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Des lampistes aux aiguilleurs

Droit — Article écrit par le 8 octobre 2011 à 16 h 30 min

Sándor Képíró est né en 1914.

Il a été accusé d’avoir, en 1942 et comme jeune officier de la gendarmerie hongroise, participé  à un massacre lors d’une rafle à Novi Sad. Jugé par un tribunal militaire en Hongrie en 1944, il est condamné à dix ans, mais voit sa peine annulée. Il est de nouveau condamné en 1948, cette fois à quatorze ans, sous le nouveau et doux régime communiste hongrois et par contumace.

Revenu au pays au milieu des années 90, il est arrêté par la police hongroise en 2009. Pour être, finalement, placé en examen en février 2011. Et jugé -toujours pour les mêmes faits- par un tribunal en mai 2011. Faute de preuves, il est acquitté en juillet 2011. Sándor Képíró meurt en septembre 2011.

On sent une nette accélération à la toute fin de sa vie.

Trépidante année 2011…

Papon a du ressentir cela aussi.

Demjanjuk également.

La cour de justice munichoise a condamné Demjanjuk à 5 ans de prison. Ce dernier, qui dément avoir été garde, a fait appel et est libre pour le moment. C’est la première fois qu’est condamné quelqu’un pour crime de guerre sans pour autant pouvoir prouver qu’il a participé à une tuerie. Devant les tribunaux, les procureurs ont allégué que le seul fait qu’il ait été garde d’un camp comme Sobibor, dont l’unique fonction consistait à exterminer ses occupants, suffisait à prouver son implication dans les assassinats qui y furent perpétrés.

Il est vrai que les vrais gros nazis ont disparu depuis longtemps.

La guerre et le procès de Nuremberg avaient déjà considérablement éclairci les rangs des nazis. Des dirigeants nazis comme de leurs subalternes les plus en vue. Si on rajoute quelques autres tribunaux fonctionnant à plein régime après guerre, on peut dire qu’en 1950, quasiment tout le monde était soit mort, soit déjà jugé. Restait simplement plusieurs fantasmes tels que celui tournant de Martin Bormann par exemple et quelques rares fugitifs de seconde importance.

Une fois ce premier ménage opéré, il a fallu attendre le début des années soixante et Eichmann pour que la traque des seconds couteaux reprenne.

Depuis, on élargit chaque année le cercle des nazis. De 1945 à 2011, nous sommes passés du haut dignitaire allemand devant ses juges à Nuremberg au… Prisonnier de guerre ukrainien et garde dans un camp d’extermination se retrouvant devant un tribunal Munichois.  Et, autre évolution notable, on demande, comme le montre le procès Demjanjuk, de moins en moins de preuves. A défaut de  témoins, on fait intervenir ce qu’on nomme de grands témoins (en clair : des témoins qui n’ont rien vu concernant l’accusé).

Pourtant, l’opération Dernière chance, lancée par le centre Simon Wiesenthal en 2008 avec un top dix des criminels nazis recherchés, avait débouché sur des résultats contrastés.

Le procès de Sándor Képíró a fini par un acquittement. Aribert Heim est toujours introuvable si tant est qu’il ne soit pas mort depuis longtemps. Milivoj Ašner est, lui, bel et bien mort. Soeren Kam n’est toujours pas accusé d’un crime qui serait imprescriptible. Heinrich Boere, membre de la Waffen-SS, a été condamné en 2010 à perpétuité pour être un des exécutant d’une série de meurtre en Hollande sur des résistants. Charles Zentai n’a toujours pas été extradé. Mikhail Gorshkow ne fait pour le moment face à aucune procédure judiciaire à son encontre. Algimantas Dailide, alors dans la police lituanienne, s’est sorti depuis quelques années de son procès où il a été condamné pour avoir livré des juifs aux nazis, mais sans exécuter de peine à cause de son grand âge. Harry Mannil n’a jamais été inculpé et est mort en 2010.

Deux condamnations définitives, dont un seul en prison. Un autre condamné en première instance et relâché dans l’attente de son procès en appel. Un disparu qui le demeure. Deux morts. Un acquitté. Un pour lequel il y a prescription. Un pour lequel il n’y a toujours pas d’inculpation. Un autre qui n’est toujours pas extradé.

Reprenons la liste avec leur nationalité et leur fonction à l’époque. Un hongrois capitaine de gendarmerie. Un médecin-chef SS autrichien dans un camp de concentration. Un officier de police croate. Un officier SS danois. Un membre d’un escadron SS néerlandais. Un officier hongrois. Un collaborateur estonien. Un officier de police lituanien. Un membre de la police politique estonien.

Pas un seul allemand. Des officiers subalternes ou de simples pions. Certains d’entre eux sont peut-être, sans doute, des criminels. Mais des criminels contre l’humanité ? Si on prend le seul condamné qui purge sa peine, est-ce que participer à un escadron SS chargé de liquider des résistants néerlandais peut-être considéré comme un crime imprescriptible ? Manifestement, le tribunal a jugé que oui. Mais, comme ça, d’emblée, on peut s’interroger. Et, si on peut tenir un débat sur les petites mains de l’horreur, sur leur responsabilité qui ne saurait être annulée, sur le devoir de désobéissance, sur l’inhumanité dont elles ont fait preuve, etc. Il est tout de même malheureux que le dernier condamné soit… Un prisonnier de guerre. Pire, un prisonnier de guerre dont on ne sait pas grand chose -si ce n’est rien- de ce qu’il a fait à titre individuel.

Le seul qui fasse vraiment sérieux, le seul pour qui il y a par ailleurs de vraies et solides billes, c’est Aribert Heim, dit le Docteur de la mort. Introuvable toutefois. Et même réputé mort depuis longtemps.

Allons. Vae Victis a déjà observé tout cela. Ce qui m’intéresse ici, c’est que nous avons depuis quelques années, devant cette désolante pénurie de nazis, de nouvelles jurisprudences. Et que ce sont, aujourd’hui, ces nouvelles jurisprudences qui permettent de trouver de nouveaux nazis.

Et ce n’est pas qu’une impression.

Il y a eu l’année dernière plus d’investigations et d’accusations mises en oeuvre contre d’anciens nazis dans certains pays que les années précédentes. Il y a ainsi eu plus d’investigations en Allemagne en 2010 que pendant les cinq années précédentes cumulées…

Alors même que les anciens nazis disparaissent tous les jours.

C’est donc bien de justice dont on parle.

Et le centre Simon Wiesenthal le dit très clairement aussi, alors qu’après avoir donné une bonne note à l’Allemagne (ce centre sert aussi d’agence de notation des pays. Il évalue la volonté de ceux-ci à envoyer d’anciens nazis en prison),

Mr Zuroff said Germany had changed its prosecution policy to allow more suspects – particularly those who were not officer class and those of non-German origin – to be prosecuted.

Voilà comment augmenter les prises alors même que la ressource se réduit d’années en années. On élargit le filet et on racle le fond.

Avec de nouvelles jurisprudences.

Jurisprudences où il ne s’agit même plus, par exemple, de démontrer que l’accusé savait que les juifs allaient vers la mort lorsqu’on les déportait (procès Papon). Ce qui est tout à fait remarquable. Etre reconnu coupable d’un crime de complicité de crime contre l’humanité alors même qu’on affirme dans le même temps et dans le jugement qu’on n’est pas sûr que vous saviez qu’il y avait crime -et qu’on ne peut donc vous reconnaître coupable du chef de complicité d’assassinat…

Remarquable.

Et c’est certainement en se souvenant de cette remarquable jurisprudence que, dans le procès Demjanjuk, on a fini par condamner quelqu’un sans être sûr un seul instant qu’il ait fait quoique ce soit personnellement. La seule présence dans le camp, en tant que gardien, de Demjanjuk, a suffit à ce qu’il soit considéré qu’il a participé à un crime contre l’humanité. Quelle était sa marge de manœuvre ? Aurait-il été gardien de camp sans avoir été au préalable prisonnier de guerre ? A-t-il montré du zèle dans sa tâche ?

Autant de mystères.

Un peu de moins de soixante-dix ans après les faits, ce n’est pas si étonnant.

Quoiqu’il en soit, le tribunal de Munich et ses juges, dont il n’est pas certain qu’un seul soit né avant les faits, ont répondu qu’il convenait de se foutre de ces béantes zones d’ombre. Il était là. Cela suffit. Un prisonnier de guerre ? Qu’importe. La puissance détentrice ne respecte pas le droit humanitaire, et particulièrement la convention de Genève sur les prisonniers de guerre (et je parle de celle de 1929) ? Rien à foutre.

Fichtre.

Que de nouvelles perspectives…

Ainsi, le centre Simon-Wiesenthal va bientôt lancer une nouvelle chasse au nazi..

Efraim Zuroff voit dans la jurisprudence Demjanjuk une formidable opportunité de traquer les derniers survivants du nazisme. Près de 4 000 personnes seraient concernées selon lui. « Même si seuls 2% de ces gens sont encore en vie, nous parlons de 80 personnes. Admettons que la moitié d’entre eux ne soit pas médicalement en état d’être amenés devant la justice, cela nous laisse avec 40 personnes, c’est un potentiel incroyable », explique-t-il auGuardian. Pour lui, le fait que ces anciens nazis n’aient eu que des rôles subalternes importe peu : « Notre but est d’amener autant de gens que possible devant la justice. Ils ne doivent pas être laissés de côté sous prétexte qu’ils sont moins que Mengele ou moins que Himmler ».

Quarante derniers nazis du même calibre que Demjanjuk.

Voilà en effet un potentiel incroyable.

Il convient toutefois de se dépêcher. Chaque mois qui passe réduit ce potentiel incroyable.

Et pour hâter les choses, pour que les sociétés acceptent ces jurisprudences d’exception s’exerçant contre des vieillards, il convient de les culpabiliser toutes entières. Ainsi le discours de Chirac de 1995 doit être considéré comme directement responsable de la condamnation de Papon de 1998.

Mais on peut encore faire mieux dans notre pays. Il convient de redresser notre note donnée par le centre Simon Wiesenthal. Certains agitaient il y a quelques années, à la suite du procès de Papon ou de la mise en cause de la SNCF comme personne morale, la perspective que les conducteurs de train finissent devant la justice. Allez. Il sera bientôt temps de mettre les aiguilleurs de train survivants devant leur responsabilité.

Des lampistes aux aiguilleurs.

Voilà, sans doute, la dernière évolution.

Encore un effort.

Nous y sommes presque.

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Pourquoi DSK aurait du être jugé

Droit — Article écrit par le 23 août 2011 à 15 h 09 min

Autant le dire d’emblée. Dominique Strauss Kahn se sort de cette affaire de viol pour deux mauvaises raisons. Sa célébrité et sa richesse. Certains me répondront que c’est peut-être sa célébrité et sa richesse qui l’ont envoyé là-dedans en premier lieu.

Malheureusement, depuis trois mois maintenant, on apprend quasiment chaque jour que tel n’est sans doute pas le cas.

Quoiqu’il en soit, sans sa richesse et sa célébrité, la vie de Nafissatou Diallo n’aurait jamais été passée sous crible avec autant de célérité et de minutie. Et ses mensonges passés seraient restés inconnus.

On me rétorquera que produire une enquête complète et minutieuse devrait être la règle et qu’il est malvenu de reprocher cela à la justice américaine. Et je serais d’accord. Non, sa richesse et sa célébrité jouent à un tout autre niveau.

DSK, s’il n’avait pas été un homme puissant, aurait peut-être passé plusieurs années en prison en France pour agression sexuelle ou viol. Aux Etats-Unis, s’il n’avait été patron du FMI mais d’une papeterie locale, il serait sans doute déjà tombé, a minima, pour harcèlement sexuel.

Autant dire qu’aux mensonges de la première aurait répondu le casier particulièrement chargé du second.

Autant dire que le procès aurait alors été particulièrement jouable.

Mais Dominique Strauss Kahn se trouve être un homme riche et puissant.

On m’expliquera qu’il est irréaliste de faire comme si DSK n’était ni riche, ni puissant. Ne serais-ce que parce que Nafissatou Diallo n’aurait pas eu de raison de mentir sur une agression sexuelle si elle n’avait pas identifié sa cible comme étant riche et célèbre. Cela est vrai. Mais c’est, là encore, oublier la possibilité, qui n’est pas mince, que le casier de DSK résonne vide à cause de sa richesse et de sa célébrité. Or, un casier chargé aurait rendu les accusations de la plaignante formidablement plus solides. Et, soyons clair, les éléments s’accumulant contre DSK ont tendance à former l’image d’un homme qui ressemble plus à un multirécidiviste qui se pense invincible parce qu’il a toujours échappé à la sanction (grâce à sa richesse, sa puissance, sa célébrité) qu’à un honnête homme qui ne comprend pas ce qui lui tombe sur la gueule.

L’accusation de Nafissatou Diallo est crédible. Personne ne peut prétendre le contraire sérieusement. Mais pour le procureur elle ne passerait probablement pas le doute raisonnable.

Il faudrait donc en rester avec l’idée que cette femme de chambre, en l’espace de sept à neuf minutes, s’est brusquement donnée à DSK, qui, cela tombe bien, en avait envie.

Ce qui pose deux problèmes.

Pour résoudre le premier problème, celui de l’envie de DSK, il est raisonnable, d’après ce que nous avons appris depuis trois mois, de considérer qu’il a envie tout le temps.

Et, le laps de temps faisant foi, on peut même dire qu’il est constamment au bord de l’éjaculation. Je dis cela pour les femmes qui croiseront la route de DSK désormais. Sachez qu’il n’est qu’à quelques petites minutes de vous éjaculer dessus. Ce n’est donc pas le moment de trébucher et de vous fouler une cheville.

Concernant le deuxième problème et étant donné que DSK n’est pas forcément le plus bel homme de la planète et étant donné la nature de la relation sexuelle, il convient de considérer que la brusque excitation de la femme de chambre soit liée à une célébrité et une importance qu’il aurait revendiqué. Pourquoi pas. On sait que cela plaît à certaines femmes. Plus spécifiquement les femmes journalistes. Mais pourquoi pas les femmes de chambre ?

Néanmoins, il nous faut alors consacrer l’idée que Nafissatou Diallo tombe sous le charme de l’auto-proclamé célèbre et puissant DSK en moins de neuf minutes, qu’elle lui fait durant ces neuf minutes une petite fellation les yeux béats d’admiration mais que, moins d’une demi-heure après, ses petits yeux doux se remplissent brusquement de haine et se plissent de duplicité lorsqu’elle le dénonce pour l’avoir agressée à sa direction.

Or, dans ce laps de temps entre les faits et la dénonciation, on lui aurait appris le nom et la fonction exacte de DSK selon certaines sources. Ainsi, en quelques minutes, aurait pu germer un plan diabolique. Elle se serait ensuite recroquevillée dans un coin et aurait joué la victime. Et cet étonnant machiavélisme de sa part serait crédible car elle aurait menti aux policiers avec aplomb sur son passé. Et qu’après avoir menti sur un viol pour obtenir sa demande d’asile, on peut mentir sur un viol pour obtenir deux ou trois sous afin d’agrémenter son quotidien de femme de chambre et de mère célibataire.

Et que ce n’est finalement que par une coïncidence incroyable que ce plan tombe sur un type qui a lui-même un passé relativement ténébreux dans ses rapports avec les femmes.

L’autre possibilité, c’est de considérer que Nafissatou Diallo savait très bien dans quelle chambre elle entrait ce jour-là. Qu’elle avait déjà son plan en tête. Celui de séduire DSK. Puis de l’accuser de viol. Afin de récupérer un beau paquet d’argent.

Pourquoi pas.

Absolument rien n’indique qu’elle savait sur qui elle allait tomber en cette matinée new-yorkaise, certaines preuves attesteraient précisément de l’inverse, mais pourquoi pas…

Mais, dans ce cas-là, toutes les incohérences que les semi-demeurés qui défendent DSK sperme et ongles se sont amusés à recenser apparaissent comme des erreurs grossières. On me dira que cette femme de chambre n’est qu’une femme de chambre, pas Arsène Lupin. Et qu’elle a peut-être sous-estimé le bordel que son accusation allait générer. Mais, si on part de l’idée que la femme de chambre n’est pas une manipulatrice de premier ordre, si on part de l’idée qu’elle n’est pas une bonne comédienne, pourquoi se complique-t-elle la vie ? Qu’elle ne pense pas que son coup de téléphone à un criminel soit écouté, très bien. Mais pourquoi ne va-t-elle pas, pile après son rapport sexuel avec DSK, le dénoncer ? Ce serait le plus logique. Le plus vu à la télé. Pourquoi va-t-elle prendre le temps de faire une autre chambre ?

Afin que ses accusations ne soient pas trop parfaites ? Qu’il y ait un peu de vie là-dedans ? Très bien. Mais dans ce cas, si elle a cette intelligence là, pourquoi le coup de téléphone en prison ? Elle n’aurait pas pensé être écoutée et qu’on allait par ce biais découvrir ses petits secrets ?

Oui, pourquoi pas, si on veut.

Je n’y crois pas une seconde pour ma part.

Je ne pense pas qu’on puisse y croire d’ailleurs.

Ni moi ni quiconque.

Quoiqu’il en soit, quoiqu’on en pense, je ne peux pas être d’accord avec l’idée que renoncer au procès était la seule solution. Que DSK ait de la marge pour s’en sortir, bien sûr, je ne disais pas l’inverse deux jours après les faits donc je ne vais pas changer d’avis maintenant. Mais il n’en demeure pas moins que, même s’il faut l’unanimité des jurés au-delà d’un doute raisonnable, l’affaire aurait pu être portée devant la justice sans être ridicule ou même sans être perdue d’avance. Et rien n’oblige le procureur a ne partir qu’avec la certitude absolue d’être vainqueur. Peut-être que, si l’accusé était moins célèbre et riche que DSK mais avec un niveau de doute équivalent à celui de cette affaire, le procureur se serait désisté. Ou pas. Je n’en sais rien.

Mais ce que je sais, c’est que lorsque l’accusé est riche, puissant et célèbre, c’est précisément le moment pour y aller. Car il aura les ressources pour se défendre. Car on prendra le temps d’aller au fond des choses. Parce que vivre dans un hôtel particulier dans New-York n’est pas si horrible que cela. Parce que le déni de justice n’est pas un facteur de paix sociale, particulièrement quand une affaire oppose un puissant à une moins que rien.

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Réquisitoire supplétif contre Rue 89

Droit — Article écrit par le 11 août 2011 à 19 h 37 min

Réquisitoire supplétif contre Rue 89

Nous reproduisons régulièrement les réquisitoires de Jules Lecroc, procureur général de la république sarkozystanaise.

Aurions-nous commis, Président, chers jurés, une erreur judiciaire ?

La question peut paraître oiseuse, tant il nous importe peu que le coupable soit désigné avec une grande rigueur du moment qu’on peut le livrer au bourreau avec célérité. Et dans les rares occasions où il nous arrive de juger en toute connaissance de cause un innocent qui sera relaxé, le traîner sur le banc d’infamie où il dégoûtera de sueurs froides et angoissées dans les affres du procès qu’on lui a concocté nous paraît déjà une vivante image de cette justice divine que l’on reconnaît immanquablement à son caractère incompréhensible et parfaitement arbitraire, car à quoi servirait d’être Dieu si on ne pouvait pas faire ce qu’on veut, y compris faire crever de peur des innocents pour se marrer, nom de Dieu ?

Mais foin de métaphysique de prétoire, avons-nous condamné à la légère Yannick Machin ? j’ai déjà oublié son nom, attendez… Yannick Cahuzac, qui a transmis un recours au tribunal — est-il taquin — au motif, que c’est Rue 89 qui font rien que faire tenir aux autres des propos condamnables dont il serait, lui, Cahuzac, innocent comme le sociologue qui vient de naître.

Nous ne nous permettrons pas de citer ici sa défense in extenso telle qu’elle est versée au dossier, mais Zineb Dryef de Rue 89 aurait fait de Yannick Cahuzac une caricature de sociologue en tronquant, déformant, triturant, patouillant, malaxant, voire en sollicitant ses propos.

Or Yannick apparaît sensible à l’opinion de notre tribunal au point de risquer une aggravation de sa peine ; rappelons qu’il avait été condamné à l’estrapade avec sursis, Rue 93 n’écopant que d’une condamnation pécuniaire, pour complicité. Pareille inconscience dans la demande de Yannick, et pareille confiance candide dans la justice de son pays, ne pouvaient que réjouir le tribunal.

N’hésitons pas, rouvrons donc le dossier afin de protéger la société des journalistes qui pullulent en toute impunité dans notre beau pays.

En plus des faits portés à la connaissance du tribunal par Yannick Cahuzac, et que nous avons versés d’enthousiasme au dossier — vous pensez que c’est pas nous qui allons douter de ce que raconte un sociologue spécialisé dans l’extrême-droite —, nous avons demandé à la police et au sergent Garcia de se livrer à une enquête de moralité sur Rue 57+32. Le résultat, est, comme bien l’on pense, 89, mais il est aussi accablant.

Tout d’abord, avant de basculer dans des activités journalistiques, Rue 69 avait eu le projet parfaitement immoral de monter un site pornographique. Nous avons retrouvé dans les fonds de poubelle de divers moteurs de recherche quelques-uns des titres qu’ils se proposaient de livrer à la perversité salace de leur public, dont la conscience politique risible n’égale que la pauvreté de l’univers fantasmatique : Interracial whores sucking huge black cocks, Beurettes de cité à gros seins, Martine biberonne comme une nympho, ou encore La Boniche est une bonasse, la production la plus dégoûtante, et toujours soumise à diverses procédures judiciaires outre-Atlantique, du label Pastèque & Pastrami — je sens que ce réquisitoire va faire péter l’audience, comme on dit dans le monde judiciaire.

Qu’attendre, Mesdames et Messieurs les jurés, de tels mercenaires ? qui envisageaient de se livrer à un commerce aussi dégoûtant, sans même, les accable un peu plus le rapport du sergent Garcia, s’être munis de quelques photos de chatons pour sauver les apparences ?

Puis Rue 89 tomba, comme l’on sait, dans la politique, le sujet de société, les zyvas innocemment écrasés par des voitures de police et autres sujets d’actualité. Ils montèrent un site de gauche bien pensante et gluante, passant sans désemparer de la vente sponsorisée de lubrifiants spécial sodomie sans douleur au journalisme sans risque. L’une de leurs principales activités ? la délation. Oui chers jurés, oui Monsieur le Président dont je vois l’accablement soudain : sous couvert d’être de gauche citoyenne, Rue 89 dénonça des juifs. Moralement du moins. Face à la montée du métisme — c’est XP je crois qui nous prouva jadis ici même que le métis est l’aryen du XXIe siècle — est-il bien moral de dénoncer comme nazis de pauvres bougres qui trouvent juste un peu agaçant qu’on leur interdise comme aux chiens l’entrée des boîtes afro-caribéennes et des commerces halal ? à l’évidence, non. Si tous les hommes sont frères, il n’y a aucune raison de stigmatiser le nazi en prétendant que c’est un nazi. A fortiori ne doit-on pas dénoncer comme nazis des gens qui ne le sont pas. Or en parlant de Mein Kampf sans rime ni raison et en mentionnant Hitler avec une légèreté qui confine au négationnisme par banalisation et excès de zèle, c’est bien ce qu’a fait Rue Lauriston. S’ils ne sont pas condamnés avec ça je rends ma robe de procureur, ses manches et les effets qui y sont assortis.

Enfin Rue 88€95 est payé, on ne le répètera jamais assez : les politiciens filent de l’argent public qui vient de nos impôt à ces gens là, qui l’acceptent, c’est dire leur indépendance et la bassesse méprisable de leur cœur.

Or donc Mesdames et Messieurs les jurés, pour avoir trompé la justice, je vous demande instamment que l’organisation immorale, délatoire et subventionnée qu’est Rue 89 soit démantelée, l’immeuble où elle est installée rasé, son gros et son petit bétail — stagiaires, femmes de ménage, coursiers — sacrifié aux dieux infernaux et l’emplacement semé de sel. Le tout pour faire un exemple car la justice se doit avant tout d’être préventive dans notre beau Sarkozystan.

Quant à Yannick Cahuzac, si ce n’est lui c’est donc son frère, et comme on n’est pas à Bobigny sa condamnation est définitivement confirmée malgré ses protestations d’innocence qui seront néanmoins portées à la connaissance des badauds par voie d’affichage public.

Jules Lecroc, Procureur général du Sarkozystan.

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Laxisme judiciaire 10

Droit — Article écrit par le 9 août 2011 à 11 h 23 min

Un nouvel exploit des juges de Bobigny.

Le 25 juillet 2011, deux vigiles d’un supermarché de Noisy-le-Grand (93) tentent d’intercepter un groupe de cinq hommes ayant, pour la seconde fois de la journée, dérobé des bouteilles d’alcool. Ces derniers ne s’en laissent pas compter et agressent les agents de sécurité : le premier est victime d’un coup de couteau au visage et souffre de fractures au nez et à la cheville (90 jours d’ITT), le second, de blessures plus légères (7 jours d’ITT).

Les enquêteurs du service d’accueil et de l’investigation de proximité (SAIP) local identifient sur les bandes de vidéo du magasin quatre des assaillants.

A 6 heures le 2 août, trois hommes d’une vingtaine d’années sont interpellés avec l’assistance de la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) du 93. Des perquisitions de leurs domiciles permettent de saisir les vêtements portés par deux d’entre eux le jour des faits. A 11 heures, un quatrième homme se présente spontanément au commissariat : il est placé en garde à vue. A 12 heures, un cinquième protagoniste se constitue prisonnier, précisant que son frère jumeau interpellé tôt dans la matinée est hors de cause. Ce dernier est alors laissé libre.

Les quatre hommes, formellement reconnus par les victimes et les témoins, reconnaissent leur implication dans les violences en réunion, mais nient le coup de couteau et le vol ayant précédé l’agression.

Le 3 août à 17 heures 45, le cinquième et dernier agresseur se présente dans les locaux de police où il est interpellé.

Tous les cinq ont été déférés au parquet, et laissés libres sous contrôle judiciaire.

(Source : PPFlash du jour à 11h00)

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Réquisitoire contre Yannick Cahuzac

Droit — Article écrit par le 5 août 2011 à 0 h 54 min

Par Jules Lecroc, procureur de la République sarkozystanaise

Notre chronique judiciaire, qui est toute édification, reproduira régulièrement les réquisitoires de M. le Procureur général Jules Lecroc.

« Mais qu’est-ce que vous foutez Lecroc ? les affaires repartent, Strauss-Kahn est dedans, Lagarde ça va pas tarder, on a besoin de vous.

— Ce que je fous mon Président ? je peux m’enquérir de son prénom, mais vous savez, moi, les langues étrangères…

— Pas d’esprit, ramenez-vous et requérez, sinon on vous suspend votre traitement. »

Cette conversation tenue au téléphone entre Paris, riante capitale du Sarkozystan sous sa pluie d’août, et le bord de la piscine céruléenne autant que caribéenne où je sirotais des cocktails à base de vodka, de citron, de curaçao et de glace pilée me désola d’abord. Adieux veaux, vaches, cochonnes, Irina, Tatiana et la petite viet dont personne n’arrive à retenir le nom et qu’on appelle Bob parce qu’elle a du bois devant la porte.

(Je précise, afin de ne pas manquer à notre minute inter-culturelle de promotion de la diversité, que « Es gibt Holz vor der Tür » — il y a du bois devant la porte — est l’équivalent allemand de notre « il y a du monde au balcon ». Et je précise encore, afin de parer aux injustes critiques de M. Cahuzac, sur le cas duquel nous allons revenir, je précise dis-je que ce n’est pas par nostalgie des plus-sombres-heures-de-notre-histoire™ que notre minute de diversité honore l’Allemagne. C’est parce que je devais aussitôt prévenir la Fraulein Müller, mon hôte, que mon implacable devoir de procureur me rappelait à Paris. Non, je ne pourrai pas aller avec nos amis commun à Bariloche la semaine suivante, randonner gaiement sur les pentes argentines, visiter leurs cimetières pittoresques. Oui, qu’elle prenne des fleurs pour moi afin de fleurir la tombe de son arrière-grand-père, que le mien avait si bien connu, bien sûr…)

Je réunis donc en hâte les bois du justice épars, je vérifiai que mon croc de procureur n’avait pas rouillé dans la touffeur tropicale, j’allai faire l’acquisition peu dispendieuse dans ces contrées d’une boîte de cigares à décapiter — ça m’aide toujours à préparer mes réquisitoires, et je pris le premier vol de British Airways d’Antigua à Paris.

Je vous épargne les tracasseries administratives pour faire transformer mon titre de procureur du Chiraquistan en procureur du Sarkozystan — mes vacances judiciaires avaient été fort longues — j’embauchai au débotté quelques accortes substitutes, et je plongeai dans mes dossiers de coupables présumés.

Las ! on m’avait promis du gros, du lourd, du salace, du libidineux que c’en était une caricature presque écœurante : le dossier n’était pas complètement arrivé de New-York. Pour d’obscures raisons de procédure, Lagarde devant être jugée devant une cour spéciale où les politiques se jugent entre eux, je ne pouvais pas non plus sauter tout de go sur le dossier Tapie.

Il restait, sur le coin de mon bureau, un maigre classeur qui comprenait l’enquête de police réalisée sur le triste sire Yannick Cahuzac.

Passons sur les déplorables autant que dégoûtantes habitudes révélées par l’enquête de voisinage pour en venir au principal : de quoi Yannick Cahuzac est-il coupable ? Je veux dire, en plus d’avoir un nom Gascon probablement usurpé si l’on considère la bassesse de l’individu et de la profession qu’il a librement choisie.

Car s’il est sociologue c’est bien le moindre de ses forfaits. Il faut y ajouter plus spécifiquement : le faux témoignage, l’épandage nauséabond de fausses nouvelles, la diffamation, le dénigrement, la calomnie et le mauvais traitement à animaux.

Laissons aussi de côté ce dernier point, je ne voudrais pas, Mesdames et Messieurs les jurés, qu’on m’accusât de jouer trop facilement de votre sensibilité en vous assénant le chaton énucléé et le petit siamois tout vif ébouillanté. Remarquons seulement avec la sagesse populaire que qui n’aime pas les bêtes n’aime pas les gens.

Donc Yannick Cahuzac n’aime pas les gens, et singulièrement ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. À tel point que cet individu a pu prétendre, je cite une de ses productions grâce auxquelles il déforme le bon sens des ménagères et le jugement des concierges, et je reproduis ici l’accablant article de Zineb Dryef, l’un de nos délateurs préférés de ses petits camarades, dans Rue 93 :

« Les sites très soignés Fromage Plus, French Carcan, Sur le Ring et I Like Your Style donnent une illusion de modernité, mais diffusent les mêmes idées qu’ailleurs. De l’agitprop, une pensée subversive de droite, peut-être post-moderne mais d’extrême droite même si c’est un peu plus fin qu’ailleurs », analyse Yannick Cahuzac avec un manque d’imagination déplorable, dans un article où il brode sans honte, comme toute la gauche, sur la tuerie d’Oslo, dont nous ne parlerons pas ici puisque ce réquisitoire ne vise aucun norvégien.

Or quelles sont les conclusions de l’enquête menée par le sergent Cherea, actuellement au Mexique pour une autre affaire et qu’il ne faut pas confondre avec le sergent Garcia ? Aucun de ces sites n’a parlé du sujet évoqué ici par Yannick Cahuzac. Seul French Carcan a posté une vidéo trouvée sur Youtube qui y est relative ; on conviendra que c’est peu probant.

Pis : tout cela révèle de la part de l’accusé une mauvaise foi complète et un sens du cliché qui le ferait presque prendre lui-même pour un sujet de thèse sur les préjugés politiques et les biais idéologiques des doctorants en sociologie.

Il est donc évident, Mesdames et Messieurs les jurés, que Yannick Cahuzac a raconté les conneries qui l’arrangeaient et qui collaient avec ses propres conceptions préconçues. C’est ce qui en fait un délinquant en plus d’un mauvais sociologue, c’est ce qui lui sert régulièrement à usurper le titre de « spécialiste de l’extrême droite sur l’internet » sans doute dans l’espoir — risible — d’impressionner les filles en compensant on ne sait quelle diminution physique.

En conséquence je vous demande, Mesdames et Messieurs les jurés, de condamner Yannick Cahuzac à l’estrapade avec sursis — car l’estrapade est un supplice devenu trop rare et qu’il faut préserver —, cela comme pervertisseur du bon sens populaire, lequel nous serait bien moins aliéné sans les productions mensongères de ce genre d’individu louche dans une presse qui ne l’est pas moins.

Vous condamnerez aussi Rue 89 à payer les dépens, pour complicité, ils sont riches, ils ont des subventions que leur donnent les hommes politiques, ils peuvent raquer.


L’innocent des imbéciles

Droit — Article écrit par le 29 juin 2011 à 18 h 09 min

Je suis allé voir le film sur Omar Raddad.

En sortant je me suis avoué que, dans une cour d’assise, en tant que juré, je condamnerais Omar Raddad pour l’assassinat de Ghislaine Marchal.

Aujourd’hui comme hier et comme demain.

Il n’y a aucun moyen de faire autrement. Certes, on trouve des invraisemblances de partout dans le dossier. Certaines disculpant Omar Raddad, d’autres l’incriminant. Mais le niveau d’invraisemblance scénaristique nécessaire pour imaginer qu’Omar Raddad soit innocent se trouve être invraisemblablement plus élevé que le niveau d’invraisemblance de l’hypothèse de sa culpabilité. Autrement dit, le scénario de l’innocence d’Omar Raddad est nettement moins crédible que celui qui débouche sur sa culpabilité. Et de ce savant calcul d’invraisemblance positive et négative dépend largement le niveau de doute d’un juré en cour d’assise. On me répondra que le doute est supposé profiter à l’accusé. Sans doute. Mais chacun imagine bien que dans de telles affaires il existe forcément des doutes, des invraisemblances et des zones d’ombres. Il s’agit donc que le doute soit étayé un minimum et crédible.

Le doute doit ainsi être suffisant. En ce sens qu’il demande un peu de matière pour exister de manière raisonnable.

Autrement dit, les invraisemblances doivent être plus nombreuses en faveur de l’innocence d’un inculpé qu’en faveur de sa culpabilité.

Or, dans le cas d’Omar Raddad, les seuls doutes qui subsistent sur sa culpabilité sont soit déraisonnables, soit insuffisants.

Certes, le seul qui sache, ici, la pleine et entière vérité se nomme Omar Raddad. Mais il est douteux, vingt ans après les faits, qu’il consente un jour à nous la délivrer.

Si tant est qu’il s’en souvienne encore.

Quoiqu’il en soit, le scénario de l’innocence d’Omar Raddad demeure si rocambolesque et improbable jusqu’à aujourd’hui (sans parler des variations pittoresques de acteurs de sa défense depuis vingt ans), qu’il devrait rendre de tardifs aveux de sa part superflus.

Sauf que.

Par charité d’âme on passera sur le fait que le film de Roschdy Zem n’ait ni grâce, ni rythme ni intérêt. C’est long. C’est chiant. C’est mal fait au point qu’on ne peut s’empêcher par moment d’en rire. C’est largement subventionné. Nous sommes donc en présence d’un vrai film français.

Il y a des amateurs.

Mais on se permettra d’observer tout de même que la seule chose que le film démontre, et avec constance, c’est l’incapacité des défenseurs d’Omar Raddad à proposer une alternative crédible à la culpabilité de leur poulain.

Roschdy Zem se retrouvant obligé de produire quelques plans volontairement flous et rapides pour introduire subrepticement -si j’ose écrire- l’idée que la porte derrière laquelle Ghislaine Marchal était barricadée aurait pu l’être de l’extérieur. C’est à dire par quelqu’un d’autre que Ghislaine Marchal. Pourquoi ce flou ? Il était difficile de faire autrement puisque personne n’a été capable de reproduire dans les conditions réelles ce tour de force.

Pourtant, tout, absolument tout, repose in fine là-dessus, sur ces fichues portes de la cave.

De même, le réalisateur laisse subtilement entendre qu’il faudrait rechercher du côté de la femme de chambre ou de la famille de la victime ou encore d’un énigmatique 4×4 rouge. Mais sans s’y arrêter car, là encore, les enquêtes, qu’elles soient policières ou autres, n’ont jamais pu avancer quoique ce soit de solide -ou même de troublant.

Mieux vaut alors, comme le dit Pierre-Emmanuel Vaugrenard dans le film (Jean-Marie Rouart dans la vie), s’attacher à démontrer que le doute est omniprésent et que des éléments ne collent pas. Par exemple, a-t-il eu le temps matériel de commettre le crime ? Le film laisse entendre que ce n’est pas possible. Ah ? Bon. La défense d’Omar a-t-elle jamais démontré cette question dans le monde judiciaire ? Non.

Le film entier est ainsi constellé de la vacuité de la défense mais son véritable fil est ailleurs. Son fil est Omar. Omar qui pleure. Omar qui essaie d’écrire dans l’obscurité. Omar et sa famille. Omar et ses enfants qui pleurent. Omar et cette gueule qui serait celle de l’innocence. Vous savez, de cette innocence muette qui ne vaut pas moins qu’une qui vitupère, mais qui, ici, brusquement, serait devenu une preuve. Omar, ce jardinier si gentil tellement apprécié de ses patrons. Omar dont les voisins ne peuvent pas imaginer, divine surprise, qu’il ait pu commettre un meurtre.

Omar ou la construction d’un innocent.

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De la présomption d’innocence

Droit — Article écrit par le 30 mai 2011 à 7 h 11 min

Qu’est-ce qui choque dans le rappel quotidien du respect de la présomption d’innocence de Dominique Strauss-Kahn ? Mon ami XP est choqué par la présomption d’innocence. Pour ma part je suis choqué par l’injonction qui nous est faite de la respecter.

Il n’y a rien, a priori, dans le principe de la présomption d’innocence qui puisse me déranger. Je suis très heureux, par exemple, que la charge de la preuve revienne à l’accusation. Ou bien que le doute profite -en théorie- à l’accusé.

Maintenant il se trouve qu’en France, parce que nous sommes le pays de la limitation de la liberté d’expression et que nous avons des idées à défaut d’avoir du pétrole bon marché, le principe de la présomption d’innocence sert également à protéger la réputation d’innocence des accusés. C’est à dire qu’il convient non seulement que le mis en examen bénéficie de la protection de la présomption d’innocence dans toute la procédure judiciaire à son encontre, mais également en dehors, sur les marches du palais de justice, dans les rues adjacentes à ce palais de justice, dans le café du coin, dans les studios de télévision et, au final, dans la France entière.

Je viens de voir que quelqu’un en parle déjà très bien ici.

Il convient donc d’user de savantes précautions oratoires pour parler de l’accusé afin de ne jamais mettre en péril sa réputation d’innocence. Et ce jusqu’à ce qu’un jugement de cour statue autrement. Certains tentent même de faire préserver leur réputation d’innocence jusqu’à épuisement des voies de recours. C’est à dire des années et des années après que l’affaire ait commencé judiciairement, et ces mêmes années après que l’affaire ait atteint son plus haut médiatique. Si on rajoute à cela l’impossibilité qui est faite, ensuite, de rappeler qu’untel ou untel a été condamné selon le principe de réhabilitation légale ou judiciaire, le laps de temps pendant lequel un coupable aura été clairement identifié comme tel peut être en vérité très court.

Je viens d’écrire le mot de vérité ?

Certes, la vérité judiciaire n’est pas la Vérité. Personne ne pense cela. Il n’en demeure pas moins que c’est un moyen plus certain pour tenter de parvenir à cette satanée vérité que la lecture d’articles de presse rédigés par des journalistes.

Il est également certain que la présentation d’un accusé menottes aux poignets et sévèrement entouré par plusieurs policiers porte gravement atteinte à cette idée que la vérité des photos de presse se révèle généralement moins juste que la vérité judiciaire établie après un procès avec des débats contradictoires, des témoins ayant prêté serment et des preuves matérielles.

Plus encore, on peut considérer que le fait que le monde médiatique fasse d’un accusé un portrait essentiellement négatif pourrait être de nature à troubler le respect du principe de la présomption d’innocence lors du procès. On sait par exemple qu’entre un accusé lambda qui arrive directement de sa cellule entre deux gendarmes et un autre accusé lambda qui vient de garer sa voiture à côté du palais de justice, la perception de l’accusé par les jurés se retrouve totalement différente et que cette perception ne joue pas pour rien dans l’intime conviction qui se forge tout au long d’un procès.

Voilà pourquoi, par exemple, je me suis élevé ici contre les Juges des Libertés et de la Détention qui s’occupaient en dehors de toute légalité d’évaluer la densité d’un dossier d’un mis en examen pour savoir s’ils allaient le laisser en liberté avant son procès ou non. Il ne faut absolument pas donner l’idée aux jurés qu’arriver devant eux entre deux gendarmes est un signe préalable de culpabilité. Il faut, bien au contraire, qu’ils sachent avec certitude que l’homme entre deux gendarmes qui se trouve devant eux n’a pas été préjugé et que c’est en dehors de toute appréciation sur l’épaisseur d’un dossier qu’il ne se présente pas libre à son procès.

Or, il ne faut pas se méprendre, on peut très bien imaginer que présenter un accusé entre deux policiers, menottes aux poignets, dans de nombreux journaux, écrits ou télévisés, ait un effet comparable.

Il me semble absurde de nier cet effet possible.

Mais il me semble encore plus absurde que de vouloir le contrer en censurant les médias.

Premier argument, tenter de museler la presse a des effets pervers qui sont hautement dommageables. Et certainement plus encore qu’une photo d’un accusé avec des menottes aux poignets. Il y a tout d’abord le risque qu’on suspecte les élites -ou ce qu’on nomme le monde médiatico-politique. Ces élites mêmes qui sont presque les seules à se faire filmer quand elles se font arrêter. Suspecter de quoi ? De chercher ainsi à se protéger. D’autant que ceux qui n’appartiennent pas à cette élite capable de défendre sa présomption d’innocence dans les médias n’auront pas le droit aux mêmes égards de la part de la presse. Ensuite, on peut imaginer que ce système encourage un certain nombre de victimes à préférer fermer leur gueule plutôt que de porter plainte lorsque celui qu’elles mettent en cause est une personnalité. La publicité d’une plainte, d’une arrestation et/ou d’une mise en examen est, dans le cas d’un plaignant s’attaquant à une personnalité, une garantie d’un procès équitable et, allons plus loin, d’une bonne justice tout simplement.

Deuxième argument, cette médiatisation n’a pas forcément un sens univoque. On peut ainsi fort bien imaginer que ce traitement médiatique peut également susciter chez les jurés de l’empathie ou de la sympathie pour celui qui doit le subir.

Maintenant, on me répondra qu’on peut toujours, par principe, déclarer que cet étalage est à porter au préjudice de la défense. Pourquoi pas ? Ainsi, aux États-Unis, il serait formellement interdit au procureur de faire filtrer dans la presse des éléments du dossier pénal monté contre un accusé. Cette pratique porterait atteinte à l’obligation d’avoir un procès équitable. Et une même obligation est faite à toutes les parties. C’est un postulat. Dans le cas de figure qui nous occupe, il n’y aurait donc qu’à s’arranger pour que l’accusé ne soit pas en état d’être filmé ou photographié de manière considérée dégradante. On le fait sortir par une porte dérobée. Ou avec une voiture aux vitres opaques. Etc.

La différence principale ici étant qu’on ne cherche pas à museler la presse mais qu’on tente de fermer le robinet à la source.

Ce qui me semble être une chose tout à fait différente.

Et, oui, je pourrais concevoir un système tel que celui-là.

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Question de Politiquement Correct

Droit — Article écrit par le 24 mai 2011 à 17 h 05 min

Il existe plusieurs lois qui ne font aucune exception en ce monde.

L’une d’entre elles touche à Bernard-Henri Lévy, une autre concerne William Bourdon. Et cette loi s’écrit ainsi, « toute campagne judiciaire -et médiatique bien sûr- entreprise par William Bourdon sera, soit absurde, soit comique mais, quoiqu’il en soit, invariablement faible juridiquement ».

Entre un livre de brèves de comptoir ayant pour thème la Cour Pénale Internationale et un procès par contumace à Paris des années Pinochet, William Bourdon a aujourd’hui décidé de s’attaquer avec plusieurs collègues au contrôle d’identité.

Des centaines de milliers, si ce n’est des millions, de contrôles d’identité ont lieu tous les ans en France en s’appuyant sur l’article 78-2 du Code de Procédure Pénale.

Or, cet article viole gravement plusieurs droits et libertés fondamentaux constitutionnellement garantis, tel que la liberté d’aller et venir, le droit à un recours effectif et le principe de l’égalité devant la loi.

L’absence de critère précis dans ces dispositions du Code de Procédure Pénale est source d’arbitraire et ne permet pas un contrôle effectif des motifs du contrôle d’identité par un juge impartial et indépendant tel que pourtant le prévoit, tant le droit international que le droit européen ou le droit national.

En outre, l’étude menée par Messieurs Fabien Jobard et René Levy, chercheurs du CNRS, en collaboration avec l’Open Society Justice Initiative, démontre que nombre de jeunes hommes issues de minorités visibles subissent en pratique l’écrasante majorité des contrôles d’identité.

La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité (CNDS), dans son rapport 2008, a exprimé ses préoccupations face aux contrôles d’identité sans motif et au faciès.

Aux fins de remédier aux contrôles d’identité (consciemment ou non) discriminatoires et à l’impossibilité de vérification des motifs de ces contrôles par le juge, les avocats et les organisations signataires vont dans les prochaines semaines déposer, à chaque fois qu’il est possible, des questions prioritaires de constitutionnalité à l’encontre de l’article 78-2 du Code de Procédure Pénale afin que soit statué sur sa compatibilité avec les droits et principes fondamentaux garantis par notre droit.

Cette prétendue violation de la liberté d’aller et venir choque étrangement beaucoup moins que les réelles violations de la liberté d’aller et venir dans le cas de blocages de facultés -et autres- par des gens qui ne sont pourtant pas des officiers de police judiciaire. Bah. Bien des avocats des droits de l’homme ont une tendresse particulière pour les miliciens. C’est que -parfois- c’est un peu ça les droits de l’homme, les droits du milicien. Qui, une fois au pouvoir, se comporteront très exactement comme les dirigeants précédents. Jusqu’aux prochains avocats des droits de l’homme qui se mobiliseront pour les miliciens suivant. Et ainsi de suite.

L’histoire en marche.

Quoiqu’il en soit, le contrôle d’identité agirait donc en violation de la liberté d’aller et venir.

Fichtre.

Ce serait argumenté que ce serait encore plus fort. Mais attendons, cela viendra sans nul doute. Peut-être même qu’on pourra mobiliser à cette fin et à défaut du droit, quelques philosophes médiatiques.

D’autant que le contrôle d’identité ne viole pas que cela, mais aussi le droit à un recours effectif et le principe de l’égalité devant la loi.

Triple fichtre !

L’affaire est grave ?

Non.

Le conseil constitutionnel a déjà réfléchi au problème du contrôle d’identité et au périmètre donné à celui-ci par l’article 78-2. Et ce n’est pas le changement apporté par la loi de 2003 modifiant « un indice » par « une ou plusieurs raisons plausibles » qui change fondamentalement quoique ce soit, « il était noir » n’étant pas plus une raison plausible qu’un indice et « il a fui en nous voyant » étant à la fois une raison plausible et un indice. Enfin, le juge peut tout à fait vérifier la justification de la garde à vue. Et il le fait. Encore faut-il, bien sûr, qu’il y ait eu matière à ce que ce contrôle d’identité finisse devant un juge.

Bref, le Conseil Constitutionnel a en réalité déjà répondu à la batterie de Questions Prioritaires de Constitutionnalité (QPC) sur le thème du contrôle d’identité.

Mais ces QPC ne sont pas du tout des questions de droit -comme toujours avec William Bourdon. Elles ne visent qu’à mettre la question du racisme et des discriminations sur le devant de la scène.

En effet, le contrôle d’identité se ferait au faciès.

Certains seraient ainsi plus touchés que d’autres.

Cette récurrence avec laquelle ils seraient contrôlés serait discriminatoire et attentatoire à l’égalité devant la loi.

Et plus, largement encore, à la bonne marche de la société française métissée et multiculturelle du vivre ensemble.

Sans compter que cela peut permettre d’attraper des sans-papiers et ça, c’est vraiment dégueulasse.

Problème toutefois, sans trop préjuger de l’issue de ces QPC, rien dans la loi n’est anticonstitutionnel. Au risque de me répéter, l’article 78-2 n’est pas véritablement imprécis, à peine laisse-t-il une marge de manœuvre aux forces de police, qui travaille dans le monde réel avec des choses comme l’expérience ou l’intuition. Marge de manœuvre qu’ils devront toutefois justifier le cas échéant devant la justice si l’affaire arrive jusque là. Enfin, le contrôle au faciès n’est pas une disposition législative mais une pratique policière.

A titre personnel, ces pratiques, je les comprends très bien. Mais, même si on les dénoncent, le problème tient plutôt à la formation qu’on donne aux policiers ou aux instructions qu’ils reçoivent, qu’à la loi.

Je n’aime pas beaucoup le terme de politiquement correct. Mais s’il doit avoir un sens, c’est exactement celui-là. Celui de chercher, pour des raisons idéologiques, à résoudre des problèmes non en les affrontant mais en tentant vainement de les enfouir d’une manière ou d’une autre. Ainsi, pour masquer le réel, ce réel qui a valu une récente parution au tribunal à Eric Zemmour sur ce sujet précis, il y a deux solutions.

Soit on ne fait plus une bonne partie des contrôles d’identité.

Si je devais utiliser une comparaison souvent usitée en de telles situations, je dirais qu’on casse le thermomètre.

Soit on demande aux policiers de se priver de leur intuition et de leur expérience et on exige qu’ils contrôlent au quota. Tant de blancs et tant de noirs. Tant de costards-cravates et tant de survêtements-capuches. Que le premier style vestimentaire soit le signe d’une relativement bonne adéquation (résignation) avec la société et que le second puisse être le signe, autoproclamé, qu’on est en rébellion contre elle ne devrait donc pas jouer (ce qui est un bel éloge de la responsabilité par ailleurs).

Ce qui revient à savamment régler le thermomètre afin qu’il ne mesure plus la température.

Si, comme l’étude dont il est question et commandée par George Soros, le type « africain » ou « arabe » est sur-représenté dans les contrôles d’identité, ce n’est effectivement pas par racisme, ni par volonté idéologique des policiers de terrain de foutre en l’air le vivre ensemble, mais bien parce que c’est plus efficace, rentable.

On me dira que, désormais, à force, le contrôle au faciès ou à l’accoutrement est devenu un réflexe, un préjugé. Et que l’idée de sa plus grande efficacité ne serait pas -ou plus- prouvée par les chiffres.

C’est en partie vrai. Mais en partie seulement.

Et on pourra quand même remarquer qu’on ne peut pas d’un côté faire observer que les populations immigrées sont socialement moins favorisées que les autres et que cette misère sociale entraine une délinquance plus élevée, observer par ailleurs que ces populations récemment immigrées (légalement ou non) viennent largement d’Afrique et expliquer tranquillement aux policiers qu’ils font pourtant erreur en contrôlant plus souvent (mais pas exclusivement !) les « noirs » ou les « arabes ».

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Poularde

Droit — Article écrit par le 14 avril 2011 à 10 h 04 min

Il existe, disons-le, une prime à l’intelligence. Comme il existe une prime à la beauté. Tandis que les gens qui s’expriment mieux que les autres sont plus écoutés, les grands sont plus remarqués que les petits. Les personnes séduisantes obtiennent plus que les autres. Les bons coups enchaînent les conquêtes amoureuses. Etc.

Que voulez-vous, la nature est profondément injuste.

Regardez Alain Soral pour mieux vous en convaincre.

Salim, franco-algérien de trente ans, un jeune de banlieue parisienne comme disent ses amis, a été condamné à perpétuité en Algérie pour avoir tenté de ramener en France cent quarante kilos de résine de cannabis*.

Oui, la nature est injuste.

Cet été cela fera trois ans. Entre temps, sa petite amie, Typhanie, vingt-quatre ans, a reçu plus de huit cent lettres de sa part. Faites le calcul. Cela dit, on doit s’ennuyer grave en prison en Algérie. Encore plus qu’en France probablement. Il paraît même que la vie y est très rude. En Algérie. En prison.

Ces histoires de français qui se retrouvent à faire des conneries à l’étranger et qui paient le prix fort, un prix que les habitués du tribunal de Bobigny ne peuvent même pas imaginer, sont classiques. Dix ans de prison ici, perpétuité là-bas. Nourris ici. Affamés là-bas. Ils devraient le marquer dans le guide du Routard. Quoiqu’il en soit, il y a de la place pour un « Devenir un criminel à l’étranger pour les nuls ». Petit conseil quand même, en attendant, la drogue, ce n’est généralement pas une bonne idée. L’exemple de Michael Blanc -qui n’est toujours pas sorti il me semble- devrait suffire à s’en persuader.

Passé l’ahurissement de constater que les législations étrangères sont différentes et moins souples que la nôtre, alors même que nos semi-demeurés locaux discutent encore une fois de la possibilité de dépénaliser -voire légaliser- le cannabis, il convient de s’arrêter sur ce que cette affaire possède non pas d’original, mais de toujours intéressant.

Typhanie veut se marier avec Salim.

Sa fiancée, Typhanie (ci-contre), âgée de 24 ans, secrétaire médicale, ne l’a pas ni vu ni même entendu depuis deux ans et demi. Une période durant laquelle elle a mis sa vie entre parenthèses. Elle ne parvient plus à garder un travail, une mélancolie qui la paralyse. Elle reçoit uniquement des nouvelles de Salim par courriers, plus de 800 lettres d’amours mêlant espoir et désespoir. Son père ne comprend pas forcément, il a essayé de la dissuader de s’accrocher à son fiancé : « Salim est très gentil mais tu es en train de gâcher ta vie, tu devrais passer à autre chose. » En revanche sa mère la soutient dans ses démarches, attristée et outrée par ce qui arrive à Salim. Typhanie redouble d’énergie quand il s’agit de se battre pour l’extradition de sa moitié. Elle a participé à la création de comités de soutiens notamment sur le net et via Facebook «Soutien pour l’extradition Algérie-France de SALIM condamné à PERPETUITE ». Elle enchaîne les rendez vous avec différents avocats algériens et français dont Me Gilbert Collard.

Elle lutte aussi pour pouvoir le serrer dans ses bras ne serait-ce que quelques minutes. Il faut savoir qu’en Algérie, les fiancées ne peuvent en aucun cas obtenir un permis de visite. Seuls les membres de sa famille sont autorisés à le voir. Elle se bat pour qu’on lui accorde le droit de voir son bien-aimé. Typhanie s’est donc rendue à plusieurs reprises en Algérie afin de faire les démarches nécessaires pour pouvoir se marier en prison. Elle a du se convertir à l’islam, une obligation à laquelle elle s’est pliée même si elle n’est pas croyante, car en Algérie toutes les demandes de mariage passent par le ministère des affaires religieuses qui exige que les époux soit de confession musulmane. Sinon pas de mariage.

Son dossier est toujours en cours de traitement. En attendant elle continue de militer pour obtenir son retour en France.

Bien entendu, si je prends le temps de réfléchir quelques secondes, j’ai plusieurs pistes pouvant expliquer le comportement de Typhanie. Enfin. Plusieurs… Une seule plutôt.

L’amour actif.

Ce que dit Sacha à Ivanov à l’acte III, scène VII, me semble d’une parfaite vérité pour les jeunes filles.

Mais qu’est-ce qui motive alors une femme bien plus âgée ? Qu’est-ce qui motive Béatrice à devenir Leprince et attendre son Dany à la sortie de prison et, peut-être, aujourd’hui, à son retour en prison ? C’est ça ou le club de bridge quand il faut s’occuper ? Est-ce le fol désir d’être appelée par RTL et interviewée par France 2 à la sortie du palais de justice ? Une envie de problèmes, comme une sale manie qui ne passe pas avec l’âge ? L’idée d’avoir un homme, un vrai puisqu’il est en prison, qui est tout à soi, qui ne regarde pas d’autres femmes, qui est heureux à chaque fois qu’il vous voit au parloir, qui ne peut pas vous foutre sur la gueule, qui va vous jouer la comédie de l’amour parce qu’il a trop peur d’être seul à la sortie et avec qui vous n’êtes même pas obligée de passer à la casserole ? Un peu de voyeurisme aussi ? Avec l’excitation du face-à-face avec un criminel ?

* Merci à Von Mises pour avoir débusqué ce mirifique fait divers.


Hygiène

Droit — Article écrit par le 31 mars 2011 à 14 h 49 min

Un homme vient de se voir condamné à trois années de prison ferme pour avoir transmis le sida a une de ses partenaires.

Pas besoin d’être un grand intellectuel à Benghazi pour entrevoir ce que les uns et les autres ont pu se dire pendant le procès. D’autant que de semblables et précédentes affaires ont déjà popularisé et amené le débat dans l’espace public.

Il savait.

Elle était « joyeuse, un peu rêveuse« , selon son avocat.

Il a aujourd’hui quarante ans. Il en avait vingt-huit lors des faits. Elle en avait vingt-six. Ils étaient tous les deux toxicomanes. Elle a écrit un poème lu à l’audience et qui contient ses mots, « Au nom de l’amour, tu m’as condamnée à perpétuité« .

Mais aujourd’hui les mauvais poèmes condamnent leur destinataire et non leur auteur.

Devant la cour on imagine que les thèses sur la contamination s’affrontent. Que s’est-il passé dans la chambre à coucher ce soir là ? Ce funeste et unique soir où l’accusé admet qu’il a tu sa séropositivité et n’a pas, cette fois-ci, recouvert son membre viril -mais moins que celui d’Alain Soral- d’un préservatif ? Mais qui le sait d’ailleurs, si ce n’est les deux protagonistes ? Qui sait si cette demoiselle « joyeuse et un peu rêveuse » a contracté le virus à ce moment là ? Personne ? Oui, personne. Cependant, n’est-ce pas plausible ? N’est-ce pas en tout cas possible ?

Parvenu ici il convient de dire les choses crûment.

Cette condamnation là est une plaisanterie.

Je n’aime pas particulièrement les gens d’Act-Up, mais il faut bien dire que les procès ayant pour objet un rapport sexuel consenti sans préservatif et pour lesquels on peut établir qu’au moins un des partenaires connait sa séropositivité, tiennent parfois faiblement debout. Parole contre parole. Lâcheté contre faiblesse ou négligence. Saloperie contre inconscience si on préfère. Mais demeure l’impossibilité de distinguer parfaitement la victime du coupable, les deux protagonistes étant à la fois l’un et l’autre. Certes, dans le cas précis qui me fait réagir, le bonhomme a eu l’honnêteté de reconnaitre que, oui, il n’avait pas prévenu explicitement sa compagne. Mais cela ne change pas grand chose. Il reste impossible d’affirmer avec certitude qu’il est l’auteur de la contamination et, surtout, cela n’atténue pas sa responsabilité à elle.

Je sais ce qu’on va me répondre. Et la confiance ? Ce petit élément nécessaire à une vie de couple ? Parce que, sinon, ne devrait-on pas persister à utiliser un préservatif ad vitam æternam afin de s’assurer face au risque de contamination ?

Oui, quelque part, l’idée d’une responsabilité partagée -développée par les associations contre le sida- heurte le bon sens mais aussi le sens pratique.

Ainsi pourrait-on reconnaitre des cas où la contamination, même sans certitude scientifique, pourrait être imputable à quelqu’un et que ce quelqu’un puisse être condamné pour cela. Mais dans ce cas précis, entre deux toxicomanes et avec une seule relation non protégée, on comprend mal ce qui a pu motiver la condamnation. Même si, manifestement, au regard de la jurisprudence, le simple fait de taire sa séropositivité dans une relation, même unique, sans préservatif constitue déjà un élément pouvant être porté au pénal.

Ce n’est pourtant pas comme si le risque de contamination n’était pas un risque connu. Ce n’est pas comme si faire confiance, sans trop poser de questions, n’était pas en règle générale, sida ou pas, un risque qu’on prend. Ce n’est pas comme si nos erreurs de jugement et nos conneries n’entrainaient pas des conséquences.

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