Archives pour la catégorie ‘Droit’


Palpation d’une littérature pseudo scientifique sur le contrôle au faciès

Droit — Article écrit par le 2 octobre 2013 à 13 h 58 min

Tout le monde aime la science. Pas seulement les abonnés à Science&Vie ou à Sciences et Avenir. Les ingénieurs aiment la science, ma boulangère aussi et je dois avouer être un de ses amoureux comme les autres.

Au-delà du fait qu’on aime la science, elle se révèle également bien pratique pour faire fermer la gueule d’un contradicteur.

Il s’agit trop souvent d’un amour intéressé.

Comme l’amour en général me répondrez-vous peut-être. Mais telle n’est pas la question aujourd’hui.

L’autre règle en matière de science, c’est que si on l’aime pour ses vertus définitives dans le débat, on aime beaucoup moins passer cinq heures à lire en détail les études scientifiques. Ah non. Mais comprenez qu’il ne s’agit souvent que d’obtenir un avantage décisif à la machine à café. Cela excuse largement cette petite paresse.

Toutefois, il arrive que l’enjeu ne se soit pas seulement une gloriole de bureau. Et que la science soit réellement instrumentalisée ou méprisée pour arriver à de bas objectifs politiques.

Ainsi la climatologie est-elle instrumentalisée par quasiment tout le monde, de certains libéraux cosmiques de Contrepoints aux écologistes en passant par la quasi-intégralité de notre personnel politique.

Quant à un rapport sur la récidive, l’Observatoire International des Prisons, le Syndicat de la Magistrature et jusqu’au cabinet du ministre de la justice actuel finissent par lui faire dire ce qu’il ne dit précisément pas.

Il ne s’agit plus seulement de paresse dans ces cas là.

Mais de bonne grosse manipulation.

Aujourd’hui j’ai envie de m’arrêter de nouveau un instant, parce que c’est dans l’actualité depuis quelques mois et que ça vient de rebondir, sur les contrôles au faciès. Et sur une étude, datée de 2009 et qui revient sans cesse dans le débat.

Police et minorités visibles : les contrôles d’identité à Paris

Pour laquelle l’Open Society Justice Initiative, fondation de George Soros, a embauché deux chercheurs français estampillés CNRS parmi d’autres consultants américains, pour traduire en français de précédents rapports américains sur la question. Les recommandations étaient déjà rédigées. La méthodologie importée directement des Etats-Unis. Ne restait plus qu’à peindre le tout en bleu, blanc et rouge.

J’espère que Fabien Jobard et René Lévy ont été bien payé pour leur travail.

Et n’oublions pas tous ceux qui y ont participé par leurs généreux conseils. La lecture de leur bibliographie ou biographie s’est révélée particulièrement éclairante. Entre ouvrages sur la discrimination positive, le surrégime policier, le déni des cultures et un de nos copains de l’INED, c’est la fine fleur de la recherche française qui s’est retrouvée à biberonner cette étude.

Je leur souhaite à tous d’avoir reçu une récompense à la hauteur de leur effort.

Effort dont je meurs d’envie de vous entretenir maintenant.

En examinant cinq sites parisiens (dans et autour de la Gare du Nord et de la station Châtelet-Les Halles), importants points de transit du centre de Paris où l’on observe une forte activité policière, l’étude a recueilli des données sur les contrôles de police, au premier rang desquelles des données sur l’apparence des personnes contrôlées (origine, âge, sexe, style vestimentaire, types de sacs portés). Cette étude, qui présente des données uniques sur plus de 500 contrôles de police, est la seule menée à ce jour, propre à détecter le contrôle à faciès en France.

C’est beau cette littérature.

On a même pas besoin de débusquer les biais de cette étude, ils se présentent à nous dès la synthèse de début de rapport. C’est vraiment sympa. Le problème, c’est qu’après une telle introduction, il faut avoir bien du courage pour aller plus loin.

C’est un peu comme si on vous expliquait que pour obtenir une température mondiale globale annuelle, on prenait systématiquement les mesures dans des serres exposées plein Sud et seulement durant l’été.

Donc, pour mesurer qui est touché par les contrôles de police, on a jugé bon de considérer les habituels points d’entrée et de sortie des bandes issues de la banlieue et venant s’encanailler ou squatter certains lieux à Paris -plus la sortie du Thalys. Bandes de banlieue pour lesquelles, cela n’est d’ailleurs nié par personne, il existe une surreprésentation de jeunes issus des minorités visibles.

Un lieu choisi ? Par exemple, la fontaine des Innocents. Notamment le soir. Et jusqu’à 23h00 le samedi soir.

Véridique.

Ceux qui connaissent le quartier sauront d’emblée quoi penser de cette méthodologie.

Pourquoi ces lieux là ? Parce que il fallait avoir une activité policière minimale. Merveilleuse justification « scientifique » des auteurs de l’étude. Et point. Ils n’iront pas plus loin. Les auteurs n’en tireront pas le moindre raisonnement supplémentaire.

Qu’est-ce qu’on peut dire encore après une telle explication benoîte ?

Mais continuons quand même. Je dois être masochiste, mais je commence à y trouver un certain plaisir.

L’étude a confirmé que les contrôles d’identité effectués par les policiers se fondent principalement sur l’apparence : non pas sur ce que les gens font, mais sur ce qu’ils sont, ou paraissent être. Les résultats montrent que les personnes perçues comme « Noires » (d’origine subsaharienne ou antillaise) et les personnes perçues comme « Arabes » (originaires du Maghreb ou du Machrek) ont été contrôlées de manière disproportionnée par rapport aux personnes perçues comme « Blanches ». Selon les sites d’observation, les Noirs couraient entre 3,3 et 11,5 fois plus de risques que les Blancs d’être contrôlés au regard de la part de ces deux groupes dans la population disponible à être contrôlée par la police (ou la douane). Les Arabes ont été généralement plus de sept fois plus susceptibles que les Blancs d’être contrôlés ; globalement, ils couraient quant à eux entre 1,8 et 14,8 fois plus de risques que les Blancs d’être contrôlés par la police (ou la douane) sur les sites retenus, également au regard de la composition de la population disponible. Les entretiens de suivi réalisés avec les personnes qui venaient d’être contrôlées donnent à penser que les Noirs comme les Arabes subissent d’ordinaire davantage de contrôles de police que les Blancs.

Tiens, tiens. Sur l’apparence seulement ? Laquelle ? Et seulement sur l’apparence ? En est-on vraiment sûr ?

Comme j’ai hâte de voir ces assertions développées et de pouvoir fouiller dans les données…

Ah non.

On en restera là pour le développement. Quant aux données, nous le verrons, elles ne sont tout bonnement pas publiées.

Un autre facteur déterminant a été le style de vêtements portés par les personnes contrôlées. Bien que les personnes portant des vêtements aujourd’hui associés à différentes « cultures jeunes » françaises (« hip-hop, » « tecktonic, » « punk » ou « gothique », etc.) ne forment que 10% de la population disponible, elles constituent jusque 47% de ceux qui ont été effectivement contrôlés. Il ressort de notre étude que l’apparence vestimentaire des jeunes est aussi prédictive du contrôle d’identité que l’apparence raciale. L’étude montre une forte relation entre le fait d’être contrôlé par la police, l’origine apparente de la personne contrôlée et le style de vêtements portés : deux tiers des individus habillés « jeunes » relèvent de minorités visibles. Aussi, il est probable que les policiers considèrent le fait d’appartenir à une minorité visible et de porter des vêtements typiquement jeunes comme étroitement liés à une propension à commettre des infractions ou des crimes, appelant ainsi un contrôle d’identité.

Donc, fait tout bonnement hallucinant, les styles vestimentaires indiquant une certaine rébellion contre la société sont plus contrôlés que ceux, comme les costards-cravates, qui indiquent au contraire une relative acceptation, adéquation et insertion dans cette même société. Fichtre. A ce rythme presque fasciste, ceux qui porteront un tee-shirt avec une feuille de cannabis dessus seront bientôt plus contrôlés que ceux en costume trois-pièces. Sans parler du style gangsta-rappeur qui démontre peut-être, je ne voudrais pas m’avancer, un style de vie où le risque de croiser un policier pour autre chose qu’un contrôle d’identité est plus fort que pour d’autres styles -comme celui à base de chemises de bûcherons canadiens par exemple.

Mais, est-ce que Kevin et ses dreadlocks dégueulasses est moins contrôlé que Mohammed et sa chemise repassée ?

Étrangement, je trouve ma propre question foutrement intéressante.

Dommage que l’étude d’y réponde pas.

Et je voudrais donc immédiatement en arriver à ses quelques gros problèmes méthodologiques.

C’est une bonne chose de calculer le nombre de « blancs » et de « noirs » contrôlés. Mais une donnée intéressante aurait été de pondérer ces résultats selon la taille du groupe contrôlé. Quel pourcentage de chance d’être contrôlé si on est seul ou en groupe ? Et une certaine surreprésentation des jeunes noirs, par exemple, ne pourrait-elle pas s’expliquer en partie par le fait qu’ils se retrouvent souvent en groupe ? Que les groupes sont généralement plus contrôlés que les personnes seules ? Et que certains policiers expérimentés aient constaté que cela signifiait peut-être qu’ils se trouvent alors en présence d’une bande de banlieue ? Ces jeunes qui, faut-il le rappeler, explosent tous les scores en matière de délinquance ?

Autre petit problème, l’apparence vestimentaire, qui donne de meilleurs résultats que le profil racial pour expliquer les contrôles de police selon les auteurs eux-même, est un sujet évacué par un raisonnement tout à fait remarquable,

En d’autres termes, on peut dire de la variable « tenue jeune » qu’elle est une variable racialisée

En clair, un bas de survêtement Adidas rentré dans une chaussette blanche est une déclinaison de la couleur de peau. Et ce puisqu’il y a quasi adéquation entre ce style vestimentaire est le fait que son porteur soit issu d’une minorité visible. Quasi adéquation hein. Mais quand on est chercheur payé par les américains, on ne va pas s’arrêter à de menus détails (il aurait été ainsi intéressant de savoir si les blancs avec des sweet à capuches sont eux aussi surreprésenté dans les contrôles…). Et on pourra ainsi affirmer que le style vestimentaire et la race, c’est la même chose et donc le contrôle au faciès et non, finalement, à l’accoutrement, revient en force.

Mais cette étude a un problème encore plus gros.

Nous n’avons pas accès aux datas.

Rien.

Que dalle.

On ne peut rien vérifier.

On ne peut pas vérifier si un homme âgé habillé de manière décontracté et de couleur noire est plus contrôlé à la Fontaine des Innocents qu’une jeune blanc à capuche. On ne peut rien vérifier donc. On ne peut pas non plus croiser les données d’une autre manière que celle décidée par les auteurs de cette étude. Et dieu sait qu’il existe des croisements qui ne sont même pas évoqués dans le rapport d’étude et qui, en l’état, sont ainsi soigneusement passés sous silence.

En résumé, on prend les hauts lieux de passages de bandes issues de la banlieue et, à partir de là, on en déduit par de curieux raisonnements qu’un profilage ethnique, pour ne pas raciste, est effectué par la police.

Or, disons-le clairement, cette étude ne le démontre scientifiquement tout simplement pas.

La seule chose qu’elle démontre, c’est que les jeunes de banlieues ont plus de chance d’être contrôlé que votre mamie. Etant donné toutefois que les mamies commettent notoirement moins de délits ou de crimes que les jeunes de banlieue, la seule chose dont on peut accuser les policiers, c’est de faire leur travail correctement. Rien ne disant par ailleurs que le jeune blanc avec un tee-shirt à la gloire du cannabis sera moins contrôlé que le jeune noir habillé de façon « décontractée ».

Elle dit aussi que les jeunes sont plus contrôlés que les plus vieux. Elle dit que les hommes sont plus contrôlés que les femmes. Elle dit, au final, que les populations les plus susceptibles de commettre des délits sont plus contrôlés que ceux l’étant moins. Elle dit, encore une fois, que les policiers font leur travail. Sans qu’on ne puisse leur reprocher quoique ce soit. Et certainement pas un profilage ethnique.

L’étude parle de noirs, d’arabes et de blancs sans être capable le moindre instant d’apporter la démonstration que le critère ethnique est déterminant et le facteur explicatif. Et pourtant titre sur des contrôles au faciès, c’est à dire suivant un profilage ethnique.

Cherchez l’erreur.

Elle cherche à pondérer les races dans le panel, c’est à dire à prendre en compte la répartition raciale sur place aux moments des contrôles, sans se poser la question de ce qu’une forte concentration de jeunes noirs ou arabes dit d’un endroit. Et sans pondérer aucunement le ratio entre jeunes et vieux par exemple, ou entre hommes et femmes. Autrement dit, une forte surreprésentation de jeunes mâles à la fontaine des Innocents à 22h00 le samedi soir est-il sans incidence sur la question dont on traite ? Franchement ?

Je pourrais continuer pendant des heures.

En résumé, ma propre synthèse à moi, est que cette étude souffre de tellement de biais, de considérations non démontrées et de raisonnements abscons qu’elle devrait être envoyée directement à la poubelle. Elle est impubliable en l’état ailleurs que de manière libre sur internet.

L’idée ayant présidé à cette étude étant toutefois plus faire coller des idées préconçues à la réalité que de tirer part de ce qui a été observé pour en déduire quoique ce soit, l’objectif a toutefois été atteint.

Bravo à eux. Aux Inrocks, à 20Minutes et ailleurs, ce galimatias innommable devrait passer sans problème.

Mais il s’agit d’un travail militant ne valant rien scientifiquement. Et quand je rien, je suis encore un peu trop gentil. Et que le CNRS ne réagisse pas de voir son nom accolé à une telle bouse en dit long sur certains pans de cette institution.

Étiquetté :

Fashion victim

Droit — Article écrit par le 8 juin 2013 à 20 h 16 min

François Molins est ancien directeur de cabinet du garde des Sceaux. Sous Michèle Alliot-Marie et Michel Mercier. Aujourd’hui il officie de nouveau comme procureur. Ce qui a fait grincer quelques dents parmi nos syndicats de magistrats préférés. Ce n’est pas tellement pour la confusion des genres en soi, vous vous en doutez, mais plutôt parce que celle-ci a eu lieu à droite.

Avait-il son portrait sur le mur des cons ?

Ce n’est pas impossible.

En tout cas, ce n’est pas une raison pour tenter de le mériter désormais.

Les « premières conclusions » de l’autopsie ont démontré, selon le procureur de la République, « qu’il y a eu une « multiplicité » de coups et que « le décès n’est pas dû à un hématome qui aurait été causé par la chute par terre mais aux traumatismes crânio-faciaux occasionnés par les coups de poing portés à la victime ».

« La force et la violence des coups de poing portés au visage de Clément Méric, c’est-à-dire sur une partie du corps particulièrement exposée, alors que la victime était physiquement beaucoup moins baraquée, les suspicions d’usage d’un poing américain et enfin la cause de la mort due à plusieurs coups portés et non pas à la chute consécutive » ont convaincu le parquet d’ouvrir une information pour « homicide volontaire », a dit le procureur. Ni l’enquête jusqu’ici, ni l’autopsie n’ont permis de confirmer l’utilisation d’un poing américain par Esteban, qui soutient « avoir frappé à mains nues » et donné « deux coups », a cependant précisé M. Molins. Toutefois, un témoin, ami de Clément Méric, assure qu’il en portait bien un, et deux poings américains ont été retrouvés chez lui lors de la perquisition à son domicile.

Là, c’est du grand numéro d’équilibriste.

Peut-être une procédure standard de réhabilitation au sein de la magistrature…

En tout cas c’est du très très haut niveau de cirque.

En résumé, Clément Méric est mort des coups de poing qu’on lui a donné. Ceux-ci n’étaient pas des baffes. Clément Méric était moins fort physiquement que les autres. Donc celui qui a porté les coups devait avoir pour intention de tuer.

Imparable.

D’autant plus imparable quand on sort tout cela du contexte.

C’est à dire du contexte d’une rixe.

Car, oui, il n’y avait pas le service d’ordre de la Manif pour Tous pour protéger Clément Méric cette fois-ci. Ni même l’enceinte de Sciences-Po pour se réfugier. Mais est-ce la faute de celui qui a porté les coups ?

Coups qui auraient été multiples.

Cela voudrait-il dire qu’il y a eu échange ?

Non parce que je veux bien que le visage soit une partie du corps particulièrement exposée mais dans le contexte d’une bagarre où on se prend selon l’autopsie plusieurs coups sur la gueule, il y a généralement des mains qui viennent rapidement se mettre en protection. Si elles n’y sont pas, c’est qu’elles doivent être ailleurs…

Et cela jusqu’au dernier coup qui éventuellement vous envoie valser sur un potelet métallique de mobilier urbain.

Mais personne ne prétend, par exemple, qu’il ait été frappé au sol ensuite. Et le potelet métallique, quant à lui, le nie farouchement.

Tout cela me fait penser, et pour information, que Jérémy Censier, n’avait pas seulement été poignardé devant tout le monde par un individu lors d’une rixe. Rixe à laquelle il n’avait pas participé et qu’il tentait, lui, d’arrêter. Non, il avait également été frappé au sol, de nombreuses fois, à coups de pieds et ce par plusieurs personnages.

La justice avait pourtant décidé de ne pas retenir l’intention de tuer à l’encontre de ces lyncheurs de Jérémy Censier.

Voilà.

Ça c’est du contextuel que n’aime pas trop entendre la justice française.

Si on en revient à Clément Méric, en dehors du contexte toujours, c’est aussi réfléchir à sa mort en dehors de cette situation d’une rencontre fortuite et, selon les premiers témoignages, du contexte de skinheads qui ne semblaient pas avoir l’envie d’en découdre. C’est à dire, a fortioti, de tuer. A moins qu’en redescendant, après leur petit shopping fashion, entre le deuxième étage et le premier, peut-être par le jeu de la mécanique des fluides, une brusque envie de meurtre leur soit subitement montée.

En dehors du contexte c’est aussi oublier que la violence ne se serait pas exercée de manière unilatérale.

En dehors du contexte c’est ne pas prendre en compte, précisément, encore une fois, la situation de bagarre qui ne pousse pas forcément à vous interroger si, sous le polo fashion du type qui vous fait face, il y a un petit mec qui sort d’une leucémie ou un petit sec qui s’adonne au karaté.

Maintenant est-ce que Clément Méric s’est comporté comme sur la vidéo de la Manif pour tous ? C’est possible. La violence, un peu comme la réflexion quand on est à Sciences-Po, ça n’a pas trop l’air d’être son truc. Alors est-ce que le skinhead en a profité pour lui filer une raclée ? Pourquoi pas. On pourrait l’imaginer à défaut de pouvoir l’établir. Mais de là à vouloir tuer ?

Car en dehors du contexte c’est aussi rappeler que juste après, c’est à dire après que Clément Méric soit tombé au sol, tout le monde file à grandes enjambées. L’idée n’est donc pas de le terminer. Sans quoi les skins auraient essayé de finir le job au sol par exemple. Les bouts de pompe coqués, ça sert aussi à ça. Mais non. L’idée dominante semblant manifestement de s’en sortir sans trop de bobos ou d’ennuis.

L’honneur est sauf. La dentition aussi. Filons sans demander notre reste.

Bref.

Tout le monde sait qu’on a ici, à cet instant, affaire à une qualification de violence volontaire ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Parce que vous imaginez bien que sinon le procureur n’aurait pas manqué de donner un peu de consistance à son homicide volontaire.

Ce qu’il a oublié de faire le gros ballot.

Et on n’évitera donc que difficilement une requalification des faits lors de la procédure, sauf si on peut prouver qu’il y a eu usage d’un poing américain et que les coups multiples sont le fait du seul Esteban, démontrant un acharnement particulier. Et par multiples je veux dire plus de deux hein…

Autant d’éléments qui ne sont, pour le moment, pas prouvés.

La présence de poings américains au domicile d’un skinhead n’étant pas une surprise absolue.

D’ici-là, l’heure étant pour le moment médiatique, on donne aux médias ce qu’ils veulent entendre. Et ce qu’ils veulent entendre, ça tombe bien, c’est aussi ce qu’a annoncé le ministre de l’intérieur et bon nombre de personnalités de gauche -qui n’auraient sans doute pas souffert qu’on les détrompe alors qu’ils sont enfin au pouvoir.

Tandis que la réalité, elle, se dévoile, sordide.

Des fashion victims encore à moitié dans l’adolescence voulaient acheter des éléments manquant à leur panoplie ou à leur collec’. Ils se sont embrouillés parce que c’est ce que les grands font entre eux. Enfin. Faisaient. A l’époque. Mais en tout cas fallait assumer comme ils disent. Porter ses couilles. T’as le costume des antifas ? Tu dois chasser les fafs. T’as l’uniforme faf, tu ne dois pas te déballonner devant les antifas. C’est la règle du jeu.

La règle de vie.

Sauf que dans le lot il y en a un qui était plus faible physiquement que les autres.

Chaque jour qui passe sur cette terre il y a un adolescent qui veut prouver quelque chose à ses copains ou à lui-même et qui voit trop grand, trop dur. Qui veut accomplir un truc qui n’est pas pour lui mais qui va avec les habits qu’il a acheté.

Et parfois il en meurt.

Étiquetté :

Ces dieux potaches du Syndicat de la Magistrature

Droit — Article écrit par le 27 avril 2013 à 17 h 10 min

Alors qu’à France 3 on recherche le traître qui a diffusé les images du « mur des cons » du Syndicat de la Magistrature tels des joueurs de football durant de mornes après-midi en Afrique du Sud, ce même Syndicat de la Magistrature n’a pas manqué de répondre à Christine Taubira qui avait fait mine de le lâcher quelques heures plus tôt. Après l’invocation d’une blague dite potache démontrant surtout que le Syndicat de la Magistrature ignore les définition non-juridiques des mots (offrir un dictionnaire non-juridique à nos magistrats, voilà une opération médiatique que devrait d’ailleurs financer l’Institut Pour la Justice…), l’heure est désormais à l’offensive.

Mais au-delà de cette pantomime et au-delà d’un éventuel avis du CSM dont personne n’attend rien et dont tout le monde se moque déjà par avance, c’est la magistrature toute entière qui vient de prendre un énième coup de discrédit.

Outreau et son petit juge Burgaud avaient révélé au grand public que la magistrature se considérait comme une corporation au-dessus du commun des mortels, n’ayant en aucun cas à répondre devant le peuple français de ses erreurs, manquements et décisions. Le Syndicat de la Magistrature le répète ici avec force.

La légalité, la légalité, et rien d’autre que la légalité. Le monde devient une chose à appréhender de manière exclusivement juridique. Et la seule morale non juridique que nous acceptons n’est de toute façon que celle que nous professons.

Ainsi, on peut jouer avec talent à l’historien du dimanche en faisant de Brice Hortefeux « L’homme de Vichy », on peut s’attaquer brillamment au physique d’un criminologue honni et on peut ajouter avec élégance des photos de parents de victimes ayant eu l’incroyable toupet de ne pas partager les mêmes vues que le Syndicat de la Magistrature sur la rétention de sûreté et autres divers sujets.

Pourquoi se priver puisque c’est privé ?

Que nous apprend ce « mur des cons » ? Que selon votre appartenance politique vous serez plus ou moins jugé partialement par les membres de ce syndicat ? Ce n’est pas une grosse révélation. Que les magistrats sont hyper-politisés ? Pas un gros scoop non plus, Syndicat de la Magistrature ou pas d’ailleurs. Que certains magistrats tiennent un tableau de chasse et rêvent d’attraper du gros gibier ? Là encore, rien de bien neuf.

Non, la vraie révélation de ce « mur des cons », c’est que nos magistrats ne comptent peut-être pas parmi les plus brillants de nos étudiants en droit. Entre blagues de collégiens, analyses politiques de pilier de bar et insultes de pochtrons, ce « mur des cons » en dit bien plus sur les magistrats du Syndicat de la Magistrature que sur les personnalités épinglées.

Le monsieur a dit quelque chose qui te déplaît ? Eh bien tu lui mets une petite flamme tricolore sur le front.

Wouah.

Le truc de malades.

Ça c’est du trolling de très haut niveau. Inventif. Original. Foutrement bien réalisé. Du vrai collage artistique. Ésotérique. De la symbolique pour initiés.

Ah, on doit pas s’emmerder pendant les cours de thalassothérapie à Bordeaux.

Ça fuse.

Remarquez, si par blague potache, la présidente du Syndicat de la Magistrature entendait uniquement « blague d’adolescent stupide », elle n’a pas tort. Le truc, c’est que ces braves magistrats n’ont plus vingt ans. Le « bouh t’es fasciste« , on peut le comprendre au collège ou au lycée à la limite. Ensuite, je veux dire, si c’est encore pratiqué, c’est quand même un marqueur social important. C’est le genre de remarques que tu essaie de bannir de tes réflexes lorsque tu as fait des études. Parce que cela ne fait même pas prolo ou populaire, ça fait juste adolescent. Cette période de la vie dont, quand on y repense après, on estime rarement qu’elle a été la période où on est le plus intelligent qui soit.

Ce que ce « mur des cons » révèle, c’est finalement l’incroyable immaturité des magistrats du Syndicat de la Magistrature.

Vous savez, ces gens qui vous prennent de haut et ne se privent pas de vous faire la leçon si vous avez marché en dehors des clous.

Et gare à vous si vous leur répondez en pleine comparution. N’oubliez pas qu’ils ont le pouvoir de vous faire très mal.

Et après on s’étonne que les magistrats, qui vivent dans un monde potache où les gens avec le nez en trompette sont des cochons, dans un monde où les mots n’ont pas d’autres définitions que juridique, qui vivent dans un monde où ils détiennent un pouvoir de nuisance très important sur leur compatriotes et dans un monde où leur appartement ou maison sont situés très très loin des banlieues dites à problèmes, apparaissent à bien de nos compatriotes comme légèrement déconnectés.

Ils ne sont pas déconnectés.

Ils sont totalement perchés. Et sur l’Olympe.

Mais des sortes de dieux potaches quoi.

Des dieux qui punaiseraient sur un nuage les mortels qui auraient osé les critiquer.

Ce genre de dieux.

Comment voulez-vous respecter le magistrat du Syndicat de la Magistrature qui vous fait face alors que pour une blague potache équivalente vous enverriez volontiers votre fils de quinze ans dans sa chambre sans dessert ? Parce qu’il a réussi un concours ? La belle affaire. Votre con de fils en réussira peut-être un jour aussi. D’ici-là, cependant, vous tâcherez qu’il gagne en maturité, lui.

Qu’on le veuille ou non, il faut un peu de majesté au magistrat. Et pas seulement pour faire taire la galerie. Il lui en faut un peu aussi dans le local syndical, il lui en faut un peu en général. Une part de sa légitimité en provient.

Et s’apercevoir que des magistrats font un « mur des cons » avec photos punaisées au mur d’opposants politiques, oriflamme en accessoire et père de victimes, s’apercevoir aussi qu’une fois ce mur révélé, plutôt que de s’excuser platement et faire acte de contrition, le mur est revendiqué comme une liberté et comprendre que les critiques de ce « mur des cons » rejoignent automatiquement celui-ci, détruit une part non négligeable de leur légitimité aux magistrats syndiqués -et plus largement à la magistrature toute entière.

Et il faut que ces magistrats aient l’absolue certitude d’avoir le pouvoir derrière eux, l’absolue certitude de leur impunité, l’absolue certitude du caractère facultatif dans notre société de cette vieille histoire de légitimité tant que la légalité est pointilleusement respectée, l’absolue certitude du fait que les deux choses ne soient désormais plus corrélées, pour se permettre un tel comportement.

Qu’un système aussi avachi, perverti et abscons puisse fonctionner n’aurait pu être révélé et trouver une meilleure expression qu’avec ce « mur des cons » caricatural et infantile.

Étiquetté :

Une lutte qui dépasse

Droit — Article écrit par le 15 février 2013 à 9 h 40 min

Une trentaine d’experts du monde de la justice et de la société civile vont être auditionnés à la Maison de la chimie à Paris pour proposer des réponses «efficaces» à la récidive, qui n’a pas été enrayée par de nombreuses lois votées ces dernières années. Les organisateurs de cette conférence sont à pied d’oeuvre depuis cinq mois au cours desquels ils ont recueilli les réflexions d’une centaine d’associations, organisations professionnelles et syndicats.
[...]
L’exécutif a fixé plusieurs orientations: la ministre de la Justice Christiane Taubira et François Hollande ont souhaité la mise en place d’une nouvelle «peine de probation», permettant au condamné de purger sa peine hors de prison, mais avec un suivi plus personnalisé que les actuels sursis avec mise à l’épreuve. La garde des Sceaux a plusieurs fois exprimé ses réserves sur les sanctions à caractère automatique telles les peines plancher, dont la suppression fait partie des engagements de campagne du chef de l’Etat. Elle a aussi annoncé son intention de supprimer la rétention de sûreté, autre mesure emblématique du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Cette loi, quasiment jamais appliquée, visait à maintenir enfermés à l’issue de leur peine des criminels jugés dangereux.
[...]
Certaines pistes issues des premières réflexions devraient faire grincer des dents à droite: libération conditionnelle automatique aux 2/3 de la peine ; remise en cause de la politique du chiffre (notamment l’importance accordée au taux de réponse pénale) et de l’accent mis sur les procédures rapides type comparution immédiate ; dépénalisation de certaines infractions… D’autres préconisations sont plus consensuelles: mieux accompagner les personnes sous bracelet électronique, améliorer les enquêtes sur la personnalité, la situation familiale et sociale des mis en cause pour adapter la sanction.

J’attends avec une certaine impatience le résultats de ces auditions à la Maison de la chimie, n’ayant pas le temps de m’y rendre moi-même.

Tiens, la dernière fois que je m’étais rendu à la Maison de la chimie, c’était pour une conférence de l’IPJ avec la participation de quelques candidats à la présidentielle et d’un député socialiste d’astreinte ce jour là.

L’ambiance devrait être quelque peu différente aujourd’hui.

Déjà, on notera que ce ne sont pas les mêmes experts qui sont appelés. Il n’y a pas un seul nom qu’on puisse recouper entre ces deux conférences.

Pourtant, les experts de l’IPJ n’ont pas une biographie moins épaisse que ces autres experts. Mais, après tout, il y a tellement d’experts… Au point, d’ailleurs, que les experts les plus reconnus -mais vaguement répressifs- sont également absents. De la liste d’experts comme du jury chargé de les entendre d’ailleurs.

C’est le comité d’organisation qui a décidé.

Ainsi, par exemple, pour éviter que nos vilains criminologues français hautement médiatiques président au sein du jury, soit entendu comme experts ou participent au comité d’organisation, on a joué la carte internationale.

On remerciera donc nos amis belges, canadiens, anglais, américains et suisses de leur participation pour nous éclairer de cette science dont on s’est assurée récemment qu’elle n’existe officiellement pas en France.

C’est d’ailleurs quasiment le seul domaine où on a fait appel à des étrangers et le seul pour lequel il n’y a en fait que des étrangers.

Au fait, qui a décidé de la composition du comité d’organisation ?

Et d’en donner la présidence à une ancienne vice-présidente chargée de l’application des peines de Bobigny et ancienne conseillère technique, notamment en charge des peines alternatives à l’incarcération, au cabinet de l’inoubliable Pierre Arpaillange entre 1988 et 1990 ?

Christine Taubira et son cabinet.

Qui ont également fixé les orientations que devaient prendre le comité d’organisation, le jury et les experts.

Alors, je ne sais pas pourquoi, mais je pressens que cette conférence de consensus devrait effectivement déboucher sur un consensus. D’ailleurs le contenu de ce consensus est, en réalité, déjà largement rédigé avant même les auditions à la Maison de la chimie. Si, si. Il faut juste traduire un peu. En langage journalistique cela se dit « certaines pistes issues des premières réflexions ». Notez que cela marcherait aussi avec « premières pistes issues de certaines réflexions ».

Ah, quel dispensideux barnum ! dirait nos amis criminologues canadiens.

Entre payer le déplacement des criminologues étrangers, louer la Maison de la chimie, rémunérer les divers membres et intervenants de cette farce, régler les menus frais de bouche, autres déplacements, etc. Dame, le verni scientifique et l’apparence de concertation reviennent cher. Certes, on n’est pas au niveau de ce qu’aurait pu être un Grenelle de la justice -qui n’aura jamais lieu.

Mais pour des propositions déjà rédigées dans les grandes lignes par le cabinet du ministre de la justice, la campagne de communication pour les faire absorber me semble démesurée.

D’un autre côté, il faut voir aussi que cela paye des tas de gens pour qu’ils ferment consciencieusement leur gueule, voire qu’ils se mettent à soutenir ardemment les idées du ministère devant les médias.

Imaginez que vous ayez à acheter directement ces gens.

Eh bien il faudrait également payer pour leur conscience. Sans la garantie que, tourmentés, ils ne finissent par tout révéler un jour pour mieux dormir la nuit.

Tandis qu’une conférence de consensus, elle, avec ses membres savamment triés, son écoute patiente de chacun et ses remerciements. En offrant à tous un auditoire, en leur donnant du Président, du Monsieur, et autres titres et statuts ronflants créés pour l’occasion, voire en prenant compte à la marge des suggestions qu’ils peuvent faire, ces experts et autres jury deviennent de véritables dévoués à cette cause qui leur a fait tellement de bien.

Rechercher le consensus, en réalité, cela signifie surtout qu’on veut mouiller tout le monde.

Ici à coup de petits fours, de billets d’avion et de reconnaissance institutionnelle.

Mais passons.

Et reprenons donc ce qui serait annoncé dans quelques jours après une retraite des membres du jury au Bristol en compagnie de Patrice Evra, de David Beckham et de toutes leurs jeunes amies.

Tout d’abord la libération conditionnelle automatique aux deux tiers de la peine tandis que, dans le même temps, les peines planchers dites « automatiques » -tout en ne l’étant pas en pratique- de Nicolas Sarkozy seront supprimées.

Rien que ça, ça vous pose une politique en matière de récidive.

Gageons toutefois que les magistrats seront bien moins choqués par cet empiétement sur leurs prérogatives que pour les peines planchers -pourtant optionnelles…

D’ailleurs, je relève avec un plaisir non dissimulé que pour justifier la libération conditionnelle généralisée (et ici automatique), le ministère de la justice utilise une étude déjà évoquée par l’Observatoire International des Prisons et l’utilise donc de… manière aussi bidonnée et mensongère que l’OIP..

Voilà qui pose également la haute tenue intellectuelle des Taubira’s boyz and girlz et l’impressionnante solidité scientifique des orientations souhaitées.

Quoiqu’il en soit, ils rajoutent également dans le package sur la récidive la promesse d’une plus grande personnalisation des peines (amélioration des enquêtes de personnalité, etc.) qui entraîne ainsi de manière quasi-mécanique la « remise en cause de l’accent mis sur les comparutions immédiates ».

Enfin, pour couronner le tout, la création dans le vocabulaire d’une peine de probation remplaçant les actuels sursis avec mises à l’épreuve mais sonnant quand même vachement plus sévère. Si, dites-le à voix haute, vous verrez. C’est le mot « peine ». Il ne fait peur qu’aux honnêtes gens tandis qu’il fait rire les récidivistes, mais quand même. C’est important le vocabulaire. Même si, malheureusement pour notre président de la république, cela ne fait pas encore tout et qu’il demeure encore la stature physique ou l’élocution par exemple.

Le sursis avec mise à l’épreuve version 1.1 (on est encore loin du 2.0 participatif, Taubira n’en veut pas), ou « peine de probation », devrait être accompagné d’un suivi plus personnalisé.

Ce qui pourrait être cohérent avec sa promesse d’augmenter le nombre de Juge d’Application des Peines (JAP) si ces derniers remplissaient effectivement un rôle essentiel dans la prévention de la récidive une fois le condamné libéré dans la nature avec sa conditionnelle ou son sursis avec mise à l’épreuve.

Or, tel n’est pas le cas.

Il faudra donc se demander à quoi sert d’augmenter le nombre de JAP si dans le même temps la libération conditionnelle aux deux tiers de la peine devient automatique.

Personnellement, n’entrevoyant pas la moindre raison, je peux raisonnablement suggérer qu’un choix sera fait entre la libération conditionnelle automatique et l’augmentation du nombre de JAP.

Or, scoop, je peux déjà subodorer que cette histoire de libération conditionnelle réellement automatique est en réalité une bonne grosse blague et que ce ne sera pas demain qu’un gouvernement enlèvera cette responsabilité aux JAP pour l’endosser à sa place avec le risque politique que cela comporte. Un gouvernement n’a aucune raison de faire cela alors qu’il peur s’assurer de la même chose par des instructions, qui seront sans nul doute suivies par nos magistrats, sans pour autant prendre la responsabilité finale.

Concernant la responsabilité, une solution serait d’ailleurs d’impliquer le peuple français là-dedans, mais Christine Taubira a déjà décidé d’arrêter toutes les expérimentation en la matière.

Donc, à la limite, comme après Outreau, on fera appel au délicieux -mais inopérant- concept de collégialité pour mieux diluer les responsabilités en cas de raté. D’autant que ça ne coûte pas un rond comme mesure et qu’on s’assure ainsi le soutien de la magistrature, toujours folle de joie quand il s’agit de jouer à faire semblant et de n’absolument rien changer à leur prérogatives et pouvoirs.

Et le peuple français qui ne cesse depuis des années de dire par sondage, avec une constance remarquable, que la justice est l’institution dans laquelle ils ont le moins confiance (juste devant les médias et les élus, c’est dire…), que les peines sont trop légères, que le fait qu’elles ne soient pas appliquées et aménagées est une honte, que les peines pour cas de récidive sont insuffisantes, qu’il faut créer plus de places de prison, que la justice fonctionne mal, qu’elle est idéologique et que les orientations voulues par Christine Taubira sont un grand n’importe quoi… Ce peuple français donc, ultra-majoritaire, n’aura qu’à endurer un peu plus longtemps encore.

Étiquetté :

La justice expliquée à travers un cocu

Droit — Article écrit par le 23 septembre 2012 à 18 h 43 min

La sphère publique en France connaît très peu de dissonance, tout est lisse, régi par la pensée unique érigée en dogme. Toute contestation est rapidement purgée dans des « débats contradictoires » où l’on s’acharne à quatre ou cinq contre l’opposant unique. La variante étant de mimer la différence sur des points mineurs en convergeant sur le principal. La conséquence directe de ce unanimisme médiatique est que notre sphère publique est aussi inspirée que l’URSS sous Brejnev. Cinéma, littérature, télévision, art, philosophie, politique, humour, tout apparaît mort, triste, vieillot.

Je pourrais vous dire que les artistes les plus diffusés en France ces 15 dernières années doivent être Claude François et Dalida. Je pourrais aussi vous dire que je me suis retrouvé à une fête d’anniversaire avec des vingtenaires participer à un karaoké improvisé sur les gloires des années 70 et 80. Et ils connaissaient les paroles les cons ! Si je vous disais qu’en 2012, en France, l’humoriste le plus mis en avant est Anne Roumanoff. Une bonne femme de 50 ans à la tête bizarre, qui s’habille en rouge, qui n’a jamais fait rire personne, et dont le regain de succès est dû à la réalisation d’un sketch poussif sur Sarkozy à la fin de son mandat.

Toute la production intellectuelle comme culturelle est touchée. L’humour comme les autres. Je ne me souviens plus quand est-ce qu’un humoriste mainstream m’a fait rire pour la dernière fois. Alors je m’amuse du système. Tout les matins je lis la presse, et je manque de m’étouffer de rire en buvant mon thé. Quand je veux voir un bon spectacle je regarde un JT. J’imagine que les Russes aussi riaient le matin en lisant la Pradva. Dans tous les régimes dictatoriaux et totalitaires c’est la première réaction d’autodéfense, se marrer des mensonges et des arguties du système. J’aime particulièrement les histoires de criminels condamnés pour la 37ème fois qu’on libère, et lire les raisonnements juridiques et journalistiques pour nous convaincre du bien fondé des décisions. J’aime aussi beaucoup les reportages prétendument impartiaux, qui adoptent un ton raisonnable et dépassionné, pour répandre innocemment des idées complètement folles.

Les faits divers sont souvent drôles ainsi qu’intéressants pour comprendre l’époque. Prenons l’histoire de Nono le cocu. Nono est en instance de séparation avec sa femme qui a eu des enfants d’un autre lit. Nono est convié à quitter la maison (sa maison ?), mais se décide tout de même à rentrer chez lui sur les coups de 5 heures du matin. Sa femme avait organisé le soir même une petite soirée avec ses «camarades de travail». Et « Sébastien », 17 condamnations sur son casier, était resté poursuivre la soirée – on imagine – en tout bien tout honneur. Le mari ivre à peine rentré se fait sévèrement rosser par le nouvel homme de la maison. On nous dit que « la victime présente des blessures au niveau du visage. Elle doit subir une opération chirurgicale de l’œil dans les prochaines semaines. » L’avocat de la défense retient avec humour la légitime défense et les coups involontaires. Il a simplement « défendu sa personne et celles de madame et des enfants. » Celui-ci sera condamné à « huit mois d’emprisonnement sans mandat de dépôt afin de préserver sa situation professionnelle ».

Pour résumer, la femme se tape chez lui un autre homme avec un casier long comme un jour sans pain. Celui-ci décide – soit de son propre chef soit avec le consentement appuyé de la femme – de tabasser le mari. Finalement l’homme en question ressort libre pour ne pas déranger son emploi du temps. C’est triste mais je trouve cela très drôle. Et instructif.

La justice telle que la conçoive les Occidentaux aujourd’hui est un non sens. Les Occidentaux voudraient que des étrangers à leur cause, des fonctionnaires revêtus de toute la sagesse de leur charge et d’un sens de la justice universel, se préoccupent de leurs problèmes et punissent leurs ennemis personnels. On leur répète depuis l’école primaire que l’Etat défend l’intérêt général et protège les faibles… et ils le croient généralement. Les Occidentaux imaginent des policiers et des juges bienveillants qui n’auraient de cesse de faire le bien par idéal. « M. le policier, le vilain m’a fait du mal, aller donc l’arrêtez. M. le juge, punissez ce vilain qui m’a fait souffrir. » C’est ce qui arrive quand on rentre dans le jeu de l’Etat et qu’on raisonne par fictions juridiques, on finit vraiment par croire que des inconnus nous veulent du bien et n’auraient de cesse de venger notre honneur bafoué et nos préjudices.

Historiquement la justice publique a vu le jour pour pacifier les rapports entre clans, familles, et groupes d’individus constitués. Dans des cultures qui promouvaient la vengeance et la vendetta, des jugements se voulant impartiaux et donc justes, permettaient la recherche d’un accommodement raisonnable entre les parties. Au lieu de se venger sur la famille d’un voleur jusqu’à la 17ème génération, et réciproquement, on a considéré que punir le voleur et faire accepter le jugement à tout à chacun était moins destructeur socialement. Ce processus de reconnaissance a été long, il est quasi achevé dans certaines parties du monde, et n’est que débuté dans d’autres.

Sauf qu’en reconnaissant totalement la justice comme institution, on annule par là-même les rapports de force qui l’ont justifié. Dans une culture où la vengeance est quasi inconnue, la raison première à l’existence de la justice disparait. Elle n’a plus besoin de pacifier les rapports entre clans et familles, puisque les gens ne se vengent plus. Aujourd’hui on sait qu’à 99,9% les Occidentaux ne vengeront pas leur maison cambriolée, leur frère assassiné ou leur fille violée. Les gens pleurnichent, comptent sur leurs assurances, lâchent des ballons blancs, répètent plus « jamais ça », cherchent à comprendre, sont choqués que l’accusé n’expliquent pas assez ses motivations, « font leur deuil », mais ils ne se vengent pas.

Si vous enlevez la vengeance la justice n’a plus à pacifier la société. Elle peut donc aussi bien entériner l’état de fait. C’est ce que fait ici la justice. Les hommes de l’Etat, comme de bons maîtres, visent le trouble public minimum. Vu que le cocu ne veut pas se venger, la justice juge qu’il n’a pas lieu de lui donner gain de cause, et qu’il constituerait même un trouble public supérieur de priver son agresseur de son travail et de sa liberté. Elle donne donc au cocu un jugement qui reconnaît sa victimité, attribue une peine symbolique à l’agresseur, et le laisse sortir libre du tribunal pour qu’il continue de payer ses impôts.

Pour les mêmes raisons la justice est clémente envers certains groupes qui agissent par l’émeute dès qu’ils ont une bisbille, tandis que leurs opposants ne font que chouiner.

C’est une réaction logique que j’ai moi-même expérimenté. Une fois je me suis retrouvé coincé derrière une voiture, sur une voie assez large pour laisser passer un véhicule. En face d’elle une autre voiture. Au bout de quelques instants, je sors m’enquérir du problème. Une femme visiblement excédée voulait sortir, une racaille voulait entrer, aucun des deux ne voulaient bouger d’un pouce. Je discute avec la femme. Je discute avec la racaille, je joue l’empathie, il roule gentiment des mécaniques. Je m’imagine déjà le massacrer, mais la raison prédomine et je choisis la facilité. Je fais donc aimablement pression sur la femme, sur sa logique, son « intelligence », son envie de partir, pour qu’elle se range. Tout se règle gentiment en cinq minutes.

La justice et l’Etat agit de la même façon. La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Étiquetté : ,

Pourquoi Taubira est une plaie comme les autres

Droit — Article écrit par le 19 août 2012 à 13 h 25 min

Christine Taubira n’est pas seulement une plaie pour la blague du même nom, la loi Taubira, loi mémorielle confinant gentiment au n’importe quoi à tous les niveaux.

Il y a encore pire.

Déjà, la liste de ses soutiens fait froid dans le dos. Quant à leur communication pour la soutenir, elle tend à être aussi performante que celle des amis de Dominique Strauss-Kahn depuis son affaire.

Prenons par exemple deux avocats médiatiques.

Certes, énoncer le fait que Patrick Klugman et Léon-Lef Forster soient des avocats médiatiques, et particulièrement le premier, ne suffira pas à les discréditer.

Premièrement parce que quelques rares avocats médiatiques parviennent encore grâce à leur intelligence à conserver l’illusion accordée à l’avocat médiatique. Illusion qui permet malheureusement à tous de faire passer leur colère comme saine, leur plaidoirie comme brillante aux yeux des amateurs de choses vues à la télé et tant d’autres effets qui pour être de manches ne sont pas sans conséquences. C’est un peu l’effet papillon si vous voulez.

Et ça, même le plus con des papillons peut le générer.

Alors imaginez-en deux…

Mais je suis malhonnête. Une immense boursouflure de l’ego touchant également nos deux beaux papillons et les grévant au sol, ils ne sont pas prêts de battre de leurs propres ailes et de faire des dégâts.

Deuxièmement parce qu’il n’est tout bonnement pas possible de discréditer ces papillons-là. Pour la simple raison qu’ils sont déjà discrédités devant ceux qui peuvent en être convaincus. Les autres étant soit dans une forme remarquable d’incapacité intellectuelle liée à l’esprit de courtisan ou de militant, soit ils se moquent de toute l’affaire par un désintérêt glorieux que je peux comprendre.

Rendre justice à Taubira est donc la grande idée de nos deux compères dans un point de vue publié par Le Monde.

J’aime quand quelqu’un se pique de rendre justice au pouvoir en place. Particulièrement quand celui-ci se trouve être socialiste, c’est à dire, avec la corporation journalistique que nous avons, qu’il possède déjà médiatiquement une présomption presque irréfragable de faire le Bien.

Cela dénote toujours de quelque chose chez ce type de justicier.

Généralement qu’il se place comme courtisan officiel.

Il n’y a pas grand chose à dire de plus sur ce papier. Pas une phrase pour récupérer une autre. Pas la moindre petite ascendance pour faire s’envoler nos petits papillons infatués. Or, démonter méthodiquement le néant se révèle toujours être une entreprise inutilement fatigante. En réalité, il faut un minimum d’intelligence et de bonne foi pour que l’exercice en vaille la peine. Tenez, quelqu’un s’imagine s’attaquer méthodiquement à un billet de Bruno Roger-Petit et/ou prendre plus de dix minutes de son temps pour cela ?

Personne.

Bref, je vais donc me contenter d’observer que nos deux papillons de compétition propose la même vieille recette habituelle.

Fin des peines planchers dont les auteurs parlent du fameux caractère automatique qui fait ricaner les magistrats mais désespère bien des victimes.

Pas un mot sur la fin de l’expérimentation des jurés en correctionnelle pour les délits considérés les plus graves.

Et applaudissements nourris de nos deux papillons géants devant la promesse de Christine Taubira de concentrer les efforts budgétaires au développement des services d’insertion et de probation, ce qui est très bien en soi, mais aussi devant la promesse qu’elle augmenterait le nombre de juges d’application des peines (JAP), ce qui ne sert absolument à rien sur le fond.

Comprenez moi, je ne dis pas qu’augmenter le nombre de magistrats serait une mauvaise idée. Si cela peut accélérer le processus judiciaire ou permettre aux juges de prendre plus de temps par dossier, c’est là encore très bien.

Mais chacun comprend bien qu’augmenter le nombre de JAP ne répond pas tant à cette logique, qui ne devrait pas favoriser les JAP d’ailleurs, mais a pour objectif d’intervenir en alternative aux peines planchers et autres introduction de jurés (il avait d’ailleurs été question de solliciter des jurés populaires pour l’application des peines). Le tout reposant sur une conception de la prison qui ne repose elle-même sur pas grand chose.

Malheureusement, de même que la collégialité ne saurait répondre à Outreau, la multiplication des JAP ne saurait répondre à la famille de Natacha Mougel.

Le problème, là encore, est celui de la légitimité et de la responsabilité.

Ainsi, même si avec Christine Taubira on prend cinq ans de retard en plus, il faudra trancher un jour entre la fin programmée de la personnalisation des peines et l’immixtion plus importante des jury populaires.

Il n’y a tout simplement aucune autre alternative.

Enfin si.

On peut imaginer une organisation de la justice totalement différente.

La mondialisation, les zones, tout cela façonne l’image d’un monde actuel bien différent de celui qui a prévalu à l’organisation actuelle de notre justice.

Et l’été offre parfois de ces somptueux décalages en matière de justice entre le monde réel et le monde judiciaire. Allez savoir pourquoi. La chaleur, une semaine sans diffusion de sport à la télé, la canicule et nos petits vieux qu’on place dans le coma en leur faisant boire trop d’eau…

Qui sait ?

Des peines pour le moment inexistantes ou ridicules après les émeutes d’Amiens à la condamnation midgnight express de deux auteurs de « violences racistes » cette semaine, de la décision d’une cour allemande sur la circoncision à la multiplication des mandats d’arrêt internationaux on sent bien que ça disjoncte de partout. Et on pourrait multiplier les exemples sur des pages et des pages.

Les décisions judiciaires étant régulièrement incomprises et, plus que ça, incompréhensibles, il ne faut pas s’étonner d’avoir vu l’arrivée de la peine plancher et de jurés en correctionnelle sous un gouvernement de droite -qui seul peut se le permettre. C’est la logique la plus simple qui préside à cela. Et, lorsqu’on annule ces mesures là sans pour autant proposer quoique ce soit visant à réconcilier les français et leur justice, on joue la montre. Et on envoie un ministre de l’intérieur faire le matamore devant les caméras. Nicolas Sarkozy a longtemps été un expert en ce domaine. Il a néanmoins engendré une loi -insuffisante- sur la peine plancher et a esquissé une réforme du jury populaire. Ce n’est pas grand chose en pratique, il n’en restera d’ailleurs rien sous François Hollande, mais cela allait dans la bonne direction.

Aujourd’hui, on explique simplement que les français ne comprennent pas parce qu’ils ne comprennent pas.

Ou, autrement dit, qu’il faut mieux leur expliquer.

Et ils comprendront.

Le reste étant composé de racistes/fascistes/demeurés irrécupérables.

Qui eux ne comprendront jamais.

Est-ce qu’il faut être intelligent pour organiser une ratonnade en pleine ville pendant vingt minutes avec sa propre voiture ?

Oh non.

Le contraire serait même bienvenu pour réussir ce genre de performance.

Est-ce que pour autant le journaliste auteur pour Le Monde d’un récit halluciné mélangeant « arabe » et « musulman » et sensé expliquer cette affaire peut exclure à demi-mots le coup de sang et passer le 1,8g d’alcool dans le sang du conducteur-tireur comme si ce n’était pas grand chose alors que le reste des automobilistes contrôlés à ce taux sont considérés comme totalement torchés et maîtres de rien du tout -et certainement pas de leur véhicule ?

Et, surtout, surtout, d’où vient qu’on semble comprendre un peu ce qui a pu arriver à cet homme et à cette femme…


Toucher le fond du débat éthique (essai)

Droit — Article écrit par le 19 juillet 2012 à 8 h 28 min

Je ne comprends pas toujours très bien le débat sur l’euthanasie.

Je ne vois, en réalité, pas très bien qui cela peut concerner.

Ceux qui souffrent peuvent, déjà, se voir injecter des doses de morphine suffisantes pour que leur cœur arrête tranquillement de battre. On ne souffre pas. On ne souffre plus. Et on arrête l’acharnement thérapeutique.

C’est suffisant pour l’immense majorité d’entre nous.

Pour ceux qui le veulent d’ailleurs.

Et contrairement à ce qu’on peut lire en ce moment, cela se pratique en permanence dans nos hôpitaux.

Les autres, qui ne souffrent pas assez pour bénéficier de la loi Leonetti, peuvent toujours se suicider. Et pour ceux qui n’en ont pas le courage mais la volonté chevillée quand même au corps, il suffit d’un petit voyage en Suisse chez nos amis de Dignitas qui vous fileront un petit coup de sac plastique sur la tête.

Faut penser mondialisation hein.

Et pour ceux qui peuvent et veulent mourir mais qui ne veulent pas se suicider, par exemple par conviction religieuse, ma foi…

Qu’ils aient la cohérence d’endurer.

Quant à ceux qui ne ne peuvent pas se suicider par impossibilité physique de le faire mais qui ne souffrent toujours pas assez pour se voir appliquer la loi Leonetti…

Ces cas sont tragiques.

Sans nul doute.

Maintenant, ce n’est pas parce qu’ils souffrent -mais pas assez- qu’ils doivent venir emmerder un médecin en exigeant qu’il prenne la responsabilité par la loi de leur ôter la vie.

Petits connards nombrilistes…

Comme si le manque de liberté, celle d’être en capacité de se suicider, engendrait une irresponsabilité qui se transmettait du corps à la tête.

En cela, finalement, ils sont aussi modernes que les participants d’un Loft Story me dira-t-on.

En effet.

Mais ce n’est pas parce qu’ils sont des légumes non télévisés qu’ils valent mieux que les légumes de TF1 ou M6.

Bref, si tu veux en finir et que tu ne peux pas physiquement le faire tout seul, eh bien tu n’as qu’à bosser. Convaincre tes proches. Soudoyer une infirmière à domicile. Apitoyer un médecin. Pleurer un peu. Évoquer des grands principes moraux. Que sais-je encore.

Ce serait se rabaisser ?

Oui.

Ça l’est.

Mais qu’est-ce que tu veux mon petit bonhomme, si t’es pas capable de te foutre en l’air tout seul, c’est que t’es déjà tellement bas…

Tu crois que tu te sentirais mieux, juché sur ta pile de dossiers et de tampons administratifs, à la tête d’un vrai petit droit opposable, te permettant d’exiger de l’État qu’il te fournisse un médecin pour qu’il te termine ?

Sérieux ?

Non, si on veut en finir mais qu’on ne peut pas, on demande à ses proches bordel. Même Vincent Humbert a pu le faire. C’est dire. Et ceux-ci, derrière, assument.

Et si on n’est pas fichu de trouver quelqu’un autour de soi pour prendre cette responsabilité, encore une fois, on endure.

C’est pas juste mais c’est comme ça.

Maintenant, vous avez quand même des chances de trouver une bonne âme.

Moi par exemple.

Je peux déceler la souffrance sur un visage.

Je peux agir par compassion infinie.

Et je crois que je pourrais le faire comprendre à mon procès.

Au passage, dans cette affaire Humbert, il est un peu dommage qu’on ait décidé de se passer d’un procès, légitime, pour finir par un simple non-lieu. Ce qui est une absurdité de plus de la justice qui en compte déjà beaucoup. Il suffisait de faire confiance aux jurés de cour d’assise en réalité.

Mais ça…

Avez-vous entendu le moindre magistrat se plaindre publiquement de la fin de l’expérimentation de la présence de jurés populaires en correctionnelle pour les délits les plus graves ?

Pas un.

Pas un seul n’a bougé à ma connaissance.

Je crois que ce fait seul montre ce qu’est la magistrature actuelle dans notre pays.

Si on y ajoute le cas Humbert que faudrait-il comprendre ?

Que les français jugent mal.

Comme d’autres considéraient il y a encore peu qu’ils votaient mal.

Que nos magistrats ne se réjouissent pas trop vite cependant. Une autre sorte de jurisprudence les touchera bientôt. Et plus tôt qu’ils ne pensent. Et, comme en Suisse hier, on fera passer des référendums ou la notion d’automaticité sera présente. Et comme aux États-Unis, il y aura des peines planchers auxquelles ils ne pourront pas déroger. Et un autre jour, ce sera le Juge d’Application des Peines qui verra ses attributions et sa marge de manœuvre réduites.

Et là, ils se diront peut-être que, les jurés populaires, quand même, ce n’était pas si mal.


Richard Malka : DSK ignorait également !

Droit — Article écrit par le 10 juin 2012 à 17 h 44 min

J’ai, instantanément, de la sympathie pour les avocats qui défendent les causes perdues. Qu’elles le soient réellement ou seulement en apparence.

De Milosevic à Outreau disons.

Et puis, d’apparence ou réellement là encore, il existe une vraie noblesse à défendre les salauds.

Pas pour faire ressortir le bien ou le bon qu’il y aurait en chacun de nous, pas parce que tout homme aurait le droit d’être défendu. Ça, ce sont les arguments malicieusement avancés par les avocats qui défendent les salauds afin de se justifier convenablement dans le monde.

Tandis que la vérité c’est que défendre les salauds, c’est foutrement bandant.

Soit le salaud n’en est pas vraiment un. C’est un innocent et c’est jouissif de tenter de le démontrer. Soit il s’agit d’un vrai salaud, un bon gros coupable et, en réalité, c’est encore meilleur.

L’avocat du diable ?

Comme si le diable avait jamais manifesté le besoin d’un avocat…

C’est que le diable a une éthique du mal.

Tandis que jusqu’au criminel de guerre, qu’il soit ou non serbe, le salaud n’a, lui, pas une éthique du mal -sauf en cas de pathologie mentale. Personne, d’ailleurs, ne pourrait vivre longtemps en assumant une telle éthique. A part, donc, les grands pervers. Pour les autres, c’est tout bonnement impossible.

La plus ignoble pourriture, quoiqu’elle fasse, n’a pas une éthique du mal. A la fin de la journée, elle retombe sur ses pieds.

Oui, j’ai licencié dix employés aujourd’hui. Mais pour sauver la compagnie et le job de dizaines d’autres. Et, dans le métro, j’ai donné à un pauvre.

Voyez, le bilan est même globalement positif.

Oui, j’ai nettoyé la Bosnie. Mais pour sauver le peuple serbe de l’extinction/déchéance/extermination. Et si, dans le marché de Sarajevo, j’ai envoyé une bombe, c’était pour que mille autres ne s’abattent pas sur Banja Luka.

Ce n’est pas le diable que vous défendez.

Ce n’est pas une éthique du mal dont vous vous faites le défenseur.

Le bonhomme qui tue sa femme, il le fait parce qu’il considère, à tort ou à raison, que celle-ci est une salope, ou qu’elle l’empêche de vivre heureux, ou qu’elle veut lui piquer son pognon, ou que sais-je encore. Pas parce qu’il aime tuer et/ou faire souffrir.

Il peut se découvrir une passion pour ça a posteriori. Ou succomber à une pulsion enfouie difficilement depuis des années. Mais on retombe alors dans la pathologie mentale.

Remarquez, ces gens, sévèrement atteints, peuvent être utiles. On l’a vu en Algérie. Plutôt que de sacrifier des hommes en bonne santé mentale en leur demandant de faire les saloperies nécessaires, on utilise les tarés disponibles.

Mais revenons en à cette question d’éthique. Lorsque l’avocat de Breivik le défend, lorsqu’il défend le fait qu’il ne soit pas fou, il ne raconte pas une autre histoire que celle-ci. Il dit qu’il défend non seulement un homme, mais qu’il défend l’éthique du bien d’un homme. Qui, certes, a pu prendre des voies tortueuses pour certains, ignobles pour d’autres -ou que l’on peut qualifier comme on veut. Mais derrière les actes eux-mêmes, ce n’est pas du pure evil. Il y a quelque chose d’autre. D’où, par exemple, le fait de citer à la barre des types qui partagent les mêmes idées que Breivik.

Alors, défendre ce type de salauds, c’est défendre des originaux. Cela sort de la norme. Cela dépasse l’ordinaire. Cela bouscule nos neurones. Elles s’agitent. On en fait des livres, des articles de presse et des émissions radiodiffusées. La voilà la raison pour laquelle l’avocat peut aimer défendre ce type de salauds.

Et quelle grandeur à défendre un pédophile assassin me demandera-t-on ?

Aucune.

Les avocats qui le font parleront d’humanisme. Pourquoi pas. Quoique. Si j’étais pédophile assassin, je ferais plus confiance à l’avocat qui veut se faire un nom qu’à celui qui me parle d’humanisme. Enfin…

Maintenant, le pédophile assassin, ma foi, je considère par principe qu’il rentre dans la définition du grand pervers. Donc bon. Et ces gens-là ne m’intéressent guère.

Mais il existe une autre catégorie de gens qu’il n’est pas honorable de défendre, ou tout du moins, qu’il n’est pas honorable de défendre n’importe comment (plutôt qu’à n’importe quel prix, j’y viens plus bas).

Et là je m’adresse aux avocats de Dominique Strauss Kahn.

Ce dernier est coupable. Si ce n’est de tout, de suffisamment. Et tout le monde le sait. N’empêche, des personnalités médiatiques semi-demeurées s’appliquent depuis quelques mois maintenant, avec une constance navrante, à le défendre avec une habilité qui l’enfonce un peu plus chaque jour.

Tout y passe.

Retour à l’ordre moral, police morale, antisémitisme, pudibonderie, populisme, etc.

Et pour accréditer tout cela, ses avocats inventent joyeusement des accusations médiatiques inexistantes, falsifient, créent des raisonnements fumeux et au final racontent absolument n’importe quoi. Aussi bien intellectuellement que factuellement que juridiquement.

Qui reprocherait ainsi à Dominique Strauss Kahn son « libertinage » ?

Personne.

En vérité, tout le monde s’en fout.

Il y a même des ahuris qui voient de la jalousie vis-à-vis de la vie sexuelle de Dominique Strauss Kahn.

Foutre.

Je suis sûr que même Christine Boutin a une vie sexuelle moins sordide que celle de Dominique Strauss Kahn.

C’est dire.

Plutôt que de la jalousie, c’est une mélange d’empathie et de commisération, de pitié disons, qui anime les gens autour de moi sur le cas DSK. Enfin, certains s’amuseront de constater que Raphaël Tisserand était en fait un éléphant socialiste qui a failli devenir leur président.

Les récits de filles abusées, là, cependant, il est vrai, génèrent quelques petits grincements de dents parmi une bonne partie de la population.

Le retour de l’ordre moral qu’on vous dit !

Mais il y a pire que ces intellectuels prenant fait et cause pour DSK par solidarité dans le sordide à la frontière du délictueux.

Il y a Elisabeth Lévy (farouche tenante de l’idée que l’ordre moral revient frapper malicieusement DSK) interrogeant un avocat de DSK, Richard Malka.

Elisabeth Lévy aime manifestement interroger ses copains pour la presse. Cela pourrait rester dans le cadre d’un dîner un peu trop arrosé. Mais ça finit dans Le Point sur deux pages.

Ici, la seule façon de savoir si c’est Richard Malka qui a interrogé Elisabeth Lévy plutôt que l’inverse, c’est de jauger du niveau de culture juridique de celui qui répond aux questions. Pour le reste, ma foi, c’est remarquablement interchangeable, jusqu’à la menace de fin vis-à-vis des journalistes, à ce point explicite qu’elle en est infiniment vulgaire : attention, après les politiques ce sera votre tour ! L’omerta vous protège aussi ! N’oubliez surtout pas que vous êtes du côté des puissants !

On me dira qu’en matière de conflit d’intérêt on devrait être en mesure d’empêcher une compagne notoire de ministre d’interroger celui-ci, mais qu’on ne peut décemment interdire à une copine d’avocat d’interroger ce dernier. Sans doute. Mais cette pratique a tout de même un nom. Le journalisme à la Rue89. Autrement dit, j’interroge mes potes, les copains de mes potes, mes camarades de bureau et j’en fais un article. On me dira que Richard Malka n’est pas qu’un pote. Il s’agit d’un avocat de DSK. Et que après avoir fait la retape sur six pages du livre sur DSK de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, ce n’est pas outrageant d’interroger un soutien de DSK. Sans doute. Mais était-il vraiment si malin d’envoyer pour l’interroger une copine à lui qui partage très exactement son point de vue ? Parce que ce n’est pas le côté faussement couillu de l’interview qui nous empêche de voir que dans le monde réel ils étaient en train de bien se marrer en bouffant des huîtres au restaurant…

Mais je veux en revenir à l’honorabilité de l’avocat se piquant de défendre un salaud.

S’il ne fonctionne pas ici pour Richard Malka, c’est qu’il n’y a aucune grandeur à user de sophisme, de raisonnements spécieux et autres artifices plus ou moins grossiers pour défendre un homme politique minable. Il y en aurait d’ailleurs également peu à utiliser de tel stratagèmes pour défendre Milosevic. Il est vrai qu’il n’était pas accusé par le TPIY de tenter d’abuser de sa position pour obtenir des faveurs sexuelles sous la contrainte… Non, pour Milosevic, comme pour Breivik, comme pour tant d’autres salauds sublimes, il y a, je me répète, autre chose à défendre et d’autres moyens, donc, à utiliser.

Avec honnêteté, j’admets donc qu’étant donné que ce doit déjà être compliqué de défendre un homme politique coupable de malversations financières, alors un coupable d’agressions sexuelles multiples…

Il y aurait cependant une manière honorable de s’en sortir pour un avocat dans cette situation.

Vous voyez, d’ailleurs, vous, un avocat user des mêmes conneries dialectiques pour semi-demeurés avec un accusé ordinaire, disons le boucher de votre patelin ? Rien du tout. Aucun avocat n’ira se ridiculiser ainsi pour un boucher. Non, l’avocat le regardera dans les yeux et lui dira qu’il faut qu’il arrête ses conneries, qu’il est baisé et que le mieux pour lui c’est de reconnaître les faits, de ne pas tenter de les minimiser car ce serait se foutre de la gueule de la victime, de plaider la pathologie et d’évoquer son enfance douloureuse.

Voilà la méthode honorable.

Mais puisqu’il s’agit de DSK, d’un puissant de ce monde, eh bien Richard Malka, là, il est heureux de se taper la honte. Parce que, oui, il raconte n’importe quoi, mais en même temps on se dit qu’il doit toucher sévère pour ça. Combien ? Bonne question. Et vous, vous prendriez combien ?

D’accord, on finit par se sentir un peu honteux, un peu sale après. D’autant qu’on a du se ridiculiser médiatiquement de surcroît. Mais on fait un signe à tous les salauds minables de la planète qu’on est le genre d’avocat qui, pour de l’argent, courbera l’échine comme il faut. Au point que le quidam, éberlué, se dira que ce n’est pas possible, qu’il doit y avoir une part de vrai dans ce que dit cet avocat, qu’il ne peut pas juste se contenter d’avaler et de recracher avec le sourire…

Au moins, lui, me direz-vous, il touche pour ça.

On en connait d’autres qui font ça gratis ou pour quelques euros de plus.

L’interview de Richard Malka, je ne la trouve pas sur le web. Je ne me sens pas d’en faire un vrai résumé détaillé. Vous avez l’esprit, vous trouverez le contenu dans la salle d’attente de votre généraliste ou à votre prochaine permanente.

J’ai, même moi, une limite de conneries par ligne.

Étiquetté :

Rottweiler

Droit — Article écrit par le 21 mai 2012 à 13 h 14 min

Un point salutaire sur le statut — inexistant — de l’épouse du président de la République est disponible ici.

On remarquera qu’en 2003, Montebourg avait interpelé le premier ministre sur les dépenses liées à l’épouse du président, parlant de « vrai problème éthique quant à l’emploi des fonds publics ».

Si l’UMP avait quelques couilles en nombre pair et deux sous de jugeote, ils demanderaient à la justice de bien vouloir examiner pourquoi madame Trierweiler engendre des frais pour le contribuable, elle qui ne serait rien si elle était l’épouse de François Hollande et qui est donc pour l’instant à peu près exactement moins que rien.

Pourquoi les moyens de l’État sont-ils mis à disposition de cette dame, qu’on dit déjà fort à l’abri du besoin par son patrimoine personnel et familial ? parce que c’est quelqu’un que le président de la République aime bien et dont on peut supposer qu’il baise avec ? est-ce une raison ?

Étiquetté : , ,

Légitime défense

Droit — Article écrit par le 30 avril 2012 à 7 h 26 min

Abattre un mec en cavale, plusieurs fois condamné pour vol avec arme et qui, lorsqu’on tente de l’interpeller en sort juste une, d’arme, voilà qui ne me choque absolument pas.

Je comprendrais d’ailleurs assez mal que cela puisse heurter quiconque s’il n’y a pas de balles perdues.

On peut imaginer les circonstances précises qu’on veut mais les faits seraient, pour le moment, ceux-ci : un homme, en cavale, réputé dangereux de part son passé judiciaire, qui s’enfuit devant la police et sort à cette occasion une arme de poing. Après, qu’il ait ou non tiré, qu’il ait ou non pointé son arme, ma foi…

A titre tout à fait personnel, si je suis policier, j’essaie de pas laisser courir bien loin ce genre d’énergumène. Et même s’il se retrouve de dos, je n’ai aucune envie qu’il tombe sur un passant ou un automobiliste à prendre en otage ou qu’il tire un peu plus loin sur un collègue qui lui ferait face.

C’est tout.

Quand on a des policiers en face de soi ou dans son dos, qu’on est connu pour des braquages et qu’on est en cavale, on ne sort pas son arme de poing. Parce que sortir son arme de poing, dans de telles conditions, c’est dire très clairement aux policiers que vous ferez tout pour leur échapper.

Tout.

Avec, sans doute, l’espoir de les intimider, de les faire prendre du recul. Quoiqu’il en soit, qu’on ait ou non vraiment l’intention de tirer, quand on dégaine, les policiers en face ne vont pas vous faire ausculter vingt ans en psychanalyse avant de décider de vous tirer dessus ou non. Dégainer, c’est déjà tirer. On prend donc tout à fait sciemment le risque de se faire tuer à partir du moment où on sort son pistolet.

Et c’est normal.

Il y a un moment où il faut prendre ses responsabilités.

D’ailleurs, rien ne dit qu’il ne les a pas prises.

Je suis même sûr que, de là où il est, il n’en veut pas au policier qui l’a tué.

De tout cela, une très large majorité de français en sont déjà convaincus. Et une bonne partie de ces mêmes français doivent certainement trouver un peu étrange que le policier qui a tiré sur cet individu soit mis en examen pour homicide volontaire.

C’est qu’ils lui paieraient plutôt un coup à boire, eux.

Maintenant, ce n’est pas une réforme d’une présomption (réfragable) de légitime défense qu’il faudrait concevoir pour résoudre cette incompréhension. Non.

C’est une réforme de la légitime défense tout court.

Il ne conviendrait normalement pas de donner plus de droit au policier qu’à n’importe qui, il conviendrait simplement que le policier, comme le français qui ne l’est pas, voient, tous deux, le champ de leur légitime défense s’étendre un peu.

On me dira que ce n’est pas trop à la mode avec une certaine affaire en cours aux Etats-Unis où un jeune homme noir s’est fait abattre par un homme servant ce soir-là de vigile de quartier.

C’est néanmoins tout à fait indispensable.

On pourrait multiplier les exemples d’affaires, ces dernières années, où des gens se sont retrouvés en procès alors qu’ils étaient très clairement et pour tout le monde, enfin, sauf pour le droit et/ou les magistrats, en état de légitime défense.

Il faut ainsi noter que la question, centrale généralement dans les affaires de légitime défense, de la proportionnalité avantage aujourd’hui de manière manifeste le délinquant et le criminel. C’est ce dernier qui fixe, souverainement, le niveau de violence de son attaque. A la victime de s’adapter. Rapidement, en bonne intelligence et avec un parfait sang-froid. Sinon…

Chacun aura bien compris la réticence à se défendre qui saisit bien des personnes qui se font voler et/ou agresser.

Certes, même si des magistrats renvoient devant les assises parce qu’ils considèrent qu’il y a disproportion, l’affaire, une fois devant le tribunal, peut trouver une certaine compréhension de la part des jurés.

Ce n’est cependant pas joué d’avance.

Néanmoins on peut avancer l’idée qu’il convient que les cas légaux de légitime défense soient fortement circonscrits pour ne pas priver le peuple français de juger de la mort d’un homme par un autre.

Cela me semble juste.

Ce que cela génère n’est toutefois pas anodin. Chacun a bien compris que se défendre vraiment face à une agression, avec la part d’impondérables et de manque de chance, peut représenter un coût terriblement élevé. Ce n’est donc pas seulement la peur, l’incompréhension et le un contre cinq qui retient bien des gens de se défendre devant une agression. Il y a également cette idée que se défendre vous met dans la merde. Et si ce n’est pas tout de suite parce que vous perdez le combat, ce sera de toute façon demain devant la justice.

Maintenant, que l’Etat veuille conserver le monopole de la violence légitime, il n’y a rien de bien étonnant de sa part.

Les français devront encore subir.

Mais que l’Etat n’accorde pas des dispositions particulières à ses forces de l’ordre dont le métier veut que, par définition, qu’elles se retrouvent régulièrement devant de tels problèmes, voilà qui peut paraître incompréhensible. On vous demande de ne pas vous défendre vous-même dans la mesure du possible et ceux qui remplissent pour vous cette fonction se retrouvent dans une mouise aussi dense que vous quand ils font leur boulot.

A ce rythme, les délinquants et criminels vont se sentir bien seuls.

Ce qui est déjà le cas quand on constate que l’ordre de ne pas tirer est devenu la règle, même au plus fort d’émeutes de banlieue où des policiers se font tirer dessus. Et qui l’est moins encore quand on sait qu’en l’état actuel du droit, ce qu’on donnerait aux policiers au titre de la légitime défense on devrait le donner à tout le monde au nom de l’égalité devant la loi.

Et ce dernier principe est, par contre, une excellente chose.

Pour en revenir à ce policier, qu’il ait été, ou non, en état de légitime défense lorsqu’il a tiré, il a de toute façon fait ce qu’il devait faire selon les informations dont on dispose aujourd’hui. Or, on ne devrait pas se retrouver au milieu d’un maelström judiciaire quand on fait son boulot correctement.

Après, il y a deux solutions pour résoudre le problème. Soit la « protection administrative » rappelée, et peut-être étendue, par François Hollande. Autrement dit, l’administration fait front devant l’inculpation d’un des siens. C’est à la fois élémentaire et, si on est un peu paranoïaque devant l’Etat, potentiellement un peu inquiétant. Soit on se dirige vers une redéfinition de la notion de légitime défense.

Mais il ne faut pas rêver.

Étiquetté :
Titre :

Lien :

Description :

Fermer