Archives pour la catégorie ‘Mutation’


Céline au Mali

Actu — Article écrit par le 15 janvier 2013 à 12 h 32 min

Hier:

Entre les lagunes d’alentour et dans le tréfonds forestier
stagnaient quelques peuplades moisies, décimées, abruties par
le trypanosome et la misère chronique ; elles fournissaient tout
de même ces peuplades un petit impôt et à coups de trique, bien
entendu. On recrutait aussi parmi leur jeunesse quelques miliciens pour manier par délégation cette même trique. Les effectifs de la milice se montaient à douze hommes.
Je peux en parler, je les ai bien connus. Le lieutenant
Grappa les équipait à sa façon ces veinards et les nourrissait au
riz régulier. Un fusil pour douze c’était la mesure ! et un petit
drapeau pour tout le monde. Pas de chaussures. Mais comme
tout est relatif en ce monde et comparatif, les originaires recrutés du pays, trouvaient que Grappa faisait joliment bien les
choses. Il refusait même chaque jour des volontaires Grappa et
des enthousiastes, des fils dégoûtés de la brousse.
La chasse ne donnait guère autour du village et on n’y bouffait pas moins d’une grand-mère par semaine, faute de gazelles.
Dès sept heures, chaque matin, les miliciens d’Alcide se rendaient à l’exercice. Comme je logeais dans un coin de sa case,
qu’il m’avait cédé, j’étais aux premières loges pour assister à
cette fantasia. Jamais dans aucune armée du monde ne figurè-
rent soldats de meilleure volonté. À l’appel d’Alcide, tout en arpentant le sable par quatre, par huit, puis par douze, ces primitifs se dépensaient énormément en s’imaginant des sacs, des
chaussures, voire des baïonnettes et, plus fort encore, en ayant
l’air de s’en servir. Tout juste issus de la nature si vigoureuse et
si proche, ils n’étaient vêtus que d’un semblant de brève culotte
kaki. Tout le reste devait être par eux imaginé et l’était. Au
commandement d’Alcide, péremptoire, ces ingénieux guerriers,
posant à terre leurs sacs fictifs, couraient dans le vide décocher
à d’illusoires ennemis, d’illusoires estocades. Ils constituaient,
après avoir fait semblant de se déboutonner, d’invisibles faisceaux et sur un autre signe se passionnaient en abstractions de
mousqueterie. À les voir s’éparpiller, gesticuler minutieusement
de la sorte et se perdre en dentelles de mouvements saccadés et
follement inutiles, on en demeurait découragé jusqu’au marasme. Surtout qu’à Topo la chaleur crue et l’étouffement parfaitement concentrés par le sable entre les miroirs de la mer et du
fleuve, polis et conjugués, vous eussent fait jurer par votre derrière qu’on vous tenait assis de force sur un morceau récemment tombé du soleil.
Mais ces conditions implacables n’empêchaient pas Alcide
de gueuler, au contraire. Ses hurlements déferlaient au-dessus
de son fantastique exercice et parvenaient bien loin jusqu’à la
crête des cèdres augustes de la lisière tropicale. Plus loin rebondissaient-ils même encore, en tonnerre ses : « Garde à vous ! »

Céline, Voyage au bout de la nuit

Aujourd’hui


Après

Sozial — Article écrit par le 14 janvier 2013 à 16 h 37 min

Quand un journaliste fait son travail en se bouchant le nez il dit qu’il s’astreint.

A défaut de l’odorat mais en mobilisant tous ses autres sens, le journaliste de terrain s’astreint alors à aller à la rencontre de l’information nauséabonde dont il raffole même si elle le dégoûte. Il s’astreint à interroger les gens, s’astreint à les écouter et s’astreint même à les observer. Et débusque ainsi le relent nauséabond confirmant son intuition première de se boucher l’appendice nasal dès le départ.

Mais à force de se pincer le nez, celui devient peu à peu douloureux, surtout avec par froid mordant de janvier à Paris. Et devient presque gelé à la fin de son astreinte.

On hésite donc entre applaudir ou appeler une ambulance devant cette performance, que dis-je, ce sacrifice journalistique de haute volée.

Plus dur que la Syrie, plus dur qu’une garde aux urgences d’un hôpital, l’astreinte à la manif pour tous.

Maurice Szafran, puisqu’il s’agit de lui et puisqu’il était effectivement dans la manifestation d’hier (je n’ai pas pu résister à l’idée d’aller la voir), ne peut pas nier le fait qu’elle était importante.

Impressionnante qu’il dit.

Numériquement il s’entend.

Même s’il est bien incapable de trancher entre les chiffres des organisateurs et ceux de la préfecture puisque les médias sont manifestement incapables de dépêcher trois journalistes faire le même travail de haute technicité que la préfecture, c’est à dire dépêcher un couillon qui appuie sur un compteur à main coûtant moins de dix euros. Tout comme, d’ailleurs, ils sont incapables de mettre un hélicoptère dans le ciel pour filmer les manifestations importante dans leur ensemble. C’est qu’en France, que ce soit dans le cinéma ou le journalisme, on met le pognon des contribuables dans les salaires de ceux qui sont en place. Et pour le reste, on a des idées. Comme, ici, donner les deux chiffres, ceux de la préfecture et ceux des organisateurs, puis sous-entendre que la vérité se trouverait entre les deux.

Génie.

Un journaliste se plaignait hier d’avoir été légèrement insulté par un manifestant.

Il devrait pourtant s’estimer heureux de ne pas se faire lyncher par tous.

Les français sont un peuple infiniment tolérant et doux.

Mais revenons à Maurice Szafran.

Car, vous allez le voir, le fait que les manifestants étaient nombreux résonne pour lui comme un caractère aggravant.

Ainsi, le fait pour lui de s’être astreint à couvrir la manifestation ne suffit cependant pas pour écarter d’emblée le dérapage homophobe. Ainsi, même après s’être astreint à écouter, observer et interroger les manifestants, il ne peut écrire autre chose que il « n’y eut apparemment pas de dérapage homophobe ». Apparemment. Certes, il n’en a pas constaté, mais le cortège était si long… Qui sait, si, à voix haute ou peut-être seulement dans le secret de son âme, un manifestant n’a pas une parole, une pensée au moins, homophobe ?

Et puis, comme il le dit, lui-même, s’il n’y a pas eu de paroles homophobes (ce qu’il nomme dérapage homophobe, peut-être parce que certaines paroles homophobes n’en constituent pas…), Maurice Szafran a quand même bien compris qu’il s’agissait hier d’un « malaise envers l’homosexualité ». Mais, ballot comme il est, Maurice Szafran a oublié de préciser que ce malaise, réel, concernait essentiellement la filiation plus que le mariage et en aucun cas ce que font deux hommes ou deux femmes ensemble ce dont tout le monde se fout royalement. Maurice Szafran est homosexuel ? Hétérosexuel ? Transgenre ? Mais qu’est-ce que ça pourrait bien foutre de le savoir ?

Cela dérange beaucoup moins les participants à la manif pour tous que l’existence même des manifestants d’hier ne dérange Maurice Szafran.

Hier Maurice Szafran s’est frotté sous astreinte à une France qui dérange.

On en tremble.

Des catholiques défilant tranquillement pour la famille un dimanche dans Paris et hors vacances scolaires sont donc dérangeants.

Comprenez plus loin qu’en plus de ne pas partager ses réflexions ils ne seraient pas modernes.

Rances quoi.

Certes, les jeunes catholiques sont à mèches, bottes et jean slim. Certes, les sonos diffusaient les dernières musiques aux millions de vues sur youtube. Certes, le record de concentration d’iphones sur le Champ de Mars a été battu. Certes, on divorce aussi allègrement dans les nouveaux couples de catholiques pratiquants. Certes, des jeunes filles catholiques doivent montrer leurs seins comme les autres sur snapshot. Certes, beaucoup de manifestants se moquaient bien de l’ouverture du mariage en lui-même aux homosexuels, ne voyant guère de sens dans la cérémonie administrative à la mairie.

Mais ça, eh, ce n’est pas la modernité. Juste son apparat. Son illusion. Ses oripeaux.

Cette absence terrible de modernité résidant dans cette résilience insupportable à l’adoption de deux ou trois dernières lubies à la mode sur des dizaines intégrées sans souci. Terrible résistance. Foutus catholiques. Dire qu’ils écoutent encore les prescriptions bidons d’un illuminé datant d’il y a plus de mille deux cent ans… Ah non. Merde. Ça c’est les musulmans. Mais c’est encore pire avec les catholiques, leur religion est encore plus vieille. Et je ne parle pas des juifs. Je laisse Maurice Szafran s’en charger.

Elle dérange, répétons-le, mais il n’y a pas d’autre choix que d’en tenir compte ; non pas de lui céder, mais d’être capable de l’écouter, de s’évertuer à un travail pédagogique envers cette France-là, même si elle est refermée sur elle même. Ce travail pédagogique, même Francois Hollande et les siens y sont contraints.

Oui.

Effectuons un travail pédagogique.

Je pense qu’un bon travail pédagogique adapté et mené par Christine Taubira devrait pouvoir balayer sans problème des dizaines et centaines d’années de réflexion théologique sur la question de la famille pour des catholiques. Avec les puissants intellectuels qui nous gouvernent et nos courageux journalistes, l’affaire devrait être réglée en quelques semaines et l’absolue nécessité de permettre aux homosexuels de se marier devant l’adjoint au sport de leur mairie plutôt que de se pacser au greffe, et l’impérieuse urgence d’ouvrir aux homosexuels l’adoption pour que, enfin, deux ou trois enfants puissent être adoptés par eux chaque année, sera enfin reconnue par tous.

Pourquoi se crisper sur des droits qui ne coûtent rien (PMA enlevée) à donner et qui ne concernent personne ou presque ?

Cent mille familles homoparentales ? Allons ! Et pourquoi pas un million ? Tout le monde sait que cela ne concerne que quelques cas.

Assurément, il y a quelques semaines encore, on prétendait que cette réforme était d’une grande ampleur. Mais que voulez-vous. Les temps changent. Faut vous adapter.

Va, si ce n’est pas la preuve que ces gens ne sont pas modernes


(…) l’arbre baroque qui cache la prison.

Citations — Article écrit par le 13 janvier 2013 à 22 h 21 min

Je ne résiste pas à l’envie de vous proposer ce texte de Muray qui date de 2004, et dont il faut relire 15  fois l’introduction et la conclusion si on n’a pas bien compris où tout cela mène et quel en est l’enjeu. Pour ceux qui en doutent, cet article de D. Theillier et les exemples qu’il donne concernant l’actualité de ce sujet aux USA (paragraphe La police de la pensée homosexuelle).

 

 

Le mariage transformé par ses célibataires mêmes

Par-delà le néo-mariage, et quelques autres revendications divertissantes, c’est la réduction au silence du moindre propos hétérodoxe qui se profile, c’est l’écrasement légal des derniers vestiges de la liberté d’expression, c’est la mise en examen automatique pour délit de lucidité.

Le mariage est une invention qui remonte à la plus haute antiquité. Je parle du mariage à l’ancienne, cette institution conformiste, vermoulue et petite-bourgeoise qui véhicule depuis la nuit des temps « les valeurs hétéro-patriarcales et familialistes » pour m’exprimer comme Christophe Girard et Clémentine Autain. Sauf erreur de ma part, cette mémorable conquête n’a pas été arrachée, l’arme à la main, de nuit, dans la précipitation et sous la menace des pires représailles, par une petite bande de fanatiques de la nuptialité bien décidés à se servir de la lâcheté des uns, de l’ambition des autres, de la démagogie tremblotante de tous, pour faire triompher leur cause. Nulle part ce type de mariage ne paraît avoir été imposé par la force. Ni en jetant à l’opinion publique un fatras précipité de raisonnements contradictoires afin d’extorquer d’elle, par sondage, une approbation apeurée. Il n’est pas davantage le fruit d’une volonté claironnée de mettre à genoux le pouvoir politique. Aucun gouvernement, à ma connaissance, n’a cédé aux partisans de la conjugalité dans la crainte de se voir accusé de gamophobie (du grec gamos, mariage).

Y a-t-il même eu « débat », à propos de cette importante « question de société », chez les Égyptiens pharaoniques, à Babylone, en Inde, à Lascaux, entre psychanalystes lacustres, sociologues troglodytes, militants de l’un ou l’autre bord ? En a-t-on discuté, dans le désert de Chaldée, à la lueur de la Grande Ourse ? A-t-on menacé de ringardisation les adversaires de cette nouveauté ? Les a-t-on accusés de ne rien comprendre à l’évolution des mœurs, de s’accrocher à des modèles désuets, d’alimenter la nostalgie d’un ordre soi-disant naturel qui ne relève que de la culture ? La Guerre des Games (de gamos, mariage, je ne le répéterai plus) a-t-elle eu lieu ?

Il semble bien que non. La chose, c’est horrible à dire, s’est faite toute seule, suivant la pente de l’espèce, laquelle sait si bien jouer sur les deux tableaux pour protéger ses intérêts, manier en même temps la carotte et le bâton, l’appât et l’hameçon, le désir de satisfaction sexuelle des individus et ses propres nécessités vitales de perpétuation, et emballer cela dans les mirages vaporeux de la pastorale romantique.

On a tout essayé, par la suite, avec le mariage. On l’a plié dans tous les sens. On a tâté de la polygamie, de la bigamie, de la monogamie, de l’adultère, du divorce à répétition, du mariage forcé, du mariage civil, du mariage religieux, du mariage d’argent, du mariage raté. On a même vu des mariages heureux. On a vu des mariages stériles et d’autres féconds, des unions dramatiques et des noces de sang. On en a fait des vaudevilles et des tragédies. Avec des placards pleins d’amants, des cocus en caleçon, des maîtresses acariâtres. Le mariage, en résumé, n’a été inventé que pour fournir des sujets de romans et pour assurer la chaîne sans fin des générations ainsi que le veut l’espèce.

Il n’en va pas exactement de même du futur mariage homosexuel, dont la genèse aura laissé tant de traces, à l’inverse de l’autre, qu’il sera aisé de la reconstituer. C’est que cette nouveauté ne va pas de soi, comme d’ailleurs la plupart des opérations expérimentales de notre temps. L’époque moderne, dont l’essence même est le soupçon dans tous les domaines, explose en cette affaire dans une sorte d’opéra-bouffe stupéfiant où la mauvaise foi et le chantage se donnent la réplique inlassablement. C’est d’abord le code civil qui a été instrumenté. On a prétendu qu’il n’y était stipulé nulle part que le mariage était réservé aux personnes de sexe opposé. Les homosexuels militants se sont engouffrés dans cet « oubli » pour exiger, au nom de l’égalité des droits, « l’accès des gays et des lesbiennes au mariage et à l’adoption ». L’exigence d’égalité est la grosse artillerie qui renverse toutes les murailles de Chine. La marche sans fin vers l’égalité absolue remplace, chez les minorités dominantes et furibondes, le défunt sens de l’Histoire. Pour ce qui est du code civil, d’abord paré de toutes les vertus, il n’a plus été qu’une sorte d’opuscule diffamatoire sitôt qu’on découvrit l’article 75, qui détermine que le mariage consiste à « se prendre pour mari et femme ». Peu soucieux de logique, les militants de la nouvelle union conclurent aussitôt à l’urgence d’une refonte de ce code que, l’instant d’avant, ils portaient aux nues. Et, en somme, puisque la loi est contre les homos, il faut dissoudre la loi.

Dans le même temps Noël Mamère, bonimenteur de Bègles, agitait son barnum ; et les notables socialistes se bousculaient au portillon de l’avenir qui a de l’avenir dans l’espoir de décrocher le titre de premier garçon d’honneur aux nouvelles épousailles. Le terrorisme et la démagogie se donnaient le bras sur le devant de la scène. On « déconstruisait » en hâte le mariage à l’ancienne. On affirmait qu’il est aujourd’hui « en crise » quand la vérité est qu’il l’a toujours été, par définition, puisqu’il unit deux personnes de sexe opposé, ce qui est déjà source de crise, et que, par-dessus le marché, il les soumet à des postulations contradictoires, le mensonge romantique et la vérité procréatrice. On rappela, contre les réactionnaires qui lient mariage et reproduction, qu’il n’en allait plus ainsi depuis la révolution contraceptive (ce qui ne pouvait manquer, ajoutait-on, de rapprocher les comportements homos et hétéros), quand c’est en fait depuis toujours, et dans toutes les civilisations, que l’on a cherché, certes avec moins d’efficacité technique qu’aujourd’hui, à réguler la fécondité, c’est-à-dire à autonomiser la sexualité par rapport à la « reproduction biologique ».

En quelques jours apparurent les étonnantes notions de « mariage fermé » (antipathique, hétéro) et de « mariage ouvert » (sympathique) puis « universel » (supersympa). On publia des sondages dans lesquels la société française déclarait qu’elle était d’accord pour applaudir aux évolutions de la société française, mais de grâce, qu’on arrête de lui brailler dans les oreilles. Les partisans du néo-mariage expliquèrent à la fois qu’il ne fallait pas interpréter leur demande comme une volonté de normalisation ou comme un désir d’imitation mais qu’il y avait de ça quand même, et que d’ailleurs ils se moquaient des institutions dont ils étaient exclus, sauf que le seul fait d’en être exclus leur apparaissait comme un outrage. Réclamant en même temps le droit à la différence et à la similitude, exigeant de pouvoir se marier par conformisme subversif et pour faire « un pied de nez à la conception traditionnelle du mariage » (comme l’écrivent encore les impayables Christophe Girard et Clémentine Autain), ils affirmaient aussi que ce même mariage, à la fois convoité et moqué, revendiqué pour être rejeté, et de toute façon transformé s’ils y accédaient jusqu’à en être méconnaissable, serait un remède souverain contre « l’alarmant taux de suicide » qui sévit chez les jeunes homosexuels, ce qui laisse supposer que ces derniers se suicident tous par désespoir de ne pouvoir convoler officiellement. On aurait pu imaginer d’autres motifs.

Mais ces réflexions tomberont très bientôt sous le coup des lois anti-homophobie qu’un gouvernement vassalisé par les associations se prépare en toute sottise à faire voter. Mieux vaut donc se taire. Par-delà le néo-mariage, en effet, et quelques autres revendications divertissantes (suppression de la mention relative au sexe sur les papiers d’identité afin d’en terminer avec les « problèmes kafkaïens rencontrés par les individus de sexe mixte, hermaphrodites, transsexuels, transgenres », ou encore « dépsychiatrisation des opérations de changement de sexe »), c’est la réduction au silence du moindre propos hétérodoxe qui se profile, c’est l’écrasement légal des derniers vestiges de la liberté d’expression, c’est la mise en examen automatique pour délit de lucidité. Il est urgent que personne ne l’ouvre pendant que se dérouleront les grandes métamorphoses qui s’annoncent, dont ce petit débat sur l’effacement de la différence sexuelle est l’avant-propos. Le néo-mariage, dans cette affaire, n’est que l’arbre baroque qui cache la prison.

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Avant

Sozial — Article écrit par le 12 janvier 2013 à 9 h 00 min

Avertissement : ce post contient au moins un point godwin et plusieurs réflexions (si on peut dire) ignobles.

Avant les gens foutaient les cadavres dans les placards maintenant ils les exposent dans l’entrée.

J’y étais, l’autre dimanche, à la manifestation pour le mariage gay. Pour plusieurs raisons.

D’abord j’y étais comme voisin. C’est une raison importante. Essentielle même. Qui explique que je ne rejoindrais sans doute pas celle de demain 13 janvier. Trop loin. A moins qu’il ne fasse beau et que j’en profite pour me promener.

Deuxièmement je n’ai pas été à la foire cette année. Mon quota de foule bigarrée et de piétinage populaire était donc totalement libre.

Enfin, dernière raison, je préfère être désespéré par le peuple de gauche que par le peuple de droite.

Je ne sais pas trop pourquoi. C’est vraiment de l’ordre du ressenti. Pas intellectuel du tout. Bah. Peut-être que le fait d’être né dans un pays où une bonne partie du débat politique se structure dans une opposition (qu’on peut juger comme factice, mais) entre gauche et droite a quelque chose à voir là-dedans. Et que je m’associe presque malgré moi à la droite.

Une sorte de réflexe vraiment franchouillard donc.

Que voulez-vous, je n’ai pas du être élevé en vrai citoyen du monde.

Encore une faillite du système scolaire.

J’ai été assez déçu par cette manifestation. Déjà il n’y avait pas tant de monde que ça. Ensuite les gens n’étaient pas très beaux.

Et ça, ça me dérange.

L’homosexuel parisien vaguement bobo et dans sa trentaine n’est quand même pas folichon la plupart du temps. Je ne sais pas d’où vient le mythe féminin du mec canon qui serait toujours homo, mais en tout ce type d’homosexuel là ne défile pas un dimanche de décembre dans Paris en début d’après-midi. Maintenant, je ne dis pas que tout le monde était moche, non, mais juste que c’était vraiment pas terrible la plupart du temps. Les hétéros n’ont rien à envier. D’autant qu’entre les vieilles féministes, les mecs au physique pour le moins étrange du Front de Gauche et les filles gauchistes à dreads, on ne peut pas dire que le niveau vestimentaire moyen soit très élevé non plus.

J’ai été déçu, déçu, déçu.

Et je ne parle pas des parents homosexuels ou, en tout cas, à défaut d’avoir consulté le livret de famille amendé de quelques décisions judiciaires, des homosexuels venus avec des enfants. C’est tragique à dire, mais même bien habillés, même s’ils ne sont pas moches par ailleurs, vous avez la même appréhension instinctive que si vous vous retrouviez en face d’une famille du Nord de la France en surpoids généralisé dont la mère vient de sortir de l’adolescence tandis que le père bichonne sa Renault améliorée de plusieurs caissons de basse supplémentaires dans le coffre.

Finalement une famille homoparentale c’est un peu comme une famille à Outreau mais sans les viols.

On n’est pas dans le pénal mais ça fait peur quand même.

D’ailleurs les gamins des familles homoparentales, eux, ferment consciencieusement leur gueules sur ce sujet du primaire au collège.

Eh, pas question de révéler le petit détail croquignolet du j’ai deux papas (ou deux mamans) à ses petits camarades !

La famille homoparentale c’est juste une raison de plus de mentir pour un gamin dans la cour de récréation. Un truc supplémentaire à ne pas révéler pour ne surtout pas être considéré comme différent. Alors bon, si la vie a fait que…

Mais pour l’adoption c’est vraiment salaud, on est au bord de la double peine. Car cela oblige le gamin à non seulement mentir sur le fait qu’il a été adopté mais de le faire avec… des parents homosexuels. Bordel. Ça ne simplifie pas la chose. D’autant que tu dois de surcroît cacher le fait que tes parents sont homosexuels. A mon avis il y a de quoi devenir dingue. Ou un prince de la dissimulation.

Oui, je le reconnais, c’est peut-être formateur pour un enfant d’avoir été adopté par des parents homosexuels. Cela développe sans nul doute certaines compétences chez lui. Maintenant, très sincèrement, j’aimerais pas être à sa place quand même. Il en rigolera peut-être ou il en verra les bons côtés après l’adolescence, mais d’ici-là, il y a quand même quelques longues années de cour de récréation qui risquent d’être un peu difficiles. Mieux vaut alors être un dur et/ou un beau gosse. Sinon, si ce gamin adopté est en plus, au choix, gros, timide, laid, petit, moyennement intelligent, etc. Cela va vite devenir l’enfer.

Sont sympas les profs d’expliquer le nazisme aux enfants comme si c’était un truc limite inconcevable pour eux. Comme si les gamins n’imaginaient pas bien mieux que les adultes, qui ont généralement oublié, ce que ça peut être de vivre dans un lieu fermé, gardé, dont on ne peut pas sortir comme on veut, où on y entre souvent la peur au ventre, où de simili-kapos font la loi et où on discrimine joyeusement sur des critères physiques, raciaux et autres critères héréditaires.

Entre les anciens traumatisés qui veulent oublier, les ex-tortionnaires, honteux, qui ne se souviennent plus et tout le reste qui a navigué prudemment pour éviter les récifs toutes ces années école-collège et dont beaucoup sont aujourd’hui devenus des connards passant leur temps d’adulte à inventer de savants moyens pour se distinguer par leurs fringues ou la couleur de leur portable, il n’y a plus beaucoup de grandes personnes pour se remémorer franchement la douceur légendaire du petit monde scolaire durant l’enfance et l’adolescence et imaginer ce que ça peut être de rajouter à un enfant des parents adoptifs se trouvant être homosexuels.

Eh ben on va le leur dire.

C’est comme si au goulag on t’annonçait que, plutôt que de te retrouver à servir le thé dans le salon du chef de camp, tu allais en fait creuser à la pelle un sol gelé seize heures par jour.


Girlfriend

Mutation — Article écrit par le 6 janvier 2013 à 1 h 15 min

Dans tes rêves

J’aurais honte de servir de copain pour ce genre de meufs. Celles qui disent mais ne font pas, celles fatiguées ou jacasseuses qui cherchent et trouvent toujours un pigeon pour porter leurs courses. Elles cherchent quelqu’un pour les prendre en charge car elles sont lourdes, très lourdes. Essaie de te souvenir d’un seul de ses gestes qui puisse prouver ce qu’elle dit ressentir pour toi : il n’y en n’a aucun. Si elle t’aimait (déjà pour croire à ce mot faut vraiment être un pigeon) jamais elle ne te contredirait en public, jamais elle ne tirerait cette tronche lorsque tu fais tout pour elle, jamais elle ne t’imposerait sous ton toit des vestiges de ses aventures passées. 

Si elle t’aimait elle t’approcherait avec ce mélange d’audace et de crainte canine typique or la seule fois ou je l’ai vue aller dans tes bras elle s’y est affalée lourdement en exigeant d’aller dormir, et que naturellement tu la suives. Elle était bien à ta charge et tu l’as reçue cette charge, avec l’embarras poli du gentil garçon et tu es allé te coucher puisqu’elle l’avait demandé. Si elle t’aimait elle chercherait à t’obéir, à te plaire et à te servir au moins sans trop en avoir l’air. Elles savent très bien faire ça. Mais celle-ci ne fait rien de tout cela.

Tu es en train de perdre ton temps et ton énergie dans cette meuf qui se moque de toi et qui t’en donne de nouvelles preuves chaque jour. Elle ne présente aucune des qualités nécessaires à une femme : elle n’est pas chrétienne, elle n’est pas xénophobe, elle n’est pas serviable, elle n’est pas clanique, elle n’est pas protectrice, elle n’est pas modeste, elle n’est pas sociable, elle ne cherche pas à te plaire et par-dessus tout elle ne t’écoute pas. 

Oui mais quang nous sommes devang des geng tu ne me valorises pas asséééééééé

Or à chacun de ces constats tu devrais normalement sursauter, tu devrais te cabrer à toutes forces, rappelant le comportement impeccable que tu as affiché avec elle tant en matière de dépenses de thune que d’efforts pénibles déployés pour entretenir une conversation positive, porter des choses, réparer des choses, proposer des idées, conduire la nuit, pour toujours faire le « mâle » debout sur le pont. A quoi sert-elle dis moi? Toi tu lui sers à toutes ces choses c’est entendu mais elle à quoi te sert-elle? Tu ne comprends pas que tu es un pigeon? Tu ne comprends pas que toi ou un parisien à mèche ou un chalala ou un bamboula c’est pareil pour elle? Qu’il lui faut son pigeon dans la case « pigeon »? Elle t’a nié preuve à l’appui et tu parles encore. Mais dans quoi tu mets ton orgueil? Tu me fais penser à ces maris cocus qui sont la risée de leurs amis mais pourtant capables de dire très sérieusement « Mais enfin écoute. Elle était ivre la pauvre elle ne savait plus ce qu’elle faisait. ». Tu lui sers de faire-valoir devant ses copines, de sujet de jacasserie pour sa mauvaise langue et tu crois que tu existes. Mais est-ce que tu as seulement remarqué qu’elle n’a fait aucun sacrifice pour toi? Choix du logement, choix des vacances, choix de ceci et cela, tu ne fais que la servir tu aimes ça? Même pour la pounche elle ne se laisse pas faire comme tu veux, comment après ce genre de camouflet ultime qui démasque totalement l’arnaque tu peux encore accepter de te lever acheter des croissants? 

Mais si elle m’a dit que j’étais spécial pour elle!

Avec du recul tout cela est sévère et je sais que tu n’y es pour rien, que ces affaires là sont très difficiles, que le Marché écrase d’abord les mecs, que tout est tourné vers et pour les filles, pour les étrangers, pour les salopards, pour les vendeurs, contre les gentils garçons, contre les loyaux bien-élevés, qu’il suffit de trente minute dans un centre-ville de capitale européenne un jour d’affluence pour saisir l’étendue du problème, qu’aucun manuel ne donne le moindre conseil valable, que nos parents divorcés et la société de merde qu’ils ont laissé ne donnent aucun exemple auquel se raccrocher, que sans doute tout est foutu d’avance et que tu te débrouilles comme tu peux avec cette meuf de merde parce que c’est ça ou rien. Il y en a des milliers dans ton cas, des petits Blancs chiasseux affublés d’une connasse et encerclés de cinquante crépus qui attendent de s’en repaître, le tout sous les bienveillantes auspices de gros porcs cramponnés au commande qui rabâchent pour le droit des femmes et des étrangers et pour bien que tu fermes ta gueule. Donc tu n’es pas seul. D’ailleurs tu n’as pas nom, ceci est une lettre ouverte laissée sur un banc, mais tu t’y reconnaîtras. Des comme toi je ne connais que ça, et il y en a de plus en plus. Si tu es encore un homme demain quitte là. 

 


13 fautes à ne plus commettre en 2013

Mutation — Article écrit par le 3 janvier 2013 à 22 h 34 min

Tous les lecteurs de Vialatte savent que Natalie s’écrit sans h, qu’on emploie l’indicatif après après que et que « par contre » est du pire charabia. Mais trop de nos amis font encore des fautes de français.

1 – L’internet est un nom commun, pas un dieu vaudou. Il prend donc l’article et pas de capitale à l’initiale.

2 - O et ô : il y a en français des o fermés et des o ouverts. Côte et cote par exemple. C’est celui avec le chapeau qui est ouvert. Précisons en passant qu’on ne dit pas Antigône, mais Antigone, même si certains profs de lettres savent juste assez de grec pour se tromper (un omicron accentué ça ne s’est jamais prononcé comme un omega en grec, a fortiori en français).

3 – Pareil pour a et â : une tâche c’est ce qu’on accomplit. Une tache, c’est ce qui reste sur les draps quand Ginette n’a pas assez serré les lèvres.

4 – La Libye : le y est à la fin, c’est quand même pas compliqué !

5 – Éponyme : se dit à peu près uniquement des consuls et des archontes qui donnent leur nom à l’année, sauf à passer pour un idiot mal pédant. Premier piège : c’est celui qui donne son nom qui est éponyme, pas ce à quoi le nom est donné. Deuxième piège : dans de rares cas, quand la relation entre un être humain et une entité abstraite comparable à une année est assez proche de l’éponymie antique, on peut utiliser le terme. Sinon non, car c’est ridicule. Par pitié ne cumulez pas les fautes, ne dites pas « le bonbon éponyme » pour parler des bêtises de Cambrai, ni « le film éponyme » pour dire qu’il porte le même titre que le roman d’où il a été tiré. Dans l’immense majorité des cas, dire « du même nom » ou toute autre expression moins prétentieuse qu’éponyme mal utilisé vous fera moins passer pour un con.

6 – Événement. Deux accent aigus. Si, si.

7 – Les verbes du 1er groupe qui ont un é à l’avant-dernière syllabe de l’infinitif le changent en è devant une syllabe muette finale. Finale. FINALE, BORDEL ! céder, je cède mais je céderai, pas je cèderai. Ceux qui le font partout sont ceux qui ont un e inaccentué à l’infinitif — peser par exemple : je pèse, je pèserai.

8 – Soi-disant : ne s’applique qu’à des êtres susceptibles de parler. Ben oui. Un muet soi-disant aveugle, c’est idiot. De même une chose ou une entité abstraite ne peuvent pas être soi-disant… Prétendument (et pas prétendûment) est un adverbe qui existe pour des cas comme ça.

9 – Œ : ça se prononce é, sauf s’il y a un u derrière. On prononce « Édipe » ou « écuménique ».

10 – Le H de handicapé est aspiré. La prochaine fois qu’un type en fauteuil roulant vous dit qu’il est un nandicapé foutez-vous de sa gueule : tant que c’est dans ce domaine vous avez le droit. S’il est bègue précisez bien que vous visez certes sa prononciation, mais pas son handicap.

11 – Laissez le soi disant verbe solutionner à ceux qui avouent par là ne pas savoir conjuguer résoudre.

12 – Non, quand vous gravez un disque optique, c’est pas du gravage. Mais bien de la gravure, même si elle est peu artistique.

13 – Et non, malgré que n’est pas français. On croyait que c’était classé, mais quelques abrutis vont régulièrement regarder dans des grammaires et de ce que l’expression existe au sens d’à contre cœur (« malgré qu’il en ait »), comme ce sont de sombres idiots, ils en déduisent régulièrement que malgré que est interchangeable avec bien que. C’est naturellement faux. Malgré qu’ils en aient, il faut utiliser bien que.

Sinon, bonne année !

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13 citations de combat pour 2013

Citations — Article écrit par le 1 janvier 2013 à 16 h 27 min

Reproduction autorisée par Nicomaque – d’autres excellentes en français ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une université

Education, Images, Mutation — Article écrit par le 27 décembre 2012 à 13 h 35 min


Les petits pieds de Robespierre

Citations — Article écrit par le 22 décembre 2012 à 19 h 59 min

J’aurais dû, il y a quelques semaines, parler du Parti Libéral Démocrate. J’avais reçu un de leurs mails qui était plutôt intelligent et habile.

Je m’étais dit, du fond de ma malveillance noire : « Ah, pour une fois… on dirait qu’ils s’améliorent. »

Las.

Gérard Depardieu porte bien son nom. « Depardieu » désignait, au Moyen-Âge, le lieu où l’on payait la dîme, impôt inique aboli en 1789.

Bon, alors, par où prendre le buisson de contre-sens pénibles qui constituent cette phrase en une sorte de petit record ?

D’abord un « depardieu » n’est pas un endroit où on s’en allait payer la dîme, la dîme se payait en général dans des lieux qu’on appelait des celliers (à dîme), d’où les toponymes dérivés un peu partout avec leurs variantes régionales. Si j’ai bonne mémoire, depardieu, ça désignait dans certaines campagnes une terre ecclésiastique qui payait la dîme. La dîme étant l’impôt ecclésiastique — même si dans la pratique il a été de plus en plus perçu par l’Etat pour des raisons pratiques. C’était donc plutôt vertueux : l’Église, dans ces cas, s’appliquait à elle-même ou à des terres qui auraient pu en être dispensées par privilège ecclésiastique récent ou lointain, le paiement de la taxe qu’elle percevait. C’est pas nos inspecteurs des finances qui se mettraient à faire payer des impôts à leurs putains d’administrations à la con qui nous pourrissent la vie. Quand ils ne dirigent pas des entreprises pseudo-capitalistes peuplées de leurs semblables X-ena où ils fraudent l’impôt, car on n’est jamais si bien servi que par soi-même.

Ensuite il faut rappeler que la dîme s’appelle la dîme parce qu’elle représentait 10% des revenus. Vous je ne sais pas, mais moi, je paierais bien la dîme à la place de quelques impôts divers, cotisations variés, ou TVA en hausse : on y gagnerait incontestablement.

Enfin, la dîme n’était pas « inique ». La plupart des études sur la fiscalité de l’ancien régime montrent que c’était un impôt plutôt bien accepté : il était simple, payable souvent en nature, aussi égalitaire que possible sous un régime lui-même essentiellement inégalitaire et fouillis. Surtout les populations avaient conscience de son utilité malgré les abus inévitables : écoles, hôpitaux, secours aux pauvres, autant de choses qui étaient en grande partie financées par la dîme puisqu’elles étaient à la charge de l’Église.

Enfin l’argument sous jacent — le régime républicain serait en train de devenir aussi fiscalement injuste que l’ancien régime est réputé l’avoir été —, est bien entendu complètement faux : avec des situations très contrastées et inégales, mais globalement on payait évidemment bien moins d’impôts sous l’ancien régime que dans notre république française sociale-démocrate de 2012, qui est bien pire de ce point de vue. Le poids de la fiscalité ancienne devenait parfois insupportable parce qu’arrivaient dans une économie souvent de très petite subsistance d’autres événements : disettes, guerres, troubles civils paralysant localement le commerce et l’artisanat… le moindre choc rendait problématique un impôt bien mois lourd que le nôtre, et le rendait d’autant plus insupportable qu’il était payable en monnaie – ce que la dîme n’était pas pour une fraction importante des gens qui la payaient.

Sans parler des possibilités de fraude ou de dissimulation, évidemment bien plus grandes à l’époque que de nos jours, où nous avons eu à subir l’achèvement de la centralisation administrative, les différentes normalisations, la généralisation de la comptabilité même pour des entreprises familiales, la bancarisation obligatoire et quantité d’autres mesures qui ont eu pour moteur essentiel de leur imposition par l’État la plus grande facilité à recouvrer l’impôt.

Pour finir, la simple idée de « solidarité nationale », socle de toutes les spoliations, aurait été incompréhensible pour la bonne raison qu’existaient tout un tas de corps intermédiaires parfois lourds et handicapants, mais aussi protecteurs, qui furent détruits en même temps que ladite dîme abolie en 1789.

Et rappelons que lorsque Vauban imagine la réforme la plus intelligente de l’impôt qui sera proposée sous l’ancien régime — et en partie reprise dans l’esprit par Machault d’Arnouville — il l’appelle « projet de la dîme royale », ce qui dans son langage veut la faire comprendre comme un impôt juste entre tous. Tellement juste que les privilégiés feront capoter les deux projets de même inspiration générale à plusieurs décennies de distance.

Bref nos amis libéraux-démocrates s’affublent déjà d’un vocable assez pénible puisque somme toute cette démocratie est le principal obstacle aujourd’hui en France à une société plus libérale : démocratie veut dire élection, élection veut dire clientélisme, clientélisme veut dire impôt et redistribution aux clients du parti au pouvoir. Si nos amis libéraux pouvaient ne pas essayer piteusement de se faire en plus républicains, fidèles en cela à leur volonté de se dédouaner en baissant la tête devant les accusations d’être de droite donc réputés fâchisses, ce serait une bonne idée : ils écriraient moins de bêtises. Ce qui serait un commencement.

« Je suis un être libre », écrit Depardieu dans sa lettre : c’est ce qu’ils vous reprochent. Résistons à nos Robespierre aux petits pieds.

Au petit pied, évidemment. On parle ici de l’unité de mesure, pas de la pointure des souliers de Robespierre.

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Torton

Actu — Article écrit par le 22 décembre 2012 à 13 h 03 min

Alors, Gérard, t’as les boules?(…)On va se démerder sans toi pour faire de ce pays un territoire où l’on peut encore, malgré la crise, se soigner correctement, où l’on peut accéder à la culture quelle que soit sa fortune, où l’on peut faire des films et monter des spectacles grâce à des subventions obtenues en prélevant l’impôt.

Lettre adressée à Gérard Depardieu par Philippe Torton, acteur d’Etat, ancien de la Comédie Française et du conservatoire, fils d’une institutrice, membre du Parti, payé à ce titre plusieurs années 10 000 € par mois par la mairie de Paris pour un emploi fictif « d’adjoint à la citoyenneté »

Pourquoi la lettre de Torton commence par Alors Gérard, t’as les boules?

Ironie du sort, la réponse se trouve dans Uranus, un film illuminé par Depardieu, et dans lequel, évidemment, Torton n’est pas au générique: Torton, c’est l’ivrogne communiste superbement dépeint dans ce film, qui ne tarde jamais à étaler sa vulgarité, sa morgue, sa rancœur et ses pulsions d’épurateur…. Pour le reste, il a raison, il a tout compris, Torton: l’industrie du Théâtre et du Cinéma français peut très bien rouler quelques dizaines d’années sans aucun Depardieu pour remplir les caisses, avec juste des acteurs d’Etat, des comédiens scolaires, médiocres et tous affiliés au Parti… Il y avait en URSS des milliers de comédiens fonctionnaires qui jouaient devant des salles vides, ils n’intéressaient pas plus le grand public que Torton, mais ils faisaient comme lui trois repas par jour.

Si comme presque tout le monde, Torton ne vous a marqué dans aucun rôle et que vous voulez vous faire une opinion sur son travail, procurez-vous Le capitaine Conan… L’acteur d’Etat y joue d’une façon tellement scolaire qu’on dirait une parodie de Gabin par les inconnus(*)

(*) Merci à IS.

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