Choix de société ?

Politique — Article écrit par le 17 octobre 2011 à 1 h 02 min

Par Diagoras
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A l’heure ou les convictions de nombreux français vacillent devant les implacables réalités politiques et économiques, le besoin de réforme se fait sentir. Le citoyen commence à voir que le pays va concrètement droit dans le mur. Chute des exportations, chômage irréductible, inflation, dette grandissante, système scolaire aux abois… les sujets de réforme ne manquent pas. Cet état de fait alarmant amène de très nombreuses discussions politico-économiques dont on peut constater régulièrement que la conclusion est « il s’agit d’un choix de société ». Apparemment notre avenir est suspendu à ces choix, et nous ferions bien de pas prendre la mauvaise solution.
Alors comme je suis bête et discipliné, j’ai commencé à étudier ces choix, à farfouiller…

L’impression générale que donnent toutes ces discussions, c’est qu’il faut faire le bon « choix de société » car l’état du pays en serait dépendant. Mais cette expression est vague.

  • Elle semble tantôt dire que les citoyens choisissent le type de société dans la quelle ils vivent.
  • Et tantôt que la société impose des choix aux gens qui vivent en elle.

On ne sait déjà pas si la société est l’acteur du choix ou l’objet du choix. Mais la confusion va au delà. On ne s’accorde pas nécessairement sur le terme « société. » En effet, les débats sur la santé sont souvent intégrés dans les choix de société. Les débats sur l’éducation, sur les contrats de travail, sur l’ouverture des frontières, les normes sanitaires, les lois vestimentaires, les lois environnementales, les lois conjugales, la prohibition de certains stupéfiants, les lois sur la laïcité, l’immigration… C’est fou tout ce qui se rapporte aux choix de société. J’ai donc chercher a savoir ce qui différenciait un choix de société d’un autre choix.

Et c’est la que ça se corse : j’ai du mal a trouver des questions polémiques qui ne soient pas référencées comme des « Choix de société » (on appellera dorénavant les choix de société « CDS » jusqu’à la fin de l’article.). A croire que si ce n’est pas un CDS, on n’en parle pas. Il semblerait pourtant que l’opposition CDS et choix personnel soit pertinente, ce qui pourrait nous aider dans ce travail de définition. Mais étant donné la quantité de CDS, on peut se demander dans quel domaine l’individu est réellement acteur, ou réellement objet du choix. Pourtant les choix personnels devraient être fondamentaux. Ce que chacun choisit pour lui même marque et influence le destin des individus. Ça devrait être ce qui dirige nos vies, ce qui traduit nos valeurs en actes. Discuter de choix personnels et de leur pertinence, devrait être la principale préoccupation des gens qui veulent prendre leur propre destin en main. On devrait se poser des questions en permanence sur les choix qui s’appliquent à nos vies. Pourtant il semble que les « grandes questions » , celles qui vont décider de notre avenir, ce sont des questions de CDS. Ce pour quoi les gens sont prêts à se battre, à militer, à argumenter, discuter, à étudier, ce sont des CDS.

La société a de nombreuses définitions, la somme des interactions humaines, l’organisation d’un groupe d’individus, le résultat des jeux de domination… Il y en a pléthore. Cependant elles ont toutes un point commun, elles traitent de l’environnement social. La société est donc déjà un environnement, une réalité dans laquelle on se trouve, (ou pas). Des lors, un CDS pourrait tout simplement devenir un choix d’environnement. Belle lapalissade me direz vous, et pourtant, choisit t-on réellement son environnement ?

Mon grand père, (paix à ses cendres) disait a qui voulait l’entendre et plus particulièrement a ses petits fils, que « tout choix est un renoncement ». C’est à la fois vrai et faux. Un choix c’est effectivement renoncer, mais c’est renoncer à tout sauf ce que l’on choisit. Ce n’est donc pas un renoncement mais souvent plusieurs et fréquemment même une infinité de renoncements. Finalement, faire un CDS c’est interdire à la société de devenir quoi que ce soit hormis ce qu’on a choisi pour elle, à moins que ce ne soit ce qu’elle a choisi pour nous. D’où ma question : malgré notre sérieux dans ces questions, est-il toujours bien sérieux que pour des choses aussi importantes que notre santé, l’éducation de nos enfants, ou encore notre retraite, nous nous en remettions a l’environnement social ? Ce que j’essaye de montrer ici c’est que lorsqu’on dit d’une question polémique qu’elle procède d’un CDS, on a déjà fait un choix. On a fait le choix de s’en remettre à la collectivité pour se décider sur cette question. On a déjà choisi de transférer notre responsabilité individuelle sur la société, on a déjà fait le choix de vouloir influencer plutôt l’environnement que soi même.

L’interprétation que j’ai tendance a faire de cette observation n’est pas très consensuelle. Certains la trouveront même insultante (tant mieux, si ça les fait réagir un peu). Les CDS sont là pour ordonner, organiser, et construire une société. C’est donc l’expression la plus parfaite du constructivisme politique dans tout ce qu’il a de plus méprisable. Le double sous entendu de l’expression CDS est d’ailleurs révélatrice : Tout le monde a dans l’idée qu’un CDS est une espèce d’action démocratique où chacun exprime ce qu’il veut que la société soit. Dans la réalité, un CDS est plutôt un choix imposé aux individus, par la société, à travers la loi. Quand on dit que la retraite par répartition est un choix de société, c’est faux. Quels individus ont choisi ce système en France a l’heure actuelle ? Ceux qui ont fait ce choix sont la plupart morts ou en passe de l’être. Les cotisants et même la majorité des bénéficiaires se sont contentés de subir un choix qui a été fait pour eux. Nombreux sont ceux qui ont accepté de bon cœur, encore plus nombreux sont ceux qui ont suivi le mouvement sans se poser de questions en croyant que ça avait toujours été comme ça… La société actuelle a-t-elle choisi la répartition ? On peut se le demander. Si elle en sort, ce sera un choix ou une obligation devant l’impossibilité de payer ? Quand on dit que c’est une choix de société, on prend le parti de décider que la retraite est une prérogative de l’Etat. Sinon c’est un choix personnel. Et c‘est cela que je trouve dangereux.

Quand on parle de CDS, on parle d’étatisme. Quand on dit que l’éducation est un CDS, c’est parce que l’éducation nationale est prépondérante, obligatoire et surtout obligatoirement financée par l’impôt. Quand on dit que le système de sante est un choix de société c’est surtout vrai parce que sortir de la sécurité sociale est encore illégal (ou pas d’ailleurs, on sait pas trop) et que donc tout choix personnel est effectivement impossible, à cause de la loi. Quand on dit que la durée du temps de travail est un choix de société c’est vrai également parce que la durée de travail est déterminée elle aussi par la loi et que transiger c’est se mettre en tort vis-à-vis de la loi.

J’en conclue donc que la plupart des CDS sont des escroqueries intellectuelles qui essayent de nous faire croire que l’étatisme nous laisse le choix alors qu’il limite nos choix au strict minimum : Tu es d’accord ou tu affrontes les fusils de la République qui veulent te mettre en taule. Un CDS c’est une négation des choix personnels, un CDS c’est un mensonge qui abrite le despotisme. Aussi quand on me parle de choix de société j’ai pris l’habitude d’entonner l’internationale (en chantant faux, je vous rassure…). La société est un résultat issu des interactions entre individus. Elle n’a donc ni à choisir ni à être l’objet d’un choix sauf a vouloir basculer dans le totalitarisme. En fait c’est un des signes qui ne trompe pas. Toute personne qui vous parle de CDS avec enthousiasme ou résignation est un despote dans l’âme qui pense que ces choix sont légitimes et justifiables. Ce qui est encore plus frappant, le plus effrayant, c’est a quel point cette expression est fédératrice. Quand deux débatteurs ne veulent pas franchir la limite du conflit, souvent ils désamorcent ça en disant que c’est un choix de société, sous entendu démocratique, sous entendu « peu importe la décision elle sera légitime puisque c’est celle de la société ». C’est fédérateur parce que c’est étatiste et donc très français.


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    8 commentaires

  • NOURATIN dit :

    Et terriblement con!
    Bravo, démonstration implacable et conclusion incontournable. Il fallait bien que quelqu’un s’attaque à cette espèce d’escroquerie intellectuelle
    dont personne avant vous ne semblait se préocuper. Le jour-improbable- où
    les démocrates de mes deux nous foutronr la paix avec les CDS, les choses
    commenceront peut être à s’arranger.
    On peut toujours rêver…

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