Archives pour la catégorie ‘Actu’


Les livres et la lecture

Actu — Article écrit par le 20 septembre 2012 à 11 h 09 min

Si vous avez besoin d’un livre pour ne pas vous ennuyer dans le TGV, alors vous n’êtes pas fait pour la lecture.

Un mauvais lecteur a besoin  de mauvais livres, bourrés d’histoires et de personnages… Le mauvais lecteur s’ennuie, sans ses livres

 

Elles étaient assises l’une face à l’autre, et la jeune a fait tomber un truc…Bien avant l’autre femme la dévorait du regard, elle aurait largement pu être sa mère, elle devait la trouver jolie et sophistiquée, elle l’aurait voulu, être sa mère…Elle s’est empressée de lui ramasser et la jeune a pas pipé mot, pas un regard, pas une attention, ça été un drame, une déchirure, j’ai tout senti, j’ai vu la femme marmonner une insulte, détourner sa tête, elle aurait voulu bondir hors du train…Elle a dû faire le voyage avec son désaveu.

Un homme bien sapé. La trentaine s’est amenée à lui bien sournoise, par surprise, bien des saloperies ont eu le temps de lui retourner son visage d’ange, il la porte désormais sa gueule, il fait plus attention à elle. Une longue tige blonde s’assoit face à lui. Ils se regardent. Elle lui sourit. Il devient tout gêné, tout gamin, charmant…Il se réfugie dans son portable, tout comme il se réfugiait en pédalant plus vite, il y a longtemps, dans les ruelles de sa ville quand il sonnait chez la fille de ses rêves, et bien il y revient, 30 ans après c’est le même homme, la même gêne infantile et le même silence dont il ne sort pas, écrasé par son ventre durant tout le voyage.

Au fond du wagon des zouaves font un boucan effroyable. Tout le monde se tait, fixe le sol. A 6 ils tiennent en respect des dizaines de bonhommes dont une claque les renverrait dans les jupes de maman. C’est cocasse, tragique. Je parle fort, exprès, je veux qu’ils sachent qu’ils comptent pas. Une fille se lève et se fait interpeller, doudoune rose, qu’ils lui crient, elle les regarde avec défi, se dégonfle, fait comme si de rien…elle me fixe, je lâche pas, je veux lui faire savoir que ce sont pas des dangereux, qu’elle s’inquiète pas, je connais les genres, les degrés de saloperie, eux ce sont des mignons, je la regarde, calmement…je sais pas si elle a compris. Peut-être que je fus un de plus qui la matait, en plus civilisé…rien d’autre.

Elle est sortie, elle a repris sa marche et dans deux-trois ans personne se souviendra de rien, sauf moi.


Barbarin, tu sais que c’est un putain de rouge, mec

Actu, Politique — Article écrit par le 19 septembre 2012 à 15 h 55 min

C’en est trop, un courageux évêque a dressé ses petits poings contre la marche du siècle, pour s’opposer au terrifiant mariage gay. Il n’aura pas manquer pour faire ressentir toute la gravité de la situation d’associer dans la même phrase l’homosexualité à la « polygamie », « l’inceste », la « zoophilie » et « l’alienophilie ». Tout plein de pratiques horribles, décrites avec un luxe de détails dans les versions non expurgées de la Bible, qui auront conduites la cité de Sodome à la destruction, comme chacun le sait.

Le mariage gay conduirait à une grave « rupture de civilisation »… Tout cela parce que quelques milliers d’homosexuels vont s’épousailler sur du Lady Gaga suite à un effet d’aubaine. Au bout de quelques temps sans doute que beaucoup moins d’entre-eux franchiront le pas. Premièrement parce que le mariage c’est chiant. Et deuxièmement parce que les homosexuels n’auront plus l’impression de s’affranchir d’un interdit. Ce qui reste la principale motivation de leur démarche avec la quête d’égalité telle que décrite par Tocqueville.

Barbarin veut nous faire croire que quelques unions maritales marginales constitue une rupture de civilisation, mais que la présence de millions d’immigrés sur notre sol n’en constitue pas. Deux personnes de sexe identique devant un maire c’est la porte ouverte à la barbarie. Mais l’immigration de masse de populations aux mœurs très éloignées des nôtres c’est juste de l’accueil chrétien de l’Autre. Merveilleux. L’Eglise a d’étranges priorités…

Si on suit en fil rouge la ligne temporel/spirituel, le mariage ne devrait pas être plus du ressort de l’Eglise que ne l’est l’immigration. Le mariage est entré tardivement dans le périmètre de l’Eglise. Longtemps elle a eu une répulsion à s’occuper des affaires maritales. Les prêtres se contentaient alors de bénir l’union, comme des prêtres bénissaient des maisons, des troupeaux, des navires, ou que sais-je. Le sacrement du mariage avec sa cérémonie est apparu dans la seconde partie du Moyen-Age. Et encore c’est le seul sacrement où les époux sont les ministres du culte, tandis que le prêtre agit comme une sorte de grand témoin. C’est pourquoi le mariage religieux n’existe pas. Il s’agit d’une union, avec échanges d’engagements et de serments, comme on le fait dans les contrats, en prenant à témoin Dieu. Un mariage même à l’église est une affaire juridique, contractuelle, comme la vente d’une vache. C’est pourquoi les témoins sont nécessaires, ils permettent d’apporter la preuve que l’accord a bien eu lieu.
Le mariage est la reconnaissance par une communauté de l’union de personnes. C’est une affaire laïque, profane. Au mieux les prêtres peuvent dire que leur dieu ne veut pas de l’union de deux personnes du même sexe, et qu’elle ne peut donc pas être bénie par lui, ni donc logiquement avoir lieu dans une église. Mais rien de plus.
L’Eglise, si on suit ce fil rouge, aurait plus de raisons d’être hostile à l’immigration, parce que cela finit par des églises en flamme. Si cela n’est pas le cas c’est qu’elle est infiltrée par des communistes et des crypto-musulmans, comme ce Barbarin.

Au-delà de cela, la délégitimation du mariage étatique est une excellente chose. Chacun peut remettre en cause le rôle de l’Etat en tant qu’autorité morale.

Plus largement le mariage est devenu la manière qu’ont les femmes de profiter financièrement des hommes par l’attribution d’une rente à vie. La conception ancienne du mariage est très nuisible aux hommes dans une société qui n’a plus rien à voir avec celle de nos grand-parents, parce que les obligations masculines se sont accrues, tandis que les obligations féminines ont quasi disparues. La délégitimation du mariage va dans le sens d’unions non officielles dont les hommes sortent gagnants. Il leur reste juste à comprendre que vivre en concubinage n’est pas non plus une bonne idée, parce que les obligations du mariage sont petit à petit en train de se reporter sur les concubins.

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Ça coule marron entre leurs cuisses

Actu — Article écrit par le 18 septembre 2012 à 23 h 18 min

Il y a encore quelques temps il fallait aimer l’islam parce que c’était une religion de paix et d’amour ; un cœur de lait entouré de miel et recouvert d’une fine et croustillante couche de chocolat ; un petit délice dont nous devions être très friands. L’islam avait construit nos cathédrales et nos beaux HLM, inventé la pensée, les mathématiques, la littérature, l’art et l’érotisme, ainsi que les avions à réaction et les fusées. Tout ce qui était bon, doux et savoureux était islamique.

Peu de gens y croyaient mais on pouvait faire semblant. Aujourd’hui que les révolutions arabes donnent leurs fruits, que la geste démocratique s’achève dans un charnier, il devient même difficile de faire semblant. Alors les thuriféraires de l’islam ont changés de casquette. Plus de beauté, de raffinement et d’exotisme racoleur, mais des menaces de mort. Nous devons réciter la Chahada parce que sinon ils vont tous nous tuer.

C’est en substance ce que nous dit ce gouvernement suite aux nouvelles caricatures de Charlie Hebdo, sous forme de menaces à peine voilées :

Les dessins ne sont pas du goût du gouvernement. Avant même leur publication, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a exprimé sa « désapprobation face à tout excès » dans « le contexte actuel ». Jean-Marc Ayrault « en appelle à l’esprit de responsabilité de chacun » et souligne que si la liberté d’expression « constitue l’un des principes fondamentaux de notre République », elle s’exerce « dans le cadre de la loi et sous le contrôle des tribunaux, dès lors qu’ils sont saisis ».

Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères, s’est de son côté dit « contre toute provocation », « surtout dans une période aussi sensible que celle-là ». En visite au Caire, il a ajouté : « il y a des lois en France, qui ne sont pas les mêmes que les lois ailleurs, qui permettent un certain nombre de choses et qui excluent un certain nombre de choses ».

Nécessairement les musulmans sont inquiets que la liberté puisse avoir encore un peu d’espace d’expression :

Quant au recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, il a lancé un « appel au calme » mardi soir et appelé « à ne pas verser de l’huile sur le feu ». Il affirme aussi avoir appris « avec beaucoup d’étonnement, de tristesse et d’inquiétude une publication qui risque d’exacerber l’indignation générale du monde musulman ». Et le Conseil français du culte musulman (CFCM) s’est dit « consterné » par la publication de « dessins insultants » pour Mahomet.

J’aime lire ces commentaires, qui sous les auspices du « respect », de la « responsabilité », de « l’intelligence » du « oui mais… », du « ne jetons pas d’huile sur le feu », sentent la merde. Le mal de ventre qui prend aux tripes et qui s’écoule dans le slip.


« Ne me prenez pas pour un imbécile »

Actu — Article écrit par le 18 septembre 2012 à 16 h 59 min

Réac Moisi : Je suis né et j’ai grandi dans un espace multiculturel, le Liban. Une de mes premières langue était l’arabe, j’ai grandi dans la langue arabe et j’ai encore un immense plaisir à la parler [...] Je n’ai aucun mépris pour la langue arabe.

Sénilité chevrotante : Mais vous n’aimez que les arabes chrétiens il me semble…

Harpie gardienne de camp rouge : Vous étiez dans les phalanges, voilà, oui…

Réac Moisi : Je n’ai jamais dit que je n’aimais que les arabes chrétiens. J’aime les mystiques de l’Islam, notamment les mystiques chiites, j’aime Louis Massignon, j’aime al-Hallaj… Ne me prenez pas pour un imbécile, vous ne l’êtes pas, moi non plus.

(Ici)

J’ai de l’affection pour Réac Moisi, et je l’écris avec d’autant plus de délice et de facilité qu’Ilys est réputé pour son amour des réacs moisis. Je l’indique et j’insiste, car en dépit des vilénies que je vais dérouler ci-après, « Réac Moisi n’est pas le thème de ce billet », comme dirait certainement l’un des piliers de cette maison. Concernant Réac Moisi en personne, il est évident qu’un homme qui parvient seul à coaliser contre sa personne la vindicte extatique des principaux chefs de file du pléthorique troupeau des dix-huitièmes couteaux de l’édition hexagonale ne peut être tout à fait mauvais.

Je dois immédiatement confesser n’avoir jamais lu une ligne de Réac Moisi. On me le pardonnera, je l’espère ; j’essaye d’avancer dans la Divine Comédie et j’ai encore quelques Jünger en attente. De toute façon, parmi la bande innombrable de ses agresseurs – qui opèrent comme des racailles, en meute -, combien ont pris la peine de le lire en profondeur ? Pas des masses, je gage. Dans ce genre d’affaire, se répandre en invectives sur le compte d’un individu dont on méconnait totalement les écrits est une sorte de tradition. En France, on peut même se payer le luxe d’exiger sa tête. Et on peut l’obtenir…

D’ailleurs, si j’avais été, comme Réac Moisi, un ancien du Liban, si j’avais été au feu, il y a près de 40ans, si j’avais tué, si j’avais eu à fermer avec mes doigts les paupières à demi-figées de mes frères abattus, je crois que j’aurais eu du mal à m’empêcher, juste un coup comme ça à l’occasion, aujourd’hui en 2012, de fixer dans les yeux l’un ou l’autre de ces tocards médiatiques, et de lui dire « Vous savez, cher monsieur le journaliste, à l’époque, avec mon Galil, je mettais la totalité du magasin dans le 10 à 80 mètres… Il doit bien m’en rester quelque chose, vous devriez vous méfier… ». Mais ça doit être parce que je suis un gamin romantique trop bien nourri ; la preuve, quand je pense à Réac Moisi, je me figure un jeune type famélique qui fait de l’air-guitar avec son fusil d’assaut sur une plage à quelques kilomètres de Beyrouth, comme dans Valse avec Bachir d’Ari Folman. Je suis irrécupérable. On ne doit pas plaisanter avec ces choses-là.

Mais je m’égare. Je voulais parler du répugnant petit dialogue qui figure en tête de ce billet. Du dialogue et uniquement du dialogue. Car tout ce qui m’intéresse est là, contenu dans ces quelques lignes. C’est encore plus pur que le lynchage public à cinq cent contre un dans la presse. « Mais vous n’aimez que les arabes chrétiens il me semble… », insinue ô combien subtilement la sénilité zarzélettreuse. « Vous étiez dans les phalanges, voilà, oui… » ajoute avec perfidie la harpie citoyenne d’importation moyen-orientale.

Et que répond, pour toute défense, notre Réac Moisi ? « J’aime les mystiques de l’Islam, j’aime Louis Massignon et al-Hallaj, ne me prenez pas pour un imbécile ».

C’est splendide. On en apprend bien plus sur ce petit milieu et sur l’époque en travaillant au corps ce genre de réplique invraisemblable qu’en lisant toutes les tribunes antifascistes du Monde et de Libération réunies. Soyons clairs : ce n’est pas une question d’érudition ou de références académiques. Personnellement, j’ai l’essentiel de Lewis et presque tout Brague sur mes étagères. Et tant mieux pour Moisi et les connaisseurs de Massignon. Non, ce qui est formidable, c’est que c’est à « ça », spontanément, que se résume ce que ces gens appellent l’intelligence ; et c’est au degré d’empathie mielleuse et/ou de soumission éperdue aux produits de la culture musulmane, et plus largement de la culture africaine, qu’elle se mesure. Passons sur la dichotomie « j’aime/j’aime pas » ; c’est de la télévision, soyons tolérants. Moisi prouve néanmoins avec cette réplique qu’il a parfaitement adhéré aux codes de ceux qui ont obtenu sa tête, quel que soit par ailleurs son génie propre et sa culture. Revisionnez l’extrait ; Moisi dit en somme qu’il peut se permettre d’incendier le multiculturalisme et l’immigration de peuplement parce qu’il a lu les poèmes d’al-Hallaj. Et les deux malfaisants, face à lui, en restent cois l’espace de quelques instants, précisément parce que c’est ce langage-ci qu’ils comprennent, parce que c’est cela qu’ils veulent entendre. Autrement dit, il est impossible d’échanger avec ces gens-là si l’on ne fait pas montre d’une admiration baveuse pour les monothéismes du désert. Ce qui nous donne une bonne idée de la réalité des rapports de force en présence : le bon Européen, le bon Blanc, même du sérail, même sur-socialisé et super-cultivé, est celui qui se soumet, y compris et surtout intellectuellement.

On se prend dès lors à rêver d’un genre de réponse un peu moins consensuel, du type : « J’ai grandi dans la langue allemande et j’ai encore un immense plaisir à la parler. J’aime les antiques contes islandais, j’aime la musique et la symbolique celtique, je vibre à la lecture des Eddas, je suis incollable sur la mystique rhénane et les chevaliers teutoniques, Nietzsche, Spengler et la révolution conservatrice n’ont aucun secret pour moi, alors ne me prenez pas pour un imbécile. L’immigration de peuplement est une tragédie et sonne le glas du monde européen, punkt schluss. En sus, j’ai un .38 spécial chargé dans la poche, alors modérez vos propos. »

C’eût été du plus bel effet.

Mais je tiens à vous narrer une anecdote personnelle. Elle est authentique, et ne vaut que par là ; je n’ai aucun talent pour la fiction et suis incapable de raconter de bonnes histoires.

J’ai moi aussi été tenté, brièvement, par le retour à la-terre-qui-ne-ment-pas et autres attachantes moisissures du même acabit ; j’interrogeais un jour mon père dans l’espoir qu’il me comprît et m’encourageât dans cette voie. Nous roulions vers la Bretagne, je crois :

« Dites, Père – je vouvoie mon père et je vous emmerde – quand vous avez vendu votre restaurant, que vous avez tout quitté pour aller vous installer dans le sud et devenir viticulteur, c’est parce que vous étiez attiré par le retour à la terre, que vous vouliez retrouver la vraie valeur de la vie, renouer avec les choses essentielles, etc ? » J’ai dû broder pendant deux ou trois minutes comme ça ; vous saisissez l’idée.

Je crois me souvenir que ma mère a ri en m’entendant. Mon père, s’extirpant lentement de sa rêverie autoroutière, m’expliqua en substance qu’il n’avait jamais été paysan, qu’il n’en avait jamais rêvé, et que même s’il était resté viticulteur toute sa vie, il ne serait jamais devenu l’un des leurs. Il ajouta qu’il avait quitté son ancien boulot d’entrepreneur fortuné de centre-ville et refusé toutes les offres d’emploi de cadre dans de grandes enseignes parce qu’il voulait être indépendant et libre d’une part, et parce qu’il voulait pouvoir exercer un pouvoir créatif d’autre part. Il m’expliqua qu’il avait certes été ravi d’élever ses enfants loin des nuages d’hydrocarbures, mais qu’il ne fallait pas que j’idéalise, naïf et oublieux comme je l’étais, la boue, les pluies diluviennes, les vaches qui pètent et la mentalité déplorable des gens du terroir.

Comme je faisais mine de ne pas comprendre, il a poursuivi en me rappelant que lorsqu’il avait fait déguster son premier millésime dans un rassemblement de viticulteurs du coin, pour la plupart dans le métier de père en fils depuis maintes générations, il avait été immédiatement considéré avec surprise et bientôt avec une suspicion mêlée d’envie et on lui avait dit « Tu ne feras jamais mieux » ou encore « C’est un coup de chance », parce que son premier essai était déjà trois fois meilleur que le meilleur jamais produit par cette assemblée de connards au cours des trente années précédentes. Il m’a aussi rappelé qu’ils le surnommaient « l’étranger, le parisien », en dépit du fait qu’il est aussi parisien que Breivik est congolais, mais aussi, c’est plus comique « le pizzaïolo », parce que l’auteur d’un article de presse relatant son histoire avait considéré que le public local étant trop arriéré pour avoir entendu parler d’une crêperie, le qualifier d’ancien pizzaïolo serait plus compréhensible. C’était quelques années avant l’an 2000, et cela pourrait prêter à rire si dans le même temps les mêmes, ou d’autres, ne racontaient pas à qui voulait l’entendre que ma mère était une traînée qui couchait avec tout le voisinage. Cela étant dit, comme toutes les femmes n’ont pas la chance d’élever de grands et beaux blonds aux yeux bleus pourvus de QI de 150, je peux admettre la jalousie des bouseux…

Mais surtout, poursuivit mon père, si quelques années plus tard son portrait figurait sans voisinage dans un dossier de la RVF consacré aux « jeunes viticulteurs qui montent », seul et unique choisi parmi profusion de potentiels candidats pour symboliser l’avenir de la production bordelaise, si Robert Parker lui avait décerné un 90/100, enterrant au passage plusieurs Saint-Émilion prestigieux et cela en dépit d’un terroir nettement moins favorable, si de riches Japonais, Américains ou Australiens l’appelaient de l’autre bout de la planète et poussaient même le vice jusqu’à se présenter en personne pour visiter la propriété, ce n’était pas parce qu’il avait cultivé son retour aux sources ou cherché à renouer avec les vraies valeurs d’antan : c’est parce qu’il avait fait tout le contraire. C’est parce qu’au lieu de s’inspirer des paysans littéralement englués dans leurs habitudes, qui étaient dans le métier par contrainte, par tradition ou par paresse, il avait beaucoup réfléchi, il s’était formé en conséquence, il s’était penché sur les nouvelles technologies, il avait trié le bon grain de l’ivraie, il avait sélectionné ce qui lui semblait bon et balancé le reste, et il en avait fait de même avec l’ancienne tradition, la dépoussiérant de fond en comble et n’en gardant que le meilleur. Et il avait bossé comme un damné, sans se plaindre, épaulé par sa femme autant que faire se pouvait, comme un horloger suisse soucieux, le corps et l’esprit refaçonnés par le labeur.

Il avait revendu sa Ferrari pour s’acheter son Massey Ferguson. On roulait dans une 2CV Acadiane merveilleuse, dont mon frère et moi avions bien entendu honte lorsque venait l’heure d’être conduits à l’école. Je le signale parce que les paysans locaux, du moins ceux qui réussissaient le moins mal, roulaient tous en Mercedes ou en BMW. C’était leur honneur et leur gloire, et leurs pairs les admiraient et les respectaient pour cela. Il fallait les voir, les vieux propriétaires terriens ratatinés aux visages démolis, le béret vissé sur le crâne et la gauloise au bec au sortir de leurs teutonnes rutilantes. Le comble du chic ayant été atteint par les trois plus gros héritiers du coin : chacun s’était offert une Subaru Impreza GT Turbo, l’un l’avait prise rouge, l’autre bleue, l’autre encore noire. Ils se tiraient collectivement la bourre à fond de train sur la nationale. Vroum, vroum. Les paysans sont gens de goût.

C’est ainsi que je n’échouai pas dans l’écueil de la moisissure hexagonalo-nostalgique.*

Quel rapport avec notre petit dialogue et ses protagonistes, me direz-vous ?

Eh bien, nos « élites » – j’hésite à employer ce mot depuis qu’on m’a balancé au visage une citation de Cioran pas piquée des hannetons -, même les plus outrancièrement stupides, qu’elles soient progressistes ou réactionnaires, vont à l’Afrique comme les paysans vont à la Subaru ; par paresse, par conformisme, en raison d’une absence totale de sens esthétique. Les réactionnaires – pas nécessairement Réac Moisi injustement brocardé ici par votre serviteur – se contrefoutent de l’antique génie européen ou n’y entendent rien ; ils sont incapables de s’y intéresser vraiment, de le pénétrer, de se mouvoir à l’intérieur comme des nageurs synchronisés. C’est une question de sensibilité. De peau sur la table. Il faut payer pour voir, comme au poker. Les progressistes ne sont pas moins dégénérés, mais ils ne sont pas aussi malhonnêtes : la harpie télévisuelle sus-citée éprouve à l’évidence une haine absolue pour tout ce que je représente en tant qu’individu forgé dans le creuset d’une civilisation en ruines, mais elle fait au moins l’effort de ne pas s’en cacher. Je l’en remercie sincèrement.

La bonne nouvelle c’est que Valse avec Bachir est disponible gratuitement et en intégralité sur youtube. C’est terrible, tragique, sordide, sauvage et très beau, la bande sonore est magnifique, certaines scènes sont carrément obsédantes, au moins autant que celles décrites par Malaparte dans ses livres. La mauvaise c’est que quand vous regardez les gamins armés sortir nus de l’eau en pleine nuit sous une pluie de fusées éclairantes comme dans un trip hallucinatoire, il est impossible, avec la gueule de la harpie rouge et celles de ses milliers de clones contemporains en surimpression, de ne pas comprendre intimement qu’on y retourne tout droit, d’une façon ou d’une autre, et quelles que soient les formes futures que cela prendra.

* : Tout ce que je raconte ici au sujet de ma famille est bien évidemment intégralement inventé. Mon père est docteur en droit, il est sorti major de l’ENM, est franc-maçon depuis 25ans et tutoie les ¾ des magistrats de la place de Paris. Je le signale à l’intention des éventuels gestapistes à babouches qui pourraient encore traîner dans le coin.

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Actu — Article écrit par le 18 septembre 2012 à 12 h 00 min

La seule subversion est l’invention, c’est à dire la chose la moins partagée, la plus jalousée et haïe par les pharisiens et les scribes(*)

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De l’Intrinsèque supériorité de l’écrivain numérique sur l’écrivain papier: La moitié de ce que l’auteur doit dire reste enfouie dans son crâne, mais un lecteur immédiat peut la sauver de l’oubli. Il devait y avoir deux La Bruyère, derrière La Bruyère, au moins.

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Avant, la populace faisait des enfants pour avoir des bras, à la campagne. Après l’Exode rural et la gratuité de l’enseignement, ils ont fait des enfants chats, qui vont tout seuls à l’école gratuite à partir de six ans, avec leurs clefs autour du cou… Des enfants chats à qui l’on ouvre la porte, que l’on doit confier au docteur si nécessaire et dont on remplit la gamelle, rien de plus.

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L’insolente richesse de l’ouvrier en retraite, lui qui possède contre toute logique une piscine dans sa villa, il la doit à l’éducation gratuite, laquelle lui a permis d’avoir des enfants chats. Sa piscine et ses voyages au bout du monde, la secrétaire en retraite, elle les paye avec l’argent des livres qu’elle n’a pas acheté pour elle et dont elle n’ a pas parlé à ses enfants, des voyages qu’elle n’a pas fait à Venise en leur compagnie, des trajets en voiture qu’elle aurait dû faire pour les conduire dans leur école privée, ou bien au catéchisme.

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Mai 68 a mis fin au laxisme de l’éducation à l’ancienne: les vieux profs en blouses grises étaient paresseux au point de tenir leurs classes comme des chenils, en tapant sur les doigts des enfants pour les instruire, comme si c’étaient des chats auxquels il fallait apprendre à ne pas pisser sur les coussins.

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La génération CNR déteste la génération 68 parce qu’elle lui fait honte. Avec des revenus supérieurs, le bobo issu de 68 ne finit pas plus riche que la secrétaire qu’il avait sous ses ordres, souvent, parce ce qu’il a mené une vie bourgeoise et coûteuse qu’il a par la bande offerte à ses enfants.

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Un écrivain papier qui ne produit pas sur internet, c’est une sorte de top-modèle très moche qui serait parait-il très belle en photo.

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Nietzsche et Cioran se seraient jetés sur la toile. François Coppée et Duhamel auraient eu trop peur d’y être démasqués, alors ils auraient chougné sur la mort du Livre, du libraire de quartier, en fustigeant la culture de l’immédiat.

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Si vous avez besoin d’un livre pour ne pas vous ennuyer dans le TGV, alors vous n’êtes pas fait pour la lecture.

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J’ai lu tout Kafka en deux semaines, et je le lirais jusqu’à la fin de mes jours sans avoir besoin d’ouvrir ses livres.

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Pour écrire une grande page, il faut deux heures et toute une vie. Elle occupera le lecteur dix minutes et le reste de ses années.

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Depuis Homère, les grandes œuvres forment une interminable conversation. Chercher une réponse et le dernier mot dans une œuvre, c’est vouloir renverser la table et faire taire ce très beau monde.

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Je trouve que Balzac ou Zola n’ont pas beaucoup écrit. Comme disait Robbe-Grillet, ils pondaient, et vu sous cet angle, ils n’ont pas beaucoup pondu.

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Si un jeune homme me demandait quel auteur contemporain il doit lire absolument, je lui répondrais sans hésiter: Alain Soral

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C’est par paresse ou incapacité à bâtir une œuvre, qu’un écrivain laisse quarante volumes à sa mort.

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Même La Recherche… tient dans un seul volume. Un écrivain doit passer son temps à déchirer des pages, pas à noircir du papier.

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Marc Lévy et Houellebecq sont détestés pour la même raison: ce sont des hommes seuls face à leurs lecteurs et devant leurs écrans, des écrivains, pas les gensdelettres.

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Décrire d’un ton neutre, s’en tenir au simple constat, puis faire un pas de côté pour dénaturaliser la réalité, arriver au dévoilement: Houellebecq est un grand styliste.

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Marcel Proust a dit une chose à ses lecteurs: les temps qui vont suivre seront, par excellence, ceux de la spiritualité et de l’épopée… Vous serez privés de repères et de symboles, elles seront flêchées nulle part, alors vous devrez chercher, collaborer avec la spiritualité et l’Epopée, vivre et ressentir chacun de vos instants.

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Si vous trouvez notre époque vide de spiritualité et d’épopée, vous n’aimez pas la littérature, vous préférez Dumas à Marcel Proust… Ça vous emmerde qu’on raconte une odyssée vécue au fond d’un lit, que Dieu puisse se trouver en buvant une tasse de thé… Votre jugement est donc sans valeur, c’est celui d’un joueur de pétanque ou d’une chaisière.

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Nous allons devoir apprendre à sentir sans obus et sans camp de la mort; être 2 fois plus spirituel que nos prédécesseurs, ou échouer(*).

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Derrière les apparences, il n’y a rien. Dans les apparences, il y a tout. Insensible au point de ne pas de les sentir, on fouille derrière.

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L’homme de la rue réclame toujours de la franchise, ce goulag verbal(*)… Au tribunal, l’accusé a le DROIT de mentir. On a le droit de mentir aux questions déplacées, intrusives, illégitimes et mal intentionnées

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Sans vie intérieure, la populace s’ennuie, s’intéresse à vous, connaît tout de vous… Si vous polémiquez avec elle, c’est dans votre chambre à coucher.

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Un débat ne peut pas être contradictoire. S’il oppose deux amateurs de débats, il oppose deux types que rien ne sépare pour de vrai.

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Le sophiste ne gagne jamais « dans un débat », mais en imposant le débat.

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Le pire dans cette affaire de mariage homosexuel, c’est qu’elle va justifier des « débats », des flots de paroles déversés par les pour et les contre, qui se réjouissent ensemble du mal qu’ils vont faire.

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J’ai beaucoup de chose à dire sur Soral et rien à Soral. Si j’avais des choses à lui dire, je n’aurais rien à en dire.

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Le sophiste doit apprendre à parler, le philosophe doit apprendre à se taire. Saloperie par définition, donc, le « débat ».

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Vous êtes une saloperie et vous voulez vaincre l’honnête homme dans un débat? Soyez vous-même, imposez-lui donc un combat de seau de merde, il partira en courant.

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Si vous partagez une conviction, vous en êtes copropriétaire, et celui qui tente de vous convaincre qu’elle est fausse, il essaye de vous dépouiller… Si cette conviction est courante et peu contestée, vous détenez une espèce de titre de propriété officieux, et l’on conteste vos droits, en vous incitant à vous remettre en cause…

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Dans un débat démocratique opposant l’aristocrate à la populace-le tribun-l’avocat-le sophiste, l’enjeu véritable est le temps et l’énergie de l’aristocrate.

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Si Houellebecq débattait de Schopenhauer contre Bernard Tapie, il perdrait. Contre le même, Bashung aussi perdrait, s’ils parlaient de l’histoire du Rock’n roll.

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La prochaine fois qu’un type vous parle de  » L’âme russe », demandez lui ce que ça veut dire au juste, pour rigoler.

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Richard Millet croit qu’être en porte à faux avec le clergé de son temps le dispense de penser(*)

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Les époques sont dominées par ceux qui la refusent, ceux qui ont les moyens de la comprendre et l’embrasser étant confinés à la marginalité.

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Quand un art, une technique ou une vision du monde deviennent obsolètes, ceux qui s’y accrochent atteignent l’apogée de leurs puissances.

………

La populace déteste le Juif parce qu’elle le trouve ratiocineur. Elle a raison, le juif est ratiocineur.

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N’étant pas juif, je m’imagine croiser quelque antisémite, je vois qu’il ne m’aime pas, et pour les raisons qui font de lui un antisémite

(*) Emprunté à Kitschophobe


Terrasse de café

Actu — Article écrit par le 16 septembre 2012 à 16 h 22 min

Je suis arrivé en avance.

J’ai choisi une table et j’ai fait tourner une chope à moitié pleine, pour m’amuser à faire de la mousse… La pluie fine me ramenait à d’autres septembres, un autre jour, une rentrée scolaire enfouie dans le temps, des peurs et des petites envies d’en finir… C’est effrayant, le retour de l’automne, d’abord, puis les frissons charrient d’anciens rêves de conquêtes, des jolis manteaux, des espoirs caressés à tort qu’on a bien fait de caresser, pour qu’ils reviennent en souvenir.

Mon camarade est arrivé, il m’a serré la main, puis un vieux chien s’est approché de moi, pour mendier… Il était marron avec des taches blanches, des pans entiers de sa peau étaient arrachés, j’ai voulu caresser sa tête, il a reculé pour aboyer de loin, en montrant les crocs, il sautait, il avait peur… Les gens se sont retournés vers moi, ils voulaient savoir qui c’est, un type qui met en colère des bêtes dont tout le monde se fout, qui doivent elles aussi se foutre de tout le monde… Une grosse dame avec un chapeau très large a même fait un clin d’œil à son amie de table, une jeune fille, pour signifier qu’il fallait mieux s’éloigner de moi.

Un très jeune homme est venu prendre la commande, il était maigre à faire peur, il craignait de mal faire, il avait un tablier noir qu’on trouve seulement sur les vieux serveurs… C’était émouvant, avec mon œil de peintre amateur j’ai vu qu’il avait volé deux ou trois scooters, dans un passé proche, mais qu’il s’était fait gauler tout de suite par la police… A tous les coups, les flics ont débarqué chez sa mère, il s’est prit quelques gifles, et le tribunal pour enfants l’a placé en apprentissage… Il est grand, il présente bien, il est beau comme l’était son pauvre père, a forcément dit la mère à la barre, et l’assistante sociale l’a placé ici… J’en sais des choses, moi.

Quand il est revenu avec nos bocks et nos cacahuètes, il a trébuché dans le sac à main d’une cagolle, une sous Lady Gaga assise à côté de nous qui avait des cheveux rouges, il m’a baptisé avec ma bière, il est parti en courant pour revenir avec du sel et un torchon, pour m’éponger la chemise… Ca tache pas la bière, je lui ai dit, et puis c’est pas grave du tout, mais il n’écoutait pas, il épongeait comme un dingue.

Sur la grande place, il y avait le Maréchal Buron juché sur son cheval, et quand j’étais petit, j’ai voulu grimper vers lui, m’asseoir derrière le héros de la guerre des quatre Vallées, le serrer par la taille, pendant que mon père était chez le coiffeur, dans une rue proche… J’ai trébuché, je suis tombé sur la tête, sur le guidon de mon petit vélo, et je me souviens de tas de gens autour de moi, d’une ambulance et d’une dame très gentille, une vendeuse de fruits de saison qui m’a épongé le front, ce jour-là, quand j’étais petit.

Mon camarade m’a dit des choses, pendant deux heures… L’époque est vide, il a raconté, nous sommes assis là, rien ne se passe, on nous a privé d’épopées, de grandeurs, nous n’avons personne à regarder, rien à chérir, rien à voir, rien à raconter…

Je m’emmerde, il a dit pour finir. Je ne suis pas fait pour vivre dans un monde désacralisé.


The Killer inside me

Actu — Article écrit par le 13 septembre 2012 à 17 h 44 min

Joël, je m’appelle.

J’ai 67 ans, je suis bénévole à la fédération française d’athlétisme, et c’est ma gueule, qu’on voit dans les spots qui incitent les vieux à faire de la gymnastique, à la télévision…

Je suis veuf, mais j’ai toujours mes deux filles, deux bombasses noueuses comme des lianes, des professeures d’EPS, du genre qui peuvent vous couper la quéquette en quatre, si vous les attendez au coin du bois pour les violer, quand elles courent, à Fontainebleau… Liliane et Josy, qu’elles s’appellent, les deux… En plus, j’aide au Secours Catholique, je livre des boites de conserve avec ma fourgonnette, et si vous dites du mal de moi en ville, vous allez vous faire défoncer la gueule, autant que vous soyez informés…

J’assassine des vieilles, l’après-midi.,, Je ne m’en fais pas une par jour, mais tous les jours je tourne, je repère, je prends des notes, je vole des cartes magnétiques, je retiens des visages, des noms, des chiffres j’endors la cliente en faisant croire que j’attends quelqu’un, devant sa porte, et ce travail de terrain me permet de tourner à deux femmes par mois…. Sur trois ans, ça nous fait un petit charnier, tout de même, faites le calcul, les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Je m’emmerde, dans la vie, si sous saviez, j’enfile de plus en plus souvent mon short qui moule mes burnes pour taper dans mon sac, avant de m’envoyer la tête contre le mur… J’ai même fini aux urgences, un jour, et j’ai sorti une histoire abracadabrantesque aux infirmières, un scénario de dingue, avec des asiatiques drogués surgis du XXème arrondissement de Paris qui m’auraient tapé pour que je donne le numéro de ma carde Gold… N’importe quoi.

Je m’emmerde car je suis vide, parce que j’ai rien dans le cœur, c’est le psychiatre Jean-Patrick Naouri, qui m’a expliqué ça… Il est sérieux, il passe à la TV, mais il a peur de moi: il sait tout depuis la première vieille, et selon les lois françaises, il est complice, il aurait dû me balancer…

Je suis un garçon creux, un sac d’air, il est formel, Naouri…. Un jour, il m’a tellement cassé le moral que j’ai demandé une contre-expertise, l’avis d’un prêtre, et il m’a envoyé chez le Père Jean-Baptiste Dubois, qui a confirmé le diagnostic de l’autre: si je fais du bénévolat depuis quarante ans, si je m’intéresse tant à l’Autre, c’est parce qu’il ne pousse rien dans mon jardin, qu’au mieux j’aimerais voler ses fruits, au pire saccager son for intérieur pour me consoler.

Je vais me dénoncer à la police lundi soir, en leur priant de venir me chercher à Cognac sur Rivière, l’endroit où je réside en ce moment, en compagnie de Delphine, une institutrice en retraite que je projetais d’assassiner….. Le matin, en taule, je ferais de la gym, et après le déjeuner, je travaillerais sur cette histoire de vide intérieur… J’essayerai de comprendre pourquoi je suis une merde, et dans la foulée, je tenterais de te l’expliquer à toi, lecteur… Je serais à nouveau un type qui explique comment il faut faire, qui s’occupe du cul du voisin plutôt que du sien, un peu comme lorsque je donnais des cours de gymnastique et que je disais levez, baissez…


La folie

Actu — Article écrit par le 13 septembre 2012 à 6 h 44 min


Marcel Proust

Actu — Article écrit par le 12 septembre 2012 à 9 h 30 min

Je suis un détraqué sexuel.

Mon père fût ministre, sous Nicolas Sarkozy, pendant six mois, en 2007… Secrétaire d’état à la santé, pour être exact,… C’est le cardiologue que vous connaissez, le meilleur du monde, il travaille à cœur ouvert sur des nègres et des chinois venus de partout, de Londres, de Pékin ou de San Francisco… il fait payer cher ses vidéoconférences, cent mille dollars au minimum, qui tombent dans la fouille à pépère sitôt qu’il ouvre un torse…. il fait régler en liquide, naturellement, 10 KD pour les facs de médecine privées, 20 pour les familles et les amantes qui veulent un souvenir…

Le cousin de papa fait la même chose, remarquez… Vous le connaissez aussi, c’est l’auteur-compositeur-interprète de Micheline, le tube de l’été 1972… Comme tonton ressemble à rien, qu’il est petit, cadavérique et qu’il a des grosses lèvres, les arméniens l’ont pris pour un frère de race et les juifs ont dit partout que les arméniens sont des mythomanes, que c’est un feuj, en vérité, tonton Jacques… Du coup, en Amérique, il fait toutes les bar-mitsvas et les mariages youpins, avec son band, et c’est une distinction sociale, là-bas, que de s’offrir tonton Jacques pour les grandes circonstances…

Moi, mon truc, dans la vie, c’est le Bordel… Je bande mou, mais je regarde et je me branle, derrière les vitres sans tain… j’en ai fait installer quatre, dans Paris, dans des vieilles maisons, aux frais de mon père, et je le menace d’un scandale politico-financier quand il lui prend l’envie de m’envoyer à l’usine et me couper les vivres… Au début de cette aventure, je regardais, seulement, mais j’ai vite trouvé ça rengaine, comme on disait dans le temps…Un après-midi, J’ai vu le ministre de l’agriculture Gilbert Boulard entrer dans la chambre et se jeter sur une sénégalaise de seize ans, mais elle l’a dissuadé, ils se sont allongés sur le lit King Size, ils ont parlé de littérature et de la traite des noires en buvant, tout nus, des cafés crèmes qu’ils faisaient monter de la réception, puis ils ont regardé La Piscine, avec Alain Delon… Nul, trois heures de ma vie foutues en l’air.. On aurait dit un Godard dans ses mauvais jours, au voleur, attrapez-les…

Très vite, à 22 ans, j’ai décidé d’écrire les scénarios, pour ne pas attendre deux heures en vain que Tutulle encule Tata, pour le dire comme Céline… Dans mon premier film, une noire de cent kilos frappait un jeune promu du CNRS, Julien, 1,62, elle l’étranglait entre ses fesses en lui faisant crier je suis ton esclave, mon bébé… Bof, bof… Le spectacle était d’autant plus décevant que la négresse était une gentille fille, en vraie, une vache, une petite qui avait peur de son ombre et faisait ça pour payer sa piaule, à la résidence universitaire… Marie-Nicole N’barka, qu’elle s’appelait, la grosse noire, ça me revient…. J’ai honte, parfois.

Ensuite, j’ai engagé une vieille de cinquante ans qui en faisait soixante-cinq, qui fouettait un nègre de dix-neuf ans à la recherche d’un visa, mais qui se faisait déchirer à la fin du film par le gosse et ses trois frères… C’était mieux, déjà, mais pas de quoi se fabriquer des souvenirs indépassables, non plus… J’ai ensuite essayé les animaux, les rats, je les ai fait se battre dans une cage après les avoir privé de sexe et de nourriture pendant une semaine, ce qui à l’échelle d’une vie de rongeur est une éternité… Toujours, le petit se défendait, gagnait parfois le premier set, mais le gros finissait par l’avoir, l’attaquer à la carotide, lui arracher la moitié de ses poils et lui lécher le visage, pour le consoler de ses malheurs…

J’écris une œuvre, à part ça. Cinq feuillets par jour. … Je vais passer à la postérité, vos enfants entendront parler de moi… Je travaille couché, je ne quitte pas mon lit, je me fais servir par Andrée, une fille belle à tomber par terre que je ne vois pas, car je suis passé à autre chose.

Elle avait trente ans de moins que moi, elle doit me consacrer des livres, aujourd’hui, pour assurer ses vieux jours, et raconter que j’étais un vieux dégueulasse, que je la prenais dans tous les sens…

N’écoutez pas ce qu’on vous raconte, les enfants.


Elle est morte

Actu — Article écrit par le 11 septembre 2012 à 10 h 56 min

Ma mère est morte, ce matin.

Je hais cette femme depuis ma naissance, ça fait trente ans que j’en dis du mal à confesse, le jeudi, derrière une grille … Avec le Père, on se demande tous les deux qui c’est au juste, cette fille, ce qu’elle est venue faire sur terre, pourquoi le Tout Puissant s’amuse à faire des choses pareilles, et le mystère est si profond que nous prolongeons souvent la conversation ailleurs, dans des bars, puis chez lui, dans sa chambre, à la cure…

Ce que nous avons compris, moi et le prêtre, c’est qu’on ne peut pas faire pire que de pécher contre l’Esprit Saint, qu’ici ça consiste à laisser parler sa femme, son père ou son fils, les approuver de la tête et leurs faire savoir dans l’année qu’on n’écoutait pas, qu’on se moquait, qu’on est donc taillé pour noyer les plus sensibles et les meilleurs de ses proches en hôpital psychiatrique …

Quand j’avais trois ans, j’étais un prodige et j’ai saisi alors que ma génitrice avait le profil des gens qui pèchent contre l’Esprit, j’ai fait un dessin sur le parquet de ma chambre avec son fer à repasser, elle m’a retournée la tête avec une gifle, j’ai encaissé, puis j’ai griffonné sur un papier se souvenir d’acheter un fusil pour fumer cette dame, vers mes 14, 24 ans… Seulement, voyez-vous, j’étais bordélique, déjà, j’ai oublié d’avaler ma note, elle est tombée dessus, elle m’a traînée vers son mari, mon père biologique, et ce bourrin m’a défoncé avec le creux de la main…

Socrate avait raison, il faudrait que les bourrines accouchent sous X, qu’elles se fassent troncher mais qu’elles n’élèvent personne, tout au plus qu’elles donnent le sein, à la campagne… Qu’est-ce que c’est au juste, que les liens du sang… Le frère et le frère ont le même ADN, cette proximité de la matière fait qu’ils écoutent les mêmes sons, qu’ils ont le même nez, qu’ils gueulent à la même seconde, ils sont l’un pour l’autre des amis fournis par la nature…. Seulement voilà, quand la nature se trompe, car elle se trompe, si le loup voit par hasard le jour au milieu des chiens, ils le marquent avec leurs dents, les frères, la mère et tous ceux de la meute…

Les enfants qui font deux mètres à dix-huit-ans se cognent la tête et se sentent parfois seuls comme des chiens, mais comme la nature est bien faite, leurs pères et leurs mères sont grands, aussi, presque toujours… Si le gosse fait 2,00 m et si dans la famille on culmine à 1,60m, alors il vit un drame intime épouvantable, le jeune homme, il est comme une fille née dans un corps d’homme, qui va devoir se faire couper les couilles pour finir en paix avec elle….Le jeune homme qui lit Tite-Live à 14 ans dans le texte, il est malheureux, ses parents ont du mal à trouver son regard, mais ce sont des normaliens, vingt-neuf fois sur trente, à moins d’une catastrophe comparable à la naissance d’un monstre pourvu d’un zob et d’une foufoune, ou dépourvu d’un zob et d’une foufoune.

Un jour, un samedi, dans la matinée, elle a hurlé deux heures contre son mari, pieds nus, en nuisette… Je ne sais pas si vous savez c’est quoi, une femme qui fait la sirène deux heures, mais je vous prie de croire que c’est long, que la souris se met à faire tourner sa roue comme une folle, dans sa cage, comme si des ondes lui annonçaient un éboulement…. A la fin, son mari l’a frappée pour la faire taire, elle a eu très peur, la maison fût plongée dans le silence une heure, puis elle est venue m’ôter la chaise de mon cul, en gueulant à son homme qu’il devait venir voir ce que je fais du matériel et qu’il n’y a pas qu’elle, qui mérite des gifles… J’en ai parlé, au prêtre, de ça, il m’a dit que ce serait commettre encore un péché contre l’esprit, que d’aller chougner à la cérémonie en pensant à la chaise, à la nuisette, au bourrin et sa bourrine, aux liens du sang qui ne disent pas grand chose…

Ma génitrice me laisse un gros paquet d’argent, m’a dit le notaire… C’est le mien, car cette dame à traité ses enfants comme on le fait dans la populace depuis toujours, en les prenant pour des chats, en remplissant leurs gamelles trois fois par jour et en ouvrant la porte pour qu’ils aillent à l’école de la république, au catéchisme, ou tirer des gonzesses…. Comment croyez-vous que la populace issue du baby boom s’est enrichie, pourquoi, selon vous, des femmes de ménage ou des maçons en retraite ont des piscines, tandis que d’anciens brigadiers gendarmes vont une fois par an à Las Vegas? ¨Parce qu’ils ont tous eu des enfants chats, ces gens-là, qu’ils ont tous engourdi le pognon des gosses, comme il fallait s’y attendre.

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