Archives pour la catégorie ‘Culture’


Medieval Madness

Culture — Article écrit par le 18 septembre 2010 à 2 h 53 min

Je crois avoir dépensé la moitié de mon fric de poche entre 15 et 17 ans à jouer à Medieval Madness, le flipper. Je ne sais pas ce qui m’hypnotisait dans ce flipper mais ça marchait. Dix balles les trois parties, quand c’était en francs, deux euros la même chose en 2002, passage à l’euro oblige. Merci les mecs et surtout ne croyez pas qu’il y ait eu une inflation, les chiffres disent le contraire, c’est la BCE qui le dit. Bon mais revenons au flipper, il y en avait un Au moulin d’Auteuil, porte d’Auteuil et un autre Aux Ondes à côté de la maison de la radio, où déjà les animateurs gauchistes de RadioFrance… un jour j’ai insulté Daniel Mermet là-bas, malheureusement, je ne savais qui il était back in the time… venaient prendre le café et refaire le monde tout en faisant chier les adolescents que nous étions parce qu’on se faisait trop bruyant avec notre flipper…

Je ne vais pas mettre de politique là où il n’y en a pas, quoique…c’est un truc que j’aime bien…néanmoins demandez à n’importe quel amateur de flipper, lequel emporte la palme, on vous répondra Medieval Madness sans sourciller…

Mais pourquoi un tel engouement? Je pense que c’est le retour aux sources…une brève escapade dans le monde d’avant, celui des hommes et des femmes…et pas le monde de fictions dans lequel on évoluait…

Il fallait donc détruire des châteaux forts tenus par des barons, des comtes…des ducs et ainsi de suite pour finir par se faire celui du Roi, prendre sa femme…et là mec tu devenais le Roi, le King…mais je crois bien que le truc qui me plaisait vraiment dans ce truc-là, c’était que l’effort était un peu physique tout de même, les mains à hauteur de hanches sur les boutons, appuyer sur les flip quand la bille arrivait…un bon coup de poignet…et puis aussi donner un petit coup de rein avec la hanche pour faire tenir la bille du bon côté…et puis c’était aussi une question de style comment tu tenais le flipper, et du style j’en avais à revendre…y avait les besogneux, avachis sur le flipper, littéralement en train de lutter, les sans style, genre fonctionnaire du flipper sans affect, et puis les aristos du flipper dont je faisais partie…le buste bien droit éventuellement une légère inclinaison vers l’avant…le pied droit légèrement reculé par rapport à l’autre, claquer une fourchette de temps en temps, péter un château à coups de boutoir, niquer du troll avec les trolls bombes (désolé pour ceux qui ne comprennent rien), sauver de la princesse…

Putain une sacrée époque que celle du flipper, de ce Medieval Madness, de ce combat pour le royaume, le tout accompagné d’une bande-son tonitruante des vibrants  » Battle for Kingdom ». Fini le Medieval Madness, je n’en trouve plus trop… quelques zincs peut-être où on peut encore en griller une avec blonde, en faisant péter le flipper..

Si par hasard, un lecteur en a un à vendre, merci de me soumettre le prix…


Top ten tv shows

Culture, Télévision — Article écrit par le 17 septembre 2010 à 11 h 59 min
  • Oz
  • Dream On
  • The Wire
  • The Sopranos
  • The Shield
  • South Park
  • The Simpsons
  • Seinfeld
  • Action
  • Profit

Pourquoi la maman de Houellebecq ?

Cinéma, Mutation — Article écrit par le 16 septembre 2010 à 18 h 58 min

Il y a une génération, la génération 68 pour ne pas la citer, qui, depuis qu’elle est entrée dans la vieillesse, phagocyte les suivantes pour continuer à coller à l’un de ses mythes majeurs, qui est le mythe de la toute-supériorité de la jeunesse. Hier encore, dans Paris, combien n’ai-je pas croisées de mères d’âge indéfinissable accolées, joue contre joue, à leur fille d’age adulte, les deux pareillement filiformes, coiffées et fagotées de la même manière…

Je les vois d’ici, le soir, rentrant dans le loft vide, en l’absence totale du père, se déshabiller côte à côte devant la glace pour essayer leur shoping du jour. La mère est fatiguée, rembrunie, sa fille est gaie comme un enfant, ses yeux pétillent comme ceux d’un jouet neuf, juste sorti de l’emballage, et qui y retournera peut-être sous peu. Elle que l’on a toujours protégée de la vie est tourmentée de compassion à la vue du corps blet de sa mère qui a par trop vécu :

- Ah ! Que ce pantalon me grossit ! Elles sont grosses mes fesses ! Qu’il me serre ! il faut absolument que je perde du poids pour pouvoir le porter.
- Oh mais que dis-tu maman ? Elles sont parfaites, tes fesses ! J’aimerais être aussi mince que toi. Tu es magnifique !

On l’a protégée de la vie, la petite princesse : ainsi dans les grands yeux brillants de la nouvelle-née resplendit comme en rêve CE monde immobile de paix et d’aisance exaspérées, de désir vierge ; CE monde de désir inextinguible, d’enthousiasme surexcité par la frustration, d’attente et d’espoirs fous que jamais la rencontre du réel n’apaise. Dans les yeux de la petite oie blanche sacrifiée, vit encore le seul monde capable de légitimer l’idéologie du débridons-tout qui justifie le grand gâchis hippie, cet holocauste au feu duquel la mère a calciné son âme et bronzé sa peau à la façon d’un hareng saur. Dans les yeux de sa vestale passive de fille, la mère en perpétuelle révolution, qui fatalement manque chaque jour davantage d’énergie vitale, entretient l’étincelle de ce feu destructeur qui désormais lui manque, celui qui a autrefois tout brûlé, tout mangé, tout mâché : et l’histoire de notre peuple, et son bon-sens millénaire.

Parce que fifille a grandie dans l’aisance à l’écart du monde, on l’a préservée du sens du devoir aussi bien que de celui de l’effort. Parce qu’on lui a instillé l’amour inconditionnel de la nature, le mépris de la culture a suivi. Fifille vénère papa pour son érudition ostentatoire mais n’aime pas lire. Fifille admire maman pour son surnaturel stakhanovisme mais elle est une grosse feignasse. Pourquoi fifille souffre-t-elle donc ainsi silencieusement, dans sa chair, d’une sorte mollesse, de défaut d’acharnement en tout, quasi métaphysique, qui la maintient dans un état de honte permanente vis-à-vis de ses Übermenschen de parents ? ..Sans doute parce que c’est le moyen par lequel elle peut aussi demeurer, au nez et à la barbe des années qui passe, une éternelle « jeune », c’est-à-dire une éternelle mineure, c’est-à-dire dans un état de subordination définitive vis-à-vis d’eux.

Comment, dans ces conditions, fifille – qui n’a évidemment pas fait d’études – pourrait-elle se payer à son tour le confort qui l’a vu naître ; comment, si elle venait à quitter le toit de ses parents, se procurerait-elle donc (éventuellement pour élever sa propre descendance) l’un de ces grands loft parisiens si agréables à habiter, et la garde-robe, et le miroir qui vont avec ? Papa et maman sont nés dans la misère : ils se sont faits tout seuls. Alors par amour pour leur gosses, ils n’ont rien prévu non plus pour elle : à elle aussi, sa vie sera un bildungsroman ou ne sera pas.

Par un beau jour d’été, ils l’ont chiée sur terre comme on chierait une fleur. Ils se sont dès alors enferrés, chaque jour plus profond, dans la confiance en l’avenir la plus béate et aveugle qui soit, puisqu’Elle était venue au monde, la petite étoile capable de relever le flambeau. Ils ont chanté quelques poèmes à sa gloire, ont célébré le superbe « espoir » qu’elle incarnait, espoir jeté à la face hideuse du foutu matérialisme, du foutu capitalisme conquérant. Ils ont écouté les mages lui promettre un avenir glorieux (parce qu’on a beau ne pas être matérialiste, on n’en persiste pas moins à fantasmer à corps perdu amour gloire et beauté pour celle qui porte le nom de la famille), et à partir de là l’ont laissée s’élever toute seule, avec pour unique fratrie une poignée de bonnes intentions et de mots d’ordre flous. Ces romanichels dispendieux n’ont même pas mis un seul sou de côté pour lui faciliter pareille tâche herculéenne. Mieux encore, il ne l’ont jamais préparée à affronter rien d’autre que la gifle sacrée à laquelle il faudrait toujours tendre l’autre joue. Alors, s’interroge-t-elle, par quels deux bouts s’y prendre pour brûler la chandelle qu’elle représente sur l’autel de leur vanité ?

Fifille n’a qu’un atout : elle est un bien de consommation. Ce ne sont pas mille voies qui s’ouvrent à elle, mais seulement deux : soit elle prolonge indéfiniment la jeunesse de ses parents en devenant leur chose, et dans le meilleur des cas meurt avant eux, soit elle offre à quelqu’un d’autre l’exceptionnelle capacité de ses yeux à suggérer qu’un « autre monde est possible »…

***

Fifille est partie se coucher. Ses parents sont encore devant la télé :  ils sont infatigables. Elle prend un bain pour éliminer les tensions de la journée, faire s’éloigner les cris de sa mère derrière le rideau de vapeur… Fifille est épuisée moralement, son corps de vierge demande à l’aide. Il lui faut trouver une échappatoire, ou bien… « Survivre ! Partir ! A tout prix ! » … « Il faut donc que j’offre à quelqu’un d’autre l’exceptionnelle capacité de mes yeux à suggérer quun autre monde est possible », se dit-elle.

Et si ce « quelqu’un d’autre » était un créatif de gauche riche et célèbre? Elle deviendrait peut-être sa muse… Ses parents y verraient sûrement la tant attendue victoire des beaux poèmes qu’ils avaient récités sur son berceau. Fifille cesserait enfin de décevoir infiniment leurs espoirs infinis! Elle leur offrirait même une excellente accréditation par l’exemple de leurs vieilles thèses – à savoir (pour résumer) que les bonnes intentions, le laxisme et la prostitution mènent à tout. Papa et maman auraient de nouveau les yeux qui brillent – ô miracle ! ô fontaine de jouvence ! Et leur mort, encore une fois, serait repoussée d’autant…

D’une pierre deux coups !


Juste entendu à la radio

Actu, Cinéma, Mutation — Article écrit par le 14 septembre 2010 à 23 h 07 min

Une jeune actrice véhémente à propos de Claude Lelouch :

« Claude est un éternel enfant. Claude est un éternel émerveillé. J’ai plus vieilli en 4 ans passés à ses côtés, que lui n’a vieilli depuis ses 18 ans. »

Voilà.

C’est exactement cela que j’appelle la génération vampire.

A écouter : « Ces amours-là, le nouveau Lelouch », par Florence Leroy, sur France Info.

- L’amûr tujûr! -

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Snuff book

Culture — Article écrit par le 14 septembre 2010 à 17 h 48 min

Yuripig, il lui ferait bouffer ses couilles et l’enverrait servir de pâture aux piranhas, puisqu’il les aimait tant. Pour Elaine, ce serait plus long, plus compliqué…Comme ce qu’il avait vu faire à cette putain d’activiste, au bon temps de la dictature. Les flics l’avaient sortie de la fourgonnette et traînée dans la porcherie des frères Tavarez, à la sortie de la ville. De sacrés patriotes, ceux-là, de vrais varones, avec un gros paquet dans le falzar ! S’il y en avait eu un peu plus, le Brésil ne serait pas devenu ce pays de mendiants et de pédales ! il ressemblerait au Chili…Fallait voir, là-bas, comme ça marchait ! La Suisse de l’Amérique du Sud. Tout le monde se tenait à carreau, tout fonctionnait. Même leur pinard était super…En entrant, la fille les avait insultés. Ils avaient fermé la porte à clef et sorti leur bite.

« Déshabille-toi pouffiasse ! On va t’enculer d’abord, pour t’apprendre la politesse, et ensuite faudra nous sucer tous, on va t’en mettre des litres dans la citerne ! Peut-être que ça te fera réfléchir un peu avant de dire des conneries ! » Elle s’était mise à chialer, debout là, au milieu des mecs. Elle crevait de trouille, la conne, elle les suppliait, mais ils lui avaient mis un pistolet sur la tempe, et il avait bien fallu qu’elle fasse tout ce qu’ils voulaient. Tout. Pour ça, y avait rien à dire, ils avaient suivi leur programme à la lettre ! Elle hurlait, elle pleurait, et eux ils la tringlaient par tous les trous, et la cachaça coulait à gogo, et ça faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas payé une pareille tranche de rigolade !

Herman serrait les paupières, concentré sur les visions d’horreur qui s’accumulaient sans ordre dans sa tête. Il n’oublierait jamais le visage de cette fille, mais celui d’Elaine s’y substituait de manière floue, s’agrandissant parfois jusqu’à envahir son champ visuel. Il la voyait en train de trembler, comme l’autre, de tous ses membres, d’implorer à genoux, le corps sali, tuméfié par les coups de bottes et les brûlures de cigarette. Et il laissait faire, se contentant de regarder et d’insulter, inventant de nouvelles humiliations, de nouveaux sévices, laissant libre cours à des fantasmes sortis du plus profond cloaque de la nature humaine. Elle verrait ce que ça coûtait de venir faire chier les gens avec son petit cul et ses nichons de star, de remuer tout ça, mine de rien, en parlant de ses fossiles à la con ! L’autre merdeuse, ç’avait été pareil: elle en avait plein la bouche de sa « démocratie », de ses grandes idées à la mords-moi-le-noeud, mais elle se faisait sauter par des bâtards de son espèce.Le genre Mauro, justement…Cheveux longs, rien dans le slip, qui se permettait de la ramener en face des vrais hommes ! Celui-là, il ne perdait rien pour attendre, avec ses airs de tapette et son putain de walkman qui ronronnait en permanence..Dzim boum boum…Dzim boum boum..Ç’était à devenir dingue !

Quand Waldemar avait amené le chien, elle avait fait moins de chichis. Encore plus excité que les mecs, il était, le doberman ! Il bandait rouge, à croire qu’ils l’avaient dressé pour ça ! Les flics avaient attaché la fille dans la soue, avec un système vachement chiadé qui la maintenait à quatre pattes, bras dans la dos, jambes écartées,  et y avait eu un truc dans ses yeux, comme dans ceux des cochons avant qu’on les égorge. Elle avait supplié qu’on la zigouille…Y avait toujours un moment où on préférait la mort `t tout le reste, même à l’espoir de lui échapper; c’était là que devenait intéressant. Et pendant que le chien l’enfilait, pendant qu’elle s’étouffait à moitié, la bouche et le nez dans la merde, il s’étaient encore branlés sur elle. Après ça, quand ils enavaient eu marre de lui rentrer dans la chatte tout ce qui leur tombait sous la main, de lui pisser dessus et de la cravacher aux barbelés, ils s’étaient arrètés pour fumer une clope. PLus personne ne savait depuis combien de temps ils étaient  là.  » Tu sais comment on fait pour tuer les jaguars sans abîmer leur peau? Tu sais, salope? avait dit un des frères Tavarez, le borgne, celui qui avait chopé le chancre dans un bordel de Recife. ON les prend au piège vivants, et on leur emmanche dans le fion une barre de fer chauffée à blanc. Ça chuinte, ça grésille, ça sent le churrasco ! Y a rien de plus beau à voir… » Avec une lampe à souder, il s’était mis à rotir devant elle le canon de son fusil de chasse. Un Springfield à double détente ! Fallait-y qu’il soit bourré pour faire ça…Et il lui avait enfoncé le machin brûlant dans son trou du cul de socialiste, en forçant tant qu’il pouvait. Puis il avait tiré ses deux coups, posément, à chevrotines.

Ensuite, ils étaient allés se coucher. [...]

La camarade avait terminé dans le four à chaux des frères Tavarez. Personne n’était venu poser de questions, c’était comme si elle n’avait jamais existé. Ce serait pareil pour Elaine, tout pareil…

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès.


Michel Houellebecq

Culture — Article écrit par le 13 septembre 2010 à 12 h 13 min

Toutes nos félicitations à nos confrères de sur Le Ring pour cette petite merveille de deux heures… Et qu’on ne me dise pas que c’est trop long, deux heures… C’est à peu près le temps qu’il faut pour lire correctement quarante pages.

Houellebecq, j’aime l’artiste et le personnage. Rien à jeter, un petit miracle.

En bonus, lire aussi l’excellent article de Marin de Marin De Viry sur La carte et le Territoire.

Si vous ne lisez et ne regardez pas tout, on vous interdit de vous considérer comme l’un(e) de nos lecteurs(trices).

On y apprend, cerise sur le gateau, qu’il tient De Funès pour l’un des grands génies de son siècle. Et ça, XP l’a toujours dit. Il est même capable, XP, de vous raconter quelques uns de ses films scène par scène.

Farpaitement.


Chanson à boire

Culture — Article écrit par le 10 septembre 2010 à 20 h 20 min

Seigneur, ne voyez-vous donc point les eaux du fleuve Jaune ?

Elles descendent du ciel et coulent vers la mer sans jamais revenir.

Seigneur, ne regardez-vous donc point dans les miroirs qui ornent votre noble demeure,

Et ne gémissez-vous pas en apercevant vos cheveux blancs ?

Ils étaient ce matin comme les fils de soie noire,

Et, ce soir, les voilà déjà mêlés de neige.

L’homme qui sait comprendre la vie doit se réjouir chaque fois qu’il le peut,

En ayant soin que jamais sa tasse ne reste vide en face de la lune.

Le ciel ne m’a rien donné sans vouloir que j’en fasse usage ;

Mille pièces d’or que l’on disperse pourront de nouveau se réunir.

Que l’on cuise donc un mouton, que l’on découpe un bœuf, et qu’on soit en joie ;

Il faut qu’ensemble aujourd’hui, nous buvions d’une seule fois trois cents tasses.

Les clochettes et les tambours, la recherche dans les mets ne sont point choses nécessaires,

Ne désirons qu’une longue ivresse, mais si longue qu’on n’en puisse sortir.

Les savants et les sages de l’Antiquité n’ont eu que le silence et l’oubli pour partage ;

Il n’est vraiment que les buveurs dont le nom passe à la postérité.

Li Bai (701-762)


Conducteur de boeufs

Culture — Article écrit par le 2 septembre 2010 à 23 h 12 min

Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m’empoisonne, ou que je saute dans l’Arno? veux-tu donc que je sois un spectre, et qu’en frappant sur ce squelette (il frappe sa poitrine), il n’en sorte aucun son ? Si je suis l’ombre de moi-même, veux-tu donc que je m’arrache le seul fil qui rattache aujourd’hui mon cœur à quelques fibres de mon cœur d’autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c’est tout ce qui me reste de ma vertu? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un mur taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d’herbe où j’aie pu cramponner mes ongles? Crois-tu donc que je n’aie plus d’orgueil, parce que je n’ai plus de honte ? et veux-tu que je laisse mourir en silence l’énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s’évanouir, j’épargnerais peut-être ce conducteur de bœufs. Mais j’aime le vin, le jeu et les filles ; comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c’est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d’infamie ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l’exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche ; j’en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom qui m’accablent d’injures pour se dispenser de m’assommer, comme ils le devraient, j’en ai assez d’entendre brailler en plein vent le bavardage humain ; il faut que le monde sache un peu qui je suis et qui il est. Dieu merci, c’est peut-être demain que je tue Alexandre ; dans deux jours j’aurai fini. Ceux qui tournent autour de moi avec des yeux louches, comme autour d’une curiosité monstrueuse apportée d’Amérique, pourront satisfaire leur gosier et vider leur sac à paroles. Que les hommes me comprennent ou non, qu’ils agissent ou n’agissent pas, j’aurai dit aussi ce que j’ai à dire; je leur ferai tailler leurs plumes si je ne leur fais pas nettoyer leurs piques, et l’humanité gardera sur sa joue le soufflet de mon épée marqué en traits de sang. Qu’ils m’appellent comme ils voudront, Brutus ou Erostrate, il ne me plaît pas qu’ils m’oublient. Ma vie entière est au bout de ma dague, et que la Providence retourne ou non la tête, en m’entendant frapper, je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d’Alexandre ; dans deux jours les hommes comparaîtront devant le tribunal de ma volonté.

Alfred de Musset – Lorenzaccio


Inception, ou la fuite en avant

Culture — Article écrit par le 26 août 2010 à 11 h 22 min

Comme tous les autres films de Christopher Nolan (Memento, The Dark Knight, Le prestige), Inception est bourré de choses intéressantes, mais donne une impression de bâclé, comme si le réalisateur comprenait au fur et à mesure que ce dont il traite est bien trop gros pour lui. Il nous joue alors le coup, l’arnaque, pas seulement de la non-conclusion, mais surtout du non-thème, du thème mystère. A l’inverse de ces communautés de fans à travers le monde qui discutent des points de détails pour donner la version la plus logique qui soit, preuve qu’ils sont entièrement désappointés par rapport au sujet du film, qui leur échappe totalement. Ce n’est pas seulement au spectateur de combler les trous, pièges et chausses-trappe, c’est au spectateur de trouver le sujet, le véritable sujet du film.

D’ailleurs, de quoi ça parle ? Et bien ça commence de manière corsée, et personne ne s’interroge là-dessus, par la présence d’une machine, d’un outil gros comme un ordinateur portable qui permet à une personne endormie à côté d’une autre de pénétrer ses rêves. Voilà, on balance une énormité comme ça dès le début et tout le monde prend ça comme argent comptant. Et le pire, c’est que même dans le film, tout le monde s’en fout, de cet objet, de cette technique incroyable, sauf les multinationales qui veulent voler des secrets industriels. Oui. Mais voilà que déjà le film embraye sur autre chose, il s’agit désormais et c’est évidemment plus compliqué, d’insérer une idée dans le cerveau d’une « victime » pour lui faire prendre des décisions-d’ordre financières, de manière à lui faire croire que ça vient de lui. Ce qu’il y a de délirant, d’angoissant, dans le matérialisme et la technique, c’est l’absence totale de réflexions sur eux-mêmes, comme s’ils avaient quelque chose à faire oublier, comme si la mondialisation technique ne s’avouait pas déjà comme tentative d’oubli, d’où la vision toujours complotiste des World Companies dans les films, comme si elles savaient quelque chose qu’il ne faut pas dire et sur quoi repose leur pouvoir et nos servitudes. Mais c’est évidemment cette vision complotiste qui est le secret, leur pouvoir malgré elles, c’est qu’on n’arrive plus à penser à autre chose , à commencer, donc, par cette machine à rêve, donc aux rêves, donc au mystérieux.

Là-dessus, sur cette base déjà claire du délire moderne (délire comme recherche de rationalité dirait Chesterton, n’est-ce pas ?), on se rend compte qu’il va falloir « créer » des rêves, puis des rêves dans les rêves afin de pénétrer plus loin dans l’inconscient du « piégé ». Heureusement les rêves sont ici très « rationnels », pas de monstres, pas de pays des merveilles, juste ce genre de rêve à base réaliste, d’un réalisme tordu, que l’on fait parfois, et donc bien plus étrange que les rêves délirants à monstres et à territoires merveilleux. Je passe sur les scènes d’actions, pénibles, inintéressantes, déjà vues, mais qui ont au moins l’honnêteté d’avouer qu’elles n’existent que pour tuer le temps (le temps que l’ »équipe » pénètre un niveau supérieur du rêve). Une bonne partie du film se déroule à Paris. Ce n’est pas un hasard. Les effets spéciaux les plus cocasses y prennent corps de manière tout à fait naturelle : pliages de la ville sur elle-même, effets de miroirs, comme si cette ville était a priori, déjà, une espèce de donné, de carte postale agaçante, dont on ne saurait pas trop quoi faire, transformable et ludique à destination des touristes. Delanöe aurait-il participé au script ?

Bon les références à Borgès, les clins d’œil même, sont nombreux, l’attrait « officiel » du film étant de savoir quel est le véritable niveau de réalité, afin que le héros-et le spectateur avec-s’en sorte. Où, perdu dans les emboitements de rêves, se trouve le vrai niveau de réalité ? Bonne question. Freud, disait (cité dans un Muray) que les troubles de la mémoire étaient dûs à la culpabilité de la satisfaction du parricide. Concrètement, lorsque l’on pense être débarrassé de la fonction paternelle (le passé, l’histoire, la transmission) on ne sait plus trop qui on est et où l’on se trouve. Muray traitait alors des avant-gardes artistiques, celles qui ont besoin de faire table rase du passé pour pouvoir poser le présent, non plus comme accumulation d’Histoire, mais comme point de départ de l’avenir (radieux). Il précise aussitôt qu’une avant-garde doit immédiatement être suivie d’une révolution, ce qui n’arrive jamais (sauf peut-être dans le cas des futuristes italiens, puisqu’on vous dit que c’est un blog d’élite), sinon celle-ci devient de nihil facto obsolète, ringarde et fumeuse. Il dit aussi que dans ce présent dédié à l’avenir, le nouveau héros n’est plus le père, le patriarche, le sage, mais l’enfant, c’est à dire l’avenir déjà-là. Et que fait le héros de Nolan ? Il veut retrouver ses enfants, vivant aux États-Unis, pays où il n’a plus le droit d’aller (il y est recherché par la police), condamné au nomadisme. Le héros veut retrouver non pas le passé qui comblerait ses angoisses, qui le ramènerait donc dans le réel, mais l’avenir radieux. Et lorsqu’il se trouve dans les rêves des autres pour son boulot, son propre inconscient fait intrusion : il voit ses enfants, mais jamais leur visage. A la fin, lorsqu’il est sensé les retrouver sa mission terminée, c’est lui même que l’on voit de dos avec eux. Bref, le film est à prendre à l’envers : les enfants sans visage traduisent le fait que l’avenir radieux lui-même a foutu le camp. Mais même cette réalité-ci, ce constat, s’échappe. Alors on peut retourner Paris sur lui-même comme un nœud de Möbius, c’est à dire comme un endroit sans passé ni histoire, les enfants n’ont plus de visage, le temps s’étire comme le paysage, la gravité perd la boule, même la mort « dans le rêve » est synonyme de folie, de condamnation à errer dans les limbes. Le danger c’est bien de ne plus savoir si l’on rêve ou pas, même dans son propre rêve-c’est à dire dans le monde d’aujourd’hui transformé en Lunapark géant pour nomades. On se prend les pieds dans ses propres salades, comme les mythomanes finissent par croire à leurs propres affabulations.

Il est très symptomatique que le héros « tourne » autour des Etats-Unis sans pouvoir y retourner, les États-Unis comme source du présent-comme-avenir, comme rêve concret, comme monde des enfants à retrouver (comme « inception » : littéralement début, commencement, origine)) et qu’il doive errer dans le vieux monde (Japon, Europe) angoissant car retour du refoulé, paranoïde, constamment trafiqué, nettoyé, replié, « explosant » à la gueule, comme trou de mémoire et comme tombeau vide aussi, évidemment. Il faut faire oublier « d’où vient » le vieux monde pour jouir du monde futur. Il faut camoufler les origines pour camoufler le délire de la répétition. Pas facile, mais on y travaille d’arrache-pied.

Il est amusant que le héros et son épouse aient créé, pour s’évader du monde « réel », une sorte de cité idéale, pourtant totalement angoissante, symétrique, donc labyrinthique, où leurs souvenirs (maison d’enfance) sont enserrés au milieu de vastes allées de building identiques, où l’on vit dans un immeuble mais où l’appartement ressemble à une maison avec jardin (la campagne à la ville, ou le Paris des « quartiers d’antan », comme le désirent les bobos délirants) l’avenir rêvé de sa propre enfance pour échapper au réel encore peut-être trop rigide. Pas complètement à la hauteur des espérances, en tout cas. Amusant également de voir cette cité s’effondrer peu à peu, grignotée par la mer (l’oubli bouffant le faux passé, la folie grignotant le délire). Très amusant, génial, même, la façon dont les figurants dans les rêves, symbolisant l’inconscient du rêveur « visité », deviennent agressifs lorsque cet inconscient détecte une présence anormale, magnifique agoraphobie, même rejet du « réel », d’une vérité, qui déplait, la vérité comme idée extérieure (à la société) s’infiltrant dans les préjugés généraux et généreux présents dans l’individu, comme après la lecture d’un livre, par exemple. La tête de l’individu bourrée du système de pensée des Autres allergique à toute analyse, la société comme système immunitaire contre cette maladie qu’est l’individu pensant par lui-même. Comme si toute la société en effet, se retournait contre un individu qui ne devrait pas être là, c’est à dire penser ce qu’il pense, quelque chose qui déplait royalement au bon fonctionnement onirique et englobant. Des clones qui se méfient de l’authentique, qui veulent se faire passer pour l’authentique, et qui ont donc tout intérêt à rendre le monde flexible, disponible, nomade, sans passé, sans histoire, tout intérêt à faire oublier qu’ils ne sont que répétition d’une chute déjà très lointaine, condamnés à se répéter, mais à condition qu’on ne dise pas cette répétition.

Vous serez comme des Dieux
disait le serpent, donc immortels, oui, mais en tant qu’espèce fait écho Muray, d’ailleurs le démon n’a-t-il de cesse, par la suite, de faire croire que le royaume est de ce monde ? Et de camoufler donc, que le mal, c’est de la copie qui veut se faire passer pour l’authentique, c’est-à-dire la société elle-même lorsqu’elle veut faire oublier tout passé, que le mal, comme on peut le lire chez Sade, n’est au fond que la répétition pathétique, le cliché obligatoire, le non-évènement ?

De tout cela, évidemment, Inception ne rend pas compte, embourbé qu’il est dans son propre fétichisme de la répétition et ses fausses pistes, que les nombreux adeptes essayent en vain de dénouer, alors qu’il tombent en plein dans le panneau, dans le remodelage des cités et donc des âmes (la ville symbolisant d’ailleurs, dans la théorie psychanalytique des rêves, la totalité du sujet : le ça, le moi le monde, l’histoire, l’individu historique), et c’est cette faiblesse qui fait tout son intérêt, forçant le spectateur à participer comme si l’idée venait de lui. Comme dans le film. Comme dans la vie moderne.


Les manuscrits ne brûlent jamais…

Culture — Article écrit par le 14 août 2010 à 19 h 02 min

Paraît-il…je ne sais pas trop d’où vient cette croyance populaire…la première fois que j’ai lu cette phrase c’était dans le maître et Marguerite, j’ai bien aimé ce bouquin…ça m’avait bien botté un chat qui picole un verre de whisky…paraît tout aussi raisonnable que moi me sifflant une bouteille de lait…Donc les manuscrits ne brûlent jamais…c’est tellement vrai qu’on a un mot pour décrire le contraire, l’autodafé…demandez à Torquemada et aux autres ce qu’ils en pensent des autodafés…on pourrait tout aussi bien dire un feu de joie…

On estime que Sophocle a écrit plus de cent tragédies dont sept nous sont parvenues…dont Oedipe qui a fait la fortune de Freud…Mais que valaient Oedipe ou bien encore Antigone dans la somme de Sophocle, furent-elles ses pièces majeures, si majeures qu’elles nous sont parvenues…ou bien des oeuvres mineures dans la totalité…donc on a peine 5% de l’oeuvre de Sophocle alors que la totalité des écrits de Florian Zeller et Angot resteront rien que du fait du dépôt légal…et je crois que c’est pareil pour Eschyle et Euripide…

Donc les manuscrits ne brûlent jamais quand bien même l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie…

Dans un film, Brooklyn Boogie je crois, un type raconte comment calculer le poids de la fumée d’un cigare. Suffit de le peser, de poser les cendres dans une balance avec le mégot et de faire la différence…simple. Plus tard; une autre anecdote est racontée; dans le même film ou dans un autre, peu importe…un écrivain russe travaille depuis des années à son chef d’oeuvre, seulement, il est de Stalingrad et puis il est pris dans la bataille et a accumulé des réserves de tabac…mais il n’y a plus trop de papier dans la ville en 1942, alors il roule son tabac dans son feuillets et fume sans remords aucun…car il sait que les manuscrits ne brûlent jamais…

Dans Les possédés de Dostoievski, il y a deux passages remarquables…Le suicide de Kirilov, il désire se donner la mort parce que c’est son idée. Il croit en la nécessité de dieu et a conscience qu’il n’existe pas…et cette contradiction le mène au suicide…cette scène me rappelle celle de la veillée funèbre du Staretz Zossime dans Les frères Karamazov…le bonhomme aurait été un saint toute sa vie et quelques heures après sa mort, se dégage une odeur putride, alors que l’odeur de sainteté aurait dû embaumer la salle…nait un doute terrible chez les témoins de cette scène, et je pense qu’Aliocha est également atteint bien qu’il ne le montre pas…mais revenons au deuxième moment des Possédés, et à nos pages qui ont brûlé ou censuré…la confession de Stavroguine donc…

Trois jours se passèrent encore et je retournai à la Gorokhovaïa. La mère se préparait à sortir avec un gros paquet ; le père n’était pas a la maison, naturellement ; je restai donc seul avec Matriocha. Les fenêtres (dans la cour) étaient ouvertes. Il y avait beaucoup d’artisans, dans la maison et tous les étages retentissaient du bruit des marteaux et des chansons. Une heure s’était déjà écoulée. Matriocha était assise le dos tourné dans son coin, sur un petit banc ; elle cousait quelque chose. Tout à coup elle se mit à chanter, doucement, très doucement ; cela lui arrivait parfois. Je tirai ma montre ; il était deux heures. Mon cœur se mit à battre fortement. Je me levai et commençai à m’approcher d’elle. Les fenêtres étaient garnies de géraniums ; le soleil était ardent. Je m’assis silencieusement à côté d’elle, sur le plancher. Elle tressaillit, eut épouvantablement peur au premier instant et se dressa brusquement. Je pris sa main et l’embrassai, la fis se rasseoir sur son banc et la regardai fixement dans les yeux. Que je lui eusse embrassé la main — cela la fit rire comme une enfant ; mais un instant seulement, car elle se dressa de nouveau, saisie d’une telle épouvante qu’une convulsion passa son visage. Elle me regarda avec des yeux atrocement fixes, tandis que ses lèvres se mettaient à trembler comme si elle allait pleurer. Mais elle ne cria pourtant pas. Je lui embrassai encore une fois la main et la pris sur mes genoux. Elle eut alors un mouvement subit de recul et sourit honteusement, mais d’un sourire oblique. Tout son visage rougit de honte. Je ne cessai de rire et de lui murmurer quelque chose. Enfin, il se produisit une chose si étrange que jamais je ne l’oublierai et qu’elle me frappa d’étonnement. La petite fille entoura mon cou de ses deux bras et se mit elle-même à m’embrasser ardemment. Son visage exprimait le ravissement. Je me levais presque furieux ; cela m’était désagréable de la part de ce petit être, et puis, j’eus aussi subitement pitié… »

Le feuillet finissait là et la phrase s’interrompait. Il se passa alors un fait qu’il est nécessaire de relater.

La dernière phrase n’est qu’une bouffonnerie d’éditeur…je comprends qu’il ne puisse pas publier le feuillet, mais je ne peux me résoudre à croire que Dostoievski ne l’a pas écrit ce feuillet…et je voudrais savoir où il est passé…le légataire testamentaire l’a-t-il cramé…? Dort-il dans un coffre fort??

et puis plus tard dans un autre feuillet de la confession, Stavroguine ne laisse guère de doute au lecteur…

Cependant je ne cessais pas d’attendre quelque chose. Et en effet, vers onze heures du soir, je vis accourir la fille du concierge que m’avait dépêchée ma propriétaire de la Gorokhovaïa pour me dire que Matriocha s’était pendue. Je suivis la fillette et pus constater que ma propriétaire ne se rendait pas compte elle-même pourquoi elle m’avait fait venir. Elle sanglotait et criait comme font ces sortes de gens en pareil cas. Il y avait du monde, des agents de police. Je laissai passer un moment, puis je sortis.

Il y a plein de manuscrits qui brûlent, qui disparaissent, même dans la bibliothèque de Babel…et pourtant on est intimement persuadé du contraire…j’en accorde l’explication à Max Brode…qui trahit son ami Kafka pour ne pas trahir l’humanité…mais  combien n’ont pas trahi leur ami?

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