Archives pour la catégorie ‘Economie’


Ladreit de Lacharrière, grand-crucifié

Economie — Article écrit par le 27 janvier 2011 à 19 h 15 min

Souvenez-vous, dans le Larousse de notre enfance. Il y avait une pleine page de décorations. L’Éléphant blanc, le Grand Condor de Colombie (Jacques Chirac l’a eu, sans jeu de mots), le distingué et rare ordre japonais du Chrysanthème ou encore le mérite agricole qui écherra bien un jour à Fadela Amara, laquelle, en attendant le poireau, vient d’avoir la légion d’honneur (bien d’honneur, avec deux n).

Mais il y a plusieurs légions d’honneur. Au sommet de la hiérarchie, juste après le Mamamouchi étincelant Grand-Maître qui est le président de la république, existe une dignité particulière, bien au dessus des simples chevaliers : celle de grand-croix.

M. Ladreit de Lacharrière (ENA, promotion Robespierre, ça ne s’invente pas ; il démissionna de la fonction publique dès sa sortie de l’école pour devenir banquier chez Indosuez) vient précisément d’être décoré de cette dignité. Passons sur le côté ridicule de ces rubans et autres machins qui ne sont guère respectables qu’à titre militaire, et encore : pas toujours.

Qu’a donc fait M. Ladreit de Lacharrière pour mériter qu’on lui épinglât ça au derrière ?

Il dirige Fitch. Ou plus exactement, ce qui revient au même, il dirige la société qui détient 60% de Fitch Ratings.

« Fichtre ! » vous récriez-vous alors. Ou, si vous ne vous récriez pas, c’est que vous ne savez pas ce qu’est Fitch. Fitch est une agence de notation. Un peu comme Moody’s ou S&P. Disons que c’est quand même le cran en dessous, mais il reste que si c’est la plus petite, c’est la plus petite des trois grandes maisons, des incontestables, de celles qui notent la confiance financière qu’on peut accorder aux entreprises et aux États. Et dont dépendent donc en partie les taux auxquels ces entreprises et États empruntent.

— Tu veux dire, mon brave Nicolas que le patron de Fitch vient d’être décoré somptueusement d’un hochet à vanités format grand luxe par le président de la République française à laquelle, ô surprise, Fitch accorde sans ciller plusieurs fois par an la meilleure note possible quant à sa dette ?
— Exactement.
— Et personne ne l’a remarqué. Alors qu’il n’est question que de sévérité à l’égard des conflits d’intérêts ?
— Si, dans la presse financière principalement, la seule un peu honnête. Les autres journalistes ont fait semblant de rien, citant le rôle de M. Ladreit de Lacharrière dans divers domaines culturels quand ils ne pouvaient pas simplement regarder ailleurs. Le conflit d’intérêts n’est pas plus un délit quand la vanité y tient le rôle principal que quand c’est l’intérêt pécuniaire.

Mais il y a peut-être autre chose. Je ne sais si vous avez déjà croisé un grand-croix de la légion d’honneur. Ça m’est arrivé, j’ai croisé Pierre Clostermann plusieurs fois, à la faveur de rencontres avec des amis communs un peu âgés. Il était grand-croix, et lui l’avait un peu mérité je crois, disons en tout cas sans doute un peu plus que l’autre bankster de Lacharrière.

Sur la fin de sa vie il arrivait à Pierre Clostermann d’être très critique vis-à-vis de la politique française d’immigration. Et comme il ne semblait pas dans son caractère de le dire à mi-voix ou seulement en privé, il lui arrivait de le formuler en public. Dans le feu de la déclaration, ses mots dépassaient parfois les bornes qui sont à observer depuis que les lois Pleven-Gayssot-Fabius-Lellouche ont supprimé en France la liberté d’expression sur ce sujet. Au point qu’une fois, l’un de ses amis s’alarma de sa témérité. D’abord je crois que Pierre Clostermann s’en foutait, il était vieux et n’avait plus rien à prouver à personne depuis longtemps. Mais il mentionna malicieusement l’existence d’une disposition légale dont je n’ai jamais eu la curiosité de demander à des professionnels si elle est vraie ou toujours d’actualité, cependant je ne pense pas qu’il l’avait inventée : un grand-croix de la légion d’honneur ne peut pas être arrêté par de simples policiers ou gendarmes, il faut qu’il le soit par deux officiers de rang égal au sien. Ç’eût été en soi amusant de faire appréhender Pierre Clostermann, compagnon de la Libération, pour qu’il répondît devant un jugeaillon du délit d’incitation à la truc raciale. Mais le faire arrêter par l’abbé Pierre accompagné de Lech Walesa par exemple, cela eût confiné au grandiose.

M. de Lacharrière aura-t-il pensé, même fugacement, à cet avantage peu connu ? Je donnerais cher pour le savoir.

Étiquetté : , , , , ,

La BCE s’alarme de l’inflation

Economie — Article écrit par le 14 janvier 2011 à 18 h 42 min

Encore un titre économique racoleur. Ah c’est bien de moi ça, hein ? je ne jubile que dans les catastrophes. Je jouis de l’abrogation probable de tout ce qui est issu du programme du CNR si brillamment défendu voilà encore quelques heures par le calamiteux Guano Guaino, et ce faisant je tue le résistant et le déporté une seconde fois, moralement du moins. Je n’ai de délectation qu’à imaginer la sécu en cessation de paiement, l’argent bwagette coupé razibus et la retraite des vieux transformée en assurance suisse prudemment gérée au lieu de la grande générosité républicaine et démocratique qui honore notre pays et en fait un phare de la civilisation, poil au croupion. Air connu, ironie lourde et insensibilité aux idéaux soziaux. Je n’aurai de cesse que Jacques Myard en soit réduit à parier sur ses chers bourrins à Maisons-Laffitte pour assurer son train de vie de nabab électif qui pontifie des conneries économiques comme Achille Talon claironne de l’érudition. Je soulève le coeur du lecteur avec de pareils procédés réitérés.

Eh non. « La BCE s’alarme de l’inflation » n’est précisément pas un titre sorti de mon cerveau embrumé d’anarcho-chose militant pour le laisser-faire généralisé jusqu’au droit de flinguer sans sommation les romanichels sur sa propre propriété (inclusivement). C’était le titre ce matin du Financial Times Deutschland. Sinon qu’il était écrit en boche, où ça donne EZB au lieu de BCE, un genre de truc où on croit lire « Épargne promise au Zyklon B » ou « Emprunt macht frei ».

Mais je divague. Or donc, je suis bien tranquille. Les Guano Guaino, les Myard et autres souveraino-délirants évadés de l’ancien siège du RPR et pieusement réunis ces jours derniers autour de la tombe de Gros-Séguin, heureusement crevé dans son hermine, ses rubans et ses médailles au vent, vont nous jouer leur petite antienne. Vous allez voir. Qu’il ne faut pas avoir peur de l’inflation, que ça ne peut que faire du bien, que grâce à ça notre bien commun qui est l’État (mais dont ils profitent plus et plus directement que nous, curieusement) va voir sa dette fondre, et patin et couffin. Toutes les conneries régulatrices et harmonistes habituelles, comme on leur a appris à l’ENA et à Polytechnique.

Naturellement il ne faudra pas les croire et c’est ce bon M. Trichet qui a raison, au moins par l’attitude : M. Trichet qui figurait à la une du même journal dont j’emprunte le titre, mains jointes en signe de supplication et de déploration tout à la fois.

Pourquoi donc faut-il s’alarmer de l’inflation ?

D’abord parce que la banque centrale dit qu’elle veut la maîtriser. Or les banques centrales n’arrivent jamais à faire ce qu’elles se proposent de faire, ce caractère prédictif inversé étant à peu près leur seule utilité en économie, utilité qui ne compense pourtant pas, et de loin, leur caractère nuisible.

Ensuite parce qu’on ne la voit pas, l’inflation. Depuis des années, des deux côtés de l’Atlantique, les statistiques sont truquées : on a peu à peu fait sortir des indices des prix le tabac, le carburant, beaucoup de produits alimentaires qui ne seraient pas de base, l’énergie n’y entre plus que pour une partie de ce qu’elle coûte, on corrige le coût du logement pour ne pas tenir compte des prix réels de l’immobilier, il y a des primes pour subventionner les achats de voitures, etc. Ces indices sont faits pour des gens qui se nourriraient d’un i-pod par trimestre et dont l’essentiel des autres besoins vitaux seraient couverts en leur branchant — je n’ose imaginer où — leur câble adsl. Même si Facebook revendique 600 millions d’utilisateurs et vaudrait plus cher que Boeing alors qu’ils ne produisent que du vent, on reste loin de ce modèle d’homme nouveau. Vous imaginez bien que quand de tels indices truqués sont eux-mêmes obligés d’avouer un frémissement de hausse des prix, c’est que les prix réels, pas ceux qu’on choisit de mesurer, sont à la hausse franche depuis plusieurs trimestres et qu’il est sans doute trop tard pour que la banque centrale réagisse efficacement. De fait, quelques universitaires facétieux se sont amusé à remarquer que, calculée comme dans les années 80, la progression des prix aux États-Unis serait autour de 9% depuis plusieurs mois. Officiellement elle vient de dépasser les 1,5% et accélère avec une timidité de violette.

De plus cette inflation est alimentée de plusieurs manières différentes, directement ou indirectement, par la hausse des matières premières, par la hausse des salaires chinois qui importe de l’inflation chez les clients de la Chine… mais toujours in fine par ce fait que la dette des pays ex-développés, déjà insupportable et aggravée par les plans de relance keynésiens qui ne marchent pas, est transformée en argent par les banques centrales qui rachètent cette dette ouvertement ou en sous-main. Les mêmes qui doivent lutter contre l’inflation et s’en alarment sont donc ceux qui la nourrissent, et qui ne peuvent politiquement pas s’arrêter de la faire une fois qu’ils ont commencé.

Mais ce n’est pas fini : qu’est-ce au juste que l’inflation, celle qui peut, parfois, quand on la maîtrise, être une bonne chose de manière transitoire ? C’est « la hausse des prix ET des salaires ». Hausse des prix on aura, on a déjà. Des salaires ? hum… pas besoin de vous faire un dessin, hein ? forcément, quand on a beaucoup de chômage — dont les statistiques elles-mêmes sont truquées de manière à ne pas dépasser durablement les 9,9% — on a peu de clients solvables, et il y a donc peu de chance qu’il y ait tant de travail que les salaires augmentent. Qu’est-ce donc qu’une inflation où il y a hausse des prix MAIS PAS des salaires (variante : ou hausse des salaires payés dans une monnaie dont la valeur s’effondre plus vite que les salaires ne croissent) ? en bon français ça s’appelle de l’appauvrissement, tout bêtement.

Cerise sur le gâteau : depuis quelques années les États (vous savez ceux qui mesurent l’inflation ou la font mesurer par des copains) ont émis des obligations indexées sur cette inflation. C’était une très bonne affaire tant qu’il y avait des gogos qui croyaient aux chiffres de l’inflation. Ou qui pouvaient acheter des trucs comme ça pour faire plaisir aux copains des copains qui eux-même émettaient ces bouts de papier. Mais si les indices des prix, même férocement truqués, arrivent à déraper ? quid de cette dette indexée sur une inflation qui ne serait plus maîtrisée ? Oh nos bons apôtres vous diront que c’est 5%, 10% parfois de la dette qui est libellée dans ces instruments amusants. Mettons 5%. Et parlons d’un épisode d’inflation très forte. Même pas d’hyperinflation à la zimbabwéenne, mais une inflation à 400% en rythme annuel comme Israël par exemple en a connu au début des années 80. La France est déjà endettée de 1500 milliards d’euros en gros. Doublez si vous ajoutez les retraites des fonctionnaires, rajoutez un coup si vous croyez, naïf que vous êtes, que l’État français et ses para-machins monopolistiques de voleurs sociaux paiera un jour entièrement les retraites du secteur privé. Les 5% indexés sur l’inflation qui ne serait plus maîtrisée prennent tout de suite un nouveau relief : 75 milliards, au moins, à 400% l’an, voilà de quoi l’on parlerait, en plus du reste qui serait déjà impossible à honorer, même si l’on parlait de n’en honorer que les intérêts. Et pour les États-Unis, qui eux sont plutôt autour de 10% de la dette indexée sur l’inflation si j’ai bonne mémoire, vous pouvez multiplier les chiffres par 10 : la dette américaine, c’est en gros 15000 milliards de dollars, et sur 10% on parlerait donc de 150 milliards de dollars à 400% l’an. Le tout dans un monde où l’appauvrissement de la population (souvenez-vous : hausse des prix MAIS PAS des salaires, ou alors en monnaie de singe dont le pouvoir d’achat s’effondrera sans fin sur lui-même) interdira de faire rentrer le moindre impôt conséquent : on ne tond pas un œuf, même quand on en a le crâne.

M. Trichet a donc raison de se tordre les mains en une muette supplication à la une du FT allemand. Je ne désespère pas de le voir se couvrir les cheveux de cendre, puis de le voir se les raser, enfin de le voir se lacérer la poitrine de douleur.

On recommandera juste à nos amis de fuir dans les mois qui viennent tout ce qui a une apparence de richesse et dont l’État peut imprimer autant qu’il veut, ou qu’il peut signer sans limite en vertu de notre belle sociale-démocratie à la con.

Allez, un bonus :

(VF grâce au Cri du contribuable.)

Étiquetté : , , , ,

Les CDS sur la dette française au plus haut

Economie — Article écrit par le 21 décembre 2010 à 16 h 05 min

CDS : un truc dont les États voulaient plus ou moins interdire la vente à découvert, et d’une manière générale dont ils auraient bien voulu limiter l’usage parce qu’il est la mesure de leurs turpitudes et de leur irresponsabilité organisée. Qu’est-ce que c’est ? ce sont des produits financiers qui permettent, dans le cas de ceux sur les dettes dites souveraines, de se prémunir contre un défaut de paiement du pays qui a émis cette dette. Plus on croit qu’il y a de risques que le pays émetteur de la dette ne la rembourse pas, pas entièrement ou soit contraint de la rééchelonner dans de mauvaises conditions pour les prêteurs, plus la valeur du CDS augmente, puisque plus de gens – en fait plus d’institutions financières – cherchent à se prémunir mieux contre ce risque.

Il existe aussi des CDS pour la dette des (grandes) entreprises. La comparaison entre les CDS regardant les États et ceux regardant ces entreprises donne une bonne idée de la confiance accordée à un État : aujourd’hui, les CDS sur la dette de l’État français sont passés au dessus de ceux sur la dette de France Télécom, de l’Air liquide ou de Carrefour. Les investisseurs, les marchés, les méchants spéculateurs, bref les gens qui ont prêté de l’argent à l’État français, estiment que ce qu’ils ont fait devient plus risqué que d’avoir prêté à Carrefour, Air liquide ou France Télécom, et sont donc prêts payer proportionnellement plus pour s’assurer contre un défaut de paiement de Marianne que pour s’assurer contre un défaut de paiement de l’Air liquide ou de Carrouf.

Ce n’est pas bon signe, sauf si, comme moi, la perspective de voir finir par assèchement les délires mentaux et financiers de Marianne vous réjouit un peu.

Si vous lisez la très bien pensante lettre de l’Agefi, sorte de référence, vous remarquerez une petite notation qui vise à rassurer son monde : l’écart entre les taux auxquels l’État français emprunte et ceux auxquels l’Allemagne, réputée le plus financièrement sérieux et orthodoxe des États européens, emprunte, cet écart reste faible.

Est-ce rassurant ? pas tant que cela. C’est là que l’euro et l’union européennes se révèlent des saletés sans nom : de fait, ils obligent pour des raisons politiques à une solidarité financière entre les pays européens. Et quand j’entends le mot solidarité, je rentre mon argent à l’abri, car c’est le signe certain que les hommes de l’État et autres collectivistes fous méditent de voler quelqu’un à leur profit sous un prétexte faussement moral.

Faisons un détour avant de poursuivre : imaginez que vous ayez un gros tas d’argent à placer. Vous voulez acheter des emprunts d’État (par exemple parce que vous voulez réemprunter en apportant cela comme garantie, les banquiers aiment les emprunts d’État émis par leurs copains politiques, cela pour des raisons inavouables et contestables mais c’est un autre sujet). Placez-vous votre gros tas d’argent sur des emprunts d’État allemands qui vont vous rapporter 2% ou sur des emprunts d’État irlandais de fait garantis par l’Allemagne via les fonds européens et la volonté purement idéologique de maintenir l’euro, mais qui eux vous rapporteront 6 ou 8% ?

Naturellement vous prêterez au gouvernement irlandais, pour avoir plus de revenus avec le même risque, quoi qu’on en dise.

On le voit, l’existence même de l’euro et de l’UE est une distorsion extrêmement grave qui fausse tout et empêche le marché de fonctionner comme il le devrait.

Tant que l’on peut croire que « l’Allemagne paiera » (vieux slogan, hein ?) il n’y a pas de raison que cela change.

L’Allemagne paiera-t-elle indéfiniment ? sans doute pas, les question sur sa solvabilité pour ce genre de sauvetages extraordinairement coûteux et purement euro-idéologiques — leur efficacité économique est nulle, peut-être même sont ils néfastes — se posent de plus en plus. Angela Merkel, qui navigue à vue en ce moment, à vue et à la godille (un coup à droite un coup à gauche), laisse de temps à autres entendre que ça pourrait finir. C’est ce que signifiait sa récente sortie sur le fait que les investisseurs devraient à l’avenir supporter une partie des risques qu’ils prennent sans s’en défausser sur les États via les sauvetages de banques en difficulté. Ce ne sont encore que des propos destinés à calmer l’opinion rétive qui aimerait le retour du bon vieux Mark et en a mare de payer pour les autres, mais de fait l’Allemagne ne pourra pas payer éternellement pour tout le monde.

Il y aurait bien un moyen : faire comme M. Bernanke, le banquier central de M. Obama, et ouvertement déverser à pleins camions du papier monnaie à la valeur de plus en plus problématique, pour que l’Allemagne continue à payer en monnaie de singe. La BCE le fait d’ailleurs, mais de manière hypocrite et détournée car l’opinion publique allemande a horreur de ces expédients qui ne peuvent in fine que conduire à l’inflation (et qui y conduisent : aux Etats-Unis, le taux d’inflation s’il était encore calculé de la manière dont il l’était dans les années 80, serait d’ores et déjà à près de 9% et pas à 1% car des indices on a enlevé énergie, nourriture et logement, autant dire qu’ils mesurent l’inflation pour des purs esprits désincarnés ; la situation de ces mesures de l’inflation purement et simplement fausses est la même en Europe, et singulièrement en fRance où le monopole de l’INSEE rend tout ela encore plus opaque et où même les gens qui font les indices avouent ne bien souvent plus savoir ce que ces indices mesurent.).

Ce moyen étant très risqué politiquement en Allemagne même et guère prisé des quelques banquiers centraux qui ont encore un peu de bon sens, il n’est encore employé que de manière détournée ; mais il a suffi à faire illusion pour la Grèce le Portugal ou l’Irlande : la BCE ne demandait pas autre chose.

Pourquoi ce détour ? parce qu’à votre avis, si les taux auquels emprunte la France ne s’écartent pas des taux auxquels empruntent l’Allemagne dans des proportions cohérentes avec ce que l’on constate quant aux CDS, cela signifie quoi ?

Simplement que les marchés, dans leur grande sagesse (le marché a toujours raison en ce qu’il traduit les intérêts des intervenants, pas des conneries idéologiques fumeuses en vue de la construction d’une Union des Républiques Social-démocrates Européennes ou autre utopie débile et administrative lointain produit des crânes d’œufs d’X-crise), dans leur grande sagesse disais-je les marchés considèrent que l’Allemagne peut sans doute, d’une manière ou d’une autre, économiquement comme politiquement, payer pour l’Irlande, la Grèce ou le Portugal. Peut-être même pour l’Espagne si on entend par là une aide transitoire.

En revanche, la France serait elle irrenflouable, par sa taille, avec sa débauche de dépenses, le populisme coûteux qu’on sent monter dans son électorat, sa classe politique clientéliste, ses systèmes sociaux monopolistiques hors de tout contrôle et chaque année plus dépensiers, ses problèmes migratoires au coût exorbitant et insolubles par sa classe politique engluée dans l’antiracisme officiel qui sert de dernière idéologie républicaine. C’est alors la France qui contaminerait l’Allemagne, qui tirerait les taux auxquels empruntent les deux pays vers le haut. L’imbrication des deux économies, les dettes et intérêts croisés de part et d’autre du Rhin, tout cela ferait qu’il serait vain de chercher une solution politique, du moins paisible et qui ne remette pas en cause l’euro ou la construction européenne elle-même.

Et cela ni les États, ni Bruxelles, ni la BCE ne l’ignorent. Si elle devait emprunter autour de 6% la France serait étranglée et l’Allemagne coulerait à pic avec ce boulet attaché aux pieds. L’Allemagne couperait-elle les cordes bruxelloise et francfortienne qui la relient au boulet français ? personne ne le sait : ce serait logique, sans doute même souhaitable pour tous, mais la culpabilisation de l’Allemagne pour la Seconde Guerre mondiale a aussi sa dimension de contrainte économique exercée sur l’État allemand.

Le rapport Allemagne-Irlande (on prête à l’Irlande pour avoir des taux d’intérêt élevés de fait garantis par l’Allemagne) s’inverserait (on exigerait plus d’intérêts pour prêter à l’Allemagne, en considérant que la France la plombe de telle manière qu’il ne serait plus possible pour l’Allemagne d’emprunter à des taux bas).

Il est donc probable que ce qui se passe ces jours-ci se résume à ce que l’UE et la BCE, ayant vu le danger, sont en train de faire des efforts immenses pour que la France garde la tête hors de l’eau. Si les taux auquels l’État français emprunte restent relativement bas et proches de ceux de l’Allemagne au regard de la situation des finances du pays (État + para-États sociaux) c’est parce que la BCE rachète en sous-main une partie notable de la dette française. Et la rachète avec de l’argent qu’elle crée à partir de rien, bien entendu, version moderne de la planche à billets. Ce qui nous ramène au caractère intenable de cette politique qui n’a plus de monétaire que le nom, il vaudrait mieux parler de photocopie de billets de banque.

Ajoutons incidemment pour être plus clair : caractère intenable précisément parce que le thermomètre de l’inflation étant cassé ou faussé, les promesses des banquiers centraux qu’ils arriveront à prendre les bonnes mesure pour, juste au bon moment, empêcher l’inflation, n’ont pas de sens.

Le signe qu’approche la fin de toute cette montagne de dettes absurdes entassées les unes sur les autres sera donné par des tensions sur la dette allemande elle-même, qui est comme la base de tout ce château de cartes. Souvenez-vous du refrain : « l’Allemagne paiera ». Et du dernier couplet : « parce qu’elle pourrait toujours emprunter à pas cher pour payer ». Couplet et refrain résument assez bien le fonctionnement de l’euro et même de l’UE depuis une dizaine d’années.

Récemment, pour la première fois depuis très longtemps, l’Allemagne n’a pas réussi à placer sur les marchés toute la dette qu’elle voulait, le Trésor allemand a dû repartir avec un (petit) paquet d’emprunts sous le bras après l’adjudication, car il aurait fallu qu’il consente des taux d’intérêt légèrement plus hauts pour placer son papier, ce qui aurait donné un signal désastreux. Il a donc préféré renoncer, en espérant que la prochaine adjudication se passe un peu mieux…

Vous verrez qu’on l’aura la peau de la monnaie d’occupation bruxelloise !

Étiquetté : , , ,

Cantona et les banques

Economie — Article écrit par le 6 décembre 2010 à 19 h 18 min

Je n’avais pas beaucoup envie de parler d’Éric Cantona. D’abord parce que son histoire de retrait d’argent n’a pas grand sens, ensuite parce qu’il m’est, je ne sais pas pourquoi, vaguement sympathique. Disons plus que la moyenne des joueurs de soccer. Un bête préjugé, sans doute.

Aussi, lorsqu’un aimable lecteur à nom de chaton nous a envoyé sur la boîte d’Ilys un extrait de la prose des tireurs de buts et d’argent, mon premier mouvement a été de chercher en P2P un album fait par Greg voilà quelques années, plus ou moins commandité par une gande banque française, et qui s’appelait Achille Talon et l’archipel de Sanzunron. On y voit Hilarion Lefuneste se mettre à détester l’argent et prôner un sain retour à la vie sans banques ni billets dans un paradis tropical du nom de Sanzunrons, où il entraîne son voisin Talon. Le paradis s’avère bien entendu un enfer et d’aventure en aventure la moralité de l’histoire est que chacun des personnages venus là pour fuir l’argent et la banque les réinvente naturellement et nécessairement au cours de ses activités quotidiennes.

Il s’agit donc de s’en aller retirer demain 7 décembre tout son argent de sa banque. C’est idiot. D’abord parce que la banque sera fondée à refuser, il est rare qu’on puisse retirer de grosses sommes d’un coup sans prévenir à l’avance. Les comptables de Mme Bettencourt en savent quelque chose. Alors vous pensez que Mme Michu, hein… Ensuite c’est absurde parce qu’il suffirait, pour que ce soit possible, que la banque centrale imprime quelques dizaines de milliards. Elle le fait chaque jour – ou plutôt elle fait quelque chose qui y est équivalent sans avoir à imprimer physiquement les billets – pour racheter en sous-main des emprunts d’État de pays dits périphériques de la zone euro. Alors pourquoi pas pour les copains de Cantona ? De plus c’est parfaitement irresponsable : combien de gens se feraient délester dans la rue avec toutes leurs économies dans leur cabas ? Combien de grand-mères se feraient piquer leurs biffetons cachés sous le matelas ou entre les paires de draps ?

Néanmoins l’inculture économique est telle qu’il faut bien aller voir les arguments de ces gens. (Comme nous irons un jour voir les arguments du nouveau programme de la fille Le Pen avec ses histoires simplistes et idiotes de Pompidou et d’emprunt.)

Je ne sais pas d’où vient le texte, j’espère que notre aimable correspondant nous éclairera s’il est besoin.

Or donc, écoutons :

(…)

Nous, les citoyens du 21ème siècle, héritiers des générations qui se sont sacrifiées pour que nous soyons et demeurions des citoyens libres et dignes, nous exigeons la création d’une BANQUE CITOYENNE, au service des CITOYENS, une banque qui mettrait notre argent à l’abri des fièvres spéculatives, à l’abri des bulles financières toutes condamnées à exploser un jour, à l’abri des opérations qui transforment nos emprunts en actifs et se servent de nos dettes pour acheter d’autres richesses.

Nous voulons des banques qui ne prêtent que les richesses qu’elles possèdent. Des banques qui aident les petites et moyennes entreprises à relocaliser l’emploi, des banques qui prêtent à taux zéro. (*) Des banques qui soutiennent les projets qui profitent aux citoyens plutôt qu’aux « marchés » Des banques où déposer notre argent tout en ayant la conscience tranquille. Des banques dont nous n’aurons plus à nous méfier. Des banques dont le succès sonnera le glas des marchands de morts, de maladies et d’esclaves. Sur les ruines de l’ancien système, nous voulons construire un système bancaire qui ne sacrifiera plus la dignité humaine sur l’autel du profit.

(…)

(*) Ce que les banques islamiques accomplissent avec succès en refusant la pratique de l’usure pour des motifs religieux, nous pouvons l’accomplir pour des raisons citoyennes. »

Passons d’abord sur ce qui va exciter les excités : la mention de la finance islamique. Il est bien évident que les banques islamiques, qui n’existent pas par charité chrétienne, ne prêtent pas à « taux zéro » : elles ne pratiquent pas le taux d’intérêt, autrefois dénommé usure, mais pratiquent des opérations qui y équivalent. Sans entrer dans les détails, une banque islamique ne prête pas à intérêt, mais deux stratégies principales la rémunèrent :

  • Elle peut prendre des parts dans des sociétés dont elle partage alors les bénéfices pour se rémunérer, souvent avec des clauses qui limitent ses pertes possibles. Le tout revient bien à donner de l’argent et à en reprendre le même montant plus une rémunération.
  • Elle peut acheter un bien et le revendre aussitôt plus cher (ce qui représente l’intérêt qu’aurait pris une banque non-islamique) à quelqu’un qui paiera en paiements franctionnés. On a donc bien là aussi une rémunération de l’argent prêté.

Autrement dit nos bons amis cantonesques confondent l’interdiction d’une pratique (l’usure) et l’interdiction de ce à quoi elle sert (la rémunération de l’argent prêté). Résumons : sur ce point ils sont simplement mal informés et un peu naïfs.

Reprenons donc dans l’ordre une fois ce point évacué :

Nous, les citoyens du 21ème siècle, héritiers des générations qui se sont sacrifiées pour que nous soyons et demeurions des citoyens libres et dignes, nous exigeons la création d’une BANQUE CITOYENNE, au service des CITOYENS,

Bla bla bla. En quoi cela change-t-il le fait qu’un plus un fasse deux et pas quarante-trois, et que s’il n’y a pas d’intérêt à créer, posséder, exploiter des banques, il n’y aura pas de banques ? À moins que nos bons amis ne pensent à une sorte de service public de la banque ? Il faudra donc payer pour assurer ce service via les impôts plutôt que via les tarfications bancaires commerciales. Avec ce que cela veut dire de manque de concurrence dont on sait qu’il tire les prix vers le haut et les services vers le bas. Quant à la responsabilité supérieure dans un tel système, il suffit de se demander combien d’inspecteurs des finances ont été emprisonnés en France depuis un demi-siècle après qu’on ait recherché leur responsabilité personnelle dans des erreurs ou imprudences…

une banque qui mettrait notre argent à l’abri des fièvres spéculatives, à l’abri des bulles financières toutes condamnées à exploser un jour, à l’abri des opérations qui transforment nos emprunts en actifs et se servent de nos dettes pour acheter d’autres richesses.

Précisément. Si elle ne faisait rien de cela, ce ne serait pas une banque. Ou plutôt : une banque qui ne fait rien de ce qui est ici énuméré, ça s’appelle un tupperware et on l’enterre au fond du jardin.

En outre l’argument, en plus d’être absurde au fondement, serait faux s’il avait un commencement de réalité : fièvres spéculatives et bulles financières n’existent que parce que le marché ne fonctionne pas librement. À preuve la « crise » actuelle, qui n’a été possible que parce que les banques centrales, étatiques et monopolistiques, ont maintenu artificiellement des taux bas, incitant États, entreprises et particuliers à s’endetter de manière invraisemblable pendant des années et même des décennies. Elles continuent d’ailleurs à maintenir ces taux artificiellement bas. Le déclencheur conjoncturel de cette « crise » a lui été le secteur des prêts hypothécaires américains, c’est à dire le secteur le plus contrôlé et réglementé de l’économie américaine ; ce qu’on appelle maintenant Freddy Mae avec une ironie contractée, c’étaient deux entreprises géantes en fait gérées par le trésor américain, et qui n’étaient plus des entreprises commerciales et indépendantes que de nom. Que ce soient les banques centrales ou le trésor américain, pourquoi ont-ils agi ainsi ? justement pour prétendre faire ce que réclament les cantoniens : une finance meilleure, plus juste, plus humaine, qui prête aux pauvres et patin et couffin. La régulation n’est jamais une solution : elle est toujours le problème, car elle ne peut tout prévoir, elle rigidifie, elle permet à des situations anormales de se perpétuer et d’enfler jusqu’au point où leur absurdité explose en provoquant des dégâts énormes.

Nous voulons des banques qui ne prêtent que les richesses qu’elles possèdent. (…)Des banques où déposer notre argent tout en ayant la conscience tranquille.

Bref ils veulent tout et son contraire, comme d’hab. Soit la banque prête et il y a un risque, soit elle ne prête pas, et il n’y a pas de banque. Encore une fois : une telle banque, c’est un tupperware rempli d’or et enterré au fond du jardin. Mais pour avoir une carte bleue, vous pouvez vous brosser chers amis.

Des banques qui aident les petites et moyennes entreprises à relocaliser l’emploi,

Traduisons : des banques qui détruisent de la richesse au lieu d’en créer. Parce que pour produire dans le Loir-et-Cher plutôt qu’à Vientiane, il faut payer la différence, consistant non pas tant en salaires qu’en charges sociales. Mais avec l’argent de qui faire ça ? qui acceptera de mettre son argent dans une banque qui lui rendra seulement 20% de ce qu’il aura déposé en expliquant que le reste a été utilisé pour « relocaliser des emplois » ? Pas nos bons cantoniens, qui veulent une banque où déposer leur argent en laquelle ils puissent avoir confiance.

Des banques qui soutiennent les projets qui profitent aux citoyens plutôt qu’aux « marchés ». Des banques dont nous n’aurons plus à nous méfier. Des banques dont le succès sonnera le glas des marchands de morts, de maladies et d’esclaves. Sur les ruines de l’ancien système, nous voulons construire un système bancaire qui ne sacrifiera plus la dignité humaine sur l’autel du profit.

D’abord sans les grands méchants marchés financiers, il y a longtemps que nos sociales-démocraties européennes citoyennes, humanistes, éthiques, écoquitables et tout le toutim auraient fait faillite puisqu’elles vivent à crédit depuis des décennies. Ensuite sans les marchés, comment les entreprises se financeraient-elles ? Comment arriveraient-elles à couvrir les risques sur leurs matières premières sans les contrats à terme et autres produits dérivés ?

Les pays où il y a peu de marchés financiers, il en existe dans le monde. Par exemple le marché financier du Somaliland est assez étique, ce qui le rend probablement aussi très éthique aux yeux de nos bons apôtres. Reste à savoir si les habitants de cette joyeuse contrée ne préféreraient pas avoir un peu plus accès aux grands méchants marchés financiers. Il faudrait leur demander ce qu’ils pensent de leur dignité du côté de Mogadiscio. Et s’ils seraient prêts à la sacrifier pour avoir accès aux crédits et à la consommation pour s’acheter à bouffer, des iPad et avoir des téléphones Samsung gratos (qui sont gratos chez nous parce que les entreprises de télécommunications peuvent emprunter un peu plus chaque fois qu’un client s’engage sur 24 mois). Ce serait instructif d’avoir l’avis des Somalilandais.

À défaut, on recommandera aux amis de M. Cantona de tenter l’expérience inverse et d’aller s’installer là bas, contrée de lait et de miel où règnent, c’est bien connu, la concorde, la dignité humaine et la prospérité puisque le système financier y est réduit à sa plus simple expression, que ses méfaits insignes y sont réduits par la force des choses.

 

On le voit, ces propositions (à peine des propositions… ces vagues velléités mal attifées de morale dévoyée) n’ont pas de sens, elles sont contradictoires et relèvent d’abominables utopies qui, en général, quant elles arrivent à trouver un début d’application, finissent dans des charnier bourdonnants de mouches à viande.

Heureusement donc que demain M. Cantona ne mettra rien à mal. Sauf peut-être quelques automates distributeurs de billets. Et encore.

Les conseils qu’on peut donner aux gens à propos de leur banque sont bien plus simples que ces contes pour grands enfants un peu retardés et autres fadas de la citoyenneté suractivée :

  • D’abord ne soyez pas à découvert. Ça coûte horriblement cher.
  • Pour ne pas être à découvert, ou le moins possible, commencer à mettre un peu d’argent de côté chaque mois, même si ce n’est que vingt euros, sur un compte épargne.
  • Choisissez votre banque. HSBC avec ses tarifs chers et pléthore de services en échange, en avez-vous besoin ? Si vous n’utilisez que trois services différents dans l’année, allez plutôt à la Banque postale.
  • Investissez votre argent, ne le laissez pas dormir : ce n’est pas très compliqué, ça peut même être amusant, et il y a des produits peu risqués à condition de se renseigner un minimum sans se laisser dicter aveuglément ce qu’on fait par l’un ou l’autre.
  • N’achetez jamais un produit d’épargne en fonction de l’avantage fiscal qui y est provisoirement attaché (sauf si vous êtes très riche, mais là votre conseiller en gestion et optimisation de patrimoine le fera pour vous).

Évidemment si Éric Cantona disait cela, les journalistes n’en parleraient peut-être pas…

Évidemment aussi ça ne vous protègera pas d’une catastrophe monétaire qu’on sent monter, on y reviendra, ce n’est pas le but ici. Mais ça vous permettra de ne pas nourrir contre votre banquier un ressentiment inutile qui pourrait vous jeter dans les bras de pareils démagogues.

Étiquetté : , , ,

Jean Arthuis et sa non-dégradation

Economie — Article écrit par le 26 novembre 2010 à 15 h 02 min

En dehors de ses fonctions d’élu depuis Mathusalem, Jean Arthuis est expert-comptable. Je ne vais pas dire ici trop de mal des experts-comptables, encore que ce genre de profession qui prospère sur l’existence de réglementations incompréhensibles à moins d’y consacrer plusieurs heures par jour m’ait l’air furieusement inutile dans ces conditions d’exercice et plus participer à l’entretien bien compris des problèmes qu’à leur résolution.

Donc, en forçant un peu le trait, on peut dire que du moment qu’on arrive à zéro après avoir fait les totaux des colonnes plus et moins, Jean Arthuis est content.

C’est peut-être ce qui le rend populaire dans certains milieux conservateurs au pire sens du terme. C’est certainement ce qui explique que régulièrement M. Arthuis réclame plus d’impôts. On ne peut pas dire que ce soit vraiment de la démagogie, mais cela participe à l’idée que l’on pourrait prendre aux gens autant qu’il faut pour financer toutes les conneries — sociales notamment, ce sont les plus coûteuses — qui passent par la tête de nos élus et qu’ils savent habilement vendre au bon peuple car c’est leur métier de les lui vendre.

Pourquoi parler de M. Arthuis ? parce que toute cette confusion entre des aspirations vertueuses — on pourrait presque dire vertuistes — et une réalité qui se résume à l’incapacité de l’État à reculer et à prélever moins sur ses esclaves-assujettis culmine aujourd’hui en la personne de M. Arthuis :

Un dérapage à presque un milliard. La commission des Finances du Sénat a approuvé jeudi une demande d’ouverture de crédits d’urgence de 930 millions d’euros pour pouvoir assurer les paies de décembre de certains fonctionnaires de huit ministères, dont l’Education nationale, la Défense, l’Intérieur et le Budget. S’inquiétant « du dérapage des dépenses de personnel de l’Etat », la commission, présidée par le centriste Jean Arthuis, a annoncé, dans un communiqué, avoir donné un avis favorable « assorti de fortes réserves » à un projet de décret d’avance de crédits qui lui a été transmis. Le décret « procède à l’ouverture en urgence de 1,39 milliard d’euros d’autorisations d’engagement et de 1,14 milliard d’euros en crédits de paiement, dont 930 millions d’euros seront destinés à couvrir des dépenses de personnel », a ajouté la commission.  

La somme, qui représente « un peu plus de 1% des frais de personnel de l’Etat », « est indispensable pour assurer la paie de décembre de ces milliers de fonctionnaires de ces huit ministère », a précisé M. Arthuis auprès de l’AFP. Il a dit que les ouvertures de crédit étaient « compensées par des annulations de crédit sur des investissements et des dépenses d’interventions » et que donc « le solde budgétaire n’était pas dégradé ».

« Le solde budgétaire n’est pas dégradé. » Vision de comptable à courte vue. Car la qualité des différentes dépenses, elle, n’est pas prise en compte par M. Arthuis armé de son boulier.

En clair, l’État est en train de supprimer des dépenses d’investissement — les seules qui rapportent, ou plus précisément qui peuvent rapporter quand elles sont bien faites — pour privilégier les dépenses de fonctionnement, et même le pire de sa mauvaise graisse : le nombre excessif de ses fonctionnaires, dépense triplement désastreuse puisque : 1° ils embêtent ceux qui créent vraiment de la richesse ; 2° ils coûtent sur le moment ; 3° ils coûteront quand ils seront en retraite.

Je sais ce qu’on va m’opposer. Il manque des infirmières, et les profs sont parfois admirables. Certes. Mais on a aujourd’hui plus de gens payés dans les hôpitaux à remplir des papiers de sécurité sociale qu’à soigner, et le ministère de l’Éducation nationale n’a toujours pas retrouvé plusieurs milliers d’agents qu’il paye sans qu’ils aient jamais vu un élève, et même sans que ce ministère sache au juste ce qu’ils font (détachements divers, permanents syndicaux, etc.)

Serons-nous sauvés un jour des comptables à boulier comme M. Arthuis, au profit de gens qui prendront en compte non le résultat des comptes fictifs ou conjecturaux des État et para-États* français, mais ce que ces dépenses rapportent ? Y aura-t-il un jour une autre solution que de proposer de voler plus d’argent aux Français pour financer le tonneau sans fond de l’Étatisme-providentialiste-cogéré ?

D’un côté il y a peu de chances. Les hommes politiques, parce qu’ils ont assis leur pouvoir sur l’État providence et parce qu’ils en profitent pour s’enrichir personnellement (vous connaissez beaucoup d’élus au RSA, vous ?) refusent de dire la vérité, qui s’énonce un peu comme ça : il n’y aura pas de sortie de crise et la vie à crédit en ne produisant plus une richesse suffisante c’est fini. Le monde d’avant ne reviendra pas, s’il pouvait revenir ce ne serait d’ailleurs pas dans nos pays.

D’un autre côté, cette autre solution, nous en avons peut-être l’acronyme. Vous vous souvenez des PIGS (Portugal-Ireland-Greece-Spain) ? Eh bien le prochain est prêt : FUSE (France-United-States-England). Des pays qui chacun avec ses particularités sont surendettés, à la population plutôt vieillissante, aux systèmes sociaux déraisonnables et générateurs de chômage, où l’immigration entretenue par un humanisme hors de propos entraîne des coûts financiers exorbitants, et qui n’ont plus les moyens financiers de leurs politiques sociales ou militaires. Mais aussi et surtout, pays qui seront too big to bail là où les autres étaient too big to fail. La frontière entre les deux groupes étant l’Espagne, dont le renflouement sera à la limite du possible, et ne se fera à marche forcée et à un coût exorbitant pour le contribuable que si les banques françaises et allemandes y sont trop exposées pour que les États les laissent tomber.

Retenez bien cet acronyme : FUSE. On ne sait pas si le premier coup viendra du dollar, de la crise des dettes locales américaines, de l’endettement français ou anglais ou encore de la situation de la livre anglaise ou de l’euro qui revient pour l’instant à ce que l’Allemagne paye beaucoup pour la France. Et retenez aussi ce pourcentage : 6%. C’est à peu près le taux à partir duquel il est impossible à un état d’emprunter sans se préoccuper de la rentabilité de ce qu’il fait avec cet argent, en empruntant toujours plus pour payer les intérêts de sa dette et en imposant toujours plus ses esclaves-assujettis. Quand la France empruntera aux alentours de 6% parce que les FUSE auront fusé, M. Arthuis aura quelques problèmes à tenir son joli petit raisonnement par compensations fondé sur le joli cliquetis que font les boules de son abaque en se trouvant bien égales d’un côté et de l’autre.

[* J'entends par « para-États » les diverses branches des systèmes sociaux monopolistiques, auxquels M.  Sarkozy veut rajouter la dépendance, et qui représentent plus d'argent annuel que le budget de l'État, hors de toute légitimité démocratique (vous savez, vous, qui dirige la CNAVTS ?) et hors de tout contrôle effectif par quiconque, leurs dirigeants y compris, sur leurs flux financiers.]

Étiquetté : , , , ,

Comical Ben vous fait une allocution

Economie, Mutation — Article écrit par le 22 novembre 2010 à 2 h 55 min

Comical Ben Bernanke

Le président de la Réserve fédérale américaine Ben Bernanke a répondu vendredi aux critiques adressées par bon nombre de pays à sa décision de relancer son programme d’assouplissement quantitatif en disant qu’il était « vital » pour la stabilité mondiale que l’économie des Etats-Unis retrouve de la vigueur.

Au bout du compte, a-t-il dit, le programme de 600 milliards de dollars de rachats d’emprunts du Trésor annoncé mercredi par la Fed permettra au dollar de regagner du terrain alors que son accès de faiblesse dans l’anticipation de la mise en place d’un tel programme a été dénoncé de Bogota à Pékin.

La décision de la banque centrale américaine a été décriée comme une entreprise isolée destinée à répondre aux seules difficultés économiques des Etats-Unis, ce qui laisse augurer d’un sommet du G20 agité la semaine prochaine.

Les puissances émergentes craignent que le repli du dollar ne provoque des secousses dans l’économie mondiale par le renchérissement de leurs propres monnaies qu’il risque d’entraîner, avec, à la clef, une possible formation de tensions inflationnistes et de bulles.

« Avec tout le respect que je leur dois, la politique des Etats-Unis n’a pas de sens », a déclaré le ministre allemand de l’Economie.

Ben Bernanke, en réponse à des questions posées par des étudiants, a au contraire estimé que les efforts consentis par la Fed pour soutenir la reprise encore fragile de l’économie américaine seraient bénéfiques pour le monde entier.

Je vous épargne la suite.

Effectivement, imprimer de plus en plus de dollars dans une économie où il faut au bas mot un dollar et demi de dette rachetée par la FED pour faire un dollar de croissance dans des statistiques truquées c’est une bonne manière de soutenir le dollar et la reprise — ne riez pas.

Exactement de la même manière qu’après avoir fini une bouteille de whisky on se trouve très malin en déclarant bien haut que continuer à boire est une bonne méthode pour ne pas avoir la gueule de bois.


La représentation du pouvoir politique dans le cinéma français

Cinéma, Culture, Economie, Mutation — Article écrit par le 19 novembre 2010 à 11 h 22 min

Je zappais hier toutes les chaînes que le satellite peut offrir. Je suis tombé sur une émission de Serge Moati diffusée sur TV5 Europe consacrée au cinéma et qui traitait donc de la représentation du pouvoir politique dans le cinéma français. Évidemment, la comparaison avec les États-Unis laisse pantois, le Président y est représenté sous toutes les coutures et sur tous les supports possibles et imaginables. En France, que dalle ou pas grand-chose, il y a eu une fiction il y a quelques années avec Dupontel dans le rôle du président. Il y avait donc plein d’invités parmi lesquels l’inénarrable Edwy Plenel, John-Paul Lepers ou encore Raphaëlle Bacqué. Ils donnaient tous des raisons toutes plus complexes les unes que les autres…Évidemment Edwy Flanders criait au déni démocratique…manque de culture démocratique…manque de distance des Français par rapport à leur histoire et eux-mêmes…le seul argument potable d’un des intervenants était de dire qu’il y avait eu 44 présidents aux États-Unis, et qu’en général on le connaissait guère 2-3 ans avant son mandat et donc que l’incarnation physique d’un président par un acteur était beaucoup plus aisé là-bas qu’ici…Donc tous ces gens  ont péroré pendant des minutes et des minutes sur les raisons qui font que la représentation du pouvoir politique est nulle dans le cinéma français…

Mais ces cuistres tournent toujours autour du pot sans voir les raisons évidentes, non par manque de courage, de malhonnêteté mais simplement par cécité…et aussi parce qu’on s’habitue tellement à la charité si bien qu’elle n’est plus vue comme telle.

Imagine-t-on Molière critiquer le Roi ou encore France Inter Obama?

Donc pourquoi est-ce que le pouvoir politique est-il absent du cinéma français?? Tout simplement parce que le pouvoir politique finance, non directement mais presque, ce même cinéma nous emmerde tellement.

Le financement d’un film de cinéma en France repose sur la structure suivante: entre 25% et 30% du financement est assuré par les groupes de télévision, pareil pour le CNC et enfin un tiers pour l’apport de société de production. Nous avons donc le résultat suivant: seulement 1/3 du budget d’un film vient d’argent privé – il faudrait encore rentrer dans le détail mails il existe de nombreux produits financiers permettant de financer à moindre coût un film – et donc les 2/3 viennent peu ou prou du public. Le CNC est placé sous l’autorité du ministère de la culture…et les chaînes de télévision sont très soumis aux aléas politiques. Dernier exemple en date, le taux réduit de TVA de Canal+ n’a pas été relevé car la chaîne participe au financement du cinéma français, raison invoquée, raison d’autant plus spécieuse…que Canal+ doit investir 20% de ses ressources hors TVA. Le groupe français télévision est directement sous contrôle étatique, financé par l’impôt…et TF1, comme entité économique se doit d’être bien avec tous les pouvoirs…

Donc toutes les doctes personnes hier présentes sur le plateau de Serge Moati n’ont pas compris que lorsque les 2/3 du financement d’un film dépend directement du pouvoir politique, la critique ou la représentation de ce même pouvoir est impossible. Un enfant de 4 ans pourrait le comprendre. On ne critique pas son patron en public sans en subir les conséquences.

Oubliez toute notion d’indépendance dans le cinéma français, cela n’existe pas…à la limite les produtions d’Europa Corp…avec Le transporteur 4, Taxi 8.. Taken et autres…mais autant de fims dont le marché français n’est qu’un marché secondaire.

Même le cinéma italien est plus indépendant et moins consanguin que le cinéma français: Draquila et l’excellent Le caïman.


Les jeunes sont dans la rue! France t’es foutue!

Economie, Education, Mutation — Article écrit par le 14 octobre 2010 à 18 h 00 min

Voir la duchesse du Poitou appeler les jeunes à manifester contre le projet de réforme de retraites un soir, alors que l’autre borgne s’enfilait un coup de rouge pour faire passer la pilule de voir sa rivale sur la première chaine, puis le lendemain annoncer qu’elle n’avait jamais dit ces mots-là a quelque chose d’irréel. On peut penser ce que l’on veut de Ségolène Royale, et même qu’elle n’a pas été la femme de la vie de M. Hollande, de laquelle il a eu trois enfants, cependant elle a parfaitement compris que deux informations ne pouvaient exister et que la seule vérité politique était celle de l’instant. Ce qui est absolument formidable avec cette époque est que la parole du moment chasse, contredit la précédente, fut-elle prononcée quelques instants avant, d’où la nécessité de se démultiplier, de se donner sur tous les canaux à tout moment à tout instant, ne pas s’arrêter une seconde. Parler à la radio, à la télévision, twitter, qui peut-même se rappeler de la polémique d’il y a une semaine? Bien que pas encore trentenaire, et plutôt IT savyy, je dois confesser que je me sens largué, tout va trop vite, les couples se font et se défont au gré d’un commentaire mal interprété sur Facebook…

Je divague mais revenons à nos jeunes, qui se réunissent via Facebook pour manifester contre la réforme…évidemment pas un sur dix ne sait de quoi il en retourne et peut-être un sur cinquante peut ressortir les arguments que lui ont suriné les éminences des syndicats étudiants, d’ailleurs on va les passer en revue et tailler un costume au principal d’entre eux.

Si la jeunesse est dans la rue, c’est la peur de l’avenir qui l’y motive car l’allongement de la durée de cotisation signifie que ce sont un million de postes qui ne seront pas libérés pour faire place à nos jeunes. Parfaite logique implacable, mais je pense qu’ils se trompent de cible. Ce n’est pas contre les vieux entre 60 et 62 ans qu’il faut manifester, le petit million de personnes pas carriéristes, tranquilles mais bien contre les trois millions d’étrangers qui occupent les postes. Et oui des mathématiques simples, un million de postes occupés par les viocs, c’est un million de postes en moins contre les jeunes. C’est plus rentable de s’attaquer aux postes occupés par les étrangers, ils sont trois-quatre millions, ça libère trois-quatre millions de postes, tout le choix possible pour les jeunes qui en plus auront de la valeur sur un marché où l’offre est bien supérieure à la demande ce qui implique une hausse des salaires, plus de charges sociales ce qui résout le problème des retraites.

Ils se trompent de cible ces cons de jeunes.

Le plus terrible est que Marx est un des seuls philosophes et économistes étudiés au lycée. On y apprend que les chômeurs forment l’armée de réserve du prolétariat, désormais les étudiants forment l’armée de réserve du chômage, un concept que je suis sûr l’Allemand n’aurait pu concevoir. Le patronat est décidément génial.


Porter’s Five

Economie, Mutation — Article écrit par le 16 septembre 2010 à 11 h 06 min

Les  cinq forces de Porter est un modèle théorique économique qu’entrepreneurs et investisseurs utilisent pour jauger de la profitabilité d’un secteur et ainsi juger de l’opportunité d’entrer dans le secteur passé sous les fourches caudines de ce cadre analytique, mais aussi et surtout pour bâtir la stratégie qui mènera au succès.

Le succès de ce cadre d’analyse tient à la relative simplicité d’application. Porter n’a rien inventé, comme tout universitaire qui passe à la postérité, il a simplement forgé des concepts qu’il a ensuite collés à des choses qui tiennent du bon sens, de l’expérimentation et de l’observation empirique.

Porter liste cinq forces, qui selon lui, déterminent la profitabilité d’un secteur. Les cinq forces sont: le pouvoir de négociation des clients, la menace d’entrants potentiels, le pouvoir de négociation des fournisseurs, la menace des produits de substitution, l’intensité de la concurrence dans le secteur.

Le pouvoir de négociation des clients: influence sur le prix, termes du paiement…Le niveau de concentration des clients leur accorde plus ou moins de pouvoir.  Mettons qu’une centrale d’achats d’un groupe de grande distribution a un vrai pouvoir face à un petit producteur de vin. Contrairement, un concessionnaire de bagnoles totalement indépendant et qui ne vend que des modèles d’une marque précise aura peu de marge de négociation face au constructeur automobile à qui il achète les voitures.

On peut tirer quelques conclusions, le pouvoir de négociations des clients est d’autant plus fort que: les clients sont concentrés, les fournisseurs sont éclatés, le client peut se fournir ailleurs et qu’on peut substituer le produit par un autre…

Le pouvoir de négociation des fournisseurs: La capacité des fournisseurs à imposer leurs conditions à un marché (en termes de coût ou de qualité) a un impact direct et inversement proportionnel à celui des clients. Un faible nombre de fournisseurs, une marque forte, des produits très différenciés sont autant de facteurs qui accroissent le coût de changement des fournisseurs. Vous comprenez maintenant pourquoi les produits Apple coûtent une blinde. On peut considérer que l’Opep devrait avoir un sacré pouvoir, mais ils sont trop cons pour s’entendre…

La menace des produits de substitution: Les produits de substitution ne sont pas du secteur à proprement parler, mais représentent une alternative à l’offre. Il peut s’agir de produits ou services différents répondant à un même besoin (ex : Achat d’une voiture/ Location d’une voiture…), soit de produits influant sur la demande. Les produits de substitution sont caracterisés par une élasticité croisée qui est positive…en gros l’augmentation du prix d’un bien provoque en conséquence l’augmentation de la quantité vendue de l’autre.

L’intensité de la concurrence dans le secteur: les concurrents se font la guerre au sein de l’industrie pour accroître ou simplement maintenir leur position. Il existe entre les firmes des rapports de forces, en fonction du caractère stratégique du secteur, de l’attrait du marché, de ses perspectives de développement, de l’existence de barrières à l’entrée et à la sortie, du nombre, de la taille et de la diversité des concurrents, de l’importance des frais fixes, de la possibilité de réaliser des économies d’échelle, du caractère banal ou périssable des produits, etc.

La menace d’entrants potentiels: la venue de nouveaux concurrents est freinée par l’existence de barrières à l’entrée. Le ticket d’entrée, les brevets, les normes, les mesures protectionnistes, les barrières culturelles… Tous ces moyens rendent l’entrée plus difficile pour une nouvelle firme. Les concurrents déjà en place tentent généralement de renforcer ces barrière à l’entrée. En gros, si vous souhaitez créer une entreprise qui construit des avions, le ticket d’entrée va être cher, les normes et les brevets pour faire voler un avion sont un nombre d’emmerdes pas possibles… En gros, Airbus et Boeing sont relativement tranquilles quant à l’arrivée d’un nouvel acteur sur le marché. En revanche, si vous avez une agence immobilière ou une boutique en ligne qui vend des écrans plats, attendez-vous à en voir fleurir tous les jours…

Exemples concrets: n’investissez pas dans les usines qui fabriquent des bagnoles…à part la menace d’entrants potentiels qui est assez faible (et encore ce point est à relativiser, des constructeurs issus des BRIC ne devraient pas tarder à entrer sur les marchés occidentaux…), les quatre autres forces devraient vous détourner de ce chemin…la concurrence dans le secteur, n’en parlons pas, il y autant de différences entre un modèle compact de Renault, Audi, Fiat, Citroën que de différence entre Lady Gaga Britney Spears, Christina Aguilera et Madonna…Pour les produits de substitution, on peut discuter mais les transports en commun proposent une alternative et la location de voitures se substitue parfaitement à l’achat d’un véhicule…Le pouvoir de négociation des fournisseurs est assez important, demandez-vous pourquoi Les métallurgistes sont les nouveaux milliardaires…le pouvoir de négociation des clients est assez fort car il y a une grande offre, les produits sont standardisés…

Conclusion: très faible profitabilité

À l’inverse, le marché du médicament est sacrément juteux…pas de produits de substitution, le client à très peu de pouvoir de négociation, la molécule qui soigne appartient à un labo pharmaceutique unique et pendant quinze ans…Les entrants potentiels, le pognon et la recherche qu’il faut mettre sur le marché une molécule est absolument délirant…les fournisseurs? La concurrence est plus feutrée… puisqu’on peut considérer chaque maladie comme un secteur auquel correspond une ou plusieurs molécules…Vous aurez compris que c’est bien d’investir là-dedans d’autant plus qu’il y a des lois qui laissent au labo découvreur d’une molécule mise sur le marché un monopole de 15 ans. L’exemple le plus flagrant est celui du Viagra…avec une pilule dont le prix tourne autour de 10-12 euros…

Conclusion: 15-20% de profitabilité

Critique du modèle: comme nombre d’Américains, Porter n’a qu’une vision anglo-saxonne du business, si bien qu’il ne prend pas en compte d’autres forces comme la pesanteur des lois, du gouvernement…

Il y a plein de vidéos disponibles sur youtube sur le sujet, en voici une et une autre…et à l’entendre on comprend pourquoi l’anglais est la langue du business.

Addendum: j’ai en ce moment cette lubie de mettre comme titre aux articles deux mots anglais ( Color-blind, Snuff book et maintenant Porter’s Five)…ça passera.


L’Euro, le FN et Don Juan

Economie, Mutation — Article écrit par le 6 juin 2010 à 19 h 28 min

L’Euro est mort.

Disons qu’il râle. Ce n’est certes pas moi qui vais pleurer sur la probable disparition à horizon devenu visible (cinq ans, peut-être) de la monnaie unique, engloutée dans le trou des dettes dont gouvernement comme opposition nous promettent en vain qu’en France elles n’auront pas de fin et qu’on pourra les supporter en modifiant deux ans de retraite ici et trois pour-cent de dépenses là ; je n’ai jamais aimé ce rouble Deloriste qui a pu faire croire pendant quelques années qu’il avait réussi, cette monnaie improbable dont le destin était tout tracé et je ne verserai même pas une petite larme sur cette idée européenne qui était sans doute la bonne idée du siècle avant-dernier. D’ailleurs elle y avait foiré aussi, sous les traits de l’Union latine, dont l’agonie très lente préfigure peut-être le seul avenir possible de l’Euro sous forme de monnaie commune que nous traînerions comme un boulet inutile pendant encore plusieurs décennies.

Ayons au passage une pensée contrite pour tous ceux qui ont longtemps cru que la monnaie unique serait vraiment et durablement indépendante des hommes de l’État ou que la construction européenne nous sauverait malgré nous de nos démons dirigistes et particularistes français : l’alliance de Sarkozy voulant sauver la BNP de ses dettes pourries grecques et de Geithner — qui sait que le répit dont jouit le dollar ne repose que sur la déconfiture d’autres monnaies avant lui — aura été fatale à leurs espoirs en faisant céder en partie le chancelier d’Allemagne.

Or un ami me fait remarquer ces temps-ci l’assourdissant silence — comme on dit — du Front national sur la question monétaire.

Est-ce si étonnant ?

Car, à la croisée des chemins, quelles sont les deux directions possibles ?

La première consisterait à revenir à une monnaie nationale « souverainiste », porte ouverte à tous les tripatouillages monétaires qui permettraient non plus de demander quelques minutes de sursis au bourreau-spéculateur, mais de faire en sorte que le bourreau soit national, ait les alibis de l’État — alibis auxquels les Français-gogos désinformés depuis l’enfance par l’Éducation nationale et la télévision publique sont si sensibles habituellement — et qu’il ne tranche qu’un peu de chair à la fois, avec des instruments divers : petits coups de la lame rouillée de la dévalutation, autres coups d’un canif plus acéré appelé fiscalité, un grand coup de la scie à viande des prélèvements sociaux, après qu’elle ait joué l’air de la solidarité avec ce son nasillard qui caractérise cet instrument guère symphonique. Bref il s’agirait de rendre son influence à la nation sur la monnaie, et la nation se réduisant à ses élus, à ses fonctionaires, à ses syndicalistes, bref à ceux qui ont intérêt à pressurer le peuple de manière plus indolore pour sauvegarder leurs avantages personnels et ainsi se faire indéfiniment élire ou nommer, on imagine que les choses ne s’amélioreront guère : tout au plus la ruine sera-t-elle mieux acceptée avec une résignation faite de bons sentiments généreux et beaucoup de cette supériorité morale supposée dont nous sommes si peu avares. Monsieur Attali expliquera tout ça très bien chez Guillaume Durand, à moins que ce ne soit M. Minc chez Marie Drucker, ils sont tous payés précisément pour ça.

La deuxième voie consisterait à profiter de la capilotade européenne non pour retourner en arrière, mais pour aller de l’avant, pour décidément couper radicalement et définitivement la monnaie de l’intervention publique. L’étalon-or ? pas même, car les hommes de l’État savent très bien organiser le « manque d’or » plutôt que le manque de monnaie de papier, ce qui rend les crises de liquidités à peine plus rares et moins dévastatrices. Il s’agirait d’aller vers l’or monétaire, vers le paiement exprimé en grammes d’or.

Techniquement rien ne s’y oppose : on sait très bien garder des barres de bonne livraison qui ne sortent jamais du système bancaire, les auditer, les identifier, et en exprimer la propriété en grammes attribués à tout instant à monsieur X ou madame Y. Cela sans aucune intervention autre que celle nécessaire à faire respecter les contrats devant l’autorité judiciaire, qui pourrait d’ailleurs être arbitrale. Ni ministre, ni parlementaire, ni inspecteur du Trésor, ni syndicaliste co-gérant ne sont nécessaires pour cela. Que vous ayez un certain nombre de grammes d’or à votre disposition sur votre carte bancaire plutôt qu’un certain montant en monnaie monopolistique émise par la banque centrale ne présente pas de problèmes techniques insurmontables. Et l’or a un avantage énorme : l’Etat ne peut pas, même s’il le voulait, même s’il le décrétait, même après un vote solennel des deux assemblées, même au nom de la conscience universelle, des Droits de l’Homme et de toutes les autres conneries du même ordre, l’État ne peut pas imprimer d’or pour financer ses dépenses sur le dos des autres. Ni se livrer à des opérations complexes qui reviendraient au même.

Notons que cela permettrait en outre de se passer de toute banque centrale et de mettre un certain nombre de fonctionnaires inutiles et fort coûteux au chômage, car il n’y a pas de petites économies.

Le Front national, qui a pour lui d’avoir toujours été contre l’Euro je crois, même si ce n’était pas toujours pour de bonnes raisons, peut-il prôner la première solution ? évidemment non, puisqu’il se retrouverait à la prôner, d’ici quelques temps, avec tout le reste de la classe politique. Et en attendant se retrouverait, là comme ailleurs, à peu de choses près sur les mêmes positions économiques que l’inénarrable Robespierre de banlieue qu’est Mélenchon ou dans les mêmes manifestations que le petit facteur. Ce qui je crois ne le dérangerait pas trop. Mais il suffirait d’une volte-face, et elle paraît inévitable, du gouvernement et de l’UMP pour que Copé, Sarkozy et autres Fillon se retrouvent sur la même position et autrement plus crédibles — si l’on ose employer le mot, disons moins fantaisistes d’apparence — que le clown Martinez.

Le Front national peut-il pour autant prôner la deuxième voie ? Il faudrait pour cela que le FN retrouve des accents qu’il a perdus depuis longtemps, quand il réclamait la suppression de l’impôt sur le revenu par exemple. Toute une rhétorique qu’il s’est laissée imposer par la gauche est entre temps passée par là, et un certain nombre d’opérations de communication aussi, pas malhabiles d’ailleurs, mais dont le vice était de conquérir pour électorat une classe ouvrière qui n’existe simplement plus. Surtout il lui faudrait renoncer à une vision dirigiste de l’économie, à cette idée que si on organise les choses d’en haut, elles seront mieux faites que si on les laisse faire par ceux qui ont intérêt à les faire. Enfin, et ce serait peut-être le plus difficile, il lui faudrait battre en brêche les conceptions aberrantes et quasi religieuses, dévotes dira-t-on, de certains militants, pas les plus nombreux, mais incontestablement les plus remuants et visibles, qui sont persuadés que quelque part de méchants spéculateurs apatrides parient contre la Grèce en attendant de parier contre la France. Alors que la vérité est bien plus simple : si la Grèce en est là, ce n’est pas parce que de méchants spéculateurs ont décidé de la mettre à genoux, mais bien parce qu’elle ne peut pas rembourser ses dettes. Comme ce sera demain le cas de la France, de manière inéluctable, à moins que deux et ceux ne cessent de faire quatre.

Or,

Je crois que deux et deux sont quatre Sganarelle…

vérité que les dévôts ont toujours du mal à admettre, tant ils sont prompts à croire que leur supériorité morale supposée peut tenir lieu d’arithmétique.

Il est des partis dévôts plus ou moins évidents, celui, économique, qui va de Mélenchon à Le Pen n’est pas celui auquel on pense en premier mais il est assurément l’un des plus désastreux et par les absurdes illusions qu’il entretient comme un fond de commerce inlassablement fécond fondé sur l’ignorance, et par les alliances avec d’autres dévôts qu’il ambitionne plus ou moins ouvertement et auxquelles il sera conduit plus ou moins consciemment.

Étiquetté : , , , ,
Titre :

Lien :

Description :

Fermer