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Plus raffinés en rien que de la gueule

Télévision — Article écrit par le 11 avril 2012 à 17 h 48 min

Cyril, Norbert et Jean : rétrospectivement, il semble qu’ils ont toujours été les stars de cette saison de Top Chef. Et pour cause : les trois finalistes de l’émission culinaire représentent chacun à leur manière la société française.

(…)

Ce sont des vrais personnages de Balzac, ces trois-là. La Comédie humaine aux fourneaux avec la ville, la campagne, les ambitieux, les héritiers, les malins et les artistes. Mais ce qui est rigolo, c’est que cette différence de classe, je ne sais pas vous, mais moi, je ne l’ai pas vu dans les assiettes. Quand on voit ces trois enfants de France cuisiner, c’est comme s’ils avaient laissé leur classe sociale au manteau. C’est tout technique : amour du produit, précision des cuissons et des assaisonnements. On s’est beaucoup demandé, ces dernières années, pourquoi la France était si entichée de cuisine. La façon dont elle réunit ces horizons si distincts me paraît déjà une raison suffisante.

atlantico

-Ici on est raffiné de la gueule n’est ce pas…raffiné de la gueule ça…les français ils sont plus raffinés en rien que de la gueule…ça, ça de ce côté là, promis

- C’est le propre des vieilles civilisations d’ailleurs

-La gueule oui

- (inaudible).. la France … et les chinois en réalité ?

- Oui…mais mais mais ils sont bouddha oui… la gueule… ils ont un triple cul un triple bide puis ils ont inventé l’auto… magnifique pour promener les bouddhas…si Bouddha avait eu l’auto-oh-oh rendez compte qu’est-ce qu’il aurait fait ? alors, vous avez Krou-kroutchev il a un gros cul n’est-ce pas il parle tout..heuu héé..raconter des histoires tout..hééé..mais..il se tient il se tient mal n’est ce pas..gaudrioles de commis voyageur..s’trouve très fort n’est-ce pas… qui ferait rougir que les (?)..stupide n’est ce pas..BAH CA MARCHE ! AAAH MOI JE SUIS..haaan..l’autre gros cul d’en face.. qui répond à l’autre gros cul..c’est très vul-GAIRE ..n’est-ce pas..tout finira par la canaille disait Nietzsche…. nous y sommes..n’est-ce pas..n’est-ce pas..évidemment..la canaille..n’est-ce pas..la canaille..

Céline-Interview radio avec Jean Guénot et Jacques D’Arribehaude (6 fevrier 1960)

Comment voir autre chose que la concrétisation définitive du tous artistes dans cette explosion de popularité des émissions de concours culinaires, où l’on voit des brochettes de crétins et crétines couper des oignons comme des internés de Saint-Anne dans un montage stroboscopique frappé d’une hystérique musique de film d’action, sous l’égide de néo-profs-jury de certif’ sévères-mais-justes, mélange de régression d’Epinal et de saturation digne d’un blockbuster, convergeant en une attaque directe et en règle du système nerveux ? Depuis des années, on prépare la recette. La cuisine érigée comme art, tout d’abord. Arnaque absolue et parfaite, parce que d’essence inattaquable : qui n’aime pas bien manger ? S’ensuit les cuisiniers artistes et médiatisés comme tels (et entrepreneurs avisés : le restaurant est désormais le seul type d’entreprise dont la réussite est saluée sans la moindre retenue). Les critiques officiels (tel ou tel ridicule guide). Les marchands-consommateurs éclairés (riches touristes, cadres en repas d’affaire). Oh ? Et mais ? Mais tout le monde sait faire à manger ? Arranger les nouilles ? Inviter à dîner ? Dauber le dessert de son hôte ? Femmes en tête ? Hommes au foyer en renfort ? Partage des tâches sublimé ? Épices de tous les horizons au superU du coin ? Enseigne du métissage (la cuisine est l’argument imparable et incontournable des métissolâtres) . Tourisme en kit. Bingo !…Menu pour les masses cuites à point… d’où l’accumulation fébrile et automatique de critiques de tel ou tel plat, sans la moindre gêne..trop cuit pas assez salé..j’aurais mis du safran me dit ma voisine..tous artistes..tous critiques..tous ensembles..critique obligatoire, seul domaine résiduel où la critique n’est pas seulement permise mais exigée. Il faut admettre qu’ils ont réussi avec la cuisine là où ils ont échoué avec l’Art. Ou plutôt : parce que leur projet était foncièrement impossible avec l’art, déjà épuisé, ne pouvant conduire qu’à son achèvement dans le musée, cela s’est naturellement transposé dans la tambouille. Réconciliation de cantine de luxe : qui n’admire ces appétissants plats ? Qui ne se réjouit de ces attentions à faire pâlir les tables d’Ancien Régime ? Qui ne s’émeut de ces jeunes et dynamiques chefs ? Qui se risquerait à dire que la finesse, la passion, le travail acharné, l’amour du risque, l’enthousiasme, le respect de la hiérarchie méritoire, l’esprit critique et la gloire même n’existent autant là que parce qu’on les a fait disparaître- parce qu’on les a interdits- partout ailleurs ? Ces émissions ne sont en rien les métaphores de je ne sais quelles épopées néo-balzaciennes, elles sont leur ridicule épitaphe, la mise en spectacle transcendée du quotidien aseptisé (névrose obsessionnelle du traçage de la nourriture, campagne d’hygiénisme, conseils d’alimentation – l’alcool et les vins sont d’ailleurs les grands absents de ces émissions, si ce n’est le gras, en tout cas l’idée de la quantité). Il y a de la pornographie là-dedans, et tout comme la pornographie (et ses éventuels censeurs) cache la réalité de la mort du sexe, ces mises en scène camouflent la coexistence logique de la junk-food-kébab généralisée, des régimes amaigrissants, du prix sidérant de la qualité et de la peur délirante de maladies diverses. Masturbation de l’estomac. Et ces attendus thèmes : menus végétariens, menus pour enfants. Et la célébration du terroir et des bons produits bien de chez nous : ils sont où les gauchistes ? On les entend pas et ce n’est pas un hasard, on ne touche pas au gigot ici. On peut vous piétiner la gueule dans le réel, du moment qu’on ne touche pas au gigot. Le gigot c’est  l’enterrement de la hache de guerre. Réconciliation par la bâffre. Sport collectif. Et puis l’élimination programmée et progressive des candidats, alors que le moindre licenciement est présenté comme un crime contre l’humanité partout ailleurs. Et puis tout et puis rien.

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12 émissions de télévision en état végétatif qu’il faut débrancher en 2012

Télévision — Article écrit par le 28 décembre 2011 à 12 h 06 min

Oh je sais bien qu’on me rétorquera qu’il n’y à qu’à pas regarder. Évidemment. On peut d’ailleurs dire cela de beaucoup de choses, mais ça ne suffit pas à les faire disparaitre. Non, en cette période de fêtes, il est d’usage d’avoir une pensée pour les indigents. Prions donc pour que s’achèvent les souffrances manifestes de tous ces pauvres hères des médias en général et tout particulièrement de ceux qui suivent pour les raisons que je vais donner, afin que règne enfin l‘entertainment total sur nos écrans, et point la soupe chloroformée qu’ils veulent absolument déverser dans les crânes de nos enfants lorsque ces derniers ont le malheur de quitter leurs FPS et autres jeux vidéos réellement éducatifs. Précisons que si j’en donne douze, et même un peu plus, elles se recoupent toutes entre elles pour former un unique et fantomatique mouroir, véritable couloir de la mort de la servitude kulturelle volontaire ponctué de jingles pavloviens que nos élites shootés à la com’ s’acharnent thérapeutiquement à déclarer d’utilité publique afin d’y administrer leur morphine à juste dose en toute liberté.

 

 


On n’est pas couché

Certes, l’expulsion aux forceps des deux épouvantails très surestimés Zemmour & Naulleau- malgré une date de péremption tout de même proche-  avait déjà réduit l’intérêt de ce show terminal à zéro. L’adjonction de deux radasses agressives qui n’ont absolument rien à dire mais qui vont le dire quand même fait passer le baromètre dans le négatif. Laurent Ruquier la marionnette joufflu et ricanante pataugeant dans ses propres contrepèteries comme dans des couches ne peut alors faire penser à autre chose qu’à un gisant saisi d’ultimes convulsions nerveuses. C’est sans espoir, on va donc se pieuter sans scrupule aucun.

 


Le tour du monde en 80 secondes

Il faut l’admettre, Canal+ est une chaine innovante. C’est tout de même le nec plus ultra de ce que le morbide et bruyant esprit de gauche bling-bling peut produire et donner à voir. La séquence en question, une sorte de description d’images d’actualité, offre une torture inédite. L’adjectif pour rendre compte de l’espèce de ton à la fois blasé, lassé, méprisant et étouffant de sous-entendus, n’existant pas, on ne peut donc essayer de le comparer qu’aux sermons coco-nord-coréeo-cubains déversés en boucle par des hauts-parleurs dans les oreilles des travailleurs du peuple, mais condensés en 1mn20 et avec l’air d’incarner d’un stoïque désespoir complice la dernière radio libre. La voix off s’appelle Christophe Tison, célèbre victime autobiographée de la pédophilie, des drogue et des médias. Qu’on l’achève.

 

Mon Œil

C’est un peu la même chose que précédemment, mais en version France 2, c’est à dire avec toute la finesse pachydermique du gauchisme d’Etat. Il ne faut pas rater cette séquence, passant uniquement le samedi à 13h15, pour se faire une idée assez précise du travail de lavage de cerveau entrepris par les maboules de France Télévision à faire passer Goebbels pour un anarchiste clinophile. Montage indigeste, tournures de phrases de prof de français militant au NPA se prenant pour Zola, là encore sous-entendus excédés livrés à la tonne contre « la droiiiiiiiiite » avec montée hystérique dans les aiguës servant de ponctuation, cet énième supplicié volontaire du service public veut certainement dénoncer quelque chose mais n’arrive qu’à se faire passer pour un échappé de Saint-Anne pas encore débarrassé de sa camisole tenant absolument à nous faire comprendre qu’on est aliéné et qu’il faut ouvrir les yeux. Il s’appelle Michel Mompontet et il souffre, si vous le croisez  opinez et contactez urgemment les urgences psychiatriques ou la fourrière vétérinaire la plus proche.

 


Zemmour&Naulleau

Privés du public de gnous sur gradins, des comiques pas drôles, des invités difformes et du zébullon de backroom Ruquier, les deux polémistes officiant désormais à compte d’auteur, on s’aperçoit qu’en effet, ils ne disaient rien d’extraordinaire, ce dont on se doutait déjà mais que le cerveau avait du mal à décrypter dans l’ambiance d’élevage de poulets industriels concoctée par un interrogateur de Gantanamo qu’était le  cloaque « On n’est pas couché ». S’ensuit une vaine et longue tentative d’arrachage de vers du nez dont on ne cherche même pas à suivre les pseudo-esquives des convives dubitatifs. Ils n’ont pas encore perdu leur triple A mais les marchés ont tranché : vendez, ça vaut plus un clou.

 


Avant-Premières

C’est bien simple, prenez absolument tous les déchets produits chaque semaine par l’industrie culturelle française et faites-les défiler comme des putes à numéro dans un bordel de Bangkok, rajoutez une présentatrice issue de la diversité, catégorie phrases creuses et transitions à contre-temps, décorez avec des plantes vertes ébouriffées officiants également et sans surprise dans la presse papier, avec carte, rajoutez des séquences vidéos ou critique d’art (?) si cohérentes qu’on se demande si on n’a pas zappé accidentellement sur un truc du même genre mais pas exactement pareil, faites pérorer maladroitement tout ce monde d’une telle façon qu’on a l’impression de se balader dans une prison chinoise où les incarcérés seraient sommés de chanter tout le bonheur que leur inspire leur existence, et vous aurez assez fidèlement la description de cette chose qui sent déjà la mort. Cotisez-vous pour leur payer un cercueil.

 


Toques et politique

L’émission « Toques et politique » du grassouillet Périco Légasse, animateur TNT au lait cru pour collectivité territoriale, ayant fermé (trop de députés invités seraient décédés par intoxication socialo-alimentaire, c’est dire la dose), on ne peut plus lui souhaiter que de digérer pour l’éternité, fusionnant ainsi avec ces sénateurs sous les hospices desquels il se gavait. Bonne nouvelle, certes, mais pour être tout à fait honnête, c’est l’intégralité des émissions de journalisme d’Etat pondues par la chaîne LCP-Public Sénat qu’on aimerait voir agoniser étouffées sous la masse des subventions pour sujétion opinante qu’elles touchent par wagons entiers autant que par les hectolitres de propagande visqueuse qu’elles sécrètent, sans compter les places de parking réservés, dans tout le décorum de la soumission soviétoïde qu’elles incarnent jusque dans leurs grotesques logos. Mais cette liste ne suffirait pas en faire la somme. L’unique moyen de les voir disparaitre serait donc de s’en remettre à leurs vices. Offrons alors restes de foies gras et chocolats dans des paquets tricolores et doublons le budget frais de bouches de ces turlupins numériques jamais rassasiés, afin qu’une explosion de viscères en direct sur leurs immaculés plateaux clignotants les emporte enfin, tels un feu d’artifice du 14 Juillet.

 


Des mots de minuit

Retour dans le service public pour un spectacle d’une longévité symboliquement parlant plus proche de l’angoisse existentielle (pourrait-on ne pas mourir ?) que de l’espoir. Rien que la tronche de cow-boy pénétré à branche de lunette dans la bouche, comme une tétine intellectuelle,  de Philippe Lefait suffit à avoir envie d’aller physiquement sur le plateau un couteau sous la gorge pour le supplier d’arrêter de se mettre en scène dans un rôle d’un sous-pivot indéboulonnable de bar lounge de province. La façon qu’à ce dernier à demander immanquablement, avec un sérieux indestructible, à ses invités lorsque l’un d’entre eux vient de parler, semble-t-il, « et vous, Truc, qu’avez-vous entendu de Machin ? », comme un prof de français miteux cherchant absolument à créer le dialogue entre quatre zombies de la littérature ou autre, ne peut que pousser à couper le son, laissant ce spectacle vertigineux d’ennui et de suffisance se contracter silencieusement dans les eaux glacée des horaires de la télé de nuit, dans la dimension soporifique et somnifère qui lui sied. Laissez-le couler et rejoindre les stomiiformes.

 

 

C Dans l’Air

Yves Calvi, étoile montante du poujadisme d’information en milieu social-démocrate, sévit dans une bonne grosse émission mensuelle sur France deux. Néanmoins, là où il a fait ses armes et où il continue de distribuer ses « comprenez-moi bien » et autres « mais vous comprenez que le français, comme moi, il se pose des questions » baignant dans l’huile de friture du débat du comptoir validée par les services d’hygiène, est bien son émission « C dans l’air » tous les soirs de la semaine sur France 5. La recette est simple : prenez un bon gros morceau d’actualité bien faussement polémique, un épais présentateur qui se veut la caisse de résonance des interrogations citoyennes forcément angoissées, ajoutez un replet panel d’experts recyclables et recyclés dont on devine qu’ils ont demandé à leur femmes d’enregistrer l’émission pour la postérité, et vous obtenez ce suiffeux machin mou qui tourne tout seul et qui n’arrête pas de supplier qu’on le regarde et qu’on lui pose des questions sms ou par mail. Et tout ledit panel d’experts répond, avec la satisfaction certaine d’être de cette race d’hommes qui font avancer les choses et calment les foules et qui seront là le lendemain si on leur redemande pour administrer leurs lumières sur un tout autre sujet, c’est à dire pour refaire la même. Laissez-les s’engraisser lentement, leur couenne finira par les étouffer.

 

 

Le JT de Pujadas

Il faut l’avouer les JT se suivent et se ressemblent depuis des décennies. Depuis toujours, donc. Et leurs présentateurs avec. En cela, Pujadas, le schtroumpf gris de la grand-messe du 20 heures, ne fait pas réellement exception à la règle. Si ce n’est qu’il incarne dans une sorte de précipité chimique tout le kitch du corporatisme journalistique. Ce playmobil de l’interrogatoire doux avec les puissants mais ferme avec les cancrelats dépressifs n’en perd jamais une pour essayer d’incarner, et il y parvient tout à fait, toute la haute idée qu’il se fait de « la profffession » dont il se veut le héraut, lâchant même avec appétit un regard brillant d’autolâtrie repue vers le spectateur, que-dis-je, La France, ne comprenant pas qu’on l’aura bientôt oublié comme les autres, et dont les futurs réminiscences à l’occasion d’un énième show de la télé se commémorant maladivement elle-même n’évoqueront que le souvenir d’une époque d’une petitesse blafarde, hargneuse et veule. Laissez le aboyer, un voisin s’occupera bien un jour de lui.


Xenius

Arte, la chaîne qui s’invente des lignes Maginot à fur et à mesure qu’elle incarne l’uniformisation protestanto-écologique colorée de l’époque a, suite aux années les plus sombres du comique vert, enfin accouché de son messie. Comme son nom ne l’indique pas, il s’agit ici d’écologie citoyenne et de rééducation européiste. Les présentateurs jeunes et dynamiques, allemands ou français, s’il l’on parvient encore à discerner quelque chose, parfaits résumé en basket de toute l’optimisme vigilant de ces temps, sautillent comme des cabris en criant « CO2! ou « Energie! » ou encore « dedemain » de tout leur sourire bright, faces télétubbesques comme autant d’extrémités de tentacules d’un monstre lovecraftien extirpé d’un rêve érotique d’Eva Joly, ne sont là que vous faire justement comprendre que maintenant, c’en est finit de rigoler avec la planète, Jacques Delors et le futur des enfants asthmatiques. Ils y arrivent si bien que la terreur sauve parfois cette émission du ridicule. Achetez un 4×4 GMC et traquez -les sans relâche.

Bourdin

Déjà, une émission qui porte sobrement le nom de son présentateur ne peut être autre chose qu’une énième mise en scène nombriliste d’un pantin journaleux quelconque. Avec Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, le pari est réussi, on croirait revivre la scène de la cellule de verre du Silence des Agneaux, où on aurait remplacé la jeune Clarice Starling par des auditeurs chargés de confesser par téléphone toute la misère que les médias censurent habituellement, afin de rameuter l’audimat, et le Bourdin Lecter d’humer avec concupiscence le parfum de la peur, de la gêne et de l’audience assurée pour mieux enterrer ensuite ses brebis sous des mises en gardes suintantes d’hypocrite moraline et de répugnants consensus. C’est qu’il veut garder les mains propres, le serial killer du réél, et réussit à hisser l’opportune lâcheté au rang d’art. N’oublions que dans l’amusant film, ledit Lecter était un ancien psychanalyste, et on peut boucler la boucle en relevant qu’il s’agit bien ici de sadisme rémunéré, où le thérapeute ne fait qu’aggraver volontairement la névrose de ses patients, pour toucher le chèque et donner rendez-vous à la semaine suivante en faisant ses gros yeux culpabilisateurs. Arrêtez tout et transférez le dans une zone de haute sécurité sans moyens de communiquer.

 


Ce soir (ou jamais)

Certes, Frédéric Taddei s’en vu amputé d’une bonne partie des ses plages de diffusion. Mais ça n’a pas suffit. L’actualité vue par le monde de la culture, soit le néant commentant l’insignifiant, énième clone fatigué des émissions de Polac, c’est concrètement l’ouverture des cages d’improbables et minuscules macaques médiatiques hébétés, ravis de se voir encore arriver à pousser des grands cris en gesticulant dans l’arène des spotlights, à tel point qu’on se demande si ça ne relève pas de tests de médicaments ourdis par des laboratoires pharmaceutiques. Toute cette ribambelle de débiles mentaux n’ayant absolument rien compris de l’époque feignent ainsi sur deux heures d’avoir des opinions et, on peut toujours rêver, des divergences. Cette véritable cour des miracles de la sottise épatée d’elle-même n’en peut plus qu’on lui laisse encore la parole.  Il y a les vieux loups assurés, les jeunes lions balbutiants, les momies sorties du congélateur, les stars avachies, les vedettes de l’instant, les profs encanaillés, les sociologues hydrocéphales, les frigides philosophantes, les curés à usage unique, les moralisateurs au long court, les sinistres solaires, bref : tout le mensonge de la diversité bruyante recouvrant l’uniformité de son vide, s’acharnant à démontrer qu’il y a quelque chose plutôt que rien.

Frédéric Taddeï, concepteur-animateur de ce fond de cuve de la télé gratiné au micro-onde, est d’autant plus coupable qu’il lui arrive de poser des questions, voire de subtiles, pour aussitôt se signer d’un sourire mi-abruti mi-sadique au spectacle de ces béni-ouistitis se jetant entre eux les restes des cacahuètes cérébrales dont la nature les a dotés. Le pathétique est consommé lorsqu’occasionnellement un invité se détache des autres par un minimum de civilité, une absence de veulerie ou un propos véritablement non-aligné : il se voit alors immanquablement ensevelit par des monceaux de mauvaise foi, des gravas de caricatures et des pelletées de ricanements morbides. La voilà, c’est la messianique victime sacrificielle, celle qui grandit les nains à ses frais, donne l’apparence du débat et l’excuse de la pluralité. Elle n’avait qu’à ne pas venir.

Il est à peu près certain que Taddeï a dû longtemps rêver de tenir le rôle qui est aujourd’hui le sien, comme une femme d’asseoir enfin ses fonctions biologiques, ne pouvant se résigner à admettre que le rejeton tient plus de l’attardé vicieux que de la compensation narcissique rêvée, il s’acharne donc à essayer encore de faire croire que le filet de bave qu’il essuie du menton de sa progéniture ratée tient du crachat conceptuel post-moderne. Achetez-lui l’intégrale de Droit de réponse, qu’il admette que c’était déjà au moins aussi minable et qu’il laisse Patrick Sébastien s’occuper de la bande-son, que tout cela soit enfin cohérent à défaut de toute autre chose.

 

 

 

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Edouard Baer

Cinéma, Culture, Télévision, Théâtre — Article écrit par le 12 novembre 2011 à 11 h 16 min

Edouard Baer s’est appliqué dans chacun de ses rôles à faire vivre cette tradition très française de la conversation brillante. Il est l’un des rares à maîtriser cet art de l’oralité, cette manière subtile d’improviser des personnages qui correspondent à sa sensibilité propre mais aussi à de grands stéréotypes susceptibles de parler à tout un chacun.  

Exceller aussi bien dans les codes du raffinement que dans ceux de la muflerie et les faire vivre à travers des situations, voilà une gageure rarement menée à bien par nos aârtistes et intermittents, gageure tenue par le sieur Baer et avec quel brio souvenons-nous :

On se souviendra aussi des émissions comme « A la rencontre de divers aspects du monde contemporain » et de ses improvisations remarquables du « Centre de Visionnage ». Chemise en chambray, cravate en tricot, manière moelleuse de prononcer le son « j », était-ce la renaissance de l’aristocratie? Cette toute petite rubrique qui clôturait à l’époque l’émission « nulle part ailleurs » avait le mérite suivant : ne pas avoir vocation à être un spectacle exactement drôle. Or c’est cela qui est terriblement ennuyeux dans les émissions de télévision : cette invisible et systématique obligation d’efficacité. Pas de temps pour l’incertitude. Ce qui est diffusé doit soit s’avérer soit drôle soit triste soit haletant… Et cette efficacité écrase tout sur son passage : elle aplatit le langage, ringardise toute tradition, court toujours plus vite vers le brutal, le grossier, le laid. Aparté, juste comme ça : les éclairages sur les plateaux de télévision. Plus on avance dans le temps et plus les émissions sont pleines de couleurs éclatantes que l’on vous jette au visage (le petit journal…). Plus on va chercher loin  dans le passé et plus on voit des éclairages tamisés, modérés, modestes en somme. En fait on observe un mouvement général d’abaissement de niveau avec un spectacle qu’il faut « servir » au spectateur au lieu d’inviter ce dernier à « aller chercher ». L’intérêt du Centre de Visionnage c’était qu’il fallait aller chercher.

Dans ces envolées lyriques expressément grotesques chantent en filigrane des époques et des milieux que nous n’avons pas connu mais qui soudain se mettent à vivre devant nous: situationnisme, « blousons noirs », mondains brillants… Faire vivre des personnages voilà bien en somme tout ce que l’on demande à un comédien. Finalement Edouard Baer est un type qui fait son travail, comme d’autres avant lui et qui eux n’ont jamais eu d’interviews sur quatre pages avec photographies sépia dans TGV Magazine: Jacques François, Philippe Nahon, François Levantal… Ce qui nous mène à un autre sujet qui mériterait d’être développé ultérieurement : pourquoi les bons acteurs se voient presque systématiquement cantonnés à des rôles de merde ?

Bien qu’il soit selon toute vraisemblance un bobo adepte du gauchisme le plus stupide, que le bon Edouard soit remercié d’avoir à son échelle fait vivre ce que l’on peut appeler l’esprit français.


Spartacus, Blood and Sand

Télévision — Article écrit par le 5 juin 2011 à 10 h 28 min

La révolte servile auquel pris part Spartacus entre -73 et -71 dans le sud de l’Italie a inspiré de nombreux auteurs. Le plus souvent ils décrivent Spartacus à la façon d’un résistant de la seconde guerre mondiale, ou d’un Harriet Beecher Stowe (La case de l’oncle Tom). Un homme épris de liberté, qui aurait lutté contre un ordre esclavagiste et impérialiste, immoral et décadent. Rome comme la Sodome et Gomorrhe de la basse antiquité. Spartacus l’honnête guerrier pré-chrétien luttant contre la bête pré-fasciste.

Cette opposition entre les justes et les Romains cruels, alanguis sur des sofas en dévorant du raisin tout en déflorant de jeunes esclaves, constitue le ressort du péplum. Les auteurs et réalisateurs se sont de tout temps servis de la Rome antique pour exorciser nos pulsions. Rome devenant le réceptacle de tous nos fantasmes et de nos vices. Le péplum permet sous le voile d’une condamnation de ces mœurs, de se laisser aller à un spectacle violent, cruel, exotique, lubrique et sensuel. Les historiens de cours, puis les apologistes chrétiens, avaient dès l’antiquité donné le ton par des descriptions hautes en couleur. A leur suite les réalisateurs Italiens et Américains ont compris quel potentiel possédait la mise en scène de cette époque reculée.

Le spectacle de la nudité de prime abord. Les personnages de péplum sont pour ainsi dire presque toujours à demis nus. Les femmes sont lascives, drapées de robes vaporeuses laissant place à leurs charmes. Les hommes posent les muscles bandés et huilés, simplement vêtus d’un pan de tissus. Hercule et les héros mythologiques offriront d’innombrables scénarios pour bodybuilders court vêtus. La nudité appelle les désirs charnels. La sexualité de l’antiquité, perçue comme libérée, permet de mettre en image des scènes plus osées qu’à l’habituel. Ainsi le péplum a toujours été un espace de permissivité homosexuelle, où les sous-entendus et les ambiguïtés sont légion. On peut citer le Spartacus de Kubrick et son célèbre « Etes-vous plutôt huître ou escargot ? » ou plus récemment Alexandre, voire 300.

Maciste
Aimes-tu les films de gladiateurs ?

La violence ensuite. Les jeux du cirque, les excentricités de tyrans, permettent de mettre en scène des raffinements de cruauté et des hectolitres d’hémoglobine. Course de chars, naumachies (reconstitution batailles navales), pancrace, combats contre des bêtes, exécutions publiques, combats de gladiateurs, le quota d’action dans une production est aisé à atteindre et sa variété accueille les suffrages du public. On atteint même le morbide et quasi-pornographique avec le Caligula de Tinto Brass. Seule l’ère nazie donne autant de libertés visuelles sous le fard de la condamnation : Salò ou les 120 Journées de Sodome, Salon Kitty. Et puis imaginer des hommes s’affrontant dans des arènes gigantesques, devant une foule de spectateurs déchaînés tel des hooligans, éveille en nous Occidentaux pantouflards quelques appétits enfouis. La violence peut être bonne à voir.

Mal connue, lointaine, condamnée par le christianisme, parfois baroque, propre à exalter l’imagination, l’Antiquité a donné le cadre idéal à un spectacle manichéen, c’est-à-dire moral, tout en permettant sous les abords de la condamnation de se laisser aller à des débauches visuelles inédites, avec l’approbation tacite des ligues de vertu. La grandeur passée, la monumentalité des ruines, a permis de rendre pensable une Antiquité emplie de figurants, de danseuses, de chorégraphies moites et de spectacles saisissants.

Gladiator en dépeignant la lutte entre une république fantasmée et un tyran vicieux reprend ces schémas, mais marque une évolution, puisqu’à rebours du discours religieux classique, ici le héros est un païen vertueux, pratiquant le culte des ancêtres. La série Spartacus, Blood and Sand marque une autre évolution en s’exonérant du manichéisme du genre. Les gladiateurs ne sont plus des idéalistes prisonniers d’un peuple cruel, ils deviennent des êtres à part entières ; un négatif du monde des hommes libres. Même si dans la série le héros garde sa dimension manichéenne, ses compagnons sont animés des motivations les plus diverses. Certains luttent pour la gloire, d’autres pour rembourser des dettes, d’autres parce qu’ils ont été capturés et qu’ils n’ont pas eu le choix. Ce ne sont pas des révolutionnaires voulant abolir l’esclavage, mais des êtres défendant leurs intérêts qui ont seulement été victimes d’un coup du sort. Plus de grandes envolées lyriques sur la liberté, ces hommes sont des guerriers d’élite souhaitant prendre la place du maître.

Lucretia - Lucy lawless

Spartacus, Blood and Sand est – disons le d’entrée – un excellent péplum. C’est-à-dire un divertissement très plaisant. Le scénario se lovant dans l’Histoire parvient à donner du corps à la révolte qui agita le sud de l’Italie, et qui partie d’une révolte de gladiateurs embrasa les campagnes, rassemblant esclaves des latifundias et citoyens pauvres dans une vaste entreprise de pillage. Avant de se finir le long de la voie Appia, les corps des révoltés crucifiés sur 200 kilomètres.

Les relations entre les gladiateurs du ludus, entre les esclaves et les maîtres, et entre les maîtres et l’extérieur créent une tension permanente se distillant en diverses intrigues. Les histoires s’entremêlent pour créer une toile de fond baroque et une galerie de personnages intéressante. Le destin des maîtres conditionnent celui des esclaves. L’ambition de Batiatus est de s’extraire de sa condition de laniste pour embrasser la politique, d’abord à Capoue puis à Rome même. John Hannah lui donne une dimension assez exceptionnelle ; un homme tout en jeux d’ombre, à la fois entreprenant, dur, perfide, courageux et grandiose. Romain. Nous sommes loin de la caricature qui veut que le méchant soit veule et lâche. Lucy Lawless (Xena la guerrière dans notre adolescence) interprète sa femme Lucretia, plus perfide encore, voluptueuse, amoureuse, impitoyable, et souvent dévêtue, elle resplendit dans la série. Chez les gladiateurs on retiendra Peter Mensah en Doctore et Manu Bennett jouant l’impétueux gaulois Crixus.

Doctore

Les combats sont outranciers, une pluie de sang inonde l’arène et ses gradins. Les corps sont beaux, magnifiés par l’image, les décors sont assez réussis même si leur étendue est plus modeste que ceux de Rome. L’image est belle, magnifique parfois, très travaillée elle surpasse dans Gods of Arena la toile Pollice Verso de Gérome dans un mélange de rouge, d’ocres et de tons crépusculaires. La sensualité est au rendez-vous dans une succession de scènes d’orgie et un érotisme latent. La postérité des peintres dit pompiers est à chercher à Hollywood. Leurs œuvres ont inspirées des générations de cinéastes créant un art populaire riche à mille lieux des excentricités puériles de l’art officiel.

La série comporte pour l’instant une saison de 13 épisodes. Le tournage de la seconde n’a pas pu encore avoir lieu à cause d’un cancer qu’a déclaré Andy Whitfield jouant le rôle de Spartacus. Il sera décalé jusqu’au rétablissement de l’acteur, ou à défaut sa mort. Pour combler l’attente des fans une préquelle de 6 épisodes Gods of Arena a vu le jour. Elle raconte l’histoire du ludus familial, l’héritage de Batiatius.

Une série fortement conseillée.


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Game of Thrones

Télévision — Article écrit par le 30 mai 2011 à 9 h 05 min

L’Heroic Fantasy est un genre peu représenté parmi les séries. Game of Thrones vient combler ce manque en adaptant à l’écran une grande référence de la littérature, Le trône de fer. Série de sept romans dont quatre ont été publiés, et dont le cinquième devrait l’être en juillet. La série est diffusée sur HBO depuis avril et devrait comprendre dix épisodes pour sa première saison. La production semble vouloir adapter un tome par saison, ce qui devrait nous permettre de profiter de cinq saisons si l’audience suit.

Je ne m’attarderai pas sur les romans n’ayant pas osé m’aventurer dans cette longue histoire.

La série est magnifique, les environnements sont très travaillés, et offrent une grande diversité de situation. C’est visuellement bluffant. Un vrai effort a été fournis pour les costumes, le choix des sites, le détail des décors. Il est rare de découvrir un monde imaginaire si cohérent et vivant. Les images de synthèse sans être au meilleur de ce qu’il est possible de faire sont très satisfaisantes pour une série. On pourrait reprocher à la réalisation de parfois manquer un peu d’entrain, mais la série n’en est pas moins addictive. Les acteurs ne sont pas en reste puisqu’on retrouve des valeurs sûres comme Eddard Stark (Boromir dans Le seigneur des anneaux) et Lena Headey (Les chroniques de Sarah Connor) ; beaucoup d’inconnus aussi qui se montrent à la hauteur.

L’histoire prend place dans le royaume des Sept Couronnes, qui offre une géographie aussi complexe que celle de la terre du milieu. Il s’agit d’un royaume féodal, pendant de notre Moyen-Age. Il est régi de la même façon par des liens de vassalité. La politique qui anime la capitale et les fiefs provinciaux, les jeux de pouvoir, les alliances et les trahisons, les retournements de situation, sont un des atouts de cette série, qui offre au spectateur une scène complexe où les intérêts s’opposent avec maestria dans un défoulement de violence et de plans retors. La variété des personnages qui rend compte de la variété des territoires et des modes de vie, ainsi que des diverses psychologies, donne une forte crédibilité à ces intrigues politiques.

Cette première saison fait la part belle à un affrontement entre les Stark, commandant les lointaines frontières du nord, et les Lannister qui sont de riches seigneurs. Le roi Robert Baratheon rend visite à son ami Eddard Stark pour lui proposer de devenir la main du roi, soit le premier ministre, après la mort de son prédécesseur certainement empoisonné. Les Lannister s’opposent rapidement à cette famille dont la présence près du souverain bloque les visées. Outre cette confrontation qui s’apprête à ensanglanter le royaume, plusieurs catastrophes s’annoncent. Au nord, au-delà du mur séparant les terres civilisées de la barbarie, des signes semblent présager le retour des Marcheurs ; des êtres redoutables dont nous savons encore peu de choses. Une nouvelle période glaciaire pourrait faciliter leurs invasions. Tout à l’opposé, sur le continent Est, derrière un bras de mer, les survivants de la maison Targaryen dont le père fut tué par l’actuel roi prépare leur vengeance en s’alliant à Drogo, chef d’une puissante horde de cavaliers nomades qui ne sont pas sans rappeler les Huns ou les Mongols.

Game of Thrones est la série à suivre en ce moment.


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The Wire

Télévision — Article écrit par le 26 mai 2011 à 0 h 46 min

The Wire est une série constituée de cinq saisons réalisées entre 2002 à 2008. Son créateur est David Simon, connu pour cette autre excellente série qu’est Generation Kill, racontant la chevauchée d’une unité de Marines aux avant-postes de l’armée américaine lors de l’invasion de l’Irak. Loin des sables du désert, The wire prend place sur la côté Est et nous raconte Baltimore.

Production atypique, elle s’extrait des codes d’un genre pour devenir une œuvre complète, bien au-delà de la série policière qu’on pourrait imaginer découvrir. L’intrigue organisée autour d’une brigade luttant contre la drogue, prend le temps de développer chacun des aspects qui touchent à l’enquête. Sous des jours différents, comme des scènes distinctes qui ne cessent de s’entremêler pour former une histoire complexe et vivante qui peint la réalité brute. On suit tour à tour l’enquête de police, l’organisation du trafic de drogue, les coulisses politiques, policières, sociales, éducatives, intimes des personnages. Là où d’habitude une enquête dure un épisode, dans The Wire elle dure le temps d’une saison de 12 – 13 heures, où l’on découvre aussi tout un pan de la vie à Baltimore. Il faut s’habituer à une narration différente, où l’on s’intéresse autant aux malfrats, à la police, qu’aux habitants. A l’opposé du style pétaradant de 24 ou des Experts, l’ambiance tranche complètement avec le déferlement d’action à l’œuvre dans d’autres séries. The Wire élimine tout manichéisme et amène une histoire fouillée, réaliste, avec des personnages qu’on pourrait croire réels, et des dialogues criants de vérité.

Chaque saison explore un nouveau pan de Baltimore en lien avec l’enquête. La première saison voit la formation d’une équipe d’enquêteurs chargée de démanteler le trafic de drogue dans un quartier noir. La seconde saison nous amène sur les docks propices à tous les trafics et structurés par le syndicalisme. La troisième marque le retour aux rues de Baltimore, théâtre de la première saison, et s’attache à développer une intrigue politique en prélude aux élections municipales de la saison suivante. La quatrième saison montre sous un jour très cru l’échec de la politique d’éducation américaine. Enfin la dernière se concentre sur le traitement de l’information et les médias dans la ville de Baltimore.

Au fil des épisodes la lassitude est très bien retranscrite, et surtout la force du marché. Un coup de filet policier est à peine lancé, que les gangs rivaux prennent pied dans la cité dont les dealers ont été arrêtés. Les restes du gang peinent à reconquérir le territoire à grand renfort de battes. La relève est assurée, car les plus jeunes prennent la place de ceux qui sont tombés dans un éternel recommencement. Un subalterne prend la place du chef, et tient le même discours à un jeune que son prédécesseur lui avait tenu. Il y a une transmission du savoir. La demande de drogue fait le reste. Des mois d’enquête policière n’ont servis à rien d’autre qu’à renouveler les truands. A en mettre certains au trou, et à en faire émerger de nouveaux. Un processus de sélection naturelle draconien.

On pourrait spéculer sur les raisons qui font que cette œuvre reste si méconnue, alors que c’est une des meilleures série que j’ai pu voir. Ce qui la rend unique et si intéressante, c’est qu’elle est sociologique comme l’est l’œuvre de Tocqueville, et sans qu’on s’ennuie un instant.

Quelques citations pour un avant-goût :

- Un bus qui descend l’avenue centrale commence par prendre huit passagers. A l’arrêt suivant, quatre autres montent, puis deux de plus, et un passager descend. A l’avant-dernier arrêt, trois passagers descendent du bus et deux autres montent. Combien de passagers restent-ils au dernier arrêt ?

- Sept ? Huit ?

- Putain, Sarah, écoute. Ferme les yeux. Tu vends du matos. 20 capsules roses. Deux camés prennent deux capsules chacun, un autre en prend trois. Puis Bodie t’en refile dix, mais un blanc se pointe en bagnole, te fait signe et en prend huit. Il te reste combien de capsules ?

- Quinze.

- Comment tu fais pour calculer ça et pas résoudre le problème de maths ?

- Si tu te plantes, tu te fais casser la gueule.

Episode 8, Saison I

- Sais-tu qu’elle est la chose la plus dangereuse en Amérique ?
- Un nègre avec une carte de bibliothèque.

Episode 10, Saison II

Baker, je vais te dire un secret. Un agent en patrouille est un vrai dictateur en Amérique. On peut emprisonner un type pour une broutille. On peut l’emprisonner pour de bon. Ou on peut dire : « On s’en fout« , et aller se saouler sur l’autoroute. Et nos coéquipiers nous couvriront. Alors personne, vraiment personne, ne peut nous dire ce que l’on doit faire.

Episode 10, Saison II

- Hé, mon pote on a besoin de tester négatif.
- Yeah
- 5 $
- Putain, c’était seulement 2 $ !
- La pisse propre c’est rare à Baltimore. 5 $ pièce.
- Qu’est-ce qui me dit qu’elle est propre ?
- Elle vient d’une garderie.

Episode 5, Saison III

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Un divertissement sans conséquences

Télévision — Article écrit par le 28 septembre 2010 à 20 h 50 min

Messagers inconscients du progrès, ils annoncent tous « quelque chose ». Peggy Olson et Betty Draper annoncent le féminisme — plus, dans le deuxième cas, la libéralisation de la bourgeoisie WASP. Salvatore, l’émancipation des gays. Midge, la première maîtresse de Don dans la saison 1, annonce le mouvement beatnik. Et ainsi de suite. On suit ces personnages et on se demande comment leur existence peut être à ce point réductible à un motif sociologique aussi limité. Il va de soi que les personnages d’une série ne peuvent pas n’être que les reflets de leur seule existence individuelle, et qu’ils portent nécessairement en eux une réalité sociale qui leur est à la fois proche et étrangère — c’est une question de vraisemblance. Mais tout est dans le dosage. Dans le cas de Mad Men, l’archétype social supplante trop souvent le caractère personnel. Le récit social ne s’entremêle plus au récit personnel, il s’y substitue et en joue comme d’une marionnette.

Au final, c’est la qualité dramatique de la série qui en souffre. C’était tout particulièrement évident à la fin de la troisième saison, avec le divorce invraisemblable de Draper et de Betty : la discussion dans le salon, entre les parents séparés et les enfants, était une scène des années 2000, pas des années 60. Idem pour le « I won’t fight you » suave lancé par Don à Betty, laquelle appréhendait une réaction violente à sa demande de divorce : ce sont des mots empruntés à notre époque. Des mots plaqués pour un comportement plaqué.

(…)

Mais le commentaire le plus troublant doit être porté au crédit du publicitaire. Questionné lui aussi sur ses attentes pour la nouvelle saison, il a dit s’attendre à une « évolution » spectaculaire de Don Draper. « Tout [au long de la série] , explique-t-il, on voit cet homme s’agripper à un monde de mensonges. On est témoin de son cheminement très douloureux. Cet homme-là est terrifié… Son identité est fausse, il vit dans le mensonge.  On va le voir s’arracher au monde du mensonge pour devenir un peu plus véridique et transparent. » On comprend par la bande que le monde d’avant en était un de mensonge, et que le monde nouveau — le nôtre — en est un de vérité. CQFD.

Un peu de patience, Don se rapproche de nous. Il évolue. Il apprend. Il marche vers la lumière et la transparence. Oh ! comme il s’éloigne, l’odieux macho rayonnant de santé, qui avait osé lancer à l’une de ses maîtresses, dans la saison 1 : « Love ? What you call love was invented by guys like me to sell nylons. » Le temps des provocations est fini. L’âme de Don Draper est en jeu, et elle ne pourra être sauvée que par le progrès. Si Don existait vraiment dans la réalité et qu’il était toujours en vie, il aurait quelque chose comme 85 ans, se promènerait en BIXI, mangerait des cupcakes, militerait pour avoir le droit d’élever des poules en milieu urbain et aurait déchiré depuis longtemps sa carte de membre du Parti républicain.

C’est ici et c’est québécois. Une simple analyse du titre et du sous-titre de cette publicité pour bobo rééducateurs série suffirait presque, mais ne boudons pas le travail des autres.

Add:

Une plus vieille source qui disait déjà tout, dans le London Review of Books, sur la façon dont le spectateur de 2010 à fond la tolérance et la conscience éclairée est flatté de voir ce dinosaure de blanc hétéro fumeur WASP inconscient de vivre ses derniers instants de plaisirs au milieu de ses préjugés d’un autre âge, tout en le jalousant secrètement.

Add-2 : l’excellente réception critique de cette série et l’étrange satisfaction proclamée de son soi-disant succès, ainsi que les nombreux articles béats qu’elles a générés, sont à mettre en relation avec les taux d’audience :  Mad Men n’a jamais dépassé les 3 millions d’audience aux US, Dr House, par exemple, n’est jamais descendu en-dessous de 12. Peut-être faut-il entendre, là encore, une légère distorsion entre ce qu’imaginent les médiateux et ses branchouilles affiliés et le peuple téléspectateur. Ô mon beau miroir…


Top ten tv shows

Culture, Télévision — Article écrit par le 17 septembre 2010 à 11 h 59 min
  • Oz
  • Dream On
  • The Wire
  • The Sopranos
  • The Shield
  • South Park
  • The Simpsons
  • Seinfeld
  • Action
  • Profit
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