Archives pour la catégorie ‘Histoire’


Les nouveaux nazis de l’année

Histoire — Article écrit par le 6 mai 2013 à 19 h 42 min

Comme chaque année, la division Operation Laste Chance du Centre Simon Wiesenthal remet aux journalistes et aux médias la liste actualisée des anciens nazis et apparentés les plus recherchés au monde. Chaque année, on compte des sorties, généralement des décès, et de nouvelles entrées de sémillants nonagénaires.

De plus en plus vieux quand on les interpelle aujourd’hui et pourtant de plus en plus jeunes à l’époque du nazisme.

Comme le temps est relatif…

Cette année il n’y a que peu de changement. On a juste compensé un décès et un abandon de poursuites par deux nouveaux nazis tout frais et qu’on est allé chercher grâce à la merveilleuse jurisprudence Demjanjuk autrement nommée,

il n’était pas allemand, il n’avait aucune responsabilité, on ne sait pas s’il a vraiment eu le choix, on ne sait pas ce qu’il a fait personnellement, mais il était là-bas en tant que garde et ça nous suffit.

Que les chauffeurs du Sénat et autres agents administratifs de la Creuse ayant exercé sous la présidence de François Hollande s’inquiètent, un jour peut-être ils devront eux-aussi faire face à la justice française !

Quoiqu’il en soit, il n’y a cette année que deux nouvelles têtes parmi les nazis et apparentés les plus recherchés au monde.

Parmi eux Theodor Szehinskyj. Qui n’est pas un nazi inconnu. Non, c’est un nazi qui est aux Etats-Unis parce que personne n’a voulu l’accueillir autre part. Parce qu’il est nazi sûrement, et que ça ferait des frais de procédure, parce qu’il est sans doute âgé aussi et que ça ferait des frais de sécurité sociale.

Deuxième entrée, directement à la quatrième place, Hans (Antanas) Lipschis.

Pourquoi ?

Premièrement parce qu’il présente le grand avantage de résider en Allemagne. Le pays qui n’hésite pas à multiplier les investigations sur les anciens nazis au fur et à mesure que cheptel se réduit. D’années en années, il y a de plus en plus d’enquêtes. Regardez, même l’inspecteur Derrick a été inquiété ces derniers jours. Alors même qu’il est déjà mort. C’est vous dire.

Deuxièmement parce qu’au Centre Simon Wiesenthal on aime aussi avoir des résultats et, ainsi, on aime bien placer au dernier moment des nouveaux nazis parmi la liste des plus recherchés au monde et qu’on choisit précisément parmi ceux qui font l’objet d’une enquête. C’est quand même plus valorisant que de se contenter de ces autres vieux nazis bien connus mais recherchés depuis des lustres et dont on n’a aucune nouvelle depuis des dizaines d’années -voire pour lesquels des informations contradictoires circulent. Ainsi, cela fait longtemps que Martin Bormann a quitté la liste (si jamais il y a figuré un jour).

Hans Lipschis est âgé de 93 ans et est né en Lituanie.

Voilà, voilà.

Le Centre Simon Wiesenthal affirme qu’il a servi dans un bataillon de SS (Totenkopf) à Auschwitz entre 1941 et 1945. Notons que lui-même prétendrait y avoir travaillé comme cuisinier et non comme gardien.

Bien, bien.

Pour tout le reste, c’est encore un peu flou. Nul doute que le procès de ce nonagénaire pourra éclairer les choses grandement. Car la mémoire se bonifie avec l’âge comme chacun sait. Des accusés comme des témoins. Même s’il ne reste finalement plus beaucoup des uns et des autres encore en vie.

Heureusement qu’il nous reste ces grands témoins qui n’ont rien vu et qui sont souvent nés bien après les faits (est-ce pour cela qu’on rechigne à les appeler experts ?).

Finalement, c’est un peu gênant ces procès. On n’arrive plus à condamner les nazis proprement de nos jours.

Bien entendu, les crimes dont il est question ici sont imprescriptibles. Mais reste encore à les établir. Et, avant Demjanjuk, il convenait de le faire de manière personnalisée. Ce dont on se montre de plus en plus incapables avec le temps, surtout à un niveau de responsabilité et de hiérarchie complètement nul.

L’imprescriptibilité peut être a priori une jolie notion mais quoiqu’on en pense elle reste ancrée dans le droit et ne devrait normalement par permettre d’oublier tout le reste des règles juridiques. Or, aujourd’hui, ce que la pratique juridique du crime imprescriptible montre quand on touche réellement la vérité de la notion avec ses vieillards défaillants, ses témoins absents et ses juges ayant l’âge des petits-enfants de l’accusé, c’est que cela ne fonctionne tout simplement pas. Et on se retrouve plus devant une sorte de colloque composé d’historiens, de familles de victimes et de vieillards dont un qui n’a pas eu le choix de son endroit pour faire la sieste et que tout le monde regarde comme s’il ronflait en pleine séance de ciné.

La justice ne se rend pas au nom des victimes ou de l’histoire mais c’est pourtant bien la pente irrésistible où l’amène l’imprescriptibilité de ces crimes.

En 2027 les plus jeunes nazis auront cent ans et auront fêté leur dix-huit ans en 1945.

Le Centre Simon Wiesenthal traquera-t-il les nazis jusqu’à cette date ? Ou jusqu’en 2037, histoire d’attraper des anciens nazis de cent-dix ans ? Ou jusqu’en 2047, si jamais il restait un allemand de cent-vingt ans à la jeunesse pas très nette ? Et moi qui suis né bien après la fin de la seconde guerre mondiale, connaîtrais-je de mon vivant un monde sans nazis et chasseurs de nazis ?

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L’Occident et les guerres médiques

Citations, Histoire — Article écrit par le 30 septembre 2012 à 13 h 57 min

David avait marché contre Goliath et l’avait vaincu, contre toute attente. En fin de compte, cette masse écrasante qu’était la machine de guerre perse – rien d’aussi redoutable n’était paru au Proche-Orient, depuis la fin de l’empire assyrien – n’était pas invincible : la leçon portait ses fruits. Dix ans après Marathon, lorsque la Grèce fit face à une invasion dont l’échelle faisait de l’expédition de Darius une simple razzia côtière, le souvenir encore intact de la victoire fit combattre Athènes, Sparte et leurs alliés. Si l’on s’en était tenu à un calcul rationnel, c’était une pure folie. Ceux qui se considéraient comme des réalistes à long terme – dont les prêtres du temple oraculaire de Delphes et les chefs de presque toutes les cités-Etats de Grèce septentrionale et des îles de l’Egée – jugèrent, comme les politiciens français de Vichy en 1940, que toute résistance était inutile et que la «collaboration» était la seule réponse possible à la menace perse. Logiquement, ils avaient raison. Mais les grandes victoires de l’esprit humain contre les malheurs ne se remportent pas par le simple jeu de la logique, comme Thémistocle et Churchill l’ont bien vu. La seule raison ne suffit pas.

Vers le milieu du VIe siècle, juste avant que le conquérant perse Cyrus n’envahît l’Ionie, le poète Phocylide de Milet écrivait : « Une polis sur un promontoire, si elle est bien gardée, vaut mieux, si petite qu’elle soit, que Ninive frappée de folie. » Bien que l’lonie succomba et Milet – seule parmi les cités ioniennes – conclut un traité avec l’envahisseur, Phocylide avait absolument raison sur le long terme. Ceci est une vérité centrale que l’on ne devrait jamais oublier, lorsqu’on étudie les guerres médiques . Ces dernières années, grâce au travail spectaculaire des archéologues et des savants orientalistes, notre connaissance de la Perse achéménide s’est considérablement accrue. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’évaluer Darius, Xerxès et leur civilisation avec une meilleure compréhension et moins d’à-priori qu’un « enquêteur » comme Hérodote ne pouvait le faire, quelle que fût par ailleurs son ouverture d’esprit. Notre vision n’est plus la calomnie xénophobe produite par les témoignages biaisés des Grecs : nous devrions plutôt nous défendre aujourd’hui des excès d’enthousiasme sans discernement.

Ceux dont l’esprit penche naturellement vers l’autorité tendent à être fascinés par l’empire achéménide, précisément pour les raisons qui ont poussé les Grecs à lui tenir tête : une administration centrale monolithique (à défaut d’être toujours efficace), l’absolutisme théocratique, l’absence d’opposition politique (sauf à l’occasion des intrigues de palais, souvent sanglantes) et une administration provinciale confiée à des satrapes débonnaires (aussi longtemps, du moins, que leurs administrés ne faisaient pas d’embarras et payaient régulièrement leurs impôts). Arnold Toynbee est allé jusqu’à suggérer que tout aurait été bien mieux pour les Grecs s’ils avaient perdu les guerres médiques : l’unité et la paix imposées auraient pu les empêcher de gaspiller leurs énergies en guerres intérieures absurdes (et en causes locales désespérées), jusqu’à leur absorption par la bienveillante pax romana d’Auguste. Ce que ces théories refusent de comprendre, c’est que l’ensemble des concepts de liberté politique et intellectuelle, et de l’Etat constitutionnel (si inefficace et corrompu qu’il puisse être par ailleurs), a dépendu d’une chose : du fait que les Grecs, quels qu’aient été leurs motifs, ont décidé de s’opposer au système de l’absolutisme palatial propre à l’Orient, et qu’ils l’ont fait avec un succès remarquable. L’Europe moderne ne doit rien aux Achéménides. Nous pouvons bien admirer son architecture imposante (mais écrasante) et contempler avec une sorte de respect craintif la grande Apadana de Persépolis, avec ses merveilleux bas-reliefs. Reste que la civilisation qui pouvait produire de telles choses nous est presque aussi étrangère que celle des Aztèques, et pour des raisons assez semblables. La Perse achéménide ne nous a laissé ni grande littérature ni grande philosophie : son unique contribution à l’humanité a été, de façon assez caractéristique, le zoroastrisme. A l’instar de Carthage, elle perpétuait une culture fondamentalement statique, axée sur le statu quo théocratique et opposée (sinon carrément hostile) à toute forme de créativité originale.

Peter Green, Les guerres médiques ; Editions Tallandier ; p. 34 à 36


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Le dernier Na’zi

Histoire — Article écrit par le 16 juillet 2012 à 5 h 21 min

Laszlo Csatary, criminel de guerre de nationalité alors hongroise, aurait été retrouvé.

Démasqué même.

On le présente depuis hier comme le dignitaire nazi le plus recherché du monde.

Ce n’est toutefois pas le cas.

Et pas seulement parce qu’il n’a jamais été un « dignitaire » nazi.

Mais parce que les deux nazis les plus recherchés du monde sont, depuis quelques années maintenant, les éternels Alois Brunner puis, encore et toujours, Aribert Heim.

Laszlo Csatary, lui, n’était pas dans la short-list des dix nazis les plus recherchés au monde en 2008. Ni en 2009. Ni même en 2010. Ou 2011.

Il s’agit d’un tout nouvel entrant.

Si on peut dire.

Et il existe donc une nouvelle liste estampillée 2012.

Qui, de celle de 2008, ne conserve que quatre noms.

Eh !

Les nonagénaires sont une denrée hautement périssable.

On trouve tout d’abord Soeren Kam. Officier de la Waffen SS. Accusé d’être responsable de la mort d’un journaliste danois en 1943. Nonagénaire lui aussi aujourd’hui. Cependant, Soeren Kam ne se cache pas. Il n’est donc pas recherché. Il existe juste quelques menues difficultés juridiques, certains agitant l’idée saugrenue qu’il existerait un délai de prescription dans cette sombre affaire.

Allez comprendre.

Puis Charles Zentai. Accusé d’avoir battu un jeune juif à mort alors qu’il servait dans l’armée Hongroise. Mais qui n’a toujours pas été extradé et dont on peut aujourd’hui raisonnablement douter qu’il le sera. Sauf pression médiatique énorme sur l’Australie et la Hongrie.

Ou encore un interprète estonien de la Gestapo, Mikhail Gorshkow, ayant servi au Belarus pendant la guerre mais pour lequel les autorités estonienne ont estimé en 2011, après investigation, qu’il n’y avait pas assez de preuves pour un procès.

Et enfin Algimantas Dailide, membre de la police lituanienne de l’époque pourtant déjà condamné récemment dans son pays mais n’effectuant pas ses cinq années de prison pour d’incompréhensibles raisons de santé.

Voilà pour les anciens.

Quoiqu’il en soit, cette nouvelle liste contient six nouveaux noms dont trois ajoutés cette année. Laszlo Csatary fait partie de ces derniers chanceux.

Déchu de sa nationalité canadienne depuis plus de dix ans, il avait discrètement quitté le pays dans la foulée et nul ne savait exactement où il se trouvait depuis.

Dans un à trois ans, personne ne sait trop, Laszlo Csatary fêtera ses cent ans.

Mais avant il aura connu la chance d’être officiellement le criminel nazi le plus recherché du monde.

Une entrée directement à la première place.

Comme un single de Madonna au Top 50.

Notons que cette rentrée fracassante a eu lieu à peu près à la même période où il était localisé d’ailleurs…

Quelle coïncidence.

Csizsik-Csatary, who speaks English with a Canadian accent after decades living in Montreal and Toronto, answered the door in just socks and underpants.

When we asked if he could justify his past, he looked shocked and stammered “No, no. Go away.” Questioned about his deportation case in Canada he answered angrily in English: “No, no. I don’t want to discuss it.” Our reporter asked: “Do you deny doing it? A lot of people died as a result of your actions.”

He replied: “No I didn’t do it, go away from here,” before slamming the door.

Je sais que cela ne dérange pas les chasseurs de nazis, mais il y a quand même quelque chose de tout à fait fascinant dans le fait qu’un journaliste du Sun ne devant pas dépasser de beaucoup la trentaine pose de telles questions, formulées ainsi, à un quasi-centenaire en caleçon et chaussettes, sur le palier de son appartement minable.

Efraïm Zuroff explique que,

le temps qui passe ne diminue en rien sa culpabilité et la vieillesse ne doit pas constituer une protection pour les auteurs de l’Holocauste.

Sans doute.

Mais dans le monde réel c’est l’inverse qui se passe, n’en déplaise à Efraïm Zuroff.

Le temps qui passe constitue une protection pour ces prétendus anciens nazis (absence de preuves matérielles, de témoins, etc.) et la jeunesse de ceux-ci à l’époque diminue leur culpabilité (position hiérarchique basse, endoctrinement depuis l’adolescence pour certains et/ou rôle clairement sulbaterne).

Remarquez, cela n’avait dérangé personne que François Hollande trouve « indécent » une histoire de légion d’honneur jusque dans le cercueil de Maurice Papon, et pas grand monde n’avait été choqué par l’état physique de Demjanjuk lors de son procès.

Jusqu’à la mort et même au-delà.

La décrépitude mentale et/ou physique de ces vieillards n’arrêtera pas la traque.

Qui ira, comme cela a déjà été le cas dans le passé pour vérifier les identités, jusque dans la tombe.

A cette aune, le problème de Laszlo Csatary réside également dans le fait qu’il vient d’être photographié en train de marcher. Avec des sacs de courses. Dans les deux mains qui plus est.

Facteur ô combien aggravant.

C’est à peine si on ne lui devine pas, sur une photo, un oeil vif.

Certes, sur une autre, il l’air un peu hébété, mais qui ne le serait pas au sortir de, manifestement, une petite sieste dans son appartement ? Et puis, quelle idée désastreuse, après avoir été questionné par les fins limiers du Sun, de sortir de chez soi en essayant de se couvrir le visage en remontant son col et en portant de grosses lunettes noires…

Reste cinq autres nazis.

Un de ces autres « nazis les plus recherchés du monde », Vladimir Katriuk, aurait fini par déserter les troupes allemandes en 1944 à son arrivée en France, puis il a continué la guerre avec les FFI pour être finalement blessé en luttant contre les forces allemandes.

Gerhard Sommer, entré à douze ans dans les jeunesses hitlériennes en 1933, a été officier SS et aurait participé au massacre de 560 civils dans un village italien, Sant’Anna di Stazzema. Il a été condamné par contumace il y a moins de dix ans pour cela par un tribunal italien. Il vit aujourd’hui en Allemagne dans une maison de retraite.

John Kalymon, 17 ans en 1939, a appartenu aux auxiliaires ukrainiens. Déchu de sa nationalité américaine il demeure encore aujourd’hui aux Etats-Unis et fait face à une procédure d’extradition et à la difficulté de trouver un pays voulant prendre le soin de le juger -et ce malgré la jurisprudence Demjanjuk.

Klaas Carel Faber, lui, est mort en mai 2012.

Raté.

Il faudra donc actualiser la liste.

Enfin, on trouve aussi dans celle-ci, en dixième position, un ukraino-allemand, Helmut Oberlander, âgé de quinze ans en 1939 ayant servi d’interprète à dix-sept ans pour un Einsatzkommando et pour lequel on ne sait en vérité pas grand chose de plus que cela.

Toutefois, depuis Demjanjuk, on sait qu’avoir fait personnellement quelque chose pendant la seconde guerre mondiale est tout à fait accessoire pour être condamné.

Tout comme, depuis Papon, on sait que même si on ne savait pas cela ne change pas grand chose non plus.

Ainsi, si Laszlo Csatary était le criminel nazi le plus recherché du monde c’est parce qu’il était très exactement le seul de la liste des nazis les plus recherchés à être précisément recherché.

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Genèse de la racaille

Histoire, Mutation, Sozial — Article écrit par le 12 juin 2012 à 20 h 22 min

Un long reportage trouvé sur Zentropa dont on pourra se borner à ne regarder que les 30 premières minutes ainsi que les 10 dernières, et encore, en vacant à ses occupations ménagères (le son seul suffit largement).

40 petites minutes pour comprendre le terreau idéologique de la racaille, sa légitimité, sa dimension avant-gardiste en 1985 et sa dimension de cocu de l’Histoire depuis la fin des années 90. La fin du reportage donne à réfléchir sur l’authentique ressentiment qui peut légitimement animer un racailleux devenu véritablement adulte. Ou comment de gros muscles qui voulaient casser du Blanc se sont fait manipuler par de petits cerveaux jaloux des GUDards d’Assas. 20 ans après, morale de l’histoire : les gros muscles ont fini taulards et chômeurs, les cerveaux ont fini patrons de radio. On notera que dés 1992, lorsqu’il n’y avait plus de Blancs soi-disant skins à dérouiller, les bandes se sont immédiatement retournées les unes contre les autres, sur un exact modèle de tectonique des plaques. C’est cette observation là qui nous permet de dire que la police sauve la racaille : retirez la police des zones de non-droit, et immédiatement ils se massacreraient les uns les autres, et l’expression « quartier sensible » prendrait à posteriori tout son sens.
Un vrai documentaire historique, qui a en plus le mérite d’être très bien réalisé.

http://youtu.be/4lKnqB1bfNo

 


Les Cyniques d’Alexandrie à Mai 68

Citations, Histoire — Article écrit par le 21 janvier 2012 à 18 h 10 min

Michel Onfray dans Cynismes. Portrait du philosophe en chien nous offre sa vision de ce courant philosophique ayant mauvaise réputation. Les Cyniques s’opposent à la famille, à la cité, aux règles de vie de la civilisation, et promeuvent la libération de l’individu de toute entrave pour qu’il s’appartienne véritablement. Ils se veulent superbement transgressifs, un pied de nez aux institutions, aux usages et aux gens établis.

Diogène, le plus célèbre des Cyniques, fera penser au personnage d’Archimède le clochard, interprété par Gabin, qu’il a certainement inspiré. Un hurluberlu apostrophant son monde sur la place publique, un fort en gueule s’imposant par sa gouaille, et donnant des leçons de philosophie en faisant la manche. Sale, repoussant, mais se voulant porteur d’une certaine sagesse, qu’il se fait plaisir à prodiguer en jouant des tours, et en insultant les passants avec un sens de la formule qui fait mouche.

Les Cyniques comme Archimède n’entendent pas se laisser réduire en esclavage ni par le travail ni par leurs devoirs envers leur famille, leur patrie ou leurs dieux. Mais si Onfray perçoit que l’homme de loisir, dans l’Antiquité, ne peut atteindre ce statut supérieur, synonyme de liberté, qu’en exploitant le travail d’esclaves. Ce qu’il condamne aussi. Il ne propose pas de solution pour un droit à la paresse de masse, cohabitant avec ces nécessités triviales, qui sont : se nourrir, se vêtir, se loger. Un athée comme lui ne croit tout de même pas à la manne envoyée par Yahvé, la Providence, ou à un nouvel Eden ? Alors, si nous devions appliquer les recettes des Cyniques, qui donc pourvoirait à ces commodités ?

Il n’apporte pas de réponse, pas plus que les Cyniques. Se voulant autonomes, indépendants de la société, ils sont en fait les parasites qu’elle héberge en son sein. Comme les hippies, soixante-huitards, gauchistes, anarchistes, autonomes, alter et mouvements contre-culturels de toutes les époques, les Cyniques vivent de la générosité publique. De la société même qu’ils agonisent d’insultes.

A la question de la liberté, les Cyniques apportent une réponse infantile qui consiste à se laisser-aller à leurs désirs sans y apporter le moindre frein. L’anarque considère de même que la liberté est sa propriété, et comme eux il se défait des entraves qui la menace, mais contrairement aux Cyniques, il ne se veut pas la créature tolérée d’un monarque ou d’une société, le bouffon qui fait rire. En comparaison l’anarque entend défendre sa liberté en se jouant des rouages du système, tout en restant indépendant de lui, toujours prêt à recourir aux forêts pour s’éclipser si les choses se tendent par trop. L’anarque parait intégré mais il ne l’est pas, il le laisse paraître pour se dégager un espace de liberté. Tandis que le Cynique affecte le détachement alors qu’il est totalement intégré à la société, mendiant son attention et ses subsides.

Peter Green, dans son excellent ouvrage sur l’époque hellénistique D’Alexandre à Actium, s’étendant entre le règne d’Alexandre le Grand et la conquête romaine de l’Egypte, nous offre dans un chapitre thématique des remarques d’une remarquable lucidité sur ce courant intellectuel et sur tous ceux qui se sont établis sur les mêmes bases.

Il est facile d’énumérer les habitudes du cynique : pauvreté ostentatoire, licence sexuelle, mode de vie calqué sur celui des mendiants et des prédicateurs itinérants, mépris élémentaires pour toutes les normes et inhibitions sociales (ce qui autorisait, par exemple, à déféquer ou à se masturber en public), sans parler des responsabilités civiques. Il se vantait d’être un « citoyen du monde », revendiquant ainsi une protection universelle dans toutes les cités où il se rendait, et n’offrant que du vent en échange .[…] Dans ce contexte, on relève avec amusement que Diogène, le cynique par excellence, n’en considérait pas moins la loi comme essentielle à la vie de la cité et comme le fondement même de la civilisation : on soupçonne d’ailleurs que, en dépit d’un programme fort anarchique pour le reste, sa principale motivation en l’occurrence était de veiller à ce que la société qu’il attaquait continuât à lui assurer, à lui et à ses semblables, une protection suffisante.
Nous ne connaissons que trop bien, également, ce dont les cyniques avaient horreur : les formules de politesse, la superstition vulgaire, la propriété et le capital, le système de classes immuable, la censure, l’éducation aristocratique et la plupart des activités intellectuelles (par exemple, la musique, la géométrie et l’astronomie, rejetées comme « inutiles et superflues »). Quelque compréhension que l’on puisse éprouver pour certaines de ces haines, elles n’en laissent pas moins, dans leur ensemble, une impression terriblement négative. Les allégorisations cyniques elles-mêmes n’étaient pas dépourvues de ridicules[…]
Mais que défendaient , les cyniques ? Qu’envisageaient-ils au-delà de la pure protestation ? Quel était le but d’un tel mode de vie ? Le vrai bonheur, nous dit-on. Et comment atteindre ce bonheur ? En recourant toujours au moyen le moins onéreux et le plus simple pour satisfaire ses besoins naturels. Ce qui était naturel ne pouvait être ni honteux ni indécent ; on pouvait – on devait même- le pratiquer en public. Tout nomos qui prétendait le contraire était antinaturel et devait donc être rejeté. L’idéal était l’autosuffisance et l’indépendance (autarkeia) […]
Abstraction faite de l’utilisation de mots insidieux comme « naturel » et « antinaturel », qui tendent à noyer le poisson, on tourne en rond : le seul objectif de ce mode de vie est de faire sa propre réclame. On adoptait ce mode de vie pour être heureux, et le bonheur se définissait par ce mode de vie : la boucle est bouclée. Éludant les vrais problèmes, le recours aux concepts sociaux de « naturel » ou d’ « éhonté » donne simplement au cynique un prétexte pour faire un pied de nez à la société qu’il rejette. Là encore, l’acte de rejet n’a d’autre fin que lui-même ; il ne véhicule aucune proposition positive. Pis encore, la prétendue autosuffisance des cyniques est une imposture flagrante. En dernière analyse, ces hommes vivaient en parasites tolérés de la société qu’ils condamnaient. Même la célèbre expression de Diogène parlant de « falsifier la monnaie », métaphore de l’action sociale, est révélatrice à cet égard : à la différence de tous ceux qui esclaves rebelles siciliens compris, décidaient de frapper leur propre monnaie, la seule ambition de Diogène était de déprécier ce qui existait déjà.[…] les cyniques ne peuvent vivre et prêcher à la manière cynique que parce que l’ordre établi abhorré continue d’exister, et seulement grâce à l’attitude libérale des poleis grecques qu’ils exècrent. Ce comportement ne nous est pas étranger aujourd’hui.
[…]
Il ressort de toutes les anecdotes qui nous sont parvenues à propos de Diogène un goût pur et simple pour l’exhibitionnisme
[…]
Le vrai problème du cynisme était qu’il n’allait guère au-delà d’un flot de critiques morales à fondement incertain, dirigées contre un système social imparfait mais stable. Les cyniques ne proposaient aucune solution de rechange pour la bonne raison que leurs poses anarchistes dépendaient du maintien du système. Pis encore, ils étaient dépourvus de toute intelligence économique. Les cyniques n’accomplissaient par eux-mêmes aucun travail productif, et n’accordaient aucun éloge à ceux qui s’en chargeaient. Aussi l’aspect révolutionnaire du mouvement – comme de tant d’autres de l’époque- se réduit-il, après analyse, à des sornettes intellectuelles.
[…]
« Dans la vie et la littérature du IIIè siècle », écrit Dudley, « les cyniques jouèrent un rôle important, mais ils font étrangement peu parler d’eux après l’an 200 avant J-C. ». Pour quelle raison ?
[…]
Mais ce qui sonna véritablement le glas du cynisme en Grèce après 200, et mit fin à tous ces pieds de nez dissidents, anarchiques ou intellectuels, à l’ordre bourgeois, fut la perturbation de cet ordre même, et la prise du pouvoir par une puissance étrangère. Après Cynoscéphales (197), la plaisanterie commença sans doute à tomber à plat. Après Pydna (168), plus personne ne riait ; et après le sac de Corinthe (146), ces rebelles auraient dû, pour poursuivre leur lutte contre l’autorité, s’en prendre à la puissance monolithique de Rome, ce dont ils s’abstinrent soigneusement.
Lorsque le cynisme réapparaît à la fin du Ier siècle avant J-C., à Rome – et le lieu de cette résurrection n’est pas insignifiant – il a pris les traits d’un mouvement littéraire aseptisé, touchant de jeunes et riches puritains et des exhibitionnistes vertueux, qui aimaient à agacer leurs contemporains en affichant des vertus rustiques, un régime végétarien, et des vêtements d’une usure ostentatoire, des accessoires scéniques qui comprenaient la cape raide de crasse, la besace et le bâton de mendiant. « Allons, laisse cela », écrivait un critique irrité, « laisse des armes qui ne sont pas faites pour toi. L’œuvre des lions est une chose, celle des boucs barbus en est une autre ». L’ uniforme de la contestation , quelle que fut sa valeur, avait été ravalé au rang de costume pour l’amusement de quelques rentiers oisifs : comme toujours, seul le riche pouvait se permettre de jouer au pauvre.
Le cynisme , en fait, offre un excellent exemple de mouvement protestataire, de contre-culture, rattrapé par l’Histoire.
[…]
Au milieu de toutes les balles à blanc que les cyniques tirèrent contre la structure de leur société, on peut au moins mettre au crédit d’un des leurs d’avoir porté un coup réel à l’inégalité des sexes.

Peter Green, D’Alexandre à Actium, Robert Laffont Bouquins, p. 670-675


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Le prix de la citoyenneté

Citations, Histoire — Article écrit par le 27 août 2011 à 0 h 06 min

Deux ou trois accès de colère en un siècle n’empêchaient pas le peuple lui-même d’étendre et d’avilir le droit de cité par le nombre toujours croissant des décrets honorifiques. Déjà dans les dernières années du Vème siècle, ce genre d’abus faisait rire ou crier [...] Bientôt les récriminations des orateurs se font aussi vives et aussi fréquentes contre la facilité des naturalisations que contre les inscriptions frauduleuses. Isocrate s’attriste de voir prostituer un titre de noblesse qui devrait inspirer tant de respect et d’orgueil.
Démosthène, dans une de ces tirades qu’il sait par cœur et qu’il fait passer d’un discours à un autre, oppose le temps où la plus belle récompense que pussent obtenir les souverains étrangers était une fictive exemption de taxe à ces tristes jours où le droit de cité n’est qu’une vile marchandise offerte à des esclaves fils d’esclaves. Ce n’est pas, dira-t-il à l’Assemblée, que vous soyez pas nature inférieurs à vos pères ; mais ils avaient, eux, la fierté de leur nom, et cette fierté, vous l’avez perdue.”
[...]
On ne voit pas encore au IVème siècle, comme à l’époque hellénistique, les banquiers cumuler autant de nationalités qu’ils ont de succursales et les cités vendre officiellement à prix fixes les lettres de naturalisation. Isocrate exagère évidemment, quand il en vient à dire que les étrangers remplacent les citoyens à la guerre. Pourtant dans ces exagérations, il y a beaucoup de vrai. Les exemples que nous fournissent les orateurs et les inscriptions donnent l’impression bien nette que les décrets conférant le droit de cité augmentent en nombre et diminuent en valeur.[...] Un fait curieux, bien propre à échauffer la bile de Démosthène, montre avec quelle légèreté se faisaient les nominations de ce genre: le droit de cité est successivement accordé au roi de Thrace Cotys et à ses meurtriers.

Gustave Glotz, La Cité Antique, 1928, pp.419-421


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Le Bleu dans l’Antiquité

Histoire — Article écrit par le 20 juin 2011 à 22 h 11 min

En complément de ce post : La mer couleur de vin, une intéressante réflexion sur la perception des couleurs dans l’histoire et la symbolique qu’on leur attribue.

Envisagée dans la longue durée, l’histoire de la couleur bleue au sein des sociétés occidentales est celle d’un complet renversement des valeurs. Pour les peuples de l’Antiquité classique, en effet, cette couleur compte peu. Or aujourd’hui le bleu est de loin la couleur préférée de tous les Européens, quel que soit leur pays d’origine. (…)

Ce qui est certain, (…) c’est que ce goût immodéré des Européens pour le bleu ne remonte nullement à « une lointaine Antiquité ». Il date du Moyen Age central, et plus précisément des XIIe -XIIIe, siècles. On peut même parler pour cette époque d’une véritable « révolution bleue ».

Dans l’Antiquité gréco-romaine, le bleu est une couleur généralement peu appréciée et dont on fait un usage modéré. Pour les Romains, par exemple, le bleu est la couleur des Barbares, notamment des Celtes et des Germains. Non seulement parce que ceux-ci ont souvent les yeux bleus – ce qui à Rome est dévalorisant – mais aussi parce que, chez plusieurs peuples de Gaule, de Bretagne et de Germanie, certains guerriers ont coutume de se peindre le corps en bleu avant de partir au combat. Pour ce faire, ils emploient de la guède, plante dont ils tirent une matière colorante leur servant à se peindre le corps et à teindre leurs vêtements. À Rome, personne ne s’habille de bleu ; ce serait extravagant. Aux dires de César et de Tacite, ce bleu un peu grisé donne à ces guerriers barbares un aspect « fantomatique » qui effraie leurs adversaires.

Le vocabulaire lui-même souligne cette méfiance ou ce désintérêt des Romains pour la couleur bleue. Dire « bleu » en latin classique n’est pas un exercice facile. Il existe certes un grand nombre de mots, mais aucun ne s’impose vraiment. Tous sont en outre polysémiques et expriment des nuances imprécises. Ainsi le mot cæruleus, le plus fréquent pour dire bleu à l’époque impériale, désigne à l’origine la couleur de la cire. Les frontières entre bleu et noir, bleu et vert, bleu et gris, bleu et violet et même bleu et jaune restent floues et perméables. Il manque au latin un ou deux termes de base qui permettraient d’asseoir solidement le champ lexical, chromatique et symbolique du bleu, comme cela se fait sans difficulté aucune pour le rouge, le vert, le blanc et le noir. Cette imprécision du lexique latin des bleus explique du reste pourquoi, quelques siècles plus tard, toutes les langues romanes seront obligées de solliciter deux mots étrangers au latin pour construire leur vocabulaire dans la gamme de cette couleur : d’un côté un mot germanique (blau), de l’autre un mot arabe (azur)…

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Collection Architecture

Histoire — Article écrit par le 12 mai 2011 à 9 h 00 min

Collection Architecture, Editions Ouest France

Collection Architecture - Claude Wenzler

Je viens de découvrir une collection de fascicules remarquablement bien faite ayant pour thème l’architecture. Rédigée par Claude Wenzler, cette collection sous forme de livrets de 32 pages, présente une thématique de manière très synthétique. Habituellement on peut s’attendre dans de tels ouvrages à de vagues généralités associées à quelques illustrations. Ici les textes sont concis tout en étant de qualité, et présentent les sujets dans leur globalité. Par exemple, l’ouvrage sur la fortification bastillonnée ne se réfère pas seulement à Vauban comme c’est souvent le cas, mais reprend son origine italienne, puis raconte par de quelle façon et dans quel contexte elle s’est imposée en France, avant d’examiner son héritage. Précis, ces fascicules sont remplis d’informations, et agrémentés de planches techniques didactiques, ainsi que de photographies en couleur. Les exemples cités sont nombreux et permettent d’approfondir un sujet à son gré. A la dernière page une carte référence ces sites et incite au voyage. En si peu de pages il serait difficile de réaliser de meilleurs relais à la curiosité.

Les thématiques traitées sont :

  • Architecture Gallo-Romaine
  • Architecture de l’abbaye
  • Architecture religieuse romane
  • Architecture religieuse gothique
  • Architecture du château-fort
  • Architecture du château de la Renaissance
  • Architecture de château classique
  • Architecture du jardin
  • Architecture du bastion
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La guerre de trente ans

Histoire — Article écrit par le 7 mai 2011 à 11 h 03 min

La guerre de Trente Ans 1618 – 1648 de Henry Bogdan

La guerre de trente ans - Henry Bogdan

Henry Bogdan nous livre une très honnête synthèse sur la Guerre de trente ans. Une période très méconnue en France, qui n’a fait l’objet que de peu d’études, et le plus souvent à travers la politique de Richelieu. Alors qu’elle est toujours une référence importante dans la pensée politique américaine, qui se réfère constamment au traité de Westphalie (1648) pour désigner l’ordre européen.

D’un point de vue politique, c’est une période majeure, parce qu’elle voit l’émergence de l’Etat moderne, qui se substitue aux monarchies féodales et aux libertés locales. La Guerre de trente ans voit dans tous les pays européens, la cristallisation d’un conflit latent entre la centralisation du pouvoir, et la préservation de l’autonomie des aristocraties locales. En France, c’est la Fronde qui se matérialise à la mort de Richelieu, qui avait déjà essuyé nombre de complots de son vivant. En Grande-Bretagne c’est la dictature de Cromwell qui conduit à la décapitation de Charles Ier. En Espagne, la révolte du Portugal et de la Catalogne. La guerre demandant d’importantes ressources financières la paysannerie est pressurée. En France cette période voit l’émergence des grands financiers, ces fermiers généraux, qui prennent la collecte de l’impôt à ferme en échange d’une avance sur recette pour la monarchie, à charge pour eux de se payer sur la bête. De nombreuses révoltes paysannes éclatent en Europe, qui s’ajoutent à l’agitation religieuse, qui se superposent elles-mêmes à cette première opposition entre monarchie et aristocratie. La Suède très engagée dans cette guerre, subit le même genre de dissensions, avec les troubles paysans inhérents. La France entière et surtout les campagnes fêteront la mort de Richelieu par de grands feux de joie. Mais l’exemple le plus intéressant, c’est celui du Saint-Empire, dont Ferdinand II avait essayé de raffermir l’unité en renforçant la fonction impériale. Ce qui échouera totalement, puisqu’à la fin de la guerre, l’Empire a éclaté, et est tiraillé entre deux pôles. Au Sud les Hasbourg qui se sont retranchés dans leurs possessions patrimoniales, de ce qui deviendra l’Empire Austro-Hongrois. Au Nord, les Hohenzollen, dont les territoires deviendront le royaume de Prusse, qui réalisera l’unification allemande.

Ce conflit marque d’une part, la centralisation du pouvoir. Les États vainqueurs sont des États centralisés, dominés par une solide administration. D’autre part l’apparition d’armées permanentes, en France, mais surtout en Prusse, alors que les armées de mercenaires temporaires étaient prédominantes jusqu’alors. Et l’apparition d’une forme de nationalisme qui va se substituer à une vision simplement patrimoniale.

On estime les pertes démographiques de la guerre de Trente ans à environ 20 ou 30% en moyenne dans les zones de guerre, avec des régions où plus de la moitié de la population a disparu. Bogdan cite 7 millions de morts sur des États de 21 millions d’habitants. Le massacre de Magdebourg où périssent 25 000 personnes sur les 30 000 qui peuplaient la ville marque la sauvagerie du conflit. Il faudra un siècle pour que les terres laissées à l’abandon soient réoccupées. En comparaison la Pologne, pays le plus touché, n’a perdu « que » 15% de sa population pendant la 2nd guerre mondiale.

Même si le livre ne fait que survoler, on est interpellé par la stratégie de l’époque, qui se concentre sur la prise des villes et places fortes, en évitant le plus souvent le corps de bataille ennemi. Ce qui donne aux guerres une allure de piétinement, prenant et reprenant les mêmes places d’année en année, ravageant les mêmes régions, avec toujours des résultats relativement maigres. Cent-cinquante ans plus tard Napoléon révolutionnera l’art de la guerre en menant à l’inverse des guerres mobiles, avec pour objectif la destruction du corps de bataille ennemi et non plus la prise des places.

L’Europe prenant conscience qu’elle court à sa perte si de telles guerres devaient se reproduire crée un ordre politique nouveau. On tente de limiter les effets de la guerre. L’Europe devient un ensemble d’États, disposant de frontières précises et reconnues par les autres pays, et sur lesquels le prince ou le monarque exerce sa pleine et entière souveraineté. Le concept d’équilibre des forces se substitue progressivement au rêve d’une monarchie universelle, ce qui conduit à des guerres limitées aux objectifs limités. Les Anglais en donneront la parfaite mesure sur le continent en œuvrant toujours à affaiblir l’État le plus fort qui menacerait un équilibre des forces qui leur serait négatif. Sur le plan religieux, le modèle germanique de la paix d’Augsbourg de 1555, qui avait rétabli la paix en Allemagne en donnant aux princes et aux cités libres le droit de choisir leur religion ; chaque territoire adoptant la foi de son souverain, selon la formule cujus regio, ejus religio ; est complété et élargi par l’admission des calvinistes. A une époque dominée par la ferveur religieuse et le fanatisme idéologique le droit d’exercer librement sa religion et la tolérance se trouvent renforcés.

A l’inverse des États-Unis qui ont toujours jouis d’une sécurité géostratégique exceptionnelle, et qui par voie de conséquence n’ont jamais connus la guerre étrangère sur leur sol, l’Europe ravagée par la guerre de trente ans adopte les prémices d’un droit international qui entend restreindre la portée des conflits. Différence qui explique encore aujourd’hui que les Européens et les Américains entretiennent une vision différente sur les affaires du monde. Le traité de Westphalie qui clôt cette guerre de trente ans reste un marqueur important pour comprendre les relations internationales.

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Extorsion républicaine

Actu, Histoire — Article écrit par le 18 janvier 2011 à 19 h 18 min

J’essaie de ne pas réagir à chaud à la lecture d’un article mais là, la tolérance dont je peux faire montre s’enfuit pour laisser place à la plus froide des colères.

Ici.

En résumé, un entrepreneur du nom d’Alexandre Allard, va probablement acquérir le droit d’exploitation de l’hôtel de la Marine pour une période de 50 ans. L’hôtel est situé sur la place de la Concorde. Évidemment cela ne contente pas tout le monde. Un collectif d’historiens subventionnés somment les stakeholders de:

1) Renoncer à cette transaction.

2) Dans le cas ou la transaction se ferait, les historiens réunis dans ce collectif ordonnent quasiment à notre brave entrepreneur de lui céder 1/3 de la surface pour en faire un musée.

D’autres historiens et chercheurs en appellent ici au ministre de la culture, au maire de Paris et au président de la région pour sauvegarder ce patrimoine national et faire entrer le passé colonial dans l’esprit de nos contemporains en installant place de la Concorde un « musée de l’esclavage, de la colonisation et de l’outre-mer » (Mecom).

Et en plus, ce collectif est sûr de son bon droit car il note que le musée de l’histoire de France veut faire l’impasse sur l’esclavage, la colonisation…

Nous avons décidé de proposer au futur propriétaire des lieux un « partage » (à défaut de l’intégralité du bâtiment) bien compris entre intérêt personnel et intérêt général. Puisque l’affaire est quasiment faite (avec le soutien de la Caisse des dépôts et d’un fonds de pension qatari), faisons la proposition suivante au repreneur. Il va acquérir pour quelques millions d’euros et plusieurs décennies les 25 000 m2 de ces bâtiments place de la Concorde. Il en prend les deux tiers et, sur les parties les plus inestimables du patrimoine (8 000 m2), il accepte de créer, avec le soutien de la Ville de Paris, du ministère de la culture et de la région Ile-de-France, le grand « musée de l’esclavage, de la colonisation et de l’outre-mer » qui manque à la France, pays des musées, de la culture et de l’histoire.

Pour eux, il n’est plus question d’un musée d’une histoire de France, avec les périodes de l’esclavage, colonisation…mais uniquement d’un «  »musée de l’esclavage, de la colonisation et de l’outre-mer » qui manque à la France, pays des musées, de la culture et de l’histoire. » Comme s’il ne devait rester de l’Histoire de France que ces périodes. Le seul lien ténu pour justifier le musée dans ce superbe lieu est « C’est en effet dans ces murs que fut élaboré et signé en 1848, sous le gouvernement de la IIe République, le décret d’abolition définitive de l’esclavage dans les colonies françaises, date charnière entre deux épisodes majeurs de l’histoire nationale et de la colonisation : celle de l’esclavage et celle de la colonisation. » Personnellement, il me semblait que 1848 était une année charnière mais plutôt pour ses journées de Février, mais bon passons…

Un musée de l’esclavage, colonisation…pourquoi pas? Après tout on n’est pas à 50 millions d’euros près de déficit et quelques fonctionnaires en plus, mais autant le mettre dans un endroit symbolique, qui a une signification quant à l’esclavage, donc cela aurait plus de sens de le faire aux Antilles, en Guadeloupe, en Guyane…Aurait-on l’idée de faire un musée de l’air dans un aquarium?

Cette proposition n’est rien d’autre que de l’extorsion comme dans la plus pure tradition mafieuse, un entrepreneur souhaite créer une société et là un type adoubé par une autorité va voir le type et lui dit que ce serait bien de le nommer au conseil d’administration et de lui laisser l’usufruit d’un tiers de ses locaux. Les truands agissent exactement de cette façon, mais il savent qu’ils sont des truands, alors que là les Pascal Blanchard, Pap Ndiaye, Benjamin Stora…croient sincèrement agir en toute bonne foi tout en cependant se plaçant déjà pour récupérer un poste d’administrateur avec bureau avec vue sur la Concorde pour cet improbable musée.


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