Archives pour novembre 2011


Con, antilibéral et décroissant? Mr Friedman t’explique…

Actu — Article écrit par le 30 novembre 2011 à 18 h 55 min

Merci à F.


F comme France

Mutation — Article écrit par le 29 novembre 2011 à 21 h 48 min

Notre identité nationale c’est peut-être la beauté. Années deux mille lorsque mes camarades et moi écrivions en bleu et or notre petite légende sur les murs de Grenoble ville fleurie comme notre langue, la française, dogme en évolution jaillissant d’une tension permanente entre celtisme et latinité, là ou refleurit en milliers de lys blancs la France fille aînée de l’assemblée semant au vent essaims de graines parfumées pour embaumer un monde défraîchi, céfran la fine fleur des clairières mondiales mon orgueil mon parti-pris. En légions lancées sur le monde « ma France à moi » embellit les nations depuis le Vietnam jusqu’au Canada, elle enchante elle chante à peu près cet air là: Harqency, Hacqueville, Sérifontaine, Noblecourt, Fourcigny, Lignières, Croixrault, Sénarpont, Dommartin, Picquigny, Beauquesne, Authuille, Quaëdypre, Estrées, Englancourt, Martigny, Rocquigny, Rocroi, Rouvrois, Dommary-Baroncourt, Bussy-Lettrée, Montmirail, Courpalay, Fontenailles, Bondaroy, Guécélard, Ruillé, Arquenay, Campbon, Réaumur, Prinçay, Sablonceaux, Noaillan, Léogeats, Romestaing, Marliac, Commentry, Urçay, Septaine, Foëcy, Subligny, Briare, Saint-Fargeau, Haute-Epine, Carpiquet, Esquay, Flamanville, Hérenguerville, Souderval, Abbaretz, Champsevraine, Longeau-Percey…

 

 


That was only that

Actu, Citations, Récit — Article écrit par le 29 novembre 2011 à 12 h 30 min

[Je me permets de rediffuser de ce texte, dont cette chère Crevette vient de me rappeler l'existence... Je le trouve pas trop mal, et le Radotage fait partie des droits de l'homme imprescriptibles, que je sache... Et puis c'est très bien, les vieilleries. Ce qui est très vilain, ce sont les nouveautés qui ressemblent à des vieilleries... Rien de plus beau que Barbey d'Aurevilly, rien de plus vilain qu'un auteur du XXIème siècle qui écrit comme Barbey d'Aurevilly. Ces gens-là, on devrait les arrêter en douane et les pendre, mais c'est une autre histoire.]

Je suis mort ce dimanche.

Je n’ai pas le sentiment d’avoir beaucoup souffert, les derniers jours, en tous cas beaucoup moins que le pensaient mes proches quand ils me voyaient suer comme un cochon dans mes draps…. La veille, on m’a fait sortir de mon lit pour que je marche autour de ma chambre, j’étais courbé et diminué comme une allumette calcinée mais je n’avais mal nulle part, ce qui n’a pas empêché mon petit neveu de se mettre à pleurer en imaginant la souffrance dont il me croyait frappé à cet instant-là…. Il faut dire que le matin, j’avais pissé dans mon lit et que la bonne m’avait en catastrophe enfilé un pyjama bariolé avec des carreaux jaunes et violets qui devait ajouter une touche pathétique au tableau…

Qui a raison et qui a tort, dans cette affaire? Est-ce que j’ai souffert autant qu’ils l’ont cru, ou bien aussi peu que j’ai cru le ressentir? La vérité doit se trouver entre les deux… Il y a quelques années, j’avais survolé les mémoires d’un soldat sudiste assez insipides, mais j’avais retenu qu’il comparait la décharge de chevrotine qu’il avait reçu dans la cuisse aux   gros coups de sabot que lui donnait le cheval de trait dont il s’occupait à la ferme, avant la guerre…. la mort et la vie, les amis jurés et les ennemis mortels, la souffrance et la joie, quand on se retourne et qu’on ne peut plus que se retourner, ce sont autant de choses qui nous nous font dire Mon Dieu, ça n’était que ça? Quand est-ce que ça commence vraiment? Oh, metteur en scène, qu’est-ce que tu fais?…Quand est-ce, le vrai bonheur ou les vraies flammes?…  C’est bien cette idée qui nous traverse la tête, quand on va mourir… Faites-moi confiance, je sais de quoi je parle, je viens d’y passer.

C’est étrange à dire comme ça, mais les six ou sept semaines de mon agonie n’ont pas été les plus désagréables de mon existence… Dans ma petite enfance, j’étais malheureux comme une pierre, je recevais des gifles, je n’étais ensemble avec personne et je me traînais comme si j’étais déjà vieux… On m’envoyait chez des orthophonistes et des psychologues, on me parlait tout doucement en tête à tête ou l’on m’envoyait des coups de pieds au cul, mais rien n’y faisait et personne ne pouvait entamer la montagne de spleen que j’avais dans le ventre et ne pouvait rien contre ce malheur qui n’était le fruit d’aucune circonstance, qui est ce qu’il convient d’appeler un état…. Cependant, même au dessous de cette chute fantastique de larmes, je connaissais des joies indescriptibles quand je me couchais le soir et que je frottais mon nez sur mon oreiller, gagné par une conviction qui ne m’a plus jamais quitté selon laquelle rien n’est grave et tout va bien.

Plus tard, disons trois ou quatre décennies après, j’ai réussi socialement dans des proportions dégoûtantes, j’ai fait entourer d’un mur trois hectares dans le Massif Central et j’ai même engagé un garde du corps Yougoslave pour qu’il tourne autour de la propriété en Jeep, avec une Kalachnikov posée à l’arrière… Dans le village, on m’appelait le fou, on s’écartait de mon passage quand j’allais à la supérette pour acheter mes conserves au volant de ma Porsche, cette défiance n’ayant entre parenthèses jamais empêché les bouseux du coin d’essayer de caser leurs filles ou leurs fils chez moi, dans le cas où j’aurais eu besoin d’un jardinier ou d’une femme de ménage… Je faisais enterrer mes chiens et mes oiseaux sous le grand chêne, je passais mes journées à jouer avec mes pieds, et je vous jure que j’étais alors aussi heureux que l’enfant à l’oreiller.

Sur la fin, donc, j’ai  connu ma troisième phase de plénitude  et de nouveau l’incroyable certitude que le bonheur existe mais qu’il ne repose sur rien, qu’on ne va jamais le chercher mais qu’il vient…. Comme une hirondelle qui se pose à la fenêtre un instant, si vite que vous avez l’impression d’avoir rêvé à l’hirondelle et qu’elle vous a dit à bientôt.

Je ne sais pas pourquoi la famille m’a envoyé au funérarium… Selon mon avis, ma chambre à coucher aurait parfaitement fait l’affaire, mais enfin ce n’est qu’un détail… Je m’éloigne petit à petit, je les vois maintenant d’en haut, comme lorsque je prenais de la cocaïne… Bon Dieu, mais alors, ça n’était que ça…. L’Existence, ce n’est donc que la répétition générale de quelque chose de plus important…

J’entends quelqu’un qui vient, je vous laisse….


Elite

Education, Mutation, Sozial — Article écrit par le 28 novembre 2011 à 18 h 21 min

Chaque peuple comprend en son sein une élite qui lui est plus ou moins fidèle, qui est plus ou moins riche, intelligente et consciente de ses responsabilités. On appellera élite la classe sociale aisée qui a vocation à occuper des postes de direction et d’encadrement. Dans les lignes qui vous suivre nous nous intéresserons à la nature de cette élite aujourd’hui : ses fondamentaux, ses habitudes, ses us et coutumes afin de vérifier si, comme au 19ème siècle et auparavant, l’élite participe d’un mouvement d’élévation qui tire vers le haut le reste de la population (le fameux « Progrès »). Ainsi nous nous demanderons en fil conducteur de notre développement « pour qui roule l’élite ? », à qui va son allégeance invisible : est-ce à une tradition, une religion, une patrie… Ou est-ce à une puissance étrangère ou tout simplement à un Moloch qui se nommerait « jouis de la vie et fous toi du reste ». Pour répondre à cela nous décrirons d’abord le bain social originel de l’élite. Puis nous évoquerons le registre de langue et d’intellect dans lequel se classe l’élite, avant de raconter la coupure entre l’élite et l’environnement alentour.

 

1/Le bain social originel : le mainstream

Le mainstream, mot à mot le « courant principal », désigne le mode de vie le plus banal, le plus automatique et le plus conformiste que l’on puisse adopter dans une société à un moment donné. Par exemple à Chartres au XIXème siècle le mainstream aurait consisté sans doute en une bigoterie zélée. Ainsi regardons en quoi peut consister le mainstream ici et maintenant.

L’élite écoute NRJ, RTL2, Fun Radio, regarde MTV, apprécie Arthur et Cauet, lit Closer (mais « juste pour déconner »). L’élite est habillée en Puma, Zara, G-Star, D&G, Diesel, Energie. L’élite aurait voté Obama, aime l’ONU, accorde beaucoup de crédit à Courrier International, rêve de New-York et s’enthousiasme pour Black Eyed Peas. Voilà à peu près le bain originel de l’élite ici et maintenant : sa jeunesse, l’élite la consacre à ce genre de médias, ce genre de magasins et ce genre de sensibilité.

Chaque année des masses considérables de jeunes français entrent en ESC, tous candidats à des postes supérieurs dans le commerce : manager, DRH, DAF… Comme si c’était « bien », comme s’il existait pour ces dizaines de milliers de prétendants autant de dizaines de milliers de postes correspondants de manager, DRH et DAF, le tout en France socialiste dans un contexte de crise mondiale. Bien qu’il soit idéologiquement très à gauche, le jeune  « français » d’élite cherche avant tout à gagner de l’argent. A cela il a de très bonnes raisons : gagner de l’argent sans l’aimer. Il peut bien raconter ce qu’il veut, toujours est-il que dès 16 ans il ne pense qu’à devenir riche et en chemin trahira entièrement chacun de ses principes éthiques de gauche (équité, charité, empathie…) pour y arriver.

Les jeunes de l’élite ont cette étonnante mentalité de vieux : dès leur adolescence ils sont déjà blasés et solennels, froids et sérieux, en un mot, cyniques. On les trouve « très matures » et « très adaptés » parce qu’on ne sent pas les choses. Ils ont intégrés et entièrement accepté l’idée qu’il faut être un enculé pour réussir et en la matière, ont déjà pris de l’avance. L’un de leurs deux parents au moins travaille dans le commerce à un poste supérieur ainsi ils ont déjà connaissance de la plupart des intrigues de bureau et baignent dans ce bain savant mélange de valeurs étranges : cynisme, duplicité, calcul, égo… Très tôt ils s’intéressent à la bourse, ravis de pouvoir dire « mince ça a baissé » devant Bloomberg TV que diffuse l’écran mural du bar dans lequel ils sont affalés avec leurs potes le samedi après-midi.

Lorsque l’élite ne travaille pas dans le commerce elle peut se consacrer aux métiers d’élite que sont les métiers de médecins et d’avocat. D’ailleurs lorsque l’on veut signifier une position sociale élevée on dit souvent ensemble « avocat ou médecin » par exemple : « cette personne aurait pu finir avocat ou médecin mais est restée dans la médiocrité« .

Le médecin et surtout l’avocat aiment à s’engager en tant que citoyens universels dans la vie de la société et ont un avis sur tout ou presque, ils savent de quoi il retourne, ils savent ce qu’il faut faire pour vaincre le chômage et l’insécurité, ils savent ce qu’il faut penser sur chacun des problèmes qui agitent leurs camarades moins vernis qu’eux. En matière d’expression orale, très amateurs du style « chromo » contre le style émotif, ils sont adeptes des amphigouris qu’ils prennent pour la « belle langue » française à laquelle ils ne comprennent rien, s’amourachant de vers, de postures et de tournures ampoulées de chambre correctionnelle: « Alors monsieur permettez-moi de répliquer car vous avez eu l’indélicatesse d’être à mon égard non seulement discourtois, mais en plus calomnieux« . Ils pensent que ce genre de phrase ça en jette, que Baudelaire ça doit sûrement ressembler à ça.  Le baratin étant souvent une manière de cacher par de l’intellectuel une certaine faiblesse concrète on ne s’étonnera pas que les avocats soient physiquement des lâches ou alors des femmes.

Parfois l’élite veut faire rebelle et s’entiche de postures non plus « bourgeois traditionnel » mais de postures « bourgeois bohème » c’est-à dire qu’elle refuse d’assumer le prestige de sa classe, qui demande tout de même un certain maintien et éducation pour aller vers le confort de la désinvolture. Ainsi l’on voit ces fils et filles de bonne famille persuadés d’échapper au mainstream par leur connaissance de musiques perçues comme « borderline » comme par exemple Laurent Garnier, les compilations Colette et surtout Birdy Nam-Nam, le faire-valoir et la street credibility par excellence des médiocres de centre-ville, ce groupe étant sans doute à la musique underground ce que Zadig & Voltaire est au style vestimentaire underground. Il faudrait ignorer cela mais enfin observer autant de petits fils de lâches aller à la Flèche d’Or et s’inventer une vie de rebelle entièrement subventionnée et encadrée que d’autres, ailleurs, ont chèrement payé et assumé avec tous les emmerdements que cela représente, a quand même quelque chose d’agaçant.

En filigrane de son engagement citoyen il y a chez l’élite une forte conscience humanitaire. Il faut aider les pauvres, surtout les pauvres les plus imaginaires et fantasmés et loin de chez soi, en un mot il faut aider l’Afrique. L’élite préfère systématiquement l’étranger à son prochain, et systématiquement l’Afrique à l’Asie, la nature à la culture, la spontanéité relâchée au maintien digne, la langue espagnole à l’allemande, le sud bordélique au nord ordonné. En fait, surplombant les attitudes et comportements de l’élite il existe un principe invisible qui gouverne tous ses choix, goûts et prises de position, un principe difficile à nommer avec certitude de ne pas tomber sous le coût de la loi. Quelqu’un parlait un jour de « tropicalisation ».  

L’élite tient fort à des principes éthiques qu’elle aime à assener publiquement afin de montrer son indignation et sa « saine colère ». C’est entre autre pourquoi l’élite lit les journaux : pour se ravitailler en « saine colère », pour rétablir la vérité tordue à coups de « il faût que… », pour abreuver le monde entier de « saine colère », pour bourrer son fil Facebook et les AG du campus et les recommandations aux enfants et les conversations de fin de repas et les appels d’auditeurs sur RMC Info et les pauses cigarettes en bas de la tour et tous ses instants de vie sociale avec de la « saine colère ». Celle-ci est saine parce qu’elle s’appuie sur des principes intangibles, irréfragables, indiscutables. Ainsi l’on ne transigera pas avec tout d’abord le RESPECT, mot à prononcer en forçant bien sur le « r » et en appuyant bien sur la deuxième syllabe. Respect concept vague, que la masse imbécile a toujours compris comme une réciprocité courtoise: « nos rapports ont toujours été empreints d’un profond respect » et dans lequel les prédateurs et la racaille se sont toujours engouffrés pour « demander davantage de respect« , entendant par ce mot « coercition« , par exemple : « ché pas il a voulu faire le chaud mais direct je lui ai mis la pression et y m’a respecté, en fait c’est trop un pédé lui« . L’élite a toujours servi de bienfaiteur à la racaille mais nous y reviendrons dans un autre texte.

Ainsi l’élite a ses « valeurs », tout le monde a ses valeurs. Même une entreprise de pétrole, de godes ou d’émission de junk-bonds a des valeurs, et elles sont visibles sur leurs sites internet dans une catégorie intitulée « Corporate Values » ou bien « Our Values ». Indéboulonnables et passe-partout les voici ces valeurs : le RESPECT, la TOLERANCE, le PROFESSIONALISME et surtout la TRANSPARENCE. C’est-à-dire si l’on lit bien que le parfait citoyen universel d’élite serait le responsable d’association humanitaire subventionnée qui a fait Sciences-Po, habillé en costard et travaillant dans un bureau aux murs vitrés derrière un ordinateur.

La transparence, nouvelle valeur qui remplace l’honnêteté, est comprise comme l’anti-hypocrisie et l’anti-duplicité. Il faut être transparent. Depuis une dizaine d’année on a vu se multiplier les méthodes de management orientées vers la transparence : bureau du boss très accessible, compte-rendu sur l’état de l’entreprise, team-building, sorties avec le boss etc… Certains intellectuels classés « néo-réacs » ont avancés d’excellentes idées sur la notion de transparence et sur sa dimension liberticide, sur la façon insidieuse qu’a cette soi-disant valeur de s’immiscer dans la vie privée et la propriété privée.

Et puis il y a l’élite âgée qui est elle aussi parfaitement dégueulasse, relâchée, affreuse à regarder. Passé un certain âge le relâchement est impardonnable a dit Karl Lagerfeld et nous voulons adresser cette saillie tout particulièrement à ces quinquas habillés en fringues moulants sexy qui font leur marché du dimanche matin chez leur petit producteur qu’ils connaissent très bien disent-ils, et qui se trouvent « un peu artistes » pour leur capacité en cuisine à « marier les saveurs » et à faire « danser les plats ». C’est l’indécrottable laideur de l’élite : leur conviction d’en être, leur conviction de comprendre ce qui se passe.

 

2/ La vulgarité

L’apparence. Un renommé confrère évoquait récemment le concept de tutoiement vestimentaire pour évoquer la toilette très négligée des gauchistes et assimilés. Il est un autre tutoiement vestimentaire, beaucoup plus pernicieux celui-là, de ceux qui cherchent à « avoir la classe ». Vous les avez forcément vu ces intrépides qui dès la petite vingtaine, lorsqu’ils sont amenés à porter un costume, ne comprennent pas que l’élégance c’est d’abord les chaussures, que si l’on a un budget de 400 euros il faut acheter une paire de Santoni à 300 euros et un costume H&M à 100 euros et surtout pas le contraire. Ils ne connaissent ni ne comprennent rien à l’élégance qui est avant tout affaire d’humilité et de sobriété c’est-à-dire tout le contraire de la « classe » exhibitionniste qui cherche à attirer l’attention, à prouver quelque chose. C’est ainsi qu’autour de l’immonde style impulsé par Dolce & Gabbana fleurit depuis plusieurs années ces lignes de vêtements proposant des chemises à trois boutons de col, avec des boutons sur le côté du col, des costumes à petites fantaisies (tissus à motifs dans la doublure, boutons de couleurs…) complètement inutiles mais bien en accord avec cette injonction systématique à « revisiter les codes et bouleverser les classiques ». Le résultat est souvent déplorable et l’on en avait eu quelques exemples sur Ilys à une époque, avec ces photos de catalogue d’un mannequin métis affublé d’un costume mal coupé, chaussé de rangers et enguirlandé d’une grossière écharpe autour du cou. Pour revisiter les codes il faudrait déjà être en mesure de maîtriser les codes. C’est pourquoi d’ailleurs tous les peintres qui ne font pas de l’art figuratif très ressemblant et objectif (le style académique) sont des escrocs : leur fuite vers l’abstrait est un cache-sexe pour masquer le fait qu’ils dessinent mal. Le vrai figuratif c’est plus dur que l’abstrait et c’est un luxe que peu de peintres peuvent se permettre. Idem en fringues : l’élégance véritable et la tradition bien portée c’est plus dur que le streetwear et que la « classe ». Or l’élite va vers ce qui est facile et ne cherche pas à montrer l’exemple (= assumer sa position d’élite) mais à jouir de la vie. Dédaigneuse de toute tradition vivante et entièrement soumise à la mode, elle tombe dans tous les pièges des achats compulsifs et des produits à courte durée de vie.

En vrac question tutoiement vestimentaire d’élite nous avons encore le costume en tissu légèrement brillant (polyester qui retient la transpi mais dégage aussi certes, l’idée de « classe »), les souliers pointus en cuir glacé façon verni (usés et ignoblement craquelés après 3 mois, et impossibles à cirer), la ceinture à grosse boucle bien carrée en acier brossé, la cravate blanche sur chemise noire (style très prisé par les commerciaux), les chaussures élégantes mais pas cirées (dès que ça demande du soin il n’y a plus personne) etc… Néanmoins toutes ces aberrations ne doivent pas être confondues avec le style « beauf » d’employés plus subalternes chez qui l’on trouvera les chaussettes de sport blanches avec les mocassins noirs, la grosse gourmette, la chemise à manches courtes avec cravate etc…

Le mode de vie. On joue au poker. On va dans des clubs de strip un peu haut de gamme genre « Pink Paradise » dont la cherté permet de déculpabiliser la dimension « cul » grâce à l’admission réservée à une clientèle CSP+ qui a des tronches de Laurent Solly. On fume un joint lorsque l’on rentre du travail. On va au club de fitness pour courir sur un tapis automatique. On pounche avec capote et en cas d’accident on avorte. On va dans des « séjours spas ». On boit des verres avec le patron le soir après le travail. On a trente ans mais on est habillé comme un ado et on s’affale dans les fauteuils.

Les expressions. « C’est bon ça », « bah ouais mais ça lui fait le zgeg », « c’est tip-top ça, c’est chabadou », « on était à Barcelone c’était juste dingue quoi. C’était juste énorme. », « oh non mais gros craquage là ! », « ah ouais gros dossier là ! », « eh man ! ».

Les possessions. Appartement neuf au design épuré c’est-à-dire sans style aucun ni identité, immense écran de télévision et zéro livre, voiture TDSI payée en leasing « ouais passke en fait j’ai ma propre société », vêtements de sportswear dépareillés et comportant de grosses inscriptions et marques.

Le projet de vie. S’amuser le plus possible. La vie est faite pour s’éclater. Un but : le bonheur. La première personne de l’humanité est celle qui s’éclate le plus. Il faut vivre comme une entreprise : profits/pertes, s’éclater/se prendre la tête. Maximiser l’un et minimiser l’autre, c’est tout.

 

3/ La coupure avec le cosmos

Déjà on vit en ville. On marche sur des trottoirs, sur des sols plats et des surfaces isomorphes dans des semelles en plastique, on est isolés complètement du sol, des reliefs du terrain et de la nature. On se déplace immobiles dans des métros, des escalators, des ascenseurs, des tapis roulants, des taxis, on est donc nié dans sa capacité de force physique, réduits à une stricte égalité forcée et indifférenciée avec la femme. On mange une nourriture très élaborée et à forte valeur ajoutée (plats préparés, restaurants…) entièrement pensée pour susciter du plaisir. D’une manière générale on est coupé de l’origine des choses et récompensés par le « plaisir », mot qui revient extrêmement souvent dans les publicités si l’on veut bien y faire attention. Le plaisir est le dernier stade avant la dépression : une fois que l’on a tué la grandeur, tué la légende, tué la tradition, tué la religion, tué le désir, il ne reste plus que le plaisir qui fait surnager l’individu par petites injections comme une intraveineuse de morphine sur un grand brûlé : le plaisir d’offrir, le plaisir d’un yaourt stracciatella, le plaisir d’un bain chaud, le plaisir d’aller chez le garagiste, le plaisir de ceci et cela.

On est structuré par des fondamentaux entièrement mensongers mais très faciles à articuler et à formuler : culpabilité occidentale indue envers les plus bronzés (c’est-à-dire le reste du monde), velléités humanitaires, pensée gauchiste automatique, antiracisme par terreur d’être considéré « raciste », existence de discriminations, « violences policières » etc… On a vu des films que l’on prend pour argent comptant : « Bowling for Columbine », « Le cauchemar de Darwin », « Amen (le Vicaire) », « Danton » ainsi dès lors on considère qu’il est absolument certain et indiscutable que le lobby des armes des méchants blancs tient l’Amérique, que les Africains sont empoisonnés par des Blancs qui viennent pour les voler et baiser leurs femmes, que l’Église catholique a une responsabilité dans la Shoah, que la révolution française est l’acte spontané d’authentiques pauvres en quête de liberté etc… D’ailleurs il est étrange que ces axiomes que répètent 90% des gens comme des perroquets s’avèrent être lorsqu’on les examine de près non seulement des mensonges mais surtout des inversions parfaites : les gens de la NRA sont en réalité ultra-marginalisés, l’Église catholique a sauvé des centaines de milliers de gens de la Shoah etc…  

L’élite qui se coupe de la tradition et donc de l’héritage, transmet logiquement peu : elle fait peu d’enfants (2 maximum), n’a aucune solidarité avec ses compatriotes pauvres (posture à la Eolas : je suis de l’élite et plein de sophismes juridiques avec lesquels je me montre et enfonce mon prochain plus mal loti que moi), plus que jamais « citoyen universel » objectif, qui a tout reçu de son pays mais ne lui rends rien. Tout pour l’humanitaire et les étrangers et rien pour son prochain : toujours cette fuite vers l’abstrait.

L’élite travaille dans le tertiaire et dans le quaternaire : le service au service complètement coupé du travail productif véritable. On vend des services inutiles à des entreprises de services se débattant sur des marchés saturés et en récession, métiers accablés de procédures et de vérifications de procédures, de compte-rendu et de fiche de rapport de vérification de procédures (c’est ce qui se passe en banque, finance, comptabilité, audit, bref tous ces domaines qui avec la fonction commerciale sont les débouchés les plus prisés par les étudiants en ESC), aucun droit à l’initiative individuelle : on applique des procédures prédéfinies.

Il existe une dualité radicale entre travail et loisirs renforcée chez l’élite par la dimension « mercenaire » à laquelle elle souscrit. C’est-à dire que l’on est prêt à s’emmurer d’emmerdements et de travail répétitif extrêmement ennuyeux toute l’année, tout ça pour pouvoir se payer des petits séjours spas aux Maldives. Ainsi il y a cette carotte du « jouir de la vie » : les loisirs sont de plus en plus raffinés et imaginatifs dans le « plaisir » mais dans le même temps les métiers qui permettent d’y accéder sont de plus en plus chiants et abstraits.

On fait peu d’enfants que l’on éduquera dans les valeurs citées plus-haut et dans l’antiracisme compris comme la haine de soi, pendant qu’à côté les parents non-blancs éduquent bien l’enfant dans la fierté et le déploiement de son bien-être dans la société, aux dépens de la société. Cette dichotomie qui a l’air d’un détail en apparence porte en réalité en germe les conditions de désastres effroyables.

L’élite se croit black-blanc-beur et elle l’est sur le papier, mais en réalité elle est profondément nivelée et normalisée, composée de personnages issus d’horizons certes différents, mais tous d’accord sur les mêmes fondamentaux (voir « les valeurs » plus haut). De quelques religions et culture que soient ces gens ils boivent les mêmes alcools, fument les mêmes joints et vivent de la même manière.

Ainsi nous avons ici fait le tour de quelques éléments jugés pertinents pour circonscrire cette étrange élite actuelle. De toute évidence il s’agit surtout d’une élite en devenir et/ou de gens qui se prennent pour de l’élite, constat qui nous mènerait vers une autre problématique : « existe-t-il encore une élite véritable ? ».

Concernant notre exposé nous avons tenté d’établir que cette élite issue du mainstream, abrutie par un mainstream lui-même infecté de subversions diverses, se retourne contre sa base au lieu de l’aider à s’élever elle aussi. Conséquemment à ses carences morales, l’élite fonce dans la vulgarité qui elle-même est un avatar d’un rapport plus global au monde dans lequel l’individu est coupé de tout héritage, transmission, responsabilité et vision à long terme. Si nous devions décrire en deux mots ce qu’est l’élite nous dirions simplement « absence d’humilité ». Or l’humilité est la condition première de toute vie en société, elle est même chez les grands mystiques (Taoïstes, Pères de l’Église…) la vertu racine de toutes les autres vertus. Il n’est pas étonnant qu’en refusant l’attitude d’humilité, l’élite développe en conséquence toutes les tares, iniquités et postures grotesques. S’intéresser à l’élite telle que nous la connaissons aujourd’hui renvoie enfin à la genèse de celle-ci (années 60), lorsque la subversion devint posture conformiste par excellence. Les adolescents de cette époque-là étant devenu aujourd’hui des dirigeants à notre époque, on pourra réfléchir sur les exemples tordus qui sont cependant les seuls dont dispose la jeunesse actuelle. La transmission de témoin étant perturbée, il est logique que le message ne passe plus et que l’on observe une baisse objective du niveau de l’élite au fil du temps. Ce constat ouvre un autre débat, celui de l’éducation, avec en son centre la question que se posent beaucoup de professeurs dépressifs : « que voulons-nous transmettre ? ».

 


Mes plus jolis coups de fric [1]

Actu — Article écrit par le 27 novembre 2011 à 8 h 04 min

Comme vous pouvez le constater depuis maintenant quelques années, XP n’est pas l’un de ces écrivains-papiers-smicards qui infestent la toile et les journaux payants.

Pour le dire autrement, si XP se permet de dire exactement ce qu’il veut, c’est qu’il ne fait pas l’instituteur dans un collège et qu’il n’est pas obligé d’envoyer des piges toutes pourries à Valeurs Actuelles, pour payer son gaz,.. La liberté de faire du fric et de dire ce qui doit être dit, c’est rigoureusement la même chose, et d’ailleurs, en France, si l’on veut faire autre chose que des imparfaits du subjonctif avec sa bouche comme un nègre sorti de la rue d’Ulm ou des moulinets avec sa plume, il faut écrire à partir d’une plateforme américaine, tandis que pour être assuré de ne pas se faire saisir son argent, il est vivement préférable d’avoir son compte bancaire principal à Genève…

Jérôme Garcin, l’un des tchekistes en chef de la République de Arts et des Lettres Française, celui qui anime le famaux Masque et la Plume sur France Inter l’a très bien compris, lui qui ne parle plus jamais de Houellebecq sans l’appeler l’exilé fiscal… C’est parfaitement bien vu de sa part, et c’est vrai que si Houellebecq payait ses impôts en France, il serait à la merci d’une saisie sur ses droits d’auteur et cracherait tellement d’argent à l’Etat que pour faire bouillir la marmite, il lui faudrait tapiner au Masque et la Plume, justement, donner des cours à Science-Po à des pisseuses qui feraient mieux d’apprendre à se servir d’un serpillère et dire du bien des livres de Jean d’Ormesson ou d’Erik Orsenna dans le Figaro littéraire tout en sachant qu’en vérité, ça vaut la poubelle, ce genre de production.

J’aii vendu 150 appartements, dans ma vie…. En clair, ca veut dire que 150 fois, je suis reparti avec un chèque dans la poche, et comme dit le poète, ce fric n’était pas le produit de mon orgueil et de mon ennui, mais qu’il s’agit d’un pognon que j’ai gagné pour de vrai, en me rendant à tous mes rendez-vous avec ma sacoche en cuir noir… Accessoirement et peut-être pas tout à fait, je me suis anisi forgé un terrain d’observation imprenable, je me suis fait des souvenirs à vous raconter, et j’ai scruté ce que les moralistes du Grand Siècle appelait des Caractères.

[1] J’avais quelques mois d’expérience à peine, quand j’ai pris à la vente la maison de P… , un sicilien qui faisait alors une dépression nerveuse.

La difficulté de l’opération résidait dans le fait qu’il avait bâti une maison splendide sur une petit parc de 3000 m2 dans un style mussolinien, mais que faute d’argent, il avait construit son palais à deux pas d’une zone industielle… En conséquence, il en voulait beaucoup plus que ce que vaut une propriété nichée à côté d’une zone industrielle, mais moins que ce qu’elle aurait valu si elle s’était trouvée 1 kilomètre plus loin, dans la campagne… Il en était désespéré, il avait les yeux tout rouges quand il m’en parlait, et il me faisait bien comprendre qu’il comptait sur moi pour le tirer de sa merde…

J’ai passé une annonce dans la presse pour faire rêver le quidam qui cherche une villa mussolinienne avec des filles ou des lions en platre disséminés de partout dans le jardin ainsi qu’un escalier hollywoodien qui mène la porte d’entrée, mais qui ne tombe que sur des pavillons-jumelés qui sentent la loose… Il a fonctionné, mon truc, puisque un type m’a appelé un soir à 18 heures en me suppliant d’organiser une visite tout de suite, à 19 heures, à trente kilomètres de là… Nous y somme allés, mon acheteur m’a dit qu’il prenait, qu’il lui fallait encore montrer la propriété à ses parents le lendemain midi, mais qu’ils s’agissait une formalité…

Je suis rentré chez moi, mais avant, je me suis arrêté dans un bistrot pour me saouler la gueule, tellement j’étais euphorique et fier de moi… Songez, tout de même, 7000 € de commission dont la moitié pour moi, on serait satisfait à moins… Seulement voilà, il est très possible que je traîne dans mon sang quelques ascendances juives, que j’ai reçu le gêne de l’inquiétude en héritage, et toujours est-il qu’au bout du troisième verre, je me suis dit qu’elle allait foirer, cette histoire, que tout allait trop vite et qu’il y avait une couille, dans le potage.

Fort de cette intuition de femelle, le lendemain, je ne suis pas arrivé à midi, mais à 11h30, pour parler avec mon sicilien, et le gus m’a dit que je ne ferais pas l’affaire, qu’il avait informé un autre acheteur de ma visite et que la maison n’allait donc pas se vendre à 250 000 €, puisqu’il avait fait surenchérir l’autre à 251 K€…

C’était donc une parfaite petite frappe, mon rital sous Prozac, une saloperie, mais j’ai eu l’éclair de génie de ma vie, en l’entendant me dire tranquillement qu’il allait me faire une saloperie en toute bonne conscience: comme il venait de m’annoncer qu’il allait signer la vente de sa maison deux jours plus tard en commettant l’imprudence de me donner l’adresse du notaire et même l’heure exacte du rendez-vous, je lui ai suggéré de faire semblant de vouloir vendre la maison à mes clients, pour se foutre de leurs gueules…

Je vous jure que ce crétin n’a pas marché, mais qu’il a trotté…. Il avait une femme hideuse qui pendant la vraie fausse visite a poussé la porte des chambres de ses gamins en disant aux petits de mes clients ce sera ta chambre, et tout en me faisant de gros clins d’oeil… Je répondais par d’autres clins d’oeil, évidemment, mais en me disant tout bas tu vas voir ce qui va te tomber sur la gueule avant ce soir, grosse truie..…Je me souviens que ces deux ritals du Diable avaient une fille de quatorze ans qui ressemblait à Coluche, qu’elle avait la même salopette et le même nez…. Elle aussi, elle faisait de gros clins d’oeil, pendant la vraie fausse visite…

A la sortie, j’ai expliqué à mes clients le coup de vice que venaient de leur faire ces gens, je les ai informé que s’ils se prétaient acquéreurs tout de suite au prix indiqué par moi dans la presse, la villa était à eux, que c’est la loi, qu’elle vient de loin, puisque que nos grands-parents se vendaient une vache en se touchant la main, je leur ai fait signer une promesse d’achat sur le coffre de ma voiture, et le matin suivant, à neuf heures, j’ai chargé mon huissier attitré Maître N’Kaoua d’ envoyer un exploit au rital pour qu’il sache que son nid d’aigle était officiellement vendu par mes soins…

Le sicilien m’a bien entendu téléphoné dans la foulée pour me traiter d’enculé, de petit merdeux, de connard qui n’enlève même pas ses chaussures quand il rentre chez lui, qui salopait ses moquettes, et tout en me signifiant qu’il en avait rien à foutre de mon huissier juif, qu’il vendrait sa maison à qui il voulait, qu’il irait signer sa vente chez son notaire à l’heure prévue… Malheureusement pour lui, j’ai aussi envoyé un exploit d’huissier chez le dit notaire en sachant bien que ces gens ne prennent jamais de risque, et qu’il renverrait tout le monde à la maison… Le sicilien a fait la gueule une semaine, mais on a conclu l’affaire…

Elle a été épique, la semaine en question, vous pouvez me croire… Comme le rital de merde voulait me tuer, il n’était pas question que je retourne chez lui pour arranger l’affaire, et ce sont deux collègues à moi, qui s’en sont chargés, un soir… Figurez-vous qu’à la fin, il a refusé d’ouvrir son portail, le rital, que mes deux camarades ont été obigés de l’enjamber, et qu’au moment où ils se sont trouvés à cheval sur les portes, il s’est mis à les activer, pour se venger et les prendre en photo, tandis qu’ils faisaient les guignols à onze heure du soir et cinquante ans passés….

Que de souvenirs, tout de même… Aux dernières nouvelles, le rital sous Prozac serait mort depuis longtemps et sa fille qui ressemble à Coluche serait caissière à Conforama…

Bien fait pour leur gueule à tous les deux.


Garanties de la moralité

Citations — Article écrit par le 27 novembre 2011 à 0 h 52 min

La morale ne peut se maintenir que si elle se réalise dans certaines institutions ; au cours du dix-neuvième siècle la démocratie a réduit à presque rien chez nous les autorités sociales et a fort amoindri la famille ; un extraordinaire développement des congrégations religieuses avait pu compenser, dans une certaine mesure, les pertes subies par les forces de la moralité ; la démocratie les a supprimées sans que l’opinion des gens éclairés ait paru comprendre la portée de ces proscriptions. Nos mœurs finiraient-elles par ne plus avoir pour garantie que les exhortations des Aliborons laïques ?

Georges Sorel, in L’indépendance, n° du 15 déc. 1911, p. 279.

Étiquetté :

Barbarie et civilisation

Politique — Article écrit par le 25 novembre 2011 à 19 h 11 min

La meilleure illustration de ce rapport entre barbarie et civilisation n’est pas une scène de bataille, mais une scène de la vie quotidienne, telle qu’on peut encore en trouver aujourd’hui dans nos cuisines et poissonneries. Une banalité qui la rend d’autant plus forte, puisqu’elle nous questionne tous. Une nature morte peinte par Chardin. La raie.

Chardin - La Raie

Qu’y voit-on ?

Des huîtres ouvertes, certainement toujours en vie, à qui on laisse reconstituer leur seconde eau, en vue de la dégustation. Des poissons morts. Et un chat attiré par l’odeur. Mais surtout, magnifique et effrayante, une sublime raie suspendue à un crochet de boucher, les viscères arrachées par quelques mains habiles. Et un couteau dont le bout de la lame est dissimulée sous un linge, mais dont on perçoit des traces de sang sur le manche. Peut-être celui de la raie, ou une coupure faite pendant l’ouverture des huîtres. De quoi laisser suspecter un drame.

Mais plus loin, c’est une métaphore de la civilisation. Pour déguster des plats sophistiqués, aux chairs fines et apprêtées avec goût, dans de jolies assiettes de porcelaine et avec des couverts en argent, il faut d’abord tuer. Mais pas seulement, aussi réaliser des actes de barbaries. Vider un corps de ses organes internes, après l’avoir incisé, les arracher, habiller le poisson (c’est-à-dire le débarrasser de tout ce qui n’est pas consommable et ce qui dérangerait le palais), et le faire cuire selon des techniques longuement élaborées. La gastronomie qui constitue un thermomètre de la civilisation est aussi le lieu de crimes en son nom. Et cette raie impressionnante, déchirée par la main de l’homme en vue de sa consommation, en est le témoignage.

Loin de la culture delavie prônée par un Vatican post-moderne, cette peinture montre que pour vivre, il faut tuer. Tuer des animaux pour s’en nourrir, mais aussi d’autres hommes, qui pourraient ne pas être bien disposés à notre égard. Vivre n’est pas la facilité, c’est être un prédateur, même si nos univers douillets peuvent nous le faire momentanément oublier.

L’une des marques de la civilisation qu’est l’art culinaire, qui nous élève si haut au-dessus de l’animal et des primitifs, nous rappelle aussi notre nature, et que la civilisation n’est pas possible sans une dose de barbarie. Qu’elle en est même le moteur.

L’homme occidental s’altère, quand il n’est plus capable d’associer un haut niveau de civilisation avec un haut degré de barbarie, par l’intermédiaire de l’art. L’homme occidental, son archétype, c’est le poète, le philosophe, le peintre, l’écrivain, qui contemple l’horreur de la guerre qu’il a lui même répandu et qui en tire une expression artistique.

L’Occident naît dans un récit. L’Iliade. Une guerre, cruelle comme toutes les guerres, mais celle-ci d’autant plus qu’elle est un combat à mort. Une suite de violences, d’actes de barbarie, commençant par le sac du temple d’Apollon, et finissant par l’incendie de la ville, le massacre et la réduction en esclavage de la population. Avec entre les deux, l’épisode de la colère d’Achille, où il traine derrière son char le corps d’Hector, à qui il refuse une sépulture.

Un épisode commun dans l’histoire mondiale. Mais ce qui fait la différence, ce qui marque la naissance de notre civilisation, c’est qu’à partir de ces scènes sordides, on construit un récit épique en vers. Des chants. L’art transforme la violence, le sang et les larmes, en œuvre majeure d’une beauté qui rayonne jusqu’à nos jours. Et qui donnera naissance à un nombre incroyable d’œuvres d’art, de commentaires, de pensées, de réflexions historiques, poétiques, etc… La guerre engendre la civilisation.

L’Occident c’est la conjonction de la barbarie et de la civilisation à travers l’art. Nous sommes les meilleurs pour tuer, nous étions les plus impitoyables, une mécanique implacable qui parvenait toujours au même résultat : la capitulation sans condition de nos ennemis. Et de cela, nous avons engendré la beauté, des formes subtiles de civilisation, délicates et imagées. Des tableaux, des sculptures, des symphonies, des romans, des monuments, des bâtiments resplendissants, etc…

Nous étions des barbares courtois. Violents et velléitaires, mais aussi sensibles et fins. Et parfois ces qualités se sont retrouvées dans les mêmes hommes, qui de cette lie originelle ont créés des œuvres supérieures qui nous parlent encore.

Ce qui nous oppose aux musulmans, comme à tous les autres hommes, c’est notre rapport à l’art. Mais surtout pas la violence. Car nous l’avons maitrisée comme personne d’autre.

Alors oui, soyons des barbares raffinés. Car la civilisation n’est pas le contraire de la barbarie mais sa sublimation.


Étiquetté : , , , ,

Exemple de politique franco-keynésienne (tripleuhA minimum)

Economie — Article écrit par le 25 novembre 2011 à 14 h 36 min

Frédéric Mitterand le reconnaît lui-même, l’opération est un échec cuisant avec seulement 50 000 ventes en 1 an.

Lancée en octobre 2010, la carte musique jeune a pour vocation d’encourager le téléchargement légal. Avec cette carte, l’objectif du gouvernement qui finance l’opération à hauteur de 50%, est de proposer aux 12-25 ans de pré-payer pour 5, 10 ou 25 € de musique numérique, et d’être crédités du double !

Les numériques

 

Le financement de ladite carte a été envisagé sur la base de plusieurs modèles économiques successifs. Il fut, au départ, question d’une contribution de la part des ayants-droit. Une hypothèse vite évincée. Le gouvernement s’est alors tourné vers les fournisseurs d’accès à Internet. Le ministère de l’Industrie s’est opposé pour le moment à cette idée. C’est donc finalement Bercy qui mettra la main à la poche – des contribuables – pour sortir 25 millions d’euros annuels, le plan s’étendant sur trois ans. Chaque site partenaire du projet recevra 5 millions d’euros.

 

Idem

 

Donc, pour vendre -à la très grosse louche- 1,5 millions d’€ de musique, l’Etat a déboursé 75 millions d’€ de subventions.

 

La monde de la production musicale pourrie des copains culture et de l’innovation qui innove dans des trucs rentables et citoyens dit Merci Fredo, Merci Carla.

 

Étiquetté : ,

Motörhead

Actu — Article écrit par le 24 novembre 2011 à 16 h 26 min


Citation Récupération en passant

Citations — Article écrit par le 23 novembre 2011 à 23 h 04 min

Au lieu de s’occuper du soin de protéger l’innocence, et de veiller à la sûreté des honnêtes gens (cette portion la plus précieuse de la société que nos lois ont toujours eu principalement en vue ; parce que ce n’est que par eux qu’elle peut subsister), nos prétendus nouveaux réformateurs, oubliant entièrement les vrais intérêts de cette humanité qu’ils nous prêchent si fort, semblent vouloir la réserver principalement en faveur de ceux qui en sont les fléaux et qui la déshonorent.

— Muyart de Vauglans, Lettre sur le système de l’auteur de L’Esprit des Lois, 1785.

Étiquetté : ,
Titre :

Lien :

Description :

Fermer