Non, les émeutes londoniennes ne sont pas raciales

Economie — Article écrit par le 10 août 2011 à 14 h 31 min

Il est évidemment tentant de transposer notre petite expérience de 2005 dans l’Angleterre d’aujourd’hui. D’autant que le point de départ semble similaire : un criminel coloré flingué avec raison, ce dont on ne peut que féliciter la police de Sa Majesté.

Mais à l’évidence ces émeutes ne sont pas raciales. Autant celles de 2005 en France étaient clairement des émeutes du Ramadan et avaient non une composante raciale mais un caractère racial essentiel, réunissant surtout des noirs et des musulmans, autant les émeutes de Londres n’ont qu’une — ou plutôt ont des composantes raciales indéniables, mais pas plus.

D’abord les émeutiers ne sont pas tous noirs ou « asiatiques » — ce qui en anglais poli veut dire pakistanais, indien, musulman et tout ce qui s’y ramène. Même en supposant que certains medias anglais trient les photos, il y a des pillards blanc, bien anglais, et qui ne se font pas bolosser pour leur butin par leurs compagnons d’émeute.

Ensuite, il y a des victimes qui ne sont pas blanches, en nombre important. Ainsi des Turcs se sont-ils mis à taper sur des noirs qui voulaient mettre à sac leur quartier plutôt que de se joindre aux émeutiers pour se diriger vers un quartier blanc, ce qui aurait été concevable dans une émeute raciale.

Sans doute les quartier multiethniques ont été les premiers à flamber. Sans doute une majorité d’émeutiers n’est pas composée de bons anglais bien blancs. C’est somme toute banal de le constater, pour de simples raisons sociologiques : on ne pille pas quand on habite le fond du Kent ou Chelsea. On ne met pas le feu aux immeubles quand on est arrivé péniblement à acheter un bien immobilier à Londres, même dans un quartier très banal. On pille et on met le feu quand on n’a pas tout cela à perdre. Un certain nombre d’autorités locales l’ont bien compris, qui ont d’ores et déjà déclaré vouloir expulser les émeutiers identifiés des logements sociaux qu’ils occuperaient. Peut-être y a-t-il des cris racistes anti-blancs ici et là, mais ils semblent bien rares.

Sans doute aussi la paralysie de la police anglaise est-elle en partie due à sa peur panique d’être accusée de racisme ou de violences contre des « communities ». On sait que depuis des décennies cette peur, issue d’un complexe de culpabilité coloniale, est commune aux deux partis qui alternent au pouvoir. Chez les conservateurs cette orientation dominante depuis l’éviction d’Enoch Powell a été un peu écornée par David Cameron, qui a récemment parlé de « britishness » pour flétrir le multiculturalisme. Que la police et les autorités londoniennes soient si sensibles au politiquement conforme n’a rien arrangé, c’est donc entendu aussi.

Reste que ce ne sont pas tant des émeutes d’immigrés contre les Anglais de souche que des émeutes de pauvres contre les riches, ou ceux qui sont perçus comme tels car ils sont du bon côté de la société de consommation capitaliste et technique. Avec le cortège de pillages de magasins de sport, de mode, de parfums, de hi-fi et autres stands de cigarettes que ces mots peuvent recouvrir dans les faits.

Les émeutes de Londres sont les premières émeutes importantes à l’échelle d’un pays à accompagner la mort des États providence européens, la faillite définitive dans la dette des ridicules ambitions sociales-démocrates qui pourrissent notre continent depuis plus de soixante ans. Appelez ça modèle républicain, modèle Rhénan, Welfare ou nouvelle société, c’est la même chose.

Car ces pauvres, malgré les apparences, sont des enfants gâtés. Et ils réagissent comme tous les enfants gâtés qu’on prive brusquement de leur jouet ou de leur quatre heures.

Je dis bien ces pauvres. Car en Angleterre comme chez nous il existe aussi une vraie grande pauvreté, mais celle là n’organise pas d’émeutes avec des Blackberry achetés grâce à l’argent redistribué par les politiciens à travers des allocations sociales. Car ces allocations arrivent rarement à ceux, vraiment en grande difficulté, qu’il serait légitime d’aider.

L’immigration excessive depuis des décennies accroît bien entendu ces données, mais ne fait que les accroître et les compliquer.

Cette révolte des allocataires et autres bénéficaires, de ceux qui on l’habitude de percevoir largement de l’argent volé aux autres par l’impôt ou volé à l’avenir par l’emprunt, touche le pays qui a été le plus socialisé d’Europe, qui est allé le plus loin dans l’État providence, jusqu’à son absurde système de santé actuel auquel même Margaret Thatcher n’a pu toucher significativement. On a oublié à quel point le collectivisme social forcené avait fait du Royaume-Uni l’homme malade de l’Europe des années 70.

Aujourd’hui la pression fiscale a diminué et il serait périlleux pour le gouvernement de David Cameron de la réhausser significativement, électoralement périlleux mais aussi en raison de la loi de Laffer. Quant à la dette, on sait ce qu’il en est. Si bien que peu à peu et malgré les abrutis comme Stiglitz, on voit céder devant le réel les ahurissantes stupidités keynésiennes qui reviennent in fine à prétendre qu’il suffit d’emprunter ou de créer de la fausse monnaie pour que tout aille toujours bien.

Ces gens habitués à recevoir de l’argent pour tout, sous tout prétexte, sans jamais être contraints de créer de richesse réelle en investissant cet argent, donc habitués à détruire de la richesse — c’est la seule chose que sache faire le socialisme —, continuent différemment à faire ce qu’ils ont toujours fait. La richesse détruite quand on met le feu à un magasin ou qui y est pillée est seulement plus spectaculaire à voir que celle détruite via les mécanismes de l’État-providence, dont les émeutiers ont bien compris qu’on allait les sevrer en grande partie, pour simple cause de faillite et d’impossibilité de rembourser les dettes contractés.

Il faut ajouter à cela l’âge des émeutiers, génération qui en raison même de la perpétuation de l’État-providence en faillite, de ses constructions sociales à base de redistribution plus que d’épargne individuelle, a le sentiment, souvent juste, de se retrouver condamnée à payer d’une manière ou d’une autre, pour l’imprévoyance et les doux rêves sociaux de leurs aînés.

L’alliance est alors naturelle entre ceux des immigrés qui ont l’impression éternelle que l’homme blanc leur doit quelque chose et ce demi-prolétariat, où les anglais de souche sont nombreux, qui croit lui qu’un magot est caché quelque part et que l’État pourrait le taxer à leur profit, ce qui leur permettrait de continuer à profiter d’aides sociales généreuses. Dans les deux cas, tout un discours idéologique en faillite où se mèlent socialisme, marxisme, communisme, tiers-mondiste, idéologie écologique ou encore christianisme dévoyé est à leur disposition pour légitimer cette évidence qu’ils ressentent : on ne leur enlèvera pas ce qu’on leur doit de leur point de vue et à quoi ils sont habitués. Du moins pas sans qu’ils cherchent à tout casser.

Dès lors, la rigueur financière anglaise, même annoncée plus que réelle encore, ne pouvait qu’aboutir à ces émeutes.

Dans les pays européens qui ont pris l’autre chemin avec l’euro, soit une réforme financière de façade accompagnée du laxisme de la BCE qui mènera à l’altération de la valeur de la monnaie, les émeutes dues à la même conjonction entre immigration et appauvrissement viendront aussi. Elles seront sans doute plus graves. En effet, le processus économique par lequel les alcooliques finaux de la dette se font confisquer leur bouteille sera encore moins qu’en Angleterre compréhensible au citoyen lambda sûr de ses droits soziaux, et d’autre part il ne manquera pas de bistrotiers politiques pour leur promettre un dernier verre en échange de leur vote (on peut d’ailleurs noter qu’en Angleterre Milliband a été plutôt responsable, l’éloignement des prochaines élections aidant sans doute). Or voter ne change rien à la réalité, qui est tragiquement simple : les modèles européens sont en faillite sous le poids de leurs dettes qui ont servi durant des décennies à financer des gabegies inconcevables et des dépenses de fonctionnement stériles plutôt que des investissements. Si bien que les seules économies significatives qui pourront être faites consisteront à couper à la hache dans les dépenses sociales et assimilées.

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    116 commentaires

  • VonMises dit :

    OK les chaves participent aux émeutes autant que les afro-caribéens.
    Mais immigration et Welfare state s’autoalimentent , et les émeutes
    n’auraient pas pris une telle dimension s’il n’y avait que la white trash.
    Enfin tout ceci n’est qu’une aimable plaisanterie comparé à
    ce qui va se passer aux USA quand il faudra faire de vraies coupes budgétaires.
    Burn baby burn remember ?

  • Nebo dit :

    D’après le père Debré, la majorité des émeutiers seraient, en effet, des Caraïbes et ne sont pas musulmans. Les jeunes musulmans doivent s’en mordre les couilles d’être en plein Ramadan et de ne pouvoir se joindre aux festivités. :-D

  • Lounès dit :

    Pas du tout c’est une révolte SOCIALE et LEGITIME dont Gérard Noiriel, Dominique Wolton et Gérard Miller nous avaient pourtant bien mis en garde.

    Ces vénérables-là étant moins actifs ces derniers temps, l’admirable Karim Miské a courageusement pris leur suite: « À quinze mètres de là, une voiture brûle, seul signe que les émeutes urbaines qui secouent la France sont arrivées ici. Je suis pris d’un sentiment d’irréalité. Frappé surtout par la beauté de la scène. Les CRS eux mêmes ont disparu, me voilà seul face à cette voiture en flammes. La question du sens ne se pose plus. Les interprétations sociologiques qui s’étalent quotidiennement dans les colonnes des journaux et sur les plateaux de télévision se dissolvent face au spectacle de cette carcasse de voiture en train de se consumer. La magie. La beauté du feu. »

    « je suis pris d’un sentiment d’irréalité » aya refré comment tu décris bien les sensations! Comment tu sais bien retranscrire l’émotion!

    Fabuleux. http://blogs.lesinrocks.com/karim-miske/2011/08/10/du-val-fourre-a-tottenham-beau-comme-une-voiture-qui-brule/

  • VonMises dit :

    Qu’ils lui fassent le coup du collier à l’africaine et on pourra dire « beau comme un journaliste des inrocks qui brule »

  • Ignatius dit :

    Très intéressant votre article. Un bol d’air frais dans une lecture ILYS se résumant souvent à l’équation White vs Big Other ( vision simpliste et surtout très rassurante )

  • Rosco dit :

    Les émeutiers sont majoritairement des noirs, et le revendiquent. Certes, des blancs participent aux pillages, mais principalement dans les villes du nord de l’Angleterre (Manchester, Liverpool), là où il y a comparativement bien moins de noirs qu’à Londres et où la racaille blanche existe de longue date. Les « chavs » se reconnaissent sans problème dans la sous-culture négro-américaine importée en Europe via le rap.

    Le fait que les « asians » ne se soient pas joint aux noirs pour saccager les quartiers blancs prouve surtout que les noirs et les « asians » ne peuvent pas se blairer. Je ne crois pas que les « asians » portent les blancs dans leur coeur, mais je pense que quand ils ont vu des hordes de noirs débouler pour mettre leur quartier à feu et à sang, ils ont compris quelle était la priorité.

    Ceci dit, l’opposition pauvres/riches (ou moins pauvres) est valable, mais surtout car elle recouvre parfaitement des divisions raciales. Partout dans le monde, lorsque des noirs côtoient d’autres communautés au sein d’une entité politique, ils sont toujours dans la frange la plus pauvre de la population. Lorsqu’ils attaquent les sikhs, paki et autres, il s’agit de commerçants, de gens travailleurs attaqués par des incurables bons à rien.

    Quant à savoir pourquoi les noirs ne deviennent jamais millionnaires autrement qu’en jouant à la balle ou en faisant de la musique, la réponse est simple : c’est à cause du wacisme.

  • VonMises dit :

    Et même dans la baballe où la musique il s’agit de discrimination positive ,
    aux niveaux de revenus atteints : pourquoi croyez vous qu’on tolère que les clubs de foot et maintenant l’organisation de concerts soient lourdement déficitaires ?

  • Johnny Ali Day dit :

    Les vandales sont des crevures capitalistes :

    http://www.youtube.com/watch?v=sXcI-NL3Tro&feature=player_embedded#at=41

    -I live there and I’m astounded of what you’re doing here…

    -We’re getting our taxes back.

    Vos circonvolutions me font trop marrer quand vous voyez un blanc parmi des casseurs. Y’avait eu exactement le même genre de commentaires pour un court métrage anglais (!) (le père qui se faisait bolosser etc etc).

  • Nebo dit :

    « Les vandales sont des crevures capitalistes. »

    Bien pire que ça… ce sont des capitalistes qui s’ignorent et c’est en cela que ce sont des crevures.

    • Johnny Ali Day dit :

      Un vandale averti en vaut deux!

      • XP dit :

        J’ai beau chercher, je ne vois pas le rapport entre le capitalisme et ces émeutiers. Qu’est(ce que c’est encore que ces histoires?

        Vous m’auriez dit que ce sont des socialistes qui s’ignorent, j’aurais à peu près compris, mais là…

        C’est un gag?

        • Nebo dit :

          Cher XP, pour avoir pratiqué ces abrutis en ex-Yougoslavie socialiste, je peux t’affirmer que leurs voeux les plus chers étaient de parvenir aux mêmes résultats de prospérité économique de l’Ouest en appliquant ce qu’ils appelaient, sans rire, « un capitalisme d’état ». Il y en a même qui m’ont dit : « nous aussi nous sommes capitalistes, mais notre capitalisme est un capitalisme d’état qui gère les inégalités. »

          Ces crevures qui braquent des magasins en osant affirmer qu’elles se remboursent leurs impôts (!!!!!!!!!!!!! on se demande ce que cet argument vient foutre ici !!!!!!!!!!) indiquent qu’elles sont des capitalistes masquées voire inconscientes dans le sens où elles aspirent à accéder aux biens de consommations que seule une société capitaliste et libérale promet et offre… mais elles sont socialistes dans le sens où elles refusent de se retirer les pouces du cul, de se retrousser les manches pour se mettre au boulot afin de les obtenir les moyens de consommation en question. Elles préfèrent les prendre à ceux qui ont dignement bossé pendant qu’elles faisaient les cigales en crachant dans la soupe et en pissant sur le système.

          Bref, ce sont aussi des schizophrènes comme tout merdeux de Gôche, ou tout émeutier empli de ressentiment qui refuse de se regarder dans une glace.

          • XP dit :

            « Ces crevures qui braquent des magasins en osant affirmer qu’elles se remboursent leurs impôts (!!!!!!!!!!!!! on se demande ce que cet argument vient foutre ici !!!!!!!!!!) indiquent qu’elles sont des capitalistes masquées voire inconscientes dans le sens où elles aspirent à accéder aux biens de consommations que seule une société capitaliste et libérale promet et offre…  »

            Ca prouve que ce sont des socialistes (si l’on veut à tout prix s’amuser à ce petit jeu), dans la mesure où ils veulent s’approprier des richesses du système capitaliste en décrétant que le dit système les leur a volé.

            A ce compte là, les communistes qui nationalisent sont des libéraux, puisqu’ils s’emparent des richesses que le capitalisme a créee, et les barbaresques étaient des chrétiens, puisqu’ils volaient les cloches des Eglises.

            • Nebo dit :

              T’exagère XP… c’est ce que je dit ensuite. Commence pas à penser comme un docteur à babouches… pffff, la subtilité de ma langue t’échappe ! :-D

            • XP dit :

              @Nébo

              J’exprimais un désaccord avec toi:

              Selon moi ils ne sont pas schizophrènes mais parfaitements cohérents.

              Ils se sentent exclus du système libéral, ils le jugent mauvais car inapte à les intégrer, ils considèrent que ses richesses sont volés, ils veulent donc s’en emparer. Plus cohérent que ça, tu ne peux pas faire. Et plus semblable à la démarche de tous les socialistes révolutionnaires qu’on a vu défiler,ce n’est pas possible.

              Les Bolchéviks n’ont jamais dit « la richesse des bourgeaois, ou de Tsar… nous n’en voulons pas », ils ont dit « c’est à nous ».

              Michéa est tellement bête qu’il croit qu’une racaille en Nike est américanisé.

          • Gil dit :

            D’accord avec XP.

            « elles sont des capitalistes masquées voire inconscientes dans le sens où elles aspirent à accéder aux biens de consommations que seule une société capitaliste et libérale promet et offre »

            Là où le bât blesse dans votre raisonnement, c’est que ces gens sont incapables de voir qu’il n’y a que le capitalisme à pouvoir fournir ces richesses. Pour eux, ces richesses sont tombées du ciel, elles ne diminuent ou n’augmentent pas suivant le régime économique en cours, le problème est juste de partager une richesse en place une fois pour toutes.

            Alors bien sûr, ils veulent autant de blackberries, de bagnoles et d’ordis que n’importe quel capitaliste assumé, puisque toutes ces merveilleuses choses sont miraculeusement tombées du ciel à un moment de l’histoire humaine… mais le capitalisme n’est pas ça.

            • Nebo dit :

              Je vous comprends messieurs. Pour avoir pratiqué un pays communiste aujourd’hui défunt, je suis de tout coeur de votre côté. Mais que cela ne vous interdise pas cueillir quelques indications, même chez l’ennemi, surtout chez l’ennemi et de cultiver l’art de la rumination intellectuelle afin d’élargir votre cercle de compréhension…

              Ce que Marx, lui-même, aurait pensé des émeutiers de Londres… ou des émeutiers français… je vous laisse le savourer :

              « Le lumpenprolétariat qui, dans toutes les grandes villes, constitue une masse nettement distincte du prolétariat industriel, pépinière de voleurs et de criminels de toute espèce, vivant des déchets de la société, individus sans métier avoué, rôdeurs, gens sans aveu et sans feu, différents selon le degré de culture de la nation à laquelle ils appartiennent, ne démentant jamais le caractère de lazzaroni. »

              Karl Marx – La lutte des classes en France

              « Le lumpenprolétariat – cette lie d’individus déchus de toutes les classes qui a son quartier général dans les grandes villes – est, de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est parfaitement vénale et tout à fait importune. Lorsque les ouvriers français portèrent sur les maisons, pendant les révolutions, l’inscription : « Mort aux voleurs ! », et qu’ils en fusillèrent même certains, ce n’était certes pas par enthousiasme pour la propriété, mais bien avec la conscience qu’il fallait avant tout se débarrasser de cette engeance. Tout chef ouvrier qui emploie cette racaille comme garde ou s’appuie sur elle, démontre par là qu’il n’est qu’un traître. « 

              Karl Marx & Friedrich Engels – La social-démocratie allemande

              Quant à ce qu’en pense J.C. Michéa, voyez par vous-même :

              « Si l’on parle en, effet, de l’intégration à une société, c’est-à-dire de la capacité pour un sujet de s’inscrire aux différentes places que prescrit l’échange symbolique, il est clair que cette fraction modernisée du Lumpen n’est pas, « intégrée », quelles que soient, par ailleurs, les raisons concrètes (familiales et autres) qui expliquent ce défaut d’intégration. S’il s’agit, en revanche, de l’intégration au système capitaliste, il est évident que la Caillera est infiniment mieux intégrée à celui-ci (elle a parfaitement assimilé les éloges que le Spectacle en propose quotidiennement) que ne le sont les populations, indigènes et immigrées, dont elle assure le contrôle et l’exploitation à l’intérieur de ces quartiers expérimentaux que l’État lui a laissés en gérance. En assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet. L’ambition de ses membres n’a, certes, jamais été d’être la négation en acte de l’Économie régnante. Ils n’aspirent, tout au contraire, qu’à devenir les golden boys des bas-fonds. Calcul qui est tout sauf utopique. Comme l’observe J. de Maillard, « sous nos yeux, l’économie du crime est en train d’accomplir la dernière étape du processus : rendre enfin rentable la délinquance des pauvres et des laissés pour compte, qui jadis était la part d’ombre des sociétés modernes, qu’elles conservaient à leurs marges. La délinquance des pauvres, qu’on croyait improductive, est désormais reliée aux réseaux qui produisent le profit. Du dealer de banlieue jusqu’aux banques de Luxembourg, la boucle est bouclée. L’économie criminelle est devenue un sous-produit de l’économie globale, qui intègre à ses circuits la marginalité sociale. » »

              Jean-Claude Michéa – L’enseignement de l’ignorance

              :-D

  • dartagnan755 dit :

    Vous ne trouverez jamais d’émeutes en tout point corroborant votre idéologie. Et quand bien même tout émeutier crieraient à la mort de la communauté voisine, vous pourriez toujours interpréter leur comportement sur la base d’un critère social ; c’est le principe de l’interprétation.

    Le caractère ethnique de ces émeutes, sans être le caractère unique, ne vient pas de nulle part mais de faits :
    -parmi les émeutiers, un certain nombre de jeunes noirs se sont clairement inscrit dans une lutte raciale, tandis qu’aucun jeune blanc ne l’a fait ;
    -parmi les anti-émeutiers, un certain nombre de citoyens se sont eux aussi clairement inscrits dans une réaction raciale.

    N’oubliez pas que Vous êtes des citoyens, ou, pour l’occasion, vos équivalents londoniens, si bien que si Vous vous placez dans une perspective raciale, pour agir ou réagir, vous participez à corroborer la lecture raciale. Quand un journaliste niais réfute l’interprétation ethnique d’un quelconque évènement de ces émeutes, tout en pointant du doigt le racisme des anti-émeutiers ou le vôtre, simples commentateurs, il se contredit. Mais, il faut pour cela, adopter le point de vue de Sirius. Vous voyez, au fond, vous pouvez déverser tout le racisme dont vous êtes capable, et en prétexter la preuve d’une dégénérescence des rapports ethniques dans votre pays.

    • Nicolas dit :

      Je ne vous parle pas d’interprétation, je vous parle de la couleur de la peau des émeutiers. Qui était très loin d’être uniformément noire ou grise, que cela vous plaise ou non, y compris à Londres, et très loin des proportions constatées dans ce genre d’événements en France.

      Que certains aient tenu des discours (je n’en ai pas entendu beaucoup même sur les medias britanniques les plus conservateurs pour les blacks que vous évoquez, ni sur le Guardian pour les méchants blancs wacistes) sans doute. Mais précisément : ce ne sont que des discours. Vous me permettrez peut-être d’y préférer des faits objectifs et que l’on peut constater. (À moins bien entendu que ce ne soit un complot et que des acteurs blancs n’aient été payés par le Mossad, hein…)

  • Emil dit :

    Alain Soral vous parle depuis sa chambre capitonnée, on est en plein Shutter Island là :

    http://www.dailymotion.com/video/xkhln7_alain-soral-sur-les-attentats-d-oslo-aout-2011_news

    • Nicolas dit :

      Il se trompe, comme souvent. Cet événement qu’il voit cardinal n’a aucune importance. Le mouvement vers la droite dite « populiste » des opinions publiques européennes et une forme, même problématique et faible, de retour à une conscience « nationale » des européens est un mouvement social, au sens fort du terme, de ceux dont Zinoviev montra qu’ils sont irréversibles. Ce n’est pas un attentat à Oslo qui y mettra fin, même exploité à mort par le système médiatique.

      En outre ce que ne voit pas Soral, parce qu’il néglige l’élection, c’est que devant l’alliance probablement de plus en plus étroite entre racaille immigrée et racaille néo-gauchiste, la bourgeoise au pouvoir, sous ses deux déguisements de sociaux-démocrates à Porsche et de démocrates populaires à Rolex, aura besoin d’alliés, ou au moins de voix extérieures à elle et à ses intérêts devenus trop visibles, pour approuver et légitimer une éventuelle répression. On ne prend pas prétexte d’un truc à Oslo pour taper trop fort sur des gens dont on sait qu’on peut avoir besoin d’eux à Paris. Et ajoutons : voter Sarkozy n’était pas, contrairement à ce que brâment les frontistes, la même chose que de voter Royal, car je crois qu’un Ayrault ou un Bianco à l’Intérieur n’auraient peut-être pas fait, pour des raisons idéologiques, le même calcul auquel est contraint Guéant. Ou ne l’auraient fait que plus tard et auraient effectivement pris le prétexte au vol et lancé après Oslo une répression aveugle que pour l’instant on ne constate pas.

      • dartagnan755 dit :

        J’avais rapidement lu dans la presse réinformatrice des enthousiasmes de quelques Bamboulas appelant à la guerre ethnique ; et l’enthousiasme de certains anti-émeutiers à aller frapper des Bananias. Ce sont des faits.

        Bien-sûr que ces émeutes ont un caractère ethnique, et cette proposition est valable au moins à titre d’hypothèse autant que la vôtre, aucun de nous deux ne disposant de chiffres précis sur la composition ethnique des émeutiers.

        Qu’il y ait eu des Blancs parmi les émeutiers ne changent rien à l’affaire. Un Bamboula et un Blanc peuvent être mus, par des raisons différents, pour un résultat commun.
        Ainsi, un Blanc peut voter P.S. pour améliorer le sort du monde, tandis qu’un Banania votera P.S. pour faire venir en France le régime de banane qui lui sert de famille.

        En d’autres termes : je ne doute pas une seconde que les trois-quart des Wolol-Bafana-Tigadaou s’inscrivaient instinctivement au sein d’une lutte ethnique ou semi-ethnique. Je concède que c’est difficile à prouver, mais l’inverse l’est tout autant ; ajoutez que vous pouvez vous référer à leur culture « gangsta » qui est en grande partie racialiste.

        • dartagnan755 dit :

          Bon, je me suis trompé de case, je répondais au message plus haut Nicolas.

          Tant que j’y pense, je n’ai entendu aucune revendication des émeutiers, mais uniquement des commentateurs disant pour eux ce qu’ils revendiquaient. D’ailleurs, je ne suis pas persuadé qu’ils revendiquent quoique ce soit, excepté le remboursement des objets électroniques volés qu’ils ont sûrement à 90% cassés en volant.

          Sur Soral. Soral qui-ne-se-trompe-jamais s’est certainement encore trompé. J’ai vu quelques unes de ses vidéos, où dans un silence critique toujours religieux, un journaliste sorti de nulle part ne lui pose aucune question gênante. Il parle sans discontinuer, c’est très étonnant, et le journaliste fasciné le relance à chaque fois.

    • Gil dit :

      Impressionnante mise en scène^^

  • Nebo dit :

    David Starkey, le brave homme…

  • Gil dit :

    L’article de Nicolas est parfait et il a bien évidemment raison. Mais ce sont aussi des émeutes ethniques, rien à faire^^. En fait il n’y a pas contradiction mais emboîtement parfait : les immigrés sont le nouveau prolétariat de la gauche, les troupes de choc de la social-démocratie, et l’État-providence le seul système imaginable par ces immigrés. Cela n’empêche pas une masse de blancos, actuellement, de ne pouvoir non plus en imaginer un autre, mais je compte sur nos gènes (smiley) pour changer la donne… alors qu’avec les allogènes…

  • Ignatius dit :

    Nebo, bien joué, vous m’avez coupé l’herbe sous le pied.

    j’ai une question et elle n’est – pour une fois – absolument pas pernicieuse:

    les émeutes londoniennes ont elles produit une richesse quelconque ?

    • Nebo dit :

      Absolument aucune… mais elles ont eu lieu parce qu’un dealer local a été dessoudé par la police, ce que j’applaudis des quatre mains, qui lui produisait de la richesse, gagnait du pognon qui, d’une manière ou d’une autre était ré-injecté dans le réseau de la consommation et, par lien logique, dans celui de la production. Certaines familles, de par les quartiers où j’habite, lorsqu’elles vont acheter un simple canapé en cuir, une voiture classieuse, un ensemble télévision écran plat avec lecteur Blue Ray, au Conforama du coin, vous devinez avec quel argent elles le font ? Je ne vous fais pas de dessin.

      Personnellement je suis pour le système capitaliste et pour le Libéralisme… je veux juste signifier que le Libéralisme n’étant pas une idéologie, contrairement à ce que tentent de signifier les ennemis aveugles du libéralisme, toutes sorte d’engeance et toutes sortes d’idéologies peuvent y proliférer à loisir en s’emparant des règles des principes de celui-ci et en les transposant sur le terrain de leurs valeurs à eux.

    • XP dit :

      En France, elles auraient produit une richesse… Pour les cailleras… Chirac aurait annoncé un plan banlieue, exactement comme on annonce une augmentation après une grève. Il semblerait qu’en GB, ça ne se passe pas comme ça, mais attendons de voir.

  • XP dit :

    @Nébo

    « Mais que cela ne vous interdise pas cueillir quelques indications, même chez l’ennemi, surtout chez l’ennemi et de cultiver l’art de la rumination intellectuelle afin d’élargir votre cercle de compréhension… »

    Mais mon cher Nébo, c’est justement ce que nous sommes en train de faire et c’est justement ce que ce pauvre Michéa se refuse à faire.

    La caillera un objectif unique, la thune. La thune des capitalistes. Comme Michéa le fonctionnaire, la Cillera considère qu’elle est tombée du ciel, qu’elle lui a été volée, et qu’il faut lui la prendre par la force.

    Comme le démontre en substance le billet de Nicolas, les caillers sont intégrés à l’état-providence, ils en sont des affidés, et c’est pour ça qu’ils se retrouvent en Angleterre au côté d’autres affidés du système, les petits blancs.

    Les cailleras, répétons-le, ont l’obsession de la thune, comme Michéa le fonctionnaire geignard qui s’estime volé par les marchés et à l’invers des libéraux.

    • Nebo dit :

      Tu parles ici des petits soldats de base qui bouffent dans la main du système en profitant des aides sociales et, en même temps, font les revendeurs à la sauvette et les affranchis minables d’un caïd qui, lui, n’en n’a rien à foutre de l’Etat Providence vu la thune qu’il ramasse… et même s’il s’en sert par « couverture » vis-à-vis de la justice, genre : je touche les allocs et le RSA pour vivre et justifier de quelques menues dépenses… mais je brasse 5000€ par jour en vendant du shit coupé au pneu Michelin ZX.

      • Nebo dit :

        Je dis même, c’est sa manière à lui, au dealer, de foutre son fric à l’abri de l’état, de manière illégale, tout comme le PDG d’une multinationale cherche, lui, à mettre son fric à l’abri de l’état par des réseaux Off Shore de manière légale, ou en délocalisant la Maison Mère dans des lieux qui lui conviennent au niveau Impôts…

        • XP dit :

          Ils veulent mettre leur fric « à l’abii de l’Etat ». C’est à dire à l’abri des griffes des gens de l’Etat. Comme Michéa, et comme n’importe quel fonctionnaire.

          Quand on veut toucher au fric de Michéa le fonctionnaire, il descend dans la rue. Ca en fait un capitaliste, si je te suis…

  • XP dit :

    Retourne la question dans tous les sens, tu en arriveras aux deux mêmes conclusions; ces cailleras n’ont rien à voir avec le libéralisme, et Michéa est un abruti.

    Sinon, Nicolas aurait fait un billet pour signaler que les cillerass sont mains dans la main avec les traders. Et bien non, les cailleras sont main dans la main avec les allocataires sociaux.

    De même, les socialistes y voient une révolte sociale. Je n’ai pas encore entendu des libéraux parler de révoltes libérales.

    • Ignatius dit :

      ah..les socialistes libéraux n’existent pas ? …mais faîte sauter vos catégories vous arrangeant si bien…oui, je sais, il n’y aura plus de camps du bien, c’est gênant pendant deux trois nuits d’insomnies.

  • Vae Victis dit :

    Ce qui emmerde Michéa, c’est que finalement il se rapproche beaucoup du lumpenprolétariat. Totalement improductif, destructeur de richesse, vivant du pillage du système capitaliste, c’est-à-dire de ces millions de gens qui se lèvent pour aller bosser, qu’il insulte et dont il fait les poches.
    Michéa est bien plus proche du lumpenprolétariat que du « prolétariat » qui ne demande qu’à s’embourgeoiser, c’est-à-dire à monter quelques échelons du système capitaliste. Ce qui reste du tout à fait possible.

    On comprend bien son amertume quand il voit que des dealers parviennent à fournir un service de qualité, des commerçants qui pourraient être respectables, et s’intègrent bien au système commercial.

    Le prolétariat s’intègre, certaines activités illégales s’intègrent, la bourgeoisie s’intègre, les classes supérieures s’intègrent. Finalement il ne reste plus que les Michéa, les clochards et les petites mains du biz pour rester au bord de la route. Espérons de tout coeur qu’on lui coupe la pompe à fric et qu’il rejoigne ses compagnons de galère sous un pont.

  • Restif dit :

    Alors voilà donc ce qu’écrit lme grand gourou que nous cite l’ami Nebo (ce qui est toujours utile) « « Le lumpenprolétariat – cette lie d’individus déchus de toutes les classes qui a son quartier général dans les grandes villes – est, de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est parfaitement vénale et tout à fait importune. Lorsque les ouvriers français portèrent sur les maisons, pendant les révolutions, l’inscription : « Mort aux voleurs ! », et qu’ils en fusillèrent même certains, ce n’était certes pas par enthousiasme pour la propriété, mais bien avec la conscience qu’il fallait avant tout se débarrasser de cette engeance »

    Et bien je me permet d’être’ en désacord avec grand gourou. De même que le peuple qui envahi Versailles au 10 août lyncha un type qui avait volé je ne ais plus quoi, le peuple à une idée très arrêté de l’honnêteté, ils ne veulent précisément pas qu’on les confonde avec les canailles, certes, mais ce n’est pas par idéologie, mais par un sentiment profond de l’honneur, de la probité qui semble échapper totalement au Gilbert Bourdin de la sociologie de masse (parce que ce n’est pas de l’économie sa remarque), sentiment qu’on retrouve très souvent dans les classes pauvres. Si c’est pour se démarquer des canailles, ce n’est pas par idéologie, c’est parce que l’intégrité est chez eux une valeur essentielle. Mais ça, c’est trop humain pour jamais rentrer dans l’analyse de MArx. Il faut qu’il en fasse de l’idéologique.
    Pour Miché, il lui faut 30 lignes pour dire ce que chacun comprend : l’idéal de la racaille c’est le gangster. Il en profite pour glisser en douce que les capitalistes agissent tous comme des gangsters, ce qui est factuellement faux et qui est une manière torve et malhonnête intellectuellement d’insérer de l’idéologique marxiste dans le texte (patrons = prédateurs, c’est un peu simple. Michea est bien à l’égal de la racaille qu’il prétend analyser). Quant à la notion de « Spectacle », cette tarte à la crème pseudo philosophique de notre époque, il est aisé de le sortir comme ça de son chapeau sans le définir alors que ce n’est pas la même chose chez un Anders, un Debord ou un Voyer (c’est le premier qui compte à mes yeux,(chez Anders c’est autre chose que le réductionnisme qu’on en fait). mais c’est un autre problème).
    On se fatigue de lire continuellement des « analyses » qui nous refourgue le « Spectacle » comme alpha et oméga de toute vision de la société moderne. « C’est un peu court jeune homme ». Je me demande vraiment -idée qui m’est venue l’autre jour en comant (du verbe « comer », je coms, tu coms, il come)- si ce n’est pas là l’élargissement philosophique (ou pseudo-philosophique à de l’idée du monde comme théâtre. Bref, pas forcément une grande nouveauté.

  • Nebo dit :

    Messieurs, c’est un peu facile et rapide et vous sautez certaines choses. Il y a eu, par chez moi, un immeuble gigantesque que l’on appelait « Le Bateau », ou « Le Paquebot », et surtout « Le Grand L« . Il y avait à un étage, donc, du « Grand L« , une série d’appartements condamnés par des parpaings mais qui, néanmoins, étaient occupés par des dealers comme MAGASIN !!!! La série d’appartements étaient reliés de l’intérieur entre eux par des murs qui avaient été cassés et on y accédait je ne sais comment. Et à un lieu précis, il y avait un trou de la taille d’une main, à même le sol, avec une flèche indiquant le trou pour que tout le monde puisse le voir et, croyez-le ou non, les heures d’ouverture et de fermeture indiquées au gros feutre noir : 10h00-22h00. Devant le trou, et à partir de 10h00 tous les matins, ça aussi croyez-le ou non, il y avait une file d’attente qui se renouvelait systématiquement au cour de la journée. La personne qui était en tête n’avait qu’à s’accroupir, faire « toc-toc » contre le mur, une voix répondait : « Kès tu veux, ma gueule ? », le client (puisque c’est bien de ça qu’il s’agit) disait : « J’veux 200 Frcs de shit » ou « Refile-moi pour 300 Frcs de Coke. » ou « 100 Frcs d’extas », il passait la maille à travers le trou, accroupi devant comme un clébard devant sa pitance et attendait quelques secondes… on entendait des pas passer le long du mur, de l’autre côté, on entendait des voix étouffées par le béton et au bout de quelques instants une main rapide déposait un sachet avec la contenance demandée. C’était toujours bien servi, m’a-t-on dit, et le produit était de qualité. Il faut bien servir le client, c’est gage de son retour le lendemain ou dans les jours à venir. Y’a jamais eu d’arnaque du style, j’te prend le fric et je ne te sers pas, on m’a même raconté qu’un type culotté a gueulé une fois sur la qualité de la veille et « la main » lui a donné un bout gratis. Personne ne voyait qui était derrière le mur, mais tout le monde savait qui était le type qui tenait l’endroit. Appelons-le Momo, pour brouiller les pistes.

    Sur le toit du « Grand L« , il y avait une petite armée de p’tits soldats, âgés entre 13 et 16 ans, tous armés d’un téléphone portable avec 1 seul numéro dessus, prêt à être lancé en direction de la personne concernées à la moindre vue suspecte, ou à l’apparition de la Police. Il paraît que les mecs touchaient, à 13/16 ans, dans les 500 Frcs par jour pour surveiller. Leurs portables étaient changés tous les mois ! Dans le couloir où la clientèle venait faire la queue, il y avait à chaque extrémité des gardiens et le long du couloir des soldats aussi pour veiller au calme. C’était parfois nécessaire. Vous avez déjà eu à faire à un junkie en manque ? Je ne vous le souhaite pas. Il fallait veiller au calme car l’immeuble était tout de même habité. Jamais il n’y a eu dans l’immeuble de cas de viol, ou de tournante, ou d’agression vis-à-vis des enfants de locataires. Le Momo veillait au grain. Il fallait tenir la police le plus loin possible tout en la narguant à distance.

    Si cet étage était condamné, c’est que l’immeuble était voué à la destruction car au fil des années et avec l’arrivée massive d’immigrés, le lieu était devenu un endroit morne ou chacun vivait replié sur soi et où l’explosion de la délinquance aux alentours avait poussé la municipalité à détruire « cet immense endroit sans âme et inhumain », vous connaissez le topo, « véritable fabrique de criminalité », toujours les mêmes vieilles antiennes. Mais d’ici à ce que le « Grand L«  soit évacué dans son entier, le Momo avait de beaux jours devant lui.
    Si vous voulez, un peu comme la fonte des glaciers en Islande qui promet une énergie naturelle et pas chère hautement exploitable pendant les 60 prochaines années, ce qui pousse des usines gourmandes en énergie à venir s’installer en Islande afin de bénéficier de cette manne énergétique au moins pendant les 6 décennies qui viennent, après qui vivra verra.
    Donc, le Momo, il s’est créé un labyrinthe d’appartements en appartements, d’autant plus compliqué que de nouveaux appartements étaient condamnés au fil du temps par la municipalité. Le tout était qu’il reste toujours quelqu’un le plus longtemps possible.
    Alors le Momo, il a même été jusqu’à payer les derniers locataires pour qu’ils refusent les logements que la Municipalité leur proposait. Le projet de destruction a démarré au milieu des années 90 pour aboutirn enfin en 2001. C’est dire que ça a duré. A la fin, pendant des mois et des mois (des années, je ne me souviens plus) il n’y avait plus que trois appartements d’occupés par des locataires grassement payés par Momo pour rester. Jusqu’au moment où ils ont été expulsés car la Mairie (tenue par Patrick Devedjian, à l’époque) leur avait fait des propositions impossibles à refuser… et puis que ça commençait à bien faire, hein ?

    Le Momo, en attendant, avec son « Trou », et la file d’attente devant, on raconte qu’il avait une maison en Floride et deux gigantesques construites au Bled, une pour sa famille et une autre pour la famille de sa femme, avec tous les biens de consommation, à l’intérieur, que vous puissiez imaginer. Si le Momo n’a pas une mentalité de Capitaliste, hors-la-Loi, certes, mais une mentalité de Capitaliste, moi je ne vois pas. En tout cas, l’état providence, là-dedans, il est bien blême et Momo avait un sens de l’organisation digne du meilleur des patrons. Avec un peu de chance, il aurait pu ouvrir une chaîne de restaurants Kebab pour blanchir son pognon (c’est devenu à la mode après 2001 de par chez moi… vous verriez le nombre de restaurants Kebab qu’il y a d’ouverts, toujours vides… mais toujours ouverts d’année en année, juste changeant de proprio à l’occasion), ça aurait filé du boulot officiel à quelques lascars et il aurait eu une couverture encore plus correcte que son RMI et ses Allocs.

    Je n’ai jamais mis les pieds là-dedans, mais je connais quelques personnes dignes de confiance (avec lesquelles j’ai grandi) et qui m’ont balancé quelques détails, entre autre : les sacs de poubelles de 100 litres remplis de fric qui sortaient entre les mains de Momo en fin de journée, escorté par ses « hommes de mains », de la cave et la cohorte de voitures qui partait avec sa voiture à lui pour le raccompagner dans sa cité HLM. Les sacs de poubelles remplis de feuilles de journaux, aussi, certains autres soirs pour brouiller les pistes, sacs de journaux qui étaient escortés tout pareil, tandis que Momo sortait peinard et rentrait chez lui à pied, les mains dans les poches, en sifflotant, avec une ceinture spéciale pleine de fric autour du torse. Et puis l’histoire de ce mec qui s’était gardé du fric pour lui, quelques billets, mis à poil dehors devant tout le monde, au milieu de la cité et qui s’est fait taillader le cul à coups de cutter pour bien servir d’exemple pendant que les mômes du coin le lapidaient et lui crachaient dessus.

    Alors, je m’en fous de Michéa et de Marx… mais je dis que sur ce coup-là, vous avez des oeillères… :-)

    Le Grand « L » est évoqué ici :

    http://www.senat.fr/questions/base/1995/qSEQ950510980.html

    là, au chapitre « Projets d’aménagements » :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Antony#Projets_d.27am.C3.A9nagements

    En tout cas le Momo… il était pas socialiste, hein… c’était un homme d’affaire très sérieux. Le genre d’homme d’affaire qui m’a fait comprendre, à un moment, qu’il était préférable de faire pousser sa beuze soi-même au lieu de nourrir ce genre de réseaux.

    • XP dit :

      Elle est GENIALE ton histoire!!!

      Combien tu paris que j’en fais quelque chose, un de ces quatre?

    • En l’occurence , ce « Momo » (Maurice probablement …) est un capitaliste , il exploite honnêtement un marché rendu illégal par … L’état !
      Il crée de l’emploi , du « lien social » , génère des richesses dont une partie sera absorbée par l’état , sécurise des quartiers … Parce qu’il a bâti quelque chose , s’empare d’une part de marché , a quelque chose à perdre , a des responsabilités , prend des risques , il est bien loin du simple parasite !
      Le petit dealer qui va tabasser , risquer la taule (parfois …) , parasiter , rendre des quartiers invivables n’est pas guidé par le désir de simplement « faire de la thune » , il est évident qu’il en ferait plus pour moins d’efforts et de risque en étant mieux organisé . Il est taillé dans le même bois que les valets de bouges de la commune , S.S. de seconde zone , que l’avant-garde révolutionnaire , il rêve plus certainement de crânes tondus et de revanche et de pouvoir que de confort et de réussite . C’est plus une différence de nature et de méthodes , « sociologiquement » il est quasi-impossible de les distinguer , comme il est impossible de savoir si un G.I. s’engage par patriotisme et besoin d’action ou par manque d’opportunités et besoin de sang .

  • Nebo dit :

    Restif, je ne dis pas, quant à moi, que les Capitalistes agissent comme des Gangsters… je dis que les Gangsters agissent, illégalement, comme des Capitalistes ! Et je dis que les émeutiers sont des Capitalistes qui s’ignorent, c’est en cela qu’ils sont schizophrènes, parce qu’ils savent pertinemment qu’ils ne pourraient vivre dans leur pays d’origine socialiste-tiers-mondiste de merde, ils préfèrent de loin vivre dans le nôtre, seulement comme ce ne sont que des êtres de ressentiments ( auxquels la propagande inculque, par-dessus le marché — c’est le cas de le dire :-D — qu’ils sont français ) et qu’ils nous méprisent, ils ne peuvent que se plaindre et magouiller, voler, casser et brûler, et s’emparer des biens d’autrui sans se casser la cervelle plus que ça. C’est la lie de l’Humanité. Michéa est, comme tout gauchiste, un pauvre idéaliste et en ce sens il ne réalise pas que son analyse se mord la queue… mais il est intéressant dans le sens où sa démarche condmne ouvertement, comme celle de Marx avant lui, les agissements de ces chiens à Londres ou par chez nous… ce qui est comique lorsqu’on voit des chiures du NPA venir prendre la défense des émeutiers. Il faut croire qu’ils n’ont pas lu le théoricien dont ils se réclament.

    • Restif dit :

      Nebo,au nom d’Athéna, fais moi l’honneur et laisse moi au moins le crédit (par Zeus!) de ne pas confondre ce qui s’énonce dans les textes cités et l’opinion de celui les cite. Ce sont deux choses bien différentes, je le sais, et d’autant plus quand les dits textes viennent de toi.
      Et puis…Balzac a écrit et pensait qu’à la source de toute grosse fortune il y a un crime. Je crois qu’il avait raison. Quand on regarde la vie du fondateur de la lignée Kennedy, ses accointances avec la Maffia… Il y a forcément de la rapacité dans le sang des grands fauves du capitalisme, les « barons voleurs » des années 1900 comme les appelaient les ricains (« Les différents entrepreneurs de la Seconde Révolution industrielle contribuèrent à l’essor de grandes villes industrielles au nord-est du pays, qui disposaient de facteurs de production très abondants. Cette période fut aussi marquée par l’ascension d’industriels et de financiers millionnaires tels que John D. Rockefeller (qui fut d’ailleurs particulièrement touché par le Sherman Antitrust Act en 1890), Andrew Carnegie ou encore J.P. Morgan. Les critiques les plus sévères de ces grands entrepreneurs les baptisèrent les « barons voleurs » (robber barons), en raison de leurs fréquents abus de pouvoir, et de leurs pratiques financières, souvent peu soucieuses du code déontologique.. »Wiki, qui est évidemment tout en surface mais reste utile). Il n’empêche que le système tourne avec des millions de gens honnêtes, et que de toutes façons l’argent est ontologiquement lié à ce qu’est l’homme et on sait que l’homme n’est pas un ange et que vouloir le faire devenir tel aboutit au pire (je ne t’apprends rien). Mieux vaut un baron voleur créant des emplois qu’un saint laïc collectiviste faisant crever une entreprise à coups de grèves. De toute manière, encore une fois, ce n’était pas à ton propos que je touchais, mais je voyais de manière flagrante combien Marx ignore l’humain qu’il réduit toujours à l’idéologique. Écrire que si le peuple en révolution lynche les voleurs c’est par conviction politique et non par idée de l’intégrité, c’est vraiment ignorer la mentalité des classes ouvrières des époques passées, à la Révolution comme lors de la Commune.
      Le simplisme (ou la malhonnêteté intellectuelle) de Marx est ahurissante quand il écrit : « Lorsque les ouvriers français portèrent sur les maisons, pendant les révolutions, l’inscription : « Mort aux voleurs ! », et qu’ils en fusillèrent même certains, ce n’était certes pas par enthousiasme pour la propriété, mais bien avec la conscience qu’il fallait avant tout se débarrasser de cette engeance.  »

      D’abord, écrire : »Les révolutions » c’est mettre sur le même plan 89, 92 (prise de Versailles etc), les journée de juillet et de Février 48(où il ne faut surtout pas confondre les journée de février et celles de mai-juin), la Commune, bref, des choses fort différentes dans leurs buts, circonstances, résultats etc. De plus dans son paragraphe il laisse entendre que TOUS les ouvriers et autres (petite bourgeoisie en 1830 ET février 1848) qui participèrent aux émeutes et révolutions (il faudrait faire la différence…mais-juin n’est pas une révolution, ou alors ratée et peu populaire ce qui pour une révolution…)Marx dont laisse à entendre que tous les participants étaient pour le communisme et contre la propriété, ce qui est factuellement faux, beaucoup étaient pour une meilleure redistribution ou/ et des lois défensives du travail, mais certes pas pour « les partageux » comme ils les appelaient, ils ne soutenaient pas l’abolition totale de la propriété. Enfin il y a ce point que j’ai évoqué déjà et qui est que Marx confond idéologie et intégrité des classes pauvres, intégrité dont les témoignages abondent. Comme bien des gens de sa sorte, (tous) il ne voit pas l’humain mais rien qu’un animal idéologique, il oublie les comportements qui se font par fierté, par conscience de soi et désir de pouvoir se regarder dans une glace. Pour Marx, un tel sentiment n’existe pas ou est marginal, alors que je soutiens qu’il est essentiel dans ce « mort au voleur » dont il use avec ostentation pour le mettre au service de sa crémerie.
      Tu n’es dont pas en jeu dans l’histoire.

  • Ignatius dit :

    Debord, sur les révoltes du Watts :

    « Les Noirs de Los Angeles, comme les bandes de jeunes délinquants de tous les pays avancés, mais plus radicalement parce qu’à l’échelle d’une classe globalement sans avenir, d’une partie du prolétariat qui ne peut croire à des chances notables de promotion et d’intégration, prennent au mot la propagande du capitalisme moderne, sa publicité de l’abondance. Ils veulent tout de suite tous les objets montrés et abstraitement disponibles, parce qu’ils veulent en faire usage. De ce fait ils en récusent la valeur d’échange, la réalité marchande qui en est le moule, la motivation et la fin dernière, et qui a tout sélectionné. « 

    • Il Sorpasso dit :

      Comme quoi Debord était sous ses allures intellos un simplet.Mais on le savait déjà. C’est bien pour la valeur d’échange qu’ils se les approprient et non pour la valeur d’usage . De plus, ils pourraient très bien se les payer, si ils ne les ont pas déjà. Et enfin, c’est bien parce qu’ils agissent comme ça qu’ils n’ont pas d’avenir, et non l’inverse.

      • Restif dit :

        « C’est bien pour la valeur d’échange qu’ils se les approprient et non pour la valeur d’usage  »
        Com peu utile mais enfin…Je suis résolument d’accord avec Il Sorpasso sur ce coup et suis son analyse.

        (sur Debord aussi en grande partie, mais ce serait à développer, à relire et comparer -avec Anders notamment-etc, et non, décidément, la vie est trop courte et les livres réellement enrichissants trop nombreux).

        • Restif dit :

          Ps je précise : évidemment c’est MON com qui est peu utile, pas celui de I.S (internationale situationiste^^). Mieux vaut toujours le dire, saut-on jamais…les mauvais esprits -dans tous les sens du terme- existent.
          XP : je ne suis pas sûr qu’ils se sentent « moralement « le droit de s’en emparer. Ceux qui les justifient, oui, mais eux savent qu’ils sont hors la loi, dans le domaine du malhonnête. Oh, ils ne se torturent pas la conscience, mais ils savent bien. Ils n’ont pas besoin de justifications à mon avis. Ils se servent, point, en sachant très bien qu’ils trichent.Simplement ils s’en foutent, ne pas se faire prendre est la seule chose qui compte.

          • Il Sorpasso dit :

            Je ne sais pas non plus s’ils s’en sentent moralement le droit, on est heureusement pas dans leurs cerveaux, mais en tout cas d’autres la leur fournissent cette « morale »,a priori et a posteriori, et ils n’y sont pas indifférents, du moins en témoigne l’espèce de discours qu’ils leur arrive de régurgiter entre deux kébabs face caméra, et c’est là un point essentiel.

        • Il Sorpasso dit :

          Merci Restif, mais je ne suis même pas sûr qu’il faille qualifier ça d’analyse tellement ça tombe sous le sens, pour ne pas dire que ça saute aux yeux..

          Mais je tiens à remercier Ignatus qui nous permet de balancer le bébé Michéa avec l’eau croupie du Debord. Flouch !

          • Ignatius dit :

            derien. Pour le passage face caméra entre deux kebabs, ils n’ont pas besoin de Michéa, ne soyez pas naif, ils n’ont pas besoin de la moindre caution intellectuelle.

            • Ignatius dit :

              à la limite, quelques imbéciles de Fdesouche leur sont plus utiles.

            • Il Sorpasso dit :

              M’est idée qu’ils digèreraient un peu moins bien en l’absence de toute idéologie gauchiste. Surtout dans la magistrature, l’IGS et même dans votre milice cosmopolite de quartier. Quant à Michéa, il est surtout lu par les souverainistes, et c’est pour ça qu’il nous intéresse, on laisse Wolton à Desouche.

    • XP dit :

       » De ce fait ils en récusent la valeur d’échange, la réalité marchande qui en est le moule, la motivation et la fin dernière, et qui a tout sélectionné. »

      Et bien voilà, vous avez tout compris… Ils récusent le capitalisme, ils veulent le butin des capitalistes, et ils estiment qu’ils ont moralement le droit de s’en en emparer par la force.
      Des Michéa peints en noir.

    • Vae Victis dit :

      Remarquons l’idiotie du propos. Le capitalisme fonctionne grâce au principe d’épargne. C’est-à-dire non pas des consommateurs surendettés qui se jettent comme des affamés sur les objets que leur montre la publicité, mais des gens prévoyants qui stockent une partie de leurs revenus sous forme d’épargne, dans un objectif d’investissement et/ou de consommation différée dans le temps.
      Les émeutiers incapables de tout cela sont l’antithèse du capitalisme.

      • XP dit :

        « Les émeutiers incapables de tout cela sont l’antithèse du capitalisme »

        Les partisans de la dette et/ou de la planche à billets aussi, en sont incapables.

        Michéa est une racaille, on en arrive toujours à la même conclusion.

        • Ignatius dit :

           » C’est-à-dire non pas des consommateurs surendettés qui se jettent comme des affamés sur les objets que leur montre la publicité  »

          Le citoyen Américain en est malheureusement devenue l’archétype. Ce consommateur là n’est donc pas  » capitaliste  » ?

          Le capitalisme disparait lorsqu’il ne vous sied point.

          Comme les communistes qui vous explique que le communisme, ce n’est pas Staline. On connait la méthode.

          • Vae Victis dit :

            Le capitaliste c’est l’accumulateur du capital dans un objectif d’investissement. C’est la définition.

            Contracter un crédit à la consommation pour s’acheter un iPad ça ne fait pas de vous un capitaliste, juste un crétin.

            • Ignatius dit :

              Au sens basique, pauvre.
              Le capitalisme c’est un esprit, et surtout un présupposé philosophique, c’est la rencontre anecdotique et déterminante entre Adam Smith, Newton, et Helvetius.

              Vous ne pouvez pas vous contenter d’un seul aspect et en rejeter tous les autres.

  • dartagnan755 dit :

    Vos problèmes sont d’ordre épistémologique : vous hésitez entre les critères à adopter pour interpréter ou décrire le comportement des zivas. Et une sous-discussion met au prise des contradicteurs qui tentent de tirer à eux une définition du capitalisme qui infirme/confirme l’identité du comportement zivas au comportement du capitaliste.
    Avec un peu de méthode vous devriez donc commencer par définir ce qu’est le comportement d’un capitaliste : la prédation, la captation de bien de consommation, l’échange, l’achat, le vol, la violence, l’ensemble de tout cela mais blanc-seingé par un droit bourgeois, etc.

    Remarquez qu’au moyen d’un seul critère, il est encore possible de ne pas savoir trancher : le vol d’un bien peut être assimilé à un comportement capitaliste (la propriété – capitaliste – c’est le vol) ou anti-capitaliste (le droit – entre autre – bourgeois sanctionne le vol).

    La sociologie de gauche tente de conclure d’une exclusion du système économique, social ou culturel la débilité du ziva moyen et sa violence.
    La sociologie de Michéa consiste à démontrer la non exclusion du ziva au système économique.
    De la sorte, elle espère évincer la sociologie de gauche : les prémisses de cette dernière – i.e. l’exclusion – seraient infondées.

    Resterait encore à démontrer l’inclusion du ziva au sein du « système social et culturel ». Mais cette voie serait a priori moins employée par des marxistes ou post-marxistes étant entendu que la vie détermine la conscience, à leur point de vue.

  • Nebo dit :

    « Les émeutiers incapables de tout cela sont l’antithèse du capitalisme. »

    C’est parfaitement évident, mais encore une fois, si ils avaient ce comportement dans une société tiers-mondiste ils finiraient cintrés dans des pneus auxquels (pour le plus grand bien de la Paix à tous) on mettrait le feu. Un collègue malien (d’excellente qualité… qui passe son temps à se foutre de la gueule de ceux qu’il appelle des « mangeurs de banane ») m’a raconté au travail que les voleurs poursuivis par la populace, au pays, allaient systématiquement se rendre au commissariat où ils étaient passés à tabac mais où, au moins, ils avaient la vie sauve. Ils sont l’antithèse du capitalisme dans leur attitude, mais ils y aspirent comme des enfants au milieu d’un magasin de jouets qui ne comprennent pas qu’ils ne peuvent pas tous les avoir à moins que les parents ne payent. Et sitôt qu’ils passent au comportement illégal (d’autres se retroussent les manches et bossent comme des acharnés pour se préparer leur avenir — ne soyons pas chiens, ça existe, même si c’est une minorité) ils aspirent à quoi ? A avoir assez d’argent pour se payer le costard, ou les vêtements de marque, la Mercedes, dans laquelle il feront grimper, ensuite, une jolie nana avec laquelle ils iront boire du champagne en boîte de nuit en laissant de gros pourboires aux serveurs, aux videurs, qui leur donneront du « monsieur ». Ils sont friands de ça, les cons. Puis ils songent à la maison, avec piscine, à la gentille femmes à la maison, aux enfants. Et des mecs autour d’eux qui vont leur manger dans la main, les p’tits soldats si vous préférez. Les émeutiers ne sont que la partie visible du gros iceberg… les minables et les petits affranchis qui se sont plaint de la mort d’un de leurs chefs auxquels se sont joints quelques « laissés-pour-compte » trop tièdes pour être de la partie dans l’illégalité et pas assez déterminés pour prendre leur vie en main. Ils sont, même, d’une certaine façon, une justification de la société capitaliste et libérale. Ils sont le contre-exemple efficace ! Même si ils « récusent le Capitalisme » selon le mot d’XP paraphrasant Guy Debord, ils savent (j’insiste) schizophréniquement qu’ils ne peuvent vivre leur razzia que dans une société Capitaliste au sein de laquelle ces biens saisissable par leur désir sont disponibles.

    Michéa, par contre, encore une fois, je crois que pour lui l’individu existe, mais il ne réalise pas que c’est le chien qui se mord la queue son analyse, car le système d’échange qu’il rêve étant bel et bien un système de type socialiste et collectiviste, l’individu n’y a pas sa place… comme au sein de la Oumma, au sein du Fascisme italien, au sein du Franquisme espagnole ou au sein du National-Socialisme… et dois-je dire au sein de notre République ? Oui, j’ose aussi. Après tout elle a été fondé sur une guillotine tranchant les têtes qui dépassaient.

    XP : tu peux utiliser mon anecdote pour écrire autant que tu veux… j’ai déjà fait quelque chose, avec, il y a longtemps, y’a plus de dix ans, ça démarrait avec un mec qui était présent au moment de l’implosion de l’immeuble et qui parlait avec un des artificiers « du bon vieux temps où les billets coulaient à flots ».

    Des histoires de ce type y’en plein toutes les cités de France et de Navarre et, je l’affirme, tous les gros caïds qui tiennent les quartiers avec leurs deals et leurs traffics sont des capitalistes. Comme les tribus arabes, à une époque, qui dévalisaient les Caravanes puis allaient au Marché du Coin revendre leurs Marchandises au plus offrant. La seule différence est que ce Capitalisme-là se passe dans la cercle de l’illégalité et de la violence. Ils ne lancent pas des OPA, ils sortent les sabres et vont prendre ce qu’ils estiment est à eux.

    J’affirme même que les comportements merdeux de ces Capitalistes du désert ou des cités contribuent à donner une mauvaise image de marque du Capitalisme Libéral courant, justement parce que des Michéa s’emparent de l’amalgame selon leur idéologie.

    Prolo De La Lite : non, ça n’est pas Maurice… but i must protect the innocent and the guilty. Songez à un prénom plus exotique… et encore, vous ne trouverez pas. ;-)

    Et à votre avis, que se serait-il passé si le Momo avait été abattu par la Police alors qu’il était au sommet de sa gloire ? Hein ? Lui qui nourrissait, avec son entreprise, tout une Cité, toute une armée de petits soldats qui faisaient bouffer leurs mères célibataires où payaient l’électricité et le gaz. Vous n’avez pas vu cet excellent film qu’est « La Haine » de Kassovitz ? ^^

    Restif : il suffit de voir Las Vegas… ^^ Le cinéma de Scorcese nous a très bien montré tout ça… et avec un délice certain !

  • dartagnan755 dit :

    Je regrette que personne ne songe plus à s’opposer à moi, j’aurai aimé m’en faire un ou deux.

  • Htol dit :

     » » C’est-à-dire non pas des consommateurs surendettés qui se jettent comme des affamés sur les objets que leur montre la publicité »

    Le citoyen Américain en est malheureusement devenue l’archétype. Ce consommateur là n’est donc pas » capitaliste » ?

    Au sens basique, pauvre.
    Le capitalisme c’est un esprit, et surtout un présupposé philosophique, c’est la rencontre anecdotique et déterminante entre Adam Smith, Newton, et Helvetius.

    Vous ne pouvez pas vous contenter d’un seul aspect et en rejeter tous les autres. »

    C’est justement là la définition du socialiste en système capitaliste il me semble, ce que se tuent à dire beaucoup de monde ici. Et dont le phénomène pourrait être qualifié de schizophrénie socialo-consumériste (socialo-libéralisme, socialo-capitalisme, les nuances ne manquent pas).

    Qui touche le socialiste « petite-portée » si j’ose dire, pas révolutionnaire pour un sous mais disposé à piller le fruit du travail d’autrui, par la réforme, par les élections, par les « protestations », par toutes les opportunités légales ou illégales qui lui offrent la possibilité de gratter un petit quelque chose. Le ressentiment toujours à la source qui pousse à l’Egalité, individuelle et opportuniste.
    On peut être parfaitement consommateur et socialiste en vérité, quand on fait partie du petit peuple, j’entends. Quand on ne s’intéresse pas à l’idéologie mais qu’on la soutient, malgré soi parfois, non par conviction mais intérêt pratique. Certains des électeurs du PS ne sont pas des révolutionnaires dans l’âme et soutiennent plus une politique pratique et inscrite dans le temps, qu’une idéologie, ou vision du monde. D’autres encore sont sujets au sentiment ou impulsion passagère qui peut changer du tout au tout, par exemple en fonction du programme TV de a veille. Tout cela revient pour un non-socialiste au même et fait partie des « faiblesses » du coeur, au fondement de l’idée de gauche de toutes les manières qui soient.

    Un socialiste tel que je viens de le décrire n’est finalement qu’un homme qui lutte contre sa propre nature, en proie au reniement de ses grands principes dès lors qu’on lui présente quelque opportunité de posséder du bien.

    • Htol dit :

      Il touche le petit peuple, car quand on fait partie du peuple on est du peuple avant d’être de gauche ou de droite. C’est-à-dire qu’on partage une absence de vision du monde commune et des pratiques semblables, peu importe le bord vers lequel on dirige son vote (qui dépend de l’opinion avec tout ce que cette notion représente). Le choix aux élections n’est jamais une conviction mais un intérêt ou au mieux un phénomène. En outre le peuple est consommateur, soit respectueux soit pilleur vis-à-vis du capital, suivant l’humeur et le contexte du moment.

    • Htol dit :

      Si je devais poster un 4ème message et mettre maladroitement en avant mon intervention de cette manière, mais sans volonté de le faire. J’irais jusqu’à dire que cette configuration de socialiste a besoin du capitalisme et des capitalistes pour exister. Car ce socialiste ne se réfère que par rapport aux évolutions de la consommation (en structure et quantité).

      Mais là encore je redécouvre l’eau chaude.

      • Ignatius dit :

         » On peut être parfaitement consommateur et socialiste en vérité, quand on fait partie du petit peuple, j’entends.  »
        Et BHL?

        Plus sérieusement, vous venez de brasser du vent mais votre lucidité vous sauve sur la brèche : « Mais là encore je redécouvre l’eau chaude. »

  • Emil dit :

    Je crois que les oppositions théoriques ici comme ailleurs brouillent la compréhension des problèmes. L’idéologie, c’est le vernis. Ce qui compte c’est le type d’homme derrière.

    Dans cette perspective, opposer le parasite au producteur me semble plus pertinent et plus fécond. Je dis « parasite » et pas « destructeur » parce que contrairement à ce que s’évertue à dire Michéa, le parasitisme (de la racaille, du pirate ou du fonctionnaire) n’est pas une destruction créatrice (comme le cas d’un entrepreneur qui ferme une usine de fer à chevaux pour ouvrir une usine de pneus). C’est une destruction pure. Le parasite ne consomme pas la richesse, il la consume.

    • Ignatius dit :

      lorsqu’un parasite consume une voiture, il crée de la richesse indirectement – que vous le vouliez ou non.

      • Vae Victis dit :

        Il y en a qui n’ont pas lus Bastiat et ça s’en ressent durement.

        Pour prouver la fausseté du raisonnement il suffit de le pousser au bout. Si brûler une voiture crée de la richesse, alors brûler un million de voitures en créera beaucoup plus. Si brûler un million de voitures produit beaucoup de richesse, alors incendier toutes les maisons et industries en créera considérablement plus. Il ne reste plus qu’à foutre le feu partout pour relancer l’économie…

        Ne riez pas, nos super élites dirigeantes en sont restées là. On pourrait de même leur faire remarquer que si 2000 milliards de dollars relancent l’économie, mais alors 10 000 milliards le feraient considérablement mieux, sans même parler de 100 000 milliards de dollars. A moins que ça fasse exploser la dette, dégrader la note souveraine, augmenter les impôts, et plomber la croissance pour fort longtemps…

        Donc non brûler une voiture ne crée pas de richesse. Cela détruit un patrimoine qui devra pour être remplacé empêcher une consommation dans un autre domaine. Si vous remplacez votre voiture, vous ne pouvez peut-être plus partir en vacances à La Baule, acheter un appartement ou aller au restaurant une fois la semaine. Après l’avoir remplacé vous vous retrouvez avec une voiture et de l’argent en moins et des dettes en plus. Vous vous être donc appauvri.

        • XP dit :

          Le problème de michéa, c’est le même que celui d’Alain de Benoist. Ils ont des idées arrêtés sur l’économie, alors que ce sont des puceaux de l’économie.

          Ils ne savent sans aucun doute pas lire un bilan comptable, n’ont jamais fait un chèque à l’Urssaf ou au service TVA du trésor public, et ils seraient certainement incapables de ventre des frites sur le biord d’une nationale en en tirant un profit.

          • Ignatius dit :

            oh l’argument de canaille, Michéa nest pas économiste de formation, donc il n’a rien à dire de pertinent là dessus..c’est justement parce qu’il n’a pas subi sa première communion qu’il remet du bon sens là où tout va de soi.

            pour la question des voitures cramés, je vous retrouve le passage tout à l’heure.

            Bisoux les loulous

            • Ignatius dit :

              je ne retrouve plus le passage en question, et j’ai une pointe de flegme.

              Mais Michéa ne fait que pousser le paradoxe de Mandeville. Quant au grand Bastiat il rompt ce lieux commun en évinçant le point de vue du vitrier, ce qui est d’un tout autre ordre lorsqu’il s’agit ( comme dans l’exemple de Michéa ) de firmes automobiles.

              Ce qui, pour les voitures brûlées comme pour l’économie prétendue  » souterraine  » ( haha ) de la drogue, peut expliquer l’inaction spectaculaire des pouvoirs publics.

            • XP dit :

              Le problème n’est pas qu’il ne soit pas économiste de formation, c’est qu’il n’est pas un pratitien, et même qu’il n’a pas la moindre idée de ce que c’est que l’économie réelle.

              C’est ce que j’appelle un mineur économique. Sous le jargon, sa vision de l’économie n’est rien d’autre que celle de la masse des instituteurs et des fonctionnaires abbonés à Que Choisir qui s’imaginent que l’argent tombe du ciel et que leurs boulangers le patron de la superette du coin est juste un voleur qui se gave de cet argent tombé du ciel.

              ils sont comme les enfants qui s’imagient que le job de leurs parents, c’est de retirer de l’argent au distributeur. Ce n’est pas une question d’intelligence, c’est juste qu’ils sont incapables de concevoir ce que c’est que l’Economie, ces gens-là. Ca dépasse leur entendement.

              M’est d’avis que si Michéa devait monter une maison d’édition pour bouffer, évidemment sans toucher une subvention du ministère de la culture mais en offrant en Hypothèque sa maison à la banque, il ne penserait plus pareil. Il aurait des idées de majeur économique, enfin.

          • Ignatius dit :

            « Ils ne savent sans aucun doute pas lire un bilan comptable, n’ont jamais fait un chèque à l’Urssaf ou au service TVA du trésor public, et ils seraient certainement incapables de ventre des frites sur le biord d’une nationale en en tirant un profit. »

            Et Adam Smith n’aurait pas su gérer plus de 9 salariés, donc c’est un cave en éco ? Arrêtez vos arguments gras du bide.

            je vais finir par expliquer votre rejet de Michéa par votre haine de Soral ( je ne plaisante pas )

            • Il Sorpasso dit :

              En l’occurence, Ignatus, c’est votre contre-exemple qui est de la bouillie, relisez vous.

              A pense x (de la merde) donc ne saurait pas faire y
              vous rétorquez
              alors B [ cité par vous parce qu'il pense non-x] ne saurait pas faire y [l'argument de base "pense non-x" disparait de la chaîne causale et la conséquence de l'énoncé premier devient cause, ce qui est déjà tartiné]donc pense x aussi [ cause devient ici conséquence et a valeur de contre exemple]

              Ca fait beaucoup quand même, vous êtes en pleine digestion ou quoi ?

            • XP dit :

              Pareil que le Sorpasso (ca sert, de faire Math Sup, comme quoi^^)

              Il y a des tas de Libéraux Binoclards qui seraient incapables de vendre des frites sur le bord de la route, ce que l’on ne saurait leur reprocher ou regretter, puisqu’il faut de tout pour faire un monde. Mais ce qui les sépare fondamentalement de Michéa, c’est qu’ils le savent. Ils ne pensent pas que le vendeur de frite est un méchant monsieur qui fait rien qu’à lui voler son argent (à faire du profit, comme ils disent). Ils ne pensent pas non plus que leur papa est un méchant monsieur qui ne veut pas tirer 20 Euros au distributeur pour leur offrir un tour de manège rien que pour les embêter.

            • Il Sorpasso dit :

              « ca sert, de faire Math Sup, comme quoi »

              12 ans que j’attendais ce moment ! Tout paye !

              Mais j’attends patiemment le moment ou je pourrai démonter Ignatus à l’aide de la diagonalisation de matrice.

  • VonMises dit :

    Oui Balzac est bien gentil pour le coup mais pour un baron robber
    il y a des milliers de businessmen qui ont créé notre cadre de vie moderne ,
    de la télé couleur au cinéma en passant par l’automobile , l’électricité etc…etc… sans recourir aux pratiques douteuses d’un Rockfeller.
    Mais on retient les Baron robbers car pour l’écrivain le crime fait de meilleures histoires et la vie de Rockfeller est plus palpitante que celle du fondateur de RCA.

  • Restif dit :

    Heu Balzac c’est 1830-1850 (les années d’écriture), et les barons voleurs -appellation typiquement américaine et provenant des américains eux-mêmes- c’est 1890 jusqu’à la crise de 29. Donc on est pas vraiment (litote du siècle) dans le même champ conceptuel,dans le même âge du capitalisme lequel n’est pas encore au temps de Balzac celui que nous connaissons, la société restant féodale(du moins si on suit les analyses de Le Goff pour qui le moyen-âge va du 3-4ème siècle jusqu’à la première moitié du 19ème,et c’est à partir de la seconde moitié du 19ème qu’on voit naître la civilisation industrielle qui va donner son visage au capitalisme tel que nous le connaissons encore aujourd’hui (je ne prends pas en compte tous les raffinements et subtilité boursières qui s’y sont ajoutés, les jeux très complexes sur le différentiel des monnaies etc). Au début la thèse de Le Goff m’a choqué. Le féodalisme? Alors qu’il y a eu 89 et autres mouvements de masse, l’Empire pour ne parler de rien d’autre??? J’étais pour le moins dubitatif. Mais à y bien réfléchir, il n’a pas tort si on prend en compte la représentation du corps social tel que la littérature nous le donne à voir. Ainsi le maire de Verrière dans Le rouge et le noir est-t-il bien l’équivalent du Seigneur du lieu. Le vieil avare d’Eugénie Grandet règne sur sa région par l’étendu de ses biens agraires. Ce que je veux dire, c’est qu’on est bien en présence d’un système féodal au sens où le village, la petite ville, tout ce qui forme la plus grande part du tissu vivant du pays, vit groupé autour d’un homme qui symbolise la puissance. La plupart du temps, le comte ou duc du temps ou le riche bourgeois de ce temps est également le maire. Je pense que c’est ce qu’entends Le Goff par féodalisme. Bien évidemment, il faudrait lire sa démonstration sur ce point précis, car cette formulation n’apparait qu’en introduction de sa « Civilisation de l’occident médiéval » qui se concentre sur la période 10-13ème siècle. Il y a tout lieu de supposer que c’est là une idée discutée. Mais Le Goff n’étant pas précisément le premier historien venu, il y a tout lieu de s’intéresser de près à son hypothèse et de ne pas la rejeter avant mures réflexions.

    Pardon pour cette digression, mais la vie n’est-elle pas une vaste digression ? (ton et style Achille talonnesque ou maire de Champignac). Pour en revenir à ce qui vous a choqué Von Mises dans Balzac, c’est , j’ai tout lieu de le supposer, sa phrase (je donne cette fois la phrase exacte)«  « Derrière chaque grande fortune il y a un grand crime . »
    Rappelons en passant que Balzac se dit légitimiste et déclare dans l’introduction à la Comédie humaine: « J’écris à la lueur de deux flambeaux éternels ; la Religion, la Monarchie ». Quoi qu’il en soit, 1) citer la phrase de Balzac ce n’est pas la faire sienne intégralement. Je désirais simplement pointer le fait (fait que j’ai pourtant tenté de mettre en perspective après…Mais on bondit sur un énoncé qui vous fait réagir en négligeant le reste, ce qui l’entoure, la constellation de pensée dans laquelle il s’inscrit) qu’il serait inconséquent de faire de l’angélisme et d’exiger du capitalisme une droiture morale qui n’a jamais été dans l’ethos de l’être humain. 2) -et ça c’est capital, Balzac est un écrivain, pas un philosophe. Sa phrase, son idée, s’inscrit dans une narration, dans un univers où l’argent représente la clé magique de la réussite sociale, ce monde en émergence du capitalisme naissant qui est celui que le roman balzacien met en scène, avec ses êtres machiavéliques, roués, ses Nucingen, ses Vautrin (cas spécial), ses Gobsek, ceux qu’il appelle les « loups cerviers » tous ceux qui sont du côté de la prédation auxquels s’opposent les malheureux destinés à être dévoré : Birotot, Pons, Chabert, Paul de Manerville ect. Bref, la phrase balzacienne ici citée s’intègre à un système de représentation du monde qui ne vise pas à la sorte de vérité que recherche un moraliste, un théologien, un philosophe ou un économiste. Tout concours à raconter une histoire qui en elle-même sera le lieu d’interprétations éventuellement contradictoires (une histoire qu’on pourra tenter de réintégrer dans la globalité de l’œuvre, surtout dans le cas d’un Balzac qui conçoit son œuvre comme une unité), mais ce qui compte, c’est que ces personnages soient vivants, que ce monde soit cru réel le temps d’une lecture, et pour cela l’écrivain ne se prive pas d’un sous bassement fait d’aphorismes qui se présentent comme la vérité mais qui ne sont que la vérité nécessaire au fonctionnement de l’univers de représentation où se déroule l’histoire, seul but réel de l’écrivain. Voilà, c’est tout simple, on n’analyse pas un dire, une parole, de même manière selon qu’elle vient d’un romancier, d’un artiste donc, ou d’un philosophes, sociologue, économiste et autre discours ayant prétention à énoncer une vérité (quand ce n’est pas -bonjour Marx! – LA vérité) sur le monde. That’s all folk’s !

    Ps Un petit lien marrant ne serait-ce que parce qu’il donne des extraits de Balzac superbes. Lire le tout premier sur l’étudiant qui a de l’argent en poche. http://www.site-magister.com/prepas/balzac.htm

    • Nebo dit :

      Le Grand Balzac qui, cela dit, en passant, a cherché toute sa vie à faire fortune en tentant de lancer des affaires économiques de grande ampleur afin de se mettre à l’abri du besoin et n’y est jamais parvenu.

      Balzac, un Capitaliste en puissance, ce qui ne l’a empêché ni d’avoir des tendances royalistes, ni d’être profondément « réac’ », ni d’être le grand écrivain que l’on sait. Hé hé hé hé ! ^^

  • Ignatius dit :

     » Ils ne pensent pas que le vendeur de frite est un méchant monsieur qui fait rien qu’à lui voler son argent (à faire du profit, comme ils disent)  »

    trouver moi une seule ligne où Michéa diabolise le profit pour le profit. Plutôt que de le renverser sur le terrain des idées, vous lui reprocher de ne pas savoir vendre ses bouquins à l’occasion ( ou des frites ) et DONC de ne pas maitriser l’économie réelle.

    C’est, de loin, l’argument le plus con que j’ai entendue de la journée – un cousin passe à la maison ce soir, misez tout sur lui, il est comme vous : il est jeune et a lu trop de livre (pour lui) d’où cynisme, absence d’humilité, air hautain dans la discussion le sauvant de creuser des notions trop vagues pour lui; c’est un J.A.L ( je reviendrais sur le concept )

    Un peu comme si vous reprochiez à un biographe de Sun Tzu de se faire battre en duel par ce dernier.

  • VonMises dit :

    J’aime bien Balzac comme Le Goff , et Le Goff a raison car la France par exemple ne sort de l’époque féodale que sous le second Empire.
    Il y a encore des faits divers hallucinants dans la Nièvre par exemple aussi
    tard que dans les années 1850.
    Simplement la phrase m’a fait réagir de même que l’allusion galvaudée aux baron robbers car par définition l’écrivain ne s’intéressera qu’au
    businessman qui aura trempé dans des affaires louches , qui fournira de la matière romanesque et fera vendre du papier.
    L’homme d’affaires anglosaxon lambda qui apparaît au milieu du XIXe siècle
    a généralement une vie peu susceptible d’intéresser qui que ce soit en dehors du cercle restreint des historiens économiques ou de telle ou telle technologie.
    Carnegie ou Rockfeller sont autrement pittoresques.

    • Restif dit :

      Ça m’intéresse ce que vous dites sur Le Goff, car c’est une thèse que je découvre et elle me passionne. Donc tout témoignage visant à la corroborer va dans le dossier ouvert en « mémoire tampon neuronale »^^.
      Oui, c’est galvaudé comme exemple, mea culpa, mais bon, un com est rarement aussi soigné qu’un article pour le Revue d’histoire littéraire de la France. Et puis ils sont marrants, ces premiers grands capitalistes américains.Comme ce duel qui eut lieu…à la locomotive! (un mort quand même. Vers 1830 je crois, pas sûr, sûr). De toutes façons, il y eut une époque où les règles n’étaient pas encore réellement fixées, une sorte de Klondyke du capitalisme. D’ailleurs je crois qu’on a pas réussi à condamner Morgan (je crois que c’est lui qui passa en procès pour monopole etc). C’est une grande geste, épique!

  • Restif dit :

    Ps Nebo : tu as raison pour Balzac, mais il faut savoir une chose : les affaires que lui rata furent réussis par d’autres (les mines notamment). Simplement avec l’écriture il n’avait pas le temps de suivre ses coups, puis était trop naïf pour faire un bon homme d’affaire. Mais les idées étaient viables et furent exploitées avec succès…par d’autres.
    Ses dettes proviennent toutes de l’imprimerie (première époque de sa vie), plus de 90 000 francs or de l’époque qui l’ont suivi toute sa vie.Ce n’est pas son train de vie mais les dettes de cette imprimerie qui l’ont obligé à se planquer tout le temps.

    • XP dit :

      Des dettes qui l’ont obligé à faire une oeuvre, quand on y pense… Intéressant, ça, n’est-ce pas?

      Il y a ddeux sortes de radins: ceux qui veulent amasser, et ceux qui veulent dépenser le moins possible pour en faire le moins possible.

      Pompidou disait que les paysans sont des paresseux qui se levent tôt. Peu de travail, peu de risque, peu de revenu, peu de dépense peu d’ambition et peu de coeur.

      Balzac, c’est beaucoup de coeur, des dettes et un besoin continuel de fric… Ca boulverse quelques shémas, non?

      • Restif dit :

        C’est vrai… on peut penser aux dettes de jeu de Dostoïevski aussi.

      • Il Sorpasso dit :

        Il y a une tirade que j’aimais bien qui disait en substance « mais c’est formidable d’être endetté ! Plein de gens pensent à vous, s’enquièrent de votre vie, on est jamais seul ! Quand on est endetté le banquier vous respecte, il hait les petites épargnes tranquilles, sans aventure.  » ..A moins qu’il ne s’agisse de Bloy ? Mmm. Non.

  • XP dit :

    « Qui paye ses dettes s’enrichit, c’est un bruit que fait courir les créanciers.

    http://www.frmusique.ru/texts/t/trenet_charles/payetesdettes.htm

  • Emil dit :

    A propos de Michéa, des fonctionnaires, des racailles et des mineurs économiques en général : http://fr.wikipedia.org/wiki/Culte_du_cargo

  • XP dit :

    Oui, c’est absolument fascinant, ce culte du Cargo.

    PersonneLlement, ce n’est pas aux mineurs économiques qu’il m’a jusqu’ici fait penser, mais plutôt aux traditionnalistes chrétiens à tendance ésotérique.

    • XP dit :

      Esprit d’escalier, je viens de comprendre le rapport entre Michéa, les mineurs économiques et le culte du Cargo: Argent tombé du ciel, évidemment.

      Toutes mes excuses, je vieillis, et je n’ai pas fait Math spé comme Il Sorpasso^^

      • Emil dit :

        Oui, cette pensée magique qui voit les fruits du capitalisme mais pas les structures (matérielles et spirituelles) pour les produire. Il suffit de voir ces foules qui brûlent des pneus, qui dansent et qui marchent en transhumance pour faire pleuvoir des subventions…

        Je suppose que ça permet de mieux appréhender leur « dissonance cognitive »…

        (Et, confession pour confession, je ne suis pas sûr de voir le rapport avec les tradis. Mais il est vrai que je n’ai pas, moi non plus, suivi une éducation digne de ce nom.)

  • generalbol dit :

    Sept août l’Angleterre ?

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