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Estherbenbassisation des médias

Journalisme — Article écrit par le 31 octobre 2013 à 18 h 40 min

Le titre de ce post n’est pas de moi. Remercions un certain Paul Kersey (sur twitter) pour avoir résumé aussi rapidement une tendance lourde -et à laquelle on peut aussi ajouter Bruno Roger-Petit.

Il fallait s’y attendre.

Le net 2.0 ce n’est pas seulement des vidéos de petits chats postées sur Youtube par des propriétaires gagas, c’est aussi le moyen d’enfin rentabiliser toutes ses années d’études supérieures pour tout un tas de gens. Il faut les comprendre. On parle quand même de trois à huit années de faculté très compliquées à monétiser sur le marché du travail. Alors, par défaut, on publie sur des journaux en ligne. La tentation est là. Énorme.

Déjà, ce sont des publications plutôt faciles à obtenir. Pas besoin que son petit galimatias du jour soit revu par d’hypothétiques collègues journalistes professionnels -même de galère.

Ensuite, on espère toujours parvenir ainsi à une certaine autorité qu’on n’a pas pu obtenir académiquement. Voire, peut-être, un jour, à du vrai pognon. Ou, à défaut, à des chèques Google ads.

Moralité, on retrouve ici des universitaires juniors au statut précaire et aux ambitions contrariées, des professeurs de collège ou lycée n’enseignant en pratique pas du tout leur matière, des anciens journalistes en marge, etc.

Attention, il ne faut pas confondre pas tout ce petit monde de la relégation intellectuelle avec des étudiants cherchant à appliquer les enseignements reçus ou des blogueurs passionnés.

La finalité n’est pas du tout la même.

Et la somme de travail investie dans les articles se révèle également très différente.

Laura-Maï Gaveriaux, philosophe en perdition professionnelle, fait indubitablement partie de la première catégorie.

Catégorie qui, par paresse intellectuelle (ce qui la condamne par ailleurs), fait de la morale de supermarché afin de masquer son insuffisance.

Qui, à défaut de lire les livres qu’elle critique, son temps passé à glander étant trop précieux, se contente de regarder des deuxième partie de soirée de France 2 le samedi soir afin de se faire une idée. Ou d’écouter Les Grandes Gueules.

Qui publie l’essentiel de ses raisonnements sur twitter et en 140 signes.

Ces commentateurs semi-professionnels travaillent encore moins qu’un journaliste se contentant du fil de dépêches AFP. Et pour presque rien. Et sont donc de plus en plus utilisés par des médias qui se cassent gentiment la gueule. Notablement les journaux.

Les français n’achètent plus leur prêchi-prêcha débilisant en kiosque ?

Aucune importance.

Pour conserver leur marge, il suffit de recruter dans le vivier quasi-infini des intellectuels déclassés qui feront aussi mal, aussi bêtement popolémique que des journalistes professionnels, mais… Pour seulement trois euros dès que c’est sur internet. D’autant que ces braves petits soldats sont débarrassés de tout risque professionnel s’ils écrivent de la merde. Et de toute déontologie avec.

A noter que les trois euros sont justifiés hein. Ces gens ne bougent pas le cul de leur chaise. Ils ne prennent même pas leur téléphone. Et, pire encore que Rue89, ils n’interrogent même pas leur chat pour en faire des papiers. Non, ils se contentent simplement de déverser leur bouille mentale en ligne après avoir cliqué sur Google Actu et regardé On n’est pas couché.

Mais regardons avec attention ce que cette estherbenbassisation peut donner avec Laura-Maï Gaveriaux et son article sur Le Plus (Nouvel Obs) portant sur Alain Finkielkraut.

Je commence normalement toutes mes lettres ouvertes par « cher », même celles qui ont pour intention de critiquer l’un de mes confrères, ou aînés, parce que si j’use souvent du registre familier dans le cadre de mes argumentations, comme on use des artifices rhétoriques lorsque l’on a reçu cette éducation classique que vous chérissez, je suis très attachée aux cadres de la courtoisie.

Mais cette fois-ci, et malgré tout le respect que je vous dois, je n’ai pas le cœur à dompter ma tristesse dans le carcan social de la courtoisie.

Autrement dit, cette philosophe que certains ont qualifié d’hôtel de passe, commence sa lettre ouverte à Alain Finkielkraut en lui crachant à la gueule. Oh, cela reste dans les cadres de la courtoisie mais c’est ce qui est non seulement écrit, mais revendiqué.

Sinon on aurait probablement raté le fait qu’elle n’ajoute pas un « Cher » à Alain Finkielkraut en préambule de sa missive.

Or, ne pas le remarquer aurait été intolérable.

Alors non seulement on ne met pas ce « Cher » mais surtout on en fait des tonnes derrière là-dessus et on le signale bien au lecteur hein. On théorise même.

Ce qui équivaut en littérature à un crachat à la gueule. Et d’une classe tout à fait comparable également.

Diable, c’est quand même marrant cette posture voulue et revendiquée de racaille de la philosophie…

Le 29 octobre, j’ai reçu une triste nouvelle. Si triste que j’en ai vomi.

C’est tout le gauchiste là.

Quand il voit un vilain fasciste, il lui crache à la gueule et après il vomit (n’oublions jamais son estomac fragile et son amour du champ lexical autour). Et encore après il le dénonce. C’est le triptyque habituel.

S’ensuit des tweets enrobés d’un beau petit pathos que vous pourrez vous infliger si vous en avez la curiosité sur le site du Plus. L’idée étant de dire qu’il y a de vilains racistes sur Twitter et que ce racisme s’exerce sur des immigrés méritants.

Dingue.

Mais il se trouve que Alain Finkielkraut n’est pas l’auteur de ces tweets, qu’il n’en a certainement jamais entendu parler et qu’il a écrit un livre. Qu’on peut acheter en librairie. Des dizaines et des dizaines de pages. Des chapitres. Tout ça quoi.

Un truc de réactionnaire-à-bouquin-aux-pages-jaunies-et-presque-rancies probablement.

Un truc qu’on a du mal à comprendre quand on est chercheuse junior et qu’on publie sur Twitter.

Laura-Maï Gaveriaux, elle, a donc préféré lire des tweets.

Elle y a attrapé la nausée.

Fichu champ lexical.

Et un de ces tweets a cité Alain Finkielkraut.

Si son auteur avait su qu’il serait le seul lien entre le livre d’Alain Finkielkraut et Laura-Maï Gaveriaux…

Ça et une critique du Nouvel Obs d’Eric Aeschimann dont la qualité est tout à fait exceptionnelle et qui mériterait également qu’on s’y attarde quelque peu.

Plus tard peut-être ?

Oh non, ce n’est pas parce que vous n’avez jamais passé de diplôme de philosophie que vous n’êtes pas un philosophe… C’est pire que cela. Vous en avez bradé l’ethos, vous en avez souillé l’éthique. Vous êtes aujourd’hui, et pour toujours, un idéologue du conservatisme dans ce qu’il a de plus immonde : ce maniérisme élitiste qui ne dissimule que la haine de l’autre, vous, fils d’immigré juif polonais, et donc la haine de vous-même.

Qu’est-ce que ça doit être énervant qu’on est un chercheur junior ayant visiblement dépassé allègrement la trentaine de voir que son diplôme de philosophie ne suffit pas à avoir sa propre émission de radio. A ce point que ça donne envie de psychiatriser encore une fois Alain Finkielkraut.

Et de lire entre les lignes.

Qu’ici elle n’a même pas lues.

D’ailleurs, ça me fait marrer un peu cette histoire de lire entre les lignes. C’est bien un truc à la Aymeric Caron ça. Le mec, comme un vulgaire chercheur junior en philosophie, il confond lire entre les lignes et aborder un auteur avec des idées préconçues sur lui et la farouche envie de dégommer ce dont on croit qu’il est le nom. Lire entre les lignes c’est pas un exercice de ball-trap pour semi-demeuré moraliste, c’est un exercice de vérité. Qui nécessite qu’on s’intéresse premièrement aux lignes avant de se focaliser sur ce qu’il y a entre. Le Caron, lui, quand il lit un livre de quelqu’un qui lui déplaît, il lit direct entre. Et après, il reconstruit les mots et les idées autour.

Bref.

Je pourrais encore m’amuser un peu avec Laura-Maï Gaveriaux. Mais elle a juré à la fin de son article que ce n’était pour elle que le premier pas d’une longue explication entre elle et Alain Finkielkraut.

Le deuxième pas sera peut-être de lire son livre.

Je crains tout de même que cette très attendue explication ne soit quelque peu solitaire.

Décidément, quel terrible statut que celui de chercheuse junior…


Hereford, Newcastle, Croydon…

Citations, Images, Journalisme — Article écrit par le 8 octobre 2013 à 19 h 19 min

Jules Vallès, La rue à Londres (1883):

« Les femmes, ce parfum de la rue française, se divise crûment, là-bas, en deux espèces : celles en sucre et celles en corne ; celles qui ont des profils d’ange et celles qui ont des profils de bêtes; celles qui ont seize ans et celles qui en ont cent: des joujoux et des magots. (…)

Chose horrible! Ce sont les femmes surtout qui salissent le pavé de leurs vomissements et qui battent les murs avec leurs têtes ; non pas seulement celles en haillons, mais aussi celles en chapeau frais et en robe neuve; non pas seulement les vieilles, mais les jeunes. Celle qui vous a heurté tout à l’heure était la sœur d’un avocat ou la fille d’un révérend, elle sortait du temple ou elle y allait ; elle s’est arrêtée à un bar pour siffler du whisky ou du gin et elle festonne et elle chante! Les seuls éclats de voix humaine qui crèvent le brouillard de Londres sortent des poitrines brûlées par le poison des public-houses. Ce peuple ne parle fort dans les rues que quand il est saoul. (…)

Les hommes, de leur côté, débraillés et décoiffés se démènent, comme des fous, entre les bras des amis qui veulent les retenir, mais en vain, quoique les prenant aux cheveux et leur tordant un peu les membres. la force de résistance contre la douleur est une des vertus de l’Anglais. Il trouve même une joie sauvage aux mêlées aveugles, aux poussées terribles. Une caboche d’Englishman peut supporter des coups de poing, gonfler, saigner, et rester, malgré tout, menaçante, garder un branlement de défi. L’ivresse exagère encore cette vigueur et affole cette bizarre fierté. (…)

Si les policemen n’apparaissent pas dans le débat quand il n’y a que des trognes en danger, ils interviennent, en revanche, avec une énergie terrible, quand ils y sont contraints par l’appel d’un faible ou le remous de la foule. si c’est contre eux que l’ivrognerie moutonne, ils attaquent le flot, tête basse, comme on tirerait un coup de canon contre une vague ; ils font une besogne de bélier, sans merci, sans pitié! Gare à l’innocent ou au curieux! Malheur aux faibles! En ces heures de saoulerie féroce, l’Anglais brutal ne se fâche pas de la brutalité ; on lui laisse la liberté de ses vices, il comprend que la loi ait droit de défense et ne regarde pas si la pesée est fausse même si les poids écrasent un homme quand la police remue la balance. (…)

L’Angleterre est toute entière dans l’ironie ou la force. Elle est ironique à la façon des dédaigneux, et elle adore la force, parce que c’est le succès. Les Anglais rient quand ils voient un homme volé parce qu’il est niais et rossé parce qu’il est lâche. Ce n’est pas amour de l’indélicatesse, éloge du filou, excuse du vol : c’est mépris de la sottise et de la faiblesse. (…)

C’eût été l’instant de filer, fausser compagnie… plus une petite seconde à perdre… rompre le charme néfaste brutalement! Delphine elle c’était un petit gnome qui y avait sauté sur le rabe du haut du Tunnel… nous c’était là notre sinistre, notre arsouille d’odeurs qui s’en payait de nous ébaubir… il me sortait plus ses bouts de boyaux, on allait trop vite. Standwell Road à une rude allure… on trottait trop pour des éclopes! Puis Briars… puis Clapenham… Je reconnaissais les coins de rue… mais à partir d’Acton Vale la bouteille à l’encre! plus que des lacis des détours, il nous perdait qu’on aurait dit… des impasses du labyrinthe… Il nous payait une belle promenade… C’était noir, de plus en plus noir… je quittais pas là-haut le ciel des yeux, les petites cheminées qui se découpent… c’était gris là-haut… la lune… les nuages rabattent de loin, du fleuve… d’où il vient le vent? d’où il vient?… J’ai mal à la jambe… Je rattrape Virginie, je lui serre la main… « Virginie! Virginie! » Je l’appelle, elle me répond pas… elle va elle va et c’est tout…

Louis-Ferdinand Céline, Guignol’s band (1944)

 

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L’inspecteur Moustache et son public

Journalisme — Article écrit par le 9 mars 2013 à 5 h 24 min

Aujourd’hui, conf’ universitaire avec l’inspecteur Moustache en guise de guest star. Le bonhomme n’a pas moins l’air de ce qu’il est en vrai qu’à la télévision. Ses centres d’intérêt, ses amis et ses ennemis sont les mêmes ; les merveilleux Arabes musulmans (surtout les Algériens), les méchants patrons, particulièrement ceux qui possèdent la presse (mais les autres aussi), les sales Blancs colonialistes, les gentils Arabes musulmans (surtout les Algériens), Bernard Tapie, Nicolas Sarkozy, les abonnés à son canard en ligne pour retraités de l’éducation nationale, les gentils Arabes musulmans (surtout les Algériens), les Américains, les frontistes, et les gentils Arabes musulmans (surtout les Algériens). Malheureusement,  Zemmour n’est pas là pour le faire sortir de ses gonds, l’interrompre dans ses monologues, lui faire cracher ses menaces et jeter son regard venimeux de tchékiste impuissant pesant 42 kilos.

Les autres sujets ne l’intéressent vraisemblablement pas des masses. Deux heures de discours sans contradiction aucune ; c’est la loi du genre. Il est affligé d’un sien camarade né à peu près au même endroit à la même époque et pensant à peu près exactement la même chose.  Un type moins inintéressant cependant, qui s’est tout de même presque excusé d’avoir prononcé une phrase qui aurait pu laisser à penser qu’Albert Camus ne haïssait pas intégralement la droite…

Au menu, mélo de communiste islamocompatible, larmes de crocodile sur le compte de Papy Indignez-mou, auto-promotion commerciale et vitupération anticapitaliste. Sous les applaudissements. Y compris les miens, du moins les deux ou trois premières fois, parce que je suis un garçon bien élevé.

Seul « temps fort » de l’évènement, une étudiante vraisemblablement musulmane l’interpelle avec un reste d’accent blédard pour lui signifier que son laïcisme  gauchiste est une idéologie morte et enterrée, qu’elle restera pour sa part islamic for life, qu’importent ses sermons d’obsolète idéologue. La moustache bégaye et s’empourpre ; il comprend… Il ne voudrait pas passer pour… Il respecte… Froid sur la salle.

Et pour cause, en dépit des dizaines d’affiches placardées dans toute l’école, le public est composé à 90% de vieillards à chandail des deux sexes, costumés, poudrés et permanentés pour l’occasion. Mon voisin – un mediaprout fanboy ! – raille son héros qui nous sert du « vous qui êtes jeunes » et autres  « votre génération de révoltés », la majorité des auditeurs étant plus âgée que lui. Renseignement pris, nous sommes seulement trois sur les quarante gus de ma promo à savoir qui est ce type et ce qu’il a fait. Rassurant, quelque part.

À l’issue d’un énième laïus humaniste – Ô combien original et courageux on s’en doute -, je me suis souvenu d’un mot d’XP qui disait en somme qu’il était heureux que la presse et la télévision soient aux mains des marchands d’armes plutôt qu’entre celles des sectateurs de France Inter ; parce qu’on aurait, dans le cas contraire, à supporter la bobine de l’inspecteur Moustache ou celle d’Albert Jacquard chaque soir sur toutes les chaînes à l’heure de l’apéro. XP a probablement tous les défauts du monde, mais c’était pour ainsi dire assez finement observé ; la Moustache et son pote ont bien passé 45 minutes à accabler tout à la fois et dans le désordre : le « divertissement qui éloigne les gens des vrais sujets » au détriment de « l’information sérieuse », dont on sentait bien qu’ils étaient convaincus d’être les seuls fournisseurs agréés ou pas loin, les « consommateurs abrutis » et les mauvais jeunes rétifs à la « vraie culture », dont on sentait bien qu’ils étaient convaincus d’être les seuls dépositaires ou pas loin, les autres journalistes, les salauds qui ont du succès et plaisent à l’opinion, et surtout les « riches » qui mettent leur pognon dans les « paradis fiscaux » plutôt que de subventionner via l’impôt la presse d’extrême-gauche et les MJC de la Courneuve.

La conférence s’est largement structurée autour du thème « Camus, le porte-parole du peuple », dont l’ami Moustache a bien entendu repris seul le flambeau, du moins était-on obligeamment invités à le comprendre. Camus la plume des pauvres, Camus la plume des opprimés, Camus l’écrivain des petits et surtout, comme cela nous a été amplement répété, « Camus, celui qui prête ses mots à ceux qui n’en ont pas » ; applaudissements nourris de la part des gosses de notables locaux et des retraités. À la toute fin, un petit vieux qui se trouve faire partie de ces humbles qui n’ont pas les mots s’empare inconsidérément de la parole pour s’en prendre de manière brouillonne et décousue aux conférenciers. Huées du public, rires méprisants, commentaires désobligeants lâchés suffisamment forts pour être entendus, le tout de la part des mêmes qui applaudissaient extatiquement moins d’une minute plus tôt les envolées populistes du Ayrton Senna de la philosophie. « C’est sûrement un gars du FN », dit mon voisin. Auquel on coupe finalement la parole pour mieux l’achever en lui citant de nouveau une tirade interminable sur la nécessité de l’expression libre, des bienfaits de la démocratie et que sais-je encore, je n’écoutais plus. Rideau.

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L’Union Européenne concrète

Actu, Journalisme — Article écrit par le 6 mars 2013 à 22 h 32 min

L’Union Européenne, l’UE, est comme une pieuvre qui étend ses tentacules sur l’ensemble du paysage politique, économique et social européen. Qu’est-ce que ça veut dire un « paysage politique, économique et social » ? Rien.

Or ce truc, cette UE, possède une face bien visible et concrète avec des bâtiments, des employés, des réunions, des repas de midi etc. On peut résumer cette face bien visible à deux bâtiments principaux: La commission et le parlement.

C’est la planque de rêve pour les recalés de l’ONU, pour les parasites diplômés de sciences-po, les invertis intellectualisants,  les fausses Agyness Deyn à lunettes vraies moches qui veulent jouer à celle qui est « busy » en retard pour le bureau (jupe-collants-baskets, talons dans le sac) le tout dans un sous-New-York dont aucun habitant, absolument aucun, n’est « du coin ».

 

L’UE paie

Le travail consiste à monter pendant des mois un dossier pour présenter un projet d’ordre général sur un sujet ayant trait au « paysage politique, économique et social européen».  Personne ne lira le dossier, et lorsque la présentation sera faite il y aura une commande pour un nouveau dossier à rendre dans 6 mois.

Ce travail là est payé de 4000 à 9000 euros/mois. Pour devenir « fonctionnaire européen », planque idéale, il faut passer tout un tas de concours très pénibles comparable au GMAT.

L’UE régale

Un nombre incalculable, incroyable, inarrêtable  de sous-commissions travaillent pour la commission et le parlement : UE press club, la représentation de la ville de Mâcon auprès de l’Union Européenne, la représentation de la région de Bade-Wurtemberg auprès de l’Union Européenne (il y en a pour toutes les régions, districts et départements), la délégation croate auprès de la commission européenne (à ne pas confondre avec « auprès du PARLEMENT européen ni avec l’ambassade croate), le groupe des jeunes du parlement, le pôle des auditeurs indépendant de la commission… bref des centaines d’officines, de congrégations, de groupuscules.

Bon. Tous ces gens lorsqu’ils ont terminé de fabriquer des dossiers il faut qu’ils BOUFFENT. Et pour ça ils sont extrêmement fournis en restaurants internes (« ah LE restaurant de la commission ») payés avec tes impôts mais aussi très gâtés en cadeaux, paniers-repas,  invitations à dîner, tous payés avec tes impôts c’est entendu.

Exemple de restaurant fréquenté par la commission, situé à 20 mètres de la commission.

Et encore dans cet établissement les prix sont très raisonnables. Mais lorsque les impôts des autres t’invitent, pourquoi ne pas prendre le Argentinian Filet 500 grammes après tout?

L’UE offre toute l’année aux groupes cités précédemment des tas de cocktails, apéros dînatoires, buffet typiques dans de somptueuses maisons de maîtres dont j’apprécie régulièrement la qualité sous le pseudonyme Doktor Müller, glissé au vigile à l’entrée qui très impressionné me laisse entrer malgré l’absence de Doktor Müller sur la check-list.

L’UE emmène

Pour bien aider ses collaborateurs à fabriquer leurs dossiers, l’UE prend à sa charge (à ta charge) le coût des déplacements, nuits d’hôtel, visites nécessaires. Et le coût des Argentinian Filet 500 grammes + vin + dessert évoqués plus haut c’est entendu.

Difficile de chiffrer les sommes dépensées  par les milliers d’employés de l’UE en taxi, hôtels, billets d’avion et restaurants mais il doit d’agir de plusieurs centaines de milliers d’euros par an.

Les enfants des employés de l’UE sont quant à eux gracieusement scolarisés dans des écoles internationales qui ne lésinent sur aucune dépense de ton argent pour élever le jeune au grade d’éco-citoyen, homosexuel si possible. Prix de la scolarité d’une école internationale : entre 10 000 et  50 000 euros/an.

Voilà.

Que l’UE paie, que l’UE régale, que l’UE emmène sont 3 manières très fortes d’intéresser une petite coterie de fonctionnaires à ce que la machine continue de tourner.

Ainsi il y a ceux qui en croquent…

… et les cons qui n’ont rien compris. Pour eux c’est une toute autre musique.

L’UE vole

Toutes les montagnes de fric englouties dans l’UE ne viennent pas d’un casino. Elles viennent d’incompréhensibles cotisations, taxes, impôts, mille mots creux pour finalement justifier la spoliation des classes moyennes (toi, tes amis, ta famille). Que les fonds soient prélevés à la source ou réclamés sous forme de facture il s’agit bien d’un vol : pas un centime au-dessus de 20% d’impôt qui ne soit employé aux fonctions régaliennes de l’Etat (police, justice…) ou à un travail productif (routes…). Non, tout est déversé dans les associations de profs retraités, dans les HLM, et dans des Argentinian Filet 500 grammes + vin + dessert.

L’UE se fait construire sans cesse de nouveaux locaux, rachète à prix d’or, ravale, rembourse… Tout cela représente des sommes colossales. Et plus il naît de nouvelles sous-commissions et plus il faut de nouveaux locaux pour les loger et plus il faut de voyages et d’hôtels etc…

L’UE affame

Les éleveurs et agriculteurs, pour des raisons complexes, sont réduits au statut de fonctionnaire de kolkhoze ce qui est très déprimant, et de surcroît sont ruinés par les exigences de l’UE. Sans entrer dans les détails ils sont pieds et poings liés à un système qui tout à la fois les ruine et juste après se présente en sauveur pour leur verser juste le minimum vital.

Quand aux bruxellois de souche (l’UE siège surtout à Bruxelles), leur mode de vie qui ne manquait pas de charme a été entièrement dévasté par le désordre qu’a provoqué l’UE physiquement dans leur ville. « Dynamiser l’économie »? Lorsque le prix du mètre carré triple en 10 ans sous l’effet des salaires extraordinaires des employés de l’UE, plus aucun souchien ne peut survivre. D’ailleurs c’est bien le cas: on ne croise jamais de citadin de souche à Bruxelles.

L’UE écœure

Peu de gens savent ceci : les employés de l’UE qui fabriquent des dossiers tombent souvent en dépression. Ces dédales de couloirs post-staliniens cachent des stéréotypes d’employé de bureau engoncés dans des costumes mal choisis qui dépriment parce qu’ils n’ont aucune prise sur le réel et ont très conscience que leur travail ne sert à rien. Vivre derrière un ordinateur pour fabriquer des dossiers, même à 7000 euros net par mois (les fonctionnaires européens ont un régime fiscal spécial) est très déprimant. Ce sont des vies impossibles en réalité : laptop dans un attaché-case, bureaux coupés du monde, aucune production concrète. A la clé : bide, flemme, divorce.

On redistribue juste de quoi tenir tranquilles les gens, le truc est vieux comme l’homo sapiens.

Tableau final. Lorsqu’il fait beau, le couple d’employés de l’UE va promener son enfant au parc. Son enfant estonien, allemand, espagnol, tchèque etc…. Et il y croise les enfants des habitants locaux c’est-à-dire les fils d’immigrés araméens, turcs et marocains. Examinons très exactement le panorama sociologique concret, l’immense réussite de cette Union Européenne, cela tient en 3 observations. 1 : Personne n’est du coin et n’a de réel attachement au terroir local. 2 : Les gens ont peu de choses en commun et se méfient les uns des autres (souvent à juste titre). 3 : Contrairement à ce que l’on croit les relations fondées sur la différence, le genre « ah vous venez de quel pays ? » font s’enliser la conversation et après 3 ou 4 fois, découragent de recommencer.


Arco 2013

Journalisme — Article écrit par le 18 février 2013 à 15 h 49 min

Arco, c’est l’acro pour Arte Contemporáneo, la foire d’art contemporain phare en Espagne. Ça se passe à Madrid au mitan du mois de février.

Veni-Vedi-Vici. Reportage de terrain, photos tout cela pour nos chers lecteurs. Ne remerciez pas.

Alors deux remarques liminaires. La première: le lieu. Ça se passe dans un parc des expositions, IFEMA pour ceux qui connaissent. Bon… un salon d’art contemporain dans deux pavillons au fin fond du parc des expositions entre les salons des formations supérieures pour futurs chômeurs et celui de l’offre de matériel éducatif…et bien ça prend un coup dans la gueule la majesté de l’art. Vous imaginez la FIAC au parc des expositions de Franconville. En fait, le seul avantage du lieu c’est qu’en sortant boire sa bière et fumer sa clope et bien on a tout de pleins de petites étudiantes  frétillantes de leurs 20 ans…ça avait un air rafraichissant comparativement aux vieilles peaux dégueulasses retapées de partout et aux cheveux rouges qui pullulent dans les travées.

Deuxième point: le prix public; l’accès au salon était de 40 euros. Évidemment, nombre de visiteurs profitaient d’invitations, mais il est évident que c’était une barrière à l’entrée pour des types pas forcément introduits dans les milieux, l’art pour tous c’est dans les discours quand on cause business, faut passer à la caisse, art ou pas, c’est un business et c’est très bien ainsi.

Maintenant l’offre artistique…ou la proposition comme disent les artistes de merde…c’est comme une proposition commerciale. Alors 202 galeries, si j’ai bien lu la brochure, de plus de 30 pays avec un focus, comme on dit, sur la création artistique venant de Turquie et pas mal de galeries d’Amérique du Sud, en fait surtout du Brésil. Ce sont d’ailleurs les galeristes les plus sympathiques et ceux avec qui on a envie de faire affaire. Ils engagent la conversation, parlent clairement de prix…s’arrangent pour vous arranger. Bref à la différence des galeries européennes, qui ne vont pas chercher le client, daignent à peine vous filer leur carte quand bien même auriez-vous 5 à 8 k€ à dépenser chez eux. Ils s’en foutent, ils sont nuls, les Allemands et les Autrichiens peuvent être mis à part. Bon maintenant, passons dans le dur… Qu’at-on vu? de grands artistes? des grands noms? Des installations bluffantes? Rien de tout cela. Je vous ai pris quelques photos…je vous ai cherché de jolies gonzesses sans trop en trouver…

Autre considération, on note que de nombreux « artistes » n’ont toujours pas fait leur cette sentence de Gide « l’art naît de contrainte, vit de lutte et meurt de liberté ». À toute représentation artistique, il faut une contrainte, par exemple un sonnet … il y a un cadre, des règles et il faut s’y plier. Pas de cadre pas de représentation artistique…comme on peut le voir:

À se demander si ce petit papier fait, lui aussi partie de l’oeuvre. Quand un artiste est obligé de mettre lui-même la limite à son travail, c’est que c’est raté. C’est comme un type qui essaie de faire de l’humour et dont la vanne tombe à plat et qui est obligé de dire « c’est une blague ». Voilà le niveau aujourd’hui.

Je me suis aussi légèrement ridiculisé, une galerie suédoise d’art contemporain – je ne crois pas qu’il existe un truc plus froid qu’une galerie scandinave – qui exposait mais en fait c’était une installation, qui se voulait la copie d’un exposant ( je ne suis pas sûr de me faire comprendre) dont les artistes pouvaient tout à fait passer pour les galeristes. Voyez la confusion. Je m’approche, regarde ce qu’il y a au mur, qui n’a aucun intérêt, mais je n’avais pas saisi que c’était une installation et là je me retrouve avec un connard qui imite exactement mes mouvements. J’avais franchi le cadre invisible que personne, je dis bien personne, ne pouvait distinguer. Léger malaise dans l’assistance. Je suis parti sans demander mon reste.

Et maintenant quelques photos.

 

 

 

 


Aymeric Mantoux & Emmanuel Rubin

Journalisme — Article écrit par le 12 février 2013 à 13 h 14 min

Comme j’aime bien la bouffe et faire à bouffer, mon beauf m’a offert un bouquin, un document comme on dit dans le monde de l’Édition qui s’appelle Le livre noir de la gastronomie française. Toute l’idée du livre tient dans le titre. C’est extrêmement poussif dans les 30 premières pages si bien que je l’ai laissé dans ma sacoche sans plus y penser. Puis, un jour à la terrasse d’un café, une bière et une clope au bec, je reprends la lecture…c’est un peu mieux, la partie business est vaguement intéressante et puis la relation entre les Frères et les cuisiniers nous apprend deux ou trois trucs mais bon c’est tout de même pesant, mal écrit, ça écorche la vue mais on s’accroche car on se dit que l’on va découvrir quelques haines entre cuisiniers…Tout le livre repose sur les entretiens que les auteurs ont eus avec les chefs et autres acteurs de l’industrie ce qui amène au principal problème…on doit les croire sur parole. Nombre de notes en bas de page sont « Entretien avec l’auteur ».

Mais se pose la question, peut-on décemment croire sur parole deux types qui osent écrire, au chapitre nº5 de leur bouquin (page 149, édition J’ai lu):

La mésentente cordiale

 » Je vais lui faire une offre qu’il ne pourra pas refuser » Vito Corleone, Film de MARTIN SCORSESE (c’est moi qui ai mis le nom de Scorsese en gras)

Quand deux types (en fait j’imagine qu’il y avait deux ou trois autres lascars dans l’histoire, du style l’éditeur et un rewritwer, mais certainement pas de la qualité de l’ami Goux) osent écrire et imprimer à plusieurs milliers d’exemplaires que le Parrain, chef d’oeuvre du cinéma, oeuvre qui restera encore dans quelques siècles, est un film réalisé par Martin Scorsese alors que c’est bien évidemment un film de Francis Ford Coppola, on peut douter du bien fondé du reste. Cette information est la plus facilement vérifiable au monde; alors je m’interroge, si deux gus sont incapables de savoir que c’est Francis Ford Coppola qui a réalisé Le Parrain et non Martin Scorsese, que vaut le reste des informations qu’ils donnent, surtout lorsqu’on doit les croire sur parole?

Une faute aussi grossière discrédite-t-elle l’ensemble? Personnellement, je pense que oui. Franchement prendriez-vous au sérieux un type qui vous explique que Dumas a écrit les Misérables. Évidemment que non? Alors ce livre est à mettre au rebut.

Pour information, Aymeric Mantoux et Emmanuel Rubin sont respectivement rédacteur en chef du magazine L’optimum – Chroniqueur dans « Goûts de luxe » sur BFM et Cofondateur du bureau du Fooding-directeur de la rédaction de l’Optimum.

 

Et la preuve par l’image.

 

Rien à voir. La photo illustrant l’article, mais j’ai vu le film Happiness Therapy et la petite Jennifer Lawrence m’a bien plu…


Ted Lebire chez Audrey Pulvar

Journalisme — Article écrit par le 14 septembre 2012 à 18 h 33 min

Ted Lebire, étoile montante du parti Doux et bras droit de Bidou, était l’invité d’Audrey Pulvar, sur le sofa dans son bureau de la rédaction des Inrockuptibles, porte close.

A. — Alors Ted, que pensez-vous de ces événements dans le monde arabe ?

B. — Eh bien comme le disait la poétesse Asmaa bint Marwân avant d’être elle-même tuée par des barbus sans humour, Mahomet était une vulgaire arsouille et si les musulmans ont du caca de biquette entre les oreilles, c’est sans doute sa faute. Tout ça n’est pas bien brillant.

A. — Vous désignez des responsables ?

B. — Oui, je crois que le grand responsable de tout ce fiasco est Bernard-Henri Lévy. D’ailleurs notre parti Doux incline à croire que tout ce qui ne va pas dans les lettres et les arts aussi, c’est sa faute.

A. enlevant ses lunettes d’intellectuelle noire et faisant la moue — Ce n’est pas antisémite, ça Ted ? Dieudonné-Bidou même combat ?

B. — Dieudonné ressemble de plus en plus à notre président Bidou, il s’empâte, et si un jour la LDJ arrive à le rouler dans des fibres textiles ignifugées après l’avoir couvert de goudron, il pourra devenir membre d’honneur du parti Doux. Mais non, ce n’est pas antisémite. D’ailleurs je propose que M. Lévy soit renvoyé à Benghazi et nous en refasse un film-reportage avec son téléphone portable. Le Chameau de Mabrouk, ça s’appellera.

A. — Et s’il en revient ? vous irez voir son film ?

B. — On l’enverra déjà faire la promo au festival du film engagé de Lattaquié.

A. — C’est une manière détournée d’appeler à la violence contre Bernard-Henry Lévy ?

B. — Absolument. Le coller contre un poteau et le fusiller de douze tartes à la crème dans le dos me semble un minimum. L’avantage de la chose étant qu’on peut répéter l’opération presque indéfiniment sans même l’abîmer. Il est temps que ce cacatoès dépoitraillée des charniers arrête de nous crier ses injonctions. En plus avec son fric il nous fait passer pour des méchants cons dans le monde entier.

A. — Quel regard portez-vous justement sur le rôle de la France et de François Hollande dans tous ça ?

B. — Je recommande à M. Hollande de rester dans son bunker idéologique à biser alternativement Corinne Lepage et Marisol Touraine tout en plaçant sur une carte des modèles réduits d’éoliennes. C’est encore comme cela qu’il nous fera le moins honte, ce petit mou flasque.

A. – Vous êtes sévère.

B. — Mais juste, d’ailleurs tous les ex-gros deviennent des petits mous flasques, genre limace. Et vous êtes bien mieux que Marisol Touraine. C’est un compliment sincère. Je peux vous faire une bise ?

A. (remettant des lunettes) — Hum… et alors selon vous notre politique étrangère…

B. — … la politique étrangère vous savez bien que nous n’en avons pas et que nous ne pouvons pas en avoir.

(La cellule communication du parti Doux dément qu’un paparazzi ait pu durant les suites de cet entretien prendre par la fenêtre des photos dénudées d’Audrey Pulvar, contrairement aux rumeurs qui ont ce matin couru les rédactions. Bidou a juste léché un peu de chocolat, et Audrey a dû prendre une douche car le kapok la grattait. Voilà tout.)

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Je vais dire adieu à mes 50 followers sur Twitter, par @bidou_ilys

Journalisme — Article écrit par le 20 juillet 2012 à 16 h 38 min

Pendant six mois, le candidat le plus doux à la présidentielle a tweeté le matin, le midi et le soir, et aussi la nuit parfois. Et parfois le lendemain matin après avoir tweeté pendant la nuit. Puis dans l’après-midi du même jour après avoir pourtant tweeté la nuit ET le matin. Et les jours suivants également ! Et ça, donc, pendant six mois. Mais, du jour (vers midi trente) au lendemain (toute la journée), il va fermer son compte.

Une vraie libération temporelle inspirée d’un journaliste de Télérama, Nicolas Delesalle.

Voilà, je vais mourir.

Un clic suffira sur le bon bouton.

Non, pas le bouton rouge. Non, pas non plus celui de la prise électrique. Et non, pas celui relié à la ceinture d’explosif.

Ce bouton là vous le trouverez sur Twitter dans paramètres, puis compte, et là, tout en bas, il y a inscrit « désactiver mon compte ». Voilà. C’est là-dessus qu’il faut cliquer.

Bien entendu, une autre possibilité serait de ne plus me rendre sur Twitter sans pour autant cliquer sur le bouton. Mais que voulez-vous, j’ai une âme de tragédien. Et puis, le suicide c’est pas mon truc. Le mien c’est l’euthanasie.

J’ai besoin qu’on m’aide quoi.

Je suis une peluche hein. Et les peluches, malgré toutes leurs qualités, elles n’ont pas plus de couilles qu’un journaliste de Télérama. Vous avez déjà vu une vieille peluche, avec un oeil en moins et la fourrure sale, se jeter d’elle-même dans une poubelle ?

Moi jamais.

­Quoiqu’il en soit, fini Twitter.

Fini, fini, fini !

Oh, la plateforme en elle-même subsistera peut-être encore quelques jours à ma disparition, moribonde.

Mais moi, pour sûr, je vais disparaitre du réseau.

Sans un seul mot à qui que ce soit.

Fini, fini, fini !

Ce sera pour moi une libération comparable à celle de l’arrivée de Pétain en 39. Un vrai choix de vie motivé par un trillion de raisons que je pourrais renier un jour mais qu’en tout cas je n’énoncerais pas parce que cela me regarde, parce que ce serait long, qu’il faudrait que je mette de l’ordre dans mes idées et que je bosse un peu. D’ailleurs c’est précisément pour cela que j’ai quitté Twitter…

Marre de bosser !

Fini, fini, fini !

Terminée l’obligation induite-par-le-système de faire des bons mots ! Terminée l’obligation de partager les bons plans ! Les liens, les articles, de raconter des histoires ! De réagir, commenter, croiser le fer, tailler le verbe en cent quarante caractères ciselés !

Fini, fini, fini !

Je vais retourner dans la forêt au bord de la rivière, me rouler en boule et écouter pousser ma fourrure dans le vent tiède du monde réel en attendant l’hiver qui viendra, inéluctablement avec sa neige blanche et humide qui se répandra sur les sols gelés où l’herbe cesse de pousser en attendant des jours meilleurs.

Comme c’est étrangement fait une patte d’ourson en peluche… Vous ne trouvez pas ? Je pourrais écrire dix millions de signes sur mes pattes. Et sur comment elles sont froides et mouillées quand elles sont plongées dans l’eau froide. Et sur comment de pâles filaments de kapok immaculés et jurassiens s’en échappent lorsqu’elles mes petites pattes se coupent par inadvertance et fatalité sur un dur silex…

Oh !

Ô !

Quel sentiment d’autodestruction à venir !

Allez ! Courage ! C’est pour moi l’heure d’infiltrer la vraie vie ! Et au diable ceux qui chercheront à me rattacher à cette mort que cette vie numérique. Tous ces coup de téléphone, ces mails, ces sms à venir… Je les entends déjà résonner dans ma tête d’ourson ! J’entends déjà bourdonner leurs supplications !

Non !

Taisez-vous !

Je ne veux pas !

Retranché dans mon deux pièces de la rue de Furstenberg comme dans Into the wild je veux parcourir la vraie vie. Seul.

Oh, je sais ce qu’il se marmonnera dans l’immense cimetière de ma disparition : « A la mémoire de feu @bidou_ilys, ce vieil enculé de peluche » ; « J’ai un problème avec le départ de @bidou_ilys, il me doit de l’argent » ; « LOL @bidou_ilys » ; « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? »

Quel bel enterrement que sera le mien.

Comme j’ai été aimé sur cette terre numérique…

Et ne croyez pas que je ne sais pas que vous en souffrirez. Je le sais bien. Comment pourriez-vous faire autrement… Combien d’entre vous s’étaient liés à moi ? Combien d’entre vous m’avaient comme gourou ?

Ne croyez pas que je n’ai pas mesuré la violence infinie de mon geste.

Mais moi, je me sens déjà renaître. Je pète le feu malgré ma fourrure ignifugée. Poil roses, oeil vitreux, joues soyeuses, je ne suis déjà plus en permanence le museau sur mon iphone à vérifier les dernières infos, les buzz, je ne suis plus à batailler avec vous, mes vieilles ombres. Oh non ! Je vais de nouveau avoir le temps de glisser mes pattes sous les jupes. Je vais pouvoir me glisser dans les douches des filles pour les observer après leur cours d’EPS. J’aurais de nouveau l’occasion de les suivre dans la rue. De les observer avec mes jumelles. De les prendre en photos. De coller ces photos sur un mur. De connaitre toutes leurs habitudes. Les chemins qu’elles empruntent seules. Les itinéraires. Les moyens de faire pression sur elles pour qu’elles m’accordent leu…

Mais je m’emballe.

Et pour tout ça un clic aura suffi.

Et je peux revenir quand il me plaira.

Résurrection.

Ou comme on dit en anglais, reload.

Demain si ça se trouve.

Rassurez-vous, j’en ferais un post pour vous l’annoncer.

D’ici-là, lâchez vos coms !

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Lacrimedogène

Journalisme — Article écrit par le 29 mars 2012 à 2 h 36 min

Un vieil article d’Acrimed, déniché par mon nouveau meilleur ami Al-Kanz, évoque la tuerie d’Oslo d’Anders Behring Breivik.

J’étais pourtant convaincu qu’après la découverte du fait que le tueur de Toulouse et Montauban se prénommait Mohammed Merah et qu’il se revendiquait d’Al-Qaïda, l’hypothèse Breivik serait durablement écartée.

Mais elle revient.

Par le balcon de la fenêtre aurais-je envie d’écrire.

Oui, la couverture médiatique, celle qui jusqu’au 20 mars 2012 n’osait dire clairement (par racisme) que les soldats étaient d’origine maghrébine et qui après le 21 mars osait mettre en avant l’origine maghrébine du tueur (par racisme toujours), serait un parfait exemple du deux poids, deux mesures.

Entre deux tweets rageurs d’Al-Kanz, dont un qui incrimine Patrick Buisson pour quelque chose qu’il aurait fait quand il avait douze ans, intéressons nous à cette petite idée du deux poids, deux mesures.

Tout d’abord pour constater que c’est la logique même.

Le deux poids, une mesure représente une solution qui ne me satisfait guère intellectuellement.

Quant au un poids, deux mesures, il oublie le nécessaire principe d’harmonisation.

Ensuite pour observer que l’accumulation d’erreurs d’analyse ne finit pas en faire une. D’analyse. Ni un post. Ni même un article.

Deuxième surprise, et pas des moindres. Plusieurs quotidiens et hebdomadaires ont tenté de comprendre ce qui avait pu motiver le tueur, sans se borner à l’attribuer à son fanatisme religieux. Un souci d’analyse que l’on ne rencontre guère quand « l’islamisme » est en question.

Eh oui. C’est tragique mais face à l’apparition d’un phénomène « nouveau », les gens cherchent parfois à le comprendre. Tandis qu’il semble peut-être un peu moins urgent, même si cela a été par ailleurs fait, de comprendre les motivations des terroristes de Madrid ou Londres. Je veux dire, le 11 septembre 2001 et ses millions d’articles étaient passés par là peu de temps auparavant. Plus loin, en France, on a également les attentats dans le métro de 1995. Donc, avec le temps, tout le monde a très bien compris ce que les terroristes islamistes nous reprochent vraiment

Voilà d’ailleurs une intéressante différence pour un objectif semblable.

Les terroristes islamistes de Madrid et Londres, cachent leurs véritables objectifs derrière des prétextes plus ou moins fallacieux (enfants palestiniens, présence en Afghanistan, etc.) destinés à la fois à tromper les musulmans dans le monde et surtout à leur rappeler le concept de l’oummah.

Quant à Anders Behring Breivik, il met un point d’honneur à se montrer le plus précis et vrai possible dans son manifeste afin, lui, de dessiller les européens et de les rassembler.

D’ailleurs, les attentats eux-mêmes portent cette différence essentielle.

Anders Behring Breivik cible précisément les victimes de la tuerie par balle, des jeunes travaillistes, et place une bombe devant un édifice symbolique. C’est ce qu’on pourrait nommer le « dessillage » par le « dessoudage ».

Les terroristes islamistes de Madrid et Londres, eux, et contrairement d’ailleurs à ceux du 11 septembre qui avait pour idée de viser symbolique, ne ciblent rien du tout. Ils visent juste à faire le plus de morts possibles. Point. Et sans cibler une population précise à l’intérieur du pays.

Des attentats terroristes en double aveugle pourrait-on dire.

Nous n’avions pas été habitués à un tel zèle [pour Breivik] de la part de titres et d’éditorialistes qui ont plutôt coutume d’attribuer les actes terroristes, en tout cas lorsqu’ils sont l’œuvre d’intégristes musulmans, non à leurs motivations personnelles, mais presque exclusivement à leurs motivations politiques et religieuses, et notamment à leurs références irrationnelles au « Jihad ».

Mais pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi s’axer sur les motivations personnelles d’Anders Behring Breivik alors que lui, précisément, s’est amusé à décrire ses motivations politiques (qu’on peut juger irrationnelles aussi) en long et en large dans un manifeste de plusieurs centaines de page -et largement inédit qui plus est ?

Conclusion : un acte terroriste, s’il n’est pas l’œuvre d’un musulman, mérite d’être expliqué précisément. Sans pour autant être excusé, il peut être « compris ». Les causes et les raisons de son acte doivent être rigoureusement circonscrites… Pour innocenter d’éventuels responsables.

Eh bien justement non. C’est précisément pour qu’il ne soit pas « compris » que la presse s’est concentrée sur la personnalité d’Anders Behring Breivik. Afin que le contenu précis de son message puisse être largement ignoré. Plus que d’innocenter quelques éventuels co-responsables, il s’agissait de ne pas culpabiliser une grande partie de la population européenne. Il s’agissait d’enlever aux gestes d’Anders Behring Breivik la moindre once de rationalité possible.

On a discuté en long, en large et surtout en travers des causes du 11 septembre 2001, mais les causes des attentats de 2011 en Norvège ont donné lieu à une littérature beaucoup plus circonscrite au final. Cela s’explique en grande partie par l’ampleur différentes de ces tragédies. Mais pas seulement.

Un fou.

Anders Behring Breivik est un fou sanguinaire.

D’ailleurs, pour remettre en cause le vivre ensemble et le multiculturalisme, il faut d’évidence être un fou.

Aujourd’hui, Anders Behring Breivik et son avocat se battent pour qu’il ne soit pas considéré comme fou. Ce n’est pas anodin. Et ce n’est pas la preuve d’une insanité supplémentaire. Cet homme veut dire quelque chose. Il veut que ses propos soient considérés comme l’oeuvre d’un sain d’esprit. Que ce soit sur le terrain politique, théorique, qu’on lui réponde et qu’on l’accuse et non pas sur le plan psychanalytique.

Les convictions politiques et religieuses de Mohammed Merah peuvent être sans grand danger diffusées. Elles ne résonnent pas dans l’opinion publique. Juste chez les musulmans fondamentalistes, antisionistes et autres curiosités minoritaires. Les convictions politiques d’Anders Behring Breivik, elles, pourraient résonner bien plus largement dans les peuples européens.

Et c’est cela qui explique l’éditorial de Laurent Joffrin repris par Acrimed,

Il ne s’agit pas ici d’accuser tel ou tel populisme qui reste dans une stricte légalité, de stigmatiser tous ceux qui se réfèrent à la nation ou qui critiquent l’islam, ni de rendre le Front national – auquel on pense naturellement quand il s’agit d’hostilité envers les étrangers – responsable d’actes qu’il a toujours réprouvés sans ambiguïté. Il ne s’agit pas non plus d’incriminer, selon la méthode de la causalité floue qui autorise toutes les confusions, “une atmosphère”, qu’on qualifiera évidemment de “nauséabonde”, un climat d’“intolérance” instauré par ceux qui s’inquiètent de l’immigration ou qui se réfèrent à l’identité nationale et avec lesquels on rompt habituellement des lances. Non, Guéant, Sarkozy, Ménard ou Zemmour ne sont pour rien dans les événements d’Oslo. Elisabeth Lévy non plus.

Si l’auteur explique que Zemmour ou Guéant (etc.) ne sont pour rien dans les événements d’Oslo, c’est précisément pour dégonfler le geste d’Anders Behring Breivik. Laurent Joffrin n’a peut-être tout simplement pas envie d’expliquer à sans doute plus de 50% des français qu’Anders Behring Breivik, c’est finalement eux. Qu’Anders Behring Breivik n’est finalement qu’un Zemmour qui aurait mis en action ses pensées. Parce que Zemmour, Guéant et consorts, ont des idées, font des déclarations, qui plaisent à de très nombreux français.

Sinon, on attend un post équivalent chez Acrimed et par Julien Salingue de cet article pour l’affaire Mohammed Merah.

Nul doute qu’il viendra, nul doute…

*Oui, mes jeux de mots en titre de posts sont de plus en plus nuls…


Jeunesse oblige

Journalisme — Article écrit par le 12 décembre 2011 à 20 h 18 min

Publicité non payée, non-sollicitée (enfin pas ici) et qui n’engage qu’eux, il y a là des jeunes gens qui cherchent des contributeurs :

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