Archives pour la catégorie ‘Théâtre’


Coriolan

Actu, Théâtre — Article écrit par le 14 avril 2013 à 22 h 50 min

Un nouvel ordre de choses a mis les patriciens en pleine possession légale de la puissance politique. Ils dominent par les magistratures qu’ils se sont assujetties ; ils ont la prépondérance dans le sénat ; ils occupent seuls les emplois et les sacerdoces ; ils ont seuls la science des choses divines et humaines ; ils connaissent seuls les secrets pratiques de la politique intérieure ; ils décident des voix dans la grande assemblée du peuple ; ils exercent toute l’influence dans la cité, suivis par un nombreux cortège d’hommes dévoués et appartenant à des familles diverses ; ils vérifient enfin, ou rejettent toutes les décisions populaires. En une telle situation, quoi d’étonnant qu’ils aient pu garder longtemps encore la réalité du pouvoir, alors qu’ils avaient opportunément renoncé à la toute puissance selon la loi ? (Mommsen.)

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Edouard Baer

Cinéma, Culture, Télévision, Théâtre — Article écrit par le 12 novembre 2011 à 11 h 16 min

Edouard Baer s’est appliqué dans chacun de ses rôles à faire vivre cette tradition très française de la conversation brillante. Il est l’un des rares à maîtriser cet art de l’oralité, cette manière subtile d’improviser des personnages qui correspondent à sa sensibilité propre mais aussi à de grands stéréotypes susceptibles de parler à tout un chacun.  

Exceller aussi bien dans les codes du raffinement que dans ceux de la muflerie et les faire vivre à travers des situations, voilà une gageure rarement menée à bien par nos aârtistes et intermittents, gageure tenue par le sieur Baer et avec quel brio souvenons-nous :

On se souviendra aussi des émissions comme « A la rencontre de divers aspects du monde contemporain » et de ses improvisations remarquables du « Centre de Visionnage ». Chemise en chambray, cravate en tricot, manière moelleuse de prononcer le son « j », était-ce la renaissance de l’aristocratie? Cette toute petite rubrique qui clôturait à l’époque l’émission « nulle part ailleurs » avait le mérite suivant : ne pas avoir vocation à être un spectacle exactement drôle. Or c’est cela qui est terriblement ennuyeux dans les émissions de télévision : cette invisible et systématique obligation d’efficacité. Pas de temps pour l’incertitude. Ce qui est diffusé doit soit s’avérer soit drôle soit triste soit haletant… Et cette efficacité écrase tout sur son passage : elle aplatit le langage, ringardise toute tradition, court toujours plus vite vers le brutal, le grossier, le laid. Aparté, juste comme ça : les éclairages sur les plateaux de télévision. Plus on avance dans le temps et plus les émissions sont pleines de couleurs éclatantes que l’on vous jette au visage (le petit journal…). Plus on va chercher loin  dans le passé et plus on voit des éclairages tamisés, modérés, modestes en somme. En fait on observe un mouvement général d’abaissement de niveau avec un spectacle qu’il faut « servir » au spectateur au lieu d’inviter ce dernier à « aller chercher ». L’intérêt du Centre de Visionnage c’était qu’il fallait aller chercher.

Dans ces envolées lyriques expressément grotesques chantent en filigrane des époques et des milieux que nous n’avons pas connu mais qui soudain se mettent à vivre devant nous: situationnisme, « blousons noirs », mondains brillants… Faire vivre des personnages voilà bien en somme tout ce que l’on demande à un comédien. Finalement Edouard Baer est un type qui fait son travail, comme d’autres avant lui et qui eux n’ont jamais eu d’interviews sur quatre pages avec photographies sépia dans TGV Magazine: Jacques François, Philippe Nahon, François Levantal… Ce qui nous mène à un autre sujet qui mériterait d’être développé ultérieurement : pourquoi les bons acteurs se voient presque systématiquement cantonnés à des rôles de merde ?

Bien qu’il soit selon toute vraisemblance un bobo adepte du gauchisme le plus stupide, que le bon Edouard soit remercié d’avoir à son échelle fait vivre ce que l’on peut appeler l’esprit français.


Le Théâtre de l’Ennui

Théâtre — Article écrit par le 24 octobre 2011 à 7 h 25 min

Il y a un peu plus de deux dizaines d’années, il arrivait encore que des spectateurs de théâtre se foutent allègrement sur la gueule. Parfois. A défaut, des huées descendaient des travées et des applaudissements tentaient de les couvrir. On s’invectivait dans la salle. Les acteurs étaient pris à partie tandis que les parti-pris du metteur en scène étaient âprement discutés. Il y avait scandale. *

C’était vivant.

Le théâtre est un spectacle vivant.

Depuis, il faut bien le dire, l’ambiance est un peu retombée. Trop de jeunes comiques ne coûtant pas trop cher aux salles peut-être. Peut-être aussi qu’on n’a plus de message un peu dérangeant à faire passer. Peut-être que la énième pièce scatologique, masturbatoire ou d’avant-garde des années 70 (au mieux 80) n’a plus grand chose à dire sur notre époque. Peut-être que l’immense majorité des metteurs en scène pourraient disparaître demain sans que le théâtre ne s’en porte plus mal qu’aujourd’hui. Peut-être que bien des directeurs de théâtre de gauche ne paient leurs étudiants, ouvreurs et ouvreuses, qu’au smic mais refusent, contrairement aux théâtre privés, qu’ils acceptent les pourboires.

Sans doute doivent-ils se nourrir de concepts.

Sur le concept du visage du fils de Dieu n’est pas une pièce révolutionnaire. Elle n’est rien. Rien. C’est presque dadaïste comme truc. Une blague pour journalistes de théâtre. Une immense supercherie à laquelle tout le monde fera consciencieusement mine d’y croire.

Romeo Castellucci ressemble un peu à Pippo Delbono finalement.

Bref, il s’agit de la dernière connerie à la mode vaguement subventionnée. Le joujou du jour des mirifiques intellectuels régissant la culture à Paris. Après, on trouvera bien un artiste plastique enveloppant des portables usagés dans du cellophane grisé et, surtout, surtout, se trouvant dans les petits papiers d’untel ou untel.

Un petit monde qui se subventionne à tour de rôle.

C’est incroyable comme tout cela sent la mort et l’ennui.

Seule la jeunesse, qui d’années en années remplit les cours de théâtre privés, pleine d’espoir, de rêves de célébrité et prête parfois à tout, sauvegarde les apparences et leur redonne couleur. Rouge. Comme la figure de ces baronnets de la culture lorsqu’ils chevauchent une aspirante jeune première à qui ils ont fait des promesses qu’ils ne tiendront pas.

La ville de Paris et le Théâtre de la Ville ont décidé de déposer conjointement plainte contre les personnes s’étant rendues responsables d’actes de dégradation du domaine public et d’atteinte à la liberté de création et d’expression artistique

Imaginez la scène. Un public qui hue les impénitents qui ont osé, sacrilège suprême, venir manifester leur désaccord sur scène. On tolère déjà à peine ceux qui sortent avant que la pièce soit finie, on regarde d’un sale oeil ceux qui n’applaudissent pas, mais alors ceux qui montent sur scène… Les salauds. Vivement qu’on puisse applaudir les forces de l’ordre quand elles feront le sale boulot qu’on se sent bien incapable de faire en tant que spectateur au Théâtre de la Ville.

Conséquemment, il faut porter plainte contre eux. Le fait qu’ils aient fini par se faire virer ne suffit pas. Il faut surtout que les spectateurs comprennent bien qu’ils n’ont pas intérêt à manifester trop ardemment leur mécontentement. Sinon, hop, police. La liberté d’expression artistique sera assurée contre toute tentative d’expression autre et troublant la première. Par les force de l’ordre si besoin est.

Ah, pourtant, si ces « intégristes chrétiens » n’étaient pas venus perturber le spectacle, on se seraient ennuyés sec… Au moins, grâce à leur action, il y a eu un petit frisson qui a parcouru l’échine du spectateur. Un petit quelque chose. D’un peu plus passionnant qu’une séance chiante à en crever de lapidation du portait du Christ. Il faut bien avouer qu’ils sauvent ce spectacle qui, sinon, se seraient gentiment enfoncé dans une indifférence à peine troublée par les coteries du milieu. Je n’irais donc pas jusqu’à dire que leur action n’est pas une franche réussite, mais bon, on s’approche un peu du fiasco.

Pippo Delbono, la dernière fois qu’il est venu à Paris, lui, il s’est foutu à poil. On s’en branlait hein.

Mais, au moins, là, c’était marrant pendant deux ou trois secondes.

Ah ah.

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