Post mortem nihil est

Cinéma — Article écrit par le 1 février 2013 à 19 h 33 min

L’article de Simon Riaux du Ring est à lire.

Absolument excellent cet article, pas trouvé d’équivalent ailleurs. Le film pose tout à fait la question de l’identité du terrorisme, de sa consistance, par rapport à la façon dont l’occident se perçoit lui-même : les réseaux informatiques, les flux d’informations sont plus importants que la menace « incarnée », comme si le contrôle du virtuel était plus important que le contrôle du réel, ce dernier n’étant perçu que comme une conséquence, non comme origine. Du coup même la polémique sur l’identité de « OBL », de son décès véritable, est hors-sujet. C’est toute l’incapacité de l’occident nihiliste-virtuel à s’imaginer un ennemi qui ne soit lui-aussi nihiliste et virtuel (or, il ne l’est pas du tout lui, ou pas encore complètement), et c’est parfaitement rendu également par le personnage de Maya; qui n’existe que par la menace à anéantir, mais qui se voit anéantie en même temps que sa cible. Tout le monde semble se foutre de la réalité concrète de sa cible morte, du coup elle non plus n’existe pas/plus, et Jessica Chastain est parfaite, dans sa beauté insaisissable que son personnage semble nier et rejeter, par son absence de sexualité, deux négations du corps.

De la même façon la polémique sur la torture est révélatrice, elle révolte les bien pensants non pas parce qu’elle est inhumaine , mais justement parce qu’elle l’est trop – humaine, qu’elle pose l’homme comme réalité concrète (les torturés souffrent, ne dorment pas, et finissent par dormir et manger, et qu’on essaye de jouer avec leur mémoire pour finalement les faire avouer du vécu, et du coup semblent plus vivants que les bourreaux de la CIA, et ce au delà de la question morale, comme s’il fallait torturer le corps (occidental) pour le faire se souvenir qu’il a existé). D’ailleurs amusant qu’on « n’entende » qu’Obama via des télévisions dans le film et rien sur George W Bush (si ce n’est que c’est sur lui et son équipe que reposent les accusations de torture) et qu’il n’a de cesse de déclarer en finir justement avec la torture, alors que la monstruosité de cette dernière est bien plus soutenable que celle du discours aseptisé de M. Barack Hussein et sa « transparence » morbide.

J’étais dubitatif à l’idée de voir un personnage qui selon toute vraisemblance serait bel et bien masculin (l’agent Maya) joué par une femme, mais c’est tout à fait pertinent. Un film sur l’occident comme seul l’occident peut encore en faire, et qui ne fait mugir une presse si prévisible que parce qu’elle n’y a évidemment rien compris.

    7 commentaires

  • izngima dit :

    Deux excellentes analyses.

    Ça ressort un peu mais j’aimerais accentuer le point suivant. C’est l’absurdité, l’absurdité totale, totalitaire, qui me semble le mieux conceptualiser le film.

    - Absurdité du terrorisme : lutte finalement vaine, du moins, mal-pensée, mal-gérée, incomprise alors que fondamentale. L’impression que m’a faite le film, c’est qu’au fond, les belligérants, s’il faut leur donner ce nom même impropre, préféraient renoncer à chercher OBL que de se salir les mains dans la guerre, un refus de la guerre pas dit franchement, non-assumé, et de la guerre sale, il faut que ce soit une frappe quasi-chirurgicale qui mette à bas Ben Laden, zéro risque, zéro rien, millimétré comme du papier à musique.
    - Absurdité de l’existence puisque les personnages meurent « comme ça », que leurs vies sont relativement insignifiantes (voyez le vide, et c’est bien ça, pas de loisirs, pas de relations amicales ou sentimentales pour aucun d’eux) que ce soit Ben Laden qui meurt comme n’importe quel quidam alors que Hollywood, et toute la symbolique et l’aura du personnage – le terroriste qui aurait commandité que deux avions se crashent sur le WTC, nous avaient habitué à des actions un poil plus déflagrantes, ou les agents de la CIA, pris dans l’étau de leur propre enthousiasme et manque de discernement.

    Pour moi, c’est réellement cette absurdité que Maya combat dans le film, elle s’y dévoue (pas de sexualité, pas d’amis, pas même d’intériorité autre que cette traque), elle l’incarne. Une manière, j’imagine, de redonner du sens à tout ce vide assourdissant, ambition bien humaine, et bien noble, et en ressortant du film, c’est finalement mon impression : qu’un grand sujet a été traité, et qu’il l’a été magistralement.

  • la crevette dit :

    Excellente analyse; j’avais envie de revenir sur cette phrase : « c’est parfaitement rendu également par le personnage de Maya; qui n’existe que par la menace à anéantir, mais qui se voit anéantie en même temps que sa cible »

    Elle est parfaitement représentative de la femme occidentale d’aujourd’hui qui n’existe que par son travail et plus du tout par la maternité. Je pense que le marché des mères porteuses a de beaux jours devant lui car les femmes voudront le beurre et l’argent du beurre : s’accomplir dans le travail comme les hommes mais en même temps avoir un enfant sans que leur carrière en souffre et qui leurs permettra de ne pas être « anéanties », inexistantes une fois la carrière terminée ou trop entamée pour fonder une famille.

    Dans vos petites annonces ilysiennes, il va falloir ouvrir à quelques mères porteuses!^^

    • Vittorio dit :

      L’avenir c’est surtout les pères porteurs, pas pour la gestation mais pour tout le reste. Ch p.porteur pour occuper non-place ds mon foyer, être le souffre douleur asexué de ma femme et l’ectoplasme-copain de mes gosses, comme ça je peux continuer à baiser ma femme et être respecté. Primes pour accompagner ma femme aux stages parentaux et dîners entre « couples ».

      • la crevette dit :

        Ah pas con… Mais plusieurs mâles dominants dans une maison, c’est pas le top.

        • Vittorio dit :

          hum, le principe était justement qu’il n’y en ait qu’un, et que l’autre joue le mâle soumis..mais comme toute femme, vous lisez qu’ils vont forcément se battre pour vous…j’en déduis que c’est un putain de mauvais plan

          • la crevette dit :

            Je ne déduis pas forcément qu’ils vont se battre pour moi,(même si évidemment ça reste une perspective flatteuse) je déduis qu’ils vont se battre parce que ce sont des… hommes. J’ai suffisamment de mâles à la maison pour apprécier le phénomène.Et oui c’est un P*** de mauvais plan!^^

      • nathan dit :

        « Ch p.porteur pour occuper non-place ds mon foyer, être le souffre douleur asexué de ma femme et l’ectoplasme-copain de mes gosses, comme ça je peux continuer à baiser ma femme et être respecté. »

        - « QUOI? Vous fuyez le conflit?? Pourquoi vous fuyez toujours et n’assumez jamais les choses? C’est essentiel pour le couple la discussion pour régler les problèmes.
        - Je sais pas…parce que la seule réponse appropriée est de te foutre deux tartes dans ta gueule mais que si je fais ça, tu vas appeler la police en pleurant?
        - Ah c’est beau, encore un phallocrate incapable d’affronter une vraie personnalité féminine et qui préfère aller chercher son bonheur en Europe de l’est ou en Afrique.
        - Voilà, on va dire ça… »

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