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Pandorum

Cinéma, Littérature, Survie — Article écrit par le 7 novembre 2011 à 14 h 30 min

De nombreux films de science-fiction nous ont déjà donné à voir des hommes perdus dans l’espace. Ce genre est émaillé de codes récurrents qui pour la plupart exploitent nos peurs. Ainsi l’univers est gigantesque, froid et sombre ; un lieu sans vie, hostile et fascinant. Le vaisseau est le pendant artificiel de l’univers avec ses couloirs sombres et étroits et ses volumes sans fin. Cette coquille de métal, seule protection contre le vide, provoque à la fois une sensation de claustrophobie et de peur de l’immensité. Les êtres humains isolés au milieu de nul part, coupés des leurs, soumis à une peur latente, déstabilisés par les défaillances qui transforment un bijou de technologie en piège mortel, contraints de cohabiter dans une nouvelle société étriquée, deviennent fous et s’entretuent. Et pour couronner le tout les espèces de vie découvertes se trouvent un goût prononcé pour la viande humaine.

Pandorum

Pandorum réexploite tous ces codes du film de science-fiction horrifique, mais dans un scénario original et intéressant, qui se démarque suffisamment des productions précédentes pour créer son propre imaginaire. Ce film introduit habilement un nouveau facteur d’angoisse qui avait été jusque là délaissé ; celui de la disparition des repères temporels.

Nous sommes habitués à des cycles de vie réguliers amenés par la succession de jours et de nuits dont notre soleil est le chef d’orchestre. Plongés dans l’obscurité spatiale, ces cycles naturels pour être maintenus sont dépendants de technologies qui simulent par la luminosité leur perpétuation. De ces cycles de 24 heures dépendent notre perception du temps, notre capacité à nous repérer temporairement, mais aussi d’autres capacités dont nous imaginons mal les dépendances.

Lorsque Michel Siffre nait en 1939 les grandes puissances se disputent un monde déjà exploré et cartographié de fond en comble. Il n’existe plus de continents à découvrir. Dans les prochaines décennies la nouvelle frontière à repousser est l’espace. Michel Siffre doté d’un esprit aventureux contribua à sa façon à la conquête spatiale, par un sujet d’étude qui se veut explorer une nouvelle dimension : le temps. Pour ce faire, il reste claustré au fond du gouffre de Scarasson, privé de repères temporels, à partir du 17 juillet 1962 et pour une durée de deux mois. Après 3 heures de descente, il s’installe sur un glacier à presque 100 mètres sous terre. Il fait environ 13 degrés et l’hydrométrie atteint 98%. A travers cette expérience Michel Siffre se donne pour mission d’étudier les cycles de vie, les cycles de sommeil, les changements observés par l’absence de soleil, la capacité du corps à maintenir ces cycles ou à les modifier.

En pleine conquête spatiale, alors qu’on prépare des voyages habités vers de nouvelles planètes, ces expérience intéresseront beaucoup les responsables américains et soviétiques. Chacun des blocs développera des programmes d’expérimentation dans des conditions relativement analogues, où les grottes profondes seront remplacées par des lieux confinés, et la solitude du pionnier par des équipes pour étudier en outre la sociologie de groupe. Michel Siffre nomme ces nouveaux explorateurs les spéléonautes. En 1972 la NASA financera au Texas une nouvelle immersion coupée du monde de 205 jours au fond de Midnight Cave pour compléter l’expérience de toutes une série de constantes biologiques. A nouveau en 1999 Michel Siffre mettra à l’épreuve son horloge de chair, mais cette fois dans le but d’étudier les effets du vieillissement sur ses cycles circadiens (veille/sommeil).

Les passagers de Pandorum sont dans une situation analogue à celle de Michel Siffre. Enfermés dans des capsules en hyper-sommeil ils ne savent pas combien de temps s’est écoulé depuis leur endormissement. Ils tentent d’évaluer ce temps passé, mais leurs réponses sont nécessairement inexactes.

Sur le calendrier évalué par Michel Siffre, lors de sa première retraite volontaire de 57 jours, il avait 25 jours de décalage par rapport à la réalité. Il était sorti le 17 septembre en se croyant le 20 août. Ces résultats étaient inattendus parce qu’on pensait auparavant que le temps au fond de la grotte, coupé du monde lui paraitrait plus long, puisqu’il s’y ennuierait. Mais coupé de tout révérenciel, plongé dans un monde sombre presque totalement immobile, le temps passe beaucoup plus rapidement, et ce qui lui semble quelques heures constitue en réalité des journées entières. Mais ses cycles circadiens loin d’être anarchiques sont administrés assez précisément par son horloge biologique. Ses journées au lieu de 24 heures durent en moyenne 24H30 ; la sieste que Michel Siffre s’octroie étant à son insu une nuit de sommeil. Ce qui conduit rapidement à ce que sa perception du temps soit totalement faussée. Les expériences postérieures sur des individus informés du sujet, en ayant lus des retours d’expérience, conduiront à restreindre ce décalage par les corrections qu’ils apporteront à leur perception. Les femmes se serviront de leurs cycles menstruels pour corriger leur mauvaise appréhension du temps.

Le 7 janvier 1965 (temps évalué par Josie Laurès). Réveil : 8 heure. A ma grande stupéfaction, je viens de m’apercevoir que, pour la deuxième fois, j’ai mes règles. Vraiment, c’est une surprise. Je ne m’y attendais pas du tout. Il se peut que le cycle soit perturbé, mais quand même, je le sens, j’ai la preuve que mon retard est presque d’un mois. Mes journées coupées par une sieste sont-elles des journées de quarante-huit heures ?

Josie Laurès, 3 mois d’isolement entre le 15 décembre 1963 et le 13 mars 1964. A la date de sa sortie elle se croyait le 5 mars.

Je ne sais toujours pas à quelle date je suis réellement. Il est d’ailleurs curieux de constater que cela me laisse indifférent. C’est pour l’instant le dernier de mes soucis. Je me lève, mange, me couche, cela forme un tout et le temps n’a pas de valeur. J’ai l’impression que mes journées sont courtes.

Siffre, 1962

Je pense à un problème qui m’assaille : celui de la durée d’un disque de 33 tours… Chaque fois, je me demande s’il faut réellement une demie-heure pour écouter une face. Cela me parait très rapide.

Siffre, 1962

Si la réalité du temps qui passe échappe à la conscience des spéléonautes, la suppression de l’alternance jour/nuit a d’autres conséquences. La mémoire immédiate est atteinte :

Nous avons en effet constaté que l’homme isolé en dehors du temps présente des troubles de mémoire. Tous mes camarades ont ressenti ce phénomène, les cosmonautes soviétiques aussi. Je l’éprouve aujourd’hui intensément. Ce que j’ai fait hier, je ne m’en souviens pas. Avant hier ou il y a un mois ? C’est pareil, c’est le néant. Tout ce qui n’est pas immédiatement noté est oublié, irrémédiablement perdu dans l’espace temporel de la nuit souterraine.

Siffre, 1972

Les CRS, qui l’écoutent parfois à son insu (et qui assurent le suivi de l’expérience), lui diront qu’il a remis jusqu’à dix fois de suite le même disque de Luis Mariano. Il pensait, chaque fois, qu’il venait de le poser sur le pick-up… L’apathie accompagne cette perte de mémoire :

J’ai brusquement pris conscience de cette fantastique apathie qui s’est emparée de tout mon être. C’est inconcevable. C’est ça l’effet du confinement : l’inactivité forcée conduit à l’inactivité naturelle. Moins on en fait, moins on en a envie d’en faire.

Siffre, 1972

Il se demande aussi : « Est-ce la durée perçue qui conditionne le vieillissement ? » Des expériences postérieures montreront que la durée de vie de certains animaux peuvent être déterminée par leur cycle circadien. En multipliant artificiellement sa fréquence par deux, on divisait de même l’espérance de vie de ces animaux par deux. Alors que le contraire n’était pas vrai. Aujourd’hui on estime toujours que ces cycles jouent un rôle important dans le processus de vieillissement.

Les naufragés du Pandorum se retrouvent dans une situation semblable. Privés de repères géographiques immédiats, puisqu’ils sont enfermés dans la coque d’un vaisseau, incapables de déterminer leur position, incapables d’appréhender le temps même, ainsi que l’enchainement d’événements qui les a conduit à cette situation, ils doivent reconstruire l’antériorité, et sont contraints de se baser sur leurs cycles naturels. Ils sont tout à la fois, menacés par un environnement hostile plongé dans les ténèbres et dans une succession de couloirs et de salles sans fin, menacés par des créatures qui apprécient leur chair et dont l’origine est incertaine, et par cette disparition du temps qui les laissent pantois.

Pandorum, par ses apports au genre, sa maitrise du suspense et de l’angoisse, et ses scènes d’action bien tournées, est certainement le meilleur film de science-fiction horrifique depuis Alien.

Une autre œuvre s’est probablement beaucoup inspirée des expériences hors du temps de Michel Siffre et de ses successeurs. En 1967 Michel Tournier publie Vendredi ou les Limbes du Pacifique qui est une variante plus adulte du roman de Daniel Defoe, Robinson Crusoé. Différents nouveaux thèmes s’ajoutent aux thèmes exploités dans le roman original, dont une analyse très fine de la perte du temps que l’auteur assimile à la perte du monde civilisé.

Combien de jours, de semaines, de mois, d’années s’étaient-ils écoulés depuis le naufrage de la Virginie ? Robinson était pris de vertige quand il se posait cette question. Il semblait alors jeter une pierre dans un puits et attendre vainement que retentisse le bruit de la chute dans le fond. Il se jura de marquer sur un arbre de l’île chaque jour une encoche, et une croix tous les 30 jours.

Vendredi ou les Limbes du Pacifique, Folio p.34

L’évasion était terminée, mais la longue histoire de sa construction demeurait écrite à jamais dans la chair de Robinson. Coupures, brulures, estafilades, callosités, tavelures indélébiles et bourrelets cicatriciels racontaient la lutte opiniâtre qu’il avait mené si longtemps pour en arriver à ce petit bâtiment trapu et ailé. A défait de journal de bord il regarderait son corps quand il voudrait se souvenir.

Ibid., p.36 – 37

Une nouvelle ère débutait pour lui – ou plus précisément, c’était sa vraie vie dans l’île qui commençait après des défaillances dont il avait honte et qu’il s’efforçait d’oublier. C’est pourquoi se décidant enfin à inaugurer un calendrier, il lui importait peu de se trouver dans l’impossibilité d’évaluer le temps qui s’était écouler depuis le naufrage de la Virginie. Celui-ci avait eu lieu le 30 septembre 1759 vers deux heures de la nuit. Entre cette date et le premier jour qu’il marqua sur un fût de pin mort s’insérait une durée indéterminée, indéfinissable, plein de ténèbres et de sanglots, de telle sorte que Robinson se trouvait coupé du calendrier des hommes, comme il était séparé d’eux par les eaux, et réduit à vivre sur un îlot de temps, comme sur une île dans l’espace.

Ibid., p.48

Il s’avisa plus tard que le soleil n’était visible de l’intérieur de la villa qu’à certaines heures du jour et qu’il serait judicieux d’y installer une horloge ou une machine propre à mesurer le temps à tout moment. Après quelques tâtonnements, il choisit de confectionner une manière de clepsydre assez primitive. C’était simplement une bonbonne de verre transparente dont il avait percé le cul d’un petit trou par où l’eau fuyait goutte à goutte dans un bac de cuivre posé sur le sol. La bonbonne mettait exactement vingt-quatre heures à se vider dans le bac, et Robinson avait strié ses flancs de vingt-quatre cercles parallèles marqués chacun d’un chiffre romain. Ainsi le niveau du liquide donnait l’heure à tout moment. Cette clepsydre fut pour Robinson le source d’un immense réconfort. Lorsqu’il entendait – le jour ou la nuit – le bruit régulier des gouttes tombant dans le bassin, il avait le sentiment orgueilleux que le temps ne glissait plus malgré lui dans un abîme obscur, mais qu’il se trouvait désormais régularisé, maîtrisé, bref domestiqué lui aussi, comme toute l’île allait le devenir, peu à peu, par la force d’âme d’un seul homme.

Ibid., p.70 – 71

Robinson s’étendit voluptueusement sur sa couche. C’était la première fois depuis des mois que le rythme obsédant des gouttes s’écrasant une à une dans le bac cessait de commander ses moindres mouvements avec une rigueur de métronome Les temps était suspendu Robinson était en vacances. Il s’assit au bord de sa couche. [...] Ainsi donc la toute-puissance de Robinson sur l’île – fruit de son absolue solitude – allait jusqu’à une maitrise du temps ! Il supputait avec ravissement qu’il ne tenait qu’à lui désormais de boucher la clepsydre, et ainsi de suspendre le vol des heures…

Ibid., p.98 – 99

Puis il se leva et sans hésitation ni peur, mais pénétré de la gravité solennelle de son entreprise, il se dirigea vers le fond du boyau. Il n’eut pas à errer longtemps pour trouver ce qu’il cherchait : l’orifice d’une cheminée verticale et fort étroite. Il fit aussitôt quelques tentatives sans succès pour s’y glisser. Les parois étaient polies comme de la chair, mais l’orifice était si resserré qu’il y demeurait prisonnier jusqu’à mi-corps. Il se dévêtit tout à fait, puis il se frotta le corps avec le lait qu’il restait. Alors il plongea, tête la première, dans le goulot et cette fois il y glissa lentement mais régulièrement, comme le bol alimentaire dans l’œsophage. Après une chute très douce qui dura quelques instants ou quelques siècles, il se reçut à bout de bras dans une manière de crypte exigüe où il ne pouvait tenir debout qu’à condition de laisser sa tête dans l’arrivée du boyau. [...] Mais ce qui retint Robinson plus que tout autre chose, ce fut un alvéole profonde de cinq pieds environ qu’il découvrit dans le coin le plus reculé de la crypte. L’intérieur en était parfaitement poli, mais curieusement tourmenté, comme le fond d’un monde destiné à informer une chose fort complexe. Cette chose, Robinson s’en doutait, c’était son propre corps, et après de nombreux essais, il finit par trouver en effet la position – recroquevillé sur lui-même, les genoux remontés au menton, les mollets croisés, les mains posées sur les pieds – qui lui assurait une insertion si exacte dans l’alvéole qu’il oublia les limites de son corps aussitôt qu’il l’eut adoptée.
Il était suspendu dans une éternité heureuse.

Ibid., p.111 – 112

Robinson après une longue période d’apathie est happé par la perspective du temps qui s’est écoulé depuis son naufrage et son arrivée sur l’île. Le temps qu’il est incapable de reconstituer s’est enfuit sans qu’il ne puisse avoir aucune prise sur lui. Il entreprend alors de le domestiquer par un calendrier, puis en concevant une clepsydre. Mais il finit par s’ennuyer de l’extrême rigueur administrative qu’il s’inculque pour singer la civilisation qu’il a quitté, et pour se discipliner lui-même et ainsi éviter de retomber dans l’apathie. L’arrêt surprise de la clepsydre sonne comme des vacances et une forme de rechute. Il s’enfonce dans les profondeurs de la roche, dans l’obscurité totale de la grotte, où il se glisse après un rituel païen. La roche devient le sein maternel avec lequel il entretient une relation physique incestueuse. Le temps s’efface dans l’obscurité, et il y demeure pendant l’arrêt de la clepsydre un temps indéterminé, prostré dans le noir et comme enivré ; échappant ainsi au cycle du temps, à l’alternance des jours et des nuits.


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Are the Empire really the good guys and the Jedi Knights Nazi secessionists ?

Cinéma, Citations — Article écrit par le 27 juillet 2011 à 19 h 19 min

L’article date mais il mérite toujours le coup d’œil pour son analyse à contre-courant de l’univers de Star Wars.

The Case for the Empire

From the May 16, 2002 Daily Standard: Everything you think you know about Star Wars is wrong.
by Jonathan V. Last
12/26/2002 12:00:00 AM

STAR WARS RETURNS today with its fifth installment, « Attack of the Clones. » There will be talk of the Force and the Dark Side and the epic morality of George Lucas’s series. But the truth is that from the beginning, Lucas confused the good guys with the bad. The deep lesson of Star Wars is that the Empire is good.

It’s a difficult leap to make–embracing Darth Vader and the Emperor over the plucky and attractive Luke Skywalker and Princess Leia–but a careful examination of the facts, sorted apart from Lucas’s off-the-shelf moral cues, makes a quite convincing case.

First, an aside: For the sake of this discussion, I’ve considered only the history gleaned from the actual Star Wars films, not the Expanded Universe. If you know what the Expanded Universe is and want to argue that no discussion of Star Wars can be complete without considering material outside the canon, that’s fine. However, it’s always been my view that the comic books and novels largely serve to clean up Lucas’s narrative and philosophical messes. Therefore, discussions of intrinsic intent must necessarily revolve around the movies alone. You may disagree, but please don’t e-mail me about it.

If you don’t know what the Expanded Universe is, well, uh, neither do I.

I. The Problems with the Galactic Republic

At the beginning of the Star Wars saga, the known universe is governed by the Galactic Republic. The Republic is controlled by a Senate, which is, in turn, run by an elected chancellor who’s in charge of procedure, but has little real power.

Scores of thousands of planets are represented in the Galactic Senate, and as we first encounter it, it is sclerotic and ineffectual. The Republic has grown over many millennia to the point where there are so many factions and disparate interests, that it is simply too big to be governable. Even the Republic’s staunchest supporters recognize this failing: In « The Phantom Menace, » Queen Amidala admits, « It is clear to me now that the Republic no longer functions. » In « Attack of the Clones, » young Anakin Skywalker observes that it simply « doesn’t work. »

The Senate moves so slowly that it is powerless to stop aggression between member states. In « The Phantom Menace » a supra-planetary alliance, the Trade Federation (think of it as OPEC to the Galactic Republic’s United Nations), invades a planet and all the Senate can agree to do is call for an investigation.

Like the United Nations, the Republic has no armed forces of its own, but instead relies on a group of warriors, the Jedi knights, to « keep the peace. » The Jedi, while autonomous, often work in tandem with the Senate, trying to smooth over quarrels and avoid conflicts. But the Jedi number only in the thousands–they cannot protect everyone.

What’s more, it’s not clear that they should be « protecting » anyone. The Jedi are Lucas’s great heroes, full of Zen wisdom and righteous power. They encourage people to « use the Force »–the mystical energy which is the source of their power–but the truth, revealed in « The Phantom Menace, » is that the Force isn’t available to the rabble. The Force comes from midi-chlorians, tiny symbiotic organisms in people’s blood, like mitochondria. The Force, it turns out, is an inherited, genetic trait. If you don’t have the blood, you don’t get the Force. Which makes the Jedi not a democratic militia, but a royalist Swiss guard.

And an arrogant royalist Swiss guard, at that. With one or two notable exceptions, the Jedi we meet in Star Wars are full of themselves. They ignore the counsel of others (often with terrible consequences), and seem honestly to believe that they are at the center of the universe. When the chief Jedi record-keeper is asked in « Attack of the Clones » about a planet she has never heard of, she replies that if it’s not in the Jedi archives, it doesn’t exist. (The planet in question does exist, again, with terrible consequences.)

In « Attack of the Clones, » a mysterious figure, Count Dooku, leads a separatist movement of planets that want to secede from the Republic. Dooku promises these confederates smaller government, unlimited free trade, and an « absolute commitment to capitalism. » Dooku’s motives are suspect–it’s not clear whether or not he believes in these causes. However, there’s no reason to doubt the motives of the other separatists–they seem genuinely to want to make a fresh start with a government that isn’t bloated and dysfunctional.

The Republic, of course, is eager to quash these separatists, but they never make a compelling case–or any case, for that matter–as to why, if they are such a freedom-loving regime, these planets should not be allowed to check out of the Republic and take control of their own destinies.

II. The Empire

We do not yet know the exact how’s and why’s, but we do know this: At some point between the end of Episode II and the beginning of Episode IV, the Republic is replaced by an Empire. The first hint comes in « Attack of theClones, » when the Senate’s Chancellor Palpatine is granted emergency powers to deal with the separatists. It spoils very little to tell you that Palpatine eventually becomes the Emperor. For a time, he keeps the Senate in place, functioning as a rubber-stamp, much like the Roman imperial senate, but a few minutes into Episode IV, we are informed that the he has dissolved the Senate, and that « the last remnants of the Old Republic have been swept away. »

Lucas wants the Empire to stand for evil, so he tells us that the Emperor and Darth Vader have gone over to the Dark Side and dresses them in black.

But look closer. When Palpatine is still a senator, he says, « The Republic is not what it once was. The Senate is full of greedy, squabbling delegates. There is no interest in the common good. » At one point he laments that « the bureaucrats are in charge now. »

Palpatine believes that the political order must be manipulated to produce peace and stability. When he mutters, « There is no civility, there is only politics, » we see that at heart, he’s an esoteric Straussian.

Make no mistake, as emperor, Palpatine is a dictator–but a relatively benign one, like Pinochet. It’s a dictatorship people can do business with. They collect taxes and patrol the skies. They try to stop organized crime (in the form of the smuggling rings run by the Hutts). The Empire has virtually no effect on the daily life of the average, law-abiding citizen.

Also, unlike the divine-right Jedi, the Empire is a meritocracy. The Empire runs academies throughout the galaxy (Han Solo begins his career at an Imperial academy), and those who show promise are promoted, often rapidly. In « The Empire Strikes Back » Captain Piett is quickly promoted to admiral when his predecessor « falls down on the job. »

And while it’s a small point, the Empire’s manners and decorum speak well of it. When Darth Vader is forced to employ bounty hunters to track down Han Solo, he refuses to address them by name. Even Boba Fett, the greatest of all trackers, is referred to icily as « bounty hunter. » And yet Fett understands the protocol. When he captures Solo, he calls him « Captain Solo. » (Whether this is in deference to Han’s former rank in the Imperial starfleet, or simply because Han owns and pilots his own ship, we don’t know. I suspect it’s the former.)

But the most compelling evidence that the Empire isn’t evil comes in « The Empire Strikes Back » when Darth Vader is battling Luke Skywalker. After an exhausting fight, Vader is poised to finish Luke off, but he stays his hand. He tries to convert Luke to the Dark Side with this simple plea: « There is no escape. Don’t make me destroy you. . . . Join me, and I will complete your training. With our combined strength, we can end this destructive conflict and bring order to the galaxy. » It is here we find the real controlling impulse for the Dark Side and the Empire. The Empire doesn’t want slaves or destruction or « evil. » It wants order.

None of which is to say that the Empire isn’t sometimes brutal. In Episode IV, Imperial stormtroopers kill Luke’s aunt and uncle and Grand Moff Tarkin orders the destruction of an entire planet, Alderaan. But viewed in context, these acts are less brutal than they initially appear. Poor Aunt Beru and Uncle Owen reach a grisly end, but only after they aid the rebellion by hiding Luke and harboring two fugitive droids. They aren’t given due process, but they are traitors.

The destruction of Alderaan is often cited as ipso facto proof of the Empire’s « evilness » because it seems like mass murder–planeticide, even. As Tarkin prepares to fire the Death Star, Princess Leia implores him to spare the planet, saying, « Alderaan is peaceful. We have no weapons. » Her plea is important, if true.

But the audience has no reason to believe that Leia is telling the truth. In Episode IV, every bit of information she gives the Empire is willfully untrue. In the opening, she tells Darth Vader that she is on a diplomatic mission of mercy, when in fact she is on a spy mission, trying to deliver schematics of the Death Star to the Rebel Alliance. When asked where the Alliance is headquartered, she lies again.

Leia’s lies are perfectly defensible–she thinks she’s serving the greater good–but they make her wholly unreliable on the question of whether or not Alderaan really is peaceful and defenseless. If anything, since Leia is a high-ranking member of the rebellion and the princess of Alderaan, it would be reasonable to suspect that Alderaan is a front for Rebel activity or at least home to many more spies and insurgents like Leia.

Whatever the case, the important thing to recognize is that the Empire is not committing random acts of terror. It is engaged in a fight for the survival of its regime against a violent group of rebels who are committed to its destruction.

III. After the Rebellion

As we all know from the final Star Wars installment, « Return of the Jedi, » the rebellion is eventually successful. The Emperor is assassinated, Darth Vader abdicates his post and dies, the central governing apparatus of the Empire is destroyed in a spectacular space battle, and the rebels rejoice with their small, annoying Ewok friends. But what happens next?

(There is a raft of literature on this point, but, as I said at the beginning, I’m going to ignore it because it doesn’t speak to Lucas’s original intent.)

In Episode IV, after Grand Moff Tarkin announces that the Imperial Senate has been abolished, he’s asked how the Emperor can possibly hope to keep control of the galaxy. « The regional governors now have direct control over territories, » he says. « Fear will keep the local systems in line. »

So under Imperial rule, a large group of regional potentates, each with access to a sizable army and star destroyers, runs local affairs. These governors owe their fealty to the Emperor. And once the Emperor is dead, the galaxy will be plunged into chaos.

In all of the time we spend observing the Rebel Alliance, we never hear of their governing strategy or their plans for a post-Imperial universe. All we see are plots and fighting. Their victory over the Empire doesn’t liberate the galaxy–it turns the galaxy into Somalia writ large: dominated by local warlords who are answerable to no one.

Which makes the rebels–Lucas’s heroes–an unimpressive crew of anarchic royals who wreck the galaxy so that Princess Leia can have her tiara back.

I’ll take the Empire.

Jonathan V. Last is online editor of The Weekly Standard.

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Les Rebels sont des bolchéviques

Cinéma, Citations — Article écrit par le 25 juillet 2011 à 22 h 33 min

– C’est l’Empire qui a la meilleure fin, déjà Luke se fait couper la main, il découvre que Vador est son père, et Han qui se fait congeler et garder par Boba fett. Tout cela se finit de façon si glauque, mais c’est comme ça la vie, c’est une suite de situations glauques, alors que le Jedi c’était vraiment le Muppet Show.
– Non il n’y avait pas que ça dans le Jedi. Ils construisent une autre étoile noire. Ok ? La première était terminée et tout à fait opérationnelle avant que les rebelles ne la détruise. Et la deuxième était en construction quand ils l’ont fait sauter. Il y a avait un truc la deuxième fois, j’ai toujours trouvé ça zarbi, et j’arrivais pas à mettre le doigt dessus, mais il y avait un truc qui clochait.
– Et t’as trouvé alors ?
– La première étoile noire était occupée par l’armée impériale, à bord il n’y avait que des soldats. Les sections d’assaut, les dignitaires, les gens de l’Empire. Quand elle saute aucun problème les méchants sont punis.
– Et la deuxième fois ?
– Le deuxième fois elle était même pas terminée, elle était encore en construction.
– Et alors ?
– Alors ! Un chantier comme ça, aussi gigantesque nécessite vachement plus de main d’œuvre que ne pouvait en fournir l’armée impériale. Je paris qu’ils ont fait appel à des entrepreneurs indépendants, des plombiers, des métallos, des couvreurs.
– Ouais, il n’y avait pas que des gens de l’Empire on est d’accord.
– Ouais c’est ça, ils voulaient que ce soit construit vite et bien, et ils ont engagé tout ceux qui pourraient faire le travail. Tu crois que le soldat de base sait installer un conduit de cabinet ? Ils ne savent que tuer et mettre leur uniforme blanc.
– Bon ils ont fait bosser des entrepreneurs indépendants, pourquoi ça te fous les boules que l’Etoile saute ?
– Tous les entrepreneurs innocents qu’ils avaient engagés se sont fait tuer. Ils ont été victimes d’une guerre qui ne les concernait pas. Et oui écoute, disons que tu es couvreur, un jour il y a un contrat d’Etat très juteux qui se présente, t’as une femme, des gosses, un pavillon en proche banlieue. Et on t’offre un contrat d’Etat, ça veut dire qu’il y a pleins d’avantages, c’est là qu’une bande de gauchistes arrivent et fait tout exploser à 5 kilomètres à la ronde avec ses lasers. Toi t’as rien demander, t’as pas de convictions politiques, t’essayes juste de te démerder pour gagner ta vie.

Clerks, les employés modèles


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L’Empire du déclin

Cinéma, Citations — Article écrit par le 23 juillet 2011 à 22 h 18 min

L’histoire des influences qui ont faites Star Wars.

P R E A M B U L E

J’étais encore un môme, lorsque je fus émerveillé par SW ep IV: A New Hope, impressionné par l’ouverture et scotché devant l’apparition du Star Destroyer au début.
La trilogie originelle a émerveillé nos enfances et fait rêver bon nombre d’entre nous.
Et puis l’attente… la special edition 1997, et puis… l’episode One (TPM), et la déception que l’on connaît. Difficile de faire le deuil de ses rêves d’enfance. Comment en est-on arrivé là?

Le but de ce topic n’est pas d’ouvrir le débat sur la prélogie SW, pour ou contre… mais il est de comprendre pourquoi un tel échec?

J’ai rassemblé ici des éléments destinés aux déçus de la prélogie qui veulent comprendre pourquoi et comment Lucas en est arrivé là, à cette débacle artistique.
Pour celui qui cherche à faire son deuil de ses rêves SW, à découvrir les causes du désastre en s’informant sur l’histoire de sa création…
Pourquoi bon nombre de fans originels se sont détournés, qu’a donc fait Lucas?

C’est donc une sorte d’étude froide, de rapport « historique », presque clinique… une sorte d’autopsie, dans l’optique de la recherche de causalité, sans volonter de casser pour casser, mais dans le désir de comprendre POURQUOI.

I. Kurtz, Kasdan, Kershner… les hommes de l’ombre.

Rendons à César ce qui est à César, l’idée de faire un tel film est de Lucas.
Mais il y avait un inspirateur, un mentor… Gary Kurtz, producteur du American Graffiti de George Lucas, féru érudit de mythologie, d’anthropologie, de psychologie sociale, d’histoire des civilisations.
Son rôle est encore vague dans A New Hope (ANH – 1977), mais il est évident qu’il a joué un grand rôle, non seulement en faisant l’intermédiaire entre Lucas et la Fox, mais également en guidant George, encore jeune, dans l’écriture et la réalisation du film.
Preuve en est les comparaisons des premières versions du synopsis de SW ep IV: ANH, au résultat final. En effet, Lucas dès 1973 écrit une intrigue calquée sur Kakushi toride no san akunin (la forteresse cachée, 1958) de Kurosawa, et surtout, sur les storyboards de Moebius pour le projet du film Dune par Jodorowsky (d’après le roman de Franck Herbert, entreprise avortée) qui vont lui inspirer une grande part du design. Mais l’histoire que pond Georgy est très grossière et semble n’être qu’une linéaire succession de péripéties (tiens? comme la prélogie!) dans un univers SF à la « Flash Gordon ». C’est là qu’intervient Kurtz, poussant Lucas à réécrire et imprégner son histoire de spiritualité (la Force) et devenant un récit initiatique. Il est dès lors aisé de dire que Kurtz a été à Lucas ce qu’Obi-Wan est à Luke: un mentor, un guide, un père spirituel, un « Sempaï ». D’autant plus si l’on connaît la forte identification de George avec son Luke (Luke/Lucas) et que le personnage de Ben Kenobi est apparu tardivement dans le processus d’écriture.
George s’est entouré de mecs talentueux pour ce projet, outre Kurtz, on peut citer Lawrence Kasdan par la suite (co-scénariste sur ESB puis ROTJ), et surtout toute la bande de timbrés (designers et techniciens) des débuts d’ILM, les John Dykstra, Tipett, McQuarrie, Edlund, Baker, Cobb, Freeborn, … (le générique de l’epIV est monstrueux). Ces mecs étaient pour la plupart des artistes, des créateurs, des novateurs, des porteurs d’idées, voire des génies pour certains.

Avec peu de moyens ils firent de véritables miracles. ILM utilisait des maquettes faites de produits de récupération en tout genre. Le tout filmé sur blue screen, avec des travelling assistés par ordinateur (technique dite du motion control) afin de mimer au mieux les déplacements des vaisseaux. En clair, c’est la caméra qui bouge autour de la maquette, pour donner l’illusion d’un déplacement cohérent.
Cette technique est encore à ce jour, inégalée dans le rendu réalistique. Elle donne une netteté et une crédibilité consistante à l’image, un piquant, une acuité inégalée dans le rendu des volumes, très loin du flou « toonesque » des computer graphics qui essayent de bluffer et de cacher leur pixélisation par des effets de flou (antialiasing et autres shading).

1977. Succès planétaire de Star Wars (episode IV – ANH).
Une légende à laquelle il faut tordre le cou, c’est celle qui prétend que les critiques n’ont jamais aimé Star Wars. Comme c’était prévisible, la critique intello a descendu le premier Star Wars (ANH), mais une majorité de la presse US de l’époque a salué ANH, et encore davantage ESB. Papy Lucas a déformé la vérité pour justifier le piètre accueil de l’episode One (TPM).

II. The Empire Strikes Back (1980).

Vient alors la réalisation de ce qui deviendra, de l’avis de bon nombre d’entre nous, le meilleur épisode de Star Wars: The Empire Strikes Back (ESB, 1980). Un tournage éprouvant qui marquera le divorce Kurtz/Lucas. Cette fois-ci, Lucas abandonne la réalisation et le scénario, viennent alors Lawrence Kasdan (scénario) et Irvin Kershner, un metteur en scène expérimenté et forte tête (le caractère de Yoda lui doit beaucoup, d’ailleurs). Kershner étant plutôt bon dans la direction des comédiens (cf ce qu’il arrive à faire exprimer à Mark Hamill lors de l’amputation et la révélation paternelle, ou encore l’émotion de Carrie Fisher lors de l’émouvante scène de congélation), il laissera à Harisson Ford un peu de liberté, permettant à Solo de gagner en importance dramatique (la fameuse réplique « Je t’aime. Je sais » on la doit à Harrison Ford).

Lucas s’est adjoint les services de deux scénaristes pour se pencher sur le script d’Empire. Leigh Brackett tout d’abord, grande romancière de SF (et scénariste de Rio Bravo et de certains épisodes d’Alfred Hitchcock présente.) qui succombera à un cancer peu après avoir achevé la première version du script. George confiera alors la réécriture à un jeune scénariste, Lawrence Kasdan (alors penché sur le script de son projet Indianna Jones: The Lost Ark) qui modifiera en profondeur le scénario initial. Ce dernier assimilera Anakin Skywalker et Darth Vader en un même personnage, faisant de Vader la figure paternelle et donnant une nouvelle dimension à la saga…

Un tournage au cours duquel Lucas, accablé par l’enjeu financier (il l’a entièrement financé avec ses propres deniers, preuve de la volonté du bonhomme, et c’est tout à son honneur) et par la pression, se contentait de surveiller de loin ce que faisaient Kershner et Kurtz (à la manière d’un Joel Silver), Kurtz étant le vrai patron sur le plateau et le réalisateur de la 2nd équipe de tournage (après la mort de John Ferry). Or, George Lucas a quasiment eu une attaque en voyant le résultat (le rythme assez lent, la violence, le ton noir et peu spectaculaire) et en constatant que Kurtz, qui voulait obtenir la perfection pour chaque scène dramatique et chaque Special FX, avait pris du retard sur le planning, principale priorité de Lucas au détriment de la qualité du film…
Kershner et Kurtz (auquel l’ambiance de Dagobah doit beaucoup) étaient les vrais défenseurs des scènes de Yoda face à un Lucas qui voulait plus d’action, et qui a remonté le film en voulant accélérer les séquences (d’ailleurs chez Lucas, il faut toujours mettre la grosse baston… à la fin, et non au début comme sur Hoth! Sacrilège!).
D’autre part, sur ROTJ, c’est Marquand qui a insisté pour filmer la scène avec Yoda contre l’avis, au départ, de Lucas et Kazandjian (qui trouvaient le tournage des scènes avec la marionnette trop complexes). Ce fut une des rares réelles contributions créatives de Marquand.

La vérité est que Lucas a vraiment eu peur pour son argent (et c’est normal), et qu’il s’est rendu compte qu’il ne voulait pas prendre de risques en faisant un film trop anti-commercial.
Le fait est qu’il fut contraint de demander des fonds… à la Fox. Ce qu’il s’était juré de ne plus jamais faire. C’est cette blessure d’orgueil qui est à l’origine du départ de Kurtz, combinée avec la divergence de point de vue croissante entre les deux hommes sur ce que devait être Revenge of the Jedi.

C’est pourquoi il s’est séparé de Kurtz pour embaucher Howard Kazandjian à la production sur ROTJ, et qu’il a tenu à écrire avec Kasdan le scénario pour ne pas que l’histoire lui échappe trop cette fois-ci, et qu’il a confié la réalisation à Richard Marquand, ex-marionettiste (donc parfait pour les Ewoks, Jabba, et autres Salacious Crumb du film…) et cinéaste inexpérimenté (donc manipulable, contrairement au vieux grigou Kershner)… On sait ce que ça donne: un Return Of The Jedi qui lorgne vers un public beaucoup plus jeune que Empire Strikes Back!

Dans Empire Building : The remarkable real life story of Star Wars de Gary Jenkins, biographie non-officielle de Lucas et compte-rendu du tournage de la saga, de 1977 à nos jours. Ni pro- ni anti-Lucas, le journaliste Jenkins dresse une liste des talents et des mérites de George Lucas sans occulter les « côtés obscurs » de sa personnalité, les évènements qui les expliquent, ainsi que la mutation de la petite cellule créative Lucasfilm en entreprise dépersonnalisée axée sur la gestion de « L’Empire Stars Wars ». Et il ressort notamment que Gary Kurtz a eu un rôle sur le succès de Lucas (« American Graffiti », et a fortiori « Star Wars », ne seraient pas nés sans lui) et sur la réussite de la trilogie originale (ESB est plus un film de Kurtz et Kershner qu’un film de Lucas) dont on ne soupçonne pas l’importance, et que seuls les collaborateurs de l’époque reconnaissent. Aucun n’a eu l’influence de Kurtz sur le coeur de la saga, son histoire et ses orientations esthétiques (c’est LUI qui a demandé au décorateur d’ESB de faire Dagobah le plus sombre et poisseux possible). Et c’est sans aucun doute le deuxième homme le plus important de la saga après Lucas, et avant Kasdan.

Des affirmations qui sont reprises par Mad Movies (Rafik Djoumi). Selon eux, ESB le sommet incontesté de la saga, le plus adulte des épisodes, est beaucoup plus dû au producteur Gary Kurtz et au réalisateur Irvin Kershner qu’à Lucas, dégoûté de la réalisation, reclus dans son ranch de San Francisco et occupé à consolider les bases de Lucasfilm Ltd.
Après Empire, Lucas a viré Kurtz officiellement pour les dépassements de budget (il faut voir là l’exigence perfectionniste de Kurtz pour les scènes dramatiques), mais officieusement pour pouvoir faire tranquillement SON Retour du Jedi plein d’Ewoks et avec un beau happy end-feux d’artifices (cet auto-sabordage de Lucas tue dans l’oeuf le projet de 3e trilogie), là où Kurtz imaginait un Revenge of the Jedi beaucoup plus ambigu et doux-amer.

Le même Gary Kurtz qui, aujourd’hui, lorsqu’on lui demande ce qu’il pense de l’Episode One, répond avec embarras qu’il lui est difficile de donner un avis objectif, ayant à l’époque travaillé sur le sujet et envisagé une intrigue beaucoup plus mature, mais qu’il est tout de même triste de voir ce que sont devenus les Jedis, la Force, etc… et qu’il regrette que personne n’ose plus contester les choix de Lucas.
Ca fait mal. Et les mérites respectifs de Lucas et de Kurtz ne font plus guère de doute quand on compare ce que les deux hommes ont fait séparément avec Jim Henson au milieu des années 80 : avec Kurtz, ça donne le merveilleux Dark Crystal (dont la structure mythologique est similaire à Star Wars et les ambiances sombres très proches de Empire), avec Lucas, ça donne le nanar Labyrinth (et pourtant, je suis plutôt fan de la miss Jennifer Connelly).

L’interview de Gary Kurtz : http://www.filmthreat.com/Interviews.as … p&Id=8

Quand le journaliste, plus virulent à l’égard de Lucas, lui demande son avis sur l’Episode 1, Kurtz se dit gêné de répondre car il ne peut juger les films objectivement, ayant travaillé dessus à l’époque. Il reconnait que c’est un bon divertissement, que beaucoup de choses sont réussies (ce qui est très diplômate de sa part!), mais qu’il n’approuve pas les choix d’écriture de Lucas concernant la Force (laïcisée, matérialisée en taux sanguin « midichlorélémique », une Force devenue aussi magique qu’un taux d’insuline), les Jedis, Anakin…

Dans une autre interview, on peut y lire ce que Kurtz voulait faire du 3e opus SW (le 6e donc), un Revenge of the Jedi… encore plus sombre et mature. Avec la mort de Han Solo, Luke qui se casse vivre en ermite, et pas un poil de bisounours décérébrés pour rameuter les mômes…
Leia n’étant alors pas la soeur de Luke (c’est Lucas qui l’a imposé pour couper court aux ambiguités d’un triangle amoureux Luke/Leia/Solo).
ça peut laisser des regrets.

http://filmforce.ign.com/articles/376/376873p1.html (c’est en 4 pages)
http://filmforce.ign.com/articles/376/376873p4.html (page intéressante)

III. ROTJ, L’Edition Spéciale et la prélogie… le début de la Fin.

Lucas s’est félicité d’avoir réussi à rectifier le tir pour l’ep.VI (moins de têtes pensantes, plus de « yes-men »)… en 1983, ses proches collaborateurs ne cachaient déjà pas leurs doutes quant aux capacités de Lucas à réaliser un film… Lucas n’a jamais aimé travailler avec des acteurs, c’est bien connu, et c’est ce qui nous doit des « choses » comme Jar Jar… Il y avait d’ailleurs une blague avant L’Episode One qui circulait parmi les acteurs de l’ancienne trilogie susceptibles de jouer à nouveau dans la prélogie (Anthony Daniels, Kenny Baker, Ian McDiarmid…): c’était de se demander lesquels allaient être digitalisés!

Cette partie pourrait aussi s’intituler « Les purges Stalin… euh Lucassiennes ».

Kurtz viré, ce sera au tour de Lawrence Kasdan d’être remercié après ROTJ. Lucas ne s’est évidemment pas séparé de John Williams (musique) ni de Ben Burtt (sound designer), il a au moins eu le mérite de reconnaître ce qu’il leur devait – quoique Williams ait considérablement baissé de forme depuis lors (son meilleur score pour SW est justement… The Empire Strikes Back! un hasard ?), mais est-ce entièrement de sa faute de n’être que peu inspiré par la prélogie ? -.

Mais Georgy a quand même effectué des purges dans son équipe de départ, dont John Dykstra (génial responsable des effets visuels sur ANH). L’absence d’une plume de la trempe de Lawrence Kasdan pour la prélogie se fait également ressentir, de même que celle de Marcia Lucas, ex-femme de George et responsable du montage, qui, paraît-il avait un impact énorme sur la créativité de son mari.

Et puis que devient Ralph McQuarrie, à qui on doit une énorme partie de tout le visuel Star Wars? Il a disparu avec ses sublimes matte-paintings, remplacé par des designers qui nous pondent les paysages numérico-kitsch des Episodes 1 et 2 sur leur palette graphique…

Que sont devenus les victimes des purges?

Dykstra, Ralston, Edlund, Nicholson, Tippett… ont « quitté » ILM pour rejoindre une autre boîte à FX numériques Sony Imageworks à qui l’on doit les SFX sur « Starship Troopers », « Hollow Man », « Godzilla », « Spiderman ». Mais en fait Dykstra a bel et bien été viré par Lucas qui a le chic pour se brouiller avec les gens talentueux.

Lawrence Kasdan est devenu un scénariste reconnu: The Bill Chill (« les copains d’abord »), qui lui permet de retrouver William Hurt et de travailler avec Kevin Kline, un autre de ses fidèles, avec une nomination à l’Oscar du meilleur scénario original à la clé. En 1985, Lawrence Kasdan réalise un rêve d’enfant en tournant un western, Silverado, avant que The Accidental tourist en 1988 et surtout Grand Canyon, Ours d’or au Festival de Berlin 1992 et nommé à deux reprises aux Oscars, n’établissent sa réputation de cinéaste particulièrement attaché aux groupes humains, à leurs contradictions et leurs problèmes. En 1994, le metteur en scène retrouve le western pour Wyatt Earp, avant de se tourner vers la comédie romantique et de retravailler avec Kevin Kline dans French Kiss »un an plus tard. En 2002, Lawrence Kasdan s’essaye à un nouveau genre, la science-fiction, en adaptant le roman de Stephen King Dreamcatcher, (« l’attrape-rêves ») sur grand écran.

Gary Kurtz se lança dans le projet Dark Crystal (1982), dans lequel participe Frank Oz (Yoda), puis continuera une carrière de producteur seulement (Slipstream, the steal).

Irvin Kershner a gardé la dent dure contre Lucas. Il réalise never say never again (1983) James Bond assez parodique et 2nd degré, ou encore Robocop 2 (1990).
Il renie les rajouts de l’édition spéciale 1997, autant que les futurs à venir.

L’édition spéciale 1997, symptomatique de la tendance « révisionniste » du papy Lucas, verra le remplacement de Kazandjian (qui remplaçait Kurtz sur ROTJ) par Rick McCallum, et toute la nouvelle clique du tout-numérique. On leur doit l’abject « faux » tir de blaster de Greedo dans ANH 1997 qui tire en premier (!) tentant de justifier le tir sous la table de Solo par de la légitime défense (politiquement-correct quand tu nous tiens). Ou encore l’inbuvable entrée dans Mos-Eisley avec tous les rajouts immondes, ou bien la scène rajoutée de Solo/Hutt, les CGI ridicules sur Bespin… C’est simplement un avant-goût du traitement de la prélogie auquel on assiste.

Début du règne autocratique.

Bienvenue Doug Chiang (direction artistique), Jonathan Hales… et d’autres techniciens obéissants que Lucas a lui-même formés et qui lui doivent tout. Certes certains de ces techniciens ont du talent (Doug) mais ils sont formatés, tous prêts à endosser sans broncher leur rôle de larbins et à appliquer aveuglément les directives de Lucas qui est devenu le seul maître à bord. Il n’y a plus personne pour lui dire que le rendu est pitoyable. Le putsch a fonctionné, le vide décisionnel (et artistique) autour de lui est désormais réalisé, et en 1999 pour TPM, il n’y a plus que les fidèles parmis les fidèles (acquis à sa cause) autour de lui.

IV. Sources, liens et remerciements… pour en savoir plus:

– Merci aux commentaires d’Acarius Sarcopte et surtout du Colonel Vengence sur le forum d’allocine, dont je cite parfois mot pour mot et qui ont assimilé bon nombre d’anecdotes sur SW et sur la biographie de Lucas. Ils sont le gros du contenu du post.

– Merci à zeb, du forum DVDrama.

– Empire Building : The remarkable real life story of Star Wars de Gary Jenkins.

– articles de Mad Movies (Rafik Djoumi)

– Interview de Gary Kurtz (1) : http://www.filmthreat.com/Interviews.as … p&Id=8

– Interview de Gary Kurtz (2), en 4 pages : http://filmforce.ign.com/articles/376/376873p1.html

JaimzHatefield


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La démocratie nanarde au Moyen-Age

Cinéma, Citations — Article écrit par le 26 juin 2011 à 8 h 40 min

Le cinéma hollywoodien comme antidote nanar au choc des civilisations.

- Nul d’entre nous n’a pris cette ville aux musulmans. Nul musulman de la grande armée qui marche contre nous n’était né quand cette ville tomba. Nous nous battons pour un affront qu’aucun de nous n’a infligé, contre des gens qui n’étaient pas nés quand il fut infligé. Qu’est-ce que Jérusalem ? Vos lieux saints sont bâtis sur les ruines du temple juif que les romains ont abattus. Les musulmans ont bâtis leurs lieux de culte sur les vôtres. Qui a-t-il de plus sacré : le Mur, la Mosquée, le Sépulcre ? Qui est légitime ? Nul n’est légitime, tous sont légitimes.

[Aparté]
- Il ose blasphémer !
- Silence l’évêque !

Nous ne défendons pas cette ville pour protéger les pierres, mais le peuple qui vit à l’intérieur de ses murailles.

Kingdom of Heaven, La harangue finale de Bailan

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Sean Connery en slip rouge

Cinéma, Citations — Article écrit par le 23 juin 2011 à 10 h 24 min

Zardoz s’adresse à vous, son peuple élu. Vous avez été tirés de la brutalité pour tuer les brutes qui se multiplient, et sont innombrables. Et à cette fin, Zardoz votre dieu, vous a fait le don de l’arme. L’arme est le bien. [Les fidèles répètent en coeur : "L'arme est le bien."] Le pénis est le mal. Le pénis donne la semence, qui crée de nouvelles vies pour infester la terre d’un fléau humain. Comme aux temps jadis. Et l’arme elle donne la mort, pour purifier la terre de la souillure. Allez et tuez ! … Zardoz a parlé.

Pensée zardozienne – Préliminaires.

Zardoz sur Nanarland

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Il était une fois dans l’ouest

Cinéma, Vidéo — Article écrit par le 3 juin 2011 à 23 h 24 min

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http://conditoralmesiderum.blogspot.fr/

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Film noir

Cinéma — Article écrit par le 30 mars 2011 à 17 h 36 min

Aurez compris que comme pour les bouquins, pour le cinéma j’aime les films de genre (polar, horreur…). On va essayer de causer de ce genre qui donne le titre à notre article. Qu’est-ce qu’un film noir? On doit avoir autant de réponses que de types qui se posent la question… Alors j’y vais de ma définition et puis citer quelques films qui illustrent ma position.

Un film noir est au cinéma ce que la tragédie grecque (voire shakespearienne) est au théâtre, un protagoniste aux mains d’un destin qui se joue de lui. On va citer l’Anglais pour nous en convaincre.

« Des mouches aux mains d’enfants espiègles, voici ce que nous sommes pour les dieux ; ils nous tuent pour s’amuser »

Shakespeare, Le Roi Lear.

Voilà, c’est aussi simple que cela le film noir, pas plus, pas moins. Pas besoin de thèses de trois cents pages pour s’en convaincre. Définition hautement restrictive, évidemment, donc exigeante. Ainsi two lovers de James Gray est-il un film noir (bien que l’on parle d’une histoire d’amour) quand aucun des opus de Taratino n’en est un, de film noir (Reservoir Dogs à la limite). Plus étonnant, aucun film mettant en scène des flics ou des privés menant une enquête n’est un film noir à quelques exceptions près. Ce sont des films policiers.

Quelques films noirs plus ou moins récents que j’ai aimés:

  • Sur mes lèvres, J. Audiard,
  • La nuit nous appartient, J. Gray.
  • L’armée des ombres, J.P. Melville,
  • Emprise, B. Paxton,

Tout cet article pour parler d’un film, qui a dû passer relativement inaperçu…et qui pourtant m’a marqué. Je parle d’Emprise de Bill Paxton. Voilà mon petit conseil cinéma. Pour vous convaincre de voir ce film, je vous ai sélectionné quelques critiques de nos médias préférés:


La boxe au cinéma

Cinéma — Article écrit par le 15 février 2011 à 21 h 15 min

Quand j’écris cinéma, il faut bien entendu lire cinéma américain…Je crois qu’il y a eu quelques tentatives en France, toutes absolument merdiques.On peut éventuellement distinguer Rocco et ses frères, dans lequel la boxe est à l’arrière-plan.

Les films américains traitant de ce sport sont assez nombreux et de qualité diverse. Les Rocky sont inégaux. Je n’ai pas trop aimé Million Dollar Baby, mais bon passons.

Le chef d’oeuvre du genre est Raging Bull.

Pourquoi ce sport est-il si bien montré par les Américains? Parce qu’il est fondamentalement dans leur culture. La boxe c’est le sport ultime. C’est le plus dur, physiquement en tout cas. Et puis c’est aussi et surtout une école de la vie. Contrairement à ce que l’on pense, c’est un sport très technique, qui demande une énorme préparation. Un boxeur professionnel combat rarement plus de 3-4 fois l’an. C’est le dépassement de soi, c’est le travail continu. C’est la répétition de gestes simples. Sauter à la corde trois minutes, une minute de pause. Fracasser ses mains sur un sac de sable trois minutes et puis une minute de pause. C’est aussi le sport, au niveau professionnel de ceux qui sortent de la rue. Le plus grand boxeur actuel, Mannie Pacquiao, sort des bidonvilles de Manille. Tyson sortait du Bronx…mais c’est aussi le sport dont la trajectoire de ses adeptes est la plus dramatique. Ils finissent quasiment tous gâteux. C’est enfin le sport ultime car il met son pratiquant face à la dureté de la vie, le bonhomme face à son destin, et il en a conscience. Ça ne peut être qu’un film de genre américain car les États-Unis ont encore conscience de leur destin, de l’adversité à venir…quand la France et l’Europe n’ont plus de destin et ne veulent pas se confronter à leur adversité. La fiction qu’un pays produit, quelque soit sa forme (film, romans, série TV..) en dit plus long sur l’inconscient du pays que tous les discours des hommes politiques.

Cette idée d’article m’est venue lorsque j’ai vu au cinéma le film The Fighter. Ça parle d’un type d’origine irlandaise, proche de sa famille, qui construit des routes dans son patelin et comment il va devenir champion du monde. C’est tiré de l’histoire de Micky Ward. Un boxeur un peu besogneux qui enchaine combat miteux sur combat miteux et décide de tout remettre en cause pour progresser. Malgré son âge, il repart de zéro et atteint son rêve. C’est une très belle histoire. C’est très américain dans son déroulé et ça vaut le coup…La première fois que j’ai entendu parler de MIcky Ward, c’était à l’occasion de ses trois combats contre Arturo Gatti, un Canadien d’origine italienne…Un combat de légende entre un deux américains d’origine irlandaise et italienne, il devrait y avoir des choses à dire…On apprend qu’à la suite de ces combats, le type qui goudronnait des routes a gagné plusieurs millions de dollars, et on est content pour lui… le match n’est pas mis en image dans le film ( juste appréciation du réalisateur). Sur ce coup-là la réalité explose la fiction…

So enjoy…

Quand tu vois ce round, tu te dis que la boxe est un sport typiquement américain, car la boxe c’est l’art du boulot bien fait.

So enjoy


Harry Brown contre les journalistes

Cinéma — Article écrit par le 13 février 2011 à 22 h 21 min

Que reste-t-il quand tout a disparu ? Voilà une question que ne risquent pas de se poser les lamentables critiques qui ont déposé leurs « papiers » sur le chef d’œuvre « Harry Brown » de Daniel Barber. « Nauséabond », « rance », « vomitif », « nauséeux », « outrancier », et j’en passe. Que l’on ne s’y trompe pas, les critiques positives, enthousiastes, existent également. Le point commun étant qu’ils affirment tous que la « face sociale » a été évacuée. C’est évidemment faux (mais ils ne risquent pas de l’admettre, étant donné que c’est bien l’absence de ce service public qu’est la sécurité qui pousse Harry à mener son expédition, eux si prompts à réclamer cet alibi pour les exactions des criminels). Mais ce n’est pas le problème.

Voilà le problème : alors que l’intégralité des médias se consacre exclusivement, jour et nuit, à ne produire que du discours moral, social, positif, progressiste, tolérant, compréhensif, s’indignant du manque d’indignation pacifiste, ils n’ont pas compris que le sujet de ce film, c’est eux. Non pas tant les médias, ou leurs rouages les journalistes, que le discours du Bien -auquel ils sont désormais identifiés et qui interdit qu’on les distingue les uns des autres- qu’ils propagent (1). Eux qui voient des victimes partout et s’offusquent qu’un tel film manque de nuances !

N’ayant pas compris qu’une civilisation n’existe que par la coexistence du Bien et du Mal, et les valeurs qui s’en dégagent, ils ne risquent pas de saisir que la violence nihiliste dite des banlieues n’est que la compensation de ce discours lisse et onirique d’un monde privé du péché originel et de tout ce qu’il suppose dans la construction d’un individu. En quoi un individu peut-il se distinguer de la massification d’un tel discours, appelé à juste titre discours unique ? Rien. Je veux dire par là rien en propre. Et lorsqu’un individu est privé de cette capacité à distinguer le bien du mal, il ne peut plus que faire appel au nombre pour identifier quelque chose, ce nombre étant incarné par les médias, c’est à dire l’écran. L’image. La télévision. Et qu’est-ce qu’il y trouve ? Le discours du Bien (2).

Absolument aucune des critiques que j’ai lues n’a relevé les cinq premières minutes de ce film, cette limpide scène d’ouverture. Deux délinquants à moto se filment avec un téléphone portable en train de tirer sur une mère qui promène une poussette. Plus tard, l’intrigue ne progresse que parce qu’un autre criminel a filmé un autre crime de la même façon. Un vieux lieutenant d’une misérable maffia locale en fait d’ailleurs le reproche à une de ces jeunes recrues. Le réalisateur ne fait là, par ces « détails » que relever ce qui distingue radicalement la criminalité d’autrefois de celle qui s’installe. Et donc de l’unique repère de ces jeunes (et de tout le monde). Point, justement, de social, d’économique, de déterminisme, de rousseauisme dégénéré. Il n’y a d’ailleurs, malgré le périple sanglant d’Harry Brown, aucunement l’idée qu’il n’apporte par l’autodéfense une quelconque solution pérenne. La paix est installée, mais on s’en doute, provisoirement. D’ailleurs, vers la fin, la conférence de presse, mensongère, rassurante, morale, tout en Bien solutionnant, s’entend alors que la caméra s’attarde sur des plans larges de la cité. Le discours onirique recouvre là encore le réel. Tout peut recommencer.

Une autre scène met la puce à l’oreille : le dealer qui se filme en train de baiser une junky, et ne semble trouver de la satisfaction qu’à se repasser les images sur sa télé. Il est loin, on le sait, d’être le seul à s’adonner à ce genre de pratique. La destruction de la distinction-dans tous les domaines- des hommes et des femmes ayant été opéré, leur coït ne produit plus le moindre plaisir, seul réside, comme preuve que quelque chose a eu lieu, l’image filmée puis projetée. le seul repère. C’est vrai puisque ça passe à la télé. La jouissance, la seule qui reste, est de faire passer sur un écran ce qui ne passe pas à la télé du Bien. Un événement immoral réel filmé. C’est le seul tabou encore valide. Alors on va créer du mal dans le seul but de le filmer et de le regarder via l’écran. La violence dite gratuite n’a pour but que ce viol de l’écran-discours du Bien.(3)

D’ailleurs, lorsque la télé lâche par mégarde un peu de ce réel entaché de mal, on s’en offusque. De la diffusion, pas du mal. Comme on a pu le voir cette semaine avec cette séquence la guerre en Irak dans un JT, dans laquelle un sergent de l’armée américaine perd ses jambes en sautant sur une mine. Courriers de téléspectateurs : il ne faut pas diffuser ça. La guerre, on est contre. Mais pas parce que c’est mal, parce que c’est réel et que ça peut être diffusé.

Je ne cherche nullement ici à excuser les petits caïds. Pour moi ce sont des merdes. Seulement voilà, la solution aux problèmes, si solution il y a, ne peut être entièrement contenue dans l’autodéfense, l’arrêt de l’immigration, la critique de l’Islam, la justice efficace ou la relance économique. C’est que les causes de ces maux sont à chercher de l’autre côté. Du côté de ce qu’est devenu le Bien. Ce Bien là est un nihilisme. Les critiques cinéma de gauche (pléonasme) peuvent bien réclamer du social, faire comme si tout le discours n’était pas déjà entièrement et totalement social, maternant, engagé, massifié, tolérant et maboul, ils sont l’incarnation de cet onirisme du Bien, ils sont la cause et la garantie, eux et leurs clones, de la perpétuation de ces crapules, leurs cousins en nihilisme.

Ils ne s’y sont pas trompés en voyant dans Harry Brown leur pire cauchemar.

(1) tout ceci est bien évidemment compris dans les thèses de Muray et de Baudrillard, dont les mauvais lecteurs refusent de faire le lien entre Paris-Plage (la déréalisation consentie comme victoire du Bien onirique) et les tournantes. Filmées, les tournantes.
(2) que ceux qui voient dans ce texte une volonté de faire de la télé une bonne télé me relisent : c’est exactement le contraire; de toute façon, la télé est déjà en train de crever d’elle-même, c’est bien, mais ça traine
(3) Les victimes, ainsi, aux yeux de leurs bourreaux, ne sont que des seconds rôles, voire des pitch, comme on dit, des opportunités de scènes, et plus elles sont effectivement faibles, ou déclarées telles par le discours du Bien, plus elles sont recherchées. Les racailles de chez nous déclarant d’ailleurs clairement qu’ils lynchent quelqu’un parce que « c’était une victime ».

NB : on complètera le visionnage d’Harry Brown par celui d’ « A very british gangster », sur le pathétique Dominic Noonan et ses mignons, dont le rêve n’est pas d’être un criminel, mais un criminel filmé, exactement comme cet autre braqueur franco-arabe qui a pondu un livre, et dont le rêve lamentable, par delà ses saccages, n’était que de rencontrer son mentor : Michael Mann, ou quand le réel recherche là encore l’adoubement par la fiction, une espèce de recherche en paternité virtuelle, autre signe des temps, tout autant symbolique…

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