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Jérôme Leroy pipi caca
Littérature — Article écrit par Nicolas le 3 septembre 2012 à 18 h 29 minJe n’aime pas Jérôme Leroy. Oh, pas au point de m’en soucier. C’est juste que le genre parigo popu de gauche, le genre Riri (appelons-le Riri) au zinc-du-commerce du coin la rue Crozatier et du boulevard Diderot, ça n’a rien d’intéressant. Et quand c’est un genre qu’on se donne, un truc qu’on semble cultiver, c’est encore plus fin pénible. Je n’aime ni le goût de l’anis ni le mauvais blanc. Je déteste les olives apéritif. Et je ne lis jamais de polars. Le polar, à quelques exceptions près, justement celles qui dépassent les frontière de ce malheureux genre pour s’en extraire — mais tout le monde n’est pas Brautigan —, c’est un concentré de lieux communs, de recettes éculées et de rebondissements idiots. Tout ça pris au sérieux. Le pire est bien là. Encore le mal n’est-il pas bien grand si on regarde les tirages, les pilonnages et le nombre de volumes entre les deux qui se retrouvent dans un placard, un carton, ou à coincer une porte, un pied d’armoire, ou encore à un euros les 5 sur un stand de brocante le printemps suivant.
Mais tout cela explique quand même que le polar soit devenu le genre de prédilection des gens à idées politiques générales. Généreuses, qui pis est. Une certaine gauche donneuse de leçons en a fait sa spécialité, volontiers provocatrice dans les clous, antiraciste puisque c’est son gagne-pain. Un type lamentable comme Daeninckx, un poulpe au bout d’un laisse et les cheveux teint en caca d’oie, a longtemps été un bon symbole de cette sous-branche tristement propagandiste de l’industrie éditoriale. Ils ont vite compris que le mot de passe pour se faire éditer malgré tout et vendre un peu entre Bastille et Père-Lachaise, voire jusqu’à Montreuil, c’est de taper sur l’inépuisable extrême-droite™. Le tout fait un genre comme un autre. Fifty Shades of Grey c’est le mom porn. Le Bloc, c’est le polar-citoyen. Vous remarquerez au passage que l’un se vend de toute évidence mieux que l’autre.
Ce n’est pas que j’avais très envie de lire Le Bloc de Jérôme Leroy, qui date de l’an dernier, mais je suis tombé dessus sur un site de download, alors autant regarder, hein, je fais même ça avec les livres d’Olivier Todd ou d’Alain Minc, parfois, par curiosité. Chacun ses défauts.
Le Bloc, c’est l’histoire de plusieurs personnages qui s’adressent chacun à soi-même tout au long du livre, durant l’accession au pouvoir d’un simili-Front national, elle-même imaginée en 2011, sur fond d’émeutes placées peu avant les présidentielles de 2012 semble-t-il. On voit déjà toute l’ample puissance imaginative de l’auteur. Évidemment les frontistes sont des salauds ridicules, au point de s’épurer entre eux, entre vieux camarades de combat, pour mieux accéder au pouvoir. Ils ont tous des perversions sexuelles amusantes, ou au moins de petites saletés dont ils se souviennent, des histoires de bite où sèche du sperme par des matins glauques. Nos lecteurs attentifs auront reconnu là un des registres préférés de notre ami Leroy. Il y en a même un qui aime sa femme, seule note un peu originale dans ce roman poussif et à thèses. Quant à celui qui est pourchassé par les tueurs du Bloc — tout parti de droite a probablement des tueurs à disposition en nombre illimité — c’est parce qu’il est devenu trop encombrant pour une organisation en passe de devenir respectable. Et il est évidemment homosexuel, au moins en partie, après avoir tourné dans des snuff movies où de petites beurettes étaient violées voire tuées sur les rives de la Lys devant la caméra d’un médecin qui, coquetterie, ne porte pas un nom allemand…
Comptons toutefois au crédit de notre ami Jérôme qu’il n’a pas osé nous refaire le coup du notaire de Bruay-en-Artois, il a donc choisi un spécialiste de l’estomac. Nous échappions par la même heureuse inspiration au proctologue sadique qui aurait pourtant permis bien des divertissements… en littérature, c’est bien connu, il y a des facilités dont il faut savoir se priver.
Et il la baisait.
Oui, Selim Bechraoui la baisait.
Oui, j’ai vu ma mère se faire baiser dans une arrière- boutique, au milieu des paquets de pâtes et des piles de gâteaux. Des Pepito. Ay Pepito ! Je suis content aujourd’hui que
toutes ces épiceries, ces supérettes à l’ancienne, elles ferment les unes après les autres. Je sais que le Bloc défend les petits commerçants contre la grande distribution, mais l’odeur de ces magasins-là, un peu fade, avec des pointes de tomates trop mûres et de produit de nettoyage citronné, ça me renvoie à cette putain d’image.Maman se faisant baiser. Limer. Fourrer. Défoncer.
Maman aimant ça. Maman en redemandant au bougnoule. C’était vers dix heures du soir, le magasin de Bechraoui était pratiquement ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. J’avais traîné dans Denain, je venais de me sauver du collège après avoir pris quatre heures de colle pour insolence en cours de maths. Je suis revenu vers chez nous, vers la cité Martin. Avant je suis passé devant le Poilu qui était fermé. Papa avait dû rentrer et s’être endormi devant la télé.
On était au début de l’été. Quelques jours avant la fin des cours.C’était le premier été de la gauche au pouvoir. Papa buvait moins. Mauroy, un gars du Nord, était chef du gouvernement, il y avait aussi les quatre camarades-ministres du Parti. Ils allaient sauver Usinor, hein, relancer la machine… Sauver la sidérurgie…
J’ai décidé alors de dire bonsoir à maman. Je ne me doutais de rien, vraiment, à ce moment-là. Ou peut-être que si.
J’ai entendu seulement des halètements dans le fond, derrière le rayon frais. J’ai juste écarté un peu le rideau à lanières multicolores et j’ai vu.
J’ai vu le cul blanc de maman écraser les paquets de biscuits au chocolat à chaque poussée de Bechraoui. Lui, il avait son calbute sur les chevilles. J’ai vu les miettes de chocolat s’incruster et fondre dans la chair blanche.
Je suis ressorti de la supérette en courant et j’ai juste entendu Bechraoui dire :
— Merde, il y avait quelqu’un !
(…)
C’était un gros gabarit mais il a été sonné. De la monnaie et des biftons se sont répandus sur le carrelage. C’est un miracle que je n’aie pas été vu. Malgré le poids de Bechraoui, je l’ai traîné entre les rayons jusqu’à l’arrière-boutique, là où il avait baisé maman, là où il baisait maman et là où il ne la baiserait plus.
Je me suis mis à cheval sur lui et je lui ai démonté sa face de nioule à coups de poing, ça craquait, je sentais mes propres mains se couvrir d’ecchymoses et de coupures.
Le cul blanc de maman.Les Pepito.
Je lui ai enfoncé mes pouces dans ses yeux avec une facilité déconcertante et un grand bonheur enragé. Enfoncé jusqu’à ce que je sente céder les globes oculaires sous la pression et que je plonge dans un mou tiède, glaireux et sanguinolent.
Après, j’ai vu le démonte-pneu : j’ai baissé son froc et je lui ai écrasé les couilles et la bite jusqu’à ce ne soit plus qu’une sale bouillie.
Et puis je suis rentré à la maison.
Voilà. Morceau de bravoure.
Si c’est pas de la littérature ça, je ne sais pas ce qui en est.
Un facho, c’est forcément un type qui a vu sa mère se faire tringler dans une épicerie arabe. Ou dans un kebab : « la jolie fille qui se débat avec un kebab et son téléphone portable, insoucieuse de la sauce blanche qui lui coule sur le menton ».
Évidemment l’obsession de Jérôme Leroy avec les cul, les bites noires, la sauce blanche et les Pépitos est un peu curieuse. Et encore, je vous épargne les scènes où le mari de la dirigeante du Bloc l’attend et réprime à grand’peine son envie d’aller respirer les petites culottes de sa femme absente. Ou le journaliste juif anti-bloquiste qui se fait enlever puis castrer par des noirs sur instigation des méchants nazistes en profitant de ce qu’il aime les touffes de blaquettes — Leroy écrit comme ça. Et j’oublie le dépucelage romantique par une roumaine, ou les odeurs d’hommes qui semblent fasciner Leroy au point de revenir toutes les dix pages, et d’autres trucs.
On rappellera juste qu’ici même il rêvait de nègres qui violeraient nos mères. Ou nos sœurs. Ou nos ours en peluche. Je ne sais plus, ça se voulait familial pour être pire en tout cas.
Ce type n’est pas un écrivain. C’est juste un gros con de bolche à moitié dingue qui délire par écrit dans le genre pipi-caca en se donnant l’alibi de l’antifascisme. Une sorte de Béla Kun de banlieue qui serait réduit à sa propre main travaillée au coupe-ongles en guise d’orgie de tortures sexuelles.
Bonne rentrée littéraire à tous. Espérons échapper à un nouveau Leroy.
Le suicide médiatique est-il une drogue ?
Littérature — Article écrit par Blueberry le 29 août 2012 à 9 h 00 minTout commence décidément avec Drieu La Rochelle.
Se suicider ? Pas besoin la vie et la mort sont une même chose. Mon point de vue est l’éternel où je suis maintenant, où j’ai toujours été, où je serai toujours.
Frédéric Taddeï a dit un jour que la grand aventure de notre temps était la célébrité. Richard Millet, à cette aune, est un moderne.
N’allez cependant pas croire que le suicide médiatique soit un sport de velléitaire.
Je crois que le suicide médiatique est le seul suicide dont son auteur peut se passer d’y participer la première fois.
Eh, sans popolémique, sans papiers rageurs dénonçant le dérapage et quelques interviews indignées de vigilants antiracistes, il est tout bonnement impossible de réussir son suicide médiatique ! Le suicide médiatique implique qu’on vous aide. Que la grande machine se mette en branle pour vous.
Une nuit vous effectuez une remarque à la télévision sur le fort bigarré visage du Châtelet. Une de ces nuits où vous vous sentez sans doute vraiment fatigué et où la connerie ambiante vous tape tellement fort sur les nerfs que vous ne pouvez pas la fermer. Alors vous l’ouvrez. Et là, vous le ressentez, presque palpable, ça réagit dans tous les sens. Le niveau de connerie augmente de manière vertigineuse dans les quinze secondes suivantes.
C’est à peine si le présentateur ne se rue pas dans les coulisses en pleine émission pour écrire un sms à diffuser urgemment.
C’est tellement beau à voir depuis son écran que ça donne envie de pleurer.
Alors je n’imagine même pas ce que ça doit être de le vivre directement et d’en être la cause. Une vraie libération ? Le pied total ? J’imagine ça plus puissant qu’un shoot d’héroïne. Aussi puissant que l’adrénaline qui inonde le soldat lors des combats ? Je ne sais pas. Je n’en sais rien. J’espère pouvoir vivre ça un jour.
Au début ça se voyait que Richard ne comprenait pas totalement ce qui lui arrivait. C’est toujours comme ça la première fois. Vous avez l’air un peu perdu. Vous croyez que Delarue a su gérer ce qu’il se foutait dans le pif dès la première prise ? Ben non.
Frédéric Taddeï disait donc un jour que la grand aventure de notre temps était la célébrité. Mais le grand kif, si j’ose employer ce terme, c’est de la bousiller. Elle ou son éventualité.
Une fois que tu y a goûté, je crois que tu as envie de recommencer. Tout à fait sciemment cette fois. Ce qui est malheureusement compliqué. Plus personne ne veut vous inviter depuis votre première. Ils doivent avoir compris que celui qui a commencé finira toujours par y retomber, que l’attrait est trop fort.
Il faut voir jusqu’où Dieudonné est allé pour revivre ça. Tournée en bus dans toute la France, parrainage par Le Pen père, invitation de Faurisson sur scène… Alors que Dieudonné se produit désormais à la Main d’Or, Richard finira-t-il par lancer sa propre maison d’édition estampillée réactionnaire ?
Faut faire gaffe Richard.
Je ne suis pas sûr que Dieudonné trouve grand plaisir à se produire devant un public de supporters dans son théâtre. Ce doit être un peu comme passer de la vodka au panaché, niveau sensations… Dieudonné, avec le temps, il ressemble à un vieux camé un peu pathétique qui veut pas quitter les feux de la rampe. Qui s’accroche d’abord en augmentant les doses. Qui espère ensuite, qui vivote et qui essaie de monter des gros coups pour revenir à l’état de nirvana initial.
Le suicide médiatique c’est comme les gros succès.
Seuls les plus grands en matière de gestion de carrière en connaîtrons plusieurs tout au long de leur vie.
Je n’aurais pas forcément parié sur ton éloge littéraire d’Anders Breivik Richard. Malgré le soin que tu as pris de le publier au même moment que le jugement. Il sent trop le mec en manque. Et ces enculés de journalistes ou de critiques littéraires, ils reniflent ça. Alors ils auraient très bien pu t’en priver et passer le truc sous silence. Ça aurait fait deux heures d’émission à Radio Courtoisie et puis c’est tout.
Mais tu as eu raison.
Le besoin d’indignation est manifestement tellement puissant lui aussi qu’il se complète très bien avec l’irrépressible pulsion de mort médiatique.
Et peu importe, bien entendu, le fond de ton éloge.
Je te soupçonne de ne pas en faire grand cas toi-même.
Ce qui ne signifie pas que tes pages, même peu nombreuses, soient torchées comme celles d’un Stéphane Hessel.
Breivik est, comme tant d’autres individus, jeunes ou non, exemplaire d’une population devant qui la constante dévalorisation de l’idée de nation, l’opprobre jeté sur l’amour de son pays, voire la criminalisation du patriotisme, ouvrent un abîme identitaire qu’accroît le fait de vivre une fin de civilisation dont on n’imagine pas qu’aucun autre continent puisse en incarner le miracle, puisque les nouveaux maîtres du monde, de Doha à Rio, et de Hong Kong à Bombay, et de Sidney à Singapour, ne peuvent qu’en proposer la version technologique, c’est-à-dire la conversion de l’individu en petit-bourgeois métissé, mondialisé, inculte, social-démocrate – soit le genre de personne que Breivik a tuées et qui fait pourtant de lui autre chose que ce qu’Enzensberger appelle un « perdant radical » puisqu’il a agi seul, et non en accord avec un programme terroriste, ses actes étant au mieux une manifestation dérisoire de l’instinct de survie civilisationnel.
Les vingt pages sont à l’avenant.
C’est bien écrit, certes, mais rien de foudroyant non plus.
Rien qui ne mérite en soi, évidement, une mise au pilori médiatique.
Maintenant, je n’ai pas envie de disserter sur le sujet. Depuis juillet 2011, j’écris sans cesse des brouillons sur Breivik. Ils me ramènent tous à ce que j’ai pu écrire il y a déjà maintenant quelques années. Breivik est un espoir qui m’a quitté. Breivik c’est la Thompson de Roger Holeindre. Breivik ne me rappelle pas qu’une « guerre civile est en cours en Europe » comme le dit Richard Millet, il me rappelle qu’elle est perdue. Alors on peut apprécier l’esthétique ou, autrement dit, faire un éloge littéraire, mais voilà.
C’est déjà le monde d’avant.
Étiquetté : MilletLe viol de Lara Croft
Jeux vidéos — Article écrit par Blueberry le 22 août 2012 à 8 h 32 minQui possède encore un joystick ? Plus personne si on excepte les fans de Flight Simulator. Depuis plus de dix ans, au moins, l’instrument est systématiquement remplacé par la manette de jeu. Fini le design phallique et imposant du joystick, voici donc venu le temps des manettes aux formes arrondies avec leurs boutons de toutes les couleurs.
Autant dire que continuer à publier un magazine du nom de Joystick représente une hérésie.
Je me souviens avec émotion des dernières fois où j’ai acheté le magazine. Ça doit également remonter à plus de dix ans. Il y avait deux Cd-rom donnés avec, l’un avec des utilitaires, l’autre avec des démos de jeux à venir ou déjà testés. Ah… Rien que d’y penser je replonge à la fin des années 90, ses écrans bleus estampillés windows 98 et j’entrevois même mon lecteur de disquette trônant en bonne place dans ma tour.
Sensiblement à la même époque les premiers épisodes vidéo-ludiques de Lara Croft faisaient un tabac dans mon indifférence la plus totale puisque il ne s’agissait pas d’un Doom-like ou du derniers épisodes de Settlers.
Aujourd’hui, le retour de Lara Croft coïncide avec une petite polémique. Au-delà du caractère déjà misogyne du nouvel épisode, le test de Joystick serait encore plus misogyne. On trouve ça sur le blog « Genre! » avec un titre choc, « Joystick : apologie du viol et culture du machisme« .
Son auteur est une gameuse passionnée et une féministe.
Ce qui doit vouloir dire qu’elle ne joue pas à Wii Fit.
Ni qu’elle utilise un joystick.
Ca vous donne une idée si je vous dis qu’en tant que gameuse passionnée ET féministe j’ai une certaine habitude de la misogynie bien enracinée dans le milieu, mais que pour lire ces dix malheureuses pages j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois tellement j’avais envie de gerber ?
Donc on va en parler. En détail. Disséquer la charogne.
On va pas discuter de la misogynie bien puante du dernier Tomb Raider ; d’abord parce que j’en ai déjà touché un mot à la fin de cet article et surtout parce que beaucoup l’ont fait mieux que moi.
Et elle semble également avoir l’estomac sensible. C’est fou comme on est sensible aux odeurs quand on a le coeur à gauche. Si l’homme ou la femme de gauche n’a pas le monopole du coeur, il ou elle a reçu de ses parents un odorat particulièrement efficace. Toute la question étant de savoir la part de génétique là-dedans ou, si vous préférez, la part d’acquis ou d’inné. Est-ce parce qu’on est de gauche qu’on a un odorat sensible ou est-ce qu’on a un odorat sensible qu’on est de gauche ?
On me dira qu’à droite aussi on est parfois touché par cette hypersensibilité.
Jacques Chirac en avait même fait les frais il y a quelques années me semble-t-il.
Il me faut donc qu’en conclure qu’en matière d’odorat comme en d’autres choses, la droite et la gauche ne sont pas sensibles aux mêmes stimulis.
Mais quand on est de gauche on n’a pas seulement l’odorat développé, on a aussi l’estomac sensible et également un goût immodéré (jusqu’à la fascination) pour le champ lexical qui découle de tout ça. L’homme de gauche, quand il n’aime pas ce qu’il lit, ce qu’il voit ou ce qu’il entend (sans parler bien sûr de ce qu’il sent), il ne peut s’empêcher d’avoir un haut le coeur, d’être atteint de nausée, d’être au bord de vomir ou de se pincer le nez, etc. Ce qui est compréhensible. S’il n’aime pas, c’est que c’est soit puant, soit rance, soit mort et en état de décomposition.
Parfois, intrépide, il va jusqu’à disséquer.
C’est le cas de notre blogueuse courage.
Quel est ce problème si pestilentiel me demanderez-vous ?
Lara Croft ne consent pas à sa tentative de viol, ce qui la caractérise d’ailleurs et s’en prend accessoirement plein la gueule pendant la moitié du jeu. Et voir cette « fille forte » en de telles mauvaises postures excite un rédacteur de Joystick qui a le tort de l’écrire.
C’est l’occasion pour notre blogueuse courage de revenir sur de grands thèmes. La violence sexuelle c’est mal. Le viol c’est mal. La misogynie c’est mal. L’absence de consentement c’est mal. Le mal c’est mal et être excité par le mal c’est non seulement super mal mais c’est aussi irresponsable de le dire à cette frange de la jeunesse française qui, manifestement, continue à acheter Joystick.
Or, le geek est hautement perméable à ce discours issu d’une rape culture (autrement dit, la culture de la domination masculine).
Les femmes et les LGBT semblent tout particulièrement insupportables, car il n’est pas pire macho que celui qui est en mal de virilité. C’est pourquoi « gay » continue à être l’insulte par défaut dans les communautés gamers et jusque dans les jeux eux-mêmes, pourquoi les produits continuent à s’adresser exclusivement au male hétéro a la sexualité adolescente, pourquoi les femmes sont victimes de harcèlement sexuel systématique online sans que quiconque ne hausse un sourcil
Tout cela est terrible.
Non, ne souriez pas, ce n’est pas parce que c’est « virtuel » que ça n’est pas grave. Vous oubliez gravement les conséquences psychologiques bien réelles du « harcèlement sexuel online ». Ce n’est en aucun cas moins grave que le harcèlement sexuel qu’on peut trouver dans la rue -et qui a été filmé en Belgique il y a encore peu. D’ailleurs, le geek nourri au harcèlement en ligne ne fera-t-il pas de même lorsqu’il devra sortir dans la rue pour trouver de quoi se nourrir ? Certes, sur les images issues de Belgique, on n’a pas l’impression d’avoir affaire à des geeks, mais qui sait ?
D’un autre côté, il n’y a pas tout à jeter dans cet article.
insupportable tribalisme de la geekosphère qui s’applique à exclure méthodiquement quiconque n’est pas un jeune cis-homme blanc hétérosexuel vaguement cynique
Voilà une découverte ! Quelque chose auquel je ne m’attendais pas ! Mais qu’est-ce que le cis-homme ?
Cissexuel :
Le contraire de transsexuel. Une personne cis est une personne née avec le sexe biologique qui lui convient.
Et là, brusquement, dans cet univers où le cissexisme existe, on comprend qu’on navigue dans un monde dans lequel le tribalisme insupportable n’est pas la moindre des composantes. Il y a donc des cissexuelles lesbiennes et des transexuelles lesbiennes. La première étant une femme qui se sent femme et qui aime les femmes. La seconde étant une femme qui se sent homme qui aime les femmes.
Si j’ai bien compris.
Ce qui n’est pas certain.
Quoiqu’il en soit et pour en revenir à Joystick, on suit l’un des liens de notre blogueuse courage, on tombe sur l’article d’un nouveau docteur en science politique sur cette affaire Joystick-Lara Croft et auteur d’une thèse « jeux vidéo, problèmes publics, régulations privées ».
Le reboot est ici l’occasion de changer la dimension sexuelle de Lara Croft : fin de la bimbo et retour à un physique plus ordinaire. Or la séquence de transformation de la bimbo en femme ordinaire se heurte à un principe de base : comment lui conférer les attributs physiques et moraux de la saga originelle tout en se heurtant à un double postulat :
Lara Croft est une femme ordinaire
une femme ne peut venir au secours d’un homme.
La transformation passe alors par une séquence de violence particulière. Si dans nombre de jeux le thème de la vengeance est un classique, généralement l’homme se venge de la perte d’un être cher (i.e. sa douce et belle est kidnappée, tuée, maltraitée), ici la légitimation de l’action ne passe pas par la perte d’un tiers, qui impliquerait un homme (le pauvre adolescent réduit à être le prince à délivrer = bad idea pour le marketing). La légitimation passe par la violence physique d’un homme sur une femme, qui se traduit par la transformation de la femme en homme. Le statut de victime, renforce doublement la domination, avec les tartes à la crème de gameplay comme « l’intuition » (féminine?), à laquelle ne manque qu’un mode rage (l’hystérie féminine du XIXè contre une valeur positive pour l’homme) pour inscrire le jeu dans l’histoire des rapports homme-femme.Ce n’est donc pas tant la scène de violence contre Lara Croft qui est machiste, que ce qu’elle autorise : l’usage de la force par une femme conditionné à une humiliation.
Je n’avais pas compris que Lara Croft n’était plus une bimbo. D’ailleurs elle me semble toujours aussi bien roulée. La différence étant qu’elle est plus jeune que dans les autres volets. Ce qui d’une part tend à exclure des implants mammaire si sa maman a bien fait son travail d’éducation et d’autres part présuppose qu’elle n’est pas forcément familiarisé avec un haut niveau de violence. Lara Croft n’est pas encore une femme, mais une post-adolescente. Viennent ensuite les évènements traumatiques (tentative de viol -mais pas seulement) de la première partie du jeu qui lui donnent un envie de revanche. On a la même chose dans de de nombreux films de rape-revenge. Tout comme on a des films de humiliation-revenge pour femmes comme pour hommes. Et que la perte ou la disparition d’un être cher comme justification de l’action fonctionne aussi pour les femmes (voir Kill Bill). Maintenant, comme notre blogueuse courage, il faut admettre que l’immense majorité des victimes de viols sont des femmes. Donc voilà hein. Il faudra donc me réexpliquer ce qu’il y a de machiste dans le scénario en lui-même ou dans ce qu’il autorise. Nous avons juste affaire à un moteur comme un autre. D’ailleurs on pourrait très bien imaginer un viol autoriser le passage à l’action d’un homme et, ô surprise, cela a déjà été fait. Bref, on a ici affaire à un scénario tout à fait banal pour une préquelle prévue pour redonner une dynamique à une licence. Sauf qu’au lieu d’avoir sa maman assassinée comme le très vilain Dark Vador, on a une tentative de viol (entre autre encore une fois). Le choix n’a d’ailleurs pas du être très dur entre tuer-la-maman-de-Lara et organiser-sa-tentative-de-viol. D’une part parce que le « calvaire charnel » (comme dit le mec de Joystick) est quelque chose de foutrement plus à la mode de nos jours. D’autre part parce qu’en terme vidéoludique, c’est foutrement moins intéressant ou alors on fait un Zelda qui va passer tout son temps à retrouver sa princesse. Ce qui est bien. Mais c’est une princesse. Tandis que la mère de Lara, franchement, on s’en fout. C’est pas pour rien qu’on les tue rapidement les mères. Même dans Star Wars on la tue rapidement. Ce n’est pas elle, sa disparition ou sa recherche qui intéresse. C’est ce que sa mort va engendrer.
Bref, bref, bref.
Quelle histoire.
The Darkgnarkriarzeu
Cinéma — Article écrit par Vittorio le 2 août 2012 à 1 h 59 minSoupir.
Oui, car écrire un texte un tant soit peu intéressant, et ce serait bien le seul du net et d’ailleurs-il doit même exister un lien de cause à effet- sur le nanar de la décennie, demande de fortes ressources.
Mais comment le gros masqué fait-il pour bouffer ses barres protéinés ?
Bon, les incohérences, scénaristiques, visuelles, de script, et ce dès la première scène (c’est en général très mauvais signe), le blogueur un odieux connard en parle. Avec ses mots à lui. Et, à mon avis , il en rate tout de même beaucoup.
En fait, l’intégralité de cette trilogie de Batman est une daube.
Batman est-il de droite ?
Non. Un peu. Pas vraiment. Pas de gauche non plus. Un peu des deux. Pas communiste, on l’aura-compris, mais de cette gauche pacifiste-oui, oui, on vu le même film- à tendance capitaliste. Pas les indignés non plus, hein, on est chez un milliardaire qui s’emmerde, certes, mais qui n’hésite pas à flamber un peu beaucoup. Batman est subtilement keynésien, dirons-nous alors d’un air entendu. En fait, Bruce Wayne n’arrête pas de se demander qui il est mais surtout pour qui voter aux prochaines présidentielles. Il aime avoir le choix, parce que c’est ça la démocratie, tout en sachant que personne n’est parfait.
Passionnant, non ?
Et après ?
Ben rien. En fait, cette trilogie de Batman passe son temps à s’interroger, ou à interroger comme on dit à France culture, sur la façon de faire régner le droit. En force ? En douceur ? Un peu plus à gauche ? Au centre ? Vas-y doucement, oui, non, Aie non là ça pique un peu. Même les dialogues nuls écrits en gros en remettent une couche, au cas où on n’aurait pas saisi qu’il se passe quelque chose dans la tête des protagonistes ou du réalisateur. Vous allez vous interroger sur le droit et sur les sujets sérieux oui ou merde ? Ces gros clins d’œil à Al Quaida dans ce moment où on voit un pays d’extrême orient ? A Guantánamo lorsque des méchants sortent de prison en tenue orange ? Sur les interrogatoire-torture de la CIA en avion au moment où un interrogateur-bourreau de la CIA interroge violemment un méchant dans un avion ? Sur le droit à détenir une arme au moment où Batman enlève un pistolet des mains de Catwoman en disant que les armes c’est mal (entre deux pilotages de B52 miniatures )? Sur le terrorisme au moment où il y a des terroristes ? Sur la spéculation financière au mention où il y a des spéculateurs financiers ? Sur Marion Cotillard au moment où il y a Marion Cotillard ?
Je ne comprends pas que France Culture n’ait pas encore pensé à mettre des bruits d’explosion dans ses émissions (et cette saloperie de musique qui ne s’arrête JAMAIS) et à habiller -ne serait que pour le principe- ses invités sociologues de l’Ehess en costumes débiles ? Yves Calvi en tenue de Catwoman, ça ne vous excite pas, vous ? Il vous faut quoi pour que vous vous interrogiez sur les vrais sujets interrogateurs qui interrogent le citoyen du village global urbanisé qui va au cinéma ?
Ce qu’il y a d’hallucinatoirement de plus raté, dans ce Batman, c’est la plèbe. Franchement, ça vous a sauté aux yeux, à vous que Gotham était rongée par le crime dans les épisodes précédents ? Décadente ? Ils sont où les crèves-la-dalle ? Les dealers ? Les toxicos ? La racaille ? Les putes ? Les salariés qui vont jouer au old’em dans des rades clandos ? Les agressions ? La famine et la peste ? Les voleurs de bande passante wifi ? On a jamais filmé une ville aussi clean. Même en rajoutant une poussière neigeuse type 11 septembre pour incarner le chaos, les gens préfèrent rester chez eux à regarder American Idol. Ah. Non. On ne sait même pas s’ils regardent American Idol. Trop trash probablement.
On comprend le gros masqué communiste qui veut tout faire péter, mais certainement pas au nom de la décadence. En tout cas pas celle qu’on ne nous montre pas, quelle qu’elle soit. On a juste envie que tout le monde la ferme.
Ah moins, bien sûr, qu’on prenne du plaisir à tout voir sauter justement parce que c’est trop clean. Mais je doute que Nolan et ses sbires en aient conscience. Et même les explosions sont cleans. De toutes façons, ce sont les entreprises de lavage de carreaux qui gagnent à la fin, comme prévu.
Il y a un sévère manque d’incarnation dans ces films. Je ne dirais pas qu’ils sont d’une pénibilité toute protestante, car je ne voudrais pas choquer la frange huguenote de notre lectorat. Mais je les invite à m’insulter. Même pas cap’ ! Des explosions protestantes, vous connaissez ? Nolan, lui, oui.
Même James Holmes a l’air d’être totalement assommant. Et il n’est pas le seul, si j’en crois mes lectures de critiques cinéma d’ici et là, à ne pas avoir saisi le véritable lien entre les Batmans et la néo-réalité, à savoir : comment parler de rien en ayant l’air d’y toucher, comment faire semblant de croire que le monde vacille à chaque boum ! ou argh ! (vous vous souvenez l’ancienne série tv Batman ? c’est pareil, sauf qu’on a remplacé les boum ! vlang ! ou argh ! qui apparaissaient à l’écran par des terrorisme ! 11 septembre ! Gantanamo ! Patriot Act ! Droit des citoyens ? Justice ? encore moins subtils) alors que les véritables sujets qui modifient en profondeur et de manière définitive ce monde, non seulement ne sont jamais traités (ou alors, mon Dieu, c’est quasiment pareil : cf Shame : sexual addict ! : en parler à sa copine ou pas ?) mais ne sont même pas évoqués au détour d’une maladresse. Une invitation au débat citoyen torchonné sur des gros sujets collectifs bien vagues, mais pas sur les sujets qui ne font plus débat.
Comme par exemple le fait qu’on ne puisse plus faire de blague de cul au bureau.
C’est sûr que c’est moins excitant que de se demander si il faut ou non torturer ce terroriste pour savoir où a-t-il caché cette bombe qui va exploser et tuer 45 millions d’innocents. Vous y serez forcément confronté dans votre vie un jour, ne fuyez pas cette question. QUE FERIEZ VOUS A LA PLACE DE BATMAN, HEIN ?!
Alors les blagues de culs, à côté…Évidemment plus personne n’en fait depuis longtemps, mais maintenant, c’est dans le Droit. Est-ce que Batman en parle ? Est-ce que ce gros balourd en néolatex ignifugé Batman connait seulement une seule blague de cul ? Hein ? Vous l’imaginez avec sa grosse voix trafiquée nous raconter celle de toto va chez la crémière ?
De toutes façons, il n’a plus le droit.
De toutes façons, qu’est ce que le vulgaire procès de Roger Duglan, ouvrier chez Compagex, qui va se prendre 6 mois avec sursit et 6000€ de dommages et intérêts aux associations SOS Homophobie, Gaytaf et Homoworkers suite à son odieuse blague dite des deux pédés dans l’ascenseur éructée le 22 septembre 2013 à 11h33 sur la ligne de tri n°3 des compresseurs de frigo hbn224505hx face au sujet d’histoire du droit concernant le meilleur façon de mettre ordre d’état de nuire un catcheur médiatisé qui vit dans les égouts et qui détient une bombe nucléaire dont le compte à rebours est enclenché, tout en ménageant les libertés individuelles dans la lutte contre-terroriste, et vous êtes bien entendu concerné par le sujet et par aucun autre et invité à en parler autour de vous et d’aucun autre dans la catégorie sujet de droit/moeurs/explosions car c’est une p***** de métaphore de notre monde moderne et notre quotidien de citoyen concerné un peu flippé mais pas trop d’ailleurs c’est mieux d’en parler d’ailleurs tout le monde en parle à la télé et dans les séries, n’est-ce pas ?
Pas grand chose, on l’aura compris.
D’ailleurs qui sait s’il n’y a pas un lien entre la blague de cul et le terrorisme international ? N’est-ce pas le début d’un éventuel choc des civilisations ?
Si lien il y avait, ce lien est désormais rompu. On peut donc gloser sur les ponts qui explosent, les bombes qui font braoum, les télécommandes qui font pshitt, la parodie de justice qui fait bim, les droits constitutionnels qui font shlak, le loi martial qui zouip, la dictature qui fait vlaaaf, la responsabilité collective qui fait grrr entre deux bouchées de pop-corns.
Des sujets sérieux quoi. Des sujets qui nous ressemblent.
Le dernier Na’zi
Histoire — Article écrit par Blueberry le 16 juillet 2012 à 5 h 21 minLaszlo Csatary, criminel de guerre de nationalité alors hongroise, aurait été retrouvé.
Démasqué même.
On le présente depuis hier comme le dignitaire nazi le plus recherché du monde.
Ce n’est toutefois pas le cas.
Et pas seulement parce qu’il n’a jamais été un « dignitaire » nazi.
Mais parce que les deux nazis les plus recherchés du monde sont, depuis quelques années maintenant, les éternels Alois Brunner puis, encore et toujours, Aribert Heim.
Laszlo Csatary, lui, n’était pas dans la short-list des dix nazis les plus recherchés au monde en 2008. Ni en 2009. Ni même en 2010. Ou 2011.
Il s’agit d’un tout nouvel entrant.
Si on peut dire.
Et il existe donc une nouvelle liste estampillée 2012.
Qui, de celle de 2008, ne conserve que quatre noms.
Eh !
Les nonagénaires sont une denrée hautement périssable.
On trouve tout d’abord Soeren Kam. Officier de la Waffen SS. Accusé d’être responsable de la mort d’un journaliste danois en 1943. Nonagénaire lui aussi aujourd’hui. Cependant, Soeren Kam ne se cache pas. Il n’est donc pas recherché. Il existe juste quelques menues difficultés juridiques, certains agitant l’idée saugrenue qu’il existerait un délai de prescription dans cette sombre affaire.
Allez comprendre.
Puis Charles Zentai. Accusé d’avoir battu un jeune juif à mort alors qu’il servait dans l’armée Hongroise. Mais qui n’a toujours pas été extradé et dont on peut aujourd’hui raisonnablement douter qu’il le sera. Sauf pression médiatique énorme sur l’Australie et la Hongrie.
Ou encore un interprète estonien de la Gestapo, Mikhail Gorshkow, ayant servi au Belarus pendant la guerre mais pour lequel les autorités estonienne ont estimé en 2011, après investigation, qu’il n’y avait pas assez de preuves pour un procès.
Et enfin Algimantas Dailide, membre de la police lituanienne de l’époque pourtant déjà condamné récemment dans son pays mais n’effectuant pas ses cinq années de prison pour d’incompréhensibles raisons de santé.
Voilà pour les anciens.
Quoiqu’il en soit, cette nouvelle liste contient six nouveaux noms dont trois ajoutés cette année. Laszlo Csatary fait partie de ces derniers chanceux.
Déchu de sa nationalité canadienne depuis plus de dix ans, il avait discrètement quitté le pays dans la foulée et nul ne savait exactement où il se trouvait depuis.
Dans un à trois ans, personne ne sait trop, Laszlo Csatary fêtera ses cent ans.
Mais avant il aura connu la chance d’être officiellement le criminel nazi le plus recherché du monde.
Une entrée directement à la première place.
Comme un single de Madonna au Top 50.
Notons que cette rentrée fracassante a eu lieu à peu près à la même période où il était localisé d’ailleurs…
Quelle coïncidence.
Csizsik-Csatary, who speaks English with a Canadian accent after decades living in Montreal and Toronto, answered the door in just socks and underpants.
When we asked if he could justify his past, he looked shocked and stammered “No, no. Go away.” Questioned about his deportation case in Canada he answered angrily in English: “No, no. I don’t want to discuss it.” Our reporter asked: “Do you deny doing it? A lot of people died as a result of your actions.”
He replied: “No I didn’t do it, go away from here,” before slamming the door.
Je sais que cela ne dérange pas les chasseurs de nazis, mais il y a quand même quelque chose de tout à fait fascinant dans le fait qu’un journaliste du Sun ne devant pas dépasser de beaucoup la trentaine pose de telles questions, formulées ainsi, à un quasi-centenaire en caleçon et chaussettes, sur le palier de son appartement minable.
Efraïm Zuroff explique que,
le temps qui passe ne diminue en rien sa culpabilité et la vieillesse ne doit pas constituer une protection pour les auteurs de l’Holocauste.
Sans doute.
Mais dans le monde réel c’est l’inverse qui se passe, n’en déplaise à Efraïm Zuroff.
Le temps qui passe constitue une protection pour ces prétendus anciens nazis (absence de preuves matérielles, de témoins, etc.) et la jeunesse de ceux-ci à l’époque diminue leur culpabilité (position hiérarchique basse, endoctrinement depuis l’adolescence pour certains et/ou rôle clairement sulbaterne).
Remarquez, cela n’avait dérangé personne que François Hollande trouve « indécent » une histoire de légion d’honneur jusque dans le cercueil de Maurice Papon, et pas grand monde n’avait été choqué par l’état physique de Demjanjuk lors de son procès.
Jusqu’à la mort et même au-delà.
La décrépitude mentale et/ou physique de ces vieillards n’arrêtera pas la traque.
Qui ira, comme cela a déjà été le cas dans le passé pour vérifier les identités, jusque dans la tombe.
A cette aune, le problème de Laszlo Csatary réside également dans le fait qu’il vient d’être photographié en train de marcher. Avec des sacs de courses. Dans les deux mains qui plus est.
Facteur ô combien aggravant.
C’est à peine si on ne lui devine pas, sur une photo, un oeil vif.
Certes, sur une autre, il l’air un peu hébété, mais qui ne le serait pas au sortir de, manifestement, une petite sieste dans son appartement ? Et puis, quelle idée désastreuse, après avoir été questionné par les fins limiers du Sun, de sortir de chez soi en essayant de se couvrir le visage en remontant son col et en portant de grosses lunettes noires…
Reste cinq autres nazis.
Un de ces autres « nazis les plus recherchés du monde », Vladimir Katriuk, aurait fini par déserter les troupes allemandes en 1944 à son arrivée en France, puis il a continué la guerre avec les FFI pour être finalement blessé en luttant contre les forces allemandes.
Gerhard Sommer, entré à douze ans dans les jeunesses hitlériennes en 1933, a été officier SS et aurait participé au massacre de 560 civils dans un village italien, Sant’Anna di Stazzema. Il a été condamné par contumace il y a moins de dix ans pour cela par un tribunal italien. Il vit aujourd’hui en Allemagne dans une maison de retraite.
John Kalymon, 17 ans en 1939, a appartenu aux auxiliaires ukrainiens. Déchu de sa nationalité américaine il demeure encore aujourd’hui aux Etats-Unis et fait face à une procédure d’extradition et à la difficulté de trouver un pays voulant prendre le soin de le juger -et ce malgré la jurisprudence Demjanjuk.
Klaas Carel Faber, lui, est mort en mai 2012.
Raté.
Il faudra donc actualiser la liste.
Enfin, on trouve aussi dans celle-ci, en dixième position, un ukraino-allemand, Helmut Oberlander, âgé de quinze ans en 1939 ayant servi d’interprète à dix-sept ans pour un Einsatzkommando et pour lequel on ne sait en vérité pas grand chose de plus que cela.
Toutefois, depuis Demjanjuk, on sait qu’avoir fait personnellement quelque chose pendant la seconde guerre mondiale est tout à fait accessoire pour être condamné.
Tout comme, depuis Papon, on sait que même si on ne savait pas cela ne change pas grand chose non plus.
Ainsi, si Laszlo Csatary était le criminel nazi le plus recherché du monde c’est parce qu’il était très exactement le seul de la liste des nazis les plus recherchés à être précisément recherché.
Étiquetté : histoireGenèse de la racaille
Histoire, Mutation, Sozial — Article écrit par Lounès le 12 juin 2012 à 20 h 22 minUn long reportage trouvé sur Zentropa dont on pourra se borner à ne regarder que les 30 premières minutes ainsi que les 10 dernières, et encore, en vacant à ses occupations ménagères (le son seul suffit largement).
40 petites minutes pour comprendre le terreau idéologique de la racaille, sa légitimité, sa dimension avant-gardiste en 1985 et sa dimension de cocu de l’Histoire depuis la fin des années 90. La fin du reportage donne à réfléchir sur l’authentique ressentiment qui peut légitimement animer un racailleux devenu véritablement adulte. Ou comment de gros muscles qui voulaient casser du Blanc se sont fait manipuler par de petits cerveaux jaloux des GUDards d’Assas. 20 ans après, morale de l’histoire : les gros muscles ont fini taulards et chômeurs, les cerveaux ont fini patrons de radio. On notera que dés 1992, lorsqu’il n’y avait plus de Blancs soi-disant skins à dérouiller, les bandes se sont immédiatement retournées les unes contre les autres, sur un exact modèle de tectonique des plaques. C’est cette observation là qui nous permet de dire que la police sauve la racaille : retirez la police des zones de non-droit, et immédiatement ils se massacreraient les uns les autres, et l’expression « quartier sensible » prendrait à posteriori tout son sens.
Un vrai documentaire historique, qui a en plus le mérite d’être très bien réalisé.
Montherlant
Littérature — Article écrit par Nicolas le 8 juin 2012 à 15 h 28 minRappelons que nous sommes, dans une indifférence quasi-générale, dans l’année des 40 ans de sa mort.
La jeunesse
L’œuvre
La maturité
Étiquetté : littérature, Montherlant, vidéoGavras fils
Actu, Cinéma, Musique — Article écrit par Lounès le 3 juin 2012 à 17 h 59 minFruit de son époque, réalisateur très représentatif d’une nouvelle tendance dans la façon de faire des films et clips (tendance née autour de 2000 avec la généralisation de l’ accès à internet) Romain Gavras (fils du réalisateur Costa Gavras) est dans tous les bons coups de cette époque somme toute très pauvre en créativité.
Dès la fin des années 90, la « démocratisation » des outils du cinéma (mini-samplers, mini caméscopes, prises de son simplifiées et logiciels de post-production, ligne « Go Create » de Sony…) ouvrait la voie à une nouvelle génération de réalisateurs autodidactes. Une fois de plus la nouveauté technologique dirigeait les besoins humains et non l’inverse.
De toute évidence les meilleurs réalisateurs ont toujours été autodidactes, cf le prolétaire italo-américain Martin Scorcese qui avait cassé sa tirelire pour louer la caméra qui allait lui servir à tourner son premier long métrage. Cependant on assistait à l’émergence d’une génération de gars lambda, des monsieur-tout-le-monde ni plus bêtes ni plus intelligent que la moyenne, juste des gars qui étaient là au bon endroit au bon moment (Paris, 2000) et avec les bons contacts.
Le collectif Kourtrajmé, duquel est issu Gavras était alors malgré le très jeune âge des adhérents, à la croisée des chemins du meilleur des mouvements artistiques du moment. Rap, cinéma, musique électro, graffiti, le cadre élargi de ce collectif allait de NTM à O’Clock, de Kassovitz et Cassel à Dj Mehdi jusqu’à côtoyer avec les années certains cadres de la Mafia K’1 Fry et TTC et aujourd’hui le très prisé groupe « Justice ». C’est ainsi que des camarades de lycée du sud-est de Paris qui avaient un minimum de gamberge et de compréhension du fonctionnement d’un caméscope DV arrivaient sur le devant de la scène.
Une telle montée en puissance ne pouvait arriver qu’à Paris. Et quelle puissance, car se retrouver propulsé au poste très envié de jeune espoir du cinéma à Paris en 2000, lorsque l’on sait à quel point ce monde draine de ratages et de désir d’arrivisme, représente un frisson que seuls de rares buteurs de ManU ont dû connaître.
La donnée de départ était simple : en tant que jeunes parisiens bien insérés dans le monde culturo-mondain de leur temps, les gars de Koutrajmé se trouvaient là ou bat le cœur du monde et le cœur de l’époque, raison pour laquelle leurs productions mettaient autant dans le mille (Paris by night, Easy Pizza Rider, Désir dans l’espace) et parlaient autant à tous les autres jeunes. Actuellement de ce point de vue, c’est le groupe 1995 qui occupe cette niche (pour la partie audio seulement).
Là ou bat le cœur du monde, on reçoit facilement des influx (influences et passerelles citées plus haut) que l’on peut ensuite facilement renvoyer dans le monde sous la forme de sang neuf. Ce sang neuf si vivifiant des premiers court-métrages de Romain Gavras tirait son intérêt d’une certaine audace, « ça va loin » pouvait-on se dire en visionnant le travail, ce n’était pas un simple truc d’amateur vite bâclé et pourtant c’était réalisé avec assez peu de moyens.
Dix ans plus tard la recette fonctionne toujours, et voilà le résultat : le dernier clip de la chanteuse M.I.A.
C’est beau, c’est fort, ça envoie du lourd… Et puis bon. Et puis on ne sait pas… Finalement c’est très décousu non ? Ok le cheval, ok le frisson, ok les puits de pétrole en feu et les hidjabs mais bon il y a quelque chose qui… Ok il y a un « univers » comme quand on rentre dans une boutique Nespresso, il y a ce cliché pour Blanc prompt à l’extase, on voit ce clip et on se dit que mince l’Arabie Saoudite ça a changé… A moins que ce ne soit le Quatar ? Le sultanat d’Oman ? En réalité rien de tout cela. Ce clip met en scène une chanteuse sri-lankaise dans le désert marocain avec des figurants déguisés en princes wahhabites, le tout filmé par un Français d’origine grecque.
Émotion sans objet réel, « culte du faux » dont parlait Céline (s’émouvoir faux, jouir faux) qui ne peut fonctionner totalement que sur des populations suffisamment coupées de toute culture générale, de tout instinct et de toute intuition. Les très remarqués « Born Free », « Notre jour viendra » et surtout « Stress » fonctionnent sur ce même principe. A chaque fois on peut y voir la morale que l’on veut : apologie de la racaille ou alors dénonciation sans pitié, quoi qu’il en soit ça donne quelque chose qui retient l’attention, une attention laissée vacante par une époque quasiment stérile en matière de production audiovisuelle de qualité (le niveau moyen des films qui sortent en salle étant de ce point de vue sans équivoque). Ce travail laisse perplexe car il semble ne pas prendre parti : les roux, la police, la racaille… On ne sait si l’on s’identifie à l’un ou à l’autre. Tous peuvent être « cools». En ratissant large, l’auteur attire à lui de larges populations de fans très disparates. Alors quel est le dénominateur commun qui peut bien parler à autant de gens? Réponse: l’émotion. Il y a indéniablement un talent dans ces réalisations, pour capter l’émotion et la communiquer. A ce titre, la publicité pour Adidas est l’apogée de la stricte émotion pour l’émotion : deux petites minutes d’images décousues enchaînées selon les aléas de la musique d’accompagnement.
En fait, il semble que ce réalisateur fasse simplement avec brio sur un écran ce que chacun peut faire dans sa tête à l’écoute d’une musique :
1) La musique provoque des émotions
2) Les émotions appellent des images
3) On met en ordre ces images, on imagine un décor et des personnages pour « scénariser » ces images
Tout le monde fait ça non ? Un peu comme lorsqu’on est enfant et que l’on rêve qu’on sauve son amoureuse. Eh bien la « nouvelle réalisation » de l’école Kourtrajmé est parvenue à mettre sur écran ce genre de rêveries.
Argh… J’allais poster cet article et suis tombé in extremis sur No Church in the wild, sorti avant-hier (j’écris ceci le 1er Juin). Ah mince. Cette fois il y a peut-être parti pris, écueil obligatoire lorsque l’on fait métier de célébrer la violence. La racaille contre la police, les Noirs contre les Blancs avec un déséquilibre de bienveillance visible et voulu… Ca rappelle le puant « Paris riots are good times ». L’émeute c’est pas cool du tout, et la violence en vrai c’est très laid et très triste : les nez pétés, les chutes, les cris, les 4 contre 1…
Enfin bref, Gavras fils (de pute ?) ça c’est fait.
La passionaria du lumpenproletariat coloré
Culture — Article écrit par Nicolas le 16 mai 2012 à 23 h 30 min« Il faut punir Sarkozy ». « Sarkozy nous a trahis en nommant Rachida Dati et Rama Yade. »
Je suppose donc que nos bons amis frontistes, qui ont brillamment fait élire un président de la république socialiste, vont être contents d’avoir une bien blanche et de chez nous Aurélie Fillipetti à la culture.
Aurélie Filippetti : Touche pas à mon ADN by jeunes-paris15
[EDIT : Curieusement, Dailymotion et Youtube suppriment certaines versions de cette vidéo. Vous pouvez récupérer ou regarder la vidéo là : http://cl.ly/2y1o0z0m2m3q1Q270R0p ]
Aurélie Filippetti le 15 octobre 2007 (lors d’une soirée contre un projet de loi sur les test ADN) — Bonsoir. On est là ce soir pour dire non, non aux tests ADN, une abjection morale, mais aussi non, et ça suffit, à la criminalisation de l’immigration. L’immigration a été, est et sera la chance de ce pays. Ce sont des générations et des générations d’immigrés qui ont fait la richesse économique, culturelle de la France telle qu’elle est aujourd’hui ! Et quand il fallait se battre pendant les guerres, c’est encore les immigrés et les étrangers qui étaient là pour se battre aux côtés des Français ! Donc il y en a assez, assez ! C’est à nous la gauche de redonner une vision positive de l’immigration, de dire tout ce que ça a apporté à notre pays, et ce soir on est là contre les tests ADN, cette abjection, pour dire aussi plus loin, pour dire cette France moisie, cette France rancie qui considère l’immigré et l’étranger comme l’ennemi on n’en veut pas !
Plus raffinés en rien que de la gueule
Télévision — Article écrit par Vittorio le 11 avril 2012 à 17 h 48 minCyril, Norbert et Jean : rétrospectivement, il semble qu’ils ont toujours été les stars de cette saison de Top Chef. Et pour cause : les trois finalistes de l’émission culinaire représentent chacun à leur manière la société française.
(…)
Ce sont des vrais personnages de Balzac, ces trois-là. La Comédie humaine aux fourneaux avec la ville, la campagne, les ambitieux, les héritiers, les malins et les artistes. Mais ce qui est rigolo, c’est que cette différence de classe, je ne sais pas vous, mais moi, je ne l’ai pas vu dans les assiettes. Quand on voit ces trois enfants de France cuisiner, c’est comme s’ils avaient laissé leur classe sociale au manteau. C’est tout technique : amour du produit, précision des cuissons et des assaisonnements. On s’est beaucoup demandé, ces dernières années, pourquoi la France était si entichée de cuisine. La façon dont elle réunit ces horizons si distincts me paraît déjà une raison suffisante.
-Ici on est raffiné de la gueule n’est ce pas…raffiné de la gueule ça…les français ils sont plus raffinés en rien que de la gueule…ça, ça de ce côté là, promis
- C’est le propre des vieilles civilisations d’ailleurs
-La gueule oui
- (inaudible).. la France … et les chinois en réalité ?
- Oui…mais mais mais ils sont bouddha oui… la gueule… ils ont un triple cul un triple bide puis ils ont inventé l’auto… magnifique pour promener les bouddhas…si Bouddha avait eu l’auto-oh-oh rendez compte qu’est-ce qu’il aurait fait ? alors, vous avez Krou-kroutchev il a un gros cul n’est-ce pas il parle tout..heuu héé..raconter des histoires tout..hééé..mais..il se tient il se tient mal n’est ce pas..gaudrioles de commis voyageur..s’trouve très fort n’est-ce pas… qui ferait rougir que les (?)..stupide n’est ce pas..BAH CA MARCHE ! AAAH MOI JE SUIS..haaan..l’autre gros cul d’en face.. qui répond à l’autre gros cul..c’est très vul-GAIRE ..n’est-ce pas..tout finira par la canaille disait Nietzsche…. nous y sommes..n’est-ce pas..n’est-ce pas..évidemment..la canaille..n’est-ce pas..la canaille..
Céline-Interview radio avec Jean Guénot et Jacques D’Arribehaude (6 fevrier 1960)
Comment voir autre chose que la concrétisation définitive du tous artistes dans cette explosion de popularité des émissions de concours culinaires, où l’on voit des brochettes de crétins et crétines couper des oignons comme des internés de Saint-Anne dans un montage stroboscopique frappé d’une hystérique musique de film d’action, sous l’égide de néo-profs-jury de certif’ sévères-mais-justes, mélange de régression d’Epinal et de saturation digne d’un blockbuster, convergeant en une attaque directe et en règle du système nerveux ? Depuis des années, on prépare la recette. La cuisine érigée comme art, tout d’abord. Arnaque absolue et parfaite, parce que d’essence inattaquable : qui n’aime pas bien manger ? S’ensuit les cuisiniers artistes et médiatisés comme tels (et entrepreneurs avisés : le restaurant est désormais le seul type d’entreprise dont la réussite est saluée sans la moindre retenue). Les critiques officiels (tel ou tel ridicule guide). Les marchands-consommateurs éclairés (riches touristes, cadres en repas d’affaire). Oh ? Et mais ? Mais tout le monde sait faire à manger ? Arranger les nouilles ? Inviter à dîner ? Dauber le dessert de son hôte ? Femmes en tête ? Hommes au foyer en renfort ? Partage des tâches sublimé ? Épices de tous les horizons au superU du coin ? Enseigne du métissage (la cuisine est l’argument imparable et incontournable des métissolâtres) . Tourisme en kit. Bingo !…Menu pour les masses cuites à point… d’où l’accumulation fébrile et automatique de critiques de tel ou tel plat, sans la moindre gêne..trop cuit pas assez salé..j’aurais mis du safran me dit ma voisine..tous artistes..tous critiques..tous ensembles..critique obligatoire, seul domaine résiduel où la critique n’est pas seulement permise mais exigée. Il faut admettre qu’ils ont réussi avec la cuisine là où ils ont échoué avec l’Art. Ou plutôt : parce que leur projet était foncièrement impossible avec l’art, déjà épuisé, ne pouvant conduire qu’à son achèvement dans le musée, cela s’est naturellement transposé dans la tambouille. Réconciliation de cantine de luxe : qui n’admire ces appétissants plats ? Qui ne se réjouit de ces attentions à faire pâlir les tables d’Ancien Régime ? Qui ne s’émeut de ces jeunes et dynamiques chefs ? Qui se risquerait à dire que la finesse, la passion, le travail acharné, l’amour du risque, l’enthousiasme, le respect de la hiérarchie méritoire, l’esprit critique et la gloire même n’existent autant là que parce qu’on les a fait disparaître- parce qu’on les a interdits- partout ailleurs ? Ces émissions ne sont en rien les métaphores de je ne sais quelles épopées néo-balzaciennes, elles sont leur ridicule épitaphe, la mise en spectacle transcendée du quotidien aseptisé (névrose obsessionnelle du traçage de la nourriture, campagne d’hygiénisme, conseils d’alimentation – l’alcool et les vins sont d’ailleurs les grands absents de ces émissions, si ce n’est le gras, en tout cas l’idée de la quantité). Il y a de la pornographie là-dedans, et tout comme la pornographie (et ses éventuels censeurs) cache la réalité de la mort du sexe, ces mises en scène camouflent la coexistence logique de la junk-food-kébab généralisée, des régimes amaigrissants, du prix sidérant de la qualité et de la peur délirante de maladies diverses. Masturbation de l’estomac. Et ces attendus thèmes : menus végétariens, menus pour enfants. Et la célébration du terroir et des bons produits bien de chez nous : ils sont où les gauchistes ? On les entend pas et ce n’est pas un hasard, on ne touche pas au gigot ici. On peut vous piétiner la gueule dans le réel, du moment qu’on ne touche pas au gigot. Le gigot c’est l’enterrement de la hache de guerre. Réconciliation par la bâffre. Sport collectif. Et puis l’élimination programmée et progressive des candidats, alors que le moindre licenciement est présenté comme un crime contre l’humanité partout ailleurs. Et puis tout et puis rien.
Étiquetté : Céline
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