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Les articles de Sidonie:
Michael Lonsdale
Le 27/12/08 à 20:29 par Sidonie
Mardi 23 décembre 2008, au Café de la Mairie, place Saint-Sulpice, à Paris, vers 14h, déjeunait Michael Lonsdale.
J’étais venue là prendre un café avec le sieur SK, à qui j’avais laissé le choix de l’adresse et de l’heure de ce rendez-vous interblogueurs coincé entre mon arrivée à Paris et son départ en vacances. Largement en avance, j’avais trouvé une place sur une banquette faisant face au comptoir, j’avais sorti un livre - Of the Importance of Being Earnest, de Wilde - commandé un café allongé.
Je lisais, sirotais mon café. De temps en temps je promenais le regard à droite, à gauche, sur les clients au comptoir, le ballet des serveurs, la terrasse au soleil, la salle qui se prolongeait sur ma droite. Et là, je remarquai un vieux monsieur attablé seul tout au fond.
Un coup d’œil, deux… A n’en pas douter c’était Michael Lonsdale ou bien un sosie saisissant.
Nos regards se croisèrent une, deux fois peut-être, j’en jurerais.
Michael Lonsdale fait partie des quelques acteurs qui marquèrent mon esprit, du temps de ma prime jeunesse, et que je continue d’apprécier, quoi qu’il fasse, à chaque fois que je le vois sur un écran.
Il se tient dans ma mémoire, en médecin d’Hibernatus, avec ce petit quelque chose qui laisse deviner l’intellectuel bon vivant, coquin, quelque part entre Fantomas et le Glaude de la Soupe aux choux.
http://www.dailymotion.com/video/x4z8ba_hibernatus-extrait_shortfilms
Trop peu cinéphile, je ne saurais citer que quelques uns des films qu’il marqua de sa patte : Moonraker, le Nom de la rose, le Mystère de la chambre jaune, quelques Maigret… Et encore, en m’aidant du net pour rafraichir ma mémoire.
Le net permet d’ailleurs d’apprendre qu’il est “catholique engagé”, qu’il “participe au mouvement pour le Renouveau charismatique”.
Ailleurs, un extrait du film Les acteurs, permet de le voir en action, drôle, burlesque, élégant, touchant :
http://www.dailymotion.com/video/x7dy2f_les-acteurs-je-vous-suis-2000_shortfilms
Oh on ne l’idéalisera pas, on le supposera bien comme tout le monde, sertit de tout un tas de petits défauts exaspérants et forts désagréables, en privé surtout, forcément.
On ne s’y arrêtera pas. On le retiendra esthète, digne représentant de ce que la culture occidentale sait produire de style, de culture, de classe, de bon goût… Et si l’affirmation de la foi, des histoires de Saint-Esprit s’en mêlent, alors… Voilà, encore par ce biais, plus clairement, à sa source, le goût et l’expression du beau, de son sens.
“La paix n’est pas une question de dogmes. Elle est au coeur de l’être humain. Le Christ vient pour unifier : « Soyez un, soyez en paix. » Le Notre-Père contient une profonde réflexion sur le sens du pardon : le pardon à ceux qui nous ont fait du mal, le pardon à recevoir pour nos fautes et enfin le pardon à soi-même. Beaucoup de gens déçus par la vie se font des reproches, ils estiment qu’ils n’ont pas été à la hauteur. Ils vivent dans une haine inconsciente d’eux-mêmes. En regard, la proposition chrétienne – l’exigence du pardon – est extraordinaire. Moi, j’ai demandé pardon à mon père qui ne s’était pas très bien comporté avec moi. Le jour où je lui ai pardonné, j’ai rêvé de lui, il était déjà mort. C’est ce chemin-là qui m’intéresse. Délivrer les autres de leur emprisonnement, des limites qu’ils croient indépassables. Voilà le programme chrétien ! Peut-être est-il un peu simpliste pour vous ?” Michael Lonsdale, entretien avec Javier Teixidor.
Alors on aimerait savoir quoi faire, dans ce genre de situation, quand on trouve un tel personnage sur son chemin. Faudrait-il se lever, aller importuner le client en plein déjeuner : “Monsieur, c’est un honneur que de passer en ce lieu et bien fortuitement, un moment en votre brillante compagnie, quand bien même en simple anonyme, à 10 mètres de distance et pas du tout à la même table. Monsieur, c’est un honneur que de pouvoir vous saluer, j’en remercie la Providence! Bon appétit, bonne journée et mes meilleurs vœux!”, avant de s’en retourner à son Wilde et à son café ?
Ou peut-être, au moment de son départ, alors qu’il passe devant vous, s’il vient à regarder dans votre direction, le saluer plus simplement d’un petit hochement de tête et d’un joli sourire.
Au lieu de cela, la peur de déranger, de bafouiller, de jouer la provinciale éberluée qui n’a jamais rien vu… On reste à sa table sans trop broncher.
Quant à ce rendez-vous interblogueurs de mardi dernier, je me contenterai d’en remercier SK et d’en dire ceci :
Les choses simples
Le 27/12/08 à 8:54 par Sidonie
The Penelopes (feat. Dierdre Dubois)
Je pense bien à vous
Le 15/12/08 à 21:01 par Sidonie
Quand dans le compartiment d’un vieux TER tout pourri, à ma droite un jeune couple de sourds et muets mène une vive “conversation” tendue et à ma gauche trois jeunes “beurettes” visiblement en partance pour se rendre à une soirée, toutes pimpantes, papotent. Et là, l’une d’elles s’exclame, à peu de choses près, fort surprise, presque choquée: “Vous saviez, vous, que quelqu’un qui n’a pas la nationalité française n’a pas le droit de sortir du territoire plus de six mois, sinon on lui supprime ses droits: l’aide au logement, etc.?”.
Et la plus au fait de lui répondre, à peu de choses près : “Bah oui! T’avais jamais remarqué que les vieux ne retournent jamais plus de six mois au bled ?”.
Quand dans une petite église du Jura, le dernier prêtre du canton, 83 ans, après lui pas de remplaçant, prononce au début d’une cérémonie de bénédiction de corps (”Parce que non, pas de vraie messe, toutes les personnes présentes n’ont pas cette sensibilité, vous comprenez…”) : “Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Amen”, tout le monde se signe, il se mouche, puis entame le… blabla… que je me trouve dans l’incapacité de suivre tant la chose m’est plate et soporifique, qu’à la fin il s’approche du cercueil pour l’encenser, le bénir à coups d’épis de blé trempés dans l’eau bénite, à pas lents et comptés, prudents, que je regarde sa soutane aux ourlets par endroits largement décousus et que je me demande si de jeunes gens flamboyants catholiques traditionnalistes, tels ces Polydamas en fusion (que j’imagine mal écouter du Tool en mangeant des BN à la fraise), sauraient rendre une telle cérémonie plus passionnante et y en a-t-il encore des petits jeunes en fusion prêts à passer leur vie à bénir des cercueils dans des églises au fin fond de la cambrousse française? Visiblement…
Quand en visite chez un cousin aussi pur “gaulois” que moi, marié à une française d’origine algérienne, mère au foyer que j’admire car les trois enfants de ce couple répugnent à voir arriver le moment où on leur demande d’éteindre la lumière, le soir, tant ils aimeraient pouvoir continuer à lire - “lire”, oui, qu’il leur est arrivé, à ces marmots, de laisser à un clochard aux allures de vieux pêcheur breton le billet de 20 euros qu’on leur avait donné pour une descente à la librairie parce qu’un euro leur semblait vraiment un don trop maigre, que je vois cette femme tenir son “ménage” dans le respect de la vieille tradition française, mieux que je ne serais capable de le faire moi-même : deux repas pour cinq personnes cuisinés à la main tous les jours, ses courses faites beaucoup chez les petits commerçants du quartier qu’elle tutoie tous, galèje gaiment et qui le lui rendent tout aussi chaleureusement, qu’après 13 années de cette vie, ses nerfs, comme ceux de son époux, s’usent, et qu’alors que nous discutons de l’école elle me raconte qu’à l’occasion d’un voyage scolaire auquel elle participait en tant qu’accompagnatrice, elle engueula proprement des enfants d’origine turque qui se permettaient de parler turc entre eux.
Et c’est malin, maintenant, à chaque fois que je verrai un fier voilier filant à la pointe de la technologie tout tagué de noms de sponsors à la con, je penserai à Blueberry, bourré, conduisant au GPS dans Paris.
Ps: pour ceux qui trouveraient que cette note manque cruellement de sexe et de sabres, oui, je sais, inutile de perdre du temps à rouspéter, la prochaine fois je vous parlerai peut-être de la robe que j’ai achetée pour Noël, de ce qu’elle ne me fera pas faire ou des lames de rasoirs dans mes tiroirs.
Réponse de sid à Zak
Le 30/11/08 à 11:29 par Sidonie
Ce matin, une newsletter à laquelle quelqu’un, sans doute une bonne âme, a eu la gentillesse, l’à-propos de m’inscrire, m’amène vers un texte qui me laisse sceptique quant au bon fonctionnement de mon cerveau, quant à la qualité de l’enseignement que je reçus jusqu’au bac, quant à la qualité des efforts que je fis, sans doute trop petitement, jusqu’au bac et par la suite pour me cultiver par moi-même, quant, tout simplement, à mon intelligence.
Exemple d’une phrase tirée du dit texte, “Réactions à la réponse de Zak à Juan Asensio”, par Zak, chez Isabelle Des Charbinières :
“A présent à l’échelle mondiale, alors même que la domination ontologique est inscrite de façon générique en chaque être depuis la rupture adamique, la convergence est absolument réalisée entre la communauté du capital et sa critique, capital qui est devenu l’être social de l’espèce, dont la pérennisation est rendue possible grâce à l’instauration de la démocratisation, l’égalisation, et l’homogénéisation poussées à leur sommet, sachant que puisque le capital, par son idéologie libérale, s’est constitué en communauté globale il peut exercer sa domination sans partage en utilisant la démocratie et la République pour parachever la domestication, et qu’il n’y a rien qui ne puisse éviter de le servir en ne participant pas de son pouvoir, n’ayant nul besoin que quelques discours, qui tiennent d’ailleurs plus de l’incantation fantaisiste que du réel danger, viennent l’aider à renforcer son contrôle.”
Aucun doute, je ne serai jamais capable d’écrire aussi savamment.
Dès avant la seconde virgule, je dénombre trois termes que je suis tout à fait ou quasiment incapable de définir.
Sans compter que, pour finir de m’achever, s’ajoute, en note, cette tirade :
[1] On ne sera point trop cruel en relevant dans ce billet L’absence de question hautement fantaisiste publié sur un site naturiste que nous avions déjà incidemment évoqué, à l’intérieur des quelques lignes maladroites dont l’alacrité trahissait surtout un piteux dépit et qui se voulait une poussive et dérisoire réponse à notre texte, les réitérations d’un plaisantin écolâtre se voulant philosophe mais possédant de curieux « soubassements » aprioriques, et qui n’hésita pas à proférer des affirmations sentencieuses - encouragé dans sa risible initiative par un hilarant cordonnier La haine du mouvement qui déplace les lignes jouant au singe savant qui ne cesse, à la moindre occasion, de crier furieusement du fond de son échoppe en lui imputant la responsabilité de l’arrivée au pouvoir à la tête de l’Empire du bien du candidat démocrate : « à bas Bush ! » - composant son mot en l’accompagnant d’un babillage assez comique, puisque parlant ridiculement, dans son sabir, d’un : « cadre [pré-déterminé] », « des limites … qui renverraient infiniment à [elles-même] », expliquant « le [sous-bassement] chrétien supposé dès le départ» , et le « thomisme vaguement [rebricolé] » , une nouvelle fois le « [sous-bassement] chrétien ne doit pas être atteint » , les « fondements [inquestionnables] » s’avouant comme « fondement [inquestionnable] ». - Ouf ! on est effectivement renversé, mais vraiment peu rassuré, par l’étalage d’une telle science orthographique génératrice de concepts.
Ilys, un site naturiste où sévissent de gros nigauds.
Dans le fond, oui, cela doit donc bel et bien me décrire avec justesse.
Je suis une nigaude (mais pas naturiste, je tiens à le préciser), l’éloquence de Zak m’amène moi-même à cette conclusion et, nigaude donc, je constate et blog.
Mea culpa, à mon âge (presque 32, ne soyons pas, en plus, coquette), on est pleinement responsable de son ignorance, de son incurie… Oui.
J’écris tout cela à vif, n’est-ce pas, en ce dimanche matin, à 9h42, j’imagine qu’à cette heure-ci le sieur Zak est quelque part en train de suivre une messe, probablement tridentine, au pire devant une vidéo téléchargée quelque part sur le web.
Comme ici.
Moi, à vif, mon crâne est tout rempli de ce mot : “Hyènes!”.
Mais je ferai des efforts, pour tenter de m’instruire, de comprendre tout de même un peu ce texte, j’userai d’un dictionnaire.
Je pourrai peut-être aussi m’attaquer dès aujourd’hui aux programmes des licence, master et doctorat de philo et de lettres, j’aurai peut-être notablement avancé dans vingt ans.
Et pour ceux qui ignoreraient encore qui est ce Juan Asensio (précisons que je rédige cette note d’abord à l’attention des visiteurs de Sidonie, pardon, je n’ai pas qu’Ilys dans ma vie, pardon), comme moi lorsque j’allai voir pour la première fois le premier texte de Zak, Réponse de Zak à Juan Asensio, alors que tout le monde dans le petit monde “réac” se doit de le connaitre sous ce nom, voyons, Juan, et de connaitre par cœur au moins deux ou trois de ses notes, voyons, il s’agit d’un blogueur plus connu sous le pseudo de Stalker.
Pardon, oui, je suis une grosse inculte : j’ai du retard, c’est seulement cette année que j’ai fait connaissance avec ce petit monde, cette petite sphère de nig… pardon, euh, d’élite, euh, je ne sais plus trop, euh, et avec toute mon incurie, euh… pardon, mea culpa, mea culpa.
Il faut écrire.
Je ne sais pas trop pourquoi.
Il m’arrive de faire des choses sans trop savoir pourquoi.
Parce que cela “sonne” juste.
A l’intérieur de mon crane, je devine quelques éléments de l’équation qui me pousse à prendre telle direction, telle décision, à dire ou à faire telle chose mais le détail de chaque facteur peut rester flou. Peu m’importe. Ce n’est pas agir “au pif” mais au flair.
Dans mon bain, je peux être amenée à penser à l’école et à me demander si on en viendra un jour, au nom de la lutte contre les discriminations et pour l’égalité des chances, à apprendre à compter en turc à ces enfants d’origine turque, nés en France, vivant en France mais qui, à 5 ans, ne comprennent toujours pas vraiment le français, leur langue non-maternelle, vu que personne ne la parle chez eux.
A la campagne, il est interdit de faire du feu dans les jardins. Les feuilles mortes, les branchages et autres “déchets verts” doivent être emmenés à la déchèterie, même si vous n’avez pas les moyens de vous acheter une remorque pour transporter tout cela ni celui de multiplier les allée-retours à la dite déchèterie à 10 km de chez vous.
Si vous avez le malheur de craquer une allumette, un voisin est susceptible de venir vous crier dessus parce que, déjà, vous êtes hors-la-loi, c’est mal, mais en plus vous enfumez son apéro en terrasse.
Et après, il prend son quad, son gosse prend sa mini moto et ils vont par les chemins, pétarader, vu que ça, ce n’est pas interdit.
Ils peuvent pousser le vice jusqu’à mettre du désherbant de votre côté du grillage qu’ils ont posé pour délimiter leur pelouse gazonnée de votre pelouse d’herbe vulgaris.
Ils ont peur des vaches, leurs enfants ignorent que l’œuf vient du cul de la poule et il piétinent allégrement les champs d’herbe haute, juste avant que l’un des derniers paysans du coin viennent y faire les foins, tout ça pour faire des bouquets.
Sur la route, ils ne ralentissent pas à l’entrée du village et ils écrasent vos chats.
Et leurs maisons toutes neuves sont moches.
Et après il y a des bouchons dès 7h30, il faut élargir les routes et augmenter les impôts locaux.
Dans certaines écoles, de petites festivités sont organisées à l’approche de Noël, tel que marché de Noël et petit spectacle avec chorale d’élèves auxquels on apprend des chansons sur le thème de “Noël”. On peut en venir à se demander si, un jour, au nom du respect sans faille de la laïcité, il ne faudra pas supprimer ce genre de manifestation. En viendra-t-on aussi, dans les cantines scolaires, à supprimer les “menus sans porc” et ce sera parfois choucroute ou ravioli le vendredi?
Il m’arrive de faire du taï-chi dans la bibliothèque de l’école où je travaille, quand j’arrive tôt le matin, mais seulement quand je suis bien seule car je ne saurais me résoudre à en faire sous les yeux des personnes qui évolueraient au même moment dans le bâtiment d’en face, à quelques mètres de là : je n’aime pas particulièrement me donner physiquement en spectacle, pourtant j’arrive à le raconter par écrit en public.
C’est sensé ne pas être très logique.
Il peut vous arriver de vomir, vous le raconterez ensuite à vos amis, que vous tenez régulièrement informés de votre état de santé, c’est bien naturel : “Voilà, j’ai chopé le rhume, hier j’ai gerbé mon quatre heure…” mais ce n’est pas pour autant que vous aimez vomir devant eux.
Ca se tient.
Ca doit être la manie de se livrer.
Tout en maintenant un certain niveau de pudeur, d’une façon ou d’une autre, et chacun son style.
Ainsi je peux parler de mon salaire qui flirt avec un certain seuil de pauvreté (mais ça reste mieux que le RMI) et préciser que n’ayant pas de loyer à payer (juste à peu près tout le reste), cela me place tout de même dans une catégorie privilégiée, surtout que pour un travail à temps partiel pas trop crétin pas trop pénible c’est déjà pas mal, je suis décidément une privilégiée, j’ai internet et je sais écrire, je suis décidément très privilégiée. Je peux même prendre une douche ou un bain tous les jours si ça me chante, plusieurs fois par jour si ça me chante, ce que j’ai tendance à considérer comme l’un des grands luxes ultimes de mon existence, tendance à penser que cela me place dans la catégories des gens vraiment très privilégiés sur cette planète, donc je me plains beaucoup mais en vrai, bon, ça va.
Taï-chi, bonne humeur… Optimiste, la fille? Et limite fonctionnaire… Ouhla, gauchiste, tant qu’on y est? Et moche, pustulée et obèse, assurément, extrapoleront certains.
M’en fous, je tiens un peu à profiter des petites joies de ma petite vie en conscience, si possible en bonne santé, avant que tout s’écroule. Et si tout ne s’écroule pas, cela n’en sera que meilleur, ou disons moins pire.
Il m’arrive de penser que, jusqu’à preuve du contraire, je peux me qualifier de polyamoureuse.
Ce n’est pas très chrétien.
J’imagine un frontiste bas du front lisant ceci.
Dieu!
Il est arrivé à ma psy de penser que je souffre d’une certaine immaturité psycho-affective.
Il m’est arrivé de penser qu’en tant que femme mariée, donc adepte de la monogamie, elle pourrait être sujette à quelques aprioris en la matière et souhaiter défendre quelques chapelles.
J’ai récemment entamé la lecture de deux livres : d’une part Sex et utopie de Pat Califia, une lesbienne transsexuelle américaine, et d’autre part Récits d’un pèlerin russe, d’un auteur inconnu vraisemblablement russe et très pieux. Ainsi, dans mon crâne se mêlent réflexions sur le sadomasochisme et sur la philocalie.
Oui, pour moi aussi, c’est compliqué de m’y retrouver. J’aime stimuler mon intellect, m’ouvrir l’esprit, quitte à ce que ce soit un peu glauque ou cahoteux.
J’imagine ma sœur lisant ceci.
Mes collègues de travail.
Mon voisin breton amateur de reggae et de musique celtique.
C’est que je fais circuler l’adresse de mes sites web, voyez-vous, quand d’autres protègent ardemment leur anonymat, moi j’étale tout.
Et après, je dois assumer.
C’est un petit défi comme un autre.
C’est un peu pour ça que je souris, contente, quand on me dis “t’es un peu fêlé, toi!”, c’est mon ultime excuse, quand rien ne va plus.
(voir une version sous-titrée chez sidonie)
Hall de la gare de Grenoble, un dimanche d’août, vers 8h. Assise sur une espèce de banc, je ne sais pas encore que je vais passer là un assez long moment.
On s’occupe comme on peut, on se met sous la dent ce qui passe…
Déjà, le banc. On dit “banc” faute de mieux. Le terme ne convient guère à la chose qui ne convient guère à quoi que ce soit, surtout pas à une attente prolongée. Banc mutant moderne : comme trois gros culs de chaises collés les uns aux autres, avec une sorte d’accoudoir atrophié entre chaque portion de siège, si ma mémoire est bonne, mais pas du tout un accoudoir puisqu’il est trop bas pour qu’on puisse y accouder quoi que ce soit, il s’agit d’avantage d’une simple barre de séparation qu’on imagine méchante à l’égard des voyageurs taillés XXL.
Un banc est aussi souvent équipé d’un dossier, mon dos apprécierait, mais là, non.
Au pire, sur un banc, il est possible de s’allonger mais, là encore, ces bouts de vestiges d’accoudoirs ne le permettraient pas.
Ailleurs, à quelques mètres de là, dans la salle d’attente, boîte vitrée ou s’alignent des chaises, certes équipées d’un accoudoir mais allez somnoler sur un accoudoir! la situation ne serait pas plus confortable : le moindre geste, le moindre petit bruit y résonne beaucoup trop au goût de ma très grande discrétion et de mon respect des gens, chanceux, qui parviennent à y finir ou y commencer leur nuit, la tête sur un coude.
Bref, cette espèce de banc, on le sent vicieux, comme étudié pour servir de repoussoir à SDF et autres personnes à fort potentiel squatteur puant et moche.
Décidément, il est heureux que je ne sois ni l’un ni l’autre, que je n’ai pas besoin de cuver quoi que ce soit.
En plus, de ce banc, si l’on s’en sert de façon réglementaire, la vue est nulle : de grosses bornes de retrait de billets de train, tas de ferrailles jaunes à moins d’un mètre de soi pour tout horizon, d’un côté comme de l’autre, ça ne va pas.
Alors je prends mes aises, malgré tout, et quelques libertés avec le mode d’emploi : je prends place de travers, à l’extrémité de la chose, face aux baies vitrées qui donnent sur la rue, la vie.
Ainsi, je peux entamer la lecture d’Ubik dans des conditions à peu près descentes : le dos tourné à d’éventuels voisins et aux machines, tout en pouvant garder un œil sur le spectacle alentours.
On ne sait jamais.
Et là, justement, une chose marrante se passe.
Une des deux portes du hall, ces portes automatiques qui s’ouvrent dès que vous approchez, l’une de ces portes est en panne ou verrouillée. Elle n’ouvre pas.
Le hall, relativement calme vers 8h, s’anime de plus en plus et de plus en plus de gens se cassent le nez sur cette porte. Ils s’arrêtent devant en attendant qu’elle s’ouvre et rien. Certains tentent une ouverture manuelle, comme pour l’encourager ils la secouent un peu, la poussent histoire de vérifier qu’elle résiste bien, puis se résignent à emprunter l’autre, à quelques mètres de là.
Et dans mon livre, voilà qu’un personnage se retrouve coincé chez lui parce que la porte de son appartement ne s’actionne que si on la paye et il n’a plus de monnaie, plus de crédit sur son compte, il est fauché. Il en est réduit à demander à ses visiteurs de le dépanner, de payer pour que, eux, puissent entrer et, lui, sortir.
Ah!
Voilà de la science-fiction, de l’anticipation, l’année 1992 telle qu’elle fut imaginée en 1969 par Philip K. Dick : même chez soi, tout se paye, de la douche à la cafetière, tout fonctionne façon distributeur automatique, par pièce ou retrait directement sur son compte.
Le progrès technologique et son coût, assumé par la population la plus aisée car, ailleurs, Dick a imaginé que les plus modestes peuvent encore vivre en communauté, en “kolkhoze” où tout est “gratuit”, payé par le labeur de la collectivité.
Imaginez, si nous en étions arrivés là…
Quoi qu’à la gare, le WC sont payants.
Vingt centimes d’euros pour accéder à des toilettes à peine propres, certes il n’y a pas de merde par terre ni sur le rebord de la cuvette mais l’odeur n’y est guère avenante et il n’y a plus de savon pour se laver les mains dans un lavabo “design” ridiculement aplatit. On hésite à saisir franchement la poignée de la porte pour ressortir.
Tout ça pour ça et des bancs tout aussi “design” très crétins.
Aux prix des billets de train…
Au lieu de râler, pour avoir droit à des toilettes gratuites, enfin au prix d’un café, je n’aurais eu qu’à attendre l’ouverture du restaurant de la cafétéria à 9h mais bon.
Bon.
Bon, je ne sais pas trop où je pourrais bien en venir, en fait, pour une fois.
Pourquoi pas aux bonnes vieilles portes qui s’ouvrent à l’huile de coude, par exemple, et aux pigeons pour mon courrier papier, à présent qu’on parle de la privatisation de La Poste… Ou je pourrais sans doute dévier vers un autre refrain, introduit d’une habile volute par les Babylon Babies de Dantec, où il est question de passeports à puces contenant carrément tout l’ADN crypté de leur détenteur, dévier donc vers un refrain sur les pass magnétiques, les cartes à puces, les passeports biométriques, Edwige.
Et que ce soit au supermarché ou au distributeur de la station service, de toute façon on le paye notre café et ils trouveront toujours bien des moyens de nous ponctionner toujours plus, vu qu’il faut bien, vu que le système creuse sa tombe de toutes ses dents, de toutes ses bouches avides de machine malade mais qui ne tombera que lorsque, enfin, on…
Ou pas.
Enfin, voilà, en gros, on saisit à peu près l’idée.
Ou pas.
Les digicodes, c’est bien aussi.
Mais ça devient très con quand on a oublié le code.
Voilà.
Sidonie aussi
Le 25/09/08 à 23:09 par Sidonie





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