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Articles de la catégorie 'Chronique Judiciaire'

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J’ai vu une super nouvelle émission de télé-réalité, racoleuse comme une émission sur la retape, ça s’appelait “L’île de la télévision“. Tout un tas de journalistes, psy, philosophes, sociologues, présentateurs télés, volontaires acceptaient de débattre d’un jeu bidon où personne ne meurt ni ne souffre (si ce n’est le téléspectateur lui-même devant tant de bouillie). Le but : éliminer les émissions de télé pas du tout propres sur elles, complètement immorales, qui flattent les plus bas instincts et ôtent au sujet téléspectateur l’envie de zapper pendant la pub ! Ah, ils n’y sont pas allé de main morte, les salauds ! Ça dégoulinait de morale, de remise en question, de débats sociologiques ineptes avec tout l’arsenal des mots-clés du totalitarisme virtuel à dénoncer. La pudeur étalée sans tabous. Pour des programmes sains sur un écran plat : ils y sont allé à fond ! A commencer par la gueule de croque-mort exaspéré du concepteur Christophe Nick : impossible d’échapper à ses beaux yeux de merlan fris dans l’huile du Bien sauce citron vert. Et puis, tous ces vrais gens du vrai peuple, ces héros d’une heure et ces bourreaux de dix minutes : l’Histoire en marche ! Il fallait les voir, se faire leur auto-analyse, ces petits Eichmann de plateau télé, les voir pleurer ces Primo-Lévy déconfis du toc filmé : “tout est normal, tout est normal !” qu’on leur disait, “vous êtes de banals salauds” ” des rebelles ordinaires !”. Rassurez-vous ce n’est que de la télé qui fait se rêve en camp d’extermination potentiel ! Les nazis ?  La télé des femmesàpoil, des adultères, des complots de mauvais gout, des intrigues de caniveaux, des ados débiles et des japonais maso ! Au tri séléctif, la télé-poubelle !  Ah ! Ces injonctions à la désobéissance de la zapette, première étape de la désaliénation totale de nos vies carcérales de l’enfance jusqu’à la mort. Brûle ta mauvaise télé, citoyen ! Fais-toi lipposucer le cerveau disponible grâce au service public, débarrasse toi de tes mauvais neurones, ceux qui ne pensent pas tout le temps et à tout moment devant la plus débiles des émissions ” c’est est trop! ” ” Hannah Arendt, protège nous du Paf ! ” “Vade Retro Talk-Show! ” jusqu’à la convulsion épileptique. On a électrocuté comme ça  Milgram tout du long jusqu’à sentir la bonne odeur de grillé dans les salons, jouissif ! Ils se sont donné du mal, ils ont mouillé le maillot, c’est bien simple : tout y est passé. Injonction à la désobéissance, obligation à la rébellion, sommation à la remise en question. C’était bien confus, bien bordélique, un beau foutoir ma parole. A un moment j’ai cru que les potentats de la morale allaient l’emporter sur les apparatchiks de la vertu, quel suspens ! Et les outsiders du bon goût, pas en reste, n’ont laissé aucun répit aux commandos de la responsabilisation citoyenne. Ah c’est sûr, ils ont dû faire péter l’audience, c’était obligé : la condamnation du trash  à grand coup de musique lourdingue, de trucage en carton-pâte, de sociologues à barbe et d’animateurs engagés c’est le seul exhibitionnisme autorisé, ça flatte le téléspectateur dans le sens du tuner TNT à mort : directement impliqué. Il allait regarder la télé autrement maintenant, c’est sûr. Dorénavant il sait où il met les pieds, des fois qu’il confonde la bonne et la mauvaise télé, cet irresponsable, ce criminel : c’est terminé, il va falloir se justifier maintenant, il ne peut plus s’en tirer impunément, il a intérêt à se cacher s’il va regarder sous les jupes de la télé-réalité, ou à secouer la tête devant son écran, pour le moins. On lui a appris à dire non à tous ces vices ! Il a en mémoire les mauvais cris d’un acteur ringard qui simule l’électrocution, un vrai traumatisme, on le lui a dit : on est pas loin des chambres à gaz ! S’il faisait encore la distinction, c’est heureusement révolu. S’il hésite encore, on l’obligera à regarder l’intégrale d’Arrêt sur Image, fera moins l’innocent, après ça !

Bon, mais au final, je ne sais plus trop qui a gagné le jeu. Je crois que c’est la bonne télé. Comment ça, vous ne voyez pas la différence ? Faites attention ! On a vos IP,  je l’ai entendu : Internet, c’est bien pire ! Vous êtes prévenus. Feriez mieux d’allumer la télévision. Et la bonne.



Zemmour sur petain

Via CGB

Assassination of prices


Bravo pigeon !

cliic

J’aime les fêtes foraines. Enfin. Une fois par an disons. J’y rencontre une population que je ne croise jamais autrement. Un peu comme à la fête de l’huma en quelque sorte. Mais sans les dinosaures communistes. Et puis il y a l’odeur du graillon, les adolescentes qui se font trousser en gloussant par leurs camarades vêtus de seyants joggings et les barba-papas.

Sans oublier les stands où des Iphone et autres gadgets électroniques sont accrochés à des fils. Les joueurs doivent tirer à la carabine sur ce fil pour le rompre et ainsi remporter le lot. Pour cela il faut acheter les plombs.

C’est un peu ça l’esprit forain.

Jouer et gagner son argent sur l’avidité, l’envie et cette incroyable fièvre de la bonne affaire si répandue dans les classes populaires.

Mais puisque les forains en sont issus et s’accoutrent comme eux, je présume qu’on ne peut rien dire.

Parfois, je vois en l’espace de deux heures les mêmes types, accrochés à leur fusil à plomb, en train de tirer sur le même fil. Autant dire que le côté jeu n’a ici rien à faire. Non, il s’agit bel et bien de faire des affaires.

Malheureusement ces gens n’ont pas toujours une fête foraine ou un casino à proximité de chez eux.

C’est pourquoi des sociétés de petits filous (filou dans le sens d’espiègle bien sûr) viennent à leur rescousse et s’engagent à leur prendre leur argent directement de chez eux. Même plus besoin d’enfiler un jogging, monsieur peut rester en caleçon ou en pyjama. Il existe la version anglaise et, depuis peu, la version française (le principe restant exactement le même) sur laquelle je vous propose de nous arrêter un instant.

Bienvenue chez Cliic, un espace de jeu ludique ou « plaisir de jouer » se conjugue avec « bonnes affaires ». Totalement novatrice, la plateforme de jeu Cliic.com est construite autour du principe des enchères au centime chronométrées.

Cet espace constitue le point de départ d’une nouvelle aventure au cœur de la révolution “instant web” qui procure des sensations de jeu live tout en permettant d’acheter des produits high-tech à très bas prix. Notre ambition : vous apporter tous les jours des offres exclusives depuis la France dans un environnement totalement sécurisé.

Ah, c’est beau. C’est écrit avec talent. Ça donne envie. L’espace-point-de-départ ! Une nouvelle aventure novatrice d’une idée piquée à l’étranger ! Qui vous donne des sensations de jeu ! Et en plus on peut acheter des produits high-tech à très bas prix ! Si ce n’est pas gentil ça. Le plaisir de faire des enchères et, en plus, le plaisir de pouvoir les remporter. Merveilleux.

Et puis sécurisé hein. Ce n’est pas comme la foire du Trône. Pas de risque de finir écrabouillé sur une attraction par la grâce d’une bande de jeune.

Cliic est une société française à responsabilité limitée (SARL) fondée par trois jeunes entrepreneurs Pierre-Yves Banaszak, Gautier Andriès, Damien Devisme et leurs associés Vincent Bouton et l’association de business angels Paris Business Angels qui apporte son soutien dans cette création d’entreprise.

Trois jeunes entrepreneurs qui viennent de sortir, cela ne s’invente pas, d’une école de multimédia du Nord de la France qui se nomme HETIC. Et qui propose donc un site très simple,

* Cliic met quotidiennement en jeu des produits neufs au prix de départ de 0,00 €
* Jouez en enchérissant sur les produits de votre choix à l’aide des crédits (Cliics) offerts ou achetés. Un Cliic correspond à une mise
* Chaque fois que vous enchérissez sur un produit, un compte à rebours de 2 minutes se déclenche et le prix du produit augmente de 0,01 €
* Si personne ne prend la main avant la fin du compte à rebours, le dernier enchérisseur gagne le droit d’acheter le produit au prix affiché

Combien coûtent les clics ? De 1,49€ à 0,77€ si vous achetez pour presque 400€ de clics.

Bien. Maintenant regardons ce que cela donne.

Actuellement, un portable Acer d’une valeur de 383€ atteint un niveau d’enchère de 45,88€. C’est à dire qu’il y a eu actuellement 4588 enchères -ou clics- effectuées sur le produit. Ce qui, avec un prix moyen du clic d’un euro disons, a rapporté à l’entreprise 4588€. Plus les 45,88€ euros bien sûr. N’oublions pas qu’il s’agit d’enchères…

Voilà ce qui s’appelle faire des affaires pour cliic.com.

Dans un reportage sur France 3, pour le moins complaisant, on apprend que le vainqueur investit en moyenne 20% du prix réel de l’objet qu’il remporte. Admettons. L’autre donnée intéressante, mais qu’on a oublié de nous communiquer, c’est le temps moyen passé sur le site pour remporter une enchère. Si on revient à notre portable, en sachant qu’on ajoute deux minutes par enchères, cela donne plus de six jours -et je considère que le site fonctionne 24h/24, ce qu’il ne fait pas.

Cela reste à confirmer bien entendu. Et je suis sûr que les très transparents dirigeants de cliic.com se feront un plaisir de communiquer bientôt sur cet aspect des choses.

Comme sur la fameuse “phase de vérification” dont il reste encore à expliquer aux joueurs l’utilité informatique.

On pourrait se dire que France 3, la Voix du Nord et surtout l’État devraient avoir la volonté au pire d’avertir le consommateur et le mettre en garde, au mieux d’enquêter un peu sur cette pratique. Mais non. D’une part parce que les journalistes ont du mépris pour le peuple. Ils n’iront jamais jouer sur ce site. Et si des gogos s’y pressent, ma foi, tant pis pour eux. Quant à l’État, il considère sans doute qu’il vaut mieux que le petit peuple reste toute la journée devant son ordinateur pour espérer acheter un micro-onde pas cher que de le voir dans la rue se révolter contre ses conditions de vie. Ainsi, on apprend que ces cites sont, je cite, “tolérées par la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes)”. Tolérées. Chacun comprend bien ce que cela veut dire.

Merveilleux système qui permet de vendre la paix sociale plutôt que de l’acheter.

Délire, stade terminal

Les députés français doivent approuver ce jeudi à l’unanimité une proposition de loi destinée à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes, avec notamment la création d’un délit de “violence psychologique”.

Cette innovation, dans un code pénal qui réprime déjà violences, menaces et autres faits concrets, suscite de vives critiques dans la magistrature, où l’on craint des problèmes de définition et de preuve. La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie soutient pourtant cette disposition.

Le délit de violence psychologique est défini par “des actes répétés, qui peuvent être constitués de paroles et/ou d’autres agissements, d’une dégradation des conditions de vie entraînant une altération de la santé physique ou mentale”.

La peine maximale encourue est de trois ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende.

Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la Famille, a défendu la disposition sur I>Télé.

“Le juge pourra statuer au regard de lettres, de SMS, de messages répétitifs puisqu’on sait très bien que les violences psychologiques sont faites d’insultes”, a-t-elle dit.

On pourra aussi avoir recours aux témoignages des proches et à des certificats médicaux démontrant l’existence de dépressions nerveuses, par exemple, a-t-elle estimé.

Dans le domaine pénalophile, si ça peut arriver, ça va arriver.

Les députés français doivent approuver ce jeudi à l’unanimité une proposition de loi destinée à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes, avec notamment la création d’un délit de “violence psychologique”.

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(…)

Ces phénomènes londoniens se manifestent aussi sur d’autres plans : un homme, un professeur, est entouré dans la rue par une quinzaine de petits voyous, tels de jeunes ss, entre quatorze et seize ans, qui l’insultent, lui crachent à la figure, urinent sur ses chaussures. A l’église pendant la nuit de Noël, ou au temple, une autre va faire ses besoins au pied ou sur les objets du culte. La désacralisation est envisageable, bien entendu. Les démystifications et démythifications peuvent aussi être pensées. C’est à débattre, comme on dit, et les profanations sont une tendance très profonde de la nature humaine dont tous les psychologues nous ont parlé. Comme à peu près partout à Londres les étudiants gueulent dans les universités. Mais alors pourquoi accepter, sans discernement les nouveaux testaments rouges, très rudimentaires, et pourquoi, si l’on exècre les rituels, se rendre aux cérémonies maoïstes avec la plus grande obéissance, sans le moindre esprit critique, en se levant rituellement et cérémonieusement pour saluer, chaque fois qu’il est prononcé, le nom du père monstrueux et tyran, alors qu’on abhorre les pères débonnaires ? Parce qu’ils sont débonnaires, justement. Parce que c’est la terreur que veulent inconsciemment ces gens, une terreur qu’ils veulent exercer mais qu’ils veulent aussi qu’on leur fasse subir, car on est masochiste.

(…)

Le Figaro littéraire, 1969

(…)

Les millionnaires de gauche font semblant de s’apitoyer sur les pauvres des pays occidentaux et parlent des pauvres seulement pour attaquer le gouvernement. Les pauvres ne les intéressent que dans la mesure où on peut se réclamer d’eux en politique. Je pense au visage large et mou du chef de l’opposition socialise en France. Il s’en fiche des malheureux et des réprouvés et des emprisonnés et des opprimés qui vivent dans les pays socialistes, il n’a pas à s’encombrer de cela. Il n’en a pas besoin pour sa propagande, au contraire, ça lui nuirait.
(…)

Des penseurs prônent aujourd’hui le déclenchement des désirs, c’est la fête que l’on veut, la fête des désirs, quelle fête ? Comme fête collective de ce genre, je ne vois que le carnaval de saucisse et de bière qui a lieu tous les ans à Cologne, par exemple, et qui se dissipe le matin en laissant quelques cadavres sur les trottoirs.
Cette fête ou ces fêtes ne sont que désir de détruire. Les nazis parlaient de leurs fêtes. Au Mexique tous les chants sont tristes, sauf les chants révolutionnaires, révolutionnaires de n’importe quoi, contre n’importe quoi, gaieté de tuer.

(…)

Et pendant tout ce temps, les écrivains écrivent, moi-même j’écris. Romans d’amour, romans “philosophiques”, bricolages formalistes du nouveau roman, misère et honte que tout cela. (…)Il y a quelques temps, je rencontrai une des nouveaux romanciers du nouveau roman. Soljénitsyne venait de recevoir le prix Nobel. Au point de vue “moral”, me dit le bricoleur littéraire du nouveau roman, on a peut-être bien fait de donner le prix Nobel à Soljénitsyne, mais, me dit-il encore en souriant avec fatuité : ” Au point de vue littéraire, Soljénitsyne, ce n’est pas grand chose. ” Je ne lui répondis pas. Mais toute l’expression de son visage exprimait cette pensée : “C’est moi qui mériterais le prix parce que je suis plus grand que Soljénitsyne en littérature.” Le romancier du nouveau roman s’éloigna sans se rendre compte évidemment que tout ce qu’il écrivait c’était de la m…, mais ne soyons pas grossiers.
(…)

Le Figaro littéraire, 1972

(…)

Vous savez, je n’aurais guère pu le recevoir ailleurs [le prix de Jérusalem, ndIS]. Dans quel pays m’aurait-on distingué pour une valeur aussi “désuète” que celle de liberté ? C’est beau qu’Israël s’attache à défendre cette idée, que l’on retrouvera, peut-être, à nouveau, un jour, en Europe. (…)
Bien sûr qu’il y a des affinité entre les humoristes de langue yiddish et ce que j’écris. (… Finalement, il s’agit bien d’un même contexte géographique, mais aussi d’un même bain culturel. (…)

C’est [Le Dibbuk, nd IS] un chef d’œuvre du théâtre mondial; il y a là des scènes d’exorcisme qui sont du théâtre pur, car le théâtre, en grande partie, c’est l’exorcisme, comme on le voit très clairement dans les Nô japonais, ou dans la tragédie grecque classique, purgation des passions, comme dit notre maître Aristote.

Interview accordée à Régina Rittel, L’Arche, 1973

(…)

Nous savions également pour en revenir au Chili, que depuis deux ou trois ans, ça n’allait pas économiquement, c’était la déroute : ménagères en révolte allant jusqu’à prier les soldats de renverser le gouvernement d’Allende, transporteurs et camionneurs en grève, paysans et une grande partie des ouvriers mécontents, etc.
Tout cela est oublié. Ce n’est plus la faute de la faillite économique, ce n’est plus le mécontentement général ou majoritaire de la population qui a provoqué la chute du régime. On a oublié. Maintenant c’est la faute de la réaction et des Américains, nous dit-on. C’est ainsi que l’on écrit l’histoire, selon la formule.

Le Figaro, Septembre 1973

Extraits de textes d’Eugène Ionesco, tiré du recueil  “Antidotes”, Gallimard, 1977

…Et je n’en suis qu’à la page 71 sur 350 et j’en passe et des meilleurs…

Une tronche de dérapage

Je hais de plus en plus le mot de “dérapage”. D’autant qu’il devient atrocement à la mode. A la moindre déclaration en dehors de clous particulièrement mouvants et s’enfonçant dans le sol ou se redressant de manière ciblée, il faut désormais parler de “dérapage”.

“Dérapage”.

Le dernier en date, c’est bien entendu celui de Georges Frêche. Il m’a fallu plusieurs articles pour comprendre que son “dérapage” tenait à cette déclaration bouleversante à l’égard de Laurent Fabius : “Voter pour ce mec en Haute-Normandie me poserait un problème, il a une tronche pas catholique”.

Et d’entendre immédiatement parler de “dérapage” donc, et d’un Georges Frêche qui serait un “Le Pen de gauche”. Quant à dire que Laurent Fabius n’a pas une tronche catholique, demandez donc aux caricaturistes de vous demander ce qu’ils en pensent et comment ils le dessinent depuis trois décennies.

Sur Laurent Fabius, puisque il faut bien désormais s’intéresser à sa religion grâce à ses amis et défenseurs, il est noté qu’il est

Issu d’une famille juive, Laurent Fabius a été élevé dans la religion catholique. Il se définit aujourd’hui comme “agnostique” et “laïque dans l’âme”, tout en reconnaissant: “L’opinion me considère comme juif [...]. Dès lors, je laisse dire, j’assume et même je revendique.” (Les Blessures de la vérité, éd. Flammarion, p. 13).

Bref, le Laurent Fabius qu’on connait dans sa vie publique, retournant sa veste, se contredisant du jour au lendemain, cet opportuniste fini donc, est strictement le même dans sa vie privée. On peut imaginer que selon son interlocuteur et selon les circonstances, il sera catholique, juif ou agnostique. Cela offre, étrangement, une cohérence d’ensemble au personnage. Et cela renforce, après tout, les propos de Georges Frêche dans leur dimension, comme il le dit lui-même, “d’expression populaire utilisée par tous les Français depuis des siècles”.

Dans l’un de ces articles compulsés par des journalistes gardiens de chèvre, il est donné la liste exhaustive des “dérapages” de Georges Frêche. Dont sa célèbre mais incomprise (car tronquée) sortie sur l’équipe de France :

- Septembre 2009 : “Les Allemands ont fait deux millions de prisonniers partis en villégiature s’occuper des Gretchen, pendant que leurs maris étaient en peine sur le front russe”. Une plainte pour “apologie de crime de guerre” est déposée.

- Juillet 2009 : Lors de l’inauguration d’un tronçon d’autoroute dans l’Hérault, il critique ouvertement le préfet Claude Baland et un député. “Vous ne servez à rien”, “vous n’amenez rien d’autre que votre incompétence”.

- Janvier 2008 : “A l’heure où je finalise un accord décisif avec le gouvernement pour obtenir la ligne à grande vitesse entre Montpellier et Perpignan, on préfère disserter sur une statue de Lénine… Voilà bien, une nouvelle fois, un signe de notre temps où le futile l’emporte sur l’utile”.

- Novembre 2006 : “Dans cette équipe (de football, ndlr), il y a neuf blacks sur onze. La normalité serait qu’il y en ait trois ou quatre (…). S’il y en a autant, c’est parce que les blancs sont nuls (…). Bientôt, il y aura onze blacks. Quand je vois certaines équipes de foot, ça me fait de la peine”.

- Juin 2006 : Il compare sa ville à un “poste avancé de Tsahal”, l’armée israélienne (en référence à la présence d’artistes de ce pays au festival Montpellier Danse). Un membre régional du Conseil représentatif des institutions juives commente : “c’est tout simplement du Georges Frêche et il faut le prendre avec le sourire”.

- Février 2006 : “Vous êtes allés avec les gaullistes (…). Ils ont massacré les vôtres en Algérie et encore, vous allez leur lécher les bottes! (…) Vous êtes des sous-hommes, vous n’avez aucun honneur!” (s’en prenant à des harkis). Georges Frêche a été relaxé le 13 septembre 2008 par la cour d’appel de Montpellier.

- Novembre 2005 : Il qualifie de “gugusses” les parlementaires socialistes ayant proposé l’abrogation de l’article de loi sur les rapatriés et les harkis. En plein conseil régional, il entonne le chant colonial: “c’est nous les Africains qui revenons de loin”.

- Novembre 2005 : “Je me demande si ce ne sont pas les flics qui, comme en mai 1968, mettent le feu aux bagnoles” (lors de l’inauguration d’une mosquée). Georges Frêche comparaîtra le 22 février pour ces propos sur le rôle de la police lors des violences urbaines de l’automne 2005.

- Avril 2005 : “J’espère qu’il sera meilleur que l’autre abruti (ndlr: Jean-Paul II). Celui-là, on le jugera sur le mariage des prêtres et la capote” (après l’élection du nouveau pape Benoit XVI).

- Février 2005 : Nicolas Sarkozy ? Un “grand mamamouchi aux talons compensés, Il périra par sa Marie-Antoinette.”

- Juin 2000 : “Ne vous inquiétez pas pour la dame, elle n’a que les oreillons et on lui tient les oreilles au chaud” (à propos d’une femme en tchador, lors de l’inauguration du tramway de Montpellier. “Ici, c’est le tunnel le plus long du monde: vous entrez en France et vous sortez à Ouarzazate”.

Bien entendu, des propos tout aussi virulents que ceux-ci (le terrible “gugusse” par exemple…) sont rapportés chaque semaine par le Canard Enchaîné et placés dans la bouche de personnalités en vue de droite comme de gauche, mais il y a néanmoins, il faut l’avouer, une différence. Georges Frêche, lui, n’hésite manifestement pas à dire les choses en public et yeux dans les yeux avec celui qu’il fustige. C’est, en effet, une grande différence.

“Déraper”, aujourd’hui, est synonyme dire ce qu’on pense vraiment, sans fioritures, et publiquement.

Plus encore, tout le monde accuse de “dérapage” Georges Frêche pour ne pas dire ce qu’on lui reproche vraiment. Le terme de “dérapage” semblant également suffire pour jeter l’opprobre sur quelqu’un sans avoir à préciser ce qui nous choque. C’est bien entendu nauséabond, insupportable, mais il ne faut surtout pas en dire plus. Cela a juste une mauvaise odeur. Et ce genre de propos qui ont une mauvaise odeur produisent un bruit insupportable (si ce n’est une petite musique qu’on qualifiera alors d’habituelle).

Encore un peu et on croirait volontiers qu’ils parlent des noirs selon Jacques Chirac.

Ainsi dit-on que les propos sont indignes pour ne pas avoir à dire qu’ils seraient antisémites.

Bien.

Je ne suis pas partisan de condamner les mots. Il y a un droit inaliénable au “dérapage” verbal. C’est ce qu’on appelle la liberté d’expression. Je préfère donc condamner les actes. Georges Frêche, durant l’exercice de ses innombrables mandats, a-t-il commis le moindre acte, la moindre décision, qui aurait pu être considéré comme antisémite ou hostile aux juifs ? Je ne le sais pas, mais, aujourd’hui, rien ne le dit. Par exemple, après ou avant ses propos de 2006 sur le poste avancé de Tsahal, est-ce que le festival Montpellier Danse s’est vu retirer des subventions, retirer une salle, subir des tracasseries administratives, ou être menacé de tout cela ? On ne le sait pas non plus, mais rien ne l’indique encore une fois.

Et c’est bien, je suis bien désolé de le dire, ce qui compte.

L’autre soir, dans un bistrot, j’entends un homme se plaindre des juifs, dire qu’ils n’avaient peut-être pas totalement immérité ce qui était arrivé pendant la seconde guerre mondiale, qu’il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. L’auteur de ces propos ? Un petit blanc entre 35 et 40 ans. Au chômage. Au visage déjà éprouvé. Réservé. Sans un mot plus haut que l’autre. Obstiné. Amateur de complots.

Forcément, il s’est trouvé deux ou trois abrutis trop heureux de jouer aux résistants. Capables, sans rire, de lui demander s’il niait la Shoah… Dont le niveau intellectuel n’était pas plus haut que notre petit blanc mais dont les yeux pétillaient d’excitation et de l’odeur du sang.

Enfin quelqu’un à qui on peut casser la gueule et paraître comme un héros.

Cela devait leur changer de cogner leur femme.

Eh bien, de ces quatre cons, je préférais encore le petit blanc antisémite. Parce qu’il n’aurait pas fait de mal à une mouche. Pas de boulot, pas de femme, un appartement pourri, rien dans sa vie, mais il était inoffensif. Le type qui ne cesse de se prendre des coups dans la gueule mais qui est incapable d’en donner en retour. Par lâcheté peut-être, par masochisme et goût de la victimisation, ou bien parce que ce n’est pas sa nature -qui sait ? Peu importe.

On s’en fout.

On s’en fout de ce qu’un petit blanc entre deux âges vienne déblatérer des conneries au comptoir après trois pintes. On discute avec lui si on veut, on insinue dans son cerveau quelques petites choses à doses homéopathiques si on est d’humeur généreuse. Mais à quoi cela sert-il de lui rentrer dedans violemment alors que lui-même serait bien incapable de faire du mal à quiconque ?

Ah ! Je les hais tous.

Lost in translation

Cette fois-ci, c’est un étudiant chinois, déjà sujet à des troubles du comportement, qui vient de se livrer à un carnage au couteau. Le fait qu’il soit chinois est aussi intéressant que le fait qu’il soit inscrit en fac de socio (en deuxième année à 26 ans qui plus est). On peut déjà penser qu’il est en effet difficile, d’un point de vue psychique, de passer d’une culture à une autre. Asiatique à occidentale, pourrait-on dire. Mais c’est vite oublier que la culture occidentale, française pour être précis, ne possède plus guère de repères en propre. Des touristes japonais font régulièrement l’expérience de délires paranoïaques lorsqu’ils arrivent dans la France du XXIème siècle alors qu’ils croient tomber chez Amélie Poulain ou chez Pagnol. Expérience du vide, du nomadisme, de l’agressivité, de la vulgarité, du laid triste, de l’effacement de tout signe particulier qu’on peut imaginer, sans se méprendre, exacerbée dans une fac de socio, c’est à dire dans l’antre de la déconstruction pour les nuls, du psychologisme archéo-militant, de la bêtise bêlante en roue libre et autres ratiocinations virtuello-bourdieusiennes.

Talkin’ to me ?

VATICAN PIUS XII

Les petits papiers

Le précédent article de Nicolas, ou plutôt un de ses commentaires, met le doigt sur quelque chose qui me taraude au sujet dudit débat sur l’identité nationale. La définition de ladite identité n’en finissant pas d’être malmenée, sinon rejetée, nous avons eu droit à toutes les élucubrations possibles et imaginables, tant sur l’identité que sur le débat lui-même. Si bien que certains veulent tout simplement qu’il se termine. Peut-être pensent-ils, les mêmes qui disaient qu’un tel questionnement n’est pas du ressort du gouvernement, qu’il serait temps qu’il y mette fin ?

Cette histoire de début et de fin est à mon avis révélatrice.
On a pu observer qu’un consensus a tenté d’être obtenu en limitant l’histoire de France à celle de la République. Quand on on ne peut plus, malgré tous les efforts et astuces possibles, se débarrasser d’un cadavre trop encombrant, on fait comme si on ne sentait rien. Pourquoi pas. Le problème, pour eux, en voulant ainsi faciliter les choses, hé bien c’est qu’en effet, on les simplifie. Difficile alors de glorifier leurs mythes républicains lorsque l’on a escamoté le terrible joug dont on a courageusement combattu la terrible oppression. Un peu comme Vichy, donné comme un fait en soi, amputé de ses causes et de sa fin. Des guerres quoi. On oublie que la menace fasciste s’instaure par la violence et se combat par la violence. Du coup, comment ne pas empêcher le premier pouilleux venu de hurler au fascisme dès la vue d’un uniforme, et sans que ledit pouilleux n’imagine s’en débarrasser par la force. On voit d’ici l’éducateur républicain “heu non gamin, ça c’est pas vraiment du fascisme…quoi Vichy ?..euh oui, mais quand même, y’avait les allemands …comment, les allemands, mais oui tu sais..et puis après les américains..ben oui les américains quoi…”. Vichy ça n’est pas tombé du ciel, et ça ne s’est pas évaporé par miracle.

Mais je m’égare. L’important, c’est que beaucoup ont été tentés de conclure qu’être français c’est avoir la nationalité française. Des papiers quoi. Du coup, toutes les breloques républicaines, qu’on essaye avec un comique forcené de vendre aux nouveaux français perdent un peu de leur éclat. Quel dommage. Parce que la République, c’est génial, mais par rapport à quoi ? Ah oui. La monarchie. L’Eglise. L’aristocratie. Les châteaux. Le Roi. La cour. Versailles. Le droit divin et autres choses de l’esprit, du sacré, de la chair et de la pierre. Un peu plus que du papier et un slogan. Que des fonctionnaires. Que des manifs hebdomadaires de la cgt. Que l’école toute moche à la carte et ses surveillants sous-payés et si facilement effrayés.

Parce que le nouveau français, il le sent bien, lui, et ça fait toute la différence, que les papiers, ça ne va pas non plus de soi, malgré ce qu’il peut parfois bruyamment réclamer. Justement. Elle est belle ta Marianne, mais il me faudrait la signature là en bas s’il te plait. Oui-oui, liberté-égalité-mon cul sur la commode, ok, mais le tampon là il me le faut. Oui missié je travaille dur depuis dix ans dans la restauration je contribue à l’effort je paye mes impôts qui font vivre la nation je suis un exemple blablabla kiffe-kiffe Jaurès et Jean Moulin mais maintenant missié le préfet tu le signes de ton nom avec le stylo et le tampon le papier oui ou merde ?

Et tout ça c’est génial. Parce que le nouveau français, il s’en tape des discours, il le sait mieux que tout autre que tout ça c’est de la paperasse. Mais que ça tombe pas du ciel dans le sens où il me les faut ces putains de papiers. Donc qu’il est tout à fait possible que je ne les obtienne pas. Qu’il faut qu’il y ai un mec avec son écharpe bariolée et sa gueule de faux-derche qui tamponne. L’identité française ce n’est pas “que” des papiers, c’est justement uniquement des papiers. De la précieuse encre sur du précieux papier avec ma gueule et mon nom dessus. C’est tout mon avenir ce précieux papier. Et ça le nouveau français, il sent bien que le faux-cul qui lui met une tape sur l’épaule en lui serinant du tous pareils, le faux-cul il a pas eu à flipper qu’on ne lui donne pas. Le faux-cul, il l’a eu dans son sang, ses papiers, quelque part. Et le faux-cul, il sait pas non plus ce que ça implique, de la même manière que sa République, elle n’est pas tombée du ciel, que ses papiers ça tombe pas du ciel. C’est fragile, du papier. Le nouveau français, il sait un truc de plus, c’est que cette identité de papier, au fond, il n’y a rien qui interdise qu’un jour, on la lui reprenne. Alors, oui, ça fait bondir le faux-cul que le nouveau français il puisse penser ça, parce que ça veut dire que tous ses mythes républicains de mes couilles, c’est rien. C’est juste du papier. Sur un papier des types ont écrit des choses un jour, mais demain, qui sait, y’aura un autre type qui prendra son stylo et en deux secondes, mes papiers, ils vaudront plus rien. Comme ça, en deux secondes. De même qu’en deux secondes je les ai eus comme ça, même si ça fait dix ans que je les attends, avec une signature en bas. Ta République de merde elle me garantit rien d’autre.

Dire que l’identité français c’est avoir la nationalité française, ça ne trompe que les blancs desouches qui font de la politique ou du journalisme. Là encore, chercher le plus petit dénominateur commun, c’est donner une importance incommensurable à tout le reste. Tout ce qui n’est pas sur du papier. Tout ce qui n’est pas du slogan. Tout ce qu’on ne lit pas dans le JO.

Ça prépare les esprits au pire. On ne va pas s’en plaindre.

Farpaitement ingrétée !

Suite de l‘histoire pathétique d’Akim et de son copain dont on espère de tout cœur qu’il va crever des suites de son accident.

En deux paragraphes courts, toute l’ignominie et la lâcheté de la justice française, incarnée ici par un procureur liquide appelé Parietti :

Connu de la justice (tout comme le passager), actuellement sous contrôle judiciaire dans le cadre d’un dossier de trafic de stupéfiants, de vols aggravés et de cambriolages, le jeune homme sans emploi était l’aîné d’une famille de trois enfants, une famille sans histoire, parfaitement intégrée. Dans son quartier, la nouvelle connue, on a cherché à en savoir plus sur les circonstances de la tragédie. Des proches ont ainsi reçu l’autorisation de voir les deux véhicules. Et ici, aux Capucins, comme l’exprime un jeune qui préfère garder l’anonymat, on pense que « les gendarmes leur ont délibérément foncé dessus, pour les stopper ».

« À nous de leur prouver qu’ils se trompent », rétorque le procureur de la République de Vesoul, Jean-François Parietti, qui entend « faire toute la lumière ».

On remarquera aussi qu’on peut-être « actuellement sous contrôle judiciaire dans le cadre d’un dossier de trafic de stupéfiants, de vols aggravés et de cambriolages » et dans la même phrase « l’aîné d’une famille de trois enfants, une famille sans histoire, parfaitement intégrée ».

Le journaliste Sébastien Michaux qui signe cet article dans l’Est républicain ne serait-il pas en train de se foutre de notre gueule ?

La haine

Le Dernier mot d’Élie Semoun
Par Patrick Besson

Moins il est drôle, plus il rit. Thierry Ardisson lit toujours la même fiche depuis des années. Toute une vie à poser des questions qui ne sont pas de lui. De plus en plus confit dans ce qui n’est pas de la gloire mais une vague gloriole locale qui lui permet d’avoir une bonne table au restaurant. Sa spécialité : inviter des intellectuels ou des artistes marginaux qui expriment à sa place ses mauvaises pensées, puis les faire dézinguer par le comique bien-pensant de service. La semaine dernière, celui-ci était Elie Semoun. Il est si drôle, Elie Semoun, quand il veut, et si bête quand il pense. Il cache son absence d’esprit sous son air madré, alors que son humour est si fort quand il fait l’imbécile. Les Parasites de Philippe de Chauveron (1998), c’est culte, du moins pour moi.

Donc, ce soir-là, Thierry Ardisson recevait Renaud Camus. On ne le voit pas souvent à la télé, Renaud Camus. C’est depuis l’affaire Camus, quand Renaud avait écrit dans son journal intime qu’il y avait trop de Juifs au “Panorama” de France Culture. Mais non, il n’y avait pas trop de Juifs au “Panorama” de France Culture, il y avait trop de cons! Trois phrases dans une oeuvre qui en compte plusieurs millions : ça a suffi pour que la bonne société littéraire se fâche. Les intellectuels aiment s’indigner, ils pensent que ça leur donne de la dignité, surtout quand ça peut couler un confrère. C’est vrai qu’ils sont beaucoup, ils sont trop. Il faut é-li-mi-ner. En l’occurrence, il fallait éliminer Camus.

Il ne s’en est pas trop mal sorti, ledit Camus. Il avait, à “Tout le monde en parle” (France 2), la grâce pâle de qui a traversé le feu. En face de lui, Elie Semoun se sentait confronté à la bête immonde. Tout hérissé d’une haine calme au sourire supérieur. Il demande à Camus s’il ne trouve pas qu’il y a trop d’homosexuels dans le show business. Parce qu’il est homosexuel, Camus. Moi, je n’ai pas bien vu le rapport Juifs-homosexuels. Camus a répondu gentiment que s’il y avait, sur France Culture, une émission dont tous les intervenants étaient homosexuels et que si ces homosexuels ne parlaient que des sujets homosexuels, il s’en plaindrait. Ça a cloué le bec à Semoun. Renaud Camus a quitté le plateau sous de maigres applaudissements gênés. J’ai aimé son dos lourd et bleu de combattant ahuri de la liberté de penser, surtout mal.

Après l’arrivée d’Anna Mouglalis, la nouvelle égérie de Chanel qui s’écoute parler du nez, Ardisson dit à Semoun: «Tu vois, je t’avais dit qu’il y aurait de jolies gonzesses.» Semoun: «Oui, mais la chauve à moustaches, là, je n’ai pas trop aimé.» C’était ça, le dernier mot d’Elie Semoun : une blague homophobe, c’est-à-dire raciste.

Il faut lire les documents de l’”Affaire Camus” (entre autres) réunis sur le site de Renaud Camus.
Il faut lire cette somme de bêtise, d’ignorance crasse ou de mauvaise foi, il faut lire les piques perfides des petits coqs de radio paris, la veulerie des valets empressés de la bien-pensance, il faut lire tout ça pour se rappeler, pour bien se mettre en mémoire tous ces noms qui défilent et qui résonnent alors odieux à nos oreilles.
Qui a la haine ?

Marc

Né à Ixelles, le 6 novembre 1956, Marc est l’aîné de cinq enfants.

Marc ne commence à parler que vers trois ans. Le père, instituteur despotique et brutal, distribue des gifles pour des futilités, exige le silence absolu pendant sa sieste et envoie les enfants enlever les mauvaises herbes pendant leur émission de télé préférée. Il n’a jamais cru qu’il était le père biologique de Marc.

En dépression au début de l’année 1971, le père est de Marc est interné quatre mois dans un hôpital psychiatrique, mais il affirme que c’était une manœuvre de sa femme car il était marxiste léniniste dans un village à dominance catholique.

Sa mère se remariant, Marc claque la porte et va vivre seul.

Jusqu’en 1980, ses employeurs se succèdent et malgré des aptitudes certaines au travail, il est licencié à deux reprises pour absentéisme. Plus aucune activité professionnelle n’est renseignée.

Il commence à se croire intouchable, protégé par une force invisible.

A 20 ans, il se marie. Au début des années 80, il se met à fréquenter les patinoires de Charleroi et de Bruxelles, où il prend un malin plaisir à faire tomber des adolescentes pour pouvoir les toucher.

Marc a 27 ans lorsqu’il commet un vol chez une dame âgée qu’il torture avec une lame de rasoir.

Entre juin 1985 et février 1986, il entreprend, avec un complice une série de 5 rapts de mineures, qu’il enlève et séquestre dans sa maison de Marcinelle pour les violer et les filmer avant de les relâcher après un jour ou deux.

Dénoncé puis emprisonné en 1986, Marc est condamné en 1989 à 13 ans et 6 mois d’emprisonnement. Marc partage sa cellule avec un détenu qui lui conseille, en boutade, de faire des caches dans sa maison pour y enfermer les filles et éviter qu’elles mouchardent.

Prisonnier modèle, Marc obtient un congé pour aller soigner sa grand-mère malade et un peu démente. Il sera remis en liberté conditionnelle en avril 1992.

Malgré l’âge des victimes, les experts ne pensent pas que Marc appartienne à la catégorie des pédophiles. A aucun moment, l’âge des victimes n’a semblé jouer un rôle particulier, si ce n’est par la plus grande facilité à les kidnapper, les manipuler et les séquestrer. De même Marc s’oppose formellement à ce qu’on le taxe d’homosexuel, une relation de ce type, passagère selon lui, ayant été purement utilitaire.

Marc pense qu’il est une victime, et que la société le harcèle injustement.

sources : L’Observatoire Citoyen

Oh je ne vais pas me gêner en répétant à l’envie que la chute du Patriarcat est la cause de toutes les cabales actuelles. J’en ai déjà parlé d’ailleurs :

http://lacageauxphobes.blogspot.com/2008/05/au-commencement-tait-la-fin.html

http://lacageauxphobes.blogspot.com/2009/04/lintervention-du-legislateur-est-donc.html

Vous vous demandez ce que l’inceste vient foutre là-dedans ? Je rabâche : l’inceste, tabou fondateur de la Loi et de la civilisation par différenciation de l’individu et prise en compte de l’Autre premier (en l’occurence le père) comme limite au désir de fusion, a été mis à mal. Oui après Dutroux, après Outreau. Avant, surtout. Les crimes d’incestes datent. On en parlait pas. Ou peu. Fait divers. Or la chute du Patriarcat, pour des besoins de basse besogne hédoniste, à immédiatement conduit à la sacralisation de l’enfant. Dans tous les domaines. Cette même chute du patriarcat s’est accompagnée d’ingérence de l’Etat dans les affaire de mœurs tout autant que dans les affaires privées et familiales, même pour ce qui ne concerne en rien l’inceste et la pédophilie.

C’est bien parce qu’elles craignent l’intervention de l’Etat, du voisin, la dénonciation fallacieuse de l’enfant, autant parce qu’elles craignent la perte d’une innocence surévaluée, que les foules sont devenues épidermiques sur ce sujet.

Oui, comme disait Finkielkraut, quand on entend “pédophilie” on pense à Dutroux.

Mais qui c’est donné pour mission de prendre en charge ce fléau ? Qui a donné en pâture et commenté à chaud ces faits (Outreau) aux foules secrètement terrifiées d’être accusées de cette ignominie ou d’être suspectées de silence ? Qui s’est enveloppé du drap du Bien, paré de l’écharpe de la vertu, de la loi, chargé de la chasse aux sorcières jusque dans l’intimité des foyers ? Qui placarde des affiches de préventions sur le “doigt tripoteur de tonton” ? Qui diffuse des spots contre les crimes pédophiles ? Qui met en garde des “dangers d’internet” (et ils les voient les dangers, ils les comptent leurs agents de surveillance bénévoles) ? Qui, si ce n’est l’Etat et, à travers lui, ses gouvernements successifs ? L’actuel dépassant tous les autres dans ces domaines.

Frédéric Mitterrand, ai-je entendu, a déclaré à Sarkozy, avant même que celui-ci ne lui propose ouvertement le poste de ministre lors d’un entretien : “c’est d’accord !”. Quel entrain à se jeter ainsi dans l’arène et ignorer les “coups” qu’elle promet ! Mais c’est que le boxeur en question, qu’il s’agisse de journalistes, de sociologues du CNRS ou des foules vigilantes, a bien été préparé, lui à en donner. N’était-ce pas d’ailleurs le meilleur entrainement que celui de se faire nourrir et menacer aléatoirement par ces appels à la vigilance de tous les instants contre le crime des crimes qui n’est décidément plus du domaine du fait divers ou de la tragédie privée ?

Mais Frédéric Mitterrand a plus d’une cavalière naïveté dans son sac. Le voilà qui en appelle au pardon chrétien. “que celui qui n’a jamais fauté” Mais que ne dit-il pas ? Qu’il suppose que tout à chacun s’adonne aux loisirs licencieux, en cela il ne déroge pas lui non plus au principe de précaution, pourquoi pas, mais comment croire une seule seconde que les propos bibliques dans ce domaine ont encore quelque valeur ? Car c’est bien le pardon dans ce domaine, qu’il soit préventif ou qu’il suive les aveux, qui n’a absolument plus court, et ce grâce là aussi au laborieux acharnement de ses collègues de la Famille ou de la Justice, des laquais médiatiques et autres experts en cabale. On ne fait pas de confession publique ambigüe avant de rejoindre le camp des tartuffes au royaume de l’inquisitrice Transparence et de ses loyaux sujets. On n’appelle pas au pardon lorsque l’on embrasse avec enthousiasme des néo-philistins dégénérés qui dirigent un troupeau de néo-manichéens accablés. Qu’on ne pleure pas la conscience chrétienne perdue, lapidée par nombre de ceux dont on est entouré, par lesquels on est soutenu et qu’on a rejoint avec tant d’élan.

Il est tout à fait logique et naturel qu’une foule dont on a eu de cesse de déposséder de son droit de jugement et de ses responsabilités dans le domaine privé, une foule créée, donc, entretenue dans sa vigilance à la hauteur de la menace permanente qu’on fait peser sur elle (dans ce domaine comme dans bien d’autres, elle apprend vite, il arrive même qu’elle aime ça), fasse l’amalgame entre la vie privée d’un ministre étalée au grand jour par lui-même et l’ahurissante paranoïa à la pédophilie dont l’Etat et le gouvernement auquel ce ministre appartient a su lui inculquer. Que cette colère soit du réflexe conditionné ou à l’inverse, l’expression d’un juste et mérité ressentiment, n’a, au fond, aucune importance. Ce n’est pas de la morale, c’est d’une ironie pure. Un juge bien clément car si les foules ne pardonnent plus elles finissent juste par s’ennuyer. Pourquoi pas, puisqu’elles oublient même d’où vient la cause de leurs tourments et font régulièrement preuve d’amnésie comme un vieillard sénile fait sous lui.

Évidemment aucune leçon ne saura retenue de tout ce cirque. Si on a fait de la pédophilie une obsession qu’il n’est nul question d’ébranler, qu’on se rassure, ce que tout le monde s’accorde à nommer lynchage, auquel il convient de participer ou de s’en désolidariser, comme le dit Nicolas dans l’excellent manifeste précédent, dès la première larme versée, n’est en réalité plus qu’un divertissement qui lasse.

Là aussi, le dressage est opérant.

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