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Le viol de Lara Croft

Jeux vidéos — Article écrit par le 22 août 2012 à 8 h 32 min

Qui possède encore un joystick ? Plus personne si on excepte les fans de Flight Simulator. Depuis plus de dix ans, au moins, l’instrument est systématiquement remplacé par la manette de jeu. Fini le design phallique et imposant du joystick, voici donc venu le temps des manettes aux formes arrondies avec leurs boutons de toutes les couleurs.

Autant dire que continuer à publier un magazine du nom de Joystick représente une hérésie.

Je me souviens avec émotion des dernières fois où j’ai acheté le magazine. Ça doit également remonter à plus de dix ans. Il y avait deux Cd-rom donnés avec, l’un avec des utilitaires, l’autre avec des démos de jeux à venir ou déjà testés. Ah… Rien que d’y penser je replonge à la fin des années 90, ses écrans bleus estampillés windows 98 et j’entrevois même mon lecteur de disquette trônant en bonne place dans ma tour.

Sensiblement à la même époque les premiers épisodes vidéo-ludiques de Lara Croft faisaient un tabac dans mon indifférence la plus totale puisque il ne s’agissait pas d’un Doom-like ou du derniers épisodes de Settlers.

Aujourd’hui, le retour de Lara Croft coïncide avec une petite polémique. Au-delà du caractère déjà misogyne du nouvel épisode, le test de Joystick serait encore plus misogyne. On trouve ça sur le blog « Genre! » avec un titre choc, « Joystick : apologie du viol et culture du machisme« .

Son auteur est une gameuse passionnée et une féministe.

Ce qui doit vouloir dire qu’elle ne joue pas à Wii Fit.

Ni qu’elle utilise un joystick.

Ca vous donne une idée si je vous dis qu’en tant que gameuse passionnée ET féministe j’ai une certaine habitude de la misogynie bien enracinée dans le milieu, mais que pour lire ces dix malheureuses pages j’ai dû m’y prendre à plusieurs fois tellement j’avais envie de gerber ?

Donc on va en parler. En détail. Disséquer la charogne.

On va pas discuter de la misogynie bien puante du dernier Tomb Raider ; d’abord parce que j’en ai déjà touché un mot à la fin de cet article et surtout parce que beaucoup l’ont fait mieux que moi.

Et elle semble également avoir l’estomac sensible. C’est fou comme on est sensible aux odeurs quand on a le coeur à gauche. Si l’homme ou la femme de gauche n’a pas le monopole du coeur, il ou elle a reçu de ses parents un odorat particulièrement efficace. Toute la question étant de savoir la part de génétique là-dedans ou, si vous préférez, la part d’acquis ou d’inné. Est-ce parce qu’on est de gauche qu’on a un odorat sensible ou est-ce qu’on a un odorat sensible qu’on est de gauche ?

On me dira qu’à droite aussi on est parfois touché par cette hypersensibilité.

Jacques Chirac en avait même fait les frais il y a quelques années me semble-t-il.

Il me faut donc qu’en conclure qu’en matière d’odorat comme en d’autres choses, la droite et la gauche ne sont pas sensibles aux mêmes stimulis.

Mais quand on est de gauche on n’a pas seulement l’odorat développé, on a aussi l’estomac sensible et également un goût immodéré (jusqu’à la fascination) pour le champ lexical qui découle de tout ça. L’homme de gauche, quand il n’aime pas ce qu’il lit, ce qu’il voit ou ce qu’il entend (sans parler bien sûr de ce qu’il sent), il ne peut s’empêcher d’avoir un haut le coeur, d’être atteint de nausée, d’être au bord de vomir ou de se pincer le nez, etc. Ce qui est compréhensible. S’il n’aime pas, c’est que c’est soit puant, soit rance, soit mort et en état de décomposition.

Parfois, intrépide, il va jusqu’à disséquer.

C’est le cas de notre blogueuse courage.

Quel est ce problème si pestilentiel me demanderez-vous ?

Lara Croft ne consent pas à sa tentative de viol, ce qui la caractérise d’ailleurs et s’en prend accessoirement plein la gueule pendant la moitié du jeu. Et voir cette « fille forte » en de telles mauvaises postures excite un rédacteur de Joystick qui a le tort de l’écrire.

C’est l’occasion pour notre blogueuse courage de revenir sur de grands thèmes. La violence sexuelle c’est mal. Le viol c’est mal. La misogynie c’est mal. L’absence de consentement c’est mal. Le mal c’est mal et être excité par le mal c’est non seulement super mal mais c’est aussi irresponsable de le dire à cette frange de la jeunesse française qui, manifestement, continue à acheter Joystick.

Or, le geek est hautement perméable à ce discours issu d’une rape culture (autrement dit, la culture de la domination masculine).

Les femmes et les LGBT semblent tout particulièrement insupportables, car il n’est pas pire macho que celui qui est en mal de virilité. C’est pourquoi « gay » continue à être l’insulte par défaut dans les communautés gamers et jusque dans les jeux eux-mêmes, pourquoi les produits continuent à s’adresser exclusivement au male hétéro a la sexualité adolescente, pourquoi les femmes sont victimes de harcèlement sexuel systématique online sans que quiconque ne hausse un sourcil

Tout cela est terrible.

Non, ne souriez pas, ce n’est pas parce que c’est « virtuel » que ça n’est pas grave. Vous oubliez gravement les conséquences psychologiques bien réelles du « harcèlement sexuel online ». Ce n’est en aucun cas moins grave que le harcèlement sexuel qu’on peut trouver dans la rue -et qui a été filmé en Belgique il y a encore peu. D’ailleurs, le geek nourri au harcèlement en ligne ne fera-t-il pas de même lorsqu’il devra sortir dans la rue pour trouver de quoi se nourrir ? Certes, sur les images issues de Belgique, on n’a pas l’impression d’avoir affaire à des geeks, mais qui sait ?

D’un autre côté, il n’y a pas tout à jeter dans cet article.

insupportable tribalisme de la geekosphère qui s’applique à exclure méthodiquement quiconque n’est pas un jeune cis-homme blanc hétérosexuel vaguement cynique

Voilà une découverte ! Quelque chose auquel je ne m’attendais pas ! Mais qu’est-ce que le cis-homme ?

Cissexuel :

Le contraire de transsexuel. Une personne cis est une personne née avec le sexe biologique qui lui convient.

Et là, brusquement, dans cet univers où le cissexisme existe, on comprend qu’on navigue dans un monde dans lequel le tribalisme insupportable n’est pas la moindre des composantes. Il y a donc des cissexuelles lesbiennes et des transexuelles lesbiennes. La première étant une femme qui se sent femme et qui aime les femmes. La seconde étant une femme qui se sent homme qui aime les femmes.

Si j’ai bien compris.

Ce qui n’est pas certain.

Quoiqu’il en soit et pour en revenir à Joystick, on suit l’un des liens de notre blogueuse courage, on tombe sur l’article d’un nouveau docteur en science politique sur cette affaire Joystick-Lara Croft et auteur d’une thèse « jeux vidéo, problèmes publics, régulations privées ».

Le reboot est ici l’occasion de changer la dimension sexuelle de Lara Croft : fin de la bimbo et retour à un physique plus ordinaire. Or la séquence de transformation de la bimbo en femme ordinaire se heurte à un principe de base : comment lui conférer les attributs physiques et moraux de la saga originelle tout en se heurtant à un double postulat :

Lara Croft est une femme ordinaire
une femme ne peut venir au secours d’un homme.
La transformation passe alors par une séquence de violence particulière. Si dans nombre de jeux le thème de la vengeance est un classique, généralement l’homme se venge de la perte d’un être cher (i.e. sa douce et belle est kidnappée, tuée, maltraitée), ici la légitimation de l’action ne passe pas par la perte d’un tiers, qui impliquerait un homme (le pauvre adolescent réduit à être le prince à délivrer = bad idea pour le marketing). La légitimation passe par la violence physique d’un homme sur une femme, qui se traduit par la transformation de la femme en homme. Le statut de victime, renforce doublement la domination, avec les tartes à la crème de gameplay comme « l’intuition » (féminine?), à laquelle ne manque qu’un mode rage (l’hystérie féminine du XIXè contre une valeur positive pour l’homme) pour inscrire le jeu dans l’histoire des rapports homme-femme.

Ce n’est donc pas tant la scène de violence contre Lara Croft qui est machiste, que ce qu’elle autorise : l’usage de la force par une femme conditionné à une humiliation.

Je n’avais pas compris que Lara Croft n’était plus une bimbo. D’ailleurs elle me semble toujours aussi bien roulée. La différence étant qu’elle est plus jeune que dans les autres volets. Ce qui d’une part tend à exclure des implants mammaire si sa maman a bien fait son travail d’éducation et d’autres part présuppose qu’elle n’est pas forcément familiarisé avec un haut niveau de violence. Lara Croft n’est pas encore une femme, mais une post-adolescente. Viennent ensuite les évènements traumatiques (tentative de viol -mais pas seulement) de la première partie du jeu qui lui donnent un envie de revanche. On a la même chose dans de de nombreux films de rape-revenge. Tout comme on a des films de humiliation-revenge pour femmes comme pour hommes. Et que la perte ou la disparition d’un être cher comme justification de l’action fonctionne aussi pour les femmes (voir Kill Bill). Maintenant, comme notre blogueuse courage, il faut admettre que l’immense majorité des victimes de viols sont des femmes. Donc voilà hein. Il faudra donc me réexpliquer ce qu’il y a de machiste dans le scénario en lui-même ou dans ce qu’il autorise. Nous avons juste affaire à un moteur comme un autre. D’ailleurs on pourrait très bien imaginer un viol autoriser le passage à l’action d’un homme et, ô surprise, cela a déjà été fait. Bref, on a ici affaire à un scénario tout à fait banal pour une préquelle prévue pour redonner une dynamique à une licence. Sauf qu’au lieu d’avoir sa maman assassinée comme le très vilain Dark Vador, on a une tentative de viol (entre autre encore une fois). Le choix n’a d’ailleurs pas du être très dur entre tuer-la-maman-de-Lara et organiser-sa-tentative-de-viol. D’une part parce que le « calvaire charnel » (comme dit le mec de Joystick) est quelque chose de foutrement plus à la mode de nos jours. D’autre part parce qu’en terme vidéoludique, c’est foutrement moins intéressant ou alors on fait un Zelda qui va passer tout son temps à retrouver sa princesse. Ce qui est bien. Mais c’est une princesse. Tandis que la mère de Lara, franchement, on s’en fout. C’est pas pour rien qu’on les tue rapidement les mères. Même dans Star Wars on la tue rapidement. Ce n’est pas elle, sa disparition ou sa recherche qui intéresse. C’est ce que sa mort va engendrer.

Bref, bref, bref.

Quelle histoire.

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