Archives pour la catégorie ‘Mutation’


Coquin de sort et Kalfon sale

Politique — Article écrit par le 24 mars 2014 à 19 h 34 min

Par un coquin de sort, une candidate écologiste de la liste EELV à Melun a tenu cette après-midi une conversation téléphonique assez curieuse dans les transports en commun. L’un de nos amis était là, mais il n’a pu hélas enregistrer la conversation.

Nous ne garantissons donc pas la lettre de la demi-conversation suivante, tenue par quelqu’un que nous avons identifié comme la conseillère régionale EELV Fatna Lazreg, mais la substance, elle, est certaine :

Salam aleykum, je suis revenue de… pas de vacances, mais de voyage pour les élections, je n’ai pas pu t’appeler.
— …
— Mais attends tu ne sais pas ce que c’est qu’une élection, j’ai été très occupée.
— …
— Je te le dis mais tu ne le répètes pas, Kalfon [candidat socialiste] il nous a proposé des trucs, il nous propose des places.
— …
— Mais moi je refais pas à ça toute seule… mettons les choses au pire, on perd, moi je refais pas six ans d’opposition, pas toute seule…
— …
— Je vais te dire quelque chose qui va te surprendre, mais je suis entièrement d’accord avec toi. Ce que je veux c’est qu’il y ait des gens de chez nous. Fatiya ou Nasser, mais pas moi toute seule.
— …
— On va demander 3. Ou 4. Demander 4 pour avoir 2 ou 3. Kalfon il dit 1 mais il est venu me voir, il dit 1 mais il peut donner plus si on demande plus. Je le vois ce soir à 8 heures.
— …
— Non, je t’explique, le problème, c’est que si nous on a des places, des communistes s’en vont, mais ça je m’en fous. Au contraire même.

Nous vous laissons méditer ce demi-dialogue touchant où se forge la démocratie halal à la socialo-kalfoniste, sur fond de noyautage d’EELV par des musulmans militants qui ont probablement choisi le vert parce que c’est la couleur de leur religion aussi obscurantiste que totalitaire.

On remarquera que Fatna prend le RER, ce qui lui sera compté au moment du jugement dernier climatique.

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Peuchère !

Actu — Article écrit par le 19 mars 2014 à 23 h 43 min

 

- Mince ! je t’ai vu un de ces reportages sur Marseille hier soir, c’est chaud par là-bas laisse tomber !
- Ouais, sûr, j’en doute pas…
- C’était sur Canal+, je l’ai pendant 4 jours gratuit pour tester cette crotte… et pourtant le quartier sympa et tout, de la verdure, des grillons, des installations sportives, la mer – mais comme le soulignait une femme de ménage du coin : « C’est les gens qu’il y a dedans le vrai problème ! »
- J’ai vu la même sur D8, mais à Roubaix je crois bien, sans les grillons…
- C’est la chienlit partout mon pauvre Francis ! il faudrait envoyer l’armée m’est avis… voter pour Marine !
- Peut-être… mais qu’est ce que tu regarderais le Dimanche soir du coup ?
- Ah Ah ! t’es un marrant toi mon copain !
- Je ne plaisante absolument pas, tout cela n’est que du divertissement… Tu vois, l’état a installé sur la durée les conditions nécessaires à ce que certaines zones deviennent « suspectes », ensuite il a laissé faire, tendu la main, condamné, pardonné, excusé, utilisé, stigmatisé, entretenu une position confuse et ambivalente sur les problèmes et solutions apportées, ensuite les journalistes n’ont plus eu qu’à ramasser et te servir ça à la place d’un film ou d’une série américaine : d’ailleurs c’est là qu’on voit que les représentants du peuple bossent pour le privé (D8 C+  M6 NRJ12 W9 etc qui diffusent allègrement le désastre), pas pour le service public (France télévisions qui diffuse l’Inspecteur Derrick en boucle depuis 1973).
- Soit ! en tout cas c’est la faute aux arabes !
- C’est ça, passe-moi la pince, Marcel.

 


Des papistes, des latins, des noirs et des irlandais

Actu — Article écrit par le 16 mars 2014 à 1 h 29 min

La démocratie, souhaitable en soi, est faite pour les pays protestants, avec leur civisme et leur conscience. Dès qu’elle s’étend aux Latins et autres nègres, elle devient une caricature, puis elle débouche aussi naturellement dans le communisme qu’un fleuve dans la mer ; pente fatale. C’est Balzac qui me l’a appris, il y a bien des années. »

Paul Morand, lettre à Jacques Chardonne du 13 juillet 1960.

Historically, the term « White Nigger » has been used in Northern Ireland to refer to the Roman Catholics, and also to Irish Catholic immigrants to the United States and their descendants.


Du caramel

Actu — Article écrit par le 15 mars 2014 à 4 h 17 min

 

L’argent s’attire lui-même, cherche à s’agglomérer aux mêmes endroits, va de préférence aux scélérats et aux médiocres ; puis, lorsque par une inscrutable exception, il s’entasse chez un riche dont l’âme n’est ni meurtrière, ni abjecte, alors il demeure stérile, incapable de se résoudre en un bien intelligent, inapte même entre des mains charitables à atteindre un but qui soit élevé. On dirait qu’il se venge ainsi de sa fausse destination, qu’il se paralyse volontairement, quand il n’appartient ni aux derniers des aigrefins, ni aux plus repoussants des mufles.
Il est plus singulier encore quand, par extraordinaire, il s’égare dans la maison d’un pauvre ; alors il le salit immédiatement s’il est propre ; il rend lubrique l’indigent le plus chaste, agit du même coup sur le corps et sur l’âme, suggère ensuite à son possesseur un bas égoïsme, un ignoble orgueil, lui insinue de dépenser son argent pour lui seul, fait du plus humble un laquais insolent, du plus généreux, un ladre. Il change, en une seconde, toutes les habitudes, bouleverse toutes les idées, métamorphose les passions les plus têtues, en un clin d’œil.
Il est l’aliment le plus nutritif des importants péchés et il en est, en quelque sorte aussi, le vigilant comptable. S’il permet à un détenteur de s’oublier, de faire l’aumône, d’obliger un pauvre, aussitôt il suscite la haine du bienfait à ce pauvre ; il remplace l’avarice par l’ingratitude, rétablit l’équilibre, si bien que le compte se balance, qu’il n’y a pas un péché de commis en moins.
Mais où il devient vraiment monstrueux, c’est lorsque, cachant l’éclat de son nom sous le voile noir d’un mot, il s’intitule le capital. Alors son action ne se limite plus à des incitations individuelles, à des conseils de vols et de meurtres, mais elle s’étend à l’humanité toute entière. D’un mot le capital décide les monopoles, édifie les banques, accapare les substances, dispose de la vie, peut, s’il le veut, faire mourir de faim des milliers d’êtres !
Lui, pendant ce temps, se nourrit, s’engraisse, s’enfante tout seul, dans une caisse ; et les Deux Mondes à genoux l’adorent, meurent de désirs devant lui, comme devant un Dieu.

 

 


Deux toits, deux masures

Actu — Article écrit par le 10 mars 2014 à 22 h 30 min

 

- Tiens, Julie Gayet est sortie de son placard.
- Aux Césars, ouais, je l’ai vue, elle a fait un selfie avec DSK en porte-jarretelles.
- T’es dégoûtant mec…
- Pas autant que cette photo.
- Non, sérieux… un court métrage, sur le net.
- Le début de la réussite ! François croit beaucoup en elle…
- Un spot qui condamne le mariage forcé.
- Où ça, à Evry ?
- Partout, tant qu’à faire, ça ne mange pas de pain – mais l’action ici en France profonde se déroule. Elle joue une catho, on peut apercevoir Jésus sur le mur ci-contre, et puis elle porte un serre-tête, un collier de perles blanc et mange des pastilles Vichy. C’est sa fille de 12 ans qu’elle marie, une imbécile qui, plutôt de bosser sérieusement ses études, pense aller au cinéma Samedi avec un idiot de son acabit et de sa classe.
- Ca a l’air nul…
- Le truc, ç’a été de transposer la souffrance des peuples primitifs qui usent encore de ce genre de pratique à notre merveilleux pays – parce que sans ça le public n’aurait rien compris, et d’empathie éprouvée aucune – pour te bien faire comprendre à quel point c’est horrible ils ont mis, dans le rôle du mari imposé, l’acteur le plus répugnant qu’ils ont pu trouver : vieux, sale, libidineux, le mec a joué un militant du Front National dans un film précédent.
- C’est contre le Front National aussi ?
- Oui, toujours, en attendant qu’ils apprennent à dénoncer – avec autant de subtilité – les réseaux de gens friqués qui achètent des enfants pour leur plaisir sexuel, sadique et/ou meurtrier.
- Ils pourront pas…
- Pourquoi ?
- Ils n’aiment pas Jésus, ne votent pas Front National et les embauchent pour se taire.

 


Un canapé

Actu — Article écrit par le 6 mars 2014 à 23 h 39 min

 

- Un canapé.
- Un canapé ?
- Oui, un canapé. Tout le monde a un canapé. Mais tout le monde ne possède pas le canapé d’angle cinq places cousu main avec dossiers rétractables et son repose-pied molletonné qui va bien.

Ils s’asseyent sur le clic-clac.

- Une voiture.
- Une voiture…
- Oui, une voiture. Même chose. Tout le monde a besoin d’une voiture, mais tout le monde n’a pas l’heur de se payer le dernier modèle de chez Audi.
- Ca se discute, mon cousin qu’est au chôma…
- Certes, le quatre fois sans frais, le prêt, la vente de cannabis, ont considérablement facilité la chose mais… tu vois ce que je veux dire n’est-ce pas ?

Ils remplissent leurs deux verres à pied d’un vin rouge modeste mais goutu.

- Internet est accessible à tous, quasiment gratuit – en réalité c’est la ligne téléphonique qu’on nous fait payer. Et pourquoi ?
- Oui. Pourquoi ?
- Je te le demande : Pourquoi, alors que, selon l’expression consacrée, plus rien n’est gratuit en ce bas-monde, internet, lui, l’est ?
- Aucune idée… peut-être parce qu’il y a de la publicité dessus.
- Oui, oui, voilà, une publicité totale d’idées démoniaques !
- Vraiment. Tu crois ?
- Ils veulent que tu vois ça, certainement. Les sons. Leur propagande. Les clips. Ils ne veulent pas que tu l’achètes, ils ont assez d’argent déjà – mais ils veulent plus sûrement entrer dans ton cerveau, y placer des choses que tu n’y aurais pas trouvé avant, salir ton âme en définitive. Ne trouves-tu pas étrange que les sites de torrent ne soient jamais désactivés ? Cela représente pourtant un énorme manque à gagner : c’est parce qu’ils veulent que tu la bouffes leur merde, mec, ils veulent que tu les vois ces satanés films à cent millions de dollars, ces saloperies XXX superviolents, ces vedettes à gros pectoraux et gros nénés, ce changement qu’ils opèrent sans vergogne, la réification des gosses, cette main mise globale qu’ils ont sur le monde, leur victoire, les symboles, ils veulent que tu la commentes ta vie de mouton ou d’enragé, que tu te loves contre elle et qu’elle finisse par te dévorer.
- C’est maintenant que tu arrêtes de boire mon pote…

 


L’héritage moral de Charles Maurras

Actu — Article écrit par le 5 mars 2014 à 20 h 35 min

En 2014, en France, Plus de 60 ans après la mort de Charles Maurras, les couloirs de la ripoublique étaient toujours infestés par ces types pas du tout reluisants que le petit Maitre de la philosophie politique n’avait cessé de fustiger, il ne restait dans ses murs qu’un seul maurrassien, et il s’est avéré que le plus répugnant, le plus dégueulasse et le plus salaud d’entre tous, c’était lui, le survivant, le dernier des maurrassiens.

De Maurras, Marcel Gaucher a dit un jour qu’il est fascinant, dans la mesure où il est fascinant qu’un tel abruti ait pût avoir une telle influence sur son époque… C’est également troublant, qu’une famille de pensée ait put sommes toutes traverser un siècle et survivre jusqu’à nous sans avoir donné le jour à un seul penseur, que les disciples soient obligés de se raccrocher à Pierre Boutang et qu’ils y arrivent sans s’étrangler de rire.

Hallucinant, d’ailleurs, cette manie des CAB de faire du name droping avec des noms que personne ne connait… Lorsqu’un Maurrassien cite le grand philosophe Pierre Boutang, on a l’impression d’entendre un sociétaire de la Comédie Française de 96 ans racontant qu’il a serré la main à l’immense acteur François Dupontin, et même qu’il a joué une fois avec cette une légende des planches et du cinéma, Henri-Pierre Bicoin

Bien-sûr, il y a eu Bainville, mais plus on pense à lui, et plus on se demande ce qu’il devait vraiment à Maurras et ce qu’il faisait dans cette galère.

L’héritage de Maurras, c’est Patrick Buisson, rien que Patrick Buisson, c’est à dire de l’étroitesse d’esprit, du dogmatisme et de la vue basse qui engendrent tout naturellement du mensonge, de l’insensibilité et de la trahison, pareil à ce que des révolutionnaires semi-débiles mentaux finissent par se ranger dans le racket et le trafic d’organe, avec l’âge.

la paresse intellectuelle est la mère de tous les vices.


Le socialisme moral

Actu — Article écrit par le 1 mars 2014 à 8 h 42 min

La « libéralisation » des mœurs, c’est exactement au niveau sociétal ce qu’une libéralisation économique est au niveau social.

Avant 68, nous étions tous des socialistes moraux, on n’avait que le choix d’être vertueux, et cela nous était inculqué par M. le Curé et le Bon Pere de Famille(TM). Les humains présentant biologiquement tout un spectre de comportements possibles, cela engendrait des dissonances cognitives, des frustrations et des comportements déviants mais cachés, puisque officiellement prohibés. De la même manière, le socialisme économique génère du marché noir, du matérialisme outrancier, et de la corruption puisque les talents et les gouts ne sont pas les mêmes au sein des hommes.

Mai 68 et l’avortement ont permis a chacun de se comporter de la façon qui lui convient, la diversité de comportements humains est aujourd’hui pleinement représentée, et cela évite par exemple que des homos refoulés deviennent de Bons Pères de Famille(TM) (et qu’ils transmettent leurs gènes dans la foulée ^^) ou que des femmes aux mœurs légères mettent au monde une flopée de bâtards qui auraient immanquablement fini a l’assistance publique, puis, les chiens ne faisant pas des chats, dans les prisons.

Dans un régime socialiste moral (comme ce que l’on retrouve dans l’islam), il est ainsi impossible de savoir si les vertueux sont sincères ou seulement contraints. Relâchez la soupape de sécurité et la vraie nature des individus, doublée d’une frustration, se révèle. Ce n’est d’ailleurs pas pour un hasard que la plupart des néoputes (Zahia, Nabilla, Ruby la copine de Berlusconi) soient issues de la Rive Sud de la Méditerranée et que les plus gros flambeurs bling bling soient Chinois ou Russes.

Vertumme


Ludivine de Ramadam

Actu — Article écrit par le 22 février 2014 à 16 h 13 min

La Droite sociétale est rigoureusement symétrique à la gauche économique: elle annonce des catastrophes qui n’arrivent jamais, elle affiche des bonheurs ou des réussites qui ressemblent à des villages potemkine. mais elle reste fidèle à un discours tellement intuitif et accessible à l’homme de la foule qu’il finit toujours pas échapper à l’analyse.

Si on la compare à la France post soixante-huitarde, celle de l’abbé Dupanloup et des terroirs encore dominés pas la très Sainte Eglise fait l’effet d’un lupanar.

Le mouvement que l’on assimile très rapidement aux évènements de Mai 68 en France a déclenché une libération des mœurs ainsi qu’une désacralisation de la famille traditionnelle et du patriarcat, il s’en ait suivi qu’un demi-siècle après, les mœurs sont moins relâchés, la famille est une institution plus saine qu’elle ne la jamais été, et nous avons assisté à un recul sans précédent historique de l’inceste, des viols, de la violence faite aux femmes et aux enfants, des avortements clandestins, ainsi qu’à une progression spectaculaire des notions très chrétiennes du mariage d’amour et de l’enfant désiré.

En vérité, le mouvement sociétal post-soixantuitard a fait reculer de concert la dépravation et la Tradition comme l’avait fait en d’autres temps l’absolutisme royal et l’Eglise, quand ils luttaient pied à pied dans les villages contre les traditions barbares du moyen-âge.

Comme il se doit, les viols en tournante, l’inceste et les violences familiales ont retrouvé un peu de la vigueur d’antan parce que sont arrivés en occident des populations musulmanes insensibles aux sirènes de mai 68, et c’est très logiquement qu’elles se retrouvent dans des ligues et des processions aux côtés des nostalgiques de la France d’avant, celle des Traditions et des mœurs soigneusement relâchés entre quatre murs….

Le mouvement sociétal soixantuitard n’appartient pas à la gauche, il n’est pas révolutionnaire, il s’inscrit au contraire dans une très longue tradition de mouvement et de remise en cause perpétuelle qui est la marque de l’occident chrétien… à l’inverse, les traditionnalistes et les contempteurs de mai 68 sont comme leurs ancêtres du temps de l’absolutisme naissant où du catharisme, ils rêvent de sortir de l’odyssée chrétienne, de se débarrasser d’un sac trop lourd…

Ils gémissent contre la dénaturation du mariage parce que dans le fond de leurs cœurs, ils n’admettent pas ce Christ qui a débiologisé la famille, qui s’adressait à sa mère en lui disant femme, qu’est-ce que tu me veux, qui FÜT élevé par un beau-Père qui tenait la chandelle, qui intimait l’ordre à ses disciples de le préférer à leurs géniteurs, qui est sommes toutes venu pour abolir la Tribu pour qu’on lâche la grappe à l’Individu, au fils de l’homme et ses imitateurs.


Synthèse

Citations — Article écrit par le 13 février 2014 à 13 h 35 min

Quelque part dans la Nouvelle-Angleterre, non loin de Dartmouth College, on trouve encore les villages des shakers. Selon la loi religieuse de cette secte, les sexes y vivent soigneusement séparés et ne s’y reproduisent pas (le monde étant voué au mal, rien ne sert de le perpétrer, il n’est que d’attendre le Jugement dernier). Or, dans le campus d’à côté, qui fut comme les autres en Amérique un des hauts lieux de la libération sexuelle, c’est à peu près la même situation : les sexes ne se touchent plus, ne se frôlent plus, ne cherchent plus à se séduire. Sans discrimination ni interdit explicite, on se retrouve, sous le signe du harcèlement sexuel et de sa hantise, dans le même apartheid que chez les shakers. L’obsession du sida joue sans doute un rôle dans cet exil volontaire du sexe – encore qu’il n’y ait jamais dans ce genre de choses de cause à effet : le sida n’est peut-être qu’une des voies obscures que prend une désaffection sexuelle qui avait commencé bien avant son apparition et sa diffusion. Il semble que ce soit la sexualité elle-même qui soit en jeu – chaque sexe étant comme affecté d’une maladie sexuellement transmissible qui serait le sexe lui-même.
On a peur d’attraper le sida, mais on a peur aussi d’attraper le sexe tout simplement, on a peur d’attraper quoi que ce soit qui ressemblerait à une passion, à une séduction, à une responsabilité. Et, dans ce sens, c’est encore le masculin qui est le plus profondément victime de l’obsession négative du sexe. Au point de se retirer du jeu sexuel, harassé d’avoir à assumer un tel risque, fatigué sans doute aussi d’avoir assumé historiquement pendant si longtemps le rôle du pouvoir sexuel. Ce dont le féminisme et la libération des femmes l’a dépouillé, du moins en droit (et très largement en fait). Mais les choses sont plus compliquées, car le masculin ainsi émasculé et dépossédé de son pouvoir en a profité pour s’effacer et disparaître – quittant le masque phallique d’un pouvoir devenu de toute façon de plus en plus dangereux.
C’est là la victoire paradoxale du mouvement d’émancipation féminine : celle-ci a trop bien réussi et elle laisse le féminin devant la défaillance (plus ou moins tactique et défensive) du masculin. Il en résulte une situation paradoxale qui n’est plus celle du féminisme. Non plus une revendication des femmes contre le pouvoir de l’homme, mais un ressentiment des femmes contre l’ »impouvoir » du masculin. La défaillance de celui-ci alimente désormais une haine, une insatisfaction profonde venue de la déception de la libération réalisée et tournant à l’échec pour tout le monde – et qui s’exprime contradictoirement dans le phantasme du harcèlement sexuel. Donc une péripétie très différente du féminisme traditionnel qui visait le masculin triomphant. Conséquence paradoxale du triomphe virtuel du féminisme, la femme n’est plus aliénée par l’homme mais dépossédée du masculin, donc dépossédée de l’illusion vitale de l’autre, donc aussi de son illusion propre, de son désir et de son privilège de femme. C’est le même effet qui suscite la haine secrète des enfants contre des parents qui ne veulent plus assumer leur rôle de parents, qui profitent de l’émancipation des enfants pour se libérer en tant que parents et se dessaisir de leur rôle. Ce n’est plus alors la violence des enfants en rupture avec l’ordre parental, mais la haine d’enfants dépossédés de leur statut et de leur illusion d’enfants. Celui qui se libère n’est jamais celui qu’on croit. Cette défaillance du masculin a des échos jusque dans l’ordre biologique. Des études récentes signalent une baisse du taux de spermatozoïdes dans le flux séminal, mais surtout une baisse caractéristique de leur volonté de puissance : ils ne rivalisent plus pour aller féconder l’ovule. Plus de compétition. Ont-ils peur eux aussi des responsabilités ? Doit-on y voir un phénomène analogue à celui du monde sexuel visible, où règnent la pusillanimité des rôles et la terreur dissuasive du sexe féminin ? Est-ce un effet inattendu de la lutte contre le harcèlement – l’assaut des spermatozoïdes étant la forme la plus élémentaire du harcèlement sexuel ?
Malgré les apparences, cette désaffection, cette dissuasion sexuelle n’a rien à voir avec un nouvel interdit d’essence religieuse ou morale. Toutes ces dépenses et ces inhibitions ont été levées depuis longtemps. Et les femmes qui ornent les campus de rubans mauves en signe de viol – chaque femme violée ou menacée de l’être ou rêvant de l’être signale ainsi publiquement la mémoire du crime (comme les rubans jaunes signalent aux Etats-Unis la mémoire des soldats partis pour la guerre du Golfe), ces femmes, porteuses d’un nouvel ordre victimal et agressif à la fois, ne souffrent certainement pas d’outrage à la pudeur. Tout cela relèverait bien plutôt d’une nostalgie de l’interdit – ou de quoi que ce soit qui y ressemble -, réflexe consécutif à une libération virtuelle des moeurs et à une banalisation de la sexualité perçue comme plus dangereuse que la censure traditionnelle (qui permettait au moins la transgression). Demande d’interdit (d’une règle, d’une limite, d’une obligation) qu’on peut interpréter comme on veut, et sans doute négativement, du point de vue psychologique et politique, du point de vue de la libération et du progrès – mais qui peut apparaître comme une défense instinctive de l’espèce quant à sa fonction sexuelle menacée par son émancipation et son accomplissement même.
Le harcèlement sexuel (son obsession et celle du sida) comme ruse de l’espèce pour ressusciter l’angoisse de la sexualité, et plus particulièrement une ruse de la femme pour ressusciter le désir (celui de l’homme mais le sien aussi) ? Stratégie très banale (mais fatale dans le cas du sida) pour faire du sexe autre chose qu’une séquence sans conséquence, ce qu’il devient aujourd’hui, y compris dans la contraception (1) – toutes les formes de la libération sexuelle allant finalement dans le sens d’une « entropie érotique » (Sloterdijk).
Ainsi la haine venue de la désillusion succédant à la violence libératrice, et la demande d’interdit succédant à la levée problématique de tous les interdits, il s’ensuit une sorte de révisionnisme sentimental, familial, politique, moral, aujourd’hui partout triomphant – déferlante inverse de toutes les libérations du XXe siècle, qui se traduit aussi bien dans le repentir et la récession sexuelle. Alors qu’auparavant c’était la liberté, le désir, le plaisir, l’amour qui semblaient sexuellement transmissibles, aujourd’hui il semble que ce soient la haine, la désillusion, la méfiance et le ressentiment entre les sexes qui soient sexuellement transmissibles. Derrière cette polémique du harcèlement, il y a une forme ultérieure et contemporaine de la « désublimation répressive » dont parlait Marcuse – la levée des interdits et du refoulement introduit à un nouveau système de répression et de contrôle. Pour nous, avec ce révisionnisme universel, il s’agirait plutôt d’une « resublimation dépressive », qui mène tout droit à l’intégrisme moral, sinon religieux, et en tout cas, derrière les phantasmes de viol et du harcèlement, à un intégrisme asexuel protectionniste où, pour le masculin, le sexe devient l’obsession presque irréelle d’une fonction disparue, qui ne trouve plus à s’exercer que dans le phantasme du viol – et pour le féminin un moyen de chantage.
Tout cela, c’est ce que nous vivons subjectivement et collectivement : une transition de phase douloureuse dans ce qui n’était peut-être qu’une illusion de progrès et de libération (y compris sexuels). Mais nous ne savons pas du tout quels sont les desseins de l’espèce (ni même si elle en a). Les espèces animales réagissent par des comportements de rétention sexuelle et de stérilité automatique à des situations de crise, de pénurie ou de surpopulation. Nous réagissons peut-être – et ce, en dehors de toute conviction subjective et de toute idéologie – par des comportements analogues à une situation inverse de profession, de libération, de bien-être, de « défoulement » tout à fait originale, angoissante, et étrangère à l’espèce elle-même tout au long de son histoire – une situation inhumaine pour tout dire. La haine sur laquelle ouvre la question du harcèlement sexuel n’est peut-être que le ressentiment d’une liberté, d’une individualité, d’une expression de désir chèrement conquises et qui se paieraient aujourd’hui d’une nouvelle servitude involontaire ? La servitude elle-même, la bêtise, la résignation pourraient-elles devenir une maladie sexuellement transmissible ?.

(1) On retrouve ici, quoique par une autre voie, nos shakers et leur refus de la reproduction sexuée. Car ce qui valait comme libération, comme transgression dans un ordre traditionnel (la contraception) change de sens dans un monde qui va de plus en plus dans le sens d’une reproduction asexuée. La sexualité sans reproduction ouvre sur la reproduction sans sexualité, et ce qui était une liberté de choix devient tout simplement l’emprise grandissante du système par toutes les formes de génération in vitro.

Jean Baudrillard « La sexualité comme maladie sexuellement transmissible » Libération [et ouais !] du 4 décembre 1995.

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