Archives pour la catégorie ‘Actu’
You make my day
Actu — Article écrit par Vittorio le 14 novembre 2012 à 20 h 35 minDes citoyens de la Louisiane, du Texas, du Montana, du Dakota du Nord, de l’Indiana, du Mississippi, du Kentucky, de la Caroline du Nord, de l’Alabama, de la Floride, de la Géorgie, du New Jersey, du Colorado, de l’Oregon, de New York, etc. demandent sur le site « We The People » mis en place par l’administration Obama qu’elle accorde à leur État un retrait pacifique des États-Unis d’Amérique. 40 États sont concernés par ce mouvement inédit qui commence à prendre de l’ampleur : ce mercredi à 18h, plus de 97 000 Texans demandaient la sécession (soit près de 4 fois le nombre minimum pour un examen de la part de la Maison blanche), comme 33 000 Louisianais, 29 000 Floridiens ou 26 600 Tennesséen ! En Caroline du Sud, l’indépendance est réclamée par 20 000 personnes sur une pétition et plus de 13 000 citoyens sur une autre… Pour l’instant, la Maison blanche n’a pas réagi.
La suite chez Nouvelles de France
Je vous aime
Actu — Article écrit par XP le 14 novembre 2012 à 0 h 10 minLorsque j’avais quinze ans, j’étais amoureux de Julia Roberts, à m’en rendre malade.
Un soir, je m’en suis même tapé la tête contre les murs de ma chambre, tant j’en voulais à cette traînée de nous avoir tenu à distance la veille, nous les fans, tandis qu’elle faisait la belle devant le Plaza Madeleine.
A cette époque, j’étais l’une des plumes les plus brillantes des forums qui lui sont consacrés, à cette femme,… Ne reculons pas devant les mots, j’étais alors la coqueluche virtuelle de ces dames, et les admiratices japonaises de la star se mettaient même au français pour échanger des considérations avec moi.
De toutes les filles de mon cheptel, celle qui me plaisait le plus, c’était Andréa. Ce n’était peut-être pas la plus belle, mais elle était la plus jolie. Derrière mon clavier, j’imaginais une fille passe-partout, avec des lunettes, derrière laquelle on ne se retourne pas mais dont on se dit qu’elle a de sacrés jolis yeux, quand on la voit pour la première fois sans les lunettes.
Un soir, aux alentours de mes quinze ans trois-quarts, j’ai senti pour la première fois le souffle de la vieillesse et de la mort passer sur ma nuque et j’ai pris à 23H50 la décision de me caser…. Assez de faire le beau, de danser de lits virtuels en lits virtuels pour faire souffrir toutes ces innocentes…. Andréa avait peut-être des lunettes, mais ce serait ma femme, car c’est ainsi que je venais d’en décider.
La différence d’âge ne me faisait pas peur. Elle avait certes trente-sept ans tandis que moi je n’en n’avais pas encore seize, mais cette broutille ne pouvait pas davantage me faire rebrousser chemin que l’infirmité dont elle était frappée…. elle l’avait longtemps évoqué avec pudeur, la-dite infirmité, en précisant qu’elle tapait sur les touches de son clavier avec son pied gauche, et pour me signifier que notre conversation devait s’arrêter, elle écrivait en riant à demain, je commence à fatiguer du pied.
Nous nous sommes vus en janvier, pour la première fois. Je me rongeais les sangs derrière la vitre d’une terrasse chauffée du quinzième arrondissement, je guettais le ballet des automobiles, il neigeait, l’alcool embuait déjà mes pensées, quand j’ai vu sortir son fauteuil du taxi, une Porsche Cayenne noire aux vitres aveuglées…. En dépit du brouillard, j’ai distingué tout de suite que c’était elle, et d’ailleurs, les quatre roues de sa petite voiture n’étaient pas encore posées sur le sol qu’elle me dévorait déjà des yeux tout en bougeant sa tête en rigolant, pour me dire bonjour.
Comment vous la décrire? Pour commencer elle n’a pas de bras. Plus exactement, elle n’est pas nantie de ce que l’on appelle couramment des bras. En lieu et place, le Très-Haut lui a mis des moignons très longs pour des moignons, des membres d’environ quinze centimètres qu’elle rabat sous son pull, l’hiver…. Comme, proportionnellement, elle a de très grosses miches, les deux avant- bras posés sur elles et sous la grosse laine donnent l’impression d’une espèce de femme-miche, et plus d’un gros cochon inscrit aux Beaux-Arts ou dans une quelconque école de cinéma l’a harcelée pour lui proposer d’en faire leur muse…. Plusieurs fois, il lui a même fallu appeler la police, pour qu’ils se contentent de regarder à distance, qu’ils cessent de la demander en mariage ou d’insister pour qu’elle tourne dans leurs films, comme elle me l’a appris par la suite.
Elle n’a pas non plus tout à fait des jambes. A droite, il n’y a rien qu’un morceau de peau qui pend, mais à gauche, il y a une cuisse, un genoux, un mollet et un pied….. C’est avec lui qu’elle tourne les pages de ses livres, surfe sur le web, tient sa fourchette, mange, et se gratte la tête…. C’est ça, qui impressionne vraiment les gens… Quand ils voient son gros orteil se lever pour appeler le garçon et quand surtout, ils le voit venir vers elle, ils balancent tous entre l’incrédulité, l’admiration et la volonté d’arrêter la vodka, ou pour le moins de ne plus commencer avant dix heures du matin.
Au premier instant, j’ai su que c’était la femme de ma vie. Au début nous cachions notre amour et j’allais la voir avant mes cours pour la coiffer et lui nettoyer la foufoune, avant de la placer devant sa fenêtre avec ses chips et son jokari…. Le soir, après l’école, je la sortais. On allait au restaurant chinois, et quand nous arrivions, le patron Vietnamien nous balançait avec son accent inimitable un retentissant Salut les amoureux, hi hi hi, qui nous mettait du baume au coeur…. Avec la distance, je me demande s’il ne se foutait pas un peu de nos deux gueules, ce japonais.
Il a fallu que je présente ma fiancée à mes parents, lesquels m’avaient eu jeunes, un soir d’égarement, et n’avaient en conséquence aucune différence d’âge avec ma poupée … Mon père était un militaire de carrière. Dans les deux années qui ont suivi, il m’a fait des misères monstrueuses, il m’a battu devant ma future femme en me traitant de dégénéré, il l’a poussée dans les escaliers avant de me suggérer sardoniquement d’aller la chercher, puisque je suis un homme, puis il a fait une dépression nerveuse et il est mort…. Deux ans, trois mois et sept jours après la première rencontre avec sa bru, et trois jours après ma majorité, pour être absolument exact.
Pour le coup, je viens d’hériter. Andréa et moi, nous allons nous marier en septembre. Nous venons d’acheter une maison dans le Finistère, avec mon argent… Nous devons être prudent dans nos investissements, car il nous faut verser encore un paquet de fric à Maître Grolard, le célèbre ténor du Barreau de Paris, celui qui nous a défendu quand mon papa a traîné ma future femme devant la justice pour détournement de mineur…. Il a pour le coup assuré magnifiquement, Grolard, en faisant rire devant les caméra du 20 heure avec des blagues selon lesquelles ma future femme ne m’avait certainement pas couru après.
Andréa et moi, on ne l’aime plus, Julia Roberts. Dans notre maison du Finistère, on surfe sur le forum des fans de Sophie Marceau.
Dans ton cul, Demorand
Actu — Article écrit par XP le 30 octobre 2012 à 6 h 56 minParticulièrement savoureux, sous la plume du journaliste-papier-racketteur Demorand, les expressions souveraineté numérique ou jouer à armes inégales des atouts de la déterritorialisation. (Ce qui veut dire en gros comment veux-tu qu’on ait une discussion sereine, d’égal à égal, si je peux pas t’envoyer les flics à la fin?)
Ajoutons que sur Ilys, on ne souhaite pas seulement la mort rapide du journaliste-papier, mais aussi celle du libraire de quartier, du petit éditeur, et du professeur de collège, ce trou du cul qui transmet un savoir qui se trouve déjà sur Wikipédia… Pour ça d’ailleurs que les parents d’élèves et même les élèves les frappent… Quand on se fout de la gueule du monde tout le temps et qu’on en vit grassement (18 semaines de congés payés, le plus gros budget de l’Etat gaspillé dans la paie de ces plantes vertes…), on s’en prend une de temps en temps …
Demorand et tous les parasites dans son genre vont devoir admettre une chose: l’entreprise Google n’est pas à la portée des fusils et de canons du frankistan, il sera donc très difficile de leur envoyer un huissier accompagné d’un commissaire de police pour leur faire les poches.
Par NICOLAS DEMORAND
Le combat, car c’en est un, ne fait que commencer. Il se fonde sur une conviction : l’économie, fût-elle numérique, doit être régulée. Quitte à creuser un peu plus les contradictions qui nous travaillent, nous modernes qui ne pouvons plus nous passer d’Internet, le voulons toujours plus rapide, universellement accessible, le moins cher possible, voire totalement gratuit. Mais la fascination pour le numérique, les miracles qu’il permet, la réalité qu’il façonne, masque la brutalité du capitalisme qui lui a permis de se déployer ; l’inéquité des échanges qu’il suscite; la fragilisation de certains piliers de la démocratie qu’il accélère, du marché régressant à l’âge des monopoles aux journaux incapables, quels que soient leurs investissements, de financer durablement la production d’informations de qualité. Qu’on ne s’y trompe pas : ce combat est politique et civique. Il vise à reconquérir de la «souveraineté numérique», selon la forte expression de Pierre Bellanger. Il doit être mené à échelle européenne, en stoppant le dumping fiscal qui permet aux mastodontes américains du numérique de jouer à armes inégales des atouts de la déterritorialisation. Jadis, ce furent des artistes qui luttèrent pour l’exception culturelle. A l’époque, les quolibets libertaires et les hauts cris libéraux critiquaient toute mesure visant à entraver la libre jouissance du marché, quelles que soient les marchandises qui y circulent. Aujourd’hui ce sont des éditeurs de presse qui en Allemagne, en France, en Italie, portent ce combat. Il est de même nature et de même importance.
C’était mieux avant
Actu — Article écrit par XP le 25 octobre 2012 à 19 h 30 minCette jolie chanson devrait faire rougir de honte les cathos pro-life qui ne décolèrent pas contre Simone Veil et sa loi, mais qui regrettent le bon temps où le mot était interdit et la chose implicitement autorisée par Monsieur le curé, pratiquée dans les granges de tous les villages de la France traditionnelle, rurale et pleine de foutre à rabord.
Ils s’en tapent, les Catholiques pro-life, de l’avortement, ils veulent juste que la pratique ne soit pas institutionnalisée, comme ils disent.
Ils devront l’expliquer devant Dieu, ce monstrueux péché contre l’Esprit.
Cadavre exquis
Actu — Article écrit par XP le 6 octobre 2012 à 12 h 52 minLa fenêtre creusée dans notre chair s’ouvre sur notre cœur. On y voit un immense lac où viennent se poser à midi des libellules mordorées et odorantes comme des pivoines. Quel est ce grand arbre où les animaux vont se regarder ? Il y a des siècles que nous lui versons à boire. Son goûter est plus sec que la paille et la cendre y a des dépôts immenses. On rit aussi, mais il ne faut pas regarder longtemps sans longue vue. Tout le monde peut y passer dans ce couloir sanglant où sont accrochés nos péchés, tableaux délicieux, où le gris domine cependant.
Il n’y a plus qu’à ouvrir nos mains et notre poitrine pour être nus comme cette journée ensoleillée.
Tu sais que ce soir il y a un crime vert à commettre. Comme tu ne sais rien, mon pauvre ami. Ouvre cette porte toute grande, et dis-toi qu’il fait complètement nuit, que le jour est mort pour la dernière fois.
Glace sans tain/ Les champs magnétiques.
André Breton et Phiippe Soupault
Le suffrage universel
Actu — Article écrit par XP le 30 septembre 2012 à 10 h 22 minJe ne m’explique pas pourquoi XP est le seul à s’être penché sur cette merveille…
Ce sketch n’est au demeurant pas très drôle, mais il constitue une métaphore parfaite de la démocratie, du suffrage universel, de la citoyenneté, enfin ce genre de cochonneries… Si vous avez un peu d’oreille, vous avez entendu que l’abruti de l’histoire s’exprime dans un excellent français scolaire, qu’il a fait ses humanités, qu’il s’agit d’un être sociable, d’un bon camarade, et même que son intelligence doit se situer au dessus de la moyenne, aux alentours de 105, pendant que le vulgus pecum plafonne à 100, le débile léger à 75 et qu’il faut 130, pour entrer dans le cercle des gens numérotés…
J’y crois dur comme fer, à cette chose, moi, ainsi qu’aux chiffres en général… faîtes passer le test à Richard Millet, pour voir, et vous verrez qu’il plafonne à 105, vous comprendrez dans la foulée pourquoi il raisonne comme une patate, pourquoi ses lecteurs sont un ramassis de gens qui traînent aussi autour de cette borne, 105…
Dans la fable jouée par Fernand Raynaud, le citoyen fait bien comprendre qu’il bénéficie du droit de parler, d’exiger, mais il explique en filigrane qu’il est conscient de ses devoirs, celui de pratiquer un bon Français, de faire preuve d’empathie pour son prochain, de ne pas taper, etc…
Partant, il fait savoir qu’une fois ces obligations remplies, il s’autorise à rendre dingue qui il veut, au nom de son droit à faire des phrases, à consommer du droit d’expression
CAB, Catholique à babouches
Actu — Article écrit par XP le 29 septembre 2012 à 10 h 37 minJe comprends qu’on déclare la guerre à l’Occident, lequel n’est plus une civilisation mais une idéalisation cynique de la démocratie, c’est-à-dire le contraire de toute vie spirituelle, de mémoire féconde : une puissance mortifère. Tout en haïssant l’islamisme, j’abhorre à peu près les mêmes choses que lui. Mais je ne serai pas un apostat. ».L’Opprobre, Richard Millet
Tout en haïssant l’islamisme, j’abhorre à peu près les mêmes choses que lui. Mais je ne serai pas un apostat.
Pourquoi je déteste l’Islam? J’en sais rien, moi, j’ suis pas un intellectuel ou un écrivain, peux pas te répondre… J’enseigne l’orthographe, j’suis instituteur de lycée, dans le civil, mon gars, pas écrivain… Garagiste, j’aurais voulu faire… Vroum, vroum!
Mais je ne serai pas un apostat.
je ne me convertis pas à l’Islam pour une question de principe, mais je force ma nature, je me fais violence, c’est pas l’envie qui me manque…
Notre jeunesse
Actu — Article écrit par XP le 26 septembre 2012 à 21 h 10 minOn se promenait dans Paris, Restif et moi, nous avons croisé une jeune fille de cinquante ans, on a d’abord gardé le silence, on s’est regardé, il a pointé son doigt sur mon nez, puis il m’a dit nous vivons l’époque la plus spirituelle de tous les temps.
Les hommes rajeunissent, c’est à couper le souffle, et s’il y avait encore des théologiens dans ce bas monde, ils ne parleraient que de ça, entre eux… On évoque sans arrêt l’allongement de la durée de la vie, mais c’est pour se faire croire qu’il s’agit d’une banale affaire de médecine, pour ne pas voir que c’est de théologie, dont il est question.
Les vieillards de 70 ans ne veulent pas faire les jeunes, comme l’écrivent paresseusement les intellectuels qui s’abreuvent au concept de jeunisme, ils sont jeunes pour de vrai, ils se tiennent droit, ils ne sont pas très marqués au visage, ils draguent les petites et se relèvent du divan sans appui… C’est l’un des faits majeurs de l’histoire de l’humanité, l’affaire de ces vieux qui gardent le feu, tout à coup, qui brisent le portrait de Dorian Gray… Ca doit être comparable à l’invention de la roue, enfin quelque chose comme ça, un évènement de ce calibre.
Certes, on mange plus sainement, depuis que la soupe en sachet a remplacé la marmite dégueulasse qui trônait sur le poêle pour le régal des mouches, depuis la mort de la paysannerie, l’arrivée de l’industrie agro-alimentaire… on se détruit moins à la tâche, aussi, on ne meurt plus à la guerre, on bombarde, la médecine a fait des bonds, mais ça n’explique pas tout…
Les ronds-de cuir de Courteline étaient planqués à l’arrière, ils pouvaient traverser la vie sans leur médecin, et pourtant à quarante ans ça n’était plus jamais des garçons mais des pères, des ancêtres dépouillés depuis longtemps des dernières pièces de leurs jeunesses… On les vouvoyait dans la rue, tout le temps, quand on leur demandait du feu, jamais on ne les prenait pour leurs fils sur un malentendu… ça devait être bien triste et les rendre mélancoliques, si vous voulez mon avis.
Nous vivons sans doute l’époque la plus spirituelle de l’Histoire, car elle est forcément de ce tonneau-là, cette monstrueuse révolution anthropologique… Des D.J. de quarante ans ressemblent un peu aux enfants qu’ils font danser, des cinquantenaires font des icônes du sex drugs and rock and roll très crédibles, des vieilles retombent en adolescence et Mon Dieu, il faut n’avoir pas deux sous de spiritualité pour ne pas être fasciné, ému comme on doit l’être devant la chose nouvelle, la chose qui rend toute chose nouvelle…
Les nains qui gémissent sur la perte du Sacré, qui ne repèrent aucune trace de spiritualité dans nos temps, ils me font penser aux arabes décrits par Champollion, pendant l’expédition d’Egypte, eux qui ne levaient même pas la tête pour voir les premières montgolfières s’envoler dans le ciel… Ils gémissent, ils n’en finissent pas de ratiociner sur le désenchantement du monde, mais ils ont les yeux fixés sur le sol comme les égyptiens de l’anecdote, ils cherchent le sacré en regardant leurs pieds.
Ils n’ont pas des ballons au-dessus de la tête, mais autour d’eux, des gens quêtent la jeunesse éternelle et ne reviennent pas les mains vides, l’expédition spirituelle les transforme, comme on le dirait d’une convertie dont la rencontre avec le Très Haut se voit sur le visage… Comme s’il s’agissait d’une croisade du XIIème siècle, la quête a eu ses martyrs, des pionniers morts par overdose à 28 ans dans les chiottes d’une boîte de nuit, mais c’est un fait, cette Odyssée transforme les hommes de l’intérieur, quand ils reviennent.
Regardez bien Elvis Presley, ce personnage historique, le premier adolescent de l’histoire de l’humanité… A dix-neuf ans, quand il met en boîte That’s All Right Mama, il est comme Christophe Colomb, il ne sait pas où il va, il veut juste faire un disque pour emporter les filles et faire danser les copains, il ne cherche pas plus à faire civilisation que l’autre, quand il s’embarque, mais cette sortie en mer a pourtant fait civilisation, elle aussi, c’est rien de le dire.
Elvis, c’est le premier homme d’une époque sans repères, il est parti frapper sans savoir qu’on ouvrira, il a cherché sans penser qu’il trouverait, il a fait ça pour rigoler, et pourtant cette affaire a roulé, grâce à Dieu… Le premier homme sans repères s’est instinctivement mis en chasse de la jeunesse éternelle, et s’il n’avait pas un peu trouvé ou pour le moins fourni des pistes, je ne serais pas en train de parler de lui…
Qu’est-ce que c’est au juste que cette Odyssée, cette quête de la jeunesse éternelle? Il s’agit de ne pas oublier son enfance, de s’en rappeler si fort que le souvenir reste gravé sur votre visage, qu’elle marque vos gestes et qu’elle vous façonne jusqu’à la fin…. Elle est infernale, cette Odyssée, Elvis est mort à 42 ans en lâchant un pet sur ses chiottes, échoué en mer, d’une certaine façon…
Pourtant, voyez-vous, ceux qui étaient dans la barque, ceux de sa génération ou celle d’après, ils font tous dix ans de moins que leurs pères sans que la pharmacologie n’y soit pour quelque chose….
Notre époque est tordue, elle donne souvent l’envie de se pendre, mais je ne laisserais personne dire qu’elle est vide de sens… Il faut dire merci d’être tombé dans ces moments-là, je vous jure que c’est vrai.
.
J’irais vers la lumière
Actu — Article écrit par XP le 22 septembre 2012 à 11 h 28 minVous savez ce que c’est, l’hypnose?
J’ai cinq ans, nous sommes le 29 mars 19//, le vent balaye… Dans la cour il y a un arbre, on dirait un lance-pierre, on peut s’asseoir sur le tronc, poser ses bras sur les deux grosses branches pour être aussi grand que la Maîtresse, Mademoiselle Franck.
Elle, je la hais de tout mon cœur… Figurez-vous qu’hier, j’ai voulu montrer à Joris que derrière le mur en pierres, il y a la 2CV toute blanche de Mademoiselle Franck, garée dans la rue, je trouvais ça magique… je voulais lui prouver qu’on voit comme si on était dehors, en se mettant sur la pointe des pieds, mais on a piétiné les fleurs, alors elle a giflé… Elle est arrivée par derrière, avant de gifler, pour être exact… Joris non, mais moi j’ai saigné du nez, elle était emmerdée, je sentais bien, alors elle m’a lavé la figure puis elle m’a parlé avec délicatesse pendant trois heures… La garce.
L’hypnose, vous savez, ça n’est pas les souvenirs, et d’ailleurs ça n’existe pas vraiment, les souvenirs… Vous croyez que le passé vous revient, que vous l’avez appelé, mais c’est une reconstitution, un film historique que vous avez monté à partir d’informations que vous avez gardées, comme si vous regardiez les aventures de Jeanne d’Arc et qu’on les avait tournées à Hollywood… C’est pour ça que d’anciens petits enfants violés jadis par un gros monsieur dégueulasse peuvent soutenir mordicus que leur enfance fût heureuse et qu’ils iront témoigner à la barre, en faveur du papounet.
Assise sur l’arbre, maintenant, il y a ma cousine Béatrice. Je me souviens bien d’elle, elle est morte trois ans plus tard, brûlée sous une toile de tente…. A l’enterrement, j’y étais, j’ai compris qu’il fallait être triste, mais en fait je n’ai pas compris que c’était elle, je m’en souvenais d’ailleurs assez vaguement, je croyais pour tout vous dire que c’était une très lointaine cousine connue de tout le monde sauf de moi, ou bien la petite qui jouait à la télévision, dans un feuilleton que nous regardions le soir…
Tout à coup Béatrice me regarde de manière étrange, ses yeux sont noirs, j’ai peur, elle est maintenant à califourchon, elle a un bâton dans les mains, elle le pointe vers moi, et Mademoiselle Franck vient lui dire d’arrêter ça… Elle se calme, elle fait semblant de regarder ses ongles de petite fille, puis elle recommence et cette fois, elle me frappe, avec le bâton… Elle me parle, mais je ne comprends rien, elle me dit qu’elle va prendre les allumettes dans le tiroir et que tout va s’en aller, qu’il ne restera rien d’elle, rien de moi, rien de la cour, de l’arbre et rien de la maîtresse, Mademoiselle Franck, mais que je ne dois rien dire à personne.
C’est cher une séance d’hypnose, vous savez.,, C’est mon fils qui paye, moi je peux pas, je sors de quatorze ans de vadrouille, de foyers d’accueil en maisons de santé, de Cannes à Paris, de Paris à Londres et de Londres à Castellane, le village où je me suis posé sur la fin pour tenter de me refaire, en travaillant la pierre… C’est là qu’on m’a trouvé terrassé, le mois dernier.
Je veux qu’on arrête tout ça, je ne peux plus voir cette gamine en peinture, je demande à revenir, et je me retrouve quelques instants dans la chambre de l’hôpital, en compagnie de mon petit Pierre et de sa femme, Arlette… C’est rare, pour les gens de cette génération, de s’appeler comme ça, je comprends pas bien la raison.
Mais je repars, aussitôt, je vois des nuages, je n’ai jamais eu de père, de mère et de sœurs, même pas des amis… Je marche, je parcours l’allée d’une petite maison, nous sommes sur la montagne, il fait nuit… Derrière moi la vallée flambe, c’est joli, j’entre le cœur tranquille chez moi, puis je referme la porte.
Le gang des bateliers
Actu — Article écrit par XP le 21 septembre 2012 à 15 h 02 minEn 1679, Papin fabrique, en Angleterre, un ustensile de cuisine muni d’une soupape de sûreté, le « digesteur », qui permet de cuire les aliments en un temps très court. Cette « marmite de Papin » est le lointain ancêtre des actuelles « cocottes-minute ».
En 1707, à Cassel, en Allemagne, il tente de mettre au point un bateau à vapeur avec lequel il espère aller à Londres. Il demande l’autorisation de gagner la mer du Nord. Cette autorisation tardant, Papin décide de passer outre et s’embarque avec sa famille. Mais à quelques kilomètres de Cassel, il est arrêté par les hommes de l’Association des Bateliers, qui ont le privilège de la navigation.
Furieux, Papin se plaint aux autorités. Les bateliers tirent alors le bateau sur le rivage et, dans la nuit du 26 au 27 juillet, le mettent en pièces. L’invention de Denis Papin, mort à Londres dans la pauvreté et l’indifférence générale, sera oubliée pendant près d’un siècle
On ne parle jamais du Gang des bateliers.
J’ai cherché, pas une seule Histoire du gang des bateliers du XVIème siècle à nos jours n’est disponible aux PUF, pas un historien ne s’est spécialisé dans l’histoire du Gang des Bateliers, tandis que la moindre dynastie aperçue dans l’histoire d’une contrée de l’Europe de l’Est a son spécialiste au CNRS.
Pourtant, à bien regarder, le Gang des bateliers détient des pans entiers du pouvoir politique en Occident depuis la Renaissance et l’essor des sciences et des techniques… Aucun pouvoir politique n’a jamais empêché la marche du temps, mais beaucoup ont marqué l’Histoire au fer rouge en essayant de l’enrayer, à l’instar d’un Pol Pot gangréné par ses envies de retour à la terre… C’est peut-être la définition du pouvoir politique, ça, d’ailleurs: il ne fait jamais l’histoire, mais il peut la marquer au fer.
Le gang des bateliers n’a pas empêché le progrès technique, mais à son profit, il l’a freiné d’une façon spectaculaire, et ça continue… Comme toutes les dynasties régnantes, celle-ci est assise sur des mythes fondateurs mensongers, et le gang des bateliers a fait entrer dans les têtes que tout va trop vite, que tout va toujours trop vite…. Il serait pourtant fructueux de faire de l’uchronie, d’évaluer le temps que les agresseurs de Denis Papin ont fait perdre à l’humanité, comment les sciences auraient évolué dans les trois siècles suivants, si ces gens-là n’avaient pas détenu le pouvoir politique, en leur temps… On ne sait pas, peut-être trouverait-on des computeurs au XIXème siècle, des autoroutes en 1900, et plus aucune tricoteuse dans les campagnes aperçue par les automobilistes qui les auraient parcourus en trombe.
La tragique histoire de Denis Papin agressé par des parasites, en pleine mer, à coup de barres de fer, elle pose une question philosophique majeure: qu’est-ce que c’est qu’un parasite, comment s’y prennent les parasites pour parasiter, que veut le parasite?
Le parasite ne cherche jamais à en faire le moins possible, mais le plus possible… Il veut qu’autour de lui le monde s’épuise dans des tâches ingrates, ubuesques et inutiles afin qu’on le laisse, lui, s’épuiser dans des tâches ingrates, inutiles et ubuesques… Le parasite est comme l’interné d’un hôpital psychiatrique qui veut qu’on le laisse balayer les feuilles avant que le vent les éparpille à nouveau, pour qu’il puisse le lendemain balayer encore et que cette comédie justifie qu’on le nourrisse tous les jours…
Il balaye, me direz-vous, mais pendant qu’il balaye, il ne pense à rien, il est en vacances dans sa tête… Après que les bateliers aient mis fin au scandale Denis Papin, celui-ci est sans doute allé crever dans un coin de Londres, nourri par un ordre religieux, et des nuisibles aux mains calleuses n’ont certainement pas manqué de le traiter de bouche inutile.
En 2012, les bateliers rôdent encore dans tous les coins, ils ont toujours des barres de fer et le pouvoir politique… nous sommes déjà plusieurs décennies après l’invention du correcteur d’orthographe, et des instituteurs par milliers balayent les feuilles mortes en engloutissant des milliards, pour que les enfants souffrent et retiennent des règles farfelues, qu’ils ont en mémoire dans leurs ordinateurs.
Il se rend toujours utile, le parasite, il s’agite et n’oublie jamais de gronder le contemplatif, ne vous y trompez pas.

Tweeter ça
Facebook
Delicious
