fils de choisir un prénom pour leur deux « frères ». Ils ont choisi Alexandre et Nicolas. Voilà. Ils ont participé au processus, ils sont eux-aussi Innocents dorénavant. Aujourd’hui, ce ne sont bien sûr plus la culpabilité ni la damnation qui s’héritent, se transmettent sur générations et générations, mais l’Innocence. Cette innocence là. Totale. Obligatoire. Jusqu’au boutiste dans son propre aveuglement. Dans ses propres aveux. Rien ne sert de lutter. De toutes façons, je n’ai plus d’utérus. De toutes façon ça n’aurait servi à rien. Quoique, la répétition a toujours quelque chose d’un peu obscène. Ça peut faire craqueler un peu l’édifice. Mais ne nous mentons pas à nous-mêmes, il a été bien consolidé. Il se prémunit contre son propre poids. Et s’il se fissure, ce ne sera encore qu’un moyen, qu’une bonne raison, de s’agrandir. L’Innocence se nourrit du mal qu’elle engendre. Vous pensez bien que mon affaire était pliée d’avance. La vôtre aussi, sachez-le. Car tout cela n’était rien d’autre que le sacrifice fondateur de notre nouveau monde. Libre à vous d’en saisir les transpositions des antiques totems et tabous pour savoir devant quoi on se prosterne. Libre à vous de juger de sa toute-puissance.

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QI

Récit — Article écrit par le 23 septembre 2010 à 13 h 49 min

J’ai réalisé un test de QI récemment, ou plutôt, disons que mon entreprise m’a fortement pressé de passer toute une batterie de tests psychotechniques…J’ai eu un score de 75.

Ne rigolez pas, je devine déjà le sourire s’inscrire sur votre visage face à cet écran, avec ce chiffre de 75. Ça c’est de la stigmatisation. Je pourrai me plaindre, mais non. Je suis con, c’est un fait, mais un con utile et productif.

Voyez, j’occupe un poste de manager bien rémunéré dans une filiale d’une grande multinationale. J’ai déjà une petite ancienneté et malgré ce 75 que je traînais, depuis bien avant mon actuel emploi, et bien figurez-vous que j’ai progressé. En cinq ans, j’ai déjà progressé de trois échelons et il m’en reste deux avant d’accéder à celui de DG, que je pourrais prendre dans quelques années. L’actuel est loin d’être un homme stupide comme moi, bien au contraire. Un intelligent, un vrai, un mec du genre Fabius ou Juppé, un type qui a réussi. Parfois, il me parle des choses passionnantes qu’il fait le week end, il va à l’opéra, lit Shakespeare dans le texte et voue une passion à Céline…comme ma femme, pensai-je pour moi-même, réalisant plus tard que Céline n’était pas la griffe que ma femme porte mais un écrivain, apparemment connu dans le milieu, comme a pu me le démonter une rapide recherche sur Google. C’est le DG, en relation avec le DRH, et avec l’avis non décisif du directeur du département qui valide ou non les promotions. Or justement le directeur du département dans lequel j’évolue va partir. Il y aura donc une promotion interne, pas besoin d’ètre Einstein pour savoir cela. Nous sommes plusieurs sur les rangs. Il y a évidemment Lourdes, qui a l’avantage d’être une femme, assez jolie…et qui a offert selon les rumeurs ses faveurs aux DG, DRH et directeur partant. Elle est bien partie pour devenir ma chef. De plus, elle a une ambition à tout casser, elle le répète systématiquement, elle veut tout, tout elle dit souvent « I want it all ». Il y aussi Mark, « avec un K », c’est lui qui le précise le K lorsqu’on l’appelle Marco. Moi, quand je l’interpelle en-dehors du strict nécessaire du travail, il daigne à peine me répondre. Il a dû deviner mon 75. il l’aime bien son K, c’est son côté américain, il descend des Américains même. Sa grand-mère habitait la Normandie en 44. D’ailleurs il est bronzé comme les californiens, toute l’année,  mais il est brun et frisé. Je suppose qu’il met de l’autobronzant où qu’il va aux UV. Lourdes a parlé du livre La Tache, que je connais pas et a comparé Mark, avec un K, avec le héros du livre, un certain Coleman lors d’un séminaire. Comme je n’ai pas lu le livre, je ne sais pas de quoi elle parle.

Un matin, on a reçu un courrier avec des photos compromettantes de Lourdes et du chef qui partait. Des photos sans équivoque. Lourdes fait depuis profil bas. Tout le monde soupçonne Mark avec un K de l’envoi des photos.

C’est l’heure des entretiens pour attribuer la promotion. Le DG me reçoit et me demande quel est mon rève dans la vie, je lui réponds que mon rêve est de courir le marathon en moins de trois heures et que pour atteindre cet objectif, je m’entraîne cinq fois par semaine. Ensuite, il me pose des questions sur la boîte, le marché…je lui réponds machinalement, cinq ans que je suis une machine à répéter des tâches quotidiennes qui concentrent toutes les possibilités de mon 75. Je ne peux me distraire, comprenez, les tâches à effectuer ne sont pas compliquées en soi et je pense que n’importe qui avec un QI de 75 peut allègrement les remplir. Ce que je fais très bien, en fait je suis très productif et ça les chefs l’ont remarqué.

Après les affaires impliquant Mark et Lourdes, le poste m’a échu de droit, dirai-je et le DG est content de moi. Comprenez, avec mon 75 et mon rêve de courir le marathon en moins de trois heures, je ne suis pas à la hauteur pour, ne serait-ce, qu’un jour occuper son poste.

Trois mois maintenant que je suis directeur, avec le statut qui va avec et donc le salaire. Ne me demandez pas comment, mais j’ai surpris une conversation du DG qui parlait de moi en ces termes « 75 de QI, tu te rends compte, c’est presque un attardé mental et je suis au moins tranquille pour cinq ans, il ne peut décemment pas prétendre à prendre mon poste, il ne doit même pas y penser tellement il est con ».

Dans un an, je serai DG.


Pierre qui roule n’amasse pas mousse

Récit, Sozial — Article écrit par le 19 septembre 2010 à 0 h 02 min

Je suis née, j’étais un être parfait. Mais à quoi bon la perfection ; quoi de plus stérile, en fait ? Les bouddhistes, qui la recherchent éperdument, que désirent-ils sinon ne plus rien désirer ?

Or nous les pauvres diables qui sommes l’Occident, ne souffrons-nous pas mille morts, tous sans exception, d’en arriver toujours trop tôt à ce point-là de sagesse, et sans même y avoir pris garde ? Nous le nommions ataraxie lorsque nous étions romantiques. Nous parlons de mort de Dieu à présent que nous sommes englués dedans.

Les bouddhistes, dont la caractéristique est le désir de ne rien désirer, ne sont RIEN. Ce sont des pierres. Quand je suis née j’en étais une, j’étais entière, matière indivisible, aimée, aimante, (aimantée?), prescience absente, totale et englobante. J’étais minérale, j’en ai souffert. Et j’ai dû grandir à rebours : à la recherche de comment m’ensemencer.

« Christe Marine, pauvre plante ! On te surnomme Perce-Pierre et tu germes, dit-on, aux entrailles des cailloux. Donne-moi ta magie ! Donne-moi ta leçon ! Je veux au moins devenir végétal ! »

Je voulais renaître à la vie alors j’ai invoqué la nature : la mer, les petites fleurs, les petites bêtes, les étoiles… Mais aucune, jalouses comme elles étaient du secret de leur vie, n’a répondu à mon appel. Je pensais que Dieu ne pouvait pas vouloir que je me résigne : pour aller le trouver, j’ai quitté la terre sans état d’âme aucun. Mais personne n’échappe jamais à son destin : en voulant fuir j’ai suivi ma pente.

I prayed hard for The Lord to give me the flower power, yet I became a rolling stone.


Je vous aime

Récit — Article écrit par le 14 septembre 2010 à 5 h 20 min

Lorsque j’avais quinze ans, j’étais amoureux de Julia Roberts à m’en rendre malade.

Un soir, je m’en suis même tapé la tête contre les murs de ma chambre, tant j’en voulais à cette traînée de nous avoir tenu à distance la veille, nous les fans, tandis qu’elle faisait la belle devant le Plaza Madeleine.

A cette époque, j’étais l’une des plumes les plus brillantes des forums qui lui sont consacrés, à cette femme,… Ne reculons pas devant les mots, j’étais alors la coqueluche virtuelle de ces dames, et les admiratices japonaises de la star se mettaient même au français pour échanger des considérations avec moi.

De toutes les filles de mon cheptel, celle qui me plaisait le plus, c’était Andréa. Ce n’était peut-être pas la plus belle, mais elle était la plus jolie. Derrière mon clavier, j’imaginais une fille passe-partout, avec des lunettes, derrière laquelle on ne se retourne pas mais dont on se dit qu’elle a de sacrés jolis yeux, quand on la voit pour la première fois sans les lunettes.

Un soir, aux alentours de mes quinze ans trois-quarts, j’ai senti pour la première fois le souffle de la vieillesse et de la mort passer sur ma nuque et j’ai pris à 23H50 la décision de me caser…. Assez de faire le beau, de danser de lits virtuels en lits virtuels pour faire souffrir toutes ces innocentes…. Andréa avait peut-être des lunettes, mais ce serait ma femme, car c’est ainsi que je venais d’en décider.

La différence d’âge ne me faisait pas peur. Elle avait certes trente-sept ans tandis que moi je n’en n’avais pas encore seize, mais cette broutille ne pouvait pas davantage me faire rebrousser chemin que l’infirmité dont elle était frappée…. elle l’avait longtemps évoqué avec pudeur, la-dite infirmité, en précisant qu’elle tapait sur les touches de son clavier avec son pied gauche, et pour me signifier que notre conversation devait s’arrêter, elle écrivait en riant à demain, je commence à fatiguer du pied.

Nous nous sommes vus en janvier, pour la première fois. Je me rongeais les sangs derrière la vitre d’une terrasse chauffée du quinzième arrondissement, je guettais le ballet des automobiles, il neigeait, l’alcool embuait déjà mes pensées, quand j’ai vu sortir son fauteuil du taxi, une Porsche Cayenne noire aux vitres aveuglées…. En dépit du brouillard, j’ai distingué tout de suite que c’était elle, et d’ailleurs, les quatre roues de sa petite voiture n’étaient pas encore posées sur le sol qu’elle me dévorait déjà des yeux tout en bougeant sa tête en rigolant, pour me dire bonjour.

Comment vous la décrire? Pour commencer elle n’a pas de bras. Plus exactement, elle n’est pas nantie de ce que l’on appelle couramment des bras. En lieu et place, le Très-Haut lui a mis des moignons très longs pour des moignons, des membres d’environ quinze centimètres qu’elle rabat sous son pull, l’hiver…. Comme, proportionnellement, elle a de très grosses miches, les deux avant- bras posés sur elles et sous la grosse laine donnent l’impression d’une espèce de femme-miche, et plus d’un gros cochon inscrit aux Beaux-Arts ou dans une quelconque école de cinéma l’a harcelée pour lui proposer d’en faire leur muse…. Plusieurs fois, il lui a même fallu qu’elle appelle la police pour qu’ils se contentent de regarder à distance, de cesser de la demander en mariage ou d’insister pour qu’elle tourne dans leurs films, comme elle me l’a appris par la suite.

Elle n’a pas non plus tout à fait des jambes. A droite, il n’y a rien qu’un morceau de peau qui pend, mais à gauche, il y a une cuisse, un genoux, un mollet et un pied….. C’est avec lui qu’elle tourne les pages de ses livres, surfe sur le web, tient sa fourchette, mange, et se gratte la tête…. C’est ça, qui impressionne vraiment les gens… Quand ils voient son gros orteil se lever pour appeler le garçon et quand surtout, ils le voit venir vers elle, ils balancent tous entre l’incrédulité, l’admiration et la volonté d’arrêter la vodka, ou pour le moins de ne plus commencer avant dix heures du matin.

Au premier instant, j’ai su que c’était la femme de ma vie. Au début nous cachions notre amour et j’allais la voir avant mes cours pour la coiffer et lui nettoyer la foufoune, avant de la placer devant sa fenêtre avec ses chips et son jokari…. Le soir, après l’école, je la sortais. On allait au restaurant chinois, et quand nous arrivions, le patron Vietnamien nous balançait avec son accent inimitable un retentissant Salut les amoureux, hi hi hi, qui nous mettait du baume au coeur…. Avec la distance, je me demande s’il ne se foutait pas un peu de nos deux gueules, ce japonais.

Il a fallu que je présente ma fiancée à mes parents, lesquels m’avaient eu jeunes, un soir d’égarement, et n’avaient en conséquence aucune différence d’âge avec ma poupée … Mon père était un militaire de carrière. Dans les deux années qui ont suivi, il m’a fait des misères monstrueuses, il m’a battu devant ma future femme en me traitant de dégénéré, il l’a poussée dans les escaliers avant de me suggérer sardoniquement d’aller la chercher, puisque je suis un homme, puis il a fait une dépression nerveuse et il est mort…. Deux ans, trois mois et sept jours après la première rencontre avec sa bru, et trois jours après ma majorité, pour être absolument exact.

Pour le coup, je viens d’hériter. Andréa et moi, nous allons nous marier en septembre. Nous venons d’acheter une maison dans le Finistère, avec mon argent… Nous devons être prudent dans nos investissements, car il nous faut verser encore un paquet de fric à Maître Grolard, le célèbre ténor du Barreau de Paris, celui qui nous a défendu quand mon papa a traîné ma future femme devant la justice pour détournement de mineur…. Il a pour le coup assuré magnifiquement, Grolard, en faisant rire devant les caméra du 20 heure avec des blagues selon lesquelles ma future femme ne m’avait certainement pas couru après.

Andréa et moi, on ne l’aime plus, Julia Roberts. Dans notre maison du Finistère, on surfe sur le forum des fans de Sophie Marceau.


Color-Blind

Récit — Article écrit par le 13 septembre 2010 à 10 h 08 min

Dans un de mes premiers boulots dans une énorme multinationale…j’avais hérité d’une chef…pas que cela me pose un problème fondamental, après tout les compétences et tout…on m’a lavé le cerveau avec depuis un moment déjà alors…j’étais plutôt optimiste, donc ma chef, genre d’ersatz d’avatar d’une des héroïnes de Sex & the city, mais vraiment moche…et bien sûr célibataire, ce qui lui pesait bien trop accentuant sa dépression…J’ai déjà expliqué ici et ailleurs le drame du célibat chez la jeune femme occidentale…je voulais plutôt revenir sur une conversation que nous eûmes les premiers temps…

Cette jeune femme était une française d’origine indienne ayant vécu un long moment à Madagascar…Cette jeune femme, m’expliquait donc – drapé dans son tailleur Mango, exhibant fièrement ses seins refaits comme elle montrait avec ostentation son dernier sac de marque – que la France était un pays foncièrement raciste…contrairement aux Etats-Unis – pays qu’elle connaissait bien pour avoir passé deux mois à New-York un été – qui eux étaient un pays, color-blind,  » où la couleur de peau, tu vois, et bien tous s’en foutent, on ne fait pas de différence entre noirs et blancs, asiatiques… ». Pour appuyer son propos, elle m’expliqua que lorsqu’elle était à Madagascar, l’ambassade de France donnait des directives quant à l’évacuation des populations françaises vivant sur place, et bien m’assura-t-elle, « Tu vois, les Blancs sont évacués, en premier, less métis ensuite et enfin les noirs…si ça c’est pas du racisme d’État, et bien je ne sais pas ce que c’est… ». Je ne voulais pas lui expliquer l’évidence, cela faisait pas une paire de semaines que j’étais là, la mesure et la prudence auraient dû m’inciter à abonder dans son sens et garder par-devers moi le raisonnement des types de  l’ambassade, mais non…Je lui expliquai doctement, donc que cette procédure relevait du simple bon sens et non d’un quelconque racisme d’état. Je lui dis donc que c’était normal que les Blancs soient évacués en premier, en cas d’émeutes, car un blanc au milieu d’une population noire était bien plus visible qu’un noir ou un métis au sein d’une population noire. Que cela était en général un des premiers tests de QI, où l’on demande cherchez l’intrus…et que l’on remarque facilement un mouton noir au sein d’un troupeau de moutons blancs et que pareillement on remarque davantage un mouton blanc au sein d’un troupeau de moutons noirs…

Elle ne comprit pas mon raisonnement, si pédagogique et didactique fut-il…elle me classa rapidement dans la case raciste, comme l’était l’État français…et nos relations devinrent rapidement très fraîches…si bien que je changeai rapidement d’air…

(PS: pour l’illustration, j’ai cherché une figure historique ou mythologique féminine aveugle…que je n’ai pas trouvée..si vous avez une idée…)


A la manière d’Anouilh

Récit — Article écrit par le 1 septembre 2010 à 11 h 13 min

- Mesdames et messieurs les jurés, qu’ajouter à l’excellente
plaidoirie
de mon confrère Maître Kid, avec lequel j’ai la charge de
défendre l’abruti congénital qui se fait quotidiennement le complice du
vivre-ensemble, de la disparition de l’homme blanc et du grand remplacement?

Peut-être ceci : l’homme libre, honnête et décidé à continuer d’appeler
un chat un chat, que propose-t-il implicitement à notre client, monsieur
l’abruti congénital?

(Il pointe son doigt en direction de son client l’abruti congénital.
Dans son box, celui-ci reste avachi, la tête baissée, mais son regard se
dirige vers son défenseur, Maître XP….)

- Implicitement, il lui propose de le rejoindre! Pire, il se livre à un
odieux chantage, en lui demandant de choisir : soit tu t’assumes en
lâche et en imbécile
, lui dit-il en substance, soit tu me suis, tu te
coupes de la communauté des hommes et tu renonces au patrimoine que toi
l’homme des foules, tu possèdes en indivision avec le reste de la foule…

Car en effet, quand l’homme de la masse annone les mots de la masse, il
ne s’agit peut-être pas de mots auxquels il croit dans les tréfonds de
son âme, mais en vérité, il est question de bien plus : il s’agit des
mots dans lesquels il habite… Ce ne sont pas  seulement de convictions, mais 
la seule chose qui est à lui, dont on le somme de se défaire…
Mieux, ces convictions vraies ou fausses qu’il défend en y croyant ou
en y croyant pas, ce sont elles qui lui donnent le droit de vivre paisiblement parmi
les siens, sa seule famille, ses compatriotes de la planète masse.

Si dans le fond, l’abruti congénital n’aime pas l’envahisseur qui finira
demain par lui prendre tout ou presque, dont les enfants vont
paisiblement  se substituer aux siens, s’il en a légitimement peur et si
sa présence suscite en lui de la colère, alors comment à fortiori
n’éprouverait-il pas du dégoût, de la peur et de la colère face à celui
qui le somme d’ouvrir les yeux et qui pour le coup, veut sur l’instant
tout lui prendre, le mettre à nu, le forcer à renoncer à sa quiétude, à
ses mots refuges, et à l’affection des siens? Pensez-vous qu’il peut continuer à vivre
sans tuer virtuellement le maître chanteur et sans se protéger de lui en
renforçant les digues que sont ses convictions, en cherchant  comme jamais des raisons d’y croire?

Plus l’homme de la foule sent qu’il a moralement tort de s’accrocher à
ses convictions, et plus il a de vraies raisons de les défendre….
Mieux encore, puisqu’alors il défend  sa vie et son bien, que
l’amoureux de la vérité se dresse devant lui en prédateur, plus il
mentira et plus ses mensonges auront des accents de vérité… Pour le
dire autrement, plus il mentira et moins il cessera de jouer…

C’est pourquoi, mesdames et messieurs je plaide moi aussi la pitié pour
l’abruti congénital adepte du vivre ensemble. Je propose qu’on le pende, mais par un seul pied, et qu’on le laisse faire ce qu’il veut avec l’autre.

(Il se retire et va s’asseoir auprès de Maitre Kid)


Fanny

Récit — Article écrit par le 26 août 2010 à 13 h 01 min

Le jour où j’ai eu dix-huit ans et dix-huit jours, pour marquer l’évènement, j’ai dépucelé sur une plage une allemande du Nord de quinze ans qui s’appelait Fanny….. C’était juste en face de la résidence présidentielle de Brégançon, et si ça se trouve, le Président Chirac nous regardait avec des jumelles et la bite à l’air. 

Je sais bien que ce n’est que moyennement crédible, une teutonne qui s’appelle dans les Fanny, mais enfin que voulez-vous, la vie est pleine à craquer de divines surprises et d’anecdotes qui foutent en l’air les statistiques…. Je dois être plus casanier que la moyenne, je ne me paye jamais des billets d’avion pour osculter le cul des vieilles amazoniennes ou regarder à la loupe les dentitions des chefs de tribus à plateaux de l’Amérique Centrale, mais j’ai pourtant rencontré en franchissant ma porte des gens littéralement extraordinaires, auxquels il suffit  de penser assis sur une chaise pour que surgisse le Fantastique….. Je ne crois pas que mon entourage est plus exotique que celui d’un autre, mais je pense en revanche que l’homme de la rue ne sait pas photographier…. Quand Robert Doisneau se promenait dans Paris avec l’appareil de monsieur tout le monde, il trouvait tous le soixante mètres des histoires d’amour tellement édifiantes et si belles qu’il n’avait rien d’autre à faire que d’appuyer sur ON pour que tout le monde comprenne…. C’est d’ailleurs pour ça que le vingt-et-unième siècle sera celui de la création artistique. D’Artagnan est mort avec Alexandre Dumas et ses histoires de chevaliers à la con, nous sommes entrés dans l’ère de la climatisation et des passages cloutés, les artistes devront désormais avoir bien du talent pour trouver de l’aventure et du féerique dans la chronique des faits et des jours, et ceux qui relèveront le gant auront fatalement bien plus de talent que leurs devanciers.

Le père de Fanny, c’était une espèce d’échappé du feuilleton Papa Schultz, un gros à moustaches qui a sillonné le village vacances trois jours dans le but de me casser la gueule et de m’apprendre qu’il ne faut pas toucher à ses filles, à fortiori quand on a un gros nez de latino-sémite, comme c’est mon cas… Notez que plus je prend de l’âge, et moins je lui en veux, à Papa Schultz. Plus je vieillis, et plus je suis enclin à penser qu’on ne rencontre que des matamores et des bidons percés, au sud de la Loire, que l’accent de Marseille agresse l’oreille de l’honnête homme et qu’il vaut mieux donner la main de sa fille à quelqu’un du Nord plutôt qu’à un latino-sémite ou un  arabo-nègre…. Au passage, le Général de Gaulle pensait comme moi. Pour signifier tout le mépris que lui inspirait le Tunisien Bourguiba, il disait à ses interlocuteurs qu’il aurait fait un excellent maire de Marseille… Pour être tout à fait précis, il a dit ça la première fois quand cet Arabe venait de s’agiter une heure devant lui et sur sa chaise, qu’il avait conclu en disant vous savez, Mon Général, dans ma jeunesse, j’ai fait du théâtre, et que l’autre l’a regardé de la tête aux pieds avant de lui répondre ça se voit… Il avait un premier ministre issu de sud le la Loire, le Général de Gaulle, et quand il était furibard contre lui, après lui avoir raccroché au nez, il imitait son accent auvergnat, du sud de la Loire, et l’appelait Pooommpppidou… Il évoquait alors l’auvergnat maquignon qui sommeillait dans son chef de gouvernement, l’Arabe rentré qui se cachait  derrière la paysan roublard et matois qui avait réussi en politique.

Fanny, elle était assez petite et sa démarche était maladroite. Quand elle se déplaçait et qu’on la regardait de loin, elle évoquait immanquablement une petite lionne pas sevrée qui ne sait pas encore mettre une jambe devant l’autre mais qui pourrait déjà vous arracher un bras sans se rendre compte de ce qu’elle fait… C’est la  Romy Schneider de la piscine, à laquelle je pense, quand je veux faire comprendre pourquoi le souvenir de cette fille me hante encore et toujours…. Mon Dieu que je suis con, j’aurais dû l’épouser.

A la fin des vacances,elle est venue en cachette de son père me dire au revoir, et elle pleurait. Entre nous, il y avait Marc, un Allemand qui est devenu l’un de mes meilleurs amis, qui a baisé Fanny sur la même plage et la même nuit, et je me demande encore pour qui elle pleurait, ce jour-là.

Marc, je l’ai vu la semaine dernière. Il était de passage.  Il a vidé mon frigidaire, bousillé ma boite mail et mangé à minuit, pour combler un creux, les andouillettes que je m’apprêtais à cuisiner le lendemain soir… En plus, il a laissé le portail de la résisence ouverte, alors que ni mes voisins ni moi ne rigolons avec la sécurité. Pour le coup, je l’ai presque foutu à la porte, ou pour le moins je lui ai fait comprendre que le temps a passé, que l’on a vieilli et  qu’il m’amuse  moins que dans notre jeunesse.

Mon Dieu, que ça m’emmerde de vieillir… la vie continue, certes, mais de plus en plus mal.


Monsieur Picard

Récit — Article écrit par le 24 août 2010 à 14 h 39 min
Si l’on me demande un jour de répondre au questionnaire de Proust, à la question pour quelle faute avez-vous le plus d’indulgence, je répondrais la paresse, et sans hésiter une seconde.

Paresseux, je le suis moi-même au point d’avoir très souvent l’envie de me battre à coups de casquette ou de me donner des coups de pied, travail dont je suis sûr que tout un tas de gens serait prêt à le faire gratuitement parce qu’en plus, je suis observateur et sardonique et qu’assis sur mon canapé, je vise souvent juste, quand je me moque des imbéciles…. Non contente de m’avoir fait un  cul plombé, la nature m’a doté d’un œil de lynx, que voulez-vous…

Je crois du reste que la paresse est le péché le plus universellement répandu en même temps que la cause la moins commentée parmi celles qui causent les catastrophes irréparables …. A l’origine des goulags, si l’on veut bien se donner la peine d’y réfléchir, il y certes des cris de  haine cachés derrière des déclarations d’amour à l’humanité, mais surtout la paresse de tous ceux qui observent et qui ont la flemme de faire le tour et d’aller voir derrière les déclarations d’amour…. C’est en vertu des mêmes raisons que l’Islam s’est propagé comme une flaque et que l’on n’a pas encore bombardé la Mecque comme les tenants de la chrétienté auraient pourtant la légitimité de le faire…. Le Christianisme et l’Islam ont en commun d’appartenir à ce qu’il est convenu d’appeler paresseusement la spiritualité, la religion, voire les religions du Livre, autant de concepts aussi creux que celui de boudin, quand il désigne paresseusement tout à la fois le boudin noir et le boudin blanc, et la métaphore marche aussi avec le chocolat noir et le chocolat blanc…. le chocolat noir, c’est du chocolat, le chocolat blanc n’est pas du chocolat. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la religion chrétienne est une religion, et la religion musulmane n’est pas une religion. Pour comprendre ce genre de choses, il faut se demander cinq minutes ce que veulent dire les mots boudin, chocolat, spiritualité et religion, s’enlever spirituellement les doigts du cul, affronter  la colère des feignasses qui  veulent que personne ne s’enlève les doigts du cul, se faire mal voir, enfin pour le dire d’un mot se donner de la peine.

La paresse a ceci de commode qu’elle constitue le vice le plus facile à dissimuler…. Le Président Georges Pompidou disait des paysans qu’ils sont des fainéants qui se lèvent tôt, et je regrette que personne ne se soit penché sur ce concept fondamental du fainéant qui se lève tôt, lequel est d’ailleurs le rigoureux corolaire de celui de l’intellectuel qui avale des connaissances pour ne pas avoir à les penser…. Les femmes de ménage aussi, sont des fainéantes qui se lèvent tôt… Si on les regarde attentivement, on se rend contre qu’elles passent dix minutes avec leurs balais et dix à s’admirer de passer le balai pour si peu d’argent, en balançant dans la foulée des saloperies sur tout l’immeuble ou sur tout le village.

Le personnage historique le plus emblématique de la race des paresseux, c’est sans doute Adolf  Hitler, dont même les rescapés des camps les plus remontés pensent que son aspect taciturne et solitaire cache un travailleur forcené, alors qu’après le déjeuner, le Führer s’endormait sur son canapé en regardant Derrick et qu’Eva Braun restait dans la cuisine pour suivre les feux de l’Amour…. Adolph Hitler avait d’ailleurs ordonné à Goebbels d’ interdire les disques de Tino Rossi sous le Reich au prétexte que ces roucoulements étaient latins, lascifs et décadents, mais  en vérité, il en avait marre que sa femme se passe ça en boucle dans le nid d’aigle.

Moi, je suis paresseux au point d’en avoir du talent, souvent…. A une époque, j’avais besoin d’argent et d’un travail, j’ai décroché un job d’agent immobilier dans une agence, et je peux témoigner depuis qu’il y a un Dieu dans le ciel qui veille jalousement sur les feignasses…. Après tout juste un mois de travail et ma deuxième vente, je suis tombé sur un client que nous appellerons par discrétion Monsieur Picard, qui devait vendre des dizaines d’appartements  dans les deux ans -il venait d’hériter et voulait  mettre tout son héritage en bourse- et qui m’a tout confié aveuglément…. Il faut dire que ce n’est pas facile à trouver, un type aussi rigoureux dans le travail que moi, auquel on peut expliquer qu’on doit négocier une succession difficile, qu’on est imposé sur les grandes fortunes, que les fonctionnaires sont des enculés de première catégorie tous autant qu’ils sont, que l’Etat est un mal nécessaire et que ce serait sympathique si une vente de 100 000 € pouvait se conclure à 85 000 plus 15000 dans une enveloppe… On ne peut pas demander ce genre de chose à n’importe qui, il faut tomber sur un gars comme moi, avec des convictions et une bonne mentalité…

Avec Picard, je n’ai jamais signé un seul contrat. Il me tutoyait et m’appelait p’tit, et j’aimais les moments où je lui tendais l’enveloppe des 15 000€, qu’il me répondait merci p’tit, et qu’il se payait le luxe de ne pas recompter devant moi…. Il poussait même le plaisir jusqu’à venir aux signatures chez le Notaire avec une heure de retard, cinq minutes avant la fin, en disant au Notaire je dois signer où? Je fais confiance au p’tit.

Très vite, j’ai connu toute sa famille. J’ai d’abord fait la connaissance du père qui venait de décéder et nous laisser ce joli pactole… C’était un monsieur très élégant qui, disait-on, avait fait fortune au marché noir pendant la guerre et qui avait ensuite construit  les boulevards haussmaniens de sa ville…. Un type d’une très grande intelligence, m’a-t’on dit, mais qui aux alentours de ses soixante-dix ans a pénétré dans un ascenseur défectueux qui était encore trois étages en dessous. Dans l’accident, il a laissé ses deux jambes, mais surtout une partie de sa tête…. Figurez-vous qu’après, il donnait des pans entiers de sa fortune à des noirs et des aveugles et que sa femme a même dû le mettre sous tutelle pour l’empêcher de faire le mal et de dépouiller sa famille.

Ensuite, dans un bar, j’ai rencontré la fille de Monsieur Picard, une jolie blonde de vingt ans dont je ne savais pas que c’était la fille de Monsieur Picard…. Dans ces mêmes années, pour que je règle les affaires courantes avec elle, Picard m’envoyait vers l’ancienne secrétaire de son père, une arménienne de soixante-dix ans qui par respect avait encore gardé dans l’arrière chambre de son bureau le lit où Monsieur Picard père l’avait honoré pendant vingt ans, en cachette de leurs conjoints respectifs….

Je connais  gens de toutes sortes….

 
Je connais gens de toutes sortes
Ils n’égalent pas leurs destins
Indécis comme feuilles mortes
Leurs yeux sont des feux mal éteints
Leurs coeurs bougent comme leurs portes
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