Archives pour la catégorie ‘Citations’


Leçon de marketing ultra-ciblé

Citations — Article écrit par le 16 octobre 2012 à 19 h 34 min

Chère Madame Lamblin,

Ayant appris que vous avez investi les produits de votre industrie dans sexecolo.com, je me permets de vous faire part de mon incompréhension.

En effet, moi-même travailleur du sexe, je constate que vous ne vendez pas de préservatifs de grande taille. C’est un oubli que je trouve dommageable à la qualité de ce site.

Je reste à votre disposition pour vous faire toucher le problème qui consiste à enfiler un préservatif trop étroit.

Bien à vous pour même pas l’équivalent d’un sachet d’herbe une heure en soirée en semaine. Devis nuit complète, week-end ou vacances sur demande.

PS : facture avec objet discret possible pour votre comptabilité.

— Comme vous savez pénétrer le marché, monsieur Gaston !

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Kss kss, allez Joseph, mords-le !

Citations — Article écrit par le 15 octobre 2012 à 11 h 56 min

Il y a des moments où l’incroyable servilité des journalistes français à l’égard du pouvoir — quel qu’il soit d’ailleurs — se mesure particulièrement.

Ainsi TF1-Bouygues, qui nous livre ce morceau d’anthologie, façon célébrons quand même celui qui peut nous faire vendre du béton :

François Hollande, en visite à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC) pour le 14e sommet de la Francophonie, s’est posé en ardent défenseur des droits de l’Homme et de la démocratie lors d’un entretien avec le président Joseph Kabila.

Le président François Hollande s’est fait l’avocat des droits de l’homme et de la démocratie lors d’un entretien « franc et direct » samedi avec le président de la République démocratique du Congo Joseph Kabila.

François Hollande, venu à Kinshasa pour participer au sommet de la Francophonie, a tout particulièrement insisté sur la nécessité que le procès des assassins du journaliste et militant des droits de l’homme congolais Floribert Chebeya se tienne et que ses agresseurs soient condamnés.

« S’il y a eu des progrès, encore trop timides, ces derniers jours, il y a un processus en RDC et je souhaite qu’il soit conduit jusqu’à son terme », a-t-il déclaré à la presse, à l’issue de son entretien avec le président congolais. Les ministres français Laurent Fabius (Affaires étrangères), Yamina Benguigui (Francophonie) et Pascal Canfin (Développement) assistaient à cet entretien d’une trentaine de minutes.

« Ardent défenseur… » Ca pour arder il arde. C’est même à peu près la seule chose qu’il arrive à faire : des discours assez ridicules écrits par un sous-Guaino à petit gilet, où il allie dans l’ardeur de son propos une élocution hésitante, une gestuelle de Playmobil incertain et une force de conviction attendrissante, façon j’ai cinq ans et je plaide ma cause devant mes jouets assemblés.

Au total, on retient de TF1-Bouygues — mais ce serait à peine différent avec le Figaro-Pravda ou n’importe quel autre — que notre brave gouvernement est allé avec ardeur faire la leçon aux nègres et leur apporter les progrès de la civilisation et de la démocratie, à ces peuples inférieurs comme disait Jules Ferry, auquel Hollande a rendu un hommage appuyé le jour de son investiture.

La France phare des nations. — Jouez la Marseillaise s.v.p. et dites-nous où sont les rafraîchissements, il fait une foutue chaleur moite dans votre pays. Non, vous êtes gentils, mais on ne fera pas de virée chez les putes locales cette fois, Dominique n’a pas pu venir.

Si on lit le beaucoup plus sec BQ, dans son édition d’aujourd’hui, on retire de toute cette cacofrancophonie une impression moins policée et moins à l’avantage des envoyés-missionnaires de la République éclairée et de leur si ardent président :

Sommet de la Francophonie : M. François HOLLANDE s’attire les foudres du président de la RDC Joseph KABILA en dénonçant une situation démocratique « inacceptable »

La Francophonie a demandé hier « des sanctions ciblées » contre les auteurs de violences dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), à la clôture de son sommet à Kinshasa, marquée par la vive réplique du pouvoir congolais aux critiques extérieures sur l’état de sa démocratie.

Le président de la RDC Joseph KABILA a saisi l’occasion de la conférence de presse finale du sommet pour avoir le dernier mot dans les échanges qu’il avait eus la veille avec le président français François HOLLANDE, reparti samedi soir. « La RDC, notre pays, est fier de la démocratie exercée dans ce pays. La RDC n’est pas du tout complexée par le niveau de démocratie, de liberté, de la situation des droits de l’homme », a-t-il insisté. « Nous pratiquons la démocratie dans ce pays par conviction. Conviction, et non pas par contrainte », a-t-il dit. M. François HOLLANDE avait estimé samedi que la situation en RDC était « tout à fait inacceptable sur le plan des droits, de la démocratie, et de la reconnaissance de l’opposition ». Il avait aussi tenu à rencontrer, à Kinshasa, le principal opposant, M. Étienne TSHISEKEDI, qui conteste toujours la victoire de M. KABILA aux élections de 2011, marquée par de nombreuses fraudes.

Aux côtés de M. KABILA lors de la conférence de presse finale, la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina BENGUIGUI, a dû répondre, embarrassée, à une question ironique sur « le jeu du chat et de la souris » joués par la France et la RDC sur la question des droits de l’homme. « Il n’y a pas de jeu », a-t-elle répondu. Présentant la RDC comme un « immense pays avec une jeune démocratie », elle a ajouté: « si l’on peut apporter un peu plus sur la situation des droits de l’homme, ce pays, déjà très grand, sera beaucoup plus fort ». Le président KABILA a quitté la salle sans saluer Mme BENGUIGUI.

Avouez que tout cela fait remonter Joseph Kabila dans votre estime…

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Le vrai risque du mariage gay

Citations — Article écrit par le 4 octobre 2012 à 19 h 07 min

Nom: COEUR DE LOPE
E_Mail: pur.voisine@yahoo.fr
N° de Département: 44
Date de Naissance jj/mm/aa: 65 ans
Actif : rien
Passif : tout

J’Y PENSE ! SI LA LOI SUR LE MARIAGE GAY DEVIENT EFFECTIVE EN FRANCE, DE NOMBREUX ETRANGERS (NOTAMMENT MAGHREBINS, J’ADORE) POURRONT OBTENIR LA NATIONALITE FRANCAISE PAR ALLIANCE EN EPOUSANT UNE SORTE DE FATMA DE REMPLACEMENT, COMME MOI QUI ADORE LES ARABES, BERBERES, ETC. LA SUITE SERA QUE JE L’HEBERGERAI, LE NOURRIRAI, LE BLANCHIRAI M’OCCUPANT DE SON LINGE, SANS QU’IL AIT UN SOU A DEPENSER, A LA SEULE CONDITION QU’IL VEUILLE BIEN ME DEFONCER PAR TOUS LES TROUS AU MOINS 2 FOIS PAR JOUR (MATIN ET SOIR). D’AUTRE PART, L’HOMME RESTE POUR MOI SUPERIEUR A LA FEMME, CELUI QUI BAISE L’AUTRE EST NATURELLEMENT LE PATRON, ALORS L’HOMME QUI ME BAISERA POURRA ENTRETENIR DES RELATIONS AVEC D’AUTRES (HOMMES OU FEMME) A CONDITION QUE CE SOIT HORS DE L’ENDOIT OU JE VIS ET DANS LA MESURE OU IL CONTINUERA A VENIR M’ENCULER DEUX FOIS PAR JOUR. MACHOS DE TOUTES LES RACES, SOYEZ LES BIENVENUS, VOUS ÊTES LES MEILLEURS !

0240951448,0787571831 JEAN-JACQUES, POUR VOUS SERVIR.

Wednesday, October 3rd 2012 – 04:18:10 PM

(attention, sol glissant).

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L’Occident et les guerres médiques

Citations, Histoire — Article écrit par le 30 septembre 2012 à 13 h 57 min

David avait marché contre Goliath et l’avait vaincu, contre toute attente. En fin de compte, cette masse écrasante qu’était la machine de guerre perse – rien d’aussi redoutable n’était paru au Proche-Orient, depuis la fin de l’empire assyrien – n’était pas invincible : la leçon portait ses fruits. Dix ans après Marathon, lorsque la Grèce fit face à une invasion dont l’échelle faisait de l’expédition de Darius une simple razzia côtière, le souvenir encore intact de la victoire fit combattre Athènes, Sparte et leurs alliés. Si l’on s’en était tenu à un calcul rationnel, c’était une pure folie. Ceux qui se considéraient comme des réalistes à long terme – dont les prêtres du temple oraculaire de Delphes et les chefs de presque toutes les cités-Etats de Grèce septentrionale et des îles de l’Egée – jugèrent, comme les politiciens français de Vichy en 1940, que toute résistance était inutile et que la «collaboration» était la seule réponse possible à la menace perse. Logiquement, ils avaient raison. Mais les grandes victoires de l’esprit humain contre les malheurs ne se remportent pas par le simple jeu de la logique, comme Thémistocle et Churchill l’ont bien vu. La seule raison ne suffit pas.

Vers le milieu du VIe siècle, juste avant que le conquérant perse Cyrus n’envahît l’Ionie, le poète Phocylide de Milet écrivait : « Une polis sur un promontoire, si elle est bien gardée, vaut mieux, si petite qu’elle soit, que Ninive frappée de folie. » Bien que l’lonie succomba et Milet – seule parmi les cités ioniennes – conclut un traité avec l’envahisseur, Phocylide avait absolument raison sur le long terme. Ceci est une vérité centrale que l’on ne devrait jamais oublier, lorsqu’on étudie les guerres médiques . Ces dernières années, grâce au travail spectaculaire des archéologues et des savants orientalistes, notre connaissance de la Perse achéménide s’est considérablement accrue. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’évaluer Darius, Xerxès et leur civilisation avec une meilleure compréhension et moins d’à-priori qu’un « enquêteur » comme Hérodote ne pouvait le faire, quelle que fût par ailleurs son ouverture d’esprit. Notre vision n’est plus la calomnie xénophobe produite par les témoignages biaisés des Grecs : nous devrions plutôt nous défendre aujourd’hui des excès d’enthousiasme sans discernement.

Ceux dont l’esprit penche naturellement vers l’autorité tendent à être fascinés par l’empire achéménide, précisément pour les raisons qui ont poussé les Grecs à lui tenir tête : une administration centrale monolithique (à défaut d’être toujours efficace), l’absolutisme théocratique, l’absence d’opposition politique (sauf à l’occasion des intrigues de palais, souvent sanglantes) et une administration provinciale confiée à des satrapes débonnaires (aussi longtemps, du moins, que leurs administrés ne faisaient pas d’embarras et payaient régulièrement leurs impôts). Arnold Toynbee est allé jusqu’à suggérer que tout aurait été bien mieux pour les Grecs s’ils avaient perdu les guerres médiques : l’unité et la paix imposées auraient pu les empêcher de gaspiller leurs énergies en guerres intérieures absurdes (et en causes locales désespérées), jusqu’à leur absorption par la bienveillante pax romana d’Auguste. Ce que ces théories refusent de comprendre, c’est que l’ensemble des concepts de liberté politique et intellectuelle, et de l’Etat constitutionnel (si inefficace et corrompu qu’il puisse être par ailleurs), a dépendu d’une chose : du fait que les Grecs, quels qu’aient été leurs motifs, ont décidé de s’opposer au système de l’absolutisme palatial propre à l’Orient, et qu’ils l’ont fait avec un succès remarquable. L’Europe moderne ne doit rien aux Achéménides. Nous pouvons bien admirer son architecture imposante (mais écrasante) et contempler avec une sorte de respect craintif la grande Apadana de Persépolis, avec ses merveilleux bas-reliefs. Reste que la civilisation qui pouvait produire de telles choses nous est presque aussi étrangère que celle des Aztèques, et pour des raisons assez semblables. La Perse achéménide ne nous a laissé ni grande littérature ni grande philosophie : son unique contribution à l’humanité a été, de façon assez caractéristique, le zoroastrisme. A l’instar de Carthage, elle perpétuait une culture fondamentalement statique, axée sur le statu quo théocratique et opposée (sinon carrément hostile) à toute forme de créativité originale.

Peter Green, Les guerres médiques ; Editions Tallandier ; p. 34 à 36


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Super Mario Draghi

Citations — Article écrit par le 15 septembre 2012 à 21 h 33 min

Extrait des règles du Monopoly, jeu amusant où l’on joue avec de l’argent fictif sous forme de billets fantaisistes de toutes les couleurs :

Some players think the Bank is bankrupt if it runs out of money. The Bank never goes bankrupt. To continue playing, use slips of paper to keep track of each player’s banking transactions, until the bank has enough paper money to operate again. The Banker may also issue « new » money on slips of ordinary paper.

La Banque ne fait jamais faillite : elle peut mettre en circulation autant d’argent que nécessaire sous forme de reconnaissances de dettes écrites sur du papier ordinaire.

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Neutralité de point de vue™

Citations — Article écrit par le 7 août 2012 à 11 h 29 min

La décennie finit pour Marker dans une atmosphère politique très pessimiste qui ne sera que confirmée par la suite : dans les années 1980, avec Reagan et Thatcher, le capital retrouve la main dure qu’il lui fallait pour remettre de l’ordre, liquider l’opposition ouvrière dans les pays occidentaux et les révoltes dans le Tiers Monde, et finalement, avec ce que les historiens ont appelé la deuxième Guerre Froide, éliminer le socialisme soviétique. (Ici.)

et

Tous les articles de Wikipédia doivent respecter la « neutralité de point de vue », ce qui consiste à présenter de manière impartiale les différents points de vue pertinents, en leur accordant une place proportionnelle à leur importance. (Là.)

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Gros Jean Didier comme devant

Citations — Article écrit par le 31 juillet 2012 à 20 h 14 min

Au cours de cette conversation, M. Grosdidier déclare que « le seul truc, c’est de faire couler [Jean-Louis Masson] avec une mineure dans un pays, y a que ça », selon l’enregistrement diffusé par le site d’information Marianne 2.fr.

Là.

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Cheftaine

Citations — Article écrit par le 28 juin 2012 à 12 h 10 min

Elle est comme ça, Cheftaine, totalement réfractaire à l’esprit de cour. Dans l’entourage du Monarque, elle est bien la seule qui ne s’y plie pas. Travailleuse et intransigeante, elle cache sa générosité sous une brutalité bourrue. Les cheveux coupés courts, une allure de garçon manqué, un sourire fugace qu’elle ne donne qu’à ses rares amis : elle est comme elle est, à prendre ou à laisser. Le Monarque a pris, les autres doivent faire avec. Ce qui ne va pas sans heurts. La guerre est ouverte entre Préfet Tigellin et Cheftaine. Elle est bien l’une des seules à qui il ne fait pas peur, elle voit clair dans son jeu, le trouve creux et veule. Il enrage de ne pas la tenir sous son influence, les fréquents coups de gueule de la jeune femme sont autant d’affronts à son autorité. Mais le Monarque lui passe tout. Il admire sa puissance intellectuelle et redoute, sans l’avouer, son caractère de cochon.

« Il peut gueuler contre les technos, poursuit-elle de son ton bougon. En réalité, ils ont pris le pouvoir et il ne s’en rend même pas compte. Le Monarque continue de faire son numéro sur le primat du politique sans s’apercevoir que ce sont les fonctionnaires qui dirigent. À force de tout concentrer au Château, de transformer son gouvernement en comité exécutif, avec un casting de Star Ac et des guignols en guise de ministres, il est arrivé au résultat inverse de celui qu’il affiche : c’est l’administration qui gouverne. Le Château est devenu le palais des grincements de dents, d’où l’on ne gère plus que l’impuissance… L’absence d’autorité politique des ministres a redonné le pouvoir aux fonctionnaires. Quel gâchis ! On a perdu tellement de temps au démarrage. On aurait dû virer tous les directeurs d’administration centrale. Depuis la nuit des temps, ils s’opposent au changement pour protéger leur pré carré. Ils observent, narquois, les gouvernements défiler : gauche, droite, gauche, droite. Et aux quelques ministres qui tentent de leur donner des instructions, ils répondent par l’immobilisme, l’air de dire « Cause toujours, dans quelques mois tu ne seras plus là, nous, on a l’éternité devant nous ! » Et le pire, c’est qu’ils ont raison ! Je voulais qu’on les vire, mais le Monarque ne m’a pas suivie. Il ne vire jamais personne. Il engueule, il rabaisse, il humilie, mais il ne vire pas. C’est le premier combat que j’ai perdu, et je le regrette tous les jours ! Tigellin a tout fait pour les protéger. Il est des leurs, c’est son réseau d’affidés, sa base arrière, la garantie de sa puissance.

— Dis donc, tu es encore plus sombre que moi !

— La rupture, c’est moi qui l’ai conceptualisée. C’était magnifique ! On y a tous cru ! Et tu vois le résultat ? Il le dit lui-même… Tous les jours, c’est un peu plus la rupture avec la rupture. Tout ce qu’on a dénoncé est encensé ! Notre système social archaïque est redevenu un modèle à préserver à tout prix, les déficits publics filent à toute allure, on fait la chasse aux étrangers indésirables, on déroule le tapis rouge aux dictateurs et ceux qu’on a combattus trustent tous les postes importants ! Un jour, il faudra bien essayer autre chose. La liberté et la responsabilité individuelle, par exemple ! Tu ne crois pas ? Aujourd’hui, on fait tout le contraire. Le Vieux Pays n’a jamais été aussi centralisé. L’administration, comme une pieuvre, étend ses tentacules à tous les échelons, étouffant toute initiative locale ou privée. Nous sommes les promoteurs d’un État totalitaire !

— Tu pousses un peu, non ?

— Mais non ! Du berceau au tombeau, la vie de chaque individu doit être prise en charge. Il nous faut avoir réponse à tout. Dès qu’un nouveau besoin apparaît, qu’un nouveau problème se pose dans notre société, on se tourne vers nous d’un ton inquisiteur : mais que fait l’État ? Et nous, on est assez cons pour répondre : dormez tranquilles, bons citoyens, l’État veille sur vous ! Sauf que, en fait de bonne fée, on a confié nos vies à un ogre obèse et impotent qui, sous prétexte de philanthropie, confisque notre destin !

— Tu n’as pas tort… Nous vivons une drôle d’époque, où les préfets se piquent de diplomatie et les plumes conçoivent de grands desseins. Mais, dis-moi, toi qui es dans le premier cercle, tu ne dois pas être la seule à penser ça. Personne ne dit rien à la réunion du matin ?

— On est quelques-uns, en effet, à partager cet avis. Mais personne ne peut vraiment parler. Le Monarque est sous l’influence croisée de Conseiller aux Cultes et de Préfet Tigellin, c’est difficile de trouver un interstice pour se faufiler. Au fond, l’État omniscient et omnipotent, ça lui plaît. Ça le conforte dans son sentiment de toute puissance ! Et puis, de toute façon, maintenant c’est trop tard. Le Monarque gère la crise, que peut-il faire d’autre ? Et à cet exercice, il n’y a pas meilleur que lui. La guerre, qu’elle soit économique ou militaire, c’est son truc. Ça le met en situation, son autorité et son esprit de décision font merveille. Regarde ce qu’il a réussi aujourd’hui. Plutôt épatant, il faut bien le reconnaître ! Ce Rocky-là, je l’aime. Il me fait oublier le reste.

— Cheftaine, qu’est-ce que vous marmonnez dans votre coin ? l’interpelle le Monarque.

— Rien d’intéressant, Monsieur le Monarque. On parlait cinéma. (…) »

Marie-Célie Guillaume, Le Monarque, son fils, son fief.

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Hello Maggie

Citations — Article écrit par le 2 juin 2012 à 22 h 54 min

Maggie, en 1995, vous expliquait lumineusement ce qui ne tournerait pas rond dans l’Europe de 2012 :

On ne manquera pas de rappeler que, à l’été 1990, lorsque j’avais discuté avec John Major de la tactique à employer pour résister aux pressions en faveur de l’Union économique et monétaire, j’étais prête à ce que les onze autres États négocient un traité séparé pour l’UEM. Par cet accord, l’Allemagne et la France finiraient par financer toutes les subventions régionales réclamées par les pays les plus pauvres pénalisés par un taux de change plus défavorable. Il me semblait qu’il serait également possible, lors de ces négociations, d’exploiter l’inquiétude de l’Allemagne face à l’affaiblissement de sa politique anti-inflationniste, qu’entraînerait tout mouvement vers la monnaie unique aux dépens du Deutschmark. Par-dessus tout, nous devions être prêts à user de notre droit de veto (et à le faire savoir) si nous voulions que, confrontés aux dures réalités, nos partenaires de la Communauté y réfléchissent à deux fois. Bien sûr, il est impossible de savoir comment la situation aurait évolué si l’on s’en était tenu à cette stratégie. En dépit des incantations hystériques prétendant le contraire, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter d’un éventuel « isolement ». Nous aurions pu continuer à bénéficier du Marché unique grâce aux traités existants, sans toutefois être libérés de la PAC et des intrusions de la Cour de Justice. La seule malédiction se trouvait dans les imaginations trop fertiles de députés conservateurs pris de panique.

Malgré les applaudissements recueillis au début, l’approche de John Major laissait le problème fondamental sans réponse. Avec lui, nous renoncions à défendre notre propre conception de la Communauté pour nous engager dans un cadre européen qui ne nous convenait pas, en nous reposant sur des exemptions particulières qui, en dernier ressort, dépendaient de la bonne volonté et de l’honnêteté de gens et d’institutions aux buts radicalement opposés aux nôtres. Ce changement de perspective aggravait notre position car, en acceptant des points de principes importants, comme par exemple les objectifs généraux fixés par les articles A et B, l’Angleterre aurait beaucoup plus de mal à faire valoir ses propres conceptions dans l’avenir.

En fait, la Grande-Bretagne réussit à négocier deux dérogations. La première dispensait la Grande-Bretagne de la réglementation communautaire sur les conditions de travail et les droits syndicaux prévue au chapitre Politique sociale, la seconde nous permettait d’échapper à la troisième et dernière phase de l’Union monétaire. Le gouvernement avait parfaitement raison de résister aux clauses sociales qui auraient augmenté le coût du travail, limité la flexibilité et la compétitivité, portant ainsi un grave coup à l’emploi. Mais cette exemption ne touche que les nouveaux accords, et non les directives sociales du traité de Rome, amendé par l’Acte unique européen. Ces traités permettent toujours de faire entrer par la petite porte les coûts sociaux élevés pratiqués en Allemagne et en France. Nous en voyions un exemple parfait dans la directive de juin 1993, limitant la durée maximale du travail à qua- rante-huit heures par semaine. Elle fut présentée comme une mesure de « santé et sécurité » de l’article 118a, pour lequel un vote à la majorité qualifiée suffisait. Le gouvernement a fait appel devant la Cour de Justice, mais les directives sur les congés maternité ou l’emploi à temps partiel continuent d’affluer. Toutes ces mesures auraient pour effet principal — et sans doute pour seul objectif — de réduire la flexibilité et la compétitivité de l’industrie britannique, afin de nous aligner sur les autres pays d’Europe.

De plus, il est sûr et certain que les Français en particulier feront tout pour éviter que les entreprises, attirées par nos faibles coûts sociaux, opèrent des délocalisations vers le Royaume-Uni. La réaction à l’affaire Hoover en est une parfaite illustration. Au grand dam de la France, Hoover-Europe avait décidé de quitter l’usine de Dijon pour transférer sa production d’aspirateurs à Cambuslang, près de Glasgow, où, comme l’expliqua le président directeur général, les coûts salariaux seraient inférieurs de 37 %. Cette différence s’expliquait en grande partie par les lourdes charges sociales imposées en France. Et quand la Grande-Bretagne exprime son souci de maintenir les coûts salariaux et les rigidités de la réglementation à un niveau inférieur à celui de ses voisins, les Français parlent de « dumping social ». En de telles circonstances, on n’a pas fini de nous forcer la main pour que nous acceptions des réglementations qui ne feraient que détériorer notre économie.

De même, la dérogation concernant l’Union monétaire n’est que poudre aux yeux. Effectivement, elle ne touche que la dernière phase, sans nous dispenser des deux premières. On peut discuter des limites que les deux premières étapes imposent à notre liberté économique, mais il est sûr que ce n’est absolument pas négligeable. Les États membres sont censés considérer leur « politique économique comme une question d’intérêt commun ». Des recommandations sont émises par la Commission et le Conseil européen, et l’on incite les États membres à s’y soumettre par le biais d’une « surveillance multilatérale ». La Commission a donc le pouvoir de contrôler les déficits du secteur public des États membres et de prendre des mesures contre l’État concerné si elle juge le déficit « excessif ». Pendant la deuxième phase de l’Union monétaire, les États membres devront se préparer à l’indépendance de leur Banque centrale (comme le Royaume-Uni l’a déjà fait) et adopter des « programmes pluriannuels destinés à assurer la convergence nécessaire à la réalisation de l’Union économique et monétaire ».

Enfin, les membres sont incités à traiter leur « politique de change comme un problème d’intérêt commun ». On peut craindre que d’autres États membres et les institutions européennes n’interprètent cela comme une obligation imposée à la Grande-Bretagne de rejoindre le mécanisme de change du SME et de soumettre à nouveau sa politique monétaire au maintien d’une parité extérieure. Bien que l’explosion du SME de 1992 rende la perspective de l’Union monétaire plus incertaine qu’au moment de la signature du traité, l’élargissement à 15 % de la marge de fluctuation du SME pourrait être interprété comme étant la marge normale satisfaisant aux prétendus « critères de convergence ». Cela permettrait à un noyau d’États membres d’entrer dans la phase 3 avec un retard limité par rapport au programme initial. Et le problème fondamental de la dérogation britannique reste inchangé. Une fois qu’un noyau aura atteint la phase 3 et adopté l’Écu, la Grande-Bretagne subira des pressions (qui finiront par devenir obligations) pour qu’elle maintienne la parité de la livre avec l’Écu, en accord avec ses obligations de la phase 2, et pour qu’elle se conforme ainsi aux taux d’intérêt de la monnaie européenne. Et si certains États membres adoptent une Union monétaire totale, les Britanniques n’auront aucun siège au Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne qui fixera les taux d’inté- rêt que nous serons censés respecter. La tentation sera donc forte d’aller jusqu’au bout et de rejoindre l’Union monétaire. Le traité de Maastricht est très clair sur ce point, la phase 3 sera « irréversible », ce qui signifie que, sous la loi communautaire du moins, nous n’aurons pas le droit de faire marche arrière et d’émettre à nouveau des livres. Ce serait une perte de souveraineté fondamentale qui marquerait une étape décisive dans notre soumission à un super-État européen.

Ceux qui affirment que cela ne se produira jamais, parce que l’explosion du mécanisme du SME a prouvé l’absurdité des taux de change fixes dans un monde turbulent, négligent deux considérations d’importance. Tout d’abord, le mouvement historique qui tend vers une accélération des démarches fédéralistes en Europe prouve que les européanistes ne se laisseront pas dissuader par les circonstances. En fait, chaque échec les pousse à aller plus loin et plus vite vers cette conclusion irrévocable. Ensuite, il serait possible d’éviter une grande part de l’instabilité due à la spéculation sur les monnaies qui a mené à la rupture du SME en allant directement vers des taux fixes et une monnaie unique. Bien sûr, pour les pays les plus défavorisés, les conséquences seraient encore plus dramatiques que celles résultant des monnaies surévaluées du SME. Il s’ensuivrait de grandes variations régionales dans l’activité économique, un déclin industriel et une montée du chômage à la périphérie qui, à terme, mèneraient à une vague d’immigration.

Mais il faut être naïf pour s’imaginer que de telles conséquences seraient considérées comme une raison suffisante pour renoncer à l’aventure. Effectivement, une issue aussi heureuse reposerait sur le sens des responsabilités des États. Mais les institutions politiques nationales perdent peu à peu leur pouvoir au profit d’institutions européennes centralisées, sur lesquelles il n’existe aucun contrôle démocratique véritable. De toute façon, s’il faut compter sur des circonstances défavorables, échappant à tout contrôle, pour défendre les intérêts nationaux à long terme à notre place, cela revient à une véritable abdication du pouvoir politique.

Mes réticences face à Maastricht se justifiaient au moins autant par les risques que le traité faisait courir sur le plan international que sur le plan national. Si, lors de mon discours de Bruges en 1988, j’avais surtout parlé de la force des traditions et des institutions britanniques, je m’inquiétais également des conséquences du traité sur les autres pays d’Europe et sur le monde. Finalement, c’est aux Allemands, aux Français, aux Italiens et aux autres de décider quelles relations politiques et éco- nomiques ils veulent entretenir. Mais celui qui ne tire pas la sonnette d’alarme en voyant de grands pays courir au désastre est un irresponsable, doublé d’un mauvais européen. Il serait absurde que l’Allemagne renonce au Deutschmark ; absurde que la France joue indéfiniment les faire-valoir pour son voisin d’outre-Rhin plus puissant ; absurde que l’Italie abandonne des réformes politiques nécessaires en cherchant des solutions dans l’Europe ; absurde que l’Espagne, le Portugal, la Grèce et l’Irlande renoncent à exploiter leurs faibles coûts salariaux en échange de quelques subventions allemandes ; absurde que les Scandinaves exportent leurs charges sociales élevées dans les autres pays d’Europe, au lieu de les réduire. Quant aux anciens pays communistes d’Europe centrale et d’Europe de l’Est, comment peut-on espérer qu’ils se redressent avec le régime exorbitant que les politiques sociale et monétaire de la Communauté leur imposeront ? Il est difficile de les imaginer autrement que comme les parents pauvres d’une Union européenne à la Delors. Pour les membres de l’Union, donc, une telle politique condamne au déclin économique. Pour les voisins de celle-ci, c’est une menace d’instabilité. Pour le reste du monde, c’est un élan vers le protectionnisme. Ce traité de Maastricht, qui fait peser de telles menaces, n’eut même pas l’effet escompté : ressouder le parti conservateur. Effectivement, au Parlement comme dans tout le pays, il a provoqué une rupture au sein du parti tory et a miné la cohésion du gouvernement. La stratégie — dont Maastricht faisait partie —, consistant à prouver à nos partenaires que la Grande-Bretagne voulait être « au cœur de l’Europe », a directement conduit à une récession inutile, provoquée par le maintien obstiné d’une parité insoutenable de la livre au sein du SME. Notre départ humiliant du Système causa d’autres torts au parti tory. Et tous les problèmes fondamentaux se poseront à nouveau à l’approche de la conférence intergouvernementale de 1996.

Pour moi, tout cela était déjà assez clair en novembre 1991 et, avant même de connaître tous les détails du traité, je savais que je devrais m’y opposer bec et ongles. Pour les raisons que j’ai soulignées, c’était beaucoup plus gênant si je restais à la Chambre. De plus, il semblait que les élections législatives, quand elles auraient lieu, seraient loin de nous apporter la vaste majorité de 1987. Il me serait donc plus difficile de m’exprimer et de voter comme je l’entendais. En tout état de cause, bien qu’ayant repris ma place sur le banc des députés que j’avais occupé vingt-cinq ans plus tôt — et que j’avais énormément apprécié à l’époque —, je me sentais mal à l’aise. Être député vous procure l’avantage de parler librement, mais pour moi, cela ne serait jamais plus possible. Le moindre de mes mots serait interprété comme un soutien ou une opposition à John Major. Ma seule présence lui porterait ombrage, et cela me porterait ombrage à mon tour. Je décidai donc de démissionner de mon poste de député de Finchley et acceptai d’être nommée pair à vie et de siéger à la Chambre des lords.

Margaret Thatcher, Les Chemins du pouvoir, Mémoires, II, Albin-Michel, p. 450-454.

(Je dédie spécialement ce texte à tous les crétins libéraux en chambre que compte le camp des délirants ou fatalistes européistes. Smack.)

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Le Pen contre le Front national

Citations, Politique — Article écrit par le 20 mai 2012 à 18 h 36 min

Titillant ma curiosité, suite à un commentaire de Sweeney Todd, je me suis laissé tenter par par la lecture de Le Pen contre le Front national. Publié en 2005, le livre suivit l’éviction de Jacques Bompard du Front National, qu’il avait co-fondé en 1972. Livre témoignage sur la trentaine d’année de compagnonnage qu’il a passé au sein du FN, justification en direction des camarades, mais aussi analyse politique, cet ouvrage constitue une histoire intéressante du parti. Je n’ai pas l’habitude des lectures militantes, mais je dois dire que les anecdotes contées sont tellement amusantes, en même temps que désolantes, que j’ai lu d’un trait ces 90 pages ; sautant de-ci delà les passages relatifs à la défense personnelle de Bompard.

Le cas Bompard est profondément original au Front National, puisque ce fut l’un des seuls à remporter un mandat électif au suffrage majoritaire ; et mieux encore l’un des quelques rares à être régulièrement réélus. Outre Orange où il fut élu 3 fois maire, sa femme prit la ville de Bollène en 2008. Loin de gagner une reconnaissance dans le parti, cet enracinement lui a plutôt été reproché. Il y a un passage savoureux où les cadres du FN gloussent du contenu de son journal municipal. Les articles sur la voirie, le système d’épuration des eaux, les écoles, l’éclairage public, etc… s’éloignent trop de la haute politique pour ne pas être méprisés. On lui reproche de se comporter en élu local. Vu que le parti se veut diriger la France sans avoir ni une mairie ni un député, forcément ça choque.

Toute la politique du parti étant dirigée par la figure de Le Pen, on en arrive donc rapidement à un réquisitoire contre le Líder Máximo. Le FN c’est la PME Le Pen, dont il est le chef incontesté, au point d’inscrire un peu partout que le « FN est le parti de Jean-Marie Le Pen ». Toute remarque ou critique contre la stratégie du parti devient de fait un crime de lèse majesté, qui conduit naturellement aux charrettes de félons qui sont régulièrement purgées. Toute autorité incontestée s’accompagne naturellement d’un culte de la personnalité, dont la stigmate la plus visible est la stratégie uniquement basée sur les présidentielles. Le FN est le Zébulon qu’on voit surgir du paysage politique tous les 5 ans. Les rapports au sein du parti sont régis par les rapports personnels que ses membres entretiennent avec le chef, sans autre jugement, et bien que cela conduise régulièrement à des désastres. Loin de se renforcer, le FN s’est en fait beaucoup affaibli sur le terrain depuis le début des années 90, suite à la destruction de son réseau militant. Les chiffres cités sont accablants, et sont confirmés par les témoignages que j’ai recueillis à l’occasion.

Pour les lecteurs qui ne connaissent pas bien le FN vu de l’intérieur, ce livre est éclairant sur les mécanismes qui régissent le parti, sur ses dynamiques, ainsi que sur les stratégies adoptées par celui-ci, qui se veulent en fait la mise à disposition du parti au service du chef. La continuelle chasse aux sorcières contre « les félons » rend bien compte de la paranoïa qui règne au sein du parti. Le jeu de cour semble encore beaucoup plus accentué que dans les autres partis, sans même évoquer son fonctionnement qui ferait passer celui du PS pour démocratique. La volonté d’éliminer toute personne réussissant, par peur des rivalités, des velléités d’indépendance, et de la remise en cause du chef, conduit à cette absence de fiefs électoraux. Après Lutte Ouvrière le FN doit être le parti le plus centralisé et le plus jacobin de France.

Même si Bompard a des qualités qui pourraient donner envie de l’avoir pour maire, cela ne fait pas de lui une alternative très souhaitable au plan national. A la lecture de ce livre on sent bien les limites du personnage. Comme l’entend vlad tepes : « on sent au final les mêmes relents dans son discours que ceux de JMLP et de l’extrême-droite de manière générale. Cette opposition ridicule quand on gratte un peu au « mondialisme », aux « puissances de l’argent », etc… qui démontre bien que la tournure prise par la scène politique française, l’opposition nationale, et le pays de manière général, ne se limite pas aux problèmes d’égos des Le Pen mais trouve sa source dans des racines beaucoup plus profondes. »

Je ne résiste pas à l’envie de reproduire cette anecdote hallucinante, qui montre que le FN entend juste faire semblant, et que la plupart de ses cadres aimeraient se revêtir des symboles et parures barbares pour mimer le jeu du pouvoir.

ALORS que dans ces années qui précèdent la scission mégrétiste certains s’occupent de leur commune et d’y faire progresser nos idées grâce à une gestion crédible, les instances dirigeantes du Front national s’amusent à faire semblant. Les enfants jouent à la dînette ou à papa-maman. Au Front national, on jouera à « si j’étais président et si tu étais ministre ». Ce sera la mise en place du pré gouvernement du Front national,
appelé également sans rire : shadow-cabinet. Sans doute car, dit en anglais par des patriotes français, l’affaire gagne en sérieux. La presse du système a voulu, à l’époque, y voir la constitution d’un contre-pouvoir à la prise en main du Front national par Bruno Mégret. Peut-être… Mais qu’importe ! Huit ans plus tard, l’important est ailleurs, c’est-à-dire dans le fait que le mouvement a consacré des sommes considérables pour un jeu de rôles où tout était faux, presque tout inutile, et dont il ne reste rien. Un jeu de rôles où j’ai tenu ma place de figurant et que, curieusement, les militants et adhérents du Front national connaissent très peu. Il est vrai qu’annoncé en fanfare dans Français d’Abord et National Hebdo, le pré gouvernement du Front national a glissé par la suite en bas de page intérieure avant de disparaître à peu près complètement. La faute à la crise mégrétiste ? Pas vraiment ou pas seulement. Le jouet avait cessé d’être neuf…

Pourtant, en soi, l’idée de mise en place de commissions travaillant sur les grands dossiers du gouvernement, à la fois capables de rédiger des notes argumentaires et des propositions alternatives n’était pas sotte et même nécessaire. Mais le contre gouvernement Front national n’était pas cela. Il s’agissait moins de travailler sérieusement et régulièrement que de jouer. La preuve en est d’ailleurs que chaque « ministre » s’était vu recommander de nommer un « chef de cabinet », comprendre quelqu’un qui travaillerait à sa place… Cela commençait bien !

Pour la première manifestation publique du pré gouvernement de Jean-Marie Le Pen, on choisit bien évidemment un lieu digne des fastes de la République. Tant qu’à jouer, autant que ce soit confortablement, n’est-ce pas… Le « gouvernement » Front national se réunit donc toute une matinée dans une salle de l’hôtel Crillon, place de la Concorde. J’ignore combien nous coûta la salle, mais n’importe qui peut vérifier qu’une chambre, dans ce prestigieux établissement estampillé Relais et Châteaux, vaut environ 700 euros (4 500 francs) par nuit, qu’une suite peut monter à 6.800 euros (45.000 francs) et que le petit-déjeuner n’étant pas compris, il dépasse les 30 euros (200 francs). Bref, un hôtel très représentatif de la droite sociale et populaire que le Front national incarne dans ses documents de présentation.
La salle où prirent place messieurs les pré-ministres était donc magnifique, grande table de bois, nappe épaisse, lambris au mur, dorures au plafond. Une vraie pièce de gouvernement, un vrai décor pour y jouer une pièce. Pour que l’illusion soit parfaite, un permanent du Front national, incarnant le rôle d’un huissier élyséen, annonça d’une voix grave et compassée l’arrivée de Jean-Marie Le Pen : « Monsieur le Président ! ».
Puis l’on passa à l’ordre du jour. L’étude des affaires de la France prit deux bonnes heures, passées lesquelles on en vint aux choses sérieuses, un cocktail et une conférence de presse. La comédie du Crillon se renouvela à plusieurs reprises. Pour varier les plaisirs, le gouvernement Front national partit tout un week-end en Alsace, pour un séminaire de réflexion, dans un hôtel de luxe à 1.000 francs la chambre. Ce fut, à ma connaissance la dernière séance de travail collectif de messieurs les ministres. Invité à m’y rendre au titre de Secrétaire d’Etat, je dois avouer que je n’en sortis pas épuisé, mais pas davantage rassuré sur cette étrange conception du combat politique.

A ma connaissance, le bilan de ce contre gouvernement est mince : un livre que personne n’a lu et qui parfois donne également l’impression de ne pas avoir été écrit, une demi-douzaine de « Lettre du contre gouvernement » à la distribution groupusculaire, la répartition de luxueux cartables en cuir noir marqués « pré-gouvernement Front national» entre messieurs les « ministres ». Et puis c’est tout !

J’ai entendu dire début 2005 que les plus hautes instances du Front national envisageaient une « réactivation du pré gouvernement » en vue de la Présidentielle 2007. Je trouve dommage de s’arrêter en aussi bon chemin. Pourquoi pas un Pré-Parlement pour jouer au député ? Sans oublier des Pré-Préfectures pour les secrétaires départementaux, des Pré-ambassades pour nos militants vivant à l’étranger qui pourraient s’y rendre pour se faire apposer des visas Front national sur les passeports délivrés par la République de Saint-Cloud. Tant qu’à vivre dans le virtuel, autant que ce soit drôle !

Le Pen contre le Front national, chapitre 3, page 15

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