Grenoble 1997-2006

Récit — Article écrit par le 7 janvier 2013 à 23 h 10 min


S’il fallait décrire rapidement l’ambiance de cette époque et de ce lieu je proposerais cette vidéo. Elle n’a pourtant rien à voir : il s’agit des émeutes de Vancouver en 2011 lorsque les fans de l’équipe de hockey locale déçus d’une défaite en finale face à Boston s’en sont pris non pas aux fans de Boston traînant dans les rues mais au mobilier de leur propre ville, détruisant des véhicules et pillant les magasins.

Grenoble c’était exactement comme ça les soirs de fête. Or il y avait des fêtes tout le temps: les soirs de fête de la musique, de Beaujolais nouveau, de manifestations, de nouvel an, de fin d’année scolaire, de fête de fin des examens, de brocante, de retour du printemps, les soirs de concert en plein air… A toute occasion c’était ces rues noires de monde avec des gens qui se battent puis qui courent pour leur vie là-bas dans les grappes nimbées de rayons de soleil rasants, cet inamovible fond sonore de tam-tam (ça s’appelle du « djembé », Chocapic « joue » du djembé) on a entendu du tam-tam toute notre jeunesse, des happenings de gallo-romaines complètement magnifiques avec des museaux allongés et des tenues impossibles, des vieux moisis populaires à barbe mêlés aux jeunes on ne sait pourquoi, des cohortes de fils de riches habillés en skater et en « big bang squad », la petite avant-garde du graffiti (« tain là-bas c’est Sonick du VSK il a peint 100 trains l’année de son bac t’imagines 100 trains ») et les zikosses de 40 ans à bouc et barbiche et casquettes de Marine che Guevarra qui pontifiaient en roulant des cigarettes roulées, et nous on avait 17 ans on prenait ça en pleine tronche lorsqu’on quittait nos parents divorcés le soir pour aller mater un film chez un ami soi disant tu parles : on allait voir la vie pleine de promesses dont on aurait sûrement une part, les vapeurs de 8-6 et d’Amsterdam Maximator, les fumées de shit très boisés (« tain il est bon ce tamia », nez bouché de celui qui recrache la fumée), les zoulettes bénies de toutes les grâces avec des mouvements qui exprimaient l’au-delà, le sous-sol de la gare à l’époque ou il était ouvert au public et qu’il y avait des battles de break qui duraient des aprèmes entières… C’était nul et pourtant ça vrombissait de vie vivante tout ça, à t’en remplir toutes les voiles jusqu’à la fin de tes jours.

C’était ce mélange, cette coïncidence, cette conjonction de plusieurs évènements très intenses tressés ensemble et il fallait danser sur cette corde, sur ce fil d’Ariane qui devait ne jamais s’interrompre. Comment après ça tu voulais t’intéresser aux études et à cette légende débile qui disait qu’il faudrait bientôt choisir une voie, « se construire un avenir » se faire chier dans un travail écrit avec des chiffres et pas de bruit, dans les déglutitions du voisin. Mais c’était le combat de la vie contre la mort tu comprends. C’était de cet ordre là. 

Le niveau de vie, l’intensité de vie qui t’était proposée  était tout simplement pas refusable. 

Aujourd’hui? Aujourd’hui c’est tellement calme. 

Mais dikave le sourire qu’elle fait, comme elle a l’air heureuse…


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