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Les 10 pires 31 décembre de ma vie
Récit — Article écrit par Vittorio le 29 décembre 2010 à 9 h 21 minParce que le réveillon de la saint Sylvestre est immanquablement le pire moment attendu de l’année, juste après le pot de noël de l’entreprise, sans alcool, ou votre anniversaire si vous avez plus de 30 ans et que vous êtes un homme, 22 pour une femme, en trouver dix lamentables n’est pas si compliqué. Non, ce qui l’est, c’est d’une part de s’en rappeler avec précision au travers les brumes de spiritueux et les méandres du refoulement honteux, ensuite et surtout de hiérarchiser le pire. En saisir véritablement les nuances, ce qui ne va pas forcément de soi. Ne pas se laisser envahir par ce sombre sentiment de répétition n’est d’ailleurs possible qu’en augmentant à chaque coup la dose de pathétique. C’est un exercice d’esthète.
Le monde est finalement bien fait.
31 décembre de l’an 1997. Un ami me convainc de monter à Paris, pour voir ce qu’est un 31 à Paris in the streets. Pour un jeune plouc de province, le plan semble aussi foireux qu’obligatoire. Les restos sont bondés, chers et mauvais. Les rues impraticables pleines de racailles et demi-putes avinées. Les douze coups sonnent alors que nous sommes près des Champs-Elysées. Devant moi une jolie blonde vomit et derrière un type ivre se fait bolosser. J’ai froid. Je suis fatigué. Il n’y a plus de taxis. Le métro est plein à craquer avec les odeurs correspondantes. Les trains aussi le lendemain matin. Je dors assis par terre près des toilettes dans le Paris-Nevers.
An 1983. Mon premier 31. J’ai quatre ans. A 23h36 je descends dans le salon, avec mon doudou, parce que je ne dors pas à cause de la musique. Ce sont mes parents qui font une soirée à la maison. Ils sont trop saouls pour s’apercevoir ou s’émouvoir du fait que je sois levé à heure pareille. Eux et leurs amis gesticulent dans tous les sens, parlent et rient fort, sont rouges et luisants. Je découvre ce qu’est le monde adulte lorsque les enfants sont totalement oubliés. C’est effrayant. Je fais la connaissance de ce sentiment d’abjection que provoque la claire vision de l’inéluctable déclin de l’âge, une espèce de weltanschauung précoce. Impuissant à changer le monde, j’entame une légère régression en suçant mon pouce, puis remonte me coucher et relis d’un œil moins critique mon album d’images concernant l’amitié entre un ourson et une abeille .
An 2001. Après un court passage chez mémé, je redescends dans cette charmante ville de province dans laquelle je fais mes études. Réveillon dans le milieu étudiant, donc. Il y a des filles, l’alcool coule à flot, l’appartement-une colocation où je n’habite pas et dont je n’ai pas à me soucier de la propreté- est grand, chaleureux et confortable. Même la musique est bonne. Des joints tournent. J’abuse de tout et, vers 2h 33, juste avant que je ne m’ apprête à proposer de raccompagner la fille qui m’a roulé un patin 15 minutes plus tôt, je fais un tour aux toilettes. J’ai ensuite ce qu’on appelle un trou noir. Je me réveillerai dans la baignoire de mes hôtes festifs le lendemain matin, avec une légère angoisse et des effluves diverses émanant de mes propres vêtements.
An 2002. Je suis grand. Je suis clean. J’ai une copine, A, depuis plus de quatre mois. Une copine présentable. Le 31 on ne se retourne plus la tête. On fait du ski la journée, on rentre tôt et on prépare un vrai dîner pour une douzaine de personnes matures et habillées pour l’occasion. Ensuite on fait une after chez des amis dans la même situation. Vers deux heures du mat, au sommet de cette lucidité alcoolique et euphorique lorsque tout va au mieux, alors que je tiens mon amie dans mes bras et que Sunday Bloody Sunday passe à fond dans la chaine, B, une jolie brune, me fait de l’œil. Je constate que je suis trop jeune pour mourir et décide de larguer A. Ce que je fis la nuit même. Le lendemain, j’étais seul, avec tout de même une gueule de bois. Un état qui ne m’a quasiment pas quitté de l’année entamée.
An 1995. J’ai 16 ans. Soirée dans une salle municipale louée par deux filles qui fêtent leur anniversaire en même temps que la nouvelle année. Je suis très amoureux de l’une d’elle : S. S a mis une robe et s’est maquillée et est sublime. Je bois trop pour la première fois de ma vie. Je me sens mal et m’assieds sur une de ces chaises alignées le long du mur. S vient me voir, s’accroupit devant moi et me demande si je vais bien en posant sa main sur la mienne. Il fait sombre mais ses longs cheveux châtains reflètent les spots rouges et bleus, alors qu’elle me répète sa question pour couvrir Time of my life - dansé à cette époque comme un slow-je suis hypnotisé par ses lèvres. Je réponds oui et souris bêtement. Un garçon plus âgé arrive et lui propose de danser. Elle accepte. Je n’arrive pas à les quitter des yeux et la chanson semble être aussi interminable que leur baiser.
An 2003. Boutchiboutchiboutchi-bibibibi-boutchiboutchiboutchibou… Il est minuit vingt-cinq. Je suis célibataire. Dans une boite. Je veux pécho. Je bois. Je pécho. Je roule des pelles. Je suis vénère. Je branche toutes les filles. Un type n’apprécie pas. Je finis explosé dans la rue par les videurs racistes qui manifestement ne comprennent ni le deuxième ni le premier degré.
En fait, pas si mal. Je devrais le retirer de la liste.
An 2000. Avec trois amis mâles dont certains sont en couple, nous décidons de faire une soirée orgiaque entre couilles. Ce qui signifie très vulgairement : alcool, herbe de qualité, ligne de coke, boite branchée parisienne. Tout est parfait. Même, à l’aller, cet ami qui ressort de la rame de métro à l’arrêt, du début de la ligne, bondée, pour aller vomir sur le quai sous les cris de deux cents touristes italiens hilares et chauffés à blanc. La boite est idéale. Un mélange de vulgaire et de branchouille de l’époque Pigalle-90′s. On a une table. A cette époque, on peut fumer. Les filles sont superbes. La musique idéalement merdique. Je baigne dans le beat comme un connard. Le succès est au rendez-vous. Je galoche une superbe brésilienne en robe très très courte qui accompagne des types louches qui parlent russe, sans avoir échangé un mot avec elle. Elle joue avec ça et semble provoquer son ami mafieux dont je me demande s’il a une arme sur lui, qui la cherche des yeux, affalé derrière sa table pleine de bouteilles de Roederer à moitié vides et de restes de coke prise devant tout le monde dans l’indifférence générale. Le lendemain, un ami m’assurera que la fille était un travelo et son mec un mac.
An 2004. Maison de campagne, un manoir pour être exact, en Normandie. A part moi, tout le monde est venu en couple. Certains avec enfants. On passe la première partie de la soirée à me plaindre à demi-mot puis la seconde à se plaindre de la charge que constitue le fait d’avoir des enfants, avec moult détails, comme le problème des places en crèche, que l’absorption d’alcool ne semble nullement relativiser. Mais je parviens à sombrer dans une agréable torpeur, au moins on ne parle pas de politique. Certaines personnes ont été croisées les années précédentes, c’est dingue comme elles ont vieilli. J’ai mal pour elles. Une mère, de deux enfants de trois hommes différents, si j’ai bien compris, éclate en sanglots lorsque je lui demande si elle est heureuse, sans arrière-pensées. Son dernier compagnon en date me fusille des yeux tout en la réconfortant. A minuit j’ai envie de dormir. A une heure, je suis couché et un type ronfle très fort dans la pièce d’à côté. Je me dis qu’il faut que je change quelque chose dans ma vie. Au petit matin, lorsque les ronflements cessent, je n’ai toujours pas trouvé quoi.
An 2009. Chez moi avec des amis. Je suis avec M, une fille jolie, enjouée, docile. En un mot : parfaite. Je gagne bien ma vie sans être dégouté du travail. C’est simple, mon quotidien ressemble à une publicité, une publicité pour des assurances. C’est à ça que je pense. Je pourrai tout perdre. Je n’ai aucune garantie. Je commence à être odieux : j’humilie ma compagne, je dis à mes amis ce que je pense d’eux. Je tente l’expérience. Je teste leurs limites. Qui étaient bien minces. J’en étais sûr.
An 2010. Parce que ce qui n’a pas encore eu lieu me stresse déjà. Cette liste, loin de me confirmer que je ne risque plus rien, me prouve bien au contraire que je suis un petit joueur pataugeant dans des marécages de banalité. Pour remédier enfin à cette pénible fatalité du 31, je décide cette fois de tout faire foirer de manière minutieusement préméditée. J’envisage déjà de me déguiser en clown et lis les modes de fabrication de bombes artisanales sur le net.
A moins que.
A moins que je n’opte pour la méthode dure, l’ultima ratio : être heureux. Et le faire savoir. Bruyamment. Ostensiblement. Preuves à l’appui. Oui je sais, c’est dégueulasse, je vais peut-être un peu loin, je ne devrais pas écrire ça sur le net, des personnes fragiles et influençables nous lisent, bla, bla, bla… Mais on n’a pas trouvé mieux pour foutre définitivement en l’air le 31 des autres. Même les plus optimisto-festifs. Alors, la masse, vous pensez. Ouaip. Moi je vous le dis : je vais en pousser plus d’un au vodka-valium. Ça va être un carnage. J’espère pour vous qu’on ne va pas se croiser.
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Récit — Article écrit par Cherea le 9 décembre 2010 à 12 h 23 min« T’es prêt, Cherea » criait-elle, à travers tout l’appart’, encore à se faire belle, voulant à tout prix gagner la compétition de la pouliche la mieux sapée, parfumée, maquillée de la soirée. Il y aurait trois autres candidates à ce titre officieux. Quasiment une plombe que j’étais prêt, zappant la télé tout en surfant sur le net, à lire les dernières bilets d’ILYS et toute une autre liasse de sites internet, beaucoup traitaient d’économie et d’internet.
- Ça fait une heure que je suis prêt, je n’attends que toi.
- Et bien va acheter un truc, une bouteille de vin ou de champagne, me répondit-elle.
Sûrement que j’allais leur acheter une bonne bouteille, la dernière fois que j’avais agi de la sorte, ils l’avaient remisé par devers eux, une bouteille que j’avais payée 30 € chez Nicolas. Ils ne l’avaient même pas débouché. J’optais pour des fleurs achetées chez l’arabe du coin, un bouquet sans charme mais certainement pas moche.
Ma régulière fit un peu la tronche à la vue des fleurs que j’avais achetées, et devant mon impassibilité, déposa les armes. Dans l’ascenseur, elle me rappela quelques règles de bienséance…
- Alors, tu ne bois pas trop et puis tu ne parles pas du conflit au Moyen-Orient, ni de politique, ni d’argent et surtout pas de football…Tu as bien compris?? me fit-elle en redressant une dernière fois le col de ma chemise.
- Et je peux parler cul?
- Tu m’as bien compris, tu ne parles d’aucun sujet qui fâche…
- Ok, je ne lancerai pas les hostilités, mais si on me provoque, sache que je relèverai le soufflet…
Elle souffla, renonça à commenter ma dernière répartie puis sonna à la porte.
Pour l’instant tout se passait bien, aucun souci majeur…faut dire que je venais à peine de poser mon manteau et de saluer la maîtresse de maison. J’entrai dans le salon, ils avaient un verre à la main, me servirent du vin que j’acceptai. Nous nous saluâmes. Le maître de maison était pieds nus et me dit que si je le désirai, je pouvais faire de même. Je ne répondis pas à son invitation. Il m’expliqua que son vin était un vin bio qui venait tout droit du Chili et que lui avait conseillé son caviste habituel et qu’il y avait un label écolo. Elle me regarda avec ses gros yeux. Je me mordis les lèvres pour ne pas lui expliquer que c’était débile de faire venir un pinard de l’autre bout du monde pour avoir une étiquette écolo. On me servit un deuxième verre, d’un Bordeaux bien de chez nous cette fois. La discussion tutoyait des sommets de superficialité et de platitude, ce qui ne pouvait que ravir mon adorée. On passa enfin à table.
Je sentais qu’on allait enfin causer de sujets plus sérieux où je pourrais enfin m’exprimer surtout après le troisième verre.
- Non, mais tu sais, j’ai grand espoir qu’Obama réussisse à faire la paix au Proche-Orient, après tout, ce n’est pas pour rien qu’il a obtenu le prix Nobel de la paix, dit invité nº1.
- Oui, c’est sûr, il est temps qu’il mette la pression sur Israël et sur cette armée qui ne respecte aucune des conventions de Genève, rebondit celui qui nous recevait.
Ma chérie me lança un regard suppliant, presque plaintif. Je l’ignorai superbement.
- Tu peux me rappeler ce qu’il y dans la convention de Genève, en quoi ça consiste concrètement parce que moi j’en sais rien. J’entends toujours les conventions de Genève, mais il y a quoi dedans, rebondis-je.
- Ben, tu sais bien, c’est les règles de la guerre, tenta un peu surpris, celui qui nous recevait…
- Ah oui, il y a quoi dedans, tu dois faire la guerre sans armes, tu ne dois pas tuer…les gens.
- Bon écoute, ce que je dis, c’est que Obama va essayer de mettre de l’ordre et contraindre Israël à négocier, fit invité 1.
- Négocier quoi? Faut que tu piges un truc, c’est qu’il n’y pas de négociation possible quand des peuples et des États veulent la disparition d’un autre. Tu ne négocies pas ta propre survie.
- Mais qu’est-ce que tu racontes? fit celui qui nous recevait.
- Que le Hamas, le Hezbollah et cie…veulent tout simplement détruire Israël mais qu’ils ne le peuvent pas car ils n’ont pas les moyens militaires et technologiques alors qu’Israël a les moyens militaires et technologiques de détruire des États ennemis et ne le fait pas. Elle est de quel côté maintenant la raison.
Un long silence ponctua mon monologue. Nous revînmes à des sujets plus consensuels.
- Tu sais que Théo a intégré l’équipe de foot des poussins, fit invité nº1. Il joue en équipe première…
- Bien, répondis-je, et il joue quel poste?
- Il est attaquant, il marque beaucoup de buts et il forme une très belle paire avec Oussama.
- Avec qui? Répondis-je, interloqué.
- Avec Oussama, répéta-t-il, c’est le deuxième attaquant.
- C’est une blague, fis-je?
- Non, pas du tout, dit-il sans comprendre ou je voulais en venir.
- Rassure-moi, dis-je, ton fils, il joue en poussins, il doit avoir 8 ans, donc son copain Oussama, aussi fis-je.
- Tout à fait, et qu’est-ce qui te surprend là-dedans?? demanda-t-il sincèrement étonné par mes questions.
- Rien du tout, à part que des parents appellent leur gamin Oussama…
- Et pourquoi cela?
- Quand je te dis Oussama, qu’est-ce qui te vient tout de suite à l’esprit…
- Ben Laden, fit-il, de but en blanc sans toujours capter de quoi je lui causai…
- Et toi tu trouves ça parfaitement normal que des parents appellent leur gamin Oussama à peine un an après le 11 septembre, que ces gens-là qui vivent en Occident nomme leur môme d’après le chef de celui qui a déclaré la guerre à l’Occident…ou ce sont des gens qui par idéologie partagent le combat de Ben Laden ou bien ils sont complètement cons…
- Tu vas loin, là, c’est juste un prénom.
- Pas dut tout, si tu avais eu un gamin dans les années 50 en France ou en Israël, est-ce qu’il te serait venu à l’idée de l’appeler Adolphe, après tout c’est qu’un prénom aussi….
Winona et moi (II/II)
Récit — Article écrit par Vittorio le 26 novembre 2010 à 16 h 04 minIl faut avouer que je n’utilise pas Facebook. Je veux dire : pas sous mon vrai nom. Pas de chance que des succubes de mon chaotique passé ne me recontactent, où ne s’informent à mon sujet par ce biais. C’est même fait pour éviter ça. Et pourtant ça arrive. Je me sens comme un footballeur pendant une conférence de presse en sortie de mondial pathétique : il y a un traitre parmi nous. Une saloperie de balance. Et ce n’est pas mon jeu qui a merdé, c’est le félon caché dans le staff technique.
Je n’ai même pas besoin de chercher, c’est lui qui me contacte « Hey tu connais une X par hasard ? », le ton goguenard « oui » , « Hey, elle m’a contacté sur Facebook, je lui ai filé ton numéro » « tu aurais pu me demander quand même, merde ! » « elle avait l’air bonne sur la photo, j’ai pas pensé que ça te dérangerait » « Ne pense pas. NE PENSE PLUS. Si je ne me suis pas inscrit sur ce site de merde avec mon vrai nom c’est qu’il y a bien une putain de raison bordel ! Des dizaines de raisons, parfaitement ! Je ne vais pas t’en faire la liste, mais c’est véritable réquisitoire en faveur d’une juste misanthropie en béton, pour l’oubli définitif de toute forme de vie sociale infantile, et, bien évidemment, prônant un anonymat sur ses gardes digne d’un bunker normand ensablé, mais avec tes conneries c’est entre la ligne Maginot et le Titanic comme métaphore parce qu’apparemment aujourd’hui, il ne suffit plus de tenir à distance des inopportuns dont on se demande toujours pour quel sacré putain d’enculé de motif ils chercheraient à avoir de tes nouvelles, si ce ne n’est OUI OOOH OUI nous le savons tous pourquoi et c’est toute la dégueulasserie en 4 par 3 des existences atomisées et néanmoins collectives qui s’affiche là sans complexes dans notre odieux monde libéral-libertaire n’est-ce pas ? les sourds reniflements des lémures à iPhone qui batifolent ça et là pour s’assurer, OUI : S’AS-SU-RER, qu’on est bien aussi mort qu’eux et BIEN EVIDEMMENT il ne faut pas leur faire de peine à ces petits choux désormais, oh mon dieu comme c’est vulgaire mais je vais le dire parce que ça ne choque plus personne d’étaler son âge comme on compte ses points de retraite pour mieux s’expurger du temps perdu passé et à venir : TREN-TE-NAI-RES ….Bonne comment ? »
Bref, c’était bien la X à laquelle je pensais. Appelons là Winona. Oui, comme Winona Ryder. Déjà parce qu’elle ressemblait à Winona Ryder, yeux de biche sur frimousse innocente et lèvres hautement désirables, mais surtout parce qu’elle m’avait taillé une pipe, à ma grande et heureuse surprise-elle était plutôt d’un milieu très bcbg (je sais que ça n’a absolument plus rien de contradictoire aujourd’hui, mais à l’époque, si, dans mon esprit)- pendant une séance de cinéma, alors qu’on était allé voir un film, une comédie romantique sans intérêt, enfin, a priori, avec… Winona Ryder. Et ce, pile poil au moment le plus imparablement lacrymal du film, celui où le vieux beau séducteur abandonne sans regrets son ardent désir sexuel pour l’innocente jeune fille et le remplace par une fantastique passion désespérée lorsqu’elle lui avoue qu’elle a une maladie du cœur et qu’elle va bientôt crever. J’avais éjaculé dans sa bouche, notre rangée était vide, en maudissant les vieux beaux et en espérant que les gens devant et derrière nous allaient prendre mon râle étouffé pour un sanglot de jeune mâle qui affiche enfin sa part féminine sans honte en présence de sa jeune amie devant une scène d’une intensité inouïe de merveilleux amour platonique.
Non, Winona, je ne t’ai pas oubliée.
Un, parce que ça ne m’arrive pas souvent qu’on me taille une pipe au cinéma, je dois malheureusement le confesser, deux, parce que j’avais 20 ans à l’époque et que cette petite fellation en abîme m’avait propulsé par la grande porte dans le monde viril et burné des mecs qui se font tailler des pipes dans des endroits publics par des sosies chics de Winona Ryder et ça, ça déchirait. Pendant des semaines, je me suis fait l’impression d’être un fauve lâché dans des rues pleines d’agnelles, dégageant nuages de phéromones capables à eux seuls de faire reculer un cortège de légionnaires fraîchement revenus du front et tomber tout se qui ressemblait de près ou de loin à une femelle, toutes espèces confondues. Bref, je connaissais la vie.
Mais Winona était aussi très déterminée. Prévisible pour tout dire et dans un tout autre registre que celui de l’exhibitionnisme. J’aurais préféré à l’époque, et même apprécié, en terme de particularité constitutive de son être érotique, qu’elle fut aussi kleptomane, par exemple, comme la vraie. Mais non, elle avait vulgairement et bourgeoisement le très clair désir qu’on habite ensemble, et ce seulement au bout de quelques semaines merveilleusement insouciantes. Tiens, je m’en rappelle, ça aussi elle me l’avait sorti au téléphone, déjà avec sa petite voix frétillante « héé, au fait, pour mon stage de trois mois, j’ai trouvé une boite à côté de chez toi, et j’ai pensé, je pourrai habiter chez toi, non ? Ça serait bien ! ». Ça avait capoté parce que moi j’avais réussi à trouver un stage beaucoup plus loin comme c’est dommage. Bons réflexes déjà, mais avec de forts coûts en temps et en fatigue. Je l’avais donc quittée peu après, selon la méthode éprouvée des trois rendez-vous manqués pour faute de temps, de charge de travail, et voix lassée au téléphone, puis de conclusion sur le ton de la maturité entendue qu’il valait mieux qu’on arrête là. On s’était téléphoné un peu ensuite, deux-trois fois, revus une fois, on avait fini au lit mais là encore avec l’assurance de vieux routiers de l’expérience amoureuse qui ne se font pas d’illusions, n’est-ce pas ?
Ça y est. Je tape son nom sur Google. W-I-N-O-N-A. Allons-y encore une fois à fond dans le délire, on est plus à ça près hein mon vieux.
Enter.
Une liste de sa faculté de droit sans intérêt, son compte Facebook. Une photo de la taille d’un timbre-post disponible, donc, mais suffisamment détaillée. Bien. Très bien. Trop bien. Elle a les cheveux mi-longs ondulés, un léger maquillage tout à fait adéquat, porte un chemisier noir ouvert juste ce qu’il faut. Ça y est j’ai des papillons dans l’estomac, à mon âge, c’est-y pas mignon ? Elle arbore un sourire troublant mais naturel. Toujours l’air mutin de celle qui sait attendre l’Homme. Et puis un site.
Tiens ?
Un cabinet d’avocat. Son cabinet d’avocats. Elle et une autre fille, une camarade de fac probablement. Un truc assez dingue, du genre Winona&Ryder associées, Avocates à la Cour, Barreau de Nanterre. J’ai beau ricaner devant le côté série américaine, je suis bluffé. C’est tout à fait sérieux. Très très pro. La working girl. Qui doit brasser, adresse du bureau dans les beaux quartiers. Spécialisées dans le droit de la famille, divorce, droit pénal…Une grande photo, de trois quart avant, en toge. Sérieuse, concernée. Implacable. Sexy. Elles ont écrit des articles. Elle a écrit des articles. Des trucs de fond sur des sujets d’actualité. Signé Maître Winona. Je lis le plus récent « du projet de loi européen sur l’allongement de la durée minimal du congé maternité à vingt semaines». Un violent plébiscite du projet, en réalité, dont elle ne regrette seulement qu’il n’aille pas assez loin, comme chez nos amis norvégiens, chez qui la durée atteint 85 semaines contre 16 à l’heure actuelle en France, et qui oblige là-bas le papa à en prendre la moitié, signe qu’il y a encore de nombreux tabous à déboulonner dans nos vieux pays latins. Il y une photo de l’hémicycle strasbourgeois, des petits ballons bleus et roses avec des bambins hilares dessinés dessus sont accrochés devant les sièges de nombreux eurodéputés.
J’enregistre son numéro dans la mémoire de mon portable. Sous le nom congématernité. On n’est jamais trop prudent.
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Récit — Article écrit par Vittorio le 26 novembre 2010 à 2 h 17 minBzz…Bzz…Bzz fait le gros insecte qui s’illumine à côté de moi sur le bureau alors que je surfe gentiment sur internet.
Numéro en 06 inconnu. Allo ? Il Sorpasssooooo ?! me hurle une femme manifestement hystérique à travers mon Motorola vintage, comme si une vieille connaissance estudiantine refoulée me croisait par hasard dans une rue bondée et me faisait sursauter rien qu’aux souvenirs liés aux tonalités de sa voix.
C’est la panique. J’écarte rapidement mon oreille de l’appareil, le dirige le plus loin possible en tendant le bras, j’entends encore des minuscules « allo ? allo ! » grésillants et hargneux. Ça ne me dit rien de bon. Je réfléchis à toutes vitesses. Je retiens ma respiration. Dois-je, encore une fois, interrompre le flux tendu de mon existence en répondant aux appels de l’inconnu et de l’aventure ? Résumons à une vitesse quantique : ça ne peut pas être la folle numéro 1, j’ai enregistré son numéro sous le doux nom « nepasrépondre », la givrée numéro 2 elle-celle dont je vous ai déjà parlé-, n’a heureusement jamais eu mon numéro et la cinglée numéro 3 a dû depuis longtemps se trouver une autre victime sur laquelle projeter l’image obsédante de son père qui l’ignorait avec une constance jamais démentie même et surtout lorsqu’elle ramenait ses dessins de l’école primaire au bas desquels elle avait maladroitement écrit « pour mon papa que j’aime à la folie ». OK, ça ce sont les vieux dossiers.
Dans le rayon frais, ce n’est pas non plus la voix de la serveuse masochiste croisée pendant mes vacances en Bretagne, qui mériterait un texte à elle seule, ni de la folle du cul bourrée qui faisait de l’humanitaire rencontrée à l’une des soirées d’anniversaire des trente de la copine de ….qui, déjà ? Pfouuu, on s’en fout. Ça ne peut pas être non plus une des rares filles normales de mon maigre répertoire qui aurait changé de numéro, elle n’aurait pas ce ton allumé de la fille-qui-appelle-pour-prendre-des-news-depuis-la-dernière-fois-etsinont’esmarié ? En tout cas, je ne peux pas prendre le risque. J’entends le décompte crescendo de la série 24h. Je raccroche fébrilement en manquant trois fois de rater le bon petit bouton avec mon gros pouce, comme si je désamorçais une bombe dans un film à la con. J’ai le cœur qui bat, mais j’ai au moins eut le réflexe de ne pas émettre le moindre son. Je m’améliore. Je laisse enfin l’air pénétrer mes poumons qui en ont bien besoin.
Tout cela a duré quatre secondes.
Reprenons les investigations mémorielles, parce qu’on ne va pas se laisser emmerder par des conneries pareilles, hein ? La voix me rappelle vaguement quelqu’un. Mais c’est vieux. Dix ans au moins. Une main sur la bouche, je tapote nerveusement le coin de mon ordi de l’autre, devant google qui semble me narguer : vas-y mec ! mais tu sais ce que c’est de fouiller le passé ! et tu risques de laisser des traces, ou te t’embrouiller si jamais il t’arriveras de lui répondre ! Comment parviendras-tu à expliquer le fait que tu saches plus ou moins où elle habites, ce qu’elle fait désormais, et, et là ce sera au son de ta voix qu’elle flairera ton intérêt, si tu as intercepté une photo récente d’elle où elle apparaît sous un jour qui te laissera sur le cul devant l’énormité de la bombe sexuelle qu’elle est devenue, ou qu’elle est restée, soyons honnête à défaut d’être modeste.
Oui parce que c’est forcément une fille avec laquelle tu as couché. Le faux détachement étonné et néanmoins imperceptiblement langoureux avec lequel elle a prononcé ton prénom ne trompe pas. C’est même une fille avec laquelle tu as dû couché sur une période assez longue, le genre de période qui laisse suffisamment de souvenirs pour lui laisser imaginer qu’elle est en droit de me rappeler sans passer pour une désespérée. C’est cela aussi cette intonation de fausse surprise, comme si c’était moi qui rappelait, hein, au fond. Mais oui tout à fait c’est un hasard ! Une coïncidence presque ! Elle aurait prétexté qu’elle avait retrouvé des photos en rangeant son studio, ou qu’elle a croisé une vieille connaissance commune et puis voilà, de fait, comme ça elle téléphone, allons-y ! Soyons fous ! On n’est plus des gosses, ah ah ah, on peut s’autoriser à se donner des nouvelles réciproques sans pour autant se remémorer de manière quasi-automatique et silencieuse les acrobaties au pieu, ou ailleurs, non non non, il faudrait avoir vraiment l’esprit dérangé pour laisser des vieux stimuli pornographiques poussiéreux recouvrir cette tendre maturation de l’adulte trentenaire qui s’enquiert de ce qui a été oui, une relation certes, mais, comme toutes les relations interrompues, au fond, une amitié avant tout.
Il faut vraiment trainer une ridicule obsession masculine, touchante oui pourquoi pas, mais tellement dépassée, pour voir resurgir avec une étonnante précision la douceur de sa bouche avalante, l’odeur poivrée de son entrejambe moite, ou l’impressionnante torsion de son visage au sommet du plaisir alors qu’elle, baigne, bien que branchée sur l’immédiat présent, dans un océan d’altruisme pré-fêtes de Noël dont les limpides courants l’entrainent sur les douces côtes de la bienveillante réminiscence de ton être quasi-asexué par l’érosion des ans.
Voilà le tableau. Il n’est pas très original mais il possède l’ironie de la répétition. La bonne vieille grosse pièce, montée, le gâteau de mariage de la bouffonnerie romantique et du flicage internet, la tarte à la crème des relations périmées à payer avec intérêts. Acte deux, scène trois. Oui. Voilà. Entre l’ancien amant par l’entrée dite du monde 2.0. Il n’a rien demandé, on l’a sonné, sifflé, bipé, emailé, poké, éssemessé, il se demande un peu ce qu’il fout là au milieu de la scène, les projecteurs dans les yeux, avec son téléphone portable, ce bracelet électronique à usage des ex-maitresses en mal de rajeunissement narcissique à peu de frais, mais à ceci près qu’il veille lui à ce que le pauvre mâle forcément paumé ne s’éloigne pas trop des souvenirs envapés de ces dames plus très jeunes et pas encore mûres. On l’observe, on attend qu’il se décoince, on sait déjà qu’on va rire un peu, c’est entendu, c’est même pour ça qu’on a payé son ticket, pour ne pas être pris au dépourvu. Chacun à sa place et le monde en ressortira meilleur. Il a bien un peu l’air niais, comme ça, l’ancien petit copain, pris au dépourvu. Il bafouille mais surtout il croit comprendre, il se hisse ! Le fou ! On le corrige, il se trompe, c’est une méprise ! Il croit qu’il tient là un rôle important, flatteur ? Quiproquo ! Gêne ! Rebuffade féminine ! Ricanements dans la salle ! On lui explique avec tendresse, c’est un petit garçon, un cousin, un frère même, l’idiot de la famille presque. Il regarde à droite à gauche, il comprend enfin ! On s’esclaffe ! Hilarité maximum ! La partie en jupons sourit tendrement. Ça jouit un peu, mais pas assez, jamais assez. On le sent tiraillé, attisé par la curiosité, sonné, maintenant complètement hypnotisé par cette apparente sublime maitresse langoureusement étendue sur une méridienne Empire. Bien plus âgée que lui, petit bonhomme désormais. Était-ce la même qui partageait sa couche mais oui ! Et lui ? Il n’a pas grandi évidemment. Régressé même. Complètement inoffensif, s’il se voyait. Il essaye dans un sursaut de fierté de faire l’étalage de son parcours, il cherche des médailles, des titres, des batailles, des cicatrices. Un harem, pourquoi pas ? On n’entend qu’émouvantes banalités, gentilles bravades, parades puériles. Démonstration laborieuse. Liste pathétique. Il a épuisé son texte et ses recours, il s’est fait avoir comme prévu, il rend les armes, honteux, on le congédie d’un clic, d’un bip, d’un slouch, d’un plurp, d’un floung, d’un bzz. Applaudissements approbateurs, enthousiastes mais concernés, clôturant le passage obligé ; on peut s’en retourner aux tourments combien plus sérieux de la future génitrice en errance.
…à suivre…
Le sens du combat
Récit — Article écrit par Cherea le 22 novembre 2010 à 2 h 24 minJ’aime bien la confrontation d’une manière générale, mais uniquement dans certaines conditions, telles que les règles du Marquis de Queensberry. En effet, je ne rechigne pas à monter sur un ring de boxe de temps à autre, je sais les parties de mon corps qui théoriquement ne seront pas martyrisées, ou bien effectuer un match de foot, 5 contre 5 ou 11 contre 11. C’est le sens naturel de la compétition, on définit un code d’honneur les combattants s’engagent à les respecter, on définit un cadre. Le cadre est ce qu’il y a de plus important. C’est ce qui définit le sens du combat et lui donne une cohérence, un vainqueur et un vaincu. Le cadre, le code de l’honneur, c’est la propriété privée des choses immatérielles.
Depuis vendredi dernier, l’url www.ilikeyourstyle.net, là où vous aviez l’habitude de lire la prose des différents contributeurs n’est plus accessible. Simple problème technique, le problème perdure…depuis maintenant cinq jours sans que les spécialistes maison n’arrivent à bout de cette avarie technique.
Blog d’élite, dominateur et sûr de lui-même, personne n’a songé à vous informer de ce qui se passait…nous ne sommes pas le vulgaire CRM d’une quelconque entreprise privée…nous publions à notre guise, aucune ligne éditoriale, et le faisons pour satisfaire notre simple ego déjà tout boursouflé, en tout cas pour ma part.
Ce matin, je voulais aller faire un tour sur fdesouche.com et vit que le site était down…bon pas bien grave pensais-je, puis je vis se répandre sur la toile, la nouvelle, le site était vraiment niqué…un blog de secours avait été mis en place, comme pour nous. Puis lisant un tweet puis un autre, je vis que quelques articles parlaient de cette curieuse coïncidence qui en quelques jours avait vu deux sites, purement et simplement débranchés de la toile. Ici, là ou encore là.
Je n’ai pas vraiment d’informations et je me plie à la règle de la force de la preuve. Néanmoins, pour revenir au début de mon article, j’expliquais que la confrontation ne me fait pas peur, tant qu’elle se déroule dans les règles de l’art, dans le cadre du débat, lorsqu’on parle d’idées. Apparemment, certains auraient oublié ces simples règles de savoir-vivre et de vivre-ensemble, selon un vocabulaire bien connu et bien utilisé par certains qui ont leurs idées, moi les miennes et d’autres encore les leurs…Force et honneur, pouvait-on entendre dans Gladiator…si certains ont de la force, de la ressource, souvent financée par des subventions publiques, vous, moi…ils manqueraient d’honneur.
Lègue
Récit — Article écrit par caroline le 19 octobre 2010 à 14 h 16 minLorsque vous habitez la campagne et que vous soignez une petite grippe, vous allez parfois ramasser des chats écrasés.
Une voisine vient vous trouver: « Serait-il à toi, ce chat qui n’est plus, là-bas, sur la route, juste un peu plus loin? Mon mari l’a vu. Il ressemble au tien, ce chat ».
Alors vous y allez.
Le chat git inerte et sanglant sur le bitume, au milieu de la chaussée.
Il n’est plus, effectivement, et d’ailleurs il n’ a jamais été votre, c’est une bonne chose.
Le votre reviendra plus tard d’une fugue, tout crotté.
Mais en attendant, vous vous demandez pourquoi vos voisins ne l’ont pas décollé eux-même, ce chat de la chaussée.
Ils pensaient que c’était le votre, alors par charité? Ils l’ont laissé au bon soin de sa propriétaire?
Ou bien plutôt par lâcheté, tout bonnement.
Le chat a l’œil un peu énucléée, qui pend par le nerf.
La gueule en sang, grande ouverte.
Vous prenez vos propres tripes à deux mains et vous le détachez du goudron, car le sang a déjà un peu séché et colle les poils au sol.
Vous passez les doigts sous son petit corps noir cassé, vous le soulevez délicatement et vous le reposez dans l’herbe, à quelques pas de l’asphalte.
Vous le laissez-là, sans tombe ni fleurs. Peut-être son propriétaire, non loin, partira-t-il à sa recherche, et le trouvant, l’emmènera pour lui donner sépulture.
Vous ne vous chargez pas de cela, vous avez déjà permis à la bête de ne pas finir en bouillie. Vous avez déjà bien fait, bien assez pour un chat anonyme.
Vous rentrez chez vous, vous laver les mains. Vous constatez que la mort ne les a guère tachées: une fois usé un peu de savon et d’eau, elles sont comme neuves. Plus tard, vous repensez à l’événement, vous vous souvenez de toutes les fourrures que vous avez ainsi eu l’occasion de sentir sous vos doigts. Dépouilles poisseuses ou encore soyeuses, parfois les vôtres: parfois celle de l’un de vos propre chats, qu’il faut ramasser tout froid et rigide puis enterrer au jardin après lui avoir fait une couche et une couverture de fleurs.
Vous regardez vos doigts: ils clapotent désormais sur un clavier, telle la pluie sur un carreaux de la vitre.
Vous vous souvenez de toutes les substances dont ils ont pu être enduits, à différents moments de votre vie. Sperme d’homme ou morve d’enfant, sang de chat, pluie…
Eh bien! Qu’en reste-t-il? Et de celles qui vous habitent encore, de ces substances? Qu’en advient-il? Qu’en adviendra-t-il? Répandues sur l’asphalte, essuyées sur un mouchoir? Renvoyées à la terre?
Ou bien plutôt battant dans vos veines?
Elles battent dans vos veines. Sperme d’homme, morve d’enfant, sang de chat, pluie battent dans vos veines et sans cesse se répandent, répondent à d’autres qui battent ailleurs dans d’autres doigts qui clapotent sur d’autres claviers.
Elles battent dans vos veines, elle ne sont nulle part ailleurs, elles ne sont plus nulle part ailleurs, enfouies dans les tréfonds du passé, elles se sont dissoutes et n’existent plus ailleurs que là, dans vos doigts, à l’intérieur de votre chair, maintenant.
Où souhaitez-vous les répandre?
Cette question compte. Car assurément, que vous le vouliez ou non, un jour ou l’autre, elles se répandront.
Où souhaitez-vous vous répandre?
La pluie bat les carreaux sans discrimination, au petit bonheur.
Mes doigts choisissent des touches.
Proust web 2.0
Récit — Article écrit par Cherea le 18 octobre 2010 à 13 h 22 minPrésente-toi rapidement: d’où tu viens, âge, identité, CV.
Né 1981. Grandi à Paris, Bac scientifique, prépa hec, école de commerce. Quelques temps dans de grandes entreprises, puis des plus petites, enfin à mon compte, pas facile tous les jours. Quinze ans dans différents clubs de foot. Un peu plus d’un an que je me suis mis à la boxe. Je vis en Espagne. Voilà rapidement.
Quelques oeuvres, quelques maîtres qui t’ont marqué?
Céline, Borgés, Ellroy, Philip Roth…Vélazquez, que je vais voir une fois par mois au Prado, les Ménines, c’est pas mal mais toujours trop de monde, je me suis rabattu sur la Crucifixion du même, dans une salle à côté, moins de monde, une certaine sérénité qui s’en dégage, un noir profond…la Sarabande de Haëndel, quand j’ai vu Barry Lyndon, les symphonies 5 et 7 de Beethoven…Le théâtre de Shakespeare, le Roi Lear, surtout…Voilà quelques grands bonshommes qui m’ont marqué. Il y en a d’autres, bien sûr, mais spontanément voilà les noms qui me viennent à l’esprit. Top of Mind comme on dit..
Les moments que tu préfères de la journée
Les matins et avant de me coucher avec la femme de ma vie. J’aime bien les moments rien qu’à moi également, comme la douche et surtout le rasage, tout un art de se raser. D’ailleurs, je pense sincèrement qu’il faudrait interdire le rasage électrique…
Tes défauts
Très nombreux, je vais en prendre deux ou trois, une certaine immaturité, parfois de l’inconstance et de la légèreté…et également ma part maudite, noire qui peut ressortir par moments…et que j’aimerai contrôler.
Tes qualités
Moins nombreuses, mais je peux dire sans coup férir la loyauté, la curiosité, la fidélité.
Tu te vois où dans quinze ans
Marié, 2, 3 ou 4 enfants…En Europe, Espagne ou France. Également, une certaine richesse financière, 2 à 6 millions d’euros en actifs me paraissent honnêtes et possible.
Comment en es-tu venu à blogger
J’imagine, un chemin classique, marre de lire les mêmes conneries dans les mêmes journaux alors un jour tu commences à lire des blogs et puis à force d’en lire, tu veux écrire et puis tu peux car c’est assez simple de publier deux ou trois conneries sur le net. J’avais un blog qui s’appelait Cherea sur WordPress, et puis Il Sorpasso m’a contacté pour me proposer d’écrire sur ilys qui était un blog que je lisais quotidiennement, j’ai accepté avec plaisir et même avec fierté me sentant flatté.
Connais-tu d’autres bloggers
Non, j’espère les rencontrer bientôt.
Pourquoi ce pseudo de Cherea et pourquoi l’anonymat
Cherea est un de mes personnages préférés dans le théâtre, le seul qui résiste avec dignité à la tyrannie de Caligula dans la pièce de Camus. J’ai beaucoup aimé cette pièce, il y a d’ailleurs une phrase qui m’a marqué qui dit « Il n’y a pas d’amour sans un brin de viol ». C’est aussi celui qui tue Caligula, dans l’espoir de rétablir la république, il est mis à mort par Claude ensuite. Voila pour le pseudo, quant à l’anonymat, c’est la règle sur internet. Et puis, j’ai toujours les mêmes opinions sur internet et dans la vraie vie, donc pas d’hypocrisie de ma part du genre je me venge sur internet, non une simple précaution. Sur internet, tu es lu par des gens que tu ne connais pas, pas de raison qu’ils te connaissent…et allez disons-le, je pense que cela ne changerait rien, mais préfère garder le confort de l’anonymat plutôt que d’avoir à te justifier auprès de gens que tu n’as fréquenté que rarement…Pas spécialement satisfait de ma réponse, mais elle est comme cela.
Politique:
J’ai toujours été à droite, de droite…j’imagine qu’il y a une influence familiale, certaine, et puis une correspondance avec des valeurs qui te sont chères, après oui on peut dire qu’il n’y a plus de gauche et de droite, n’empêche que je n’ai jamais voté à gauche et ne compte pas le faire…J’ai même pris une carte à l’ump, il y a quelques années, cela m’a permis d’assister à des réunions intéressantes avec des intervenants de haut niveau et des discussions à bâtons rompus, loin des journalistes. Les gonzesses étaient pas mal aussi, assez proches du cliché, très bourgeoises, mais je n’ai jamais aimé les femmes qui faisaient de la politique de base, du militantisme, je trouve cela vulgaire…il y en avait tout de même quelques-unes, mi-bourgeoises mi-salopes, pile comme je les appréciais. Sinon, j’ai assisté au lancement de la campagne présidentielle en 2007 à la porte de Versailles. Un vrai moment politique et un discours vraiment magnifique de Sarkozy. Je m’en suis éloigné pour ne plus renouveler ma carte par la suite, la lassitude, l’ouverture…le peu d’intérêt de ma part, le manque de temps…
Religion
Je me laisse encore le temps de la réflexion, mais disons que ma pratique de la religion est totalement culturelle, je vais à l’église deux-trois fois l’an, parfois j’y fais brûler un cierge, j’aime bien les visiter, c’est la quiétude qui m’emplit. J’aime bien l’esthétique chrétienne.
Tu voulais faire quoi quand tu étais môme
Footballeur ou archéologue. Vers l’adolescence, j’ai eu le fantasme de l’écrivain voyageur comme Malraux ou Kessel et puis plus tu vieillis, plus tu comprends que tu vas occuper un poste dans une boite qui t’apportera ton lot de joies et de frustrations. L’entrepreneuriat me parait idéal, ou travailleur indépendant pour qui cherche un peu l’aventure…à l’heure du téléphone et du GPS pour tous.
Si tu dois faire le bilan aujourd’hui
Je dirai que je suis à l’équilibre, et que j’ai encore droit à une bonne rallonge, j’entre dans l’âge intermédiaire où les choix que tu fais sont définitifs et difficiles…reste à mener sa barque le plus dignement possible et puis je suis très heureux de vivre à cette époque et j’ai hâte de voir ce que je peux donner plus tard. Malgré cette esthétique pessimiste, je suis plutôt un bon-vivant optimiste et tout.
Des peurs, des doutes
Toujours plein de doutes, tous les matins quand je me lève, avant de me coucher, je fais le bilan de la journée et je réfléchis beaucoup aussi à cet instant, ensuite des peurs, pleins, évidemment la mort des gens que j’aime et puis aussi la peur de devenir un type aigri, frustré, un vieux con en somme. Heureusement, je suis bien entouré et lorsque je commence à déconner, on n’hésite pas à me le faire remarquer.
Une histoire drôle pour finir
À quoi tu reconnais un antisémite?
Il pisse toujours sur Jacob et jamais sur Delafon.
Un pur Strip-Tease – parce que vous le valez bien.
Récit — Article écrit par Mony le 14 octobre 2010 à 14 h 23 minDéléguée de la classe des « têtes-d’ampoules »*, Melle I.A. était bosseuse, sévère, déjà bouffée jusqu’aux yeux par la politique et l’idéalisme, toute maigre avec des lunettes rouges, son immuable pantalon rouge tortillé autour des échasses, et des cheveux trop fins et trop longs constamment emmêlés. – Le stéréotype de la fausse-moche.
Ses petits camarades cathos lui avaient proposé pour Noël de figurer en tant que Vierge Marie dans la Crêche vivante de l’aumonerie (« la Vierge Marie » fut d’ailleurs un peu plus tard l’un des nombreux surnoms moqueurs qu’on lui donna – quand les hormones des garçons se mirent à les titiller à leur tour). Elle refusa cet honneur, bien sûr, révoltée comme d’habitude sans bien savoir pourquoi, clamant à corps et à cri son athéisme militant… Et elle ne craignit même pas, pour couronner le tout, de choquer largement son monde en avouant que ses parents ne l’avaient pas faite baptiser!
Je me souviens du visage de mon Eléonore, le jour de la présentation de son cercueil. Je ne saurai jamais à quel point cela tenait de la façon dont on l’avait maquillée, mais rarement peut-être autant qu’en ce jour funeste, la mort eut un aspect plus effrayant. C’est à peine si sa propre mère avait réussi à la reconnaître… Il se dégageait sans doute encore une certaine sorte de beauté de ce masque inerte. Ses traits, au repos comme gommés, restituaient à l’horrible objet-tête toute sa parenté métaphysique avec l’objet œuf… C’était à croire qu’Eléonore avait véritablement autrefois inventé la géographie extraordinaire de son visage ! Où étaient à présent passées les pommettes anguleuses qui l’avaient parfois faite ressembler, lorsqu’habitée par quelque douleur, elle la chevauchait avec panache, à ces héroïnes russes indomptables que l’on se plait à imaginer à la fois dures et vulnérables, comme le verre? Son énergie à présent subtilisée au corps, aspirée par quelque puissance supérieure n’ayant laissée d’Eléonore à ses proches qu’un genre de brouillon de personne jamais terminée – un détestable morceau de glaise mâte et pâle, en somme – son père, au-delà du désespoir, avait sombré dans un abîme de stupeur et de rage dont personne ne réussirait plus jamais à le détourner.
A quel auteur attribuer donc, tout cela qui avait été, la profondeur tiède et enveloppante de son regard, la tension inquiète à l’œuvre dans ses lèvres, le mystère de son haut front immaculé presque toujours brûlant, siège ou non d’inavouables pensées ? Eléonore elle-même fut-elle le dépositaire du secret de sa propre vie, cependant que la mort semblait nous interdire à nous, une fois de plus, toute définition d’elle ? Etait-ce là un feu, ainsi qu’elle l’avait souvent laissé entendre, qu’elle avait dû constamment œuvrer à rallumer ? Ou son âme aurait-elle pu appartenir à Dieu davantage que celle d’une autre de telle sorte que celui-ci se soit empressé de la reprendre avant qu’une seule empreinte du miracle fût restituée à la terre? On ne peut pas même dire qu’Eléonore emporta son secret dans la tombe : dans la tombe, presque tout avait déjà disparu.
En revanche, ce jour d’entre les jours permit à un nombre considérable de gens d’être témoins de ce que la beauté d’Eléonore n’était fonction ni de l’ossature de son visage ni de la quantité des chairs qui étaient réparties dessus. La beauté exceptionnelle d’Eléonore, c’était la manière hors du commun dont le pauvre corps qui nous était présentement livré avait été habité par son âme… De la même façon dont il faut pardonner à la célèbre Pécheresse parce qu’elle a beaucoup aimé, il faudra pardonner, lecteur, lectrice, à Eléonore parce qu’elle a beaucoup rêvé. Voici le parti-pris sur lequel Eléonore avait bâti sa courte vie : « J’aimerai le monde pour ce qu’il doit être, et non pour ce qu’il est, je m’adresserai à mon prochain selon ce qu’il veut être et non à celui qu’il est, je serai tout ce que j’ai le droit de vouloir être et non ce que je suis. » Eléonore s’est dans un premier temps construite, et a vécu, conformément à ses propres modèles, quel qu’en ait été le prix, de façon à ce que si jamais elle avait dû malgré tout tomber dans la désillusion, elle-même n’en eut pas été la cause. Dans second lieu uniquement, sous la pression du réel, elle résolut qu’elle accepterait d’apprendre à regarder la vérité en face à la condition que ce fût l’amour qui l’y pousse. Et que ce fût par amour qu’on voulut bien la déciller. Cet amour, sachez-le dès à présent, elle ne le rencontra jamais, et ce fut sa perte ; bien qu’à l’image de la fameuse pécheresse, elle l’eût beaucoup cherché. Mais dans ce cas entre mille – celui de mon Eléonore Rundtstein – fut réalisé un espoir auquel le monde lui-même croyait avoir renoncé : la chair fut mise au service de l’esprit. A partir du moment où elle admit et accepta que sa destinée exemplaire ne mènerait nulle part ailleurs qu’au sacrifice, sa propre matérialité n’avait en effet plus représenté un obstacle pour ce qu’elle portait en elle de plus sublime, mais s’était révélée le plus puissant médium qui put intercéder en la faveur de ses rêves auprès de ses frères humains. Car, quelque courte fut son existence, au nez de tous les hommes mangés par le remords ou par l’envie, elle le devint véritablement : son propre idéal. En Eléonore une volonté humaine unie à un idéalisme surhumain avait réussi à prendre en otage la fatalité, et à l’infléchir. Telle la petite chèvre de Monsieur Seguin, cette créatrice devant l’Eternel, jusqu’au bout avait réussi à Le braver.
Satisfait de moi-même
Récit — Article écrit par XP le 13 octobre 2010 à 12 h 44 minVendredi soir, je me suis torché la gueule.
Mais avant de partir de chez moi, j’ai pris le soin d’acheter de l’ EUROFINS SCIENTIFICS à 43 500, et du BULL REGP à 3,17….
Le lundi et le mardi, je me suis surpris à regretter mon choix, mais j’ai tenu bon, tout de même, et je n’ai rien vendu.
Aujourd’ hui mercredi, je viens de vendre mes Eurofins à 43600 (+o,23%), et surout mes BULL REGP à 3,33 (+5,04%!!!!!!)
Ca me fait un gain de 2,63% brut, et de 2,19% une fois déduits mes frais de courtage…. En deux jours et demi ouvrables… Elle est pas belle la vie, bordel de merde???
Je fais rien que des bêtises
Récit, Vidéo — Article écrit par Mony le 11 octobre 2010 à 17 h 23 min♫♥♪
Dis mon chéri, reviens… Pourquoi que tu me laisses comme ça?
Je sais que tu vas au travail, mais dis, est-ce que je travaille, moi ?
Quand j’suis énervée contre toi, j’mets en boule tous les zérissons.
Quand j’veux te donner une leçon, c’est cent internautes qui la prennent.
A cause de toi, tu vois, j’agresse les virtuels que je n’aime pas.
Oh je sais bien que ça s’fait pas, mais ça défoule et ça m’entraine…
Même ceux à qui je m’adresse pas, j’envahis quand même leur espace.
Ca fait d’la pollution tenace : les gens qui voudraient m’oublier sont obligés d’penser à moi.
Enfin tout ça pour ça.. Tout ça pour qu’on s’occupe de moi, tu ne trouves pas que c’est trop bête?
Y’en a un à qui j’viens de casser la tête, m’a fait bobo et j’aime pô ça..
Dis mon chéri, reviens… Pourquoi que tu me laisses comme ça?
Je sais que tu vas au travail, mais dis, est-ce que je travaille, moi ?

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