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Eumeswil, le chef d’oeuvre d’Ernst Jünger

Littérature — Article écrit par le 17 mai 2011 à 9 h 00 min

Eumeswil d’Ernst Jünger

Eumeswil

« Je m’appelle Manuel Venator ; je suis de service la nuit, comme steward à la casbah d’Eumeswil. »

Manuel, Martin, Manuelo… autant de prénoms que lui donne le tyran d’Eumeswil : le Condor ; mélomane qui coordonne les sonorités à son humeur et aux occasions. Jadis, c’est un coup de force qui lui a permis de prendre le pouvoir dans cet État vassal d’Eumeswil. Une marche sur la capitale à la tête de ses troupes, alors qu’il avait la flotte sous son commandement. La casbah en est l’acropole, le palais fortifié, d’où le dictateur dirige le pays, avec à son service le Domo ; homme de confiance qui veille à la sécurité intérieure de la principauté. Suffisamment à l’abri pour se prémunir des agitations de la ville basse, de la foule versatile, toujours sujette à la révolte.

A Eumeswil le pouvoir du Condor a succédé à celui des Tribuns. Pour un anarque la différence est plus subtile que fondamentale. Le crédo de l’anarque est la liberté. Elle n’est pas dépendante d’une époque, d’un lieu, ou d’un régime politique, elle est sa propriété. Il n’ambitionne pas de changer le monde, d’améliorer la société, d’octroyer de force cette liberté à tous. Sa liberté est intérieure, c’est une philosophie de vie, presque une ascèse. C’est dans son rapport à l’anarchiste que la définition de l’anarque se laisse le plus facilement saisir. L’anarque au contraire de l’anarchiste n’est pas l’ennemi de l’autorité, il se l’approprie. Il ne désire pas détruire la société, il s’y insère, tout en la tenant à distance.

« L’anarque peut revêtir tous les déguisements. Il reste en n’importe quel endroit où il se trouve bien, mais si cela ne lui convient plus, il s’en va. Il peut, par exemple, travailler tranquillement derrière un guichet ou dans un bureau. Mais quand il le quitte le soir, il joue un tout autre rôle. Persuadé de sa propre indépendance intérieure, il peut même montrer une certaine bienveillance à l’égard du pouvoir en place. Il est comme Stirner, c’est un homme qui, à l’occasion, peut faire partie d’un groupe, entrer dans des liens de communauté avec une chose concrète; fort peu avec des idées. L’anarchiste est souvent idéaliste; lui, au contraire, est pragmatique. Il voit ce qui peut lui servir, à lui et au bien commun, mais il est fermé aux excès idéologiques. C’est en ce sens que je définis la position de l’anarque comme une attitude tout à fait naturelle. En premier lieu il y a l’homme, et son environnement vient ensuite. Telle est la position que je préfère actuellement. » – Julien Hervier, Entretiens avec Ernst Jünger

« Anarchique, chacun l’est : c’est justement ce qu’il y a de normal. Toutefois, dès son premier jour, son père et sa mère, l’Etat et la société lui trace des limites. Ce sont là des rognements, des mises en perce de l’énergie innée auxquels nul n’échappe. Il faut bien s’y résigner. Pourtant, le principe d’anarchie reste au fond, mystère dont le plus souvent son détenteur n’a pas la moindre idée. Il peut jaillir de lui sous forme de lave, peut le détruire ou le libérer.
Il s’agit ici de marquer les différences : l’amour est anarchique, le mariage non. Le guerrier est anarchique, le soldat non. L’homicide est anarchique, mais non l’assassinat. Le Christ est anarchique, Saint-Paul ne l’est pas. Comme cependant l’anarchie est la normale, elle existe aussi en Saint-Paul et explose parfois violemment en lui. Ce ne sont pas là des antithèses mais des degrés. L’histoire mondiale est mue par l’anarchie. En un mot : l’homme libre est anarchique, l’anarchiste ne l’est pas.

L’anarchiste vit dans la dépendance – d’abord de sa volonté confuse, et secondement du pouvoir. Il s’attache au puissant comme son ombre ; le souverain, en sa présence, est toujours sur ses gardes [...] L’anarchiste est un partenaire du monarque qu’il rêve de détruire. En frappant la personne, il affermit l’ordre de la succession. Le suffixe  » isme  » a une acception restrictive : il accentue le vouloir aux dépens de la substance [...] La contrepartie positive de l’anarchiste, c’est l’Anarque. Celui-ci n’est pas le partenaire du monarque, mais son antipode, l’homme que le puissant n’arrive pas à saisir, bien que lui aussi soit dangereux. Il n’est pas l’adversaire du monarque, mais son pendant.

Le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous ; l’Anarque sur lui-même, et lui seul. Ce qui lui procure une attitude objective, voire sceptique envers le pouvoir, dont il laisse défiler devant lui les figures – intangibles, assurément, mais non sans émotion intime, non sans passion historique. Anarque, tout historien de naissance l’est plus ou moins ; s’il a de la grandeur, il accède impartialement, de ce fond de son être, à la dignité d’arbitre. »

Le Condor n’est pas libéral, c’est ce qui le distingue des démocrates vaincus ; eux s’appuient sur des idées, lui sur les faits. « A chacun ce qui lui revient »… la maxime prussienne, est chez nous, largement interprétée. Le Domo disait : « Ce qu’on pratique au lit, ou même dans son écurie, c’est l’affaire de chacun ; nous ne nous en mêlons pas. Bien manger, bien boire, bien foutre… si nous y ajoutons notre bénédiction, nous déchargeons la police et les tribunaux d’une tâche écrasante. Nous n’avons plus alors, mis à part les crimes grossiers et les coups de folie, qu’à nous occuper des maniaques du bonheur universel, qui sont plus dangereux encore. Nos gens d’Eumeswil ne veulent pas vivre mieux dans quelque avenir indéfini, ils veulent bien vivre, dès maintenant. Ils ne veulent pas qu’on fasse tinter la monnaie à leurs oreilles, ils voudraient bien l’avoir en poche. Un tiens, pour eux vaut mieux que deux tu l’auras. Nous pouvons même leur offrir la poule au pot. » « A Eumeswil, d’une manière générale, on est tolérant par principe ; il y a toute une foule de choses qui ne sont pas permises, mais sans être interdites, et avec elles une zone de pénombre, en marge de la légalité, qui s’harmonise à l’atmosphère rêveuse d’une taverne. » Il en est ainsi du trafic d’opium, de l’avortement, de la pédérastie ou des jeux de hasard. « Tout le monde ou presque le fait, tout le monde est au courant, et même on en tire gloire. On ferme les yeux. »

Dans sa pratique du pouvoir le Condor, tout tyran qu’il est, se promène, discrètement accompagné, au marché et sur le port, comme parmi ses semblables ; il a un mot gentil pour chacun. Dictateur habile et esthète, il tient du César sud-américain. Un brin populiste mais plus encore populaire. Comme Pinochet il dispose des choses terre à terre et laisse l’économie à d’autres, c’est la marque du militaire. Il a retenu de Machiavel que de bons soldats et de bonnes lois sont le fondement de l’Etat. Pour le surplus, il compte sur les jeux de l’arène, la télévision et divers spectacles plus distrayants que la politique. Et surtout maintenant on paye en or, là où du temps des tribuns on se contentait de papier. La différence est significative, l’or en plus de l’avidité que sa beauté suscite a une valeur intrinsèque, alors que le papier-monnaie n’a qu’une valeur d’usage ; c’est une abstraction liée au régime.

Mais même le meilleur gouvernement a son opposition, qui grossit à mesure qu’il mécontente les corporatismes ; l’usure du pouvoir fait le reste. C’est pourquoi il convient de prendre ses précautions. Chaque type de danger à été analysé, de l’insurrection populaire à la révolution de palais. Tout une batterie de tests sert à débusquer les esprits instables, tortueux, contestataires, ou encore au dévouement inconditionnel (qui ne sont pas les moins dangereux), qui ont vocation à servir à la casbah. Ils sont seuls habilités à pénétrer dans la zone interdite, où sont interdites les femmes, qui ont la conspiration dans le sang. Des miroirs surveillent les angles morts, des dogues et des sentinelles veillent. Chacun connaît son poste en cas d’alerte ; les phonophores crépiteraient, on se saisirait d’un fusil et de son équipement, et les évènements suivraient leur cours…
Tous les matins le Domo fait son rapport au Condor sur les évènements de la nuit. Il aime à dire que la meilleure police est celle dont on parle le moins. Si l’opposition se fait trop ostensible, le Domo peut à tout moment faire surgir sur le port ou les marchés une masse à la force brutale ; pas un uniforme en vue, pas même un partisan notoire ; la manifestation populaire fait front à l’émeute. On condamne à mort, mais rarement, pour la forme, pas plus d’une à deux fois par an. Plus généralement on pratique le bannissement, sur des ilots abandonnées au milieu de l’océan, où les prisonniers s’organisent entre-eux. Ce sont des « Waldgänger », selon le mot qui désigne le proscrit islandais du Haut Moyen Age scandinave.

A Eumeswil l’opposition est surtout incarnée par les libéraux, les anciens maîtres de la ville, qui se réunissent dans les caves pour murmurer. Ainsi que par ceux qui se nomment eux-mêmes Les Amis du peuple et quelques groupes d’anarchistes tenus en laisse. Leur organe de presse est le Roitelet, il est toléré, comme une soupape de sécurité. Ses idées se distillent dans le corps social comme autant de ferments de décomposition, comme le levain dans le pain. C’est la mouche du coche avec qui s’engage un funeste ballet.

L’Etat universel déjà réalisé, s’est disloqué en un archipel de cité-États et d’empires. Eumeswil est sous la protection du Khan jaune qui y mène parfois des chasses. L’héritage de cette époque technologique se trouve dans les catacombes, son plus important vestige : le Luminar. Encyclopédie informatique, qui contient tout le savoir historique accumulé par les hommes. Venator, qui le jour mène ses recherches à l’Institut est l’un des privilégiés à avoir accès à cette masse de connaissances. Ses travaux l’amènent comme à la casbah, à étudier les cycles historiques, dont il traque les figures pérennes, les archétypes de personnages ou d’événements. Les peuples nomades et barbares n’ont d’intérêt que quand ils entrent en conflit avec la civilisation ; une cicatrice subsiste dans l’histoire mondiale. C’est l’un des traits appréciables de son travail de steward, au bar de nuit l’histoire s’écrit devant ses yeux. Autant de prétextes à des réflexions sur le travail de l’historien : « Les souffrances de l’historien et sa métamorphose en anarque viennent de ce qu’il conçoit que la charogne ne peut être enlevée, et que des essaims toujours nouveaux de vautours et de mouchent y trouvent leur régal… donc, en gros, de l’imperfection du monde et du soupçon, que dès ses débuts, il devait y avoir un défaut de construction. Politiquement, se succèdent des systèmes dont l’un dévore l’autre. Ils vivent de l’espoir, toujours hérité, toujours déçu, qui jamais ne s’éteint tout à fait. »

Le recours aux forêts, thème central, c’est la porte de sortie que se ménage l’anarque. Le refuge qu’il prend soin de dénicher, d’aménager à ses besoins, avant que la situation ne l’exige. C’est une sécurité, sa paix de l’esprit. Ce qui lui permettra, le moment venu, de se mettre au vert quelques temps, avant que l’atmosphère ne redevienne respirable. Tel la souris rousse qui vit à l’écart des habitations, il disparait de la circulation. L’anarque refuse bien entendu, de reconnaître la loi qui restreint sa souveraineté, mais il retarde le plus possible son passage dans l’illégalité. Il n’est pas comme le criminel qui cherche à l’enfreindre, ou le partisan qui veut la modifier, il n’est ni pour ni contre. Il modèle sur elle sa conduite par opportunisme.

Eumeswil est incontestablement une œuvre majeure du XXème siècle. On pourrait sans doute alors s’étonner du peu de reconnaissance dont elle jouit, mais c’est plus un bien qu’un mal. Ne manquerait plus qu’on en fasse un classique ; un classique des commentaires de texte que des générations de lycéens auraient pour tâche de disséquer. Un traitement apte à vous faire détester le meilleur livre.

Et puis ce n’est pas là l’esprit que lui a donné Jünger. Ce n’est pas le livre de la multitude. Lui-même le décrit comme des notes éparses déposées sur les étagères de l’Institut, que quelques historiens auront à goût d’étudier dans le futur. C’est un récit à la première personne, un roman synthétique, l’œuvre d’une vie, pleine de réflexions diverses qui s’entremêlent pour former un tout qui affecte la cohérence. Les références y sont nombreuses, de l’expression latine à la chronique viking ; jamais explicitées. C’est très agréable, un auteur qui a une si haute opinion de son lecteur. Eumeswil s’adresse à un public restreint, cultivé ; ce n’est pas plaidoyer, c’est une conversation.

Guy Debord l’exprime ainsi : « Les citations sont utiles dans les périodes d’ignorance ou de croyance obscurantistes. Les allusions, sans guillemets, à d’autres texte que l’on sait très célèbre, comme on en voit dans la poésie classique chinoise, dans Shakespeare ou dans Lautréamont, doivent être réservées aux temps plus riches en têtes capables de reconnaître la phrase antérieure, et la distance qu’a introduite sa nouvelle application. »

A peine pourrait-on reprocher à Eumeswil une fin un peu décevante, mais c’est un point de détail.


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Théorie du roman policier

Littérature — Article écrit par le 6 mai 2011 à 16 h 47 min

J’aime bien quand dans un roman, l’écrivain explique son travail. Je préfère encore plus quand le propos est glissé dans l’oeuvre même plutôt que dans une préface ou un avant-propos, du style « faire concurrence à l’État civil ». Ainsi vous livre-je le dernier sur lequel je suis tombé:

« - Vous connaissez Edgar Poe, Conan Doyle, Agatha Christie, Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Simenon?[...]

- Dans une affaire , vous avez les apparences et la réalité. Les apparences, c’est la scène de crime et tous les éléments du dossier. La réalité, c’est la façon dont les choses se sont réellement passées, le comment et le pourquoi.

- Mais on ne connait jamais exactement la réalité!

- C’est vrai, mais on a besoin de cette hypothèse. Sans elle, ce métier n’aurait pas de sens. Les reconstitutions seraient dérisoires.

- Exact, dit Marina, qui était toujours surprise de la fécondité d’une bonne reconstitution.

- L’enquêteur cérébral comme Poirot pense que derrière des apparences anarchiques, la réalité est logique et carrée. C’est pour cela qu’il cherche d’abord à reconstituer la réalité, sans perdre son temps à redresser une scène de crime confuse. L’intuitif comme Maigret croit que tout est illogique dans une affaire, sauf le coeur humain. Il va donc s’imprégner du milieu du crime, pour atteindre un état d’empathie avec le meurtrier. Le savant comme Sherlock Holmes croit que tout est logique, dans la scène de crime comme chez le meurtrier. une observation minutieuse va lui permettre de restituer l’enchaînement des causes qui a conduit au neurtre. Le cogneur comme Marlowe pense que rien n’est logique ni intelligible. C’est le plus sceptique de tous. Il va se jeter dans le désordre de l’action pour que le forfait se résolve en direct devant ses yeux. Il pense être l’étincelle qui va faire éclater la vérité. [...]

- Je viens au concret. Dans un roman, le romancier donne à son héros une affaire adaptée à sa technique d’enquête et c’est pour cela que l’enquêteur réussit toujours…. »

Le testament syriaque, Barouk Salamé. C’est honnête sans être transcendant, si on vous le prête, pourquoi pas…sinon pas la peine.

Je ne peux que vous conseiller la lecture du livre dont l’image illustre l’article. Roman policier d’Imre Kertesz, qui n’en est pas un. Texte court, puissant, froid, distancié…un changement politique dans un pays indéterminé, probablement quelque part en Amérique du Sud…un fils de famille dans les mâchoires d’une dictature policière, des flics déshumanisés. Beaucoup y verront une critique des régimes militaires des années 60-70 dans ces contrées tropicales, alors que Kertész a connu les dictatures nazie et communiste…


Un vieil homme dégoûtant

Littérature, Vidéo — Article écrit par le 27 avril 2011 à 23 h 20 min

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http://conditoralmesiderum.blogspot.fr/

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Cimetière littéraire

Littérature — Article écrit par le 18 mars 2011 à 18 h 18 min

Il paraît qu’il faut avoir lu certains livres ou certains auteurs afin de parfaire son éducation de parfait honnête homme…d’ailleurs, vous remarquerez aisément que lorsqu’on parle de ces auteurs et de ces oeuvres, on dit relire, comme si une première lecture n’eût été suffisante…pourquoi s’infliger deux fois un supplice…voici donc mon cimetière littéraire:

  • À la recherche du temps perdu, en fait c’est présomptueux, Du côté de chez Swann est plus juste…je crois m’endormir encore plus rapidement que notre narrateur, je pense avoir essayé plusieurs fois et n’avoir jamais passé les cinquante premières pages. Un professeur de culture générale m’avait conseillé de commencer par où je voulais, que cela n’avait aucune importance, peut-être plus tard, ou bien en audio avant de dormir.
  • Salammbô, Flaubert. « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardini d’Hamilcar. » Pas besoin d’aller plus loin. Et puis on arrive vite aux limites du réalisme total.
  • Guerre et Paix, Tolstoi. « Ça parle de la guerre et de la paix en Russie ». Je pense que c’est bien résumé, mais je n’ai pas dépassé soixante pages. Non que tout cela me déplaisait. Je me rappelle d’un type qui descend une bouteille d’alcool sur bord d’une fenêtre. En fait l’édition que je possède est impayable. Imprimée en tout petit, un papier plus fin que du papier à cigarette. À retenter.
  • L’automne du Patriarche, Gabriel Garcia Marquez. Pourtant j’aime bien le Colombien. Cent ans de solitude est bon et que dire de Chronique d’une mort annoncée. Cela avait tout pour me plaire. L’histoire d’un dictateur Sud-Américain qui devient complètement fou…mais voilà parti pris stylistique qui rend la lecture bien compliquée…
  • Tout Conrad à l’exception de Au coeur des ténèbres. Nostromo et Lord Jim sont lourds…pesants…l’action ne part pas…
  • Au-dessous du Volcan, Malcom Lowry,  chiant comme un long jour de pluie à la campagne…
  • Enfin, toutes les oeuvres produites par des femmes à l’exception de…Mémoires d’Hadrien de Yourcenar…et Eichmann à Jérusalem de Hannah Arrendt..et peut-être trois ou quatre autres machins…je pense à Ayn Rand qui est sur la liste de mes prochaines lectures…et aussi Selma Lagerlof avec l’empereur du Portugal qui est absolument magnifique.
  • L’homme sans qualités, Musil, j’imagine pour les mêmes raisons que Proust…
  • Toute la philosophie…c’est lourd, c’est pesant, ça se prend la tête sur rien, ça raconte que dalle…on peut faire quelques exceptions pour ce qui dépasse ce genre somme toute mineure…

Il doit y en avoir une tripotée d’autres, work in progress…


Laid Cri Vain

Littérature — Article écrit par le 23 janvier 2011 à 18 h 53 min

Ou XP en BD…

Merci à Miss Pepper, médaille d’or du scan


L’Obermachinchose Serge Klarsfeld

Littérature — Article écrit par le 21 janvier 2011 à 23 h 09 min

Il est vilain, il n’ira pas au paradis,
celui qui décède sans avoir réglé tous ses comptes
— Almanach des Bons-Enfants (et épigraphe à Bagatelles)

M. Serge Klarsfeld est un homme qui, voilà quelques décennies, a décidé de faire une carrière originale et semble-t-il flatteuse : chasseur de vieillards. Il les traque, les attrape, les dénonce, les fait mettre en procès puis en prison, généralement la mort suit assez vite ce traitement qui n’est inhumain et féroce qu’en trompeuse apparence.

Car il le fait au nom de la morale. Et il serait condamnable (ce n’est pas une formule au sens figuré) de mettre en cause les fondement historiques des agissements de M. Serge Klarsfeld. Plusieurs personnes sont en prison pour ça, ce qui les rend sympathiques même quand on trouve leur maniaquerie déplorable, ce qui est mon cas.

Ce combat d’une noblesse extrême, cette sorte d’apothéose de la vengeance administrative, scientifique, documentée aux meilleures archives, froide comme le regard d’un SS qui aurait viré de bord et entrepris de venger le ghetto de Varsovie dans un roman uchronique d’un Robert Merle talentueux, tout cela donne à monsieur Serge Klarsfeld une sorte de légitimité qui repose donc sur le véritable tabou religieux de la république française depuis 1945. Du moins qui repose dessus rétrospectivement, car dans l’immédiate après-guerre, si l’on plaignait beaucoup le sort des déportés de manière générale, on ne faisait pas un cas très particulier des déportés juifs. Encore moins venait-on nous emmerder avec les romanichels et les invertis qui avaient tenu à se singulariser d’un petit triangle rose. La véritable religion holocaustique qu’on nous impose, qui se déverse dans tous les domaines culturels à pleins robinets au point que des juifs un peu plus clairvoyants que les autres s’inquiètent régulièrement de ce que cela pourrait alimenter un antisémitisme renouvelé, elle est en grande partie une construction, dont on pourrait dire les grandes étapes de sa constitution à partir des faits de la Seconde Guerre mondiale — faits que je n’entends pas ici contester, que ce soit bien clair : je parle de leur exploitation, de leur incessant rappel ad nauseam (et la nausée est depuis longtemps dépassée), de la magistrature morale qu’ils donnent à des ord… comme Serge Klarsfeld en leur permettant de se livrer soixante ans après à une vengeance maniaque qui semblerait peut-être, pour un observateur de Sirius, tenir d’une sorte de racisme, d’une exhaltation raciale exactement symétrique, dans ses inspirations, de celle du nazisme.

Mais si ce n’était que cela… on pourrait y voir je ne sais quelle grandeur. Problématique évidemment quand les promoteurs de cette chasse aux vieillards sont les mêmes — et je ne vise pas ici tous les juifs, mais une partie d’entre eux : « les mêmes », précisément — qui interdisent toute mise en cause de l’immigration-invasion ou qui prônent idéologiquement le métissage des populations européennes.

Mais somme toute, Klarsfeld serait un féroce zélote, se serait donné le rôle d’un champion pour son peuple (il est vrai que le champion serait bedonnant, aussi le fils a pris le relais à rollers).

Ainsi Serge Klarsfeld aurait obtenu, parce que c’est à ça que se dévouent les Klarsfeld, qu’on ne célèbre pas Céline. Sans doute on se demanderait alors un peu ce que pouvaient bien faire les Klarsfled avant d’être contrôleurs-vérificateurs-en-chef de la conformité de l’opinion des goys avec les préceptes de la religion holocaustique… tailleurs ? fourreurs ? dentistes peut-être ? Mais somme toute on ne s’étonnerait pas plus que cela.

Mais voilà : est-ce bien tout ce qui est en cause ?

Car l’impression est, cette fois, plus gênante : il a visiblement suffi d’un ordre donné par M. Klarsfeld pour que M. Mitterrand, ministre du gouvernement français, s’exécute. Je dis bien un ordre. « Céline raus ! Schnell ! Los ! los ! » et en bon kapo, en bon gardien-chef du lager français, en ministre de ce pays qui ressemble de plus en plus à un camp de concentration mental, M. Mitterrand d’exécuter l’ordre donné par M. Klarsfeld.

On espère d’ailleurs que M. Mitterrand aura double ration de soupe claire en récompense pour son dévouement au kommandant Klarsfeld.

« Mais qui donc gouverne en France ? » s’interroge ce soir, sur le site d’un quotidien, dans les commentaires de cette étonnante nouvelle, un commentateur incrédule.

— Mais qui donc gouverne en France ?
— M. Klarsfeld et le CRIF, de toute évidence.

 

Quant à Céline qu’on se rassure, il vend encore. Et il est lu sans avoir bien besoin du secours de la médiocre culture officielle et célébratoire. On lui laissera la conclusion, dans L’École :

Nous sommes, Français de souche, asservis, brimés, opprimés, cocufiés, dépouillés, minimisés, ridiculisés, à chaud, à vif, autant qu’il se peut, admirablement, implacablement, frénétiquement, trahis il faut ajouter, minutieusement, perpétuellement, inlassablement, par nos frères de race arrivistes, les francs-maçons, chiens volontaires des Juifs, goinfreurs, en toutes poubelles, en tous déchets juifs, meute à la curée, à la ripaille de toutes les gangrènes d’agonie, éperdus au sifflet des juifs. Les loges détiennent tous les pouvoirs. Les Youtres n’ont qu’à se servir. Aucune résistance. Ils s’installent, exploitent, rançonnent en définitive où ils veulent, comme ils veulent, où leur caprice les chatouille. Ils nous enculent, si telle fredaine les anime, publiquement, très impunément. Auriez-vous rêvé d’un négrite Maître de l’Instruction Publique ? Vous l’avez. En voulez-vous un autre, maître de nos Colonies ? Vous l’avez ! Juste retour des choses ! Demain Président du Conseil, ordonnateur de nos abattoirs (Il le fut déjà). La Haute Juiverie s’amuse de savoir à quel point l’on peut nous avilir, nous faire ramper, avaler des couleuvres, des hontes, des glaviots.

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Indignation

Littérature — Article écrit par le 10 janvier 2011 à 11 h 14 min

Je pense pouvoir dire que j’ai été chanceux lors des fêtes passées. En effet, ma cousine qui est l’archétype de la bobo parisienne m’a offert un livre et m’a révélé qu’elle s’était trompée lors de l’achat. elle voulait m’offrir Indignez-vous de Stéphane Hessel et je me suis retrouvé avec Indignation de Philip Roth. On ne peut pas dire que j’y ai perdu au change…et si par hasard quelques libraires pouvaient induire en erreur leur client quant à l’achat de la brochure de M. Hessel pour le dernier roman de Roth, je peux vous assurer que cela fera des heureux…

C’est un court roman, moins de deux cents pages, mais plutôt denses. Il ne se passe pas grand-chose, ou si plutôt, il se passe plein de petites choses insignifiantes qui mènent inexorablement au drame final. Indignation, le plus beau mot de la langue anglaise pour Roth. Que recouvre cette indignation?? Plein de choses telles que le sort des Palestiniens, des Haïtiens…absolument pas, Roth s’en branle de tout le reste, il n’y a que son narrateur qui l’intéresse, et ce qui lui arrive…alors vous imaginez bien qu’il s’en branle des autres…à moins que le sort des autres détermine alors le sien…Alors que signifie cette Indignation qui donne le titre à ce roman de Roth. Il y a presque une perspective grecque dans ce court roman, la force de l’inexorable, le fatum…ou comment tous les actes, des plus insignifiants aux plus marquants conduisent inexorablement à la mort, absurde ou non. Absurde dans le cas de notre roman.

On reconnait un immense écrivain a la capacité qu’il a de narrer une histoire, de tisser une toile, de disséminer un sentiment diffus qui fera sens après avoir lu le roman. 200 pages, c’est pas énorme, mais c’est bon. Et puis, Roth vieillissant, est un monstre de pessimisme…et comme on dit qu’on ne fait pas de littérature avec des bons sentiments et bien vous aurez compris que ce roman de Roth est vraiment très bon. Roth est un immense romancier car tous les ans il sort un livre de haute facture…chapeau l’artiste…

L’indignation est vraiment le sentiment à la mode. Ce week-end, un déséquilibré a fait un carton en Arizona et a brûlé la cervelle d’une malheureuse députée. Il n’a pas fallu long pour dire que cela était la faute de Sarah Palin et des Tea Party qui « entretiennent un climat de violence politique… » Ce ne peut être vraiment qu’une réflexion de journaliste de gauche complètement débile…prêter une telle influence à des femmes et hommes politiques, c’est comme dire que s’il y a de la violence, c’est parce que les films et les séries TV sont violentes…mais bon on comprend qu’il n’y a que la droite qui entretient un climat de violence, lorsque la quasi-totalité des actes terroristes en Europe (hors terrorismes séparatiste et islamiste) sont le fait d’organisations d’extrême-gauche…de même que ce n’est qu’un hasard si l’agression contre Silvio Berlusconi a eu lieu moins d’une semaine après le No Berlusconi Day, la même semaine où la presse n’a jamais été aussi violente contre le président du conseil italien. Certaines personnes parlent souvent, et avec raison, de la violence de la presse « nauséabonde » des années 30 avec des titres tels que « je suis partout »…qui entretenait un climat de violence. Il me semble qu’envers certaines personnes, les titres de la presse officielle actuelle agissent un peu comme ceux d’antan…


10 livres pour ne pas désespérer de 2011

Littérature — Article écrit par le 25 décembre 2010 à 9 h 26 min

Commençons par afficher notre détermination granitique de ne pas nous laisser imposer le sot dictat des dates et, libre comme seul peut l’être le mammifère numérique le plus farouche, majestueux et pudique de la blogopshère, l’Ilysien (ilysarum bidoulei) en bamboche culturello-livresque nous piocherons à chronos que veux-tu dans la masse imprimée sans nous laisser arrêter par de sordides questions d’actualité. Comme il est malheureusement devenu malaisé de se procurer le moindre exemplaire un peu correct de l’Ars Magna Lucis et umbrae in mundo d’Athanasius Kircher de 1646 on se rabattra utilement sur le plus fou, le plus ininventable des « romans » d’aventures vraies : La Franc-maçonnerie Templière et Occultiste au 18ème et 19ème siècle de René le Forestier aux éditions Arche. On y croise, entre un landgrave alchimiste se prenant pour Saint Pierre et des templiers remontant à Noé, ce grave baron ministre conseiller du roi à la cour de Bavière initié par des Supérieurs inconnus jamais démasqués (était-ce une farce ? une manipulation policière ? Un coup de Sarkozy ?-) qui préféra perdre ses titres bien réels pour la splendeur du grade de Grand prieur d’Occitanie – comme quoi il est plus beau de rêver ses titres que de les posséder. (Ajoutons qu’une fois épuisé, le livre met en moyenne vingt-cinq ans à être réédité.)

Après cela force est de nous replonger dans l’amère vérité du siècle écoulé en se donnant la peine d’aller voir ce qui se passait réellement A la cour du tsar rouge de Simon Montefiore : « La chronique la plus élégante de brutalité et la plus impitoyable que j’ai jamais lue » nous avoue Ruth Rendel en 4ème de couverture. Et Kissinger d’ajouter qu’il « avai[t] tort de penser n’avoir plus rien de neuf à apprendre sur Staline ». Suivez Kissinger et Miss Rendel, vous verrez que le Père Ubu fut Géorgien.

A propos d’Ubu, notre numéro 3 se propose de vous faire connaître ce qui est sans doute l’œuvre la plus passionnante et la plus lisible de Jarry : sa vie. Pour découvrir comment un jeune breton de bonne bourgeoisie devint un mythe littéraire conservé dans l’absinthe, auteur d’une œuvre souvent citée et jamais lue,  Jarry , de Patrick Besnière –vous y verrez défiler toute la galerie des masques fin de siècle d’une époque qui ne fut pas aussi comique qu’on s’est plu à la peindre. Au temps des chats et des âmes noires.

Mais le temps file et nous ne sommes même pas à mi chemin ! que vont dire les maîtres ! Allez, découvrez un autre Léautaud que l’employé vipérin et cochon du Journal avec l’un des plus jolis livres de souvenir jamais écrits :  In Mémoriam (Mercure de France), ou comment jouer du fantôme de son père comme un chat jouisseur joue de la souris qu’il torture affectueusement ; un ton unique dans nos lettres, pas une syllabe d’attendrissement ! une merveille.

Restons français : tout le monde a vu le film, personne n’a lu le livre et c’est grand dommage, car Un singe en hiver (La Table ronde) est écrit dans ce ton d’automne et de fête décolorée qui est la marque des faux jeunes hommes qui voient leur vie leur dire adieu sans se retourner ; – la dalle est en pente, mais elle est funèbre. Pourtant, le plus beau Blondin, c’est notre numéro 6 –  Monsieur Jadis ou l’école du soir , dernier roman d’un homme qui valait mieux que sa légende – c’est loin d’être toujours le cas.

Ce serait manquer à toutes les règles de la confraternité lectoriale de ne pas conseiller cette Rolls Royce à nuit blanche qu’est notre numéro 7, La conspiration des ténèbres de Théodore Roszak, 760 pages qui redonnent au mot « lecture » tout un parfum de vacances, d’île au trésor et de triangle des Bermudes.

Une liste sans chef d’œuvre méconnu serait d’une indécence extrême, et c’est pourquoi notre numéro 8, Moscou sur Vodka, de Venedict Erofeiev, ce doit d’être ici – et aussi parce que c’est un livre immense malgré ses pages trop brèves. Ce samidzat de 69 qui nous arrive en 2000, 10 ans après que son auteur ait vu son dernier fond de verre est un monologue qui resurgit du charnier des littératures, avec sa caravelle d’images, de cris, de rires et de sanglots, tout un tohu-bohu échappé au grand silence.

Restons Russe pour le 9. Cette fois les rares paroles qui pointent sont des oiseaux gelés que jamais plus rien ne réchauffera si ce n’est notre mémoire. Quelques 1450 pages pour raconter ce qui est presque hors de portée des mots, la parole de la cendre, le grand oral des ombres (mais rien n’est grand ici ; il fait trop froid pour ça) : ce sont Les récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, chez Verdier. Et il faut les lire pour savoir ce qu’est l’homme dépouillé de lui-même, quand il n’est plus qu’un effort irraisonné pour atteindre l’aube suivante. Et le miracle, c’est qu’il y arrive.

Oui, l’homme arrive au bout de l’histoire, (et c’est bien pourquoi il ne faut pas désespérer de 2011). La preuve que rien ne saurait jamais vraiment arrêter ce bipède entêté se trouve dans les Mémoires de la comtesse de Boigne, au Mercure de France (collection le Temps retrouvé). Outre qu’elle inspira à Proust cette madame de Bausergent, seule lecture nommée de la grand-mère du narrateur de notre chère Recherche, Madame de Boigne est de ces êtres en qui le temps se fait chair et vie. Présentée à Louis XVI au bal des débutantes, elle verra crouler trois couronnes, deux empires et naître une république… elle a laissé les pages les plus cyanurées sur Chateaubriand et ses plus de trente ans de vie commune avec le chancelier Pasquier ne lui laissèrent rien ignorer des secrets des cabinets européens. Elle vit Charles X sombrer aux mains de la congrégation, nommant un premier ministre qui attendait ses ordres de la vierge qui le visitait aux Tuileries. La couronne avait lassé Dieu. Et quelle écriture primesautière, colorée, charmante. Ces « Récits d’une tante à ses petits neveux » (le titre original) est sans doute le dernier témoin d’un art d’écrire qui ne se piquait pas de belle prose et ne se regardait pas taillant la syllabe. L’idéal pour apprendre l’histoire de France en se délassant et voir briller une dernière fois les feux d’une civilisation unique qui aima la conversation à s’en damner, la beauté des meubles, et la gloire de nos armes.

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Vendetta, R.J. Ellory

Littérature — Article écrit par le 7 décembre 2010 à 11 h 08 min

Seul le silence, premier roman traduit en Français de R.J. Ellory avait posé son auteur et sa maison d’éditions, Sonatine. C’était l’histoire relativement classique d’un tueur en série servie par une écriture sèche, sans fioriture, avec un goût de cendre dans la bouche. C’était surtout le style qui m’avait causé dans cette histoire, un polar crépusculaire (j’utilise bien sûr cet adjectif à dessein, c’est le mot à la mode dans le monde du polar sur la quatrième de couverture, crépusculaire est au polar ce que festif et citoyen sont à la mairie de Paris). J’ai récemment lu son deuxième roman traduit en Français, Vendetta.

On retrouve un type mort dans une bagnole, littéralement massacré. On se rend vite compte que le macchabée est le garde du corps de la fille du gouverneur de Louisiane, et que celle-ci a été enlevée. Le FBI est sur les dents et cherche sans trouver la queue d’une cerise…L’assassin prend contact avec le FBI et déclare qu’il va se rendre et tout leur dire à la condition qu’il livre tous ses secrets uniquement à un obscur fonctionnaire du ministère de la Justice, Ray Hartmann, qui bosse à New-York, lui-même perturbé par des problèmes familiaux. Donc Ray Hartamnn débarque à la Nouvelle-Orléans, ville de son enfance…pour causer à Ernesto Perez, kidnappeur de la fille du gouverneur Ducane et tueur de la Mafia depuis une bonne quarantaine d’années…Il raconte donc son histoire, son enfance en Louisiane, fils d’une Américaine et d’un Cubain, boxeur dans des combats clandestins…qui commet son premier meurtre à l’âge de 15 ans, lorsqu’il plante un représentant de commerce essayant de lui refourguer des encyclopédies…et puis son enfance dans le Sud des USA finit avec la mort de sa mère…Il prend alors la tangente pour La Havane, patrie de son père…et là commence réellement son éducation mafieuse…Alors on voyage pas mal, on va de la Nouvelle-Orléans à la Nouvelle-Orléans, via La Havane, Miami, Vegas, New-York, Los Angeles, Chicago, re-NY…

Bon vous avez saisi l’histoire, l’enlèvement de la fille du gouverneur de Louisiane n’est qu’un prétexte pour dérouler l’histoire des USA du point de vue mafieux à partir du milieu des années 50…Hoffa, Kennedy, Las Vegas…tous les grands noms…

Bon Ellory, c’est pas pour rien que c’est un anagramme d’Ellroy…Vendetta se lit vite et bien, c’est littéralement un page-turner, 800 pages englouties sans problème aucun. Si je devais résumer Vendetta en quelques mots, c’est:

Vendetta= American Tabloid∩American Death Trip∩Casino∩Les Affranchis∩Le Parrain∩Le Samurai…

Vous aurez compris, Vendetta est une compilation de seconde main des grandes oeuvres qui ont traité du crime organisé, c’est un peu un reader’s digest du genre. Si vous connaissez bien le sujet, vous n’apprendrez rien de nouveau, si le sujet vous intéresse et que vous êtes novice…alors ça peut le faire. Sur le sujet, je recommande mais très chaudement Trinités de Nick Tosches, que j’ai lu il y a plus d’un lustre et dont le souvenir reste vivace..(relecture et chronique à venir courant 2011…)


Houellebecq, version espagnole

Culture, Littérature — Article écrit par le 22 novembre 2010 à 3 h 01 min

Toujours intéressant de lire un de nos écrivains s’exprimer dans un média étranger surtout si ce n’est pas un gros tirage anglo-saxon…

C’est donc une entrevue accordée par notre prix Goncourt 2010 au journal El PAÍS lors d’un festival de littérature au pays basque. C’est ici pour l’article en version originale.

J’ai traduit les passages qui me semblent intéressants.

Q. L’écrivain a-t-il une responsabilité envers le monde dans lequel il évolue?

R. Je n’ai aucune responsabilité à l’endroit de la société, ça ne m’intéresse pas. Je m’intéresse aux gens. Si la société veut continuer, qu’elle se démerde elle-même. Je ne suis pas là pour recréer de la cohésion sociale ou pour aider les politiques.

Q. Vous pensez que c’est le moment de revoir le Panthéon littéraire du XXème siècle?

R. Oui, c’est le moment.(…). En France, on a coutume de dire qu’au XXème siècle, il y avait Proust, Céline et puis plus rien derrière. Ça c’est le point de vue français. Pérec est très ignoré. Il y a aussi un génie oublié, le seul que je connais, Jean de La Ville de Mirmond. De plus au niveau international le duo Sartre-Camus a bien marché, pour des raisons affectives, mais on a oublié Lévy-Strauss, qui en plus de la réflexion avait aussi le talent littéraire. On ne perd jamais son temps à le lire, c’est bien plus fluide et intéressant que Sartre. Lorsqu’il est mort, j’avais l’impression qu’on rendait les honneurs à un vieux sage qui n’avait pas réussi à toucher le grand public.

Q. Que pensez-vous d’Hemingway?

R. Ça vaut rien, il est totalement surestimé. On m’a raconté l’anecdote suivante, je ne sais si elle vraie mais elle illustre bien le personnage. Quand il était dans son époque macho-corrida..un type entra dans sa chambre d’hôtel et le vit se coller des poils sur le torse.

Q. On imagine que la littérature n’est plus rentable à l’heure de la révolution technologique, que peut-être la prochaine génération d’écrivains devra trouver un autre moyen de subsistance…

R. Oui, ce serait un problème, nous devrions revenir à l’époque aristocratique, au mécénat. J’ai toujours dit, en partie parce que je le pense mais aussi pour titiller pas mal de monde, que nous aurions pu vivre sans problème dans un système soviétique. Et vu que je suis bon, j’aurai été protégé par le parti

Q. Ou peut-être qu’on vous aurait coupé la tête, suivant les indications de quelques critiques.

R. En URSS, je ne crois pas, ils étaient bien plus libéraux que nous le pensons.

P. Un Michel Houellebecq n’est-il possible qu’en démocratie?

R. Oui, c’est probable. Du moins, il faut le supposer…(silence et il change de sujet). Il faudrait que les écrivains trouvent des métiers moins absorbants. L’administration publique en France a fait beaucoup pour la littérature. Mallarmé fut fonctionnaire, il faut des espaces protégés comme cela…J’ai passé dix ans de ma vie à écrire et à travailler.

Q. Mais on parle d’efficacité, de réduire l’État-Providence…

R. Je dis simplement ce qu’il en était. La fonction publique a joué un rôle essentiel dans la littérature française. J’ai démissionné il y a un an, seulement, jusqu’alors j’étais en disponibilité pour convenance personnelle. Convenance personnelle, l’expression est magnifique. Avec le boulot que j’avais à l’Assemblée Nationale, j’aurai pu continuer sans problème.

Récemment découvert Jacques Chessex avec la lecture du Vampire de Ropraz. Je vais continuer de lire cet écrivain.


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